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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 11:19

 

DÉFORESTATION
DÉJÀ À L’ÉPOQUE DE RONSARD, AU MOYEN ÂGE

 

 

Le problème de la déforestation ne date pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons dans le poème de Ronsard ci-dessous.

De tout temps, l’homme a abattu ou brûlé des arbres : pour se faire de la place, pour se chauffer et cuire ses aliments, pour se construire des abris, des bateaux, des meubles, pour augmenter ses terres de culture, d’élevage…

Mais cette déforestation n’avait pas l’ampleur qu’elle a de nos jours, où elle est devenue mondiale et s’accélère. Et les problèmes dus à la déforestation sont multiples de nos jours : réchauffement climatique, dégradation du cycle de l’eau, érosion des sols, disparition de nombreuses espèces (faune et flore) et même de certains peuples indigènes.

 

Pourtant déjà au Moyen Âge certains s’en inquiétaient. Depuis toujours certains êtres humains se sont sentis en harmonie avec la nature et ont cherché à la défendre. Ronsard est de ceux-là et nous le dit si joliment dans son poème contre les bûcherons de la forêt de Gastine.

 

« Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses,
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

 

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur, sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Jeannette.
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix,
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;
Tu perdras ton silence, et, haletants d'effroi,
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

 

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,

Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner ;
Où premier, admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leurs disent injures.

 

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens
 Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
de massacrer ainsi leurs pères nourriciers !
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie §

O dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne, 
Et la cime d'Athos une large campagne ; 
Neptune quelquefois de blé sera couvert ; 
La matière demeure et la forme se perd."

                                         (Elégie, XXIV (V.19-68))                                                                         

Pierre de Ronsard (1524-1585)

****

> Un bref résumé de la vie de Ronsard.

Pierre de Ronsard est né au château de la Poissonnière en Vendômois, de vieille souche noble. Hormis 6 mois d’études à Paris, il a passé les 12 premières années de sa vie au milieu de la nature vendômoise où il a trouvé plus tard une source inépuisable de souvenirs et d’impressions.

En 1536, il est attaché comme page au dauphin François (fils de François Ier) qui meurt 3 jours après. Il sera page de Charles d’Orléans puis de Madeleine de France (enfants de François Ier).

Il suit Madeleine de France, devenue reine d’Écosse après son mariage avec Jacques Stuart, roi d’Écosse, mais elle meurt en 1537.

Il reste quelques temps en Écosse puis regagne la France en passant par l’Angleterre et la Flandre.

1540 : il séjourne quelques temps en Allemagne auprès de son cousin, le diplomate Lazare de Baïf, grand humaniste et qui lui a sans doute donné le goût des lettres antiques. Ronsard était promis à une brillante carrière diplomatique mais à son retour d’Allemagne suite à une grave maladie, il devient à demi-sourd et il doit se retirer à la Poissonnière.

Isolé à cause de sa surdité, Ronsard se consacre à la poésie.

1543 : il a reçu la tonsure, non pas pour devenir prêtre mais pour s’assurer le revenu de bénéfices ecclésiastiques.

 

Désireux d’imiter Horace et conscient de ses lacunes dans sa formation humaniste, Ronsard se met pendant cinq ans à l’étude des lettres antiques au collège de Coqueret avec Du Bellay et Jean Antoine de Baïf sous la direction de Dorat. Ils forment la Brigade, plus tard la Pléiade (Ronsard, du Bellay, de Baïf, Jodelle, Belleau, Dorat, Peletier, Pontus de Tyard). Leur ambition : renouveler et perfectionner la langue française.

 

1558, Ronsard devient conseiller et aumônier ordinaire du roi Henri II. 1560, à partir de l’avènement de Charles IX, il est largement pensionné.
1574, à la mort de Charles IX, il tombe en demi-disgrâce, le nouveau roi, Henri III ayant ramené de Pologne son poète favori, Desportes. Ronsard se retire dans ses prieurés à partir de 1575

 

Quelques-unes de ses œuvres  :

1550 :les Odes
1552 : Amours de Cassandre
1553 : Folastreries
1554 : Bocage
1555 : Continuation des Amours
1556 : Nouvelle Continuation des Amours
En 1560 il publie une édition collective de ses œuvres, classant ses poésies en quatre volumes : Amours, Odes, Poèmes, Hymnes.
1578 : Sonnet sur la mort de Marie, Sonnet pour Hélène.

