Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Recherche

20 avril 2022 3 20 /04 /avril /2022 14:41

L’Homme de Vitruve
 (Léonard de Vinci)

 

****

 

LA VISION DE L’ART DE GOTTFRIED HONEGGER

DANS SA LETTRE À LEONARD DE VINCI

 

Gottfried Honegger (1917-2016)

 

**

Gottfried Honegger, né en 1917 à Zurich et mort en 2016 également à Zurich, est un peintre, graphiste publicitaire et collectionneur suisse.
Il a vécu et travaillé à Paris, Zurich, Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes)…

En 1938, il fonde un atelier de graphisme, de décoration et de photographie.
Entre 1939 et 1960, il séjourne dans différents pays puis revient en France en 1960, où il utilise l’informatique pour des dessins programmés par ordinateur.

Honegger réalise des Tableaux-reliefs aux formats monumentaux.

Il est reconnu comme l’un des piliers de l’art concret (mouvement artistique de tendance abstraite).
Il travaille sur le principe des variations à partir d'un seul et même thème.

 

Il pense que la beauté peut changer le monde. Pour lui, l’art a une fonction sociale, ce qui le conduit à concevoir un outil pédagogique : Le Viseur. Cet instrument est destiné à l’apprentissage du regard pour l’enfant : améliorer la perception des couleurs, des formes, du rythme. En 2015, Honegger avait initié des activités plastiques pour les enfants handicapés.

Il est convaincu que «l'excès d'images virtuelles paralyse notre conscience», il s'inquiète de l'addiction des jeunes aux écrans, allant parfois jusqu'à la folie.

 

« Son père fut sa deuxième école, éthique plus que politique : « Un père socialiste qui me dit : “Tu as eu de la chance, mais il y en a d’autres qui n’ont pas eu cette chance. Fais ton travail pour aider ceux-là.” Et je suis devenu socialiste avec un imaginaire de paysan. » (Le Monde, 18 janvier 2016).

 

Il réalise les vitraux des quatorze baies supérieures de la nef de la cathédrale de Liège, avec Hervé Loire, maître verrier de Chartres. (2014).
En 2000, avec sa dernière épouse, Sybil Albers-Barroer, il fait la donation de leur collection d’art (500 œuvres de 160 artistes) à l’État français.

 

**

 

«l'Europe avant d'être une alliance militaire ou une entité politique doit être une communauté culturelle». (Maurice Schumann)

 

**

La Joconde (Mona Lisa)

 

**

 

Lettre à Léonard de Vinci

 

Très cher,

 

Afin de persuader notre ministre de la culture que l'art ne fait pas que coûter de l'argent, qu'il en laisse aussi dans les caisses de l'État, je lui ai écrit le billet suivant : « Mona Lisa, votre tableau suspendu au Louvre a rapporté à la France plus de devises et de prestige que Citroën, Peugeot et Renault réunis. Votre Mona Lisa n'a jamais fait grève, n'a jamais été malade, ni enceinte. Durant les cinquante dernières années, elle n'a été absente que deux ans. Et le vol n'a fait que renforcer sa légende, sa popularité. Ajoutons que Mona Lisa est un cadeau que vous avez fait à François Ier, alors roi de France ».

 

Il serait temps d'admettre que l'art n'est pas un luxe. Une ville comme Paris dépérirait sans l'art, sans les musées. Chaque année quatorze millions de touristes viennent dans la capitale, essentiellement attirés par la légende artistique de Paris. C'est l'art en premier qui crée une identité nationale.

 

**

 

La poésie est un art qui ne se sent pas, alors que l’art, une poésie qui ne se voit pas » (Léonard de Vinci)

 

**

 

Ceci dit en passant. Si je vous écris, c'est parce que la vulgarisation de votre Mona Lisa me préoccupe. Pas un drap de lit, pas une assiette, pas un t-shirt, pas..., pas..., pas..., pas une publicité télévisuelle sans elle. Votre œuvre est devenue une marque mondiale, exploitée avec cynisme et mauvais goût. Même des collègues artistes comme Marcel Duchamp ou Andy Warhol utilisent Mona Lisa, pour je ne sais quelle raison. Ce culte de Mona Lisa, cette pseudo-culture qui mêle art et consommation nuit à votre œuvre, à l'art tout entier. On utilise la légende de votre œuvre à des fins mercantiles. Le dommage qu'elle subit témoigne d'une économie sans scrupule, sans éthique.

 

Mais il n'y a pas que votre Mona Lisa, tout ce qui possède un éclat, un sens, est déshonoré. Quand la religion sert à vendre des pâtes alimentaires et Picasso des Citroën, plus rien n'est épargné.

Les héritiers Picasso, eux-mêmes, dirigent à New York une multinationale de la marque Picasso qui ne rapporte pas un simple pourboire. Que Picasso ait été communiste et ait dessiné la colombe de la paix s'embarrasse personne de nos jours. Picasso qui a écrit : « Je ne peins pas pour décorer des murs, je peins contre les ennemis de l'humanité » .

