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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 09:03

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CONTRE L’OFFENSE ET L’OBSTACLE

 fleurs 173

De l’obstacle, comment tirer le meilleur parti ?

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oiseau mouche 013Lorsque tu es offensé par une faute d'autrui, fais retour aussitôt sur toi-même et vois si tu n'as pas à ton actif quelque faute semblable, en regardant comme un bien, par exemple, l'argent, le plaisir, la gloriole et autres choses semblables. En t'appliquant à cela, tu auras tôt fait d'oublier ton ressentiment, dès que cette pensée te viendra : « Il y est contraint. Que peut-il faire ? » Ou bien, si tu le peux, délivre-le de la contrainte.

 

[…]

 

fleurs autre020De cette façon, en effet, tu verras sans cesse que les choses humaines ne sont que fumée et néant, surtout si tu te rappelles en même temps que ce qui s'est une fois transformé ne reparaîtra plus jamais dans l'infini du temps. Pourquoi donc t'évertuer ? Pourquoi ne te suffit-il pas de passer décemment ta courte existence ? De quelle matière et de quel sujet tu te prives ! Tout cela, en effet, qu'est-ce autre chose que des sujets d'exercice pour une raison qui apprécie exactement et conformément à la science de la nature ce qui se passe dans la vie ? Persiste donc jusqu'à ce que tu te sois approprié ces pensées, comme un robuste estomac s'approprie tout, comme un feu ardent fait flamme et lumière de tout ce que tu y jettes.

 

oiseau mouche 013Qu'il ne soit permis à personne de dire de toi avec vérité que tu n'es pas simple ou que tu n'es pas bon. Mais fais mentir quiconque aurait de toi une pareille opinion. Cela dépend absolument de toi. Qui donc t'empêche, en effet, d'être bon et simple ? Tu n'as qu'à décider de ne plus vivre, si tu ne dois pas être un tel homme, car la raison n'exige pas que plus longtemps tu vives, si tu n'es pas un tel homme. 

 

fleurs autre020Qu'est-il possible, en cette matière, de faire ou de dire qui soit conforme à la plus saine raison ? Quoi que ce soit, en effet, il est possible de le faire ou de le dire, et ne prétexte pas que tu en es empêché.

Tu ne cesseras pas de gémir avant d'avoir ressenti que, ce que le plaisir est aux voluptueux, tel doit être pour toi l'accomplissement, en toute matière de choix et de rencontre, de tout ce qui est conforme à ta constitution d'homme. Il faut, en effet, regarder comme une jouissance toute activité que tu peux déployer selon ta propre nature, et tu le peux en toute occasion. Il n'est pas donné au rouleau de se laisser aller partout au mouvement qui lui est propre, ni à l'eau, ni au feu, ni à toutes les autres choses que régissent une nature ou une vie sans raison. Nombreux sont les obstacles qui les arrêtent. Mais l'esprit et la raison peuvent passer au travers de tout ce qui leur résiste, au gré de leur nature et de leur volonté. Mets-toi devant les yeux cette facilité, qui permet à la raison de passer à travers tout obstacle, tout comme au feu de monter, à la pierre de descendre, au rouleau de glisser sur les pentes ; et ne recherche rien de plus. Tous les autres obstacles, en effet, ou bien ne sont que pour le corps, ce cadavre, ou bien — à moins que ce ne soit par le fait d'une opinion donnée et d'une concession de la raison même — sont incapables de blesser et de faire aucun mal, sinon l'homme qui les subirait s'en trouverait aussitôt plus mal. Chez tous les êtres différemment constitués, en effet, quelque mal qui leur arrive, celui qui l'éprouve s'en trouve plus mal. Ici, au contraire, s'il faut l'affirmer, l'homme devient d'autant plus fort et d'autant plus digne de louanges, qu'il sait mieux tirer des obstacles le parti le meilleur.

 

[…]

 

oiseau mouche 013A celui qui a été mordu par les vrais principes, il suffit d'un mot, même du plus court et du plus rebattu, pour lui rappeler d'être sans chagrin et sans crainte. Par exemple :

 

« II y a des feuilles que le vent répand à terre...

Ainsi des races des hommes. »

 

Feuilles aussi tes propres enfants. Feuilles aussi ces hommes qui t'acclament avec sincérité et te bénissent, ou qui, au contraire, te maudissent, secrètement te blâment et se moquent de toi. Feuilles pareillement ceux qui recueilleront ta renommée posthume. Toutes ces feuilles, en effet,

 

« naissent en la saison printanière ».

 

Puis le vent les abat, et la forêt en fait pousser d'autres à leur place. Ce que toutes choses ont de commun est de ne durer que peu de temps. Mais toi, tu fuis et tu recherches tout, comme si tout devait être éternel. Encore un peu et tu auras fermé les yeux ; et celui qui t'aura porté en terre, un autre déjà le pleurera.

 

fleurs autre020Il faut qu'un œil soit en état de voir tout ce qui est visible, et ne dise pas : « Je veux du vert », car c'est le fait d'un homme aux yeux malades. De même, une ouïe, un odorat sain doivent être prêts à tout ce qui peut être entendu ou olfacté. Un estomac sain doit aussi se comporter de même à l'égard de tout ce qui est nourriture, comme la meule vis-à-vis de toutes les moutures qui lui sont destinées. Une intelligence saine doit aussi être prête à tout ce qui peut arriver. Mais celle qui dit : « Puissent mes enfants avoir la vie sauve ! » ou bien : « Puissé-je, quoi que je fasse, par tous être loué ! » est un œil qui réclame du vert, ou des dents qui réclament du tendre.

 

oiseau mouche 013Nul n'a reçu un sort suffisamment heureux pour n'être point, à sa mort, entouré de gens qui saluent avec joie le mal qui lui arrive. Etait-il consciencieux et sage ? Au dernier moment, il se trouvera quelqu'un pour dire à part soi : « Nous allons enfin respirer sans ce maître d'école ! Il ne fut pas sans doute bien gênant pour aucun de nous ; mais je sentais qu'en secret il nous désapprouvait. » Voilà ce qu'on dira du consciencieux. Mais, pour nous autres, combien d'autres motifs font désirer à plusieurs de se voir débarrassés de nous ! Tu devras y réfléchir en mourant, et tu t'en iras d'autant plus aisément que tu penseras : « Je quitte cette vie au cours de laquelle mes associés eux-mêmes, pour qui j'ai tant lutté, tant formulé de vœux, tant conçu de soucis, sont les premiers à désirer me soustraire, dans l'espérance qu'ils en retireront quelque éventuel avantage ! » Pourquoi donc tiendrait-on à prolonger son séjour ici-bas ?

Ne t'en va pas cependant en ayant pour cela des sentiments de moindre bienveillance pour eux. Mais, conservant ton caractère ordinaire, sois amical, bienveillant, amène, sans d'ailleurs laisser croire qu'on t'arrache. Mais, de la même façon que l'âme, dans une belle mort, s'échappe facilement du corps, il faut ainsi te retirer d'eux. C'est à eux, en effet, que la nature te lia et t'assembla. — Mais aujourd'hui elle t'en sépare. — Je m'en sépare donc comme on se quitte entre intimes, sans résister mais aussi sans contrainte, car c'est aussi là un de ces actes conformes à la nature.

 

fleurs autre020Prends pour habitude, à toute action, si possible, que tu vois faire à quelqu'un, de te demander à toi-même : « A quel but cet homme rapporte-t-il cette action ? » Mais commence par toi-même, et examine-toi le premier.

 

oiseau mouche 013Souviens-toi que le fil qui te meut comme une marionnette est cette force cachée au-dedans de toi, cette force qui fait qu'on s'exprime, qu'on vit et qui, s'il faut le dire, fait qu'on est homme. Ne te la représente jamais comme confondue avec le réceptacle qui l'enveloppe, ni avec ces organes qui sont collés autour. Ils sont comme des outils, avec cette seule différence qu'ils naissent naturellement avec nous, vu que ces parties de notre être ne lui servent pas plus, sans la cause qui les met en mouvement et les ramène au repos, que la navette à la tisseuse, le roseau à l'écrivain, et le fouet au cocher.

 

Marc-Aurèle (121-180 ap. JC), Pensées pour moi-même.

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 08:11

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DESIR, SAGESSE ET BONHEUR

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« Avoir toujours quelque chose à désirer pour n’être pas malheureux dans son bonheur »

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Le corps respire, et l'esprit aspire. Si l'on était en possession de tout, l’on serait dégoûté de tout. Il est même nécessaire à la satisfaction de l'entendement, qu'il lui reste toujours quelque chose à savoir pour repaître sa curiosité. L'espérance fait vivre, et le rassasiement de plaisir rend la vie à charge. En fait de récompense, c'est l'adresse de ne la donner jamais tout entière. Quand on n'a plus rien à désirer, tout est à craindre ; c'est une félicité malheureuse. La crainte commence par où finit le désir.