 

Il travaillait sans relâche à rééditer ses œuvres complètes mais il était tourmenté et souvent alité par la goutte ; ses derniers sonnets, poignants, évoquent ses douleurs physiques, ses insomnies, ses préoccupations de l’au-delà.

1585 : il meurt à Saint-Cosme.

 

La Poissonnière, manoir de Ronsard

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 08:47

 

QUAND L’IRRUPTION DE LA MACHINE AU 19e SIÈCLE
SÈME LA « ZIZANIE », LA DISCORDE,
DANS LA GRANDE FAMILLE OUVRIÈRE

Pour les témoins oculaires de première importance, Gaëtan Pirou, Alexis de Tocqueville, Gustave Flaubert et Simone Weil etc., le machinisme est une des conséquences majeures des conflits et oppositions au sein du monde des travailleurs  ainsi que de la société entière du 19è et du début du XXe siècle.

Gaëtan Pirou (1886-1946) est un économiste français.
Il fut professeur d'économie à la faculté de Droit de Bordeaux et celle de Paris.
Il fut aussi un des rédacteurs en chef de la Revue d'économie politique.
Il a écrit de nombreux ouvrages sur les doctrines économiques, de même que sur les économistes institutionnalistes américains.
Outre son poste de professeur à l'Université de Bordeaux puis de Paris, il fut directeur du cabinet de Paul Doumer entre 1927 et 1931.
Il s’intéressa aussi à la classe ouvrière et à son avenir.

Quelques ouvrages significatifs à cet égard :
_ Les doctrines économiques en France depuis 1870,
_ Doctrines sociales et Sciences économiques…

Avec Gaston Pirou, nous assistons à la naissance d’une psychologie ouvrière nouvelle.

 

NAISSANCE D'UNE PSYCHOLOGIE OUVRIÈRE NOUVELLE

« Le développement de l'action collective ouvrière est la conséquence directe des transformations Juridiques et techniques qui ont bouleversé, à notre époque, l'ensemble de la production et atteint leur maximum dans l'industrie. Ces transformations qui ont conduit à la grande entreprise spécialisée, mécanique, concentrée, ont déterminé, dans l'ordre de l'action ouvrière deux phénomènes connexes. D'une part, le groupement matériel des ouvriers dans de vastes usines a entraîné la naissance d'une psychologie ouvrière nouvelle, caractérisée par le développement de la conscience de classe. Rapprochés dans les usines, les ouvriers ont dû perdre l'espoir, normal chez l'ancien artisan, de devenir un jour des patrons. Ils ont donc été en même temps plus près les uns des autres et plus loin de leurs patrons. Cela devait conduire les ouvriers, matériellement et psychologiquement réunis, à se servir de l'arme de l'action collective. D'autre part, l'essor de la grande industrie, dans la première moitié du XIX* siècle, appelée période chaotique de la grande industrie, s'est accompagnée de souffrances incontestables. En face du grand patron, l'ouvrier isolé se trouvait dans une situation inégale. Cette situation devait pousser les ouvriers à se grouper pour essayer de remédier à l'état d'infériorité où ils se trouvaient. » (Gaëtan Pirou)

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Alexis de Tocqueville (1805-1859) est philosophe, penseur, précurseur de la sociologie et homme politique français.

Pour lui :

LA RÉVOLUTION DE 1848 EST UNE MANIFESTATION DE CETTE ZIZANIE

« Il s'agit d'une lutte sociale : " Elle n'eut pas pour but de changer la forme du gouvernement, mais d'altérer l'ordre de la société, elle ne fut pas à vrai dire une lutte politique... mais un combat de classes une sorte de guerre servile. C’est le soulèvement de toute une population contre une autre : les femmes y prirent autant de part que les hommes et furent les dernières à se rendre.... Elles comptaient sur la victoire pour mettre à l'aise leurs maris, et pour élever leurs enfants ".

Elle est née de la peur bourgeoise : "Un sombre désespoir s'était emparé de cette bourgeoisie ainsi opprimée et menacée et ce désespoir se tournait insensiblement en courage. J'avais toujours cru qu'il ne fallait pas espérer de régler par degrés et en paix le mouvement de la révolution de février et qu'il ne serait arrêté que tout à coup par une grande bataille livrée dans Paris... Non seulement cette bataille était en effet inévitable, mais le moment en était proche et il était à désirer qu'on saisît la première occasion de la livrer.