 

 

 

**

 

« Chez nous, les hommes devaient naître plus heureux qu’ailleurs, mais je crois que le bonheur vient aux hommes qui naissent là où il y a du bon vin. » (Léonard de Vinci)

 

**

 

Est-ce que je vous parais trop moralisateur, trop prude, trop dépourvu d'humour ? Je pense que l'économie, le néolibéralisme ont besoin du manteau de la culture pour camoufler leur égoïsme, leur course à l'argent et au pouvoir. En ce sens le sponsoring de l'activité économique est pure publicité de prestige. L'art doit fournir ce que la Bourse ne possède pas : la culture.

Cette popularité mondiale de l'art n'épuise pas seulement l'éthique de votre œuvre. Max Bense, un philosophe allemand, professeur au nouveau Bauhaus d'Ulm m'a convaincu qu'une œuvre d'art, aussi bonne qu'elle soit, est condamnée au kitsch par la reproduction en série et par le temps. Il a raison, votre Mona Lisa est aujourd'hui nue, avilie, récupérée par le tourisme de masse — le safari culturel.

 

Vous m'avez écrit autrefois : « Nous en concluons que la peinture n'est pas qu'une science (c'est-à-dire un chemin vers la connaissance), elle est chose divine qui recrée l'œuvre vivante de Dieu ». Vous écriviez dans la même lettre : « L'art pictural atteint une telle perfection qu'il ne se consacre pas seulement aux apparences de la nature, il engendre les apparences comme nature ».

Votre vision de l'art me donne le courage de persévérer, de continuer à protester. Notre travail est aujourd'hui plus que jamais une exhortation. Nous devons dans l'ombre d'un monde qui se cherche rendre perceptible la croyance à un meilleur, à un possible. L'espoir est une énergie qui fait jaillir la lumière.

Autrefois une idéologie uniforme déterminait la forme et le contenu de l'art. L'art était au service du pouvoir, mais aussi des Lumières (Aufklàrung). Aujourd'hui je regrette l'absence de commande officielle. La diversité de l'art actuel est le reflet de notre liberté démocratique. Ce qui nous manque, ce qui manque à la plupart des artistes c'est de comprendre que l'art, comme il l'a toujours fait, doit viser une politique culturelle. Un art sans engagement social reste décoratif, un simple divertissement.

Ce qui caractérise votre œuvre, c'est sa participation à la vie publique. Votre art rend visible. Il nous ouvre les yeux sur le miracle du monde.

Je vous remercie de votre patience. Je vous remercie aussi, parce que votre œuvre, l'impact de vos tableaux ont fortifié ma conscience, ma volonté de créer des formes.

 

Léonard de Vinci (1452-1519)

 

**

Léonard de Vinci (1452 à Vinci-1519 à Amboise)

La personnalité puissante et séduisante de Léonard de Vinci est apparue au moment où la renaissance était en pleine vigueur. Léonard de Vinci s’y trouvait parfaitement à l’aise.

Il a incarné pleinement les idées nouvelles de la période, par-dessus tout, la liberté nouvelle de l’artiste, émancipé des cadres professionnels anciens. Pour lui, cette soif de liberté devait permettre à l’artiste de s’émanciper de ces cadres et dominer, par la réflexion scientifique et philosophique, l’empirisme des métiers.

C’est ainsi que Léonard de Vinci devint l’interlocuteur des grands de l’époque à travers l’Europe.

Son génie infatigable et singulier « déborde les préoccupations objectives et sereines de la première renaissance ».

 

Sa biographie atteste une activité prodigieuse qui n’est pas toujours menée à terme, suscite des reproches et se retrouve de bonne heure colorée par la légende, son œuvre écrite connaît un sort étrange : ses recherches théoriques donnent des proportions inconnues à la doctrine d’ « l’art-science ».

Il touche à tous les arts en suggérant partout un idéal de rigueur et de complexité qu’illustre, en peinture un petit nombre d’œuvres souvent inachevées.

 

**

 

« Plus on connaît, plus on aime » (Léonard de Vinci)

 

**

 

Quelques éléments de sa vie :

 

Né en 1452 à Vinci (Italie), près de Florence, il est le fils naturel d’un notaire Piero da Vinci et d’une jeune paysanne. Il est élevé dans la maison paternelle à Vinci et choyé par sa jeune belle-mère (ce qui nuance les spéculations de Freud sur la pénible condition du bâtard, car Ser Piero se maria quatre fois mais n’eut un second enfant qu’en 1476).

Son père l’inscrit à 10 ans, à Florence, dans une « scuola d’abaco » et ensuite dans l’atelier de Verrocchio.

Il y apprend les mathématiques, l’architecture, la perspective mais aussi la peinture le dessin et la sculpture.

Il y côtoie Botticelli et Pérugin, entre autres.

En 1472, L. de Vinci devient membre de la corporation des peintres de Florence. Il reste cependant au service de Verrocchio jusqu’en 1482.

