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20 avril 2022 3 20 /04 /avril /2022 14:41

L’Homme de Vitruve
 (Léonard de Vinci)

 

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LA VISION DE L’ART DE GOTTFRIED HONEGGER

DANS SA LETTRE À LEONARD DE VINCI

 

Gottfried Honegger (1917-2016)

 

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Gottfried Honegger, né en 1917 à Zurich et mort en 2016 également à Zurich, est un peintre, graphiste publicitaire et collectionneur suisse.
Il a vécu et travaillé à Paris, Zurich, Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes)…

En 1938, il fonde un atelier de graphisme, de décoration et de photographie.
Entre 1939 et 1960, il séjourne dans différents pays puis revient en France en 1960, où il utilise l’informatique pour des dessins programmés par ordinateur.

Honegger réalise des Tableaux-reliefs aux formats monumentaux.

Il est reconnu comme l’un des piliers de l’art concret (mouvement artistique de tendance abstraite).
Il travaille sur le principe des variations à partir d'un seul et même thème.

 

Il pense que la beauté peut changer le monde. Pour lui, l’art a une fonction sociale, ce qui le conduit à concevoir un outil pédagogique : Le Viseur. Cet instrument est destiné à l’apprentissage du regard pour l’enfant : améliorer la perception des couleurs, des formes, du rythme. En 2015, Honegger avait initié des activités plastiques pour les enfants handicapés.

Il est convaincu que «l'excès d'images virtuelles paralyse notre conscience», il s'inquiète de l'addiction des jeunes aux écrans, allant parfois jusqu'à la folie.

 

« Son père fut sa deuxième école, éthique plus que politique : « Un père socialiste qui me dit : “Tu as eu de la chance, mais il y en a d’autres qui n’ont pas eu cette chance. Fais ton travail pour aider ceux-là.” Et je suis devenu socialiste avec un imaginaire de paysan. » (Le Monde, 18 janvier 2016).

 

Il réalise les vitraux des quatorze baies supérieures de la nef de la cathédrale de Liège, avec Hervé Loire, maître verrier de Chartres. (2014).
En 2000, avec sa dernière épouse, Sybil Albers-Barroer, il fait la donation de leur collection d’art (500 œuvres de 160 artistes) à l’État français.

 

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«l'Europe avant d'être une alliance militaire ou une entité politique doit être une communauté culturelle». (Maurice Schumann)

 

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La Joconde (Mona Lisa)

 

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Lettre à Léonard de Vinci

 

Très cher,

 

Afin de persuader notre ministre de la culture que l'art ne fait pas que coûter de l'argent, qu'il en laisse aussi dans les caisses de l'État, je lui ai écrit le billet suivant : « Mona Lisa, votre tableau suspendu au Louvre a rapporté à la France plus de devises et de prestige que Citroën, Peugeot et Renault réunis. Votre Mona Lisa n'a jamais fait grève, n'a jamais été malade, ni enceinte. Durant les cinquante dernières années, elle n'a été absente que deux ans. Et le vol n'a fait que renforcer sa légende, sa popularité. Ajoutons que Mona Lisa est un cadeau que vous avez fait à François Ier, alors roi de France ».

 

Il serait temps d'admettre que l'art n'est pas un luxe. Une ville comme Paris dépérirait sans l'art, sans les musées. Chaque année quatorze millions de touristes viennent dans la capitale, essentiellement attirés par la légende artistique de Paris. C'est l'art en premier qui crée une identité nationale.

 

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La poésie est un art qui ne se sent pas, alors que l’art, une poésie qui ne se voit pas » (Léonard de Vinci)

 

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Ceci dit en passant. Si je vous écris, c'est parce que la vulgarisation de votre Mona Lisa me préoccupe. Pas un drap de lit, pas une assiette, pas un t-shirt, pas..., pas..., pas..., pas une publicité télévisuelle sans elle. Votre œuvre est devenue une marque mondiale, exploitée avec cynisme et mauvais goût. Même des collègues artistes comme Marcel Duchamp ou Andy Warhol utilisent Mona Lisa, pour je ne sais quelle raison. Ce culte de Mona Lisa, cette pseudo-culture qui mêle art et consommation nuit à votre œuvre, à l'art tout entier. On utilise la légende de votre œuvre à des fins mercantiles. Le dommage qu'elle subit témoigne d'une économie sans scrupule, sans éthique.

 

Mais il n'y a pas que votre Mona Lisa, tout ce qui possède un éclat, un sens, est déshonoré. Quand la religion sert à vendre des pâtes alimentaires et Picasso des Citroën, plus rien n'est épargné.

Les héritiers Picasso, eux-mêmes, dirigent à New York une multinationale de la marque Picasso qui ne rapporte pas un simple pourboire. Que Picasso ait été communiste et ait dessiné la colombe de la paix s'embarrasse personne de nos jours. Picasso qui a écrit : « Je ne peins pas pour décorer des murs, je peins contre les ennemis de l'humanité » .

 

 

 

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« Chez nous, les hommes devaient naître plus heureux qu’ailleurs, mais je crois que le bonheur vient aux hommes qui naissent là où il y a du bon vin. » (Léonard de Vinci)

 

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Est-ce que je vous parais trop moralisateur, trop prude, trop dépourvu d'humour ? Je pense que l'économie, le néolibéralisme ont besoin du manteau de la culture pour camoufler leur égoïsme, leur course à l'argent et au pouvoir. En ce sens le sponsoring de l'activité économique est pure publicité de prestige. L'art doit fournir ce que la Bourse ne possède pas : la culture.

Cette popularité mondiale de l'art n'épuise pas seulement l'éthique de votre œuvre. Max Bense, un philosophe allemand, professeur au nouveau Bauhaus d'Ulm m'a convaincu qu'une œuvre d'art, aussi bonne qu'elle soit, est condamnée au kitsch par la reproduction en série et par le temps. Il a raison, votre Mona Lisa est aujourd'hui nue, avilie, récupérée par le tourisme de masse — le safari culturel.

 

Vous m'avez écrit autrefois : « Nous en concluons que la peinture n'est pas qu'une science (c'est-à-dire un chemin vers la connaissance), elle est chose divine qui recrée l'œuvre vivante de Dieu ». Vous écriviez dans la même lettre : « L'art pictural atteint une telle perfection qu'il ne se consacre pas seulement aux apparences de la nature, il engendre les apparences comme nature ».

Votre vision de l'art me donne le courage de persévérer, de continuer à protester. Notre travail est aujourd'hui plus que jamais une exhortation. Nous devons dans l'ombre d'un monde qui se cherche rendre perceptible la croyance à un meilleur, à un possible. L'espoir est une énergie qui fait jaillir la lumière.

Autrefois une idéologie uniforme déterminait la forme et le contenu de l'art. L'art était au service du pouvoir, mais aussi des Lumières (Aufklàrung). Aujourd'hui je regrette l'absence de commande officielle. La diversité de l'art actuel est le reflet de notre liberté démocratique. Ce qui nous manque, ce qui manque à la plupart des artistes c'est de comprendre que l'art, comme il l'a toujours fait, doit viser une politique culturelle. Un art sans engagement social reste décoratif, un simple divertissement.

Ce qui caractérise votre œuvre, c'est sa participation à la vie publique. Votre art rend visible. Il nous ouvre les yeux sur le miracle du monde.

Je vous remercie de votre patience. Je vous remercie aussi, parce que votre œuvre, l'impact de vos tableaux ont fortifié ma conscience, ma volonté de créer des formes.

 

Léonard de Vinci (1452-1519)

 

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Léonard de Vinci (1452 à Vinci-1519 à Amboise)

La personnalité puissante et séduisante de Léonard de Vinci est apparue au moment où la renaissance était en pleine vigueur. Léonard de Vinci s’y trouvait parfaitement à l’aise.

Il a incarné pleinement les idées nouvelles de la période, par-dessus tout, la liberté nouvelle de l’artiste, émancipé des cadres professionnels anciens. Pour lui, cette soif de liberté devait permettre à l’artiste de s’émanciper de ces cadres et dominer, par la réflexion scientifique et philosophique, l’empirisme des métiers.

C’est ainsi que Léonard de Vinci devint l’interlocuteur des grands de l’époque à travers l’Europe.

Son génie infatigable et singulier « déborde les préoccupations objectives et sereines de la première renaissance ».

 

Sa biographie atteste une activité prodigieuse qui n’est pas toujours menée à terme, suscite des reproches et se retrouve de bonne heure colorée par la légende, son œuvre écrite connaît un sort étrange : ses recherches théoriques donnent des proportions inconnues à la doctrine d’ « l’art-science ».

Il touche à tous les arts en suggérant partout un idéal de rigueur et de complexité qu’illustre, en peinture un petit nombre d’œuvres souvent inachevées.

 

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« Plus on connaît, plus on aime » (Léonard de Vinci)

 

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Quelques éléments de sa vie :

 

Né en 1452 à Vinci (Italie), près de Florence, il est le fils naturel d’un notaire Piero da Vinci et d’une jeune paysanne. Il est élevé dans la maison paternelle à Vinci et choyé par sa jeune belle-mère (ce qui nuance les spéculations de Freud sur la pénible condition du bâtard, car Ser Piero se maria quatre fois mais n’eut un second enfant qu’en 1476).

Son père l’inscrit à 10 ans, à Florence, dans une « scuola d’abaco » et ensuite dans l’atelier de Verrocchio.

Il y apprend les mathématiques, l’architecture, la perspective mais aussi la peinture le dessin et la sculpture.

Il y côtoie Botticelli et Pérugin, entre autres.

En 1472, L. de Vinci devient membre de la corporation des peintres de Florence. Il reste cependant au service de Verrocchio jusqu’en 1482.

 

Léonard de Vinci débute sa propre carrière par des portraits, tableaux religieux…

Il réalise surtout des commandes passée par les monastères et notables de Florence.

Afin de se mettre à l’abri du besoin, il cherche un mécène. Apprenant que le duc de Milan, Ludovic Sforza (dit Ludovic le More) veut ériger la statue équestre de son père, Léonard part pour Milan (1482) où il se consacre à la création de cette statue pendant 16 ans. Mais faute de bronze elle ne sera pas réalisée.