Ainsi la société était coupée en deux, ceux qui ne possédaient rien unis dans une convoitise commune, ceux qui possédaient quelque chose dans une commune angoisse " (A. de TOCQUEVILLE.).

Gustave Flaubert n’est pas en reste. Il est de ceux qui pensent que le machinisme signifie bien le réveil de la classe ouvrière et les conséquences qui s’en suivent.

Gustave Flaubert (1821-1880)

 

Gustave Flaubert, écrivain français, est un prosateur de premier plan de la seconde moitié du XIXe siècle. Il a marqué la littérature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société.

Il présente ainsi la révolte des ouvriers :

 

« Ils étaient là neuf cents hommes, entassés dans l'ordure, pêle-mêle, noirs de poudre et de sang caillé, grelottant de fièvre, criant de rage ; et on ne retirait pas ceux qui venaient à mourir parmi les autres. Quelquefois, au bruit soudain d'une détonation, ils croyaient qu'on allait tous les fusiller ; alors, ils se précipitaient contre les murs, puis retombaient à leur place, tellement hébétés par la douleur qu'il leur semblait vivre dans un cauchemar, une hallucination funèbre…

Dans la crainte des épidémies, une commission fut nommée. Dès les premières marches, le président se rejeta en arrière, épouvanté par l'odeur des excréments et des cadavres. Quand les prisonniers s'approchaient d'un soupirail, les gardes nationaux qui étaient de faction — pour les empêcher d'ébranler les grilles — fourraient des coups de baïonnette, au hasard, dans le tas.

Ils furent généralement impitoyables. Ceux qui ne s'étaient pas battus voulaient se signaler. C'était un débordement de peur. On se vengeait à la fois des journaux, des clubs, des attroupements, des doctrines, de tout ce qui exaspérait depuis trois mois...

Un adolescent à longs cheveux blonds, mit sa face aux barreaux en demandant du pain. Roque (nouvel engagé de la garde nationale) lui ordonna de se taire. Mais le jeune homme répétait d'une voix lamentable :

  • Du pain.
  • Est-ce que j'en ai moi !

D'autres prisonniers apparurent dans le soupirail, avec leurs barbes hérissées, leurs prunelles flamboyantes, tous se poussant et hurlant :

— Du pain !

  • Tiens ! En voilà ! dit le père Roque en lâchant un coup de fusil.

Il y eut un énorme hurlement, puis rien. Au bord du baquet, quelque chose de blanc était resté... »   (G. FLAUBERT, L'éducation sentimentale)

Simone Weil (1909-1943)

Simone Weil (1909-1943) est une humaniste française.

Toute sa vie fut engagée au service de la cause ouvrière. Elle est l'une des rares philosophes à avoir partagé la « condition ouvrière.

« Les ouvriers, ou du moins beaucoup d'entre eux, ont acquis, après mille blessures, une amertume presque inguérissable qui fait qu'ils commencent par regarder comme un piège tout ce qui leur vient d'en haut, surtout des patrons ; cette méfiance maladive qui rendrait stérile n'importe quel effort d'amélioration ne peut être vaincue sans patience, sans persévérance. Beaucoup de patrons craignent qu'une tentative de réforme, quelle qu'elle soit, si inoffensive soit-elle, apporte des ressources nouvelles aux meneurs, à qui ils attribuent tous les maux sans exception en matière sociale, et qu'ils se représentent en quelque sorte comme des monstres mythologiques. Ils ont du mal aussi à admettre qu'il y ait chez les ouvriers certaines parties supérieures de l'âme qui s'exerceraient dans le sens de l'ordre social si l'on y appliquait les stimulants convenables. Et quand même ils seraient convaincus de l'utilité des réformes indiquées, ils seraient retenus par un souci exagéré du secret industriel ; pourtant l'expérience leur a appris que l'amertume et l'hostilité sourde enfoncée au cœur des ouvriers enferment de bien plus grands dangers pour eux que la curiosité des concurrents. (S. WEIL. La condition ouvrière.)

 

 

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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 08:14

 

MALI, LES RÊVES D’ANTAN !
1960-2021


ET QUELS RÊVES!
EAUTÉ,BONTÉ,SOLIDARITÉ,
AYONNEMENT,FRATERNITÉ,
'EST LE TEMPS BÉNI DU FAMEUX SLOGAN :
TOUT AFRICAIN EST CHEZ LUI AU MALI

 

Mali, un pays en marche ou en marge ?
Comment en est-on arrivé là ?