 

Léonard de Vinci débute sa propre carrière par des portraits, tableaux religieux…

Il réalise surtout des commandes passée par les monastères et notables de Florence.

Afin de se mettre à l’abri du besoin, il cherche un mécène. Apprenant que le duc de Milan, Ludovic Sforza (dit Ludovic le More) veut ériger la statue équestre de son père, Léonard part pour Milan (1482) où il se consacre à la création de cette statue pendant 16 ans. Mais faute de bronze elle ne sera pas réalisée.

Il peint cependant les portraits suivants :

Portrait de Cesilia Gallerani (maîtresse du duc de Milan), La Vierge aux Rochers, La Dame à L’Hermine.

Il est nommé « Maître des arts et ordonnateur des fêtes » et invente des machines de théâtre.

À la chute du duc de Milan, Léonard quitte la ville. Pendant 15 ans il voyage entre Florence, Rome, Milan.

Génie touche à tout, il se fit connaître, partout, par l’importance et la diversité de son œuvre: peinture, sculpture, littérature, dessin, portrait, travaux de mathématiques, décors de théâtre…

 

Vers 1490 Léonard de Vinci, dessine « L’Homme de Vitruve », célèbre dessin inspiré des écrits de l’architecte romain Vitruve qui a travaillé sur les proportions idéales du corps humain.

Il montre un homme placé dans un cercle avec pour centre le nombril ; œuvre symbolique de la Renaissance, de l’humanisme et de la science. (L’homme est au centre de tout).

 

Dessin-invention de Léonard de Vinci

**

Léonard de Vinci en France

 

À la fin de 1516, Léonard de Vinci est invité par le roi de France, François Ier (vainqueur de Marignan et arbitre de l’Italie).

Il a pris soin d’emporter avec lui ses tableaux et ses cahiers de notes qu'il laisse en totalité à son élève et compagnon fidèle, Francesco Melzy.

 

En 1517 il réside à Amboise, au Manoir de Cloux (actuel Château de Clos Lucé) et est nommé « premier peintre et architecte du roi ».

Il reprend des projets de canalisation pour Romorantin, et donne, en même temps des décors pour la fête de cour du printemps de 1518.

 

Léonard de Vinci meurt le 2 mai 1519, à Amboise.

**

 

« Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, de même une vie bien remplie nous mène à une mort paisible » (Léonard de Vinci)

 

**

 

Statue de Léonard de Vinci à Florence (Italie)

 

Partager cet article
Repost0
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 07:48

Gottfried Honegger, Hommage à Jacques Monod,
 1974, Dijon, université de Bourgogne.

 

LA VISION DE L’ART DE GOTTFRIED HONEGGER 
DANS SA LETTRE À JEAN ARP

Gottfried Honegger (1917-2016)

 

Gottfried Honegger, né en 1917 à Zurich et mort en 2016 également à Zurich, est un peintre, graphiste publicitaire et collectionneur suisse.
Il a vécu et travaillé à Paris, Zurich, Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes)…
En 1938, il fonde un atelier de graphisme, de décoration et de photographie.
Entre 1939 et 1960, il séjourne dans différents pays puis revient en France en 1960, où il utilise l’informatique pour des dessins programmés par ordinateur.
Honegger réalise des Tableaux-reliefs aux formats monumentaux.
Il est reconnu comme l’un des piliers de l’art concret (mouvement artistique de tendance abstraite).

Pour lui, l’art a une fonction sociale, ce qui le conduit à concevoir un outil pédagogique : Le Viseur. Cet instrument est destiné à l’apprentissage du regard pour l’enfant : améliorer la perception des couleurs, des formes, du rythme. En 2015, Honegger avait initié des activités plastiques pour les enfants handicapés.

En 2000, avec sa dernière épouse, Subil Albers-Barroer, il fait la donation de leur collection d’art (500 œuvres de 160 artistes) à l’État français.

 

G. Honnegger, sans titre

Ce que Guy Amsellem dit de lui :

« Gottfried Honegger, plasticien, sculpteur, est un des plus éminents représentants de l'art concret international. Son œuvre austère, abstraite, bien que trouvant son inspiration dans l'apparente froideur des figures géométriques, se revendique comme une nouvelle forme d'humanisme. « La laideur nous rend malades ». Rechercher la beauté la plus pure c'est faire œuvre de vérité, d'élucidation (Aufklärung), c'est ouvrir les yeux du public en lui apprenant à voir. La pédagogie, telle est aujourd'hui la mission la plus urgente des arts plastiques. Gottfried Honegger en est à ce point persuadé qu'il a fondé à Mouans-Sartoux, avec sa compagne Sybil Albers-Barrier, l’« Espace de l'art concret ». Outre la plus grande collection française d'art concret, celui-ci offre des ateliers où les écoliers et les collégiens de la région viennent apprendre à voir, et à découvrir ce faisant la créativité en germe en chacun d'eux. » (Guy Amsellem)

Jean Arp, Berger des nuages (1953),

 

Lettre à Jean Arp

« Très cher,

Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, on peut lire sous le titre « L'art n'est pas libre » que la fondation du centre culturel sarrois veut réorganiser votre musée pour attirer davantage le public. Wolf-Dieter Dube de Berlin, en conservateur expérimenté, a donné aux Sarrois, apparemment incompétents, un conseil audacieux. Il leur a proposé de rendre le musée plus populaire, d'abaisser le niveau, d'offrir plus d'amusements, plus de foule et de chahut. M. Dube du moins est honnête, il dit ouvertement ce que la plupart des politiques et des conservateurs pensent tout bas.