Il peint cependant les portraits suivants :

Portrait de Cesilia Gallerani (maîtresse du duc de Milan), La Vierge aux Rochers, La Dame à L’Hermine.

Il est nommé « Maître des arts et ordonnateur des fêtes » et invente des machines de théâtre.

À la chute du duc de Milan, Léonard quitte la ville. Pendant 15 ans il voyage entre Florence, Rome, Milan.

Génie touche à tout, il se fit connaître, partout, par l’importance et la diversité de son œuvre: peinture, sculpture, littérature, dessin, portrait, travaux de mathématiques, décors de théâtre…

 

Vers 1490 Léonard de Vinci, dessine « L’Homme de Vitruve », célèbre dessin inspiré des écrits de l’architecte romain Vitruve qui a travaillé sur les proportions idéales du corps humain.

Il montre un homme placé dans un cercle avec pour centre le nombril ; œuvre symbolique de la Renaissance, de l’humanisme et de la science. (L’homme est au centre de tout).

 

Dessin-invention de Léonard de Vinci

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Léonard de Vinci en France

 

À la fin de 1516, Léonard de Vinci est invité par le roi de France, François Ier (vainqueur de Marignan et arbitre de l’Italie).

Il a pris soin d’emporter avec lui ses tableaux et ses cahiers de notes qu'il laisse en totalité à son élève et compagnon fidèle, Francesco Melzy.

 

En 1517 il réside à Amboise, au Manoir de Cloux (actuel Château de Clos Lucé) et est nommé « premier peintre et architecte du roi ».

Il reprend des projets de canalisation pour Romorantin, et donne, en même temps des décors pour la fête de cour du printemps de 1518.

 

Léonard de Vinci meurt le 2 mai 1519, à Amboise.

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« Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, de même une vie bien remplie nous mène à une mort paisible » (Léonard de Vinci)

 

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Statue de Léonard de Vinci à Florence (Italie)

 

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 11:19

 

DÉFORESTATION
DÉJÀ À L’ÉPOQUE DE RONSARD, AU MOYEN ÂGE

 

 

Le problème de la déforestation ne date pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons dans le poème de Ronsard ci-dessous.

De tout temps, l’homme a abattu ou brûlé des arbres : pour se faire de la place, pour se chauffer et cuire ses aliments, pour se construire des abris, des bateaux, des meubles, pour augmenter ses terres de culture, d’élevage…

Mais cette déforestation n’avait pas l’ampleur qu’elle a de nos jours, où elle est devenue mondiale et s’accélère. Et les problèmes dus à la déforestation sont multiples de nos jours : réchauffement climatique, dégradation du cycle de l’eau, érosion des sols, disparition de nombreuses espèces (faune et flore) et même de certains peuples indigènes.

 

Pourtant déjà au Moyen Âge certains s’en inquiétaient. Depuis toujours certains êtres humains se sont sentis en harmonie avec la nature et ont cherché à la défendre. Ronsard est de ceux-là et nous le dit si joliment dans son poème contre les bûcherons de la forêt de Gastine.

 

« Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses,
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

 

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur, sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Jeannette.
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix,
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;
Tu perdras ton silence, et, haletants d'effroi,
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

 

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,

Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner ;
Où premier, admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leurs disent injures.

 

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens
 Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
de massacrer ainsi leurs pères nourriciers !
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie §

O dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne, 
Et la cime d'Athos une large campagne ; 
Neptune quelquefois de blé sera couvert ; 
La matière demeure et la forme se perd."

                                         (Elégie, XXIV (V.19-68))                                                                         

Pierre de Ronsard (1524-1585)

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> Un bref résumé de la vie de Ronsard.

Pierre de Ronsard est né au château de la Poissonnière en Vendômois, de vieille souche noble. Hormis 6 mois d’études à Paris, il a passé les 12 premières années de sa vie au milieu de la nature vendômoise où il a trouvé plus tard une source inépuisable de souvenirs et d’impressions.

En 1536, il est attaché comme page au dauphin François (fils de François Ier) qui meurt 3 jours après. Il sera page de Charles d’Orléans puis de Madeleine de France (enfants de François Ier).

Il suit Madeleine de France, devenue reine d’Écosse après son mariage avec Jacques Stuart, roi d’Écosse, mais elle meurt en 1537.

Il reste quelques temps en Écosse puis regagne la France en passant par l’Angleterre et la Flandre.

1540 : il séjourne quelques temps en Allemagne auprès de son cousin, le diplomate Lazare de Baïf, grand humaniste et qui lui a sans doute donné le goût des lettres antiques. Ronsard était promis à une brillante carrière diplomatique mais à son retour d’Allemagne suite à une grave maladie, il devient à demi-sourd et il doit se retirer à la Poissonnière.

Isolé à cause de sa surdité, Ronsard se consacre à la poésie.

1543 : il a reçu la tonsure, non pas pour devenir prêtre mais pour s’assurer le revenu de bénéfices ecclésiastiques.

 

Désireux d’imiter Horace et conscient de ses lacunes dans sa formation humaniste, Ronsard se met pendant cinq ans à l’étude des lettres antiques au collège de Coqueret avec Du Bellay et Jean Antoine de Baïf sous la direction de Dorat. Ils forment la Brigade, plus tard la Pléiade (Ronsard, du Bellay, de Baïf, Jodelle, Belleau, Dorat, Peletier, Pontus de Tyard). Leur ambition : renouveler et perfectionner la langue française.

 

1558, Ronsard devient conseiller et aumônier ordinaire du roi Henri II. 1560, à partir de l’avènement de Charles IX, il est largement pensionné.
1574, à la mort de Charles IX, il tombe en demi-disgrâce, le nouveau roi, Henri III ayant ramené de Pologne son poète favori, Desportes. Ronsard se retire dans ses prieurés à partir de 1575

 

Quelques-unes de ses œuvres  :

1550 :les Odes
1552 : Amours de Cassandre
1553 : Folastreries
1554 : Bocage
1555 : Continuation des Amours
1556 : Nouvelle Continuation des Amours
En 1560 il publie une édition collective de ses œuvres, classant ses poésies en quatre volumes : Amours, Odes, Poèmes, Hymnes.
1578 : Sonnet sur la mort de Marie, Sonnet pour Hélène.

 

Il travaillait sans relâche à rééditer ses œuvres complètes mais il était tourmenté et souvent alité par la goutte ; ses derniers sonnets, poignants, évoquent ses douleurs physiques, ses insomnies, ses préoccupations de l’au-delà.

1585 : il meurt à Saint-Cosme.

 

La Poissonnière, manoir de Ronsard

 

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 10:04

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (3)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

La singularité de sa forte personnalité fut soulignée par ses contemporains mais surtout par ses biographes des temps passés, comme de nos jours. Cela lui valut sans doute incompréhension, voire opposition ou forte animosité, mais, à l’inverse, chez d’autres, une forte adhésion à sa pensée, sa philosophie, sa vision des autres…

 

Érasme lui-même a su tisser des réseaux vivants, dynamiques, s’attacher des correspondants qui ont fidèlement servi sa cause, y compris au sein de l’institution ecclésiastique et théologique.

Il sut cependant se tenir à bonne distance entre les adulateurs zélés et les dogmatiques non moins zélés et garder jusqu’à la fin de sa vie cette neutralité respectueuses de tous, et surtout de sa ligne principale de conduite. En effet, il s’est toujours voulu au service de toute l’Humanité, quelles que soient les impatiences et les incompréhensions. Fidèle à ses convictions, il le demeura jusqu’au bout.

 

 

La fidélité à ses principes comme règle de vie

Un des traits de caractère parmi les plus remarqués chez Érasme, c‘est le refus de toute compromission quoi qu’il lui en coûte.
C’est sans doute ce trait de caractère qui l’amène à refuser la toge de cardinal que lui offre le Pape Paul III (1535).
Il n’y a rien d’étonnant à ces refus opposés au Pape, car la pensée d’Érasme reste effectivement l’une des plus singulières à plus d’un titre

Pour lui, en effet, l’homme c’est l’Homme Universel. « L’Homme Universel » formule maintes fois employée dans ses écrits et lors de ses conférences. Ceci signifiait pour lui, dans sa philosophie, comme dans son mode de vie, que l’homme où qu’il soit est relié à tous les hommes de tous les temps.

Sa pensée, par conséquent, dépasse le christianisme (bien qu’il soit chrétien lui-même), dépasse l’Europe pour prendre la mesure du monde.
L’Universel est son lieu de prédilection. Dans ces conditions, comment tenir dans les limites d’un dogme ?

 

 

 

Une vision universelle de l’homme et des choses

Luther dira plus tard de lui :

« Les choses de ce monde ont pour lui plus d’importance que les choses divines. »

Cette singularité d’Érasme, presque en toute chose, se justifie-t-elle dans l’époque précise (elle aussi si singulière — Oh combien !) par rapport à celle qui a précédé et celle qui va suivre la vie d’Érasme ?

Né en 1469 et mort en 1536, l’essentiel de sa vie se situe dans la période de la naissance et l’épanouissement de la Renaissance italienne et européenne, celle de l’Humanisme triomphant, qui rompt avec l’ancien système de pensée et de conception de l’humanité.

Mais, la Renaissance, c’est surtout une période de bouillonnement intellectuel et culturel sans précédent en Europe.

 

 

La revanche de l’individu sur le collectif et l’anonymat

Ce bouillonnement culturel, qui libère la pensée de l’individu, correspond également à un bouleversement social, politique…
C’est véritablement une période de transition qui ne cède en rien à celle que nous traversons : une période de transition, de chamboulement.
La période où a vécu Érasme correspond précisément à cette époque de bouillonnement qui, en plus, a vu s’élargir la place de l’Europe dans le monde.
En effet, l’élan pris par ce continent sur le reste du monde, ira s’amplifiant, pour culminer au 19e siècle, avec la « révolution industrielle », la colonisation pour quelques-unes des principales puissances européennes dans la deuxième moitié du 19e siècle.
Cette marche de l’Europe vers le reste du monde est ponctuée de dates mémorables.