 

Un gâchis historique et humain.

 

« L’Homme est le garant de l’équilibre de la création. Ce qu’il faudrait, c’est toujours concéder à son prochain qu’il a une parcelle de vérité, et non pas dire que toute la vérité est à moi, à ma race, à ma religion. » (Amadou Hampaté-Ba)

 

 

Quels furent les objectifs de l’État malien depuis l’accession à l’indépendance en 1960  pour accéder au stade du développement ?
Qu’est-ce que le développement pour un pays pauvre ?
Quelles voies y mène-t-il, avec le maximum de chance d’y accéder ?

Ce qui est en cause essentiellement c’est la capacité pour un État, où qu’il soit, d’être autonome dans ces différents aspects essentiels de la vie de son peuple.

                      -alimentation
               -santé
               -défense
               -culture
               -économie
               -politique

Où en est le Mali à cet égard, aujourd’hui ?
Où veut-il aller ? Qu’en pensent les Maliens ?
Peut-on accéder au développement sans la Démocratie ?
Comment parvient-on-t-on à cette démocratie ?

                                                  (Professeur Tidiane Diakité)

 

 

Dans son édition du 28 mai 2021, le grand quotidien Ouest-France, publie un article qui mériterait l’attention de ceux qui ont connu ou  qui connaissent le Mali.

Parmi les nombreuses questions que sous-tend cet article, deux viennent tout de suite à l’esprit :

  • À quand l’indépendance véritable du Mali ?
  • Que compte faire le peuple malien pour changer l’image du pays et renouer avec son brillant passé ?

 

 

« L’Éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde » (Nelson Mandela)

 

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 07:45

 

Guerre de l’eau, pour aujourd’hui ou pour demain ?

 

 

Le réchauffement climatique constitue une réalité tangible de nos jours : assèchement des cours d’eau, des lacs… en certaines régions du monde. Ce sont autant de signaux qui alertent sur ce qu’il convient d’appeler le « problème de l’eau » : causes, conséquences, remèdes…, tel que nous le révèle l’article suivant.

Un article écrit en 2013 par Isaac Diakité, et paru dans Revue Défense Nationale.

 

« Guerre de l’eau, pour aujourd’hui ou pour demain ?

Les tensions pour le contrôle de l’or bleu sont exacerbées. L’enjeu est planétaire. La plus terrible des guerres serait en train de se préparer.

« Qu’est-ce que vous prendrez ? » « Un verre d’eau, s’il vous plait ! ». Peut-on faire plus classique à la terrasse d’un café ? Et pourtant, ce geste si naturel de boire un verre d’eau pourrait devenir une rareté, un luxe. Science-fiction ? Paranoïa ? Mauvais remake de l’Apocalypse ? Non !

Depuis de nombreuses années la sonnette d’alarme a été tirée par de nombreux scientifiques et journalistes : la guerre de l’eau serait imminente. L’eau, l’élément le plus abondant sur Terre, viendrait à manquer. On pourrait penser à un canular si l’actualité ne nous ramenait à une réalité bien concrète. Au XXe siècle, la population mondiale a triplé pendant que la consommation d’eau a été multipliée par six ! Les êtres humains utilisent l’eau pour boire, faire la cuisine se laver, nettoyer, et… arroser le jardin familial !

Cette utilisation domestique de l’eau, bien qu’essentielle, ne représente cependant qu’une petite partie de la consommation totale. Plus précisément, l’eau que l’on boit ne correspond qu’à 1% de l’eau consommée par l’homme mais alimente la quasi-totalité des discours sur l’eau. C’est normal, puisqu’il en va de notre vie ! Mais à l’échelle mondiale, relevons que l’agriculture, à elle seule, pèse pour plus de 70% dans la consommation d’eau douce.

Cette eau douce si précieuse ne constitue, sous sa forme facilement accessible, que 0,025% des réserves d’eau sur Terre. Si l’on rajoute que 9 pays se partagent 60% des ressources et que près d’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable, les bases d’un enjeu stratégique se dessinent. Au cœur de la problématique, on trouve les tensions actuelles autour du contrôle de l’eau, les défis hérités de l’accès, mais aussi le commerce de l’eau douce et potable. Une vision optimiste permet d’affirmer que des solutions à mettre en œuvre rapidement sont envisageables.