Ainsi par manque d'argent le musée devient lentement un « casino ». La question n'est plus l'art comme notre histoire, l'art vécu comme conviction. Avec le divertissement on croit pouvoir mieux vendre au public l'idée de musée, l'art.
       Les statistiques de fréquentation publiées, le nombre des visiteurs déterminent de nos jours le succès ou l'échec d'une exposition. Récemment, j'ai entendu dire qu'on allait bientôt fêter les mariages, les anniversaires ou les jubilés d'entreprise dans de nobles salles de musée. Cézanne ou Gauguin ou Picasso élèveront sans doute le niveau culturel des participants, ils donneront à la fête l'éclat désiré.

Quand j'ai reposé le journal, mes pensées sont allées à votre œuvre, cher Arp. A l'idée que dans la salle des Arp le Champagne coule à flots, qu'on y fume le cigare, que ça sente la nourriture et qu'on y passe une vidéo aux sons d'une musique légère, je suis malade.

Dans le musée d'Art moderne de la ville de Paris, j'ai assisté aux préparatifs d'une soirée donnée par une boîte d'informatique — devant une grande fresque de Matisse. Je me demande dans quel monde nous vivons, un monde ou tout est jugé selon son rendement ! Déjà la publicité de la plupart des musées me fait plus penser à de la publicité pour des produits commerciaux qu'à de la publicité pour la culture. Rien n'est assez primaire pour attirer le public. On préfère même la langue anglaise.

Je pense à vous, parce que j'ai eu hier dans votre atelier le privilège d'avoir à donner un avis sur des fonts baptismaux auxquels vous travaillez. Encore une fois — ce travail est une sculpture qui tire sa beauté de son évidence, de son silence. La beauté est pour moi le mot clé, ne serait-ce que parce que nous savons que la laideur blesse nos yeux. Vous, mon cher ami, vous avez consacré votre vie à la beauté. Elle est pour vous une nécessité existentielle. Votre art tient du miracle. On essaie de comprendre, d'analyser, de traquer la logique de votre œuvre, et finalement on se retrouve, ravi, au paradis de l'harmonie. Les théoriciens de l'art essaient toujours d'estimer la valeur d'une œuvre, de la mesurer, de la peser, ils voudraient savoir quelle quantité d'art elle contient. Le miracle, oui, nous avons perdu le sens du miracle. Même les gardiens de l'art, les historiens, les conservateurs, les critiques, les artistes eux-mêmes n'opposent plus aucune résistance. Une résistance contre la foire dans les musées. Chacun pour soi, surtout ne vexer personne. Sinon il en irait pour nous comme pour Ernst Gerhard Güse, qui fut longtemps directeur du Musée sarrois. On serait immédiatement congédié. La répression est aujourd'hui omniprésente.

Quand, avec vos amis, vous avez fondé à Zurich le dadaïsme, c'était pour dénoncer la banqueroute des valeurs officielles. Vous refusiez la vision bourgeoise de l'art.

Vous m'avez raconté comment s'est constituée la résistance, comment elle s'est élargie internationalement. Pourquoi, je vous le demande, pourquoi nous taisons-nous, nous les artistes contemporains ? Où peut-on voir une contestation collective ? Que nous manque-t-il aujourd'hui ? Le désir du succès, de l'argent nous a-t-il paralysés ?

Parce que je sens en moi une révolte comme vous autrefois, parce que je ne supporte plus ce vide, cette scène de l'art officiel, je cherche une explication. Je suis devenu artiste pour coopérer, pour apprendre à voir. Parce que je croyais à l'influence de l'art, et y crois toujours, j'ai fondé avec ma compagne Sybil Albers dans le Sud de la France l'Espace de l'art concret. Son succès me prouve que les utopies peuvent devenir réalités. L'Espace de l'art concret essaie par des expositions didactiques d'enseigner le sens et le but de l'art. Les autorités françaises récompensent notre travail par la construction d'un bâtiment destiné à accueillir notre donation. Nous avons rencontré le succès sans pourtant offrir aucune distraction.

En toute modestie, les dadaïstes de Zurich, ville où Sybil Albers et moi sommes nés, étaient pour nous un exemple. Nous avons aujourd'hui la paix en Europe. Mais sous couvert de démocratie, se répand l'embrasement mondial du néo-libéralisme, une puissance d'argent qui dévoile le miracle de la vie. Au lieu de la beauté, elle offre le populisme.