 

L’Europe technicienne à l’assaut du monde

En même temps, partout sur le continent européen, les idées nouvelles fleurissent, bousculant les vieilles pensées, les vieilles cultures…

—1486 : Bartholomé Diaz est le premier Européen à atteindre le Cap de Bonne Espérance.
—1492 : Christophe Colomb atteint les îles américaines.
—1497 : Jean Cabot longe les côtes du Labrador et de Terre-Neuve.
—1498 : Vasco de Gama ouvre la route des Indes.
—1500 : Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil.
—1522 : Fernand de Magellan, pour la première fois, a accompli le tour du monde.

 

 

 

Certes, Érasme n’a pas de part directe dans ces voyages de découvertes extraordinaires pour l’époque, mais comment ne pas partir de sa vision de l’Europe et du monde, de sa lutte incessante et acharnée pour libérer l’esprit des hommes, afin de laisser libre cours aux possibilités inouïes que chaque homme recèle.

Par ailleurs, s’il fallait chercher l’actualité de la pensée d’Érasme à la fin du 20e et au début du 21e siècle, des similitudes ne manqueraient certainement pas. Entre autres exemples, l’intérêt marqué pour la liberté de l’esprit, pour l’instruction par l’école, la condition des femmes, la recherche en médecine pour venir à bout d’épidémies ou pandémies…

 

 

John Colet (1467-1579)

Un legs immense
L’Universalisme

John Colet, un homme d'Église anglais, est un pionnier reconnu de la pédagogie, ne s’était sans doute pas trompé quand il prophétisait : « Érasme ne périra jamais ».
On pourrait ajouter que les idées d’Érasme n’ont jamais été aussi actuelles qu’en ce 21
e siècle.
Son œuvre désormais patrimoine de l’humanité est immense.

Érasme a beaucoup écrit et beaucoup publié : livres, correspondance (des milliers de lettres), colloques et conférences… chacun de ses livres, lettres et textes de conférences ou de colloques constitue pour la postérité une preuve palpable de son humanisme.

Quelques titres :

L’éloge de la folie.
Les adages .

Colloques.
Éloge de la médecine.

….

Il faut, dit Érasme, que l’idéal patriotique cède la place parce que trop étroit, à l’idéal européen puis international. « Le monde entier en notre patrie à tous ». Jusqu’à son dernier souffle il resta fidèle à son image, sa pensée, sa philosophie, sa conception de la religion. À cet égard, la dernière flèche qu’il décocha peu avant sa mort, fut destinée non à la religion ,,mais au fanatisme religieux qu’il n’a cessé de combattre tout au long de sa vie : « O ! Dieu ! Que d’instincts bestiaux se déchaînent en ton nom ! »

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 09:00

 

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (2)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

Tout « prince des Humanistes » qu’il fût, Érasme n’eut pas que des admirateurs dans la vie, il eut des adversaires des plus tenaces, pour deux raisons principalement.

Les opposants les plus tenaces sont ceux qui n’ont jamais compris ni toléré son attitude de neutralité lors de la Réforme. Il faut se souvenir qu’Érasme, au terme de sa formation religieuse, fut ordonné prêtre. Même s’il obtint du Pape la dispense de porter la soutane, il reste aux yeux de ses contemporains catholiques, un des leurs. Qu’il n’intervienne pas lors de la scission pour les aider à l’emporter définitivement sur les « Protestants » reste pour eux une trahison.

Sa culture, ses qualités multiples, son autorité naturelle qui s’imposait à tous, faisaient en effet de lui la personnalité idoine pour l’emporter définitivement et sûrement sur ces « fauteurs de trouble » dans la foi catholique.
De même, ces « fauteurs de trouble », les Protestants, comptaient beaucoup sur les lumières d’Érasme, et le considéraient naturellement comme l’un des leurs.

Ni  les catholiques ni les protestants ne lui pardonnèrent ce qu’ils considéraient comme une trahison.

Érasme était lui-même conscient de sa position entre les deux partis, mais, avait les arguments appropriés pour

 

à la fois les comprendre et ne pas se ranger derrière eux. Il voulait avant tout rester fidèle à lui-même, à sa vision de la religion, à sa philosophie, de même qu’au mode d’existence qu’il avait choisi et auquel il resta fidèle jusqu’à sa mort.

Un homme de conviction
    Fidélité à la foi intérieure, à l’Homme, comme moyen d’accomplir sa mission pour le bien de tous

Selon ses biographes et ses écrits, le jeune humaniste s’est senti heurté à la fois dans ses aspirations et ses convictions profondes, ainsi que par la discipline monastique dont il gardera toute sa vie un souvenir honni.
Sa seule consolation, c’est, faute de vocation religieuse établie, de trouver dans le monastère où il fut formé à sa vie de futur ecclésiastique, la meilleure bibliothèque classique du pays.

Rien n’indique par ailleurs qu’il fut d’une piété ardente durant ses années de vie monastique. Il semble, d’après des lettres, que ce soit plutôt les beaux arts, la littérature latine et la peinture qui l’aient particulièrement occupé et séduit. Quoiqu’il en soit, il ne semble pas s’être totalement détaché malgré tout de l’objet principal de son entrée dans ce monastère, puisqu’il fut ordonné prêtre par l’évêque d’Utrecht, en 1492.

La première des fidélités c’est la fidélité à soi, à ses convictions

 

La dispense du port de la soutane fut vécue, semble-t-il, par Érasme comme une « véritable délivrance… on ne le vit plus dans ses habits sacerdotaux qu’à de rares occasions. »

Il faut parfois faire un effort pour se rappeler que cet homme à l’esprit libre et ouvert, à la plume acérée mais impartiale, appartient à l’état ecclésiastique.
Précisément, ce caractère libre, impartial, parut singulier à ceux qui lui reprochaient d’avoir « lâché son camp » face aux Protestants.

Cependant, quelques qualificatifs relevés au hasard, permettent de mesurer la sympathie quasi universelle et l’aura de sa personnalité, de même que la fascination exercée par Érasme sur le plus grand nombre de ses contemporains toute sa vie durant :

« Érasme, la personnification de la sagesse. », écrit un biographe.

Un autre écrit :

« Érasme, Doctor universalis »
« Érasme … prince des Sciences. »

Ou encore :

« Incomparable »
« Phoenix Doctorum »
« La Pythie de l’Occident »
« L’Homme universel »

Les raisons du consensus, du plébiscite

Faut-il rechercher dans son action, sa pensée et sa philosophie, les raisons de l’apothéose quasi unanimement reconnue du personnage ?

Les biographes d’Érasme sont unanimes sur le regard porté sur le personnage. Le trait sur lequel tous ont insisté de façon récurrente, c’est, avant tout, son goût des études, et aussi sa fidélité à ses idées qu’il croit au service de l’Humanité entière.
Pour presque tous ses biographes, Érasme « fut le premier grand intellectuel de dimension européenne et la personnalisation de toutes les aspirations spirituelles les plus profondes de son siècle. »

Il est qualifié de « premier véritable penseur et écrivain vivant de son œuvre et de son savoir, dont la renommée et l’importance dans le "combat des idées" préfigurent celle des philosophes du 18e siècle. »
D’aucuns établissent une filiation d’esprit avec quelques philosophes des Lumières, principalement J.J. Rousseaux, Diderot, et surtout Voltaire.

Tous, sans exception, consacrent de longs passages à sa rigueur morale, sa sensibilité humaniste, laquelle le porte spontanément vers les autres.

Le savoir et le cœur aux sources de l’Humanisme

Toute sa vie, Érasme se montre intraitable dans le combat contre le fanatisme religieux et l’intolérance sous toutes ses formes, dans la religion comme dans la vie de tous les jours.
En matière de religion, il prône le retour aux textes des Anciens et à une Bible sans mystères, définitivement dépouillée de ses scories qui sont source de malentendus liés aux interprétations des textes.

Ce qui caractérise le mieux Érasme, c’est le refus de toute compromission, particulièrement dans le domaine de la connaissance des textes et la pratique de la religion.

Enfin, Érasme est la première personnalité d’influence européenne à s’engager résolument en faveur de l’éducation pour tous les enfants, quelles que soient leurs conditions et leur origine sociale, et à plaider pour la condition des femmes.

Enfin Érasme s’est préoccupé de bien des questions d’ordre social comme d’ordre religieux, qui, sans doute lui valurent aussi quelques inimitiés fortes, telles que le mariage des prêtres, de même que ses réactions au sujet de maladies sexuellement transmissibles. Il chercha à attirer l’attention des autorités religieuses et civiles sur le danger que la propagation de ces maladies pourrait représenter dans le futur, si l’on n'y prenait garde (apparemment sans  beaucoup de succès).

 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 08:20

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (1)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

 

Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus) est un humaniste hollandais d’expression latine. Il est né à Rotterdam vers 1469 et mort à Bâle en 1536.
De « naissance obscure » disait-on à l’époque, Érasme connaît une enfance et une jeunesse sombre. Pour ses contemporains il n’a ni patrie, ni famille réelles. Il est sans origines en quelque sorte.
Ce nom qu’on lui connaît, Érasmus Roterodamus, il ne le tient ni d’un père, ni d’un ancêtre. C’est un nom d’emprunt qu’il s’est donné lui-même.

La date précise de sa naissance et les circonstances qui accompagnent celle-ci, sont entourées d’un profond mystère.
Est-on sûr qu’il est né en 1469 ? Des sources avancent 1466, d’autres 1467... Érasme lui-même est tenu pour responsable, en partie, de ce mystère. Plutôt effacé, taciturne, il se confiait encore moins, ce qui multipliait sans doute les rumeurs et épaississait le mystère concernant ses origines.

Erasmus serait né d’un prêtre et de la fille d’un médecin.
Ce qui semble acquis, est que cet enfant illégitime perd ses parents biologiques très tôt. Confié à des tuteurs, Érasme n’a que 17 ans quand ceux-ci se débarrassent de lui.
D’abord scolarisé dans une école tenue par les Frères de la vie commune, il entre, à 20 ans, au couvent des chanoines augustins de Steyn.

 

 

Un homme qui se donne un nom, une mission et un destin

Qu’importe ! S’il n’est guère bavard, Érasme sait ce qu’il veut. Il se destine en fait à une « mission » planétaire, au service de l’Humanité entière.
Mais, comment remplir une telle mission avec la tête et le cœur vides ?
Érasme, après ses premières études à l’école des Frères de la vie commune à Deventer, l’un des premiers foyers de l’Humanisme, aux Pays-Bas, entre au couvent des Augustins où il prononce ses premiers vœux.