Baltasar Gracian (1601-1658), L’Art de la prudence

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 10:28

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RAPPORT BRAZZA, UNE ENIGME DE L'HISTOIRE COLONIALE

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Une parution prévue en mars pour combler un vide

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En mars, les éditions le passager clandestin publieront pour la première fois dans la collection Les Transparents, consacrée aux temps coloniaux, ce document inédit et exceptionnel :

Le rapport Brazza
Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907)
Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch

Il s'agit d'un rapport que la République française enterra en 1907, parce qu’il mettait violemment en cause sa gestion coloniale. Ce document est le fruit des données recueillies entre juin et septembre 1905 par Pierre Savorgnan de Brazza, au cours de son ultime mission au Congo français. Le rapport qui fut rédigé par le ministère à partir des archives de la mission, jugé explosif, ne fut jamais publié. Il fut oublié et on le crut perdu... Il met en lumière un système inefficace, coûteux pour l’État et surtout à l’origine d’abus massifs et intolérables. Il montre le poids exercé par les intérêts privés sur la politique coloniale. Il prouve que l’administration française ne pouvait ignorer ces dérives, qu’elle les tolérait et que, dans une certaine mesure, elle les couvrait.
Cette publication est accompagnée de nombreuses autres archives inédites, et d’une présentation détaillée par Catherine Coquery-Vidrovitch, professeure émérite de l’université Paris-Diderot, historienne de l’Afrique et de la colonisation. Le passager clandestin met ici à la disposition de tous un document fondamental pour appréhender les enjeux, les pratiques et les prolongements de l’histoire coloniale européenne du tournant du XXe siècle.
« Tout se passe comme si on avait affaire à un cas d’amnésie collective, ou plutôt à une volonté collective de ne pas savoir, de ne pas se souvenir. » (Catherine Coquery-Vidrovitch)

Plus de détails sur le contexte :
En 1903, le journaliste britannique Edmund Morel entreprend de lancer une campagne européenne contre les abus du « caoutchouc rouge » (sanglant) de l’État indépendant du Congo, le futur Congo belge, alors soumis au pouvoir discrétionnaire de Léopold II, roi des Belges. Côté Congo français, les abus sont réputés moins criants. Néanmoins ils sont assez réels pour provoquer quelques remous dans la presse et au parlement au cours de l’année 1904-1905. En 1905, pour tenter de faire taire les rumeurs et calmer l’impatience des autres puissances coloniales de la région, les autorités françaises se sentent obligées de dépêcher
sur place une mission d’inspection. Telle est l’origine de la dernière mission en Afrique de Pierre Savorgnan de Brazza, partie le 5 avril 1905 de Marseille, qui entraîna la mort de l’explorateur, le 14 septembre 1905, à l’escale du retour à Dakar.

Prix : 19 € - format : 110 x 195 mm – nb de pages : 320
ISBN : 978-2-36935-006-4
Sortie en librairies : mars 2014

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 09:26

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UNE CULTURE D’ANCIEN RÉGIME (2)

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Pour ceux « d’en haut » comme pour ceux « d’en bas », rénover la politique

 

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Pour l’égalité sociale, la justice et la liberté

 

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La prise de la Bastille

 

gif anime puces 251La République. Comment va-t-elle ?  

 

Défiance

Selon la récente enquête (janvier 2014) réalisée par le Centre de recherche politique de Sciences-Po, associé au CNRS, 87% des Français interrogés expriment leur défiance vis-à-vis de leurs responsables politiques, toutes tendances confondues.

 

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Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

 

gif anime puces 251Une pratique politique à rénover 

 

D'emblée, il serait à espérer que la notion de contrat social guide les rapports entre les Français et leurs responsables politiques.


La politique, c'est l'art de chercher à résoudre les problèmes des citoyens dans la Cité. Ce n'est pas un concours d'exhibitionnisme. Cet art est tact, mesure et réalisme. Les partis et les hommes politiques sont indispensables à la mise en œuvre de cet art. Rien ne peut ou ne doit les remplacer, surtout pas Internet ou la télévision. Rien ne doit non plus compliquer leur mission au-delà du possible. L'une des tâches prioritaires des dirigeants de ce pays devrait consister à éduquer les Français au réalisme, en y étant éduqués eux-mêmes. Ceci est affaire de pédagogie. Bien des circonstances ont démontré le décalage entre les dirigeants politiques français et le pays réel. Mais les citoyens ne doivent pas être non plus en décalage avec les réalités incontournables. L'opposition systématique à toute idée de réforme, y compris les plus indispensables pour moderniser les structures sociales et politiques du pays ne peut être signe de maturité démocratique. Toute société organisée possède ses propres règles de fonctionnement ainsi que ses modes de régulation interne. Et toute société soucieuse de progrès doit procéder, périodiquement à un ajustement de ces règles aux besoins internes dans un environnement mondial qui évolue sans cesse. Faire l'économie de cet effort en vue de cette adaptation nécessaire c'est se condamner à plus ou moins brève échéance à perdre des acquis qu’on voudrait définitifs et à s'exposer ainsi à de graves déconvenues. Le tout réside, pour les responsables politiques, dans l'art de présenter ce travail de réforme avec pédagogie, ainsi que dans leur capacité à le mettre en œuvre ; il y va de la disponibilité des citoyens à le comprendre et à se convaincre que la réforme est nécessaire pour chacun individuellement et, pour tous, collectivement. Or, la France est un pays de réclamations et de protestations ; il s'agit d'en faire également un pays de propositions et de réformes consenties, où on apprend à ne pas tout attendre des hommes politiques, et à ne pas tout leur imputer, où chaque citoyen doit apprendre à faire son propre examen de conscience. Les responsables politiques sont avant tout des hommes et des femmes comme tout le monde ; mais, ils ont en plus une responsabilité écrasante, quels que soient leur niveau et leur sphère d'action : maire, conseiller général, député, chef de l'Etat... Ils doivent mériter compréhension, soutien et respect. Leur discrédit fragilise la nation, car il constitue une atteinte portée à la démocratie et aux valeurs de la République. Les hommes politiques ne peuvent être tenus pour responsables de tout. Les slogans tous pourris ou tous pareils sont réducteurs et sont l'expression d'une paresse mentale et d'une absence d'esprit critique constructif. Un effort de jugement, d'objectivité et de discernement doit être légitimement exigible des citoyens.

 

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Rouget de Lisle

 

gif anime puces 251L’indispensable pédagogie du consensus  

 

Comment des responsables de la vie publique constamment vilipendés peuvent-ils assurer l'indispensable cohésion sociale dans un esprit serein, en vue de bâtir une nation forte ? En ces temps de mondialisation et de remue-ménage généralisé propices à la perte de repères nationaux et mondiaux, il est plus que jamais nécessaire de faire preuve de discernement et d'esprit de responsabilité dans le jugement porté sur ceux qui sont en charge de la nation et qui, pour la plupart, font tout de même honnêtement ce qu'ils peuvent. Ceci n'excluant en rien la vigilance des citoyens à leur égard.


Il existe une différence de culture entre la France et les pays anglo-saxons en ce qui concerne les rapports du citoyen à l'Etat. Les Français apparaissent comme passifs, attendant tout de l'Etat, s'y abandonnant totalement en abdiquant leurs responsabilités parfois les plus élémentaires. Et quand l'Etat accorde des droits au citoyen, celui-ci a tendance à penser qu'ils sont sans contrepartie, au contraire des Anglo-saxons. Ici, les gens sont rarement contents, mais ne s'impliquent pas pour autant. Ils se plaignent constamment, en toutes circonstances, parfois même lorsqu'ils ont tort, et rendent les autres responsables de tout. Mieux, plus on a tort, plus fort on crie et revendique. Or, dans la Cité, on doit se sentir tous responsables de ce qui se fait comme de ce qui ne se fait pas. La République, c'est le dévouement des citoyens, selon Platon, après s'y agrègent les idées de liberté, égalité, justice, solidarité.


Le poids de l'opinion publique, sa place de plus en plus centrale dans le fonctionnement des démocraties modernes ne peuvent être désormais ignorés des responsables nationaux. Cette opinion publique constitue, plus que les médias (qui contribuent en partie à la former), le véritable quatrième pouvoir sans lequel aucune réforme ne saurait avoir ni profondeur, ni durée. Il faut donc, d'une manière ou d'une autre, l'associer aux réformes indispensables par l'information, l'explication et la pédagogie. D'une manière générale, en France, il s'agit moins de réinventer la droite ou la gauche que de réinventer la politique et le civisme. Ce qui est en cause précisément, c'est la manière de faire de la politique.

 

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Par manière de faire de la politique il faut entendre le regard porté par les responsables publics sur les citoyens et la société française. Il faut savoir passer de la délégation totale du pouvoir à la participation effective à celui-ci. Il incombe aux politiques d'éduquer les citoyens de manière qu’ils puissent percevoir la France comme un immeuble dont chacun d’eux est le gardien en même temps que l'usager.


En France aujourd'hui, les maîtres mots devraient être réformer, rénover la pratique politique. On ne réforme pas par des coups de pied ni par le mépris, mais par le dialogue, c'est-à-dire la pédagogie de la communication. Réformer, dans un vieux pays comme la France, nourri de droits de l'homme intégrés de façon parfois approximative ou unilatérale (sans contrepartie), pétri de culture individualiste, c'est pratiquer avec tact et intelligence l'art d'éduquer et de communiquer. Cet art requiert attention à l'autre, sens du dialogue et patience. Le pire c'est de ne pas réformer. Si la France est le pays des révolutions par excellence, c'est sans doute aussi parce qu'elle n'est pas celui des réformes librement consenties, faute de pédagogie sociale de la part de ses dirigeants. 