Vous voyez, cher Arp, notre conversation me fait à nouveau croire à l'influence de la beauté. » (Gottfried Honegger, Lettres à, Éditions Jacqueline Chambon)

Jean Arp (1886-1926)

 

Jean Arp, né Hans Peter Wilhelm Arp, en 1886 à Strasbourg (alors en Allemagne) est mort à Bâle (Suisse) en 1966. Il fut naturalisé français en 1926.
Il fut peintre, sculpteur, poète allemand, mais aussi écrivain, photographe, designer.
Son père était allemand mais sa mère, alsacienne, l’avait élevé dans la culture française.
Il fut, entre autre, cofondateur du mouvement dada à Zurich, puis il fut proche du surréalisme.
Il épouse Sophie Taeuber et le couple s’installe à Clamart.
Arp est devenu un artiste mondialement connu. Il a reçu de nombreuses décorations.
Paul Éluard, poète surréaliste, lui dédia un poème dans « Capitale de la douleur »

Un grand nombre de ses œuvres sont exposées au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg.

Sa seconde épouse, Marguerite Hagenbach, a fait de leur maison-atelier de Clamart la fondation Arp.

 

Jean Arp, Feuilles et gouttes

Partager cet article
Repost0
28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 07:43

 

 

Un peu de douceur en ce début de printemps

 

 

ÉTUDE DE CHAT

De Maurice Rollinat

 

 

Longue oreille, des crocs intacts, de vrais ivoires,
Le corps svelte quoique râblu,
Son beau pelage court et gris à barres noires
Lui faisant un maillot velu ;

 

 

Des yeux émeraudés, vieil or, mouillant leur flamme
Qui, doux énigmatiquement,
Donnent à son minois le mièvre et le charmant,
D'un joli visage de femme.

 

 

Avec cela rôdeur de gouttières, très brave,
Fort et subtil, tel est ce chat,
Pratiquant à loisir le bond et l'entrechat,
Au grenier comme dans la cave.

 

 

Aujourd'hui depuis l'aube, ayant bien ripaillé
Au vieux château qui le vit naître,
Il est, sur son fauteuil poudreux et dépaillé,
Accroupi devant la fenêtre.

 

 

Il pleuvasse un peu, mais pour ce craintif de l'eau
L'ondée a trop de violence ;
Il reste au gîte, y fait son ronronnant solo
Dans la musique du silence.

 

 

Confit en sa mollesse, il peine à s'étirer,
Piète, sort sa griffe, la rentre ;
Pour le moment, sans puce, et gavé son plein ventre
Il n'a plus rien à désirer.

 

 

Une poussière ayant picoté son nez rose,
Il éternue, et comme un loir,
Il s'étend paresseux, chargé de nonchaloir,
Et genoux pliés se repose.

 

 

L'œil mi-clos, rêvassant plutôt qu'il ne sommeille,
Gardant l'ouïe et l'odorat,
Il guigne le grillon du mur, flaire le rat,
Écoute ronfler une abeille.

 

 

Le temps passe, à la fin, de sieste en somnolence,
Il s'endort, puis, se réveillant,
Se rendort de nouveau, se réveille en bâillant,
Tant qu'il sort de son indolence.

 

 

Il toussote, se mouche et se désassoupit,
Bombe son échine et la creuse
En redressant sa queue alerte, toute heureuse
D'avoir terminé son répit.

 

 

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 07:32

MÉDITONS

RENÉ PHILOMBÉ,
L’HOMME QUI TE RESSEMBLE

René Philombé (1930-2001)

René Philombé (pseudonyme de Philippe Louis Ombédé) (1930-2001)) est un écrivain camerounais, auteur d’une œuvre monumentale qui touche à tous les genres littéraires. Il fut à la fois romancier, poète, essayiste, dramaturge, journaliste…
Il semble que la littérature lui ait plus rapporté que la politique dans laquelle il s’était aussi engagé.
À cheval entre deux cultures, littérature française et mouvement de la négritude, il est à la fois nationaliste et marxiste.
Son œuvre d’une infinie variété est le reflet à la fois de sa vie et de son regard sur les hommes, aussi bien dans son pays qu’en Europe et dans le monde.

Cette œuvre si riche fut couronnée par des prix littéraires :
—prix du meilleur conte du Comité d’expression culturelle de la France d’outre-mer.
—prix Mottart de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.
—prix Fonlon Nichols de l’African Literature Association.

Parmi cette œuvre immense quelques titres qui reflètent la richesse de la pensée de l’auteur, de son expérience des hommes.

Araignée disgraciée.
Lettres de ma cambuse.
La Voix des poètes camerounais.
Petites gouttes de chant pour créer l’homme.
Les trouble-fêtes d’Africapolis.
Le livre camerounais et ses auteurs.