Cependant, la vie monastique ne l’attire guère. Il consacrera désormais son temps à l’étude approfondie des Anciens et des Écritures.

Une bourse lui permet de poursuivre ses études à Paris, au collège Montaigu, puis précepteur au service d'un riche anglais, il part pour l’Angleterre où il rencontre des personnages influents de l’époque, en particulier Thomas More, dont il deviendra l’ami.
Commence alors pour Érasme des voyages, des rencontres, débats et confrontations d’idées partout en Europe. Sa vie devient une vie d’errance, consacrée à l’étude, à la réflexion sur tous les sujets : religieux, profanes, sur la morale, la paix…

« Je souhaite être un citoyen du Monde, appartenir à tous, ou plutôt, rester un étranger pour tous » écrit-il.

Il poursuivra jusqu’à sa mort, une vie errante à travers l’Europe, sans se fixer définitivement nulle part.
Tous cherchent à se l’attacher, aussi bien l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas…, en vain.

À l’apogée de sa vie, son souhait est amplement exaucé ; il devient véritablement un humaniste érudit, au service du monde.
Mais, Érasme est, au fond, un grand solitaire, néanmoins jouant le rôle de conseiller et partenaire de tous.

Quand éclate, au sein de l’Église, la grave crise qui devait aboutir à la scission et à la naissance du protestantisme, il saura faire preuve d’une neutralité aussi étonnante que respectueuse des deux camps : catholique et protestant, alors que toute l’Europe chrétienne attend de lui sa position face à ces évènements.

À la question d’un responsable de l’Église catholique : « De quel parti êtes-vous ? », il répond : « Mon parti, c’est l’Homme. »

 

 

Neutralité bienveillante, respect de tous comme voie vers la paix des consciences ?

La demande faite au pape de le dispenser de porter de la soutane, au terme de ses études théologiques, était-elle un indice de cette « philosophie de vie » ?
En tout cas, cela semble parfaitement convenir à la manière de vivre qu’il avait souhaitée et qui lui avait tant réussi.

En effet, à l’apogée de sa vie, Érasme est considéré, en Europe, comme le « Prince des Humanistes ».

 

 

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 08:51

PETITE VISITE DOMINICALE AUX SAGES DE LA ROME ANTIQUE DONT LA PENSÉE LUMINEUSE ÉCLAIRE TOUJOURS NOTRE CHEMIN (3)

MARC AURÈLE, EMPEREUR PHILOSOPHE STOÏCIEN ATYPIQUE

« Tout est beau pour qui sait voir » (Marc Aurèle)

Rarement un empereur romain aura été aussi diversement jugé, apprécié par ses contemporains comme par la postérité. Et si cette diversité de jugements, d’avis provenait tout simplement de l’originalité et de la spécificité du personnage et de son œuvre ? Et tout d’abord de cette double vision incarnée dans le titre que porta cet empereur toute sa vie :

« Empereur-philosophe ».

Cependant, aucun autre titre ne saurait mieux désigner cet empereur, ce qu’il fut et ce qu’il fit. Car empereur, il le fut au sens plein du terme, à l’appréciation de la majorité de ses contemporains, et philosophe, il le fut incontestablement par sa pensée, sa manière d’être, ses écrits...
Seul dans son genre, certes, original mais surtout fécond et d’une profondeur de pensée rare, au service de l’Humanité entière.
Jugé faible, indécis par quelques contemporains, mais d’une vaillance sans faille par les autres, l’histoire de la Rome du 2e siècle après J.C. n’est sans doute pas étrangère à cette double vision du personnage.
Le jugement de la postérité apparait plus unanime que celui des contemporains du IIe siècle.

Marc Aurèle (121-180 ap. J.C.)

Un empereur pétri de culture antique grecque

Premier empereur philosophe connu de l’histoire romaine, Marc Aurèle, issu de la dynastie des Antonins, est né en 121 après J.C. et mort en 180 après J.C).
Orphelin de père tôt, il doit l’essentiel de son éducation à sa mère et aux précepteurs dont celle ci entoura son enfant.
 La mère, décrite comme « 
noble, riche et pieuse » mais surtout comme « d’une rare finesse de traits qui joignait aux avantages du corps, la grâce plus parfaite d’une âme cultivée ».
La mère eut à cœur de donner à son fils une solide culture grecque et romaine, la meilleure formation d’un futur empereur romain.
Afin d’éviter à son enfant chétif, frêle, physiquement faible, la rudesse au contact des autres enfants plus forts t plus musclés et physiquement plus endurcis, elle obtint pour lui une dispense de la fréquentation de l’école publique, se chargea elle-même de sa formation en langue grecque, et sut l’entourer entourer des meilleurs précepteurs de  l’époque..

« En te levant chaque matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre : de respirer et d’être heureux » (Marc Aurèle)

Par les soins de ces précepteurs, l’éducation et la formation du jeune futur empereur romain n’eurent rien à envier à celles d’un jeune athénien de bonne famille du IIe siècle après J.C.
Ainsi Marc Aurèle, dès le plus jeune âge, put bénéficier d’une culture des plus complètes, nourrie aux meilleures sources.
 À «  
L’éducation littéraire qui s’obtenait surtout par la lecture et le commentaire des poètes épiques, lyriques et tragiques, et des grands prosateurs, Marc Aurèle adjoignit cette formation esthétique, que donnaient la musique, l’art du chant et celui de la danse. »
Mais ce bagage culturel déjà conséquent, ne put détourner le jeune Marc Aurèle de ce qu’il est convenu de considérer comme une passion et une véritable « vocation » : la philosophie stoïcienne, qui exerça une forte attirance sur lui dès son plus jeune âge.

« L’émeraude ne perd pas sa valeur faute de louanges »  (Marc Aurèle)

Pétri de culture grecque, philosophe stoïcien, Marc Aurèle ne pouvait cependant échapper à son destin, celui  d’empereur par son ascendance.
Il le savait, il s’y était préparé culturellement, psychologiquement. Sa vocation de philosophe stoïcien ne fut sans doute pas sans incidence sur l’exercice de son métier d’empereur.
Empereur à 39 ans, à un moment critique du destin de l’Empire, cerné de toutes parts par ses ennemis les plus irréductibles, le jeune empereur fait crânement face.
L’empereur-philosophe se révéla un habile chef de guerre, et jamais ne fut pris au dépourvu par les ennemis de l’Empire, lesquels virent leurs assauts voués à l’échec. C’est un « miracle » car ayant toujours préféré la philosophie stoïcienne à la formation militaire, il se fit soudainement « chef militaire » et participa à toutes les batailles en fin stratège.

Un empereur atypique et exemplaire


« Notre vie est ce qu’en font nos pensées. » (Marc Aurèle)

Marc Aurèle ne fut pas qu’un empereur militairement à la hauteur de sa charge ; Il fut aussi un administrateur efficace.
Il est crédité d’une réorganisation de l’administration de l’empire romain, qu’il rendit plus juste, plus humaine, avec un souci remarqué pour le sort des plus faibles et un souci permanent de l’équité.
Seuls les Chrétiens furent tenus à l’écart de cette mansuétude de l’empereur.

(Ce n’est pas que Marc Aurèle n’aimait pas les Chrétiens, mais parce qu’à son époque, la religion chrétienne était interdite dans l’empire pour éviter qu’elle face concurrence au culte impérial auquel tous les Romains devaient adhérer obligatoirement. Il en fut ainsi jusqu’au règne de l’empereur Constantin qui, par l’édit de Milan en 313, mit un terme à la persécution des Chrétiens. Il finit par se convertir lui-même au christianisme.)

« La nature est dans chacun de nous.
La nature rend chacun de nous capable de supporter ce qui lui arrive »
(Marc Aurèle)

 Sans doute inspiré par son bagage culturel grec, Marc Aurèle montra, sa vie durant, un attachement non feint et un goût jamais démenti pour la Nature ainsi que tous les éléments qui la composent, au point de ne pas toujours  dissocier nature et homme, dans ses écrits comme dans sa pensée les deux sont indissociables.

Pour Marc Aurèle, en effet, comme pour nombres de philosophes grecs antiques, la vie de l’homme et la nature  sont inextricablement liés ; convaincu qu’il était que sans le bien-être de la plante, de l’animal, de la petite fourmi au plus massif des fauves … le bien-être de l’homme n’est que vain mot. Ainsi « le petit ruisseau qui serpente péniblement dans l’immensité de la forêt attire son attention et occupe son esprit. »

Des sages de l’Antiquité gréco-romaine aux Humanistes européens des XV et XVIe siècles, le goût et le respect de la Nature en héritage ?

Pensées pour moi-même ou les Pensées
Livre-monument, livre-énigme

Enfin, dernier acte de l’empereur Marc Aurèle, la rédaction d’un ouvrage atypique à bien des égards, car chargé de questions et d’énigmes non élucidées.
La seule certitude est que ce livre fut rédigé à la fin de sa vie, et qu’il recense les expériences personnelles de même que l’univers de valeurs de l’auteur : valeurs morales et civiques.

Un lire écrit en grec, par un empereur romain.

Livre-piège ?

En effet sa lecture et son contenu ont induit en erreur bien des historiens anciens et modernes qui ont crû voir dans cet ouvrage un simple recensement des souvenirs de son auteur.

Or, ce livre, bien qu’il porte en titre l’expression « moi-même », est en réalité une invitation de tous ses lecteurs à une sorte de « pèlerinage » en eux-mêmes, et en cela ce livre a un caractère et une destination universelle, c’est-à-dire conçu à l’intention de tous les Humains de tous les temps, de tous les lieux.

« Les Pensées sont donc un précieux document sur la vie philosophique de Marc Aurèle. Selon les recommandations des stoïciens, il s’efforce tout d’abord de se remémorer le but fondamental de la vie, l’accord avec la nature, c’est-à-dire avec la raison, sous ces trois modes : la raison intérieure au cosmos, la raison intérieure à la nature humaine, la raison intérieure à l’individu humain…

Marc Aurèle définit à plusieurs reprises ces trois aspects de la vie philosophique : critiquer nos propres représentations pour ne juger que conformément à la raison qui est en nous, agir avec justice à l’égard des autres hommes conformément à la raison immanente au corps social, acceptée avec amour les évènements que nous impose le destin, en nous conformant à la raison immanente au cosmos.