 

gif anime puces 251Informer, communiquer, expliquer pour mieux réformer  

 

C'est le refus de réformes de l'entourage de Louis XVI qui entraîna l'embrasement généralisé de 1789. L'incapacité de réformer débouche sur cette cassure appelée révolution ; cette cassure signifie aussi blessures. Si le canon est le support de la révolution, le dialogue est le moteur de la réforme. Certes il n'est pas infondé qu'une même société connaisse à la fois la révolution et la réforme mais, les meilleures révolutions sont celles qui se produisent dans les esprits. Transparence et pédagogie doivent être les fils conducteurs de l'action politique. On ne peut réformer non plus en suivant servilement l'opinion publique. La politique ne consiste pas à faire rêver les citoyens, mais à essayer de résoudre les problèmes de leur existence. Certes, il importe de respecter l'inclination du peuple mais sans la flatter ni la suivre aveuglément. L'action des politiques et des dirigeants doit contribuer à orienter précisément cette opinion publique, à l'encadrer et non à la subir. Gouverner, c'est bien entendu, être près du peuple, savoir l'écouter, savoir mettre les mots sur ses peines et ses joies et surtout ne pas faire de vaines promesses, mais agir. Or, en France, on sait faire des discours, mais l'on ne sait pas se parler ; surtout à ceux « d’en bas ». Or, plus les citoyens sont au bas de l'échelle sociale, moins ils sont sensibles aux discours, et plus ils ont besoin que leur parole aussi compte, qu'on les écoute pour les entendre. La démocratie ne se réduit pas aux élections ; c'est aussi un dialogue, un échange permanent entre le sommet et la base, entre la base et le sommet, verticalement,  mais aussi horizontalement, entre citoyens. Et surtout, gouverner ne peut se réduire à manier des chiffres, des courbes ou des statistiques. Il faut écouter, expliquer, tendre la main, pour créer l'espérance. Il s'agit de réinventer à chaque instant une nouvelle aspiration collective, un projet commun dans lequel chaque citoyen, quels que soient son statut social et ses moyens, puisse se reconnaître. Diriger, c'est avoir de l'ambition et une vision pour le peuple, savoir réinventer l'avenir, montrer le chemin, dire comment suivre et comment avancer vers l'horizon commun. Le politique doit être au sein de la Cité et de la nation, cette lumière qui scintille, éclaire, attire, et qui met en marche. Il doit se donner comme ambition et comme vocation d'être un repère dans la nation. Apporter la démonstration au quotidien qu'un ministre est avant tout un serviteur du peuple, non un privilégié désincarné et intouchable. Ceux qui sollicitent le suffrage des citoyens devraient en prendre l'engagement. En France, on assimile encore le préfet de la République à l'intendant de Louis XIV ! Les hommes politiques devraient par ailleurs s'efforcer, avant tout, d'être eux-mêmes, de conjuguer authenticité et humilité, en veillant à ne pas se laisser envahir par les images et les artifices médiatiques. A cet égard, il serait souhaitable qu'ils se passent de conseillers en communication, et qu'ils puissent rédiger eux-mêmes leurs discours politiques et publics. L'action des conseillers en communication, en masquant leur personnalité propre, les rend moins naturels en les éloignant du peuple et de ses réalités, en privilégiant l'enveloppe par rapport au contenu.

 

gif anime puces 251De nouvelles mœurs politiques pour gouverner autrement 

 

Il est plus que jamais nécessaire dans ce pays de concevoir la politique autrement afin de gouverner autrement. L'heure n'est plus aux mœurs et aux pratiques obsolètes du XIXe siècle. L'évolution des techniques de communication et d'information, celle des mentalités, de même que la mondialisation et l'extrême complexité des problèmes posés aux Etats et à leurs dirigeants impliquent une nouvelle vision des choses, de nouvelles structures et de nouveaux modes d'action. La politique politicienne à courte vue, tout comme la politique-spectacle doivent céder le pas à une politique citoyenne et responsable. La culture de tribu et de clan, le réflexe d'affrontements stériles et mesquins doivent être bannis en politique au profit d'une culture d'ouverture, de concertation dans l'intérêt supérieur du pays et des citoyens. Cela vaut aussi bien pour les hommes politiques que pour les partenaires sociaux et l'ensemble des forces vives de la nation. Il est fondamental que subsiste le pluralisme politique, que différents partis politiques opposés sur leurs idées s'affrontent pour que vive la démocratie. Mais sur certains sujets majeurs qui engagent l'image et le destin du pays, les principales forces sociales et politiques doivent pouvoir se rassembler sans état d'âme dans une union sacrée implicite. Il y va de la grandeur et du rayonnement de la France.


Il est indispensable et urgent de mettre définitivement hors-la-loi dans notre pays cette conception rétrograde et pernicieuse qui fait de la politique une question de pures manœuvres tacticiennes subalternes, de menées obscures et souterraines autour d'intérêts strictement partisans et égoïstes. La politique doit être désormais menée dans la clarté, au service des citoyens et de la nation. Changer de mœurs politiques implique également de changer de vocabulaire. Il ne s'agira plus de ne parler aux citoyens qu'en période électorale, pour engager le combat, mener la bataille et gagner les élections, mais de parler au quotidien pour gagner la bataille du quotidien des citoyens et celle de la paix du monde. Il ne doit plus s'agir de dire nous voulons le faire parce que nos électeurs nous demandent de le faire, mais nous voulons le faire parce que c’est bon pour la France et les Français.


Lorsque l'essentiel des propos de nos hommes d'Etat se résume aux petites phrases hachées menu et à leur exégèse, quand leur action n'est déterminée que par les sondages de popularité, et leurs commentaires, que l'essentiel de leur énergie se consume dans les tentatives d'étouffement des affaires et la fouille des poubelles de leurs adversaires politiques, que reste-t-il pour la République ? Lorsque la pêche aux voix électorales, les petites querelles subalternes deviennent l'unique préoccupation de ceux qui tiennent entre leurs mains le destin de la nation, il y a là un état de choses qui ne peut que déboucher sur l'abaissement de la conscience civique du peuple et l'affaissement de la nation. 

 

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 09:02

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UNE CULTURE D’ANCIEN RÉGIME (1)


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gif anime puces 025République et dynastie

 

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Les Français ne semblent pas totalement émancipés de l'esprit d'Ancien Régime qui imprègne encore profondément leurs réflexes les plus anodins. La France est ainsi agitée en ses profondeurs de spasmes monarchiques qui entrent parfois en conflit avec une pratique épurée des principes républicains. Un sevrage s'impose afin de dégager la voie vers la plénitude démocratique. Cette imprégnation monarchique se manifeste de différentes manières dont les plus sensibles sont, d'une part l’« intouchabilité » du chef quel qu'il soit, y compris le petit chef d'entreprise par rapport à ses subordonnés : la personne du chef jouissant ainsi du privilège que confèrent le sacre et l'onction divine est, par conséquent, comme telle, intouchable. D'autre part, l'esprit dynastique se transpose dans la vie politique. En France, certains individus sont au-dessus des institutions. C'est l'inverse dans les pays anglo-saxons lesquels ont, de ce fait, une culture plus authentiquement démocratique.

 

 

 

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gif anime puces 025Verrous et obstacles : le confort de l’élection

 

A l'origine des maux actuels de la société française : chômage, exclusion, morosité généralisée, rancœurs rentrées, deux tares essentielles, qui constituent autant de verrous et de goulots d'étranglement, obstacles majeurs à une évolution positive pacifiée vers la modernisation sociale et politique.

 

La première de ces tares réside dans la professionnalisation excessive de la politique qui s'apparente parfois au carriérisme. Ainsi, on entre en politique comme on entre en religion, à vie. On y entre à 20 ans et on n'en sort plus. L'âge et le déclin des capacités physiques et intellectuelles n'y changent rien. On y entre à 20 ans parce que papa y est. Mais on n'y est pleinement heureux que lorsque, comme papa, on cumule des fonctions et des mandats inconciliables par la diversité et la lourdeur des charges qu'ils supposent, comme à la fois le mandat de député au Parlement national et celui de député au Parlement européen, de président de région et de maire, ou à la fois ministre de la République, président de Conseil général ou régional ou ministre et maire d'une grande agglomération et en même temps chef de parti [...] Qu'importe, les titres et le nombre de mandats cumulés comptent plus que la rigueur dans l'action et l'efficacité ; on s'installe insensiblement dans la vénalité des offices.

 

 Le risque majeur de ce système de consanguinité politique, c'est la dégénérescence civique, le crétinisme politique, l'essentiel de l'action étant consacré à la préservation du pré-carré et des avantages qu'il confère, matériels ou d'ordre social, sans souci de compétence ni de sens de l'intérêt public. Élu maire, député, président, on veut demeurer maire, député, président... à vie. Ainsi installé dans la durée et le confort de l'élection, on en oublie qu'on est élu pour servir, non pour être servi ou se servir, aucun système d'évaluation des résultats en cours ou en fin de mandat n'étant prévu. L'esprit de caste et l'hérédité politique se lient ainsi à l'esprit monarchique pour cultiver la routine et la stagnation sociale. Jadis, à Athènes (notre commune initiatrice à la démocratie) au Ve siècle av. J.C., aux citoyens rassemblés sur l'Agora, on posait la question : Qui veut, qui peut donner un avis utile à sa patrie ? Chacun alors pouvait s'engager à briller au service de la cité ou se taire. Ne peut-on revenir à cette sagesse simple et primitive ? Que ne s'engage en politique que celui qui est porteur d'un projet pour la nation, qui veut se mettre au service exclusif des citoyens, sans calculs ni arrière-pensées.

 


gif anime puces 025Le mandarinat

 

La deuxième tare, tout aussi spécifiquement française s'incarne dans le système de formation des Grandes Ecoles. Ce système en soi n'a rien de répréhensible. Il est bon et légitime qu'un pays ait des élites bien formées et compétentes. La République a aussi besoin d'une élite qui accède aux sommets, non par le sang ou la fortune, mais par le mérite. Cependant, le mandarinat qu'il génère n'est pas de nature à favoriser le mouvement général de la société et l'ouverture des horizons. A la sortie de ces écoles de l'élite, une fois le diplôme conquis, à 22 ans, ce bâton de maréchal, après avoir ouvert tous les sésames de l'excellence, permet à son détenteur de s'installer à vie aux postes de commande où il se barricade dans sa tour d'ivoire, dans la suffisance et la domination. Il n'en ouvre la porte désormais que pour accueillir son homologue de promotion (ou ses protégés) qui, comme lui, est sorti du même moule et armé du même bâton de maréchal, à 22 ans, et rivé aux premiers postes de commande de l'Etat, sphinx parmi les sphinx.