La domination de ceux qui maîtrisent l’eau.

Les tensions internationales et les conflits liés au partage de l’eau ne sont pas nouveaux. Aujourd’hui l’on compte 286 traités pour 61 des 200 bassins hydrographiques répertoriés. Mais il existe très peu d’accords sur les eaux souterraines. L’eau, à la fois enjeu de sécurité et passage obligé du développement est une arme redoutable qui cristallise de nombreux conflits. Le partage et la gestion des fleuves internationaux sont au cœur du problème. Les barrages, le pompage pour l’irrigation, la pollution industrielle, tout a un impact sur le débit et la qualité des eaux. Toute action en amont a des répercussions en aval.

Au Proche-Orient, on constate une suprématie d’Israël et de la Turquie qui possèdent des moyens de pressions économiques et politiques sur leurs voisins. L’Euphrate est le sujet de fortes discordes entre la Turquie d’un côté et la Syrie et l’Irak de l’autre. Ankara utilise le fleuve comme un moyen de pression politique. Tant que la Syrie soutient le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), les Turcs refusent de discuter d’une possible augmentation du débit en aval. La Turquie est non-signataire de la convention des Nations Unies de 1997 (sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation). Ses deux voisins n’ont donc aucun recours. Dans la vallée du Jourdain, selon Amnesty International, Israël utiliserait pour sa consommation 80% de l’eau disponible. Les Palestiniens se partageraient les 20% restants et 200000 d’entre eux n’auraient pas accès à l’eau courante. Dans la vallée du Nil, l’Egypte et le Soudan revendiquent des droits historiques sur les ressources du fleuve. Les pays voisins désireux d’accéder au développement contestent ce droit. Parmi ces pays, l’Ethiopie contrôle les sources du Nil bleu qui représente 85% du débit du fleuve que l’on retrouve au Caire. C’est un levier de pression non négligeable  comme l’actualité vient de le rappeler.

 

Les hommes et l’eau, une histoire depuis le commencement

La répartition de la population mondiale est contrastée. Les fortes densités se concentrent sur quelques grands foyers de peuplement, berceaux des plus grandes civilisations humaines. L’Asie abrite la majorité de la population de la planète dans deux foyers principaux : l’Asie de l’Est, dont la Chine, et l’Asie du Sud, dont l’Inde. L’Europe est le troisième grand foyer. Les régions surpeuplées se concentrent au bord de la mer et des grands fleuves. L’eau a toujours été une ressource essentielle au développement des sociétés humaines et  à leurs activités. Les  hommes se sont de tout temps installés au bord des cours d’eau comme l’atteste l’implantation historique de la très grande majorité des centres urbains actuels.

Dans la région fertile du Tigre et de l’Euphrate, les premières traces d’occupation humaine remonte au XIe millénaire avant J.C. cette région a été le berceau de l’agriculture, des villes et de grandes civilisations : sumérienne, akkadienne, assyrienne, arabo-musulmane. Leur essor en Mésopotamie est le résultat d’une appropriation rapide des réserves en eau, vitale dans la région : des systèmes d’irrigation élaborés sont créés dès le VIe millénaire avant J.C. très vite les hommes se regroupent en agglomérations, premières formes de communautés humaines organisées.

Un produit commercial qui rapporte.

Avec l’entrée dans l’ère moderne, on assiste à un phénomène de marchandisation des ressources aquifères. Ainsi, des pays en développement d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, vendent-ils leurs terres riches en eau à d’autres pays ou à des entreprises commerciales. A la surconsommation des réserves s’ajoute un accaparement des ressources qui conduit ces pays à un « suicide hydrologique ».

Le cercle vicieux s’enclenche alors : diminution des ressources, diminution des revenus et donc augmentation des ventes ou locations de terres.  Et à nouveau, diminution des ressources ! Pour mieux comprendre les enjeux économiques derrière l’exploitation de l’eau, il faut se rappeler que quatre entreprises multinationales privées se partagent la majeure partie du marché privatisé de distribution de l’eau dans le monde. Sans oublier les multinationales de l’agro-alimentaire qui ont créé et imposé un marché lucratif, celui de l’eau en bouteille. Les estimations de croissances fixent à environ 10 milliards la population mondiale à la fin de ce siècle. Les besoins en nourriture et donc en élevage et en agriculture vont exploser, et avec eux la consommation d’eau. Peut-on encore sortir de cette spirale ? La guerre est-elle inévitable ?