Les Pensées sont, pour une grande part, des variations sur ces trois thèmes fondamentaux. Mais on y trouve aussi d’autres exercices spirituels : examen de conscience, la préparation intérieure aux difficultés de la vie, la méditation des dogmes fondamentaux du stoïcisme, l’application de ces principes aux cas particuliers qui peuvent se rencontrer dans la vie de tous les jours.

Ce qui a fait le succès de l’œuvre de Marc Aurèle à travers les âges, c’est tout d’abord, précisément, son universalité : il s’agit d’un effort sans cesse renouvelé pour se libérer des préjugés courants, du point de vue égoïste et individuel et pour se replacer dans la perspective du cosmos et de la raison universelle. » (Encyclopédie Universalis)

« Sois comme un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser ; le promontoire demeure immobile, et dompte la fureur de l’onde qui bouillonne autour de lui. »  (Marc Aurèle)

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 07:14

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (3)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Reste une énigme non encore élucidée :
Pourquoi un tel attachement du Roi-Soleil à l’Afrique noire et à ses peuples, durant tout un règne ?
Pourquoi une telle amitié avec des souverains africains pendant si longtemps ?

Quel était son objectif ou ses ambitions sur le continent africain ?
S’arroger le monopole du juteux commerce des esclaves en boutant hors d’Afrique ses principaux adversaires européens qu’étaient les Hollandais et les Anglais ?
Et comme le lui suggérait son fidèle ministre Jean-Baptiste Colbert, attaquer ces concurrents et ennemis là où ils puisent l’essentiel de leurs forces économiques et militaires ?
Et pour atteindre ces buts, entrer dans la bonne grâce des rois africains en les comblant de présents et d’amabilités ?

Les hypothèses ne manquent pas, autant pendant le règne de Louis XIV que de nos jours.

Alors, pourquoi l’Afrique, pourquoi tant de sollicitude pour des rois africains qu’il n’a jamais rencontrés (excepté l’accueil des enfants de certains d’entre eux à la Cour du Roi ; l’exemple le plus marquant étant le séjour d’Aniaba dont Louis XIV assura l’éducation puis la formation militaire, et duquel il fit son filleul en lui donnant son nom (Louis, Louis Aniaba), avant de le faire baptiser par Bossuet, en grande pompe, et le nommer à la tête du régiment de Picardie).
Toute cette « amitié » à l’égard des souverains africains était-elle motivée (comme certains ont pu le penser) par le besoin d’esclaves (main-d’œuvre  servile) pour la mise en valeur des colonies françaises d’Amérique ?

Car Louis XIV avait à cœur, inspiré en cela par Colbert, d’interdire le commerce d’esclaves africains, à ses principaux rivaux, en tout premier lieu, à son ennemi le plus constant et le plus dangereux : les Hollandais ?
Le roi fut en effet, persuadé par Colbert que les Hollandais puisaient l’essentiel de leurs forces militaires et de leurs richesses, du commerce de traite des Noirs d’Afrique.

Tâche difficile mais à laquelle s’attela le roi.
Il commença par interdire l’approvisionnement en esclaves des colonies françaises, au grand dam des planteurs  nationaux des Antilles qui profitaient depuis toujours du dynamisme des marchands hollandais pour se pourvoir en main-d’œuvre noire à bon marché, évitant ainsi les aléas de ce commerce, les périodes de pénurie, de même que les multiples dangers de la longue traversée de l’Afrique  aux Antilles. Les Hollandais étaient réputés maîtres dans ce trafic, à la fois sur le continent africain, et dans  l’art de la traversée des mers sans  trop d’encombres.

Dans ce dessein, afin de parvenir à ses fins, Louis XIV mit sur pied une « Police des Mers », chargée d’arraisonner tous les navires étrangers transportant des esclaves vers les Antilles. La cargaison d’esclaves était déclarée de « bonne prise ». Les esclaves « libérés » étaient pris en charge et acheminés vers leur foyer en Afrique, aux soins et avec la bénédiction du roi de France.

Mais surtout, après le triomphe de l’armée de Louis XIV contre ses adversaires, Portugais, Hollandais et Anglais,sur le continent, pour les Africains, naturellement, le roi de France méritait plus que quiconque le titre de « plus Grand Empereur de l’Univers ».

Les présents réguliers provenant du Roi-Soleil, et acheminés par des émissaires, envoyés spéciaux du roi de France vers leurs destinataires africains, ses homologues, achevaient de consolider l’image du Grand Roi sur le continent et de faciliter le commerce d’esclaves à son profit.

Pour les Africains, l’excellence des armes françaises ne souffrait aucun doute, de même que la qualité et le goût des marchandises françaises de traite dont raffolaient les rois et dignitaires africains de la Côte, en particulier l’eau-de-vie en provenance de France, jugée par eux la meilleure au monde, même si, par ailleurs, les Français étaient jugés piètres commerçants par leurs partenaires africains (en comparaison des Hollandais et des Anglais). Pendant toute la période, l’eau de vie française a bénéficié d’une réputation d’excellence  (entretenue par  l’État français), ce qui fit le bonheur des viticulteurs bordelais, entre autres.

Mais, justifier l’intérêt pour l’Afrique, que Louis XIV manifesta tout son règne durant, par la seule volonté de se procurer des esclaves, n’est-il pas réducteur et quelque peu prosaïque ?

Pour au moins deux raisons :
D’abord parce que ce ne fut pas Louis XIV qui ouvrit la France à ce commerce, même s’il l’érigea en service d’État à partir de 1671. C’est bien Louis XIII qui, après avoir résisté longtemps à la demande des marchands français finit par se résoudre à accepter l’entrée de la France dans le commerce triangulaire longtemps après les Anglais, Hollandais et surtout Portugais.

L’argument par lequel les marchands français « convertirent » Louis XIII était que ce commerce était l’unique moyen de soustraire ces malheureux esclaves à un sort encore plus cruel : celui d’être « massacrés par leurs rois » ou condamnés à un sort encore moins enviable.
Mais, qu’au contraire, en les « transplantant dans les colonies françaises », non seulement on leur permettait d’échapper à un sort funeste, mais qu’on assurait par ce moyen la richesse de la France (grâce à celle de ses colonies d’Amérique) et surtout, en baptisant ces malheureux dans la foi chrétienne, on assurait le salut de leur âme dans l’au-delà. Louis XIII fut convaincu. Il autorisa les marchands et marins français à participer, à leur tour, à la traite des esclaves africains (au commerce triangulaire).

Autre raison de l’attachement de Louis XIV au continent africain, selon des sources d’archives, et des témoignages, il aimait affirmer qu’il avait « toujours eu de l’estime et du respect pour les peuples d’Afrique » (voir Mémoires de Louis XIV).

Un autre aspect caractéristique du règne de Louis XIV : le refus de l’introduction d’esclaves en France. Tout esclave « foulant le sol de France, est déclaré immédiatement libre », car « la France est le pays des Francs », conformément à l’édit de Louis X le Hutin (roi de France de 1314 à 1356).
Louis XIV se conforma scrupuleusement à cette doctrine tout le long de son règne. Il fit aussi libérer plus d’une fois, les esclaves noirs au service de riches planteurs français des Antilles, de retour au pays pour les vacances ou pour affaires.

Note : Il est bon de préciser que les gains tirés de ce commerce d’esclaves n’allaient pas dans les caisses du roi mais dans celles des Compagnies et de leurs actionnaires, puis dans celles des marchands particuliers qui ont insisté auprès du roi pour que le commerce des esclaves soit ouvert à tous. Ils obtinrent gain de cause vers la fin du règne de Louis XIV. En revanche, l’État prélevait des taxes, et sur les gains de Compagnies, et sur les activités des marchands privés engagés individuellement dans ce trafic.

Roi d'Ardres (actuel Bénin)

« Comme l'a si bien montré Véronika Gorog-Karady, l'ensemble de ces croyances peut se ramener à trois thèmes principaux :

- le Blanc : divinité aquatique ;

- le Blanc : revenant (métamorphose des morts) ;

- le Blanc : source de richesse matérielles inépuisables.

 

A ces thèmes, on peut ajouter celui du diable.

Le premier thème (le Blanc, divinité aquatique) est celui qui lie la nature du Blanc aux forces surnaturelles. Cette nature prend ainsi des  aspects fort variés et, en général, pour les peuples côtiers, le Blanc est d'abord une divinité aquatique, qui, le plus souvent vient de l'eau de mer, à moins qu'elle ne sorte d'un fleuve. Ce "génie des eaux" peut être bienfaisant ou maléfique. Il est de tradition chez la plupart des peuples côtiers de rendre un culte aux divinités aquatiques. Ainsi, pour les peuples de Juda, la mer est la deuxième des principales divinités après le serpent, et tout ce qui vient de la mer est chargé de symboles divins. Le caractère étrange des navires à bord desquels arrivèrent les premiers Européens ajoute au mystère de leur être et explique la crainte, voire parfois la terreur, qu'ils inspirèrent aux autochtones. Aussi, pour la plupart d'entre eux, la première réaction a-t-elle été la fuite, car le Blanc, qu'il soit dieu, messager de dieu, porteur de bien-être ou diable dispensateur de maléfices, reste un être entouré de mystère parce que au-dessus de la norme, donc supérieur en bien ou en mal. »

« L'auteur anonyme du 18e siècle, déjà cité, présente en ces termes les rapports entre les Français et les Africains sur la côte du Bénin, dans un chapitre intitulé "Royaume du Bénin 1702" :
"Sans aimer les Européens, ils sont forcés de les regarder comme supérieurs à eux par leurs découvertes, leurs arts et leurs connaissances. Lire et écrire sont pour eux une merveille qu'ils ne peuvent imiter et que leurs dieux leur ont refusée."
 

La croyance des Africains de ce pays qui attribue aux Européens la richesse intellectuelle, celle du savoir, et aux autochtones la richesse matérielle trouve son fondement dans la légende suivante, rapportée par le même auteur et à travers laquelle il apparaît que, d'une certaine manière, le regard porté sur le Blanc se réfléchit sur le Noir lui-même.