  

Cette autre monarchie de droit divin, tout comme la fonction politique ou élective à vie, peut être de nature à engendrer sinon le mépris systématique à l'égard des autres, du moins une distanciation de fait par rapport à la masse de la population. La cohésion sociale peut en souffrir. Ces deux castes, la caste politique et la caste technocratique et intellectuelle règnent sans partage sur l'État au moyen de formules cabalistiques hermétiques au plus grand nombre des citoyens. Comment une société et une nation peuvent-elles avancer avec aisance quand la tête est ainsi coupée du reste du corps ? La conjonction des deux dynasties, celle de la politique et celle des hauts cadres issus des Grandes Ecoles, joue contre la mobilité sociale.

 

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gif anime puces 025La devise ?

 

Et la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité ? Comment parler aux Français de valeurs républicaines quand on ne leur a pas enseigné la République, la chose de tous ? Comment leur parler de principes républicains quand on n'est pas soi-même l'incarnation de la République ? Comment parler de civisme politique ou social quand il manque la pédagogie de l'exemple ? Si crise il y a actuellement en France, elle est moins économique que politique et civique. Ce serait plutôt celle de la pratique politique. Elle est, par déduction, sociale et morale. Elle procède d'un manque d'horizon et de repères pour la grande masse des citoyens et débouche sur une interrogation sur le sens de la politique et la place des hommes politiques dans la société. Dans l'incapacité de la classe politique à comprendre les Français et à se faire comprendre d'eux, à parler le langage juste et clair, bref, dans son inaptitude à la pédagogie sociale, réside la source de ce mal-être généralisé. C'est toute la politique et la pratique politique qui mériteraient d'être renouvelées en profondeur. Mais comment rénover la politique dans ce pays sans renouveler les hommes ? A quoi bon renouveler les hommes sans rénover les idées ? L'urgence, sans aucun doute, c'est le changement des comportements : politiques et sociaux.

 

(Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ?, L’Harmattan, 2004) 

 

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 08:20

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SÉNÈQUE, SAGESSE ET FOLIE DES UNS ET DES AUTRES : DE LA RELATIVITÉ DES MAUX

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fleurs autre020Victimes de nous-mêmes ?

 

« L'antique sagesse, dit-on, ne prescrivait rien d'autre que ce qu'il faut faire ou éviter, et les hommes de cette époque nous étaient de beaucoup supérieurs : depuis que les érudits ont pris la première place, les hommes de bien se font rares. Cette vertu simple et accessible s'est transformée en une science hermétique réservée aux intellectuels, qui nous enseigne à faire des dissertations et non à vivre ! » Vous avez raison, cela ne fait aucun doute : la vieille sagesse, à sa naissance, était fruste, tout comme les autres arts, qui, en évoluant se sont raffinés. Mais on n'avait pas encore besoin alors de traitements exigeant des soins attentifs. L'immoralité n'avait pas encore atteint ces sommets et ne s'était pas encore aussi largement répandue : les vices simples pouvaient être guéris par des remèdes simples. À présent, il faut se munir de défenses d'autant plus solides que les assauts dont nous sommes menacés sont plus violents.

 

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fleurs autre020D’une médecine à l’autre

 

Autrefois, la médecine consistait à connaître un petit nombre de plantes qui permettaient d'étancher le sang et de cicatriser les plaies ; ensuite elle a progressivement atteint cette extraordinaire complexité. Quoi d'étonnant ? Elle avait moins à faire quand les corps étaient fermes et résistants, et la nourriture facile à digérer, vierge des artifices inventés par la volupté. Depuis qu'on mange non plus pour apaiser la faim, mais pour l'exciter, et qu'on a trouvé mille condiments pour stimuler l'appétit, les aliments ne viennent plus combler un manque, mais imposer une surcharge. Que de conséquences funestes ! Ainsi le teint livide, les muscles qui tremblent sous l'effet du vin, la maigreur due aux indigestions, plus pitoyable que celle qu'engendre la faim. Ainsi la démarche incertaine et trébuchante de l'ivrogne qui titube du matin au soir. Ainsi l'humeur qui s'infiltre sous la peau et le gonflement du ventre qui a pris l'habitude d'absorber plus qu'il ne peut contenir. Ainsi l'épanchement d'une bile jaunâtre, qui ternit le teint ; putréfaction des organes ; doigts recroquevillés qu'on ne peut plus bouger ; inertie du système nerveux qui ne sent plus rien, ou tremblement incessant de tout le corps. Que dire des vertiges ? Ou bien des troubles de la vue et de l'ouïe, des violentes migraines qui font de la tête un volcan, et des abcès qui affectent les intestins ou la vessie ? Que dire encore des fièvres aux formes innombrables, qui tantôt envahissent brutalement le malade, tantôt s'insinuent en lui pour distiller leur poison, tantôt s'accompagnent de frissons et de spasmes ? A quoi bon énumérer les autres maladies par lesquelles on paie chèrement les voluptés ?


Ils n'étaient pas touchés par ces maux, les hommes qui ne s'étaient pas encore liquéfiés dans les raffinements des plaisirs, et qui étaient à la fois leurs propres maîtres et leurs propres serviteurs. Ils endurcissaient leur corps par le travail et le véritable effort, que demandait la course, la chasse ou le labour. La nourriture qui les attendait ne pouvait convenir qu'à des estomacs affamés ! On n'avait donc nul besoin de tout l'attirail de nos médecins, de tous les instruments de nos chirurgiens et de toutes nos boîtes de pilules. La maladie était simple car simple était sa cause : la multiplicité des maux provient de la multiplicité des plats. Vois quel mélange d'aliments doit passer dans un seul gosier : c'est le luxe qui le veut, ce fléau des terres et des mers. Inévitablement, des ingrédients si divers ne peuvent s'accorder entre eux et, une fois avalés, ils provoquent une indigestion du fait de leur incompatibilité. Rien d'étonnant à ce qu'une nourriture mal équilibrée engendre des maladies imprévisibles et variées, et que des produits naturellement opposés, si on les engloutit tout d'un coup, soient rejetés ! Ainsi donc, nos malaises sont aussi variés que nos nourritures.


Le plus grand des médecins, le fondateur de la médecine [sans doute s’agit-il d’Aristote], a affirmé que les femmes n'étaient sujettes ni à la calvitie ni à la goutte : pourtant, elles perdent leurs cheveux et elles sont goutteuses. Ce n'est pas leur nature qui a changé, mais leur vie : en égalant les hommes dans la débauche, elles les ont aussi égalés dans les ennuis de santé ! Comme eux, elles passent des nuits blanches, comme eux elles boivent, et elles les défient à la lutte et dans les beuveries. Comme eux aussi elles rendent par la bouche ce qu'elles ont avalé quand leur organisme n'en voulait pas et vomissent la quantité exacte du vin qu'elles ont bu. Tout comme eux, elles sucent de la neige pour soulager leur estomac en feu. Au lit non plus elles ne se laissent pas dominer par le mâle : nées pour le rôle passif (que les dieux et les déesses les maudissent !) elles ont inventé cette infâme perversité : pénétrer leur partenaire. Comment donc s'étonner si le plus grand des médecins est pris en flagrant délit de mensonge quand on voit tant de femmes chauves et atteintes de la goutte ? Elles ont perdu les privilèges de leur sexe à cause de leurs vices, et pour s'être dépouillées de leur féminité, elles ont été condamnées aux maladies masculines.


Les médecins de jadis ne savaient pas prescrire des repas fréquents ni utiliser le vin pour ranimer un pouls défaillant ; ils ne savaient pas pratiquer la saignée ni soigner une maladie chronique en recourant au bain et à l'étuve ; ils ne savaient pas, en ligaturant les bras et les jambes, repousser aux extrémités du corps le foyer du mal qui gît caché dans les profondeurs. Il n'était pas nécessaire de chercher partout mille sortes de secours quand il y avait si peu de dangers. Aujourd'hui en revanche, quels progrès la maladie a accomplis ! Nous payons les intérêts des plaisirs que nous avons poursuivis sans retenue, sans respect de rien.

 

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fleurs autre020Table et santé

 

Nos maladies sont innombrables. Tu t'en étonnes ? Compte donc les cuisiniers. On a cessé d'étudier ; les professeurs d'arts libéraux sont en chaire devant des salles vides. Dans les écoles de rhétorique et de philosophie, c'est le désert : mais quelle foule dans les cuisines, quel rassemblement de jeunes gens autour des fourneaux des fils de famille ! Je passe sur ces troupeaux de malheureux garçons qui, arrivés au bout du festin, sont réservés à d'autres outrages, dans la chambre. Je passe sur les bataillons de prostitués qu'on répartit selon leur nationalité et selon leur couleur : tous doivent avoir le même velouté, la même longueur de duvet au menton, la même nature de cheveux — quelle horreur, si une tête à cheveux raides se trouvait au milieu de chevelures frisées ! Je passe sur la foule des pâtissiers, sur celle des serviteurs qui, au signal donné, courent de tous côtés pour apporter les plats. Dieux bons, quel remue-ménage pour la satisfaction d'un seul ventre !