En définitive, son œuvre s’assimile à un regard affuté sur la vie, les hommes et le monde.

« L'homme qui te ressemble »

J'ai frappé à ta porte
j'ai frappé à ton cœur
pour avoir bon lit
pour avoir bon feu
pourquoi me repousser?
Ouvre-moi mon frère !..
.

Pourquoi me demander
si je suis d'Afrique
si je suis d'Amérique
si je suis d'Asie
si je suis d'Europe ?
Ouvre-moi mon frère !.
..

 

Pourquoi me demander
la longueur de mon nez
l'épaisseur de ma bouche
la couleur de ma peau
et le nom de mes dieux
Ouvre-moi mon frère !
...

Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un jaune
je ne suis pas un blanc

mais je ne suis qu'un homme
Ouvre-moi mon frère !...

 

      Ouvre-moi ta porte
Ouvre-moi ton cœur
car je suis un homme
l'homme de tous les temps
l'homme de tous les cieux
l'homme qui te ressemble 

                                    René PHILOMBÉ, Petites Gouttes de chant pour créer l'homme

 

 

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 08:33

Édith SCHUSS, Chardon bleu
(https://edith-artiste-peintre-intuitive.com/)

ART ET TECHNIQUE

Que devons-nous à l’art ?

Pierre Francastel (1900-1970)

Pierre Francastel ((Paris, 1900 – 1970), un historien et critique d'art français est issu par son père, d'une famille d'artistes et de journalistes et par sa mère, d'une famille de la noblesse belge.
Études littéraires classiques à la Sorbonne et attaché au service d'architecture du château de Versailles.
Thèse de doctorat en 1930 sur la sculpture du domaine royal de Versailles.
Il fut aussi chroniqueur dans plusieurs revues et auteur de nombreux ouvrages.
Il est une figure majeure de l'histoire de l'art au XXᵉ siècle, considéré comme un des fondateurs de la sociologie de l'art.

Pierre Francastel fut un innovateur de talent dans le domaine de l’étude de l’art. Il est l’inventeur de la « sociologie historique comparative » Pour lui « l’art n’est pas seulement un pur plaisir esthétique, mais, une production sociale en relation étroite avec son environnement politique, social, religieux et scientifique ».
Ses nombreux ouvrages développent pour l’essentiel cette philosophie de l’art. Entre autres :

-Art et Sociologie
-Art et peinture
-Histoire de la peinture française
-Art et Technique…

Place de l’art dans la société

« Les développements du machinisme et l'industrialisation d'une part, les progrès des sciences spéculatives et appliquées d'autre part, ont abouti à une transformation complète de l'univers.
La question se pose donc de savoir quels sont les rapports nouveaux qui se sont établis dans la civilisation contemporaine entre les arts et les autres activités fondamentales, particulièrement les activités techniques, de l’homme.
La réponse habituellement donnée à cette question est assez curieuse. Les critiques et les historiens ont tendance à affirmer que l'art s'est séparé de l'humain. (...)

L'opposition de l'Art et de la Technique se résout dès qu'on constate que l'art est lui-même, dans une certaine mesure, une technique sur le double plan des activités opératoires et figuratives. Prétendant expliquer l'art en fonction de sa fidélité à la représentation du réel, les critiques et les historiens ont faussé les points de vue. On n'explique pas un langage en fonction des choses qu'il nomme ou des rapports d'idées qu'il exprime. Le but de l’art n'est pas de constituer un double maniable de l'univers ; il est, à la fois, de l'explorer et de l’informer d'une manière nouvelle. La pensée plastique qui existe à côté des pensées scientifique ou technique appartient, à la fois, au domaine de l'action et de l'imagination. L'art ne libère pas l'homme de toutes les contraintes, il ne lui offre pas le moyen d’appréhender et de traduire dans l'absolu des sensations, il constitue un mode de connaissance et d'expression mêlé à l’action. Il existe aussi dans l'ordre de l'imaginaire une fusion de la logique et du concret. A travers les images l'homme découvre, à la fois, l'univers et son besoin de l'organiser. Entre l'art et la technique il ne s'agit donc pas d'une opposition ni d'une identification globale. Le conflit surgit lorsqu'on prétend soustraire au réel l'ordre de l’imaginaire. C'est dans la technique que se rencontrent l'art et les autres activités spécifiques de l'homme. Le domaine de l'art, ce n'est pas l'absolu, mais le possible. Par l’art, les sociétés rendent le monde un peu plus commode ou un peu plus puissant et elles parviennent parfois à le soustraire aux régies de fer de la matière ou aux lois sociales et divines pour le rendre momentanément un peu plus humain. (...) »

L’art et la technique : opposition ou complémentarité dans l’évolution des sociétés ?