" Ils disent à ce sujet que, lorsque le grand Être, dont ils ont une idée confuse, eut créé le monde, il fit des hommes noirs et des hommes blancs. Les premiers étaient ses créatures favorites, les objets de sa complaisance ; il les fit venir devant lui et leur dit : « Mes enfants chéris, je veux vous rendre heureux, mais il faut que vous le méritiez. Parmi les biens que je puis vous accorder, il y en a de deux espèces, choisissez entre les richesses et les connaissances : voilà de l'or d’un côté, voilà de l'autre le talent de lire et d'écrire. Les Nègres avides se jetèrent sur l'or qui frappait leurs yeux. les Blancs, plus curieux, considérèrent le livre et la plume. Dieu fut fâché que ses créatures favorites eussent fait un si mauvais choix. Il voulut les punir, et les condamna à être les esclaves des Blancs."

 

Et l'auteur ajouta : "D'après cette tradition, ils sont fermement persuadés qu'il n'y a que l'or dans leur pays, et qu'aucun Nègre ne saura jamais lire ni écrire. Ils ont cependant quelques exemples du contraire."

 

Une autre version de ce thème est rapportée par Labat, d'après des confidences d'Africains :

"Des trois enfants de Noé, l'un était blanc, l'autre basané, et le troisième noir ; leurs femmes étaient de la couleur de leurs maris. Noé étant mort, ses trois enfants s'assemblèrent pour faire le partage des biens qu'il avait laissés. Ces biens consistaient en or, argent, pierreries, ivoire, toiles, étoffes, pagnes, chevaux, chameaux, bœufs, moutons et autres bestiaux.  Il y avait aussi des armes, des meubles, des grains, du tabac, des pipes et autres choses semblables. On mit en ordre toutes ces choses, et l'on remit le partage au lendemain, parce qu'il était trop tard ce jour-là. Les trois frères soupèrent ensemble et de bonne amitié, burent et fumèrent, et se couchèrent ; mais ils ne dormirent pas tous également. Le blanc, qui était bien plus vigilant que les deux autres, se leva doucement et, prenant tout ce qu'il y avait de meilleur, comme l'or, l'argent, les pierreries, l'ivoire et les meules les plus précieux, les chargea sur les meilleurs chevaux et s'enfuit au pays où l'on voit encore aujourd'hui que les Blancs sont établis.

Le maure, s'étant éveillé quelque temps après le départ de son frère blanc, et ne le trouvant plus, ni les meilleurs effets de leur commune concession, se hâta de s'emparer des chameaux, des chevaux, des bœufs, des tapis et autres meules qu'il put charger sur ces animaux, et se retira dans le pays où il avait résolu de fixer sa demeure.

Le nègre, comme le plus paresseux, ne s'éveilla que le dernier, et fort tard, et il fut bien étonné de ne plus voir ses frères et de trouver la maison vide, à exception de quelques pagnes, de quelques pipes, du tabac, du miel et du coton que ses frères avaient méprisés. Il vit bien qu'il était dupé et qu'il lui serait impossible de se faire rendre raison par ses frères, quand même il saurait l'endroit où ils s'étaient retirés.

Dans ces pensées affligeantes, il se mit à fumer et à penser à ce qu'il lui convenait de faire dans la situation où il se trouvait. Il crut que le meilleur parti qu'il pouvait prendre était d'attendre avec patience que les occasions se présentassent d'user de représailles et de s'emparer de tout ce qui pouvait tomber sous ses mains, en échange des biens que ses frères lui avaient enlevés ; c'est ce qu'il pratiqua exactement tant qu'il vécut et que ses enfants et leurs descendants pratiquent encore aujourd'hui."

 

Et Labat d'ajouter :

"Cette histoire sert merveilleusement bien selon eux [les Noirs] à excuser l'inclination que tous les nègres ont au larcin, et même le justifier quand on les prend sur le fait. "

 

Cette croyance en la supériorité technique du Blanc ira se renforçant au fil du siècle, se doublant de la croyance en sa science. Ce dernier aspect est attesté par Dominique Lamiral, voyageur français qui séjourna au Sénégal de 1779 à 1789 :

"La confiance qu'ils ont dans la science des blancs les porte à croire que ces derniers possèdent des remèdes assez puissants pour ranimer les vieillards, et rétablir l'équilibre entre leurs forces et leurs désirs. Plusieurs d'entre eux se plaignirent à Lamiral de l'inégalité qu'ils trouvaient entre les premières et les derniers et lui promirent de l'or et des esclaves s'ils parvenaient à la faire cesser. Notre voyageur les laissa dans cette croyance, et leur fit présent de quelques drogues aphrodisiaques, qui n'eurent qu'une faible influence sur eux quoiqu'elles eussent suffi pour tuer dix blancs. " (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà cité).

Pour en savoir plus voir Tidiane Diakité, Louis XIV et l'Afrique noire, Arléa. Prix de l'Académie des Sciences d'Outre-mer ,2013

 

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 07:14

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (2)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Louis l’Africain

En réalité la France ne fut pas la première nation d’Europe à frayer le chemin du continent africain. Les Français furent de loin devancés par les Portugais qui s’y implantèrent dès le 15e siècle.
Les Portugais furent suivis par les Hollandais, redoutables ennemis du Roi Soleil, puis par les Anglais.
De la fin du 16e au début du 17e siècle, les ressortissants des autres pays d’Europe ne pouvaient se rendre en Afrique noire, s’y déplacer et entreprendre des activités commerciales sans la permission des Portugais.
Pourtant, Louis XIV fut de tous les souverains d’Europe, celui qui eut l’impact le plus fort sur les peuples d’Afrique, et de tous, celui qui sut créer avec les souverains locaux, les relations les plus solides.

Colbert Jean-Baptiste (1619-1683)

C’est Colbert, principal ministre de Louis XIV, qui fut à l’origine de l’empire colonial français d’Afrique. En effet, il fit miroiter au roi les avantages considérables du commerce des esclaves, en rapport avec la mise en valeur des colonies françaises d’Amérique (Antilles).
Avant le début du règne de Louis XIV, les marins normands ont fondé des postes (ou comptoirs) pour leurs activités commerciales sur les côtes du Sénégal, de même que sur le fleuve du même nom, commerce essentiellement fondé alors sur l’ivoire, l’or, la gomme…
Des marins dieppois fondèrent un établissement à l’embouchure du fleuve Sénégal, en 1659, qu’ils baptisèrent Saint-Louis, en l’honneur du jeune roi Louis XIV né en 1638.

Saint-Louis du Sénégal

 

Mais cette suprématie portugaise fut battue en brèche, d’abord par les Hollandais, puis par les Anglais ,et enfin par les Français, sous Louis XIV, qui mena une action armée considérable afin de déloger les Hollandais de l’île de Gorée, portugaise depuis 1444.
Les Hollandais furent délogés à leur tour de cette île par les Français en 1677. Pendant les guerres napoléoniennes, les Anglais, à leur tour, occupèrent l’île de 1802 à 1804. Puis, l’île de Gorée revient à la France à la faveur de la paix d’Amiens à partir de 1817. Gorée est ainsi le symbolise vivant de la rivalité acharnée entre Européens, en Afrique, du temps de Louis XIV.
Si les Portugais exercèrent une suprématie sans partage sur le continent noir du 15e siècle au début du 16e, les Français, sous le règne de Louis XIV, à leur tour, exercèrent la même suprématie vers la fin du 17e siècle, avant de la céder aux Anglais, à l’extrême fin du XVIIIe, et au XIXe siècle.

 Gorée

Français et Africains
Regards croisés

«Le regard porté sur les Africains n'est guère homogène ; les opinions défavorables voisinent avec des appréciations à leur avantage. Parmi les auteurs de relation de voyage de cette dernière catégorie, figure Villault de Bellefond, envoyé spécial de la Compagnie des Indes Occidentales, qui eut, en cette qualité, l'avantage de voyager tout le long des côtes africaines. Séduit et admiratif, il écrit :
"C'est pourquoi je leur ai donné cette relation [aux Français], pour leur faire voir que ce pays n'est pas si mauvais qu'on le dépeint, mais au contraire qu'il est beau et bon [...]. C'est là véritablement que la demeure serait agréable : tout contribue à y faire couler doucement la vie : la beauté et bonté du pays, le naturel doux et traitable de ses habitants, le riz et autre chose pour la nourriture, le gain considérable et les lieux propres à bâtir."

Partout où il se trouve sur la côte d'Afrique, et à chaque étape c'est le même débordement d'enthousiasme pour ce continent. Ainsi présente-t-il la Côte-des-Dents :

"C'est une des plus belles terres que l'on voie aux Côtes de Guinée : les coteaux et les vallées y sont admirables, la roche des montagnes, qui est rouge, dans la nuance des verdures dont elles sont ombragées, forme un aspect des plus délicieux ; mais entre toutes ces places, celle du Grand-Drouin et du Rio-Saint-André sont les plus belles. [...]. Pour le Rio-Saint-André, c'est, de toute l'Afrique, le plus propres à bâtir. Le séjour d'Afrique serait préférable à l'Europe si tout y ressemblait à cette terre de laquelle relève Sierra Leone."

Ces sentiments d'admiration vont aussi aux hommes et aux femmes, à leur physique aussi bien qu'à leurs traits de caractère.

Un autre voyageur, un religieux, qui se rendit en Afrique avant Villault de Bellefond, fait preuve de compréhension, voire d'une certaine indulgence. Il constate chez les naturels du Sénégal une certaine "brutalité de vivre", contrastant selon lui avec "la politesse que l'on pratique parmi les Français". Mais il n'en tire aucune conclusion défavorable à l'égard de ces "hommes noirs"; il considère la civilité comme "un privilège accordé par Dieu aux Européens, et dont ils doivent lui rendre grâce."

Les voyageurs contemporains du Roi-Soleil ont émis des propos bruts et directs, le plus souvent produits de leurs observations et de leur intuition, sans idée préconçue ni théorie orientée, contrairement à ceux du 19e siècle qui, pour un grand nombre, ont traduit leurs observations et leurs impressions en jugement de valeur, théorisant sur la supériorité ou l'infériorité des races, reliant couleur de peau et civilisation. Ils ont ainsi conclu sur l'infériorité et l'incapacité des Noirs africains à évoluer ; d'où la nécessité de leur trouver un tuteur qui les prît en main pour leur faire gravir, par étapes, les marches escarpées de l'échelle de la Civilisation ; en un mot, les civiliser ; mission sacrée dont l'homme blanc s'assigna la tâche sur le continent africain.