Eh bien, ces champignons, poison exquis, n'accomplissent-ils pas selon toi un travail souterrain, même si aucune réaction ne se fait sentir sur l'instant ? Allons donc ! Cette neige qu'on avale en plein été, crois-tu qu'elle ne durcisse pas le foie ? Et ces huîtres, cette chair visqueuse gorgée de fange, elles ne te feraient pas absorber un peu de leur vase bien grasse ? Quant à ce garum [Il s'agit d'une saumure faite avec les intestins de certains poissons, confits dans du vinaigre et poivrés, ou dans l'eau et le sel, ou dans l'huile, en y ajoutant des fines herbes. Il servait d'assaisonnement obligé aux plats de poissons et de coquillages.], précieuse pourriture de mauvais poissons, dont un magasin a le monopole, ne brûle-t-il pas les entrailles de sa saumure putréfiée ? Ces purulences qui, à peine sorties du feu, passent directement dans la bouche, peuvent-elles sans dommages s'éteindre au sein de notre organisme ? Après cela, quels renvois écœurants et pestilentiels ! Comme on se dégoûte soi-même, quand on sent monter les relents du vin mal digéré ! Tout ce qu'on a absorbé dans ces conditions pourrit dans l'estomac, qui ne peut l'assimiler. [...]

 

 

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fleurs autre020Les nouveaux habits du philosophe

 

Je t'en dis autant de la philosophie. Elle était plus simple quand les vices étaient moins importants et ne réclamaient que des remèdes légers : contre un si grand bouleversement des mœurs, il faut employer tous les moyens. Puissions-nous enfin, de cette manière, enrayer l'épidémie ! Notre folie ne s'arrête pas à notre vie privée : elle déborde sur la communauté. Nous réprimons les meurtres individuels ; mais les guerres et le glorieux assassinat de nations entières ? La cupidité, la cruauté ne connaissent plus de limites. Tant qu'ils sont pratiqués en secret par des particuliers, ces vices sont pourtant moins nuisibles et moins monstrueux ; mais c'est par des sénatus-consultes (lois votées) et des plébiscites que l'on commet des atrocités et qu'on ordonne officiellement aux citoyens ce qu'on interdit aux individus. Des actes que l'on paierait de sa tête si on les commettait en cachette reçoivent nos éloges si l'on met une tenue de soldat pour les perpétrer. Les hommes n'ont pas honte, ces êtres si doux, de s'entretuer avec joie, de faire la guerre et de la transmettre en héritage à leurs enfants, alors que les bêtes brutes vivent en paix.


Face à une folie qui a si largement étendu son empire, la philosophie est devenue plus active, s'armant de forces proportionnées à celles de l'adversaire qu'elle allait combattre. Auparavant, il était facile de sermonner ceux qui avaient un penchant pour la bouteille ou qui versaient dans la gourmandise ; on n'avait pas un grand effort à fournir pour ramener à la sobriété une âme qui s'en était un peu écartée :


« Maintenant, il faut des mains agiles, maintenant on a besoin de maîtres artisans. »


Partout c'est la course aux plaisirs. Il n'est pas de vice qui reste à l'intérieur de ses limites : ainsi le luxe nous précipite-t-il dans la cupidité. Qu'est-ce que le bien ? On l'a oublié : aucune honte à avoir, si le profit est à la clé ! L'homme, objet sacré pour l'homme, on le tue aujourd'hui par jeu, pour passer le temps. Il était sacrilège de lui apprendre à porter ou à recevoir des coups : à présent on le produit en public nu et sans armes, et tout le spectacle qu'on attend de lui, c'est sa mort.


Quand les mœurs ont atteint ce degré de perversion, on a besoin d'un remède plus violent que d'habitude pour prendre à la racine un mal bien implanté : il faut se munir de dogmes pour arracher définitivement les idées reçues qui font prendre le faux pour le vrai. Joints à ces principes généraux, les préceptes particuliers, les consolations, les encouragements pourront être efficaces : en soi, ils n'ont aucun effet. [...] 

Sénèque (4 av. JC – 65 ap. JC), Lettres à Lucilius.

Agora, Les Classiques

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:47

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CENTRAFRIQUE, UNE LUEUR DANS LE BROUILLARD ?

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La fuite en avant ou la sortie du tunnel du chaos ?

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Ainsi donc, à N’Djamena (capitale du Tchad), les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) réunis les 9 et 10 janvier, manifestent leur volonté de peser sur le cours des événements en Centrafrique. L’objectif de cette réunion : obtenir le retrait du président autoproclamé Michel Djotodia, chef de l’ex-mouvement rebelle Séléka.


Ce dernier déchu, la crise centrafricaine sera-t-elle pour autant résolue ? Il faut le souhaiter. Mais on peut légitimement en douter.


D’aucuns voient la diplomatie française à l’œuvre derrière ce sommet extraordinaire de N’Djamena, tout particulièrement la pression exercée sur le président tchadien Idriss Déby, par ailleurs président en exercice de la CEEAC, afin d’obtenir le départ de Djotodia, départ qui serait suivi dans l’année d’élections (présidentielle et législatives) en vue de donner une direction politique crédible au pays en évitant par la même occasion l’enlisement de la France dans le bourbier centrafricain.

 

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Djotodia, président autoproclamé

 

fleche 235Des élections : Quand ? Comment ? Quel objectif ?

 

Deux questions préalables à tout projet de résolution de la crise centrafricaine s’imposent :


fleche 035Comment des relations naguère paisibles et harmonieuses entre ethnies, entre religions, ont-elles pu se dégrader aussi rapidement ? (Malgré le nombre important d’ethnies, plus de 90% de la population parlent une même langue locale, ce qui constitue une exception en Afrique subsaharienne).


De fait, un tel déchaînement de haine et un tel degré de barbarie, jamais vus dans ce pays, sont le signe probant d’une détérioration profonde de l’esprit national et de la volonté commune de vivre ensemble.

 

fleche 035Comment en est-on arrivé là ?

Après les causes, la seconde question porte sur les mesures et moyens de nature à renouer durablement les fils du lien social en donnant à l’État la consistance sans laquelle il n’est pas de paix sociale.


La métamorphose subite de populations d’un même pays, transformées en bêtes féroces se dévorant entre elles, mérite de tirer de cette crise toutes les leçons propres à favoriser le retour à l’existence normale d’un État et d’une nation, dans la paix et la stabilité. La presse s’en est largement fait l’écho :


« Depuis huit mois, les soudards de la Séléka ont méthodiquement mis à sac la Centrafrique et martyrisé son peuple… enlèvements nocturnes, assassinats ciblés, rafles de jeunes dans les quartiers réputés hostiles (c’est-à-dire non musulmans) de la capitale, rackets, pillages d’anthologie à l’échelle nationale, viols, expéditions punitives, razzias, jusque dans les villages frontaliers avec le Cameroun voisin… La liste des exactions auxquelles les miliciens tchadien, darfouriens et centrafricains de la Séléka se livrent sur ce territoire de non-droit, où il n’y a ni armée, ni police, ni gendarmerie, ni administration, est proprement effarante… » (Jeune Afrique, 24-30 novembre 2013)

 

Un ancien Premier ministre centrafricain affirme : « Un tel degré de sauvagerie, je n’ai jamais vu cela dans l’histoire de mon pays. »

Et le pire était à venir : le mois de décembre fut le plus meurtrier, celui qui connut les exactions les plus barbares : celles perpétrées par des musulmans rencontrant les exactions des milices d’autodéfense chrétiennes. La Centrafrique, depuis décembre 2013, se résume en quatre mots : chaos sanglant, anarchie absolue. C’est sur ces ruines qu’il s’agit de reconstruire l’État et la nation, au service exclusif d’une population profondément divisée et meurtrie.

 

fleche 235Une élection bâclée = Un président avant le prochain coup d’État ?

 

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Une mosquée pillée par des chrétiens à Bangui

 

gif anime puces 029Le préalable indispensable

 

Soigner des plaies physiques et morales, vives et profondes, réconcilier, parvenir à la paix, à défaut de l’oubli, recréer le sentiment d’appartenance à une même communauté liée par le même passé, ayant des aspirations communes, et une même volonté de vivre ensemble. Cet effort de réconciliation doit précéder tout projet d’élection. Pour aboutir, il devra prendre le temps nécessaire, car il s’agit de construire pour la durée.


Organiser des élections précipitées, sans ce préalable, reviendrait à cristalliser les fractures du moment : ethniques, religieuses, géographiques…, à refermer prématurément des plaies mal soignées, non guéries, des musulmans votant pour des musulmans, des chrétiens pour des candidats chrétiens, les ethnies du nord pour les candidats du nord, celles du sud pour les candidats du sud. On votera par conséquent pour une ethnie ou une religion, non pour l’avenir du pays, ni pour la personnalité la mieux à même de relever les immenses défis auxquels il est confronté. De telles élections sortiraient, non  une nation et un État  forts, mais un agrégat informe de communautés opposées les unes aux autres, n’ayant ni aspirations communes, ni volonté aucune de vivre ensemble.

 

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Le Nord et le Sud. 90 ethnies cohabitent

 

fleche 235Mali/Centrafrique, Serval/Sangaris, même opération ?

 

gif anime puces 029Une double différence

 

gif anime puces 042Sur le plan militaire et stratégique


Au Mali, l’ennemi était connu, identifié et localisé : les djihadistes apparentés à Al-Qaida, qui s’étaient installés dans le nord du Mali d’où ils menaçaient d’occuper le reste du pays, en défiant la communauté internationale, et en imposant leur loi obscurantiste aux habitants sous leur coupe. Il s’agissait alors de les déloger, de les combattre, de les neutraliser, avec des armes et une stratégie adaptées.

 

En Centrafrique, on ne connait pas l’ennemi en tant que tel. On ignore où il se trouve. Il est partout ! Dans les villes comme dans les campagnes, sur un territoire vaste comme la France, la Belgique et le Luxembourg réunies. Il s’agit de s’interposer entre des citoyens du même pays qui se massacrent, parce que de religions et d’ethnies différentes, qui se vouent une haine inexpiable, suscitée et entretenue par des politiques irresponsables, incompétents, indignes de leur charge.

Les militaires français sont entrés dans ce pays avec des chars des avions, des fusils, des armes sophistiquées pour s’interposer, pour réconcilier !