« Les artistes ne jouent pas dans une société un rôle d'isolés, indépendamment des techniciens et des penseurs. A la conception d'histoires séparées des différentes disciplines et des différentes activités humaines, il convient de substituer une conception enfin globale des capacités d’expression d'une société qui se modèle en s exprimant. L'art moderne n'a pas le caractère d’un jeu solitaire et gratuit. Adoptant un mode d'expression spécifique un homme ne se retranche pas de la communauté. Les artistes sont aussi des hommes qui créent des Objets. Ces objets peuvent être étudiés comme représentatifs de sensations et d'actions qui ne sont pas nécessairement contradictoires, avec les impressions et les structures qui permettent à d'autres catégories d'individus, dont le corps est formé dans le même milieu technique et naturel, de s’exprimer et de créer aussi des objets de civilisation. A travers l'objet d'art, il est légitime de rechercher des formes et des notions caractéristiques de l'homme entier d'aujourd'hui. L'art n'est pas le domaine des valeurs de refuge, ouvertes à l'homme qui craint la destinée. (...) »

L’art joue-t-il un rôle pacificateur des esprits ?

« Les produits de la pensée technique peuvent être objectivement confrontés avec ceux des pensées scientifique ou plastique dans un même système de compréhension. L'artiste qui compose un tableau ou qui élabore une sculpture produit des objets de civilisation qui, d’un certain point de vue, possèdent des caractères communs avec les œuvres issues de l'activité la plus spéculative, la plus expérimentale ou la plus mécanique de la société. Dans tous les cas il y a production de choses possédant une extériorité par rapport au producteur, utilisables par d'autres et à l'occasion desquelles se produisent des interférences de jugement et d'action. (...)

L'œuvre d'art est, en effet, un objet au sens le plus matériel, le plus concret du terme. Elle est, si l'on veut, une chose. Un tableau se situe dans notre entourage familier comme un meuble ; il se déplace, il se manie, il s'entretient, il s'échange, il s'altère. Il est réel, concret et utile au même titre qu'un ustensile quelconque de la vie courante. En même temps, les uns n'y voient qu'un signe d'éducation ou de richesse, mais les autres y voient, en outre, un ensemble d'éléments ou de signes suggestifs soit de méditation soit de signification qui tantôt conduisent au plaisir de la contemplation et tantôt engendrent des opinions immédiatement utilisables dans le comportement journalier. Par conséquent, l'œuvre d'art est le produit unique d'une activité qui se situe, à la fois, sur le plan des activités matérielles et des activités imaginaires d'un groupe social donné. Dans les deux cas, au surplus, elle possède un double caractère sociologique et individuel, au même titre que la personnalité de l'homme qui l'a produite. »  (Pierre FRANCASTEL, Art et technique, bib. Médiations)

Paul SCHUSS, Le Manoir en Hiver
(Lien : http://www.adagp.fr/fr/banque-images#/?q=cGF1bCBzY2h1c3M%3Dhttp://www.adagp.fr/fr/banque-images#/)

Partager cet article
Repost0
5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 07:18

Guernica (Picasso)

PICASSO, LE BOULEVERSEMENT DE L’ART MODERNE

Dessin (Picasso)

Pour Picasso, l’art doit permettre de passer du « monde subi au monde construit »

Pablo Picasso (1881-1973)

 

Pablo Ruiz Picasso, né en 1881 à Malaga (Espagne) et mort en 1973 à Mougins (France). Peintre, graveur, dessinateur, sculpteur et céramiste espagnol.
Il s’installa, à partir de 1904, en France où il passa l’essentiel de sa vie.
Il réalisa une œuvre monumentale. Considéré à juste titre comme le plus célèbre des artistes du 20e siècle, par la masse, la diversité et l’importance de ses réalisations (peinture, sculpture, dessin, gravure…),
Picasso fut en outre un artiste engagé sur tous les fronts pour la défense des libertés, des droits et de la paix, à la fois adulé et discuté.
Son œuvre, qui a bouleversé l’art moderne, témoigne, à travers d’étonnantes métamorphoses graphiques et plastiques, de la richesse de ses dons d’artiste : époque bleue, rose (1901-1906), cubisme
(Les Demoiselles d’Avignon, 1906, 1907).
Il assimila dans ses œuvres, de multiples influences artistiques, africaines (art nègre), cubisme, surréalisme.
Picasso fit la connaissance de
Serge Braque et André Derain, avec lesquels il découvrit et mit en valeur les « Arts primitifs », masques traditionnels africains dits « Art Nègre » et Arts polynésiens.

 

Les Demoiselles d’Avignon (1907) est considéré comme le point de départ du cubisme dont Picasso fut l’un des inventeurs les plus actifs, les plus déterminés.