Tout n’est pas perdu.

Des solutions sont heureusement possibles. Il y a tout d’abord une intensification des traités internationaux sur l’eau. La convention d’Helsinki en 1992 puis celle de New York en 1997 ont fixé des cadres réglementaires sur l’utilisation des ressources naturelles en eau. Certains tenants de la « diplomatie de l'eau », comme par exemple la récente Académie de Norvège, estiment que l'eau peut être un moyen de limiter et de réduire les litiges. Il faut pour cela que la concertation soit relayée au niveau international. Ils remarquent, à l'appui de leur thèse et comme le démontrent les études du géographe américain Aaron Wolf, qu'aucune guerre de l'eau n'a jamais éclaté dans l'histoire… jusqu’à présent ! Pourquoi ne pas envisager une agence supranationale de la gestion de l’eau ? Cette agence pourrait dépendre directement des Nations Unies et être à l’origine d’un ensemble de traités sur la fourniture et les échanges en eau. Elle serait aussi responsable de leur application en toute circonstance. Pourquoi pas des Casques Bleus de l’eau ?

Les plus alarmistes prévoient des guerres terribles pour le contrôle de l’or bleu. Ces thèses se fondent sur un développement de l’humanité telle qu’elle est aujourd’hui. Mais des changements technologiques, politiques et sociaux sont possibles. On pense en premier lieu à l’exploitation de cette ressource inépuisable qu’est l’eau de mer, mais les processus de désalinisation sont gourmands en énergie. Coûteux, ils sont réservés à des pays riches comme les pays du golfe Arabo-persique. Les progrès scientifiques permettent d’accroitre la productivité hydrique (micro-irrigation, OGM, dépollution). Des réflexions sur la pertinence de l’autosuffisance alimentaire sont en cours. Les pays pourraient abandonner certaines productions consommatrices d’eau pour se spécialiser dans des cultures plus adaptées à leurs ressources hydriques. Il y aurait ainsi une modification des échanges mondiaux et un nouvel équilibre. Sur le plan social, les populations pourraient accepter plus facilement la construction de grandes retenues d’eau malgré leurs impacts géographique et écologique. Ces retenues serviraient alors de réservoirs d’eau douce. De même, pourquoi ces mouvements végétariens qui veulent changer les habitudes alimentaires en abandonnant la viande grande consommatrice d’eau, ne deviendraient-ils pas majoritaires dans un siècle ?

L’enjeu géopolitique majeur de demain.

Quoi qu’il en soit, que ce soit en tant que source de conflits et de guerres ou comme élément d’un nouvel ordre de stabilité mondiale, l’eau sera assurément un enjeu géopolitique majeur de ce nouveau siècle, comme elle l’a déjà été, sous d’autres formes, par le passé. En regardant l’histoire et la situation géopolitique actuelle, il est plus aisé d’imaginer des « conflits de l’eau » de basse intensité, plutôt guerre civile que guerres interétatiques. On ne peut toutefois pas écarter cette possibilité car jamais au cours de l’histoire la population n’a été aussi importante et la consommation d’eau aussi élevée. Il faut cependant garder à l’esprit que l’eau, contrairement au pétrole, est un élément qui se renouvelle. Les problèmes ne viennent donc pas vraiment de la quantité d’eau disponible sur Terre, mais bien de sa répartition. Tout va donc dépendre des choix politiques et des stratégies adoptées dans le futur. Si la guerre de l’eau n’est pas pour aujourd’hui ni pour demain, elle pourrait très bien être pour après-demain si rien n’est fait pour une distribution équitable. Il ne peut y avoir de paix sans répartition des eaux mais il ne peut y avoir de solution au problème de l’eau sans la paix.

Tout comme le pétrole n’était pas un souci dans les années 1960, l’eau et ses problématiques qui ne sont qu’un élément des relations internationales actuelles, vont devenir un enjeu de plus en plus central de la géopolitique, notamment régionale.