 

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Aéroport de Bangui. Arrivée de soldats français.

 

gif anime puces 042Sur le plan administratif et politique

 

En Centrafrique, contrairement au Mali lors de l’opération Serval, il n’y a ni armée nationale (même embryonnaire), ni police, ni gendarmerie, ni archives administratives…

Les ministères sont fermés, pillés, vidés de leurs dossiers et mobilier. Tout a disparu dans les services et bâtiments publics. C’est l’État centrafricain même qui a disparu.

 

Au Mali, y compris au plus fort de la crise, (sauf dans la région occupée au nord), les bases et structures essentielles de l’État sont demeurées intactes, avec un gouvernement et une Assemblée nationale en service.


En Centrafrique, tout est à reconstruire ! Qui fera ce travail ? Pendant combien de temps ? Quelle élection possible dans l’immédiat ?

 

Il s’agira de recréer l’État, mais avant, de procéder au recensement de la population éparpillée, qu’il faudra regrouper, établir des listes électorales fiables, car « à la différence du Mali, le ministère de l’Intérieur en Centrafrique est une coquille vide et l’administration renouvelée sous le régime de transition au mieux incompétente, au pire inexistante.

Il faudra que l’Union africaine et l’ONU s’y substituent et valident le scrutin comme cette dernière l’a fait en Côte d’Ivoire. Une opération longue, lourde et coûteuse, dont on ne perçoit encore ni la mise en place, ni le financement. »

 

fleche 235Perspectives

 

Quels effets bénéfiques du sommet de N’Djamena peut-on escompter sans une étude approfondie et rigoureuse de tous ces préalables ? Sans la reconstruction méthodique de l’État et l’indispensable réconciliation des habitants de ce pays ? Sinon, de fâcheuses conséquences se profileraient à l’horizon, parmi lesquelles la persistance des tensions mais aussi une probable partition du pays entre un Nord musulman et un Sud chrétien et animiste (à l’image du Sud-Soudan dont on voit aujourd’hui même la triste réalité).

 

Michel Djotodia, à lui seul, ne fait pas la Séléka, mais en l’occurrence, il partage avec ses principaux lieutenants cette idéologie de la scission du pays.

 

« En privé, Djotodia et son entourage menacent depuis plusieurs mois de diviser le pays… Chaque fois que la communauté internationale durcit le ton, Djotodia répond : « partition ». Il faut dire que pour les Séléka, ce serait un moindre mal, qui leur permettrait tout de même de mettre la main sur les principales richesses du pays (pétrole et diamants notamment). Déjà depuis quelques mois, 2000 soldats, ex-rebelles sont retournés dans leur fief du Nord-est.

Devant ses interlocuteurs, le président de la transition, convaincu que la Centrafrique, le Tchad et le Soudan ne forment qu’un seul et même territoire arbitrairement divisé par les colons, n’hésite pas à convoquer des arguments historiques. » (Jeune Afrique, 22 décembre 2013 – 4 janvier 2014)

 

En raison de tous ces paramètres, l’avenir de la Centrafrique exige lucidité, vision, détermination et pragmatisme.

Et si, malgré tout, un nouveau chef d’État venait à être élu (ou désigné) sans délai, dans ces conditions, il serait indiqué qu’il soit, pour un temps à déterminer, sous la tutelle des Nations unies, auxquelles il devrait régulièrement rendre compte de sa gestion du pays, afin d’épargner à celui-ci d’autres chaos et drames, et pour préserver l’avenir.

Mais, en définitive,c'est aux Centrfricains de prendre leur destin en main. Si la France ou l'ONU peuvent apporter une assistance ponctuelle, elles n'ont pas vocation à porter ce pays à bout de bras continuellement

 

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Adieu Djotodia ! Le départ.

 

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 09:52

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LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE : GRANDEUR ET SERVITUDE

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Que diable allait-elle donc faire dans cette galère ?

 

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La galère sur un océan de haine

 

Quoi qu’elle fasse

 

La non intervention en Centrafrique à l’heure où le monde entier assiste au naufrage d’un pays, où l’État implose littéralement, un pays transformé en champ clos de carnage, théâtre de violences inouïes et de sanglante barbarie, en proie à la folie meurtrière d’un obscurantisme surgi du fond des âges, eut été considérée comme une dérobade coupable, par ceux-là mêmes qui lui font aujourd’hui le reproche de son intervention, trouvant le mobile de cette intervention dans la convoitise des ressources naturelles du pays.

 

 

Intervenir ou ne pas intervenir ?

 

La France avait-elle le choix ?

 

On peut toujours trouver un relent de colonialisme et une volonté de mettre la main sur les richesses naturelles à toute intervention de la France dans n’importe quel pays d’Afrique francophone. Ce jugement n’est certes pas dépourvu de tout fondement mais, c’est l’interprétation sans doute la plus facile, c’est-à-dire la plus commode, qui permet de s’exonérer de toute analyse approfondie visant à un degré minimal d’objectivité.

 

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Appel à la France à Bangui

 

Le plus difficile, par définition le moins commode, c’est l’effort intellectuel par lequel on s’efforce de pénétrer au cœur de l’événement pour une expertise critique étayée par une argumentation rigoureuse, prenant en compte ses dimensions multiples, en fonction du lieu et du contexte.

 

En Centrafrique, la France n’est pas en terre inconnue. Elle est toujours intervenue dans ce pays depuis son indépendance, et fut intimement associée à toutes les phases de son histoire politique agitée, depuis 1959. Aucun chef d’État centrafricain, élu ou parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, n’a pu se passer de l’appui et de l’onction de la France.

 

C’est sans doute pour cette raison que le président Bozizé, chassé du pouvoir en mars 2013 par les rebelles de la Séléka (rassemblement ou coalition en langue sango), avait sollicité en vain l’aide de la France (comme après son coup d’État en 2003, où celle-ci lui tendit la main et l’adouba).


Ayant signé en 2013 un important contrat avec la Chine qui permettait à celle-ci d’exploiter de nouveaux gisements pétroliers au nord, ainsi que sa participation au développement du pays (selon la volonté du président), d’aucuns y ont vu la raison du lâchage de Bozizé, mais aussi de l’intervention en cours, destinée entre autres à contrer cette entrée des Chinois sur sa « chasse gardée ».


Malgré tout, la décision d’intervenir en Centrafrique ne semble pas avoir été spontanée, ni réellement désirée, selon plusieurs éléments d’analyse. Elle s’est faite en 3 étapes, entre la prise de conscience et l’action concrète.


fleche 0261er temps : celui de l’attentisme. L’entrée des rebelles dans la capitale et la fuite du président Bozizé vers le Cameroun une fois entérinées, le gouvernement français par la voix du Quai d’Orsay, déclare avoir pris acte du changement intervenu et appelle au calme et au dialogue dans l’intérêt de ce pays.


fleche 0262e temps : la France déclare déplorer que ce changement soit survenu par la force et au mépris des institutions démocratiques et la suppression (ou suspension) de celles-ci.


fleche 0263e temps : face à l’appel pressant de plusieurs ONG étrangères, notamment de Human Rights Watch, mais aussi d’Églises, de personnalités africaines et françaises, surtout, confrontées aux images et récits de violences et d’exactions insoutenables, dans un chaos indescriptible et des populations à l’abandon, le président français décide d’entrer en action par l’envoi de troupes.


Fallait-il laisser un « génocide rwandais bis » se perpétrer en Centrafrique, musulmans massacrant chrétiens et chrétiens massacrant musulmans ?

 

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L’horreur. Femmes en détresse

 

 

Comment intervenir ?

 

Si le bien-fondé de l’intervention française ne peut être mis en doute, vu l’urgence humanitaire et la « responsabilité historique », c’est le comment de cette intervention qui peut légitimement interroger.

 

Fallait-il y aller seul ?

 

Une force internationale massive sous la bannière de l’ONU et le commandement (ou l’inspiration) de la France eût été souhaitable.

 

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Militaires français face à la haine et à la violence à Bangui

 

gif anime puces 577Que peut la France seule dans cet océan de haine et d’obscurantisme ? Face à ce trou béant, ce déficit criant d’État ?


gif anime puces 577Que peuvent les chars et les canons, quand c’est le cœur et le cerveau qu’il faut toucher pour éteindre la haine et activer la raison ?

 

La présence française en Centrafrique, au-delà de l’aspect purement militaire, constitue un véritable symbole : celui d’un renversement des rôles ou des valeurs. Les jeunes soldats français auraient-ils désormais vocation à remplacer les « vieux sages » africains, pour concilier et réconcilier, apaiser les tensions qui déchirent individus, familles et clans ?


Où est donc passée la légendaire « sagesse africaine » ? Est-elle partie en fumée ou était-elle fumée ?

 

Où sont les Africains ?

 

Dès l’arrivée au pouvoir et l’installation par la force des nouvelles autorités issues de la rébellion, en mars 2013, la première réaction africaine fut celle de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), dont la Centrafrique est membre. Au cours d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la sous-région, réunis pour la circonstance, dans la capitale du Tchad, N’Djamena, il fut décidé d’entériner le fait accompli à Bangui. Ce soutien tacite fut assorti de conditions dictées au nouveau pouvoir, parmi lesquelles la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation d’élections « démocratiques et transparentes » dans un délai de 18 mois.

 

Cacophonie ?

 

Dans le même temps, l’Union africaine réagissait et condamnait vigoureusement le coup d’État de la rébellion en Centrafrique. Mieux, elle décidait d’isoler totalement les nouvelles autorités, en commençant par exclure le pays de la CEEAC. Elle demanda à toutes les organisations internationales de faire de même : ONU, Union européenne… Elle les invita à prendre des sanctions à l’encontre des principaux chefs de la Séléka, à commencer par le premier d’entre eux, le président autoproclamé Djotodia : gel des avoirs, restrictions des déplacements…


De toute manière, le rétablissement de l’État et de l’ordre en Centrafrique ne peuvent venir ni des responsables politiques, ni des forces armées africains. Le salut du pays est ailleurs.