Pour l'explorateur britannique David Livingstone, cependant : "Il est aussi malaisé de résumer les qualités et les aptitudes ou inaptitudes du Noir-type que celles du Blanc-type." Et surtout, écrit-il : "Le Noir d'Afrique n'est ni meilleur ni pire que la plupart des enfants des hommes."

Les Français dans le regard de l'Africain

Dans le regard de l'Africain, les Français, c'est d'abord le roi de France vu par les souverains africains et leur entourage, ainsi que par les Grands, les chefs du royaume. Pour tous, cela ne souffre aucun doute, Louis XIV est le plus grand monarque d'Europe et du monde. Un roi inégalé par sa puissance, sa fortune, sa beauté et sa magnificence.

Les représentants de la France en Afrique ont, d'une certaine manière, contribué à la construction de cette image dans l'esprit des souverains africains qui les recevaient. Ainsi, André Bruë, en visite chez le roi siratik, dit "qu'il était venu pour renouveler l'ancienne amitié qui avait été de temps immémorial entre la Compagnie royale d'Afrique et lui, que cette Compagnie qui avait pour protecteur le plus puissant roi du monde, estimait si fort son amitié".

Les rois africains ont tant de fois entendu parler, par les Français, de cette puissance inégalée du toi de France, qu'ils ont fini par faire leur cette affirmation et l'image d'un monarque à la puissance incommensurable. Ainsi, le roi Acassiny d'Issiny, comme on l'a vu dans sa lettre à Louis XIV transmise par le chevalier d'Amon, le qualifie de "plus grand Empereur de l'Univers".

 

Les rois africains firent preuve d'une grande curiosité à l'égard du roi de France, curiosité mêlée de respect, d'admiration, mais aussi de crainte. La plupart d'entre eux furent littéralement subjugués par la grandeur et la puissance supposées de leur homologue français et ne cessèrent de manifester à son égard une déférence marquée.

Nonobstant la propagande hollandaise, continue et insidieuse. qui fait des Français les derniers de l'Europe pour la richesse et la maîtrise du commerce, les rois africains ont une idée fixe, à laquelle ils se sont toujours tenus : le roi des Français est le roi le plus puissant, et la France est la meilleure nation d'Europe. Si les Français sont parfois réputés piètres commerçants, leurs produits sont toujours considérés comme les meilleurs.

 

Louis XIV et ses sujets ne sont pas admirés seulement pour la puissance de leurs armes et le rayonnement de la nation, mais aussi et surtout pour le bon goût et les délices de leurs marchandises, au premier rang desquelles se placent les liqueurs, et par-dessus tout l'eau-de-vie, prisées par les rois et leur entourage, par les chefs, les marchants et négociants. Les présents faits aux rois par Louis XIV sont la parfaite illustration de l'excellence des produits français. C'est donc avec les Français qu'il faut faire commerce ; c'est donc eux qu'il faut accueillir de préférence à toute autre nation d'Europe, et c'est eux qu'il faut admirer et imiter.

 

Mais c'est par cette puissance même et cette force d'attraction irrésistible que les Français inspirent également la méfiance. Dans le regard composite des Africains, deux sentiments dominent : l'admiration et la crainte ; cette dernière suscitant la méfiance.

Cette méfiance est d'abord le fait des rois. De nombreux exemples en sont rapportés dans les mémoires et rapports, tel le suivant, extrait du Journal d'André Bruë :

 

"Le roi du Cayor ayant exprimé avec insistance le souhait de voir un vaisseau français de près, Bruë voulut combler ce désir somme toute assez légitime venant de la part d'un souverain qui avait toujours fait commerce le plus fructueux avec la seule nation de France. Il fait amener un navire appareillant avec un déploiement inhabituel de pompes. Le roi Latir-Fal Soucabé, entouré de tous les dignitaires du royaume et des courtisans, se rendit sur le rivage pour contempler ce spectacle. Mais c'est seulement du rivage qu'il entendait jouir dudit spectacle. On fit faire quantité de mouvements à ce petit vaisseau ; et les Français s'étaient attendus que le roi monterait à bord. Mais, soit qu'il craignît la mer, ou, qu'ayant à se reprocher ses extorsions et ses violences [perpétrées si souvent aux dépens des Français], il appréhendait qu'ils ne le retinssent prisonnier, il n'osa se procurer cette satisfaction. "

 

Cet épisode n'est pas sans intérêt quant à la nature des relations des Français avec les Africains de la côte en ce 17e siècle finissant. Le commerce de traite constituant le ressort principal de ces rapports, comme tel, il nourrissait à la fois crainte et méfiance, non seulement du côté des rois, mais aussi des marchands d'esclaves et dans le peuple.

Cette méfiance de la part des rois et de la population semblait justifiée, car des sources relatent plusieurs cas où le roi et sa suite, invités à monter à bord d'un navire en signe d'amitié avec le capitaine, se sont retrouvés dans les chaînes au milieu d'autres esclaves, parfois vendus par les mêmes.

De simples marchands d'esclaves pouvaient être aussi victimes de ces mauvaises aventures, qui, à force de se répéter, finissaient par apparaître comme des risques du métier, qui entraient pour partie dans le regard que l'Africain portait sur le Blanc en général.

En définitive, le regard des Africains restait largement tributaire du contexte de l'époque des rencontres entre Français et autochtones, regard fait d'admiration profonde, de crainte et de méfiance. »  (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà  cité).

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 08:23

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (1)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Louis XIV (1638-1715), règne personnel : 1661-1715.
Louis XIV et l’Afrique noire

 

Louis XIV, surnommé en France le « Roi-Soleil », ou le « Grand Roi », était connu et surnommé en Afrique le « plus grand Empereur de l'Univers».

Connu en Afrique sans doute autant qu’en Europe pour des raisons différentes, c’est bien Louis XIV qui a ouvert le chemin de l’Afrique noire, de même que ses portes aux Français de son temps.
Dans son palais séjournaient régulièrement de jeunes Africains qu’il avait adoptés et baptisés (tel le fameux Aniaba, premier capitaine noir de l’armée française, qui reçut du roi le commandement du régiment de Picardie où il brilla dans l’exercice de sa fonction).

Sans Louis XIV et sa « politique africaine », il n’y aurait certainement pas eu d’« Empire français d’Afrique », ni d’ « Afrique française », aux 19 et 20e siècles.
Les routes menant d’Europe à l’Afrique noire furent alors sillonnées par les « envoyés spéciaux » du roi dépêchés auprès de ses homologues africains, puis par les marchands et les voyageurs indépendants, de même que les aventuriers de tout acabit, les missionnaires aussi, ces derniers indissociables de la politique du roi, et son ambition  (non assouvie) d’évangéliser tout le continent. Enfin les explorateurs suivis des conquérants coloniaux de la IIIe République au XIXe siècle.

Les historiens français sont les grands absents de cette liste de Français sur les routes d’Afrique noire, sous Louis XIV et ses proches successeurs.
Il y eut très peu de spécialistes français de la « politique africaine » du Roi Soleil, qui manque par conséquent à l’historiographie française.

Mathéo, ambassadeur du roi d’Ardres

« Louis l’Africain »

Le regard porté par les Africains sur Louis XIV et ses contemporains détermine naturellement celui porté par les sujets du Grand roi sur le continent africain et ses peuples. Il s’agit par conséquent de « regards croisés », champ  plus vaste et plus riche de savoir.
Ce regard français est particulièrement acéré, incisif et fouineur, fouillant jusque dans les recoins de la vie des peuples et l’intimité des familles et des individus, des traditions et cultures.
Somme toute regard fourmillant de détails plus ou moins teintés de parti pris, du reste partagé, mais souvent judicieux et précieux.

 « Pour Lacroix, «  les habitants de la côte de Sierra Leone font débauche d'eau-de-vie et donnent tout ce qu'ils ont pour en avoir ».

Mais c'est surtout le couple qui retient le plus son attention.

Les plus riches, quelle que soit leur origine sociale, sont ceux qui disposent du plus grand nombre de biens sous forme de produits européens, et qui font des présents de cette nature ; ce sont aussi les plus considérés sur l'échelle sociale. Cela explique que la composition de la dot comporte une bonne part de produits européens dès le milieu du 17e  siècle, et cela ira en s'amplifiant tout au long du 18e.

 

"La dote consiste ordinairement en trois choses :

Quelques ornements, comme un collier de corail, des bagues, etc. ; quelques marchandises d'Europe, comme des habits et des étoffes ; et un coffre pour les enfermer.
Lorsqu'un homme s'éprend d'une femme, il envoie des présents à son père et à sa mère ; si ceux-ci acceptent les présents, le mariage se fait ; sinon, on renvoie [le prétendant]. Les pères font aussi souvent des présents à leur fille ; mais il n'est pas avantageux aux hommes de les recevoir ; parce que, si une femme ainsi riche conçoit de l'amour pour quelque autre que son mari, le pauvre homme n'ose pas s'en plaindre aux parents de sa femme et beaucoup moins la maltraiter. S'il le fait
on en vient d'abord à faire comparaison de ce qu'il a reçu de sa femme avec ce qu'il lui a donné. On lui reproche son ingratitude ; en un mot, qui est pauvre a toujours tort, en Guinée comme en France. Cependant, les filles riches, c'est-à-dire celles à qui leurs pères peuvent faire de grands présents, ne laissent pas d'être fort recherchées." »  (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013. (Prix Robert Cornevin, Académie Des Sciences d’Outre-mer).