« La tâche que s'assigne le peintre, à partir du cubisme, ce n'est plus de reproduire le monde existant, celui de la nature, mais de créer un monde nouveau, un univers proprement humain.
Degas, devant l'entreprise de
Picasso, soupirait : "Ces jeunes gens veulent faire quelque chose de plus difficile que la peinture."
Il s'agit en effet de substituer à la fidélité visuelle la construction d'un univers tel que le peintre le récrée, dans sa signification essentielle, avec ses souvenirs, son imagination, son savoir.
C'est ce que
Picasso résume en une boutade caractéristique : "L'on devrait crever les yeux aux peintres, comme l'on fait aux chardonnerets, pour qu'ils chantent mieux."
Assigner à
la peinture une telle fin impliquait nécessairement un changement profond des moyens et de la technique. »

Les Demoiselles d’Avignon (Picasso)

« Un tableau ne vit que par celui qui le regarde. » (Picasso)

« Un grand nombre des moyens traditionnels d'expression plastique perdaient leur raison d'être. D'abord la perspective classique. (...) Dans la création du tableau, Picasso, ne sépare pas ce que l'on sait de ce que l'on voit,
Une telle conception implique, comme une conséquence nécessaire, l'abolition de la perspective définie à la Renaissance par
Alberti et Brunelleschi. Lorsque Alberti définissait le tableau comme une coupe de la pyramide constituée par les rayons allant du monde à notre œil, cette conception, loin de correspondre à la vision naturelle, établissait une convention très artificielle : elle supposait que nous n'observions que d'un œil et que notre œil était immobile. On nous imposait une attitude de voyeur regardant le monde à travers le trou d'une serrure.
La perspective de la Renaissance serait "naturelle" pour un cyclope ou un borgne, et pour un borgne immobile ou un cyclope pétrifié.
Poussin, lui aussi, réalisait une maquette de ses tableaux dans une boîte et observait par un seul orifice. Le cubisme renonce à cette convention et à cet artifice. Il fait exister les objets simultanément et dans la diversité de leurs aspects successifs, comme ils apparaissent à un être vivant et mouvant et surtout à un être qui rêve et qui se souvient.
Du visage d'une femme ou d'un ami j'évoque à la fois le profil, la face et le trois quart, ou une vision globale qui exprime pour moi sa présence totale. Sans doute une telle vision exige de nous, par ses changements constants de perspective et de prise de vue, une véritable danse autour de l'objet, mais le film nous a habitués à ces ruptures. La peinture de
Picasso est typiquement la peinture de l'âge du cinéma. Tout se passe comme si le peintre avait noté et juxtaposé, par une sorte de déploiement ou d'éclatement de l'espace, les points de vue successifs pris sur une figure autour de laquelle nous nous déplaçons. »

« L’art lave l’âme de la poussière du quotidien. » (Picasso)

« Évoquer l'objet tel qu'il est dans notre souvenir exige qu'on le présente sous tous ses aspects significatifs.
Il n'est pas exclu que l'on veuille nous montrer le dedans des choses. L'optique nous l'interdit ; le souvenir et le rêve nous le commandent. L'enfant qui dessine une maison n'a garde d'oublier le bonhomme qui l'habite.
Un autre procédé sera celui de la transparence permettant par exemple, par une superposition des images, de montrer derrière le livre, celui qui le lit.
Par contre il n'est pas nécessaire de retenir tous les aspects de l'objet. Il s'agit de signifier l'objet et non de l'imiter. Bien entendu, il n'est pas question ici de signification
abstraite, conceptuelle, comme celle qu'on exprime par un mot ou même par un symbole pictographique, mais de signification humaine, globale, à la fois affective et plastique, de ce que l'on pourrait appeler l'intention des formes. Or certains contours sont significatifs, d'autres non. L'on peut et l'on doit choisir pour donner l'image la plus saisissante possible. Cette élision de surfaces intermédiaires, ce tri des formes essentielles, n'est pas l'une de moindres difficultés de la lecture des tableaux cubistes. »

« L’art est un mensonge qui nous fait saisir la vérité. » (Picasso)

« Nous sommes en effet conduits à une dislocation et à un démembrement de la représentation purement visuelle des choses et à leur recomposition selon des lois qui ne sont plus les lois géométriques permettant l'assemblage d'une chaise ou d'une maison ou leur imitation en trompe-l'œil. (...)
La déformation dynamique naît du déplacement du sujet autour de l'objet, et de l'enregistrement de plusieurs prises de vue en fonction des mouvements du sujet.
Mais elle en entraîne une seconde ; ces points de vue multiples doivent être présentés simultanément et ceci sur une surface à deux dimensions. Il faudra donc déplier en quelque sorte l'écorce des choses sur le plan de la toile : le rabattement des plans.
Une telle analyse de l'objet nous aide
à prendre conscience que regarder est un acte. Elle correspond, par-delà les conventions contemplatives de la peinture du passé, à l'expérience d'un homme qui explore activement le monde et les choses, qui a conscience de leur devenir et surtout de l'action qu'il peut exercer sur elles pour les transformer. Elle comporte de nouvelles exigences à l'égard du langage plastique, à l'égard aussi du spectateur invité lui aussi non plus simplement à une contemplation mais à une action. »

« Dans chaque enfant, il y a un artiste ; le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant. » (Picasso)

Musée Picasso (Paris, Hôtel Salé)

 

Partager cet article
Repost0