 

Et l’Europe ?

 

Les Européens ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Centrafrique. D’une manière générale, la réponse de la communauté internationale, principalement de l’Union européenne, demeure jusque là minimale. L’Allemagne, la Pologne, la Lettonie… ont-elles le même rapport à l’Afrique que la France ? Ont-elles la même mémoire de l’histoire ?

 

D’aucuns, parmi les États européens, reprochent à la France de s’être engagée seule en Centrafrique, sans les prévenir, et de vouloir les mettre devant le fait accompli en sollicitant leur participation.


Quoi qu’il en soit, la situation actuelle de ce pays dépasse le simple huis-clos de la France avec son ancienne colonie. L’État centrafricain totalement effondré, le vide créé serait vite comblé par ceux que peu d’États d’Europe souhaiteraient voir à leur porte : un terrain conquis par les djihadistes et les adeptes de tous les trafics… Ceux qui sont chassés du Nord-Mali y afflueraient, s’y installeraient en maîtres, en y rencontrant d’autres qui renforceraient leur pouvoir. Et ce nouveau sanctuaire de tous les dangers, créé et conforté, serait une menace pour l’Afrique, mais aussi pour l’Europe et le monde.


Vu sous cet aspect, la France, ce Don Quichotte impénitent, œuvre aussi en Centrafrique, seule, pour la paix mondiale.

 

Un conflit interne, religieux et ethnique ?

 

À l’origine non ! Un conflit né de l’incurie et de l’inconscience de politiques centrafricains qui instrumentalisent la religion et l’ethnie pour suppléer leurs carences. La défaillance de la gouvernance et la faillite de l’État portent en germes toutes les dérives et tous les drames imaginables.


Si ce pays a toujours été une terre de révoltes et de rébellions, ces mouvements sociaux ou politiques furent toujours dirigés contre des gouvernants brutaux, incompétents et inaptes à la fonction d’homme d’État. Jamais par le passé des fractions de la population de ce pays, où religions et ethnies ont toujours vécu en bonne intelligence, ne s’affrontèrent pour motif religieux ou ethnique. La mauvaise gouvernance corrompt cette harmonie sociale, compromettant gravement l’avenir du pays.

 

Comment éteindre le feu ?

Perspectives et solutions

 

Court terme, moyen terme, long terme

 

etoile 108Court terme :


 

gif anime puces 601D’abord mettre le pays sous tutelle internationale, sous mandat des Nations unies, avec pour objectif : traiter le mal en profondeur : mettre un terme aux violences et exactions, grâce à la mise sur pied d’une force issue des l’ONU.


gif anime puces 601La deuxième urgence sera la création d’une administration digne de ce nom : police, gendarmerie, justice, toutes choses totalement disparues depuis mars 2013.

Reconstruire hôpitaux, dispensaires, services municipaux, écoles, service d’état civil, poste… bref, les bases fondamentales de l’administration.


gif anime puces 601Troisième urgence enfin, former les cadres nationaux indispensables à l’administration et à l’État. Entreprendre une œuvre de pédagogie civique : réconcilier ethnies et religions.


 

etoile 108Moyen terme :


Construire ou « reconstruire » l’État, créer et mettre à jour fiches électorales, budget, douanes, service fiscal… former et sensibiliser au sens de l’État, au réflexe du service d’État, au respect du bien public…

 


etoile 108Long terme :


Celui de la renaissance de l’État et de la nation. Il sera fonction des constructions opérées par le court et le moyen terme, et permettra de les compléter et les parfaire, par le fonctionnement normal de l’État au service de tous, et la formation d’un gouvernement issu d’élections authentiquement démocratiques, lequel sera animé par des hommes et des femmes formés, intègres, compétents et dévoués.

 

 arbre 

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 09:53

chouette2.jpgÉPICTÈTE, ENTRE MAXIME ET ACTIONS

 

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gif anime puces 029Face à l’autre, chercher l’entrée lumineuse

 

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Chaque chose présente deux prises, l'une qui la rend très aisée à porter, et l'autre très mal aisée. Si ton frère donc te fait injustice, ne le prends point par l'endroit de l'injustice qu'il te fait ; car c'est par où on ne saurait, ni le prendre, ni le porter ; mais prends-le par l'autre prise, c'est-à-dire, par l'endroit qui te présente un frère, un homme qui a été élevé avec toi, et tu le prendras par le bon côté qui te le rendra supportable.

 

Ce n'est pas raisonner conséquemment que de dire, je suis plus riche que vous, donc je suis meilleur que vous : je suis plus éloquent que vous, donc je vaux mieux que vous. Pour raisonner conséquemment il faut dire, je suis plus riche que vous, donc mon bien est plus grand que le vôtre ; je suis plus éloquent que vous, donc ma diction vaut mieux que la vôtre : mais toi tu n'es ni bien, ni diction.

 

Quelqu'un se met de bonne heure au bain, ne dis point qu'il fait mal de se baigner si tôt, mais qu'il se baigne avant l'heure : quelqu'un boit beaucoup de vin, ne dis point qu'il fait mal de boire, mais qu'il boit beaucoup ; car avant que tu aies bien connu ce qui le fait agir, d'où sais-tu s'il fait mal ? Ainsi toutes les fois que tu as à juger évite de voir devant tes yeux une chose, et de te prononcer sur une autre.

 

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gif anime puces 029L’ignorant et le philosophe

 

En nulle occasion ne te dis Philosophe, et ne débite point de belles maximes devant les ignorants ; mais fais tout ce que ces maximes renferment. Par exemple, dans un festin ne dis point comment il faut manger, mais mange comme il faut. Et souviens-toi qu'en tout et partout Socrate a ainsi retranché toute ostentation et tout faste ; les jeunes gens allaient à lui pour le prier de les recommander à des Philosophes, et il les menait, souffrant ainsi sans se plaindre le peu de cas qu'on faisait de lui.

 

S'il arrive donc qu'on vienne à parler de quelque belle question devant les ignorants, garde le silence ; car il y a bien du danger à aller rendre d'abord ce que tu n'as pas digéré. Et lorsque quelqu'un te reprochera que tu ne sais rien, sache que tu commences à être Philosophe dès ce moment-là : car les brebis ne vont pas montrer à leurs bergers combien elles ont mangé, mais après avoir bien digéré la pâture qu'elles ont prise, elles portent de la laine et du lait ; toi de même ne débite point aux ignorants de belles maximes ; mais si tu les as bien assimilées, fais-le paraître par tes actions.

 

Si tu es accoutumé à mener une vie frugale et à traiter durement ton corps, ne te complais point sur cela en toi-même ; et si tu ne bois que de l'eau, ne dis point à tout propos que tu ne bois que de l'eau. Que si tu veux t'exercer à la patience et à la tolérance, pour toi, et non pas pour les autres, n'embrasse point les Statues ; mais, dans la soif la plus ardente, prends de l'eau dans ta bouche, rejette-la en même temps, et ne le dis à personne.

 

L'état et le caractère de l'ignorant ; il n'attend jamais de lui-même son bien ou son mal ; mais toujours des autres. L'état et le caractère du Philosophe ; il n'attend que de lui-même tout son bien et tout son mal.

 

Signes certains qu'un homme fait du progrès dans l'étude de la sagesse : il ne blâme personne ; il ne loue personne ; il ne se plaint de personne ; il n'accuse personne ; il ne parle point de lui, comme s'il était quelque chose ou qu'il sût quelque chose ; quand il trouve quelque obstacle ou quelque empêchement à ce qu'il veut, il ne s'en prend qu'à lui-même. Si quelqu'un le loue, il se moque en secret de ce louangeur ; et si on le reprend, il ne fait point d'apologie ; mais, comme les convalescents, il se tâte et se ménage, de peur de troubler et de déranger quelque chose dans ce commencement de guérison, avant que sa santé soit entièrement fortifiée. Il a retranché toutes sortes de désirs, et il a transporté toutes les aversions sur les seules choses qui sont contre la nature de ce qui dépend de nous ; il n'a pour toutes choses que des mouvements peu empressés et soumis ; si on le traite de simple et d'ignorant, il ne s'en met pas en peine. En un mot, il est toujours en garde contre lui-même, comme contre un homme qui lui tend continuellement des pièges et qui est son plus dangereux ennemi.

 

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gif anime puces 029Ce qui dépend ou non de nous

 

Demeure ferme dans la pratique de toutes ces maximes, et obéis-leur comme à des Lois dont tu ne peux violer la moindre sans impiété ; et ne te mets nullement en peine de ce qu'on dira de toi ; car cela n'est plus du nombre des choses qui sont en ta puissance.

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:26

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CENTRAFRIQUE, LE CHAOS PERMANENT

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La France en terre de mission impossible ?

 

Au centre de l’Afrique

 

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Un condensé du mal africain.

Au pays de l’Empereur Bokassa

 

Centrafrique1.jpg

 Centrafrique

 

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L’Empereur du chaos, Bokassa Ier

 

Si la Centrafrique n’est pas l’Afrique, elle est néanmoins largement représentative de ce continent au double sens de la fragilité étatique, voire de l’inconsistance de l’État, et de la vacuité de l’indépendance émancipatrice. Elle fait en outre partie de ces États africains qui sont marqués d’une grave carence de la gouvernance.