« Quant à l'Afrique noire, le regard porté sur les peuples et les mœurs demeure contrasté, avec quelques convergences remarquées. La première porte sur le statut de la femme. Il apparaît de façon insistante, dans les différents récits et relations de voyage, que la condition de la femme est toujours inférieure à celle de l'homme (à quelque rares exceptions), au nord, en Sénégambie, comme au sud, en côte de Guinée.
Pour la première région, dans un chapitre dense, intitulé
Résumés des observations des premiers voyageurs du XVIIe siècle sur les usages dominants et les caractères communs aux différents peuples de la Sénégambie, la condition des femmes est ainsi décrite :
"
Le mari d'une femme adultère est en droit de la vendre comme esclave, ou de la chasser sans aucune indulgence, avec tous les enfants qu'il a d'elle. Entre les enfants, il est libre de retenir ceux qui sont assez grands pour lui rendre quelques services ; et, par la suite, il peut rappeler les autres, à mesure qu'ils deviennent capables de lui être utiles. Mais, si sa femme est enceinte au moment du crime, il est obligé, pour la vendre ou la répudier, d'attendre qu'elle soit délivrée.
Malgré la rigueur de ces lois, la plupart des nègres se trouvent honorés que les Blancs de quelque distinction daignent coucher avec leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles. Ils les offrent souvent aux principaux officiers des comptoirs.
" »

« Les travaux pénibles du ménage sont le lot des femmes.

"Non seulement elles préparent les aliments, mais elles sont chargées de la culture des graines et du tabac, de broyer le millet, de filer et sécher le coton, de fabriquer les étoffes, de fournir la maison d’eau et de bois, de prendre soin des bestiaux ; enfin, de tout ce qui appartient à l'autre sexe dans des régions mieux policées. Elles ne mangent jamais avec leurs maris. Tandis que les hommes passent leur temps dans une conversation oisive, ce sont les femmes qui veillent à les protéger des moustiques, à leur servir la pipe et le tabac.

Quoique cette subordination soit établie pour un long usage, un mari ne néglige rien pour l'entretenir. [...] Un mari fatigué d’une femme a toujours la liberté de s'en défaire. [...] Mais, si le roi fait présent d'une femme à quelque seigneur de sa cour, il n'y a pas de prétexte qui autorise le mari à l'abandonner, quoique le prince ait toujours le droit de la reprendre.

Entre les nègres mahométans, il y a des degrés de parenté qui ôtent la liberté de se marier. Un homme ne peut épouser deux sœurs. Le roi du Cayor, Latir-Fal Soucabé, qui avait violé cette loi, reçut en secret la censure et les reproches des marabouts. "

Enfin, la plupart des voyageurs français du temps de Louis XIV soulignent un autre trait, selon eux caractéristique des hommes comme des femmes de la côte africaine :

"Le travail ne surpasse jamais leurs besoins. Si leur pays n’était extrêmement fertile, ils seraient exposés tous les ans à la famine, et forcés de se vendre à ceux qui leur offriraient des aliments. Ils ont de l'aversion pour toute sorte d'exercices, excepté la danse et la conversation, dont ils ne se lassent jamais."

 

Un autre fait unanimement relevé par tous les voyageurs concerne la notion du temps, la mesure du temps, et tout particulièrement le calcul de l'âge individuel. Ce fut une réelle découverte et un objet d'étonnement qui transparaît dans tous les récits. Le premier réflexe des Français étant de questionner sur l'âge des personnes qu'ils rencontraient, jeunes et vieux, ils s'étonnaient toujours de voir la surprise des Africains devant cette question, comme si on la leur posait pour la première fois de leur vie :

"Quand on demande quel âge ont leurs enfants, ils répondent : il est né quand tel directeur est arrivé de France, ou quand il est reparti pour la France, ou encore quand il a beaucoup plu et que les récoltes ont été abondantes, quand la foudre est tombée sur le grand arbre au milieu du village."

Cette absence de sens précis de l'état civil des personnes constitua une véritable énigme pour les Français.
Si quelques aspects de la vie et des mœurs des sociétés africaines font l'unanimité chez les contemporains de Louis XIV voyageant ou séjournant en Afrique, de nombreuses contradictions sont également relevées. Ces contradictions témoignent de l'extrême diversité des peuples, des sociétés et des cultures. »
 
(Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà cité).

 

 

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3 novembre 2019 7 03 /11 /novembre /2019 08:53

BUFFON : LA FOI EN L’HOMME,
EN SA PERFECTIBILITÉ,

AUX RESSOURCES ET AUX CAPACITÉS INFINIES DE SON INTELLIGENCE

Comment nous rendre plus humains ?
Comment faire que l’Homme soit non un loup pour l’Homme, mais le frère de l’Homme,

dans le cœur et l’âme, dans le regard et l’écoute de l’autre ?

Buffon
Georges-Louis Leclerc comte de Buffon (1707-1788).

Mathématicien, biologiste,  botaniste, cosmologiste, écrivain français, Buffon fut un fervent partisan de l’esprit des Lumières du 18e siècle. Ami des philosophes, il prit part, partiellement, à la rédaction de l’Encyclopédie. La seule différence avec ses pairs des Lumières fut sans doute son attachement à la monarchie comme système de gouvernement.

Né à Montbard (Côte d’Or), sa forte personnalité imprégna fortement sa Bourgogne natale, avant de marquer profondément ses contemporains et les générations suivantes par sa pensée, mais surtout par ses travaux et découvertes scientifiques.
Il fut en ce sens un véritable pionnier, en particulier dans la diffusion des théories scientifiques, et leur vulgarisation.

Son œuvre scientifique, d’une prodigieuse diversité et richesse, lui consacra une renommée non usurpée, notamment celle de premier vulgarisateur scientifique français, digne de ce nom.
La principale caractéristique de son œuvre, outre sa diversité, réside dans ses thèmes de prédilection : l’Homme, l’Animal, la Plante, bref, la Nature dans toutes ses composantes et sa diversité.
L’Homme et la Nature ont ainsi  pour lui, des destins  complémentaires et inextricablement liés.
Cette philosophie caractéristique et cette vision, transparaissent dans l’essentiel de son œuvre, tout particulièrement dans son ouvrage, véritablement encyclopédique: «
Histoire naturelle », en 36 volumes, qu’il mit un demi-siècle à rédiger.

L’originalité de sa pensée, liée à la rigueur du raisonnement scientifique, mais aussi le souci constant de la qualité du style, contribuèrent sans nul doute à sa renommée, à son aura.

Ainsi, pour lui « L’Homme a  une âme douée de raison, qui le place au sommet de la Création ».
Il avance également « 
qu’il existe autant de variétés d’hommes noirs que d’hommes blancs, et qu’il n’existe qu’une seule espèce humaine. » Il affirme par  ailleurs que « les variétés humaines sont issues d’une souche initiale qui s’est adaptée selon   les  milieux et  les lieux qu’elles habitent ».
Buffon est par ailleurs persuadé de la «
 supériorité de la race  blanche, tout en ayant l’intuition que les races sont soumisses à l’évolution »
Quant à la qualité du style ou de l’expression scientifique, il lui accorde la même importance qu’au fond, lorsqu’il écrit dans son fameux discours de réception à l’Académie française : « Le style est l’homme ».

Son ouverture d’esprit, sa rigueur de pensée et l’étendue de ses connaissances lui ouvrirent des portes et lui valurent des titres d’honneur. (À l’exception de la politique dont il s’est toujours méfié).
Nommé Intendant du Jardin du Roi, puis Intendant Royal du Jardin des Plantes, il ne tarda pas à transformer celui-ci en Centre de Recherches et en Musée.
En 1733, à l’âge de 26 ans, il fut admit à l’Académie des Sciences dont il devint le trésorier perpétuel en 1744, puis il entra à l’Académie française en 1753.
Sa pensée, ses méthodes et travaux inspirèrent deux sommités des sciences, dont le botaniste français,
Jean-Baptiste Lamarck et le Britannique Charles Darwin.

La foi en l’Homme

« L'homme n'a connu que tard l'étendue de sa puissance, et même, il ne la connaît pas encore assez; elle dépend en entier de l'exercice de son intelligence : ainsi, plus il observera, plus il cultivera la nature, plus il aura de moyens pour se la soumettre, et de facilités pour tirer de son sein des richesses nouvelles, sans diminuer les trésors de son inépuisable fécondité. »

Comment élever l’Homme à la hauteur de lui-même ?
     Ou  sur la voie de la plénitude humaine ?

« Et que ne pourrait-il pas sur lui-même, je veux dire sur sa propre espèce, si la volonté était toujours dirigée par l'intelligence ? Qui sait jusqu'à quel point l'homme pourrait perfectionner sa nature, soit au moral, soit au physique ? Y a-t-il une seule nation qui puisse se vanter d'être arrivée au meilleur gouvernement possible, qui serait de rendre tous les hommes non pas également heureux, mais moins inégalement malheureux, en veillant à leur conservation, à l'épargne de leurs sueurs et de leur sang par la paix, par l'abondance des subsistances, par les aisances de la vie et les facilités pour leur propagation ? Voilà le but moral de toute société qui chercherait à s'améliorer. »

Former et se former à être plus humain.
     Former et se former au respect de la nature, condition du bien-être, de la survie de l’espèce humaine aujourd’hui et demain.

« Et pour la physique, la médecine et les autres arts dont l'objet est de nous conserver sont-ils aussi avancés, aussi connus que les arts destructeurs enfantés par la guerre ? Il semble que de tout temps l'homme ait fait moins de réflexions sur le bien que de recherches pour le mal. Toute société est mêlée de l'un et de l'autre; et comme, de tous les sentiments qui affectent la multitude, la crainte est le plus puissant, les grands talents dans l'art de faire du mal ont été les premiers qui aient frappé l'esprit de l'homme ; ensuite ceux qui l'ont amusé, ont occupé son cœur : et ce n'est qu'après un trop long usage de ces deux moyens de faux honneur et plaisir stérile, qu'enfin il a reconnu que sa vraie gloire est la science, et la paix, son vrai bonheur. »
                                                                                                                                                             Buffon, Histoire naturelle, (1749-1778)

« L’Homme est un animal céleste. » (Platon)

Les fils spirituels du célèbre naturaliste français

Deux de ses fils spirituels, parmi d’autres, furent dignes de leur illustre devancier autant par l’énormité de l’œuvre produite, par le contenu et les thèmes abordés, que par la profondeur et la rigueur de l’argument scientifique, de même que par le souci de la vulgarisation.
Leur notoriété fut aussi grande, ils eurent un impact tout aussi considérable, aussi bien sur leurs contemporains que sur la postérité.

 

Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829)
Grand naturaliste de renommée nationale et mondiale

 

 

 

 

 

 

Charles Darwin (1809-1892)
Scientifique, naturaliste britannique
connu pour ses théories sur l’évolution des espèces :
le darwinisme

 

 

 

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