 

Dans une Afrique à géométrie variable, trois catégories d’États apparaissent :

bouton 007Des États qui tentent, tant bien que mal (le plus souvent plutôt mal que bien), de sortir la tête du marais du sous-développement, avec des phases d’accélération, mais aussi de recul.

bouton 007Des pays qui nagent ou plutôt surnagent, avec une infinie peine, vers le rivage et la lumière.

bouton 007Enfin, des pays qui plongent totalement, immergés au plus profond du marais, ballottés et retournés, qui perdent pied, sans boussole ni gouvernail, et qui ne tiennent que par une béquille prêtée par des pays extérieurs au continent, ou sur le dos de ces derniers.

 

La Centrafrique fait partie de cette dernière catégorie. Pays dit « indépendant » depuis plus de 50 ans, en réalité terre de chaos permanent et d’un cercle vicieux perpétuel.

 

gif anime puces 042Une indépendance fictive, des pays vassalisés.

 

René Dumont prévenait déjà en 1962 :

« L’Afrique risque la vassalisation néocolonialiste… si elle continue dans cette voie. »

Cette prédiction est aujourd’hui avérée pour nombre d’États africains. Mais, si vassalisation il y a, à qui en incombe la responsabilité ? L’irresponsabilité inqualifiable et l’incompétence notoire, aggravées parfois par l’absence de l’élémentaire intégrité morale, font de ces États les jouets de qui veut s’en servir.

 

Car, où est l’État quand l’on se trouve dans l’incapacité intrinsèque de nourrir la population, de la soigner, d’assurer sa sécurité ?

A-t-on « pris » son indépendance pour se faire porter par l’ancien colonisateur et dormir indéfiniment sur son dos ?

Car la Centrafrique est bien (comme d’autres), ce gouffre sans fond qui absorbe tout et ne rend rien.

 

gif anime puces 042La France dans le guêpier centrafricain

 

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Les émigrés de l’intérieur. Une errance sans fin.

 

bouton 007Que peut la France contre la haine qui anime les Centrafricains et les oppose les uns aux autres ?

bouton 007Que peut-elle faire pour inscrire au cœur et dans l’esprit des Centrafricains l’amour et le respect des uns pour les autres ?

bouton 007De quelle potion magique dispose-t-elle pour créer dans les esprits, indéfiniment, le sens de l’État et la culture du respect de la chose publique ? Celle du service public ?

 

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La marche des damnés, de nulle part vers nulle part.

 

Une des tâches prioritaires des Français (et des Européens en général), comme de tous ceux qui se penchent au chevet de ce grand malade chronique qu’est la Centrafrique, c’est d’amener ses dirigeants à prendre conscience de leurs responsabilités dans le chaos où baigne ce pays depuis si longtemps, c'est-à-dire, les former à la fonction et à la dignité de dirigeant d’État.

Combien d’interventions de la France dans ce pays depuis son indépendance ? Pour quels résultats ?

 

Si les Français veulent éviter à leur gouvernement (Oh ! certes il est quelque part quelques compensations ou intérêts matériels !) la condamnation à un éreintant travail de Sisyphe, il importe de revoir en profondeur leur pratique de l’aide au développement qui a prouvé son inefficacité. Il importe d’introduire d’autres méthodes, en s’éloignant d’un formalisme dogmatique, et d’un conformisme intellectuel qui ont fait leur temps.

Il est nécessaire, à cet égard, de déterminer avec les intéressés, les objectifs prioritaires, le développement étant l’unique finalité. Des objectifs, des impératifs, avec exigence de résultats sinon dévaluation, et pour le pays qui aide, et pour le pays bénéficiaire, et, nécessairement, en permanence, un droit de regard des citoyens du pays donateur comme de ceux du pays bénéficiaire.

 

Comment prendre au sérieux des responsables africains discourant à longueur de forums internationaux sur le développement quand, dans certains États, le taux d’alphabètes a chuté de 30% depuis les années 1970 ? Des pays où l’école est à l’abandon, les enseignants déconsidérés, prolétarisés voire clochardisés ?

Dans ce domaine aussi, il faut que les pays développés qui prétendent aider les pays africains à sortir du sous-développement, apportent la preuve de leur engagement, non dans le discours, mais dans la pratique, en ouvrant les yeux sur les réalités profondes des États et des peuples : penser juste, dire vrai, pour être efficaces.

En dernier ressort, la flamme du développement doit s’allumer dans la conscience des Africains, ou il n’y aura pas de développement.

 

« Il faut former les jeunes », affirme Mme Cinzia Catalfamo Akbaraly, présidente de la Fondation Akbaraly, qui lutte contre le cancer à Madagascar. Elle précise :

« On n’arrive pas à retenir les meilleurs.

L’Afrique n’arrive pas à former et éduquer correctement sa jeunesse. Il faut absolument insister sur ce terrain-là. Les jeunes qui veulent recevoir une éducation à haute valeur ajoutée vont en Europe, aux États-Unis… Et ils ne reviennent pas ! En Afrique, nous n’arrivons pas à les faire revenir ! »

 

gif anime puces 042Pourquoi partent-ils ?

 

bouton 007Pourquoi ne veulent-ils pas revenir ?

bouton 007Que faire pour qu’ils ne partent pas, ou pour qu’ils reviennent ?

Telles sont les questions primordiales à poser. Y répondre, c’est déjà faire une partie du chemin vers l’objectif à atteindre.

Enfin, mettre un terme aux propos lénifiants convenus à l’égard des dirigeants africains apparaît comme une absolue nécessité : tenir résolument le langage de la vérité et de la responsabilité. Le meilleur moyen d’aider l’Afrique, est que l’Afrique s’aide.

 

gif anime puces 042Et les Chinois ? Où sont-ils quand l’Afrique brûle ?

 

Il est une autre réalité qu’il faut oser aborder dès lors qu’il s’agit du présent et du futur de l’Afrique. C’est l’attitude des nouveaux partenaires du continent, qui l’envahissent littéralement du nord au sud, au détriment des partenaires historiques que sont les Européens. Il y a sûrement des raisons à cette fulgurante percée des uns et à l’élimination progressive des autres du jeu africain. Là n’est pas la question pour ce sujet. Sans émettre le moindre jugement de valeur, il s’agit ici d’énoncer un constat.

Depuis le début des années 2000, ces nouveaux partenaires, Chinois en tête, mais aussi Indiens, Japonais, Russes, Brésiliens… qui jouent des coudes pour se faire une place en Afrique, et déloger méthodiquement les anciens partenaires des Africains, se taillent la part du lion dans l’exploitation des ressources naturelles raflant au passage tous les marchés publics et appels d’offres, avec la bienveillance des dirigeants africains.

La « diplomatie du chéquier », que ces nouveaux venus pratiquent à merveille, envoûte littéralement bien des dirigeants du continent, qui s’empressent de leur dérouler le tapis rouge, sans conditions ni précautions.

 

Or, paradoxalement, la France, premier pays européen à pâtir durement de cette percée, perdant marchés et contrats, est la première à accourir pour éteindre l’incendie allumé par des Africains. Ceux qui sont à l’honneur et en grâce auprès des dirigeants africains, sont étonnamment absents. Ils se taisent et se terrent, quand la France monte au feu.

Ainsi, par une curieuse alchimie, ceux qui sont absents à la redistribution de cartes économiques sont aussi les pompiers les plus assidus et les plus dévoués.

 

La France n’est pas seulement le « gendarme de l’Afrique », elle est aussi le pompier régulier, à pied d’œuvre sur le continent. Et, à voir les foules massées le long des routes, les visages rayonnants des habitants acclamant les troupes françaises, la France apparaît aussi comme le « sauveur » attitré, en tout cas, le pompier qui sait éteindre l’incendie. Au-delà de profits escomptés en termes de rayonnement, il y a aussi chez elle, la réelle volonté de contrer partout sur le continent, la barbarie obscurantiste et d’en écarter le danger.

 

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Le pompier français à l’œuvre

 

Le président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, également président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de L’Ouest (CEDEAO), semble en prendre conscience. Ne déclarait-il pas le 6 décembre à Paris :

« Quoi qu'on en dise,et malgré l’influence grandissante de la Chine, des États-Unis et du Brésil en Afrique, ces pays ne sont pas engagés chez nous sur le front de la défense et de la sécurité. Ils ne prennent pas les mêmes risques que la France. »

 

Certes ! Mais ils prennent tous les marchés et contrats au nez de la France.

Cette déclaration du président Ouattara a de quoi surprendre car, ce sont bien eux, dirigeants, qui ouvrent grandes les portes de leurs pays aux Chinois, Indiens, Brésiliens… qu’ils s’empressent d’installer et d’adouber. D’une part, parce que la « diplomatie du chéquier » opère des miracles, en produisant des retournements d’alliance spectaculaires, d’autre part, parce que les Chinois et autres, leur tiennent le langage qu’ils veulent bien entendre.

Aucune allusion concernant les droits de l’homme, la bonne gouvernance, et encore moins la démocratie !

 

gif anime puces 042La France aujourd’hui, et après ? Demain ?

 

Que faire ? Secouer le mammouth !

 

L’intervention militaire de la France en Centrafrique pour empêcher les Centrafricains de s’entre'égorger un temps, pour soigner quelques plaies et bosses, et nourrir les affamés, est louable au titre de l’humanitaire. Mais amènera-t-elle les Centrafricains en capacité de se prendre en charge aujourd’hui, de prendre en main leur destin, demain, et pour toujours ?

Car, l’Afrique est le remède de l’Afrique. Seuls le ressort intérieur, la volonté et l’effort permettront de mettre le pays en marche. Ce remède n’appartient qu’aux seuls Centrafricains.

Il serait temps pour les dirigeants africains en général, de sortir enfin de cette longue hibernation cérébrale, de cette longue maladie du sommeil, comme de cette pesante léthargie mentale, qui frappent les responsables du continent depuis plus de 50 ans.

 

De combien de Nelson Mandela le Ciel gratifiera-t-il encore l’Afrique ?

 

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