Pendant le temps qu’il vous a fallu pour lire cet article, John l’Américain a utilisé presque 3 litres d’eau tandis que Kabibi l’Africaine a parcouru à peine 400 mètres sur les 6 kilomètres qu’elle effectue chaque jour pour rapporter de l’eau ! »  (Isaac Diakité, 2013)

 

 

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 08:29

 

AFRIQUE : L’HOMME ET LA SÉCHERESSE

 

 

Désenchantement de la situation postcoloniale : la dégradation des institutions, la corruption, le népotisme, les mœurs qui se dégradent, cette situation est aggravée par les fléaux naturels comme la sécheresse qui sévit souvent au Sahel.
Cette situation est décrite par Charles Cheikh Sow dans le passage ci-dessous.
Charles Cheikh Sow, né en 1946, est un écrivain nouvelliste et scénariste sénégalais. Il trouve l’essentiel de son inspiration et son œuvre « Cycle de sécheresse » dans la mise en scène des animaux entre eux, ou entre humains et animaux.

Dans cet extrait, l’auteur relate l’errance, dans le Sahel, des troupeaux et bergers à la recherche d’eau et de nourriture. Mais à cause de l’homme, ils ne peuvent accéder à l’eau, si précieuse, vitale.

« Les bœufs pleurent bien

Les pleurs et l'agitation des bœufs étaient à leur comble, augmentant la perplexité de Yoro, lui découvrant la perversité de la situation : les bêtes avaient bien trouvé de l'eau qui était là, — on l'entendait vivre, on la sentait —, mais qui passait, inaccessible, prisonnière.
    La gigantesque caverne de ciment remplie d'eau ne comportait aucune ouverture ; pas la moindre petite fissure ; la nuit tombait et Yoro, désespéré par la torturante situation, ne savait que faire. [...]

Yoro décida enfin de faire quelque chose devant cette nouvelle cruauté du destin et, redevenant berger, donna un coup de bâton au montal, le poussant en avant, le long du gros tuyau. Il y avait bien quelque part une ouverture, un robinet, un endroit où cette eau, ce fleuve prisonnier, sortirait pour les abreuver. Et d'ailleurs que faire d'autre ?

Il faisait sombre maintenant et ils marchaient toujours ; les bœufs s'étaient un peu calmés, obéissant à leur maître, comme assurés qu'ils boiraient bien de cette eau invisible mais proche.
Le fleuve enfermé fit un détour et, tournant aussi, le groupe sentit une présence. Yoro fit ralentir l'allure, distinguant dans la nuit des formes mouvantes. Ils s'en approchèrent prudemment et Yoro finit par reconnaître d'autres troupeaux et leurs bergers.

 

Il connaissait certains de ces hommes et fut heureux de les retrouver par ce singulier hasard. Ils se concertèrent au milieu de leurs bêtes ; tous avaient connu le même drame : descendant vers le Sud, leurs bœufs les avaient conduits, certains depuis plusieurs jours, vers cette eau prisonnière. Ceux qui avaient posé cette canalisation avaient-ils conscience du piège cruel qu'ils dressaient en même temps aux êtres assoiffés, condamnés à sentir l'eau inaccessible filer devant eux ? L'homme est-il décidément l'impur dont chaque acte apporte sa part de malheur ?

Un jeune berger que Yoro ne connaissait pas monta soudain sur le tuyau. Comme un dieu inconnu et nocturne, il dominait tout, hommes, bêtes, paysage désolé, et il parla :

 

"Cette eau-là, qui coule sous mes pieds, est eau de notre terre. L'eau n'a jamais appartenu à personne d'autre qu'au Bélier Céleste. Cette eau va en ville où il suffit d'ouvrir un robinet pour en boire, se baigner et même la gaspiller à arroser des fleurs inutiles ou à laver des voitures où nous ne monterons jamais. Nous ne pouvons, nous, laisser mourir de soif, laisser crever nos pauvres bêtes alors que cette eau provocante nous passe sous le nez. Je sais le risque que nous courons devant les autorités, mais devons-nous nous laisser périr ? Je propose que nous prenions notre part légitime de toute cette eau !"

 

 

Des approbations saluèrent ces mots et une masse de fer apparut, qui fut passée à l'homme sur la canalisation. Il commença à frapper sur le dur ciment et Yoro crut d'abord que l'entreprise serait vaine, la masse rebondissant comme sur du fer. Pourtant, rapidement, il y eut un craquement ; un coup de tonnerre, et une gerbe d'eau pure s'élança vers le ciel. La masse puissante s'était enfoncée dans le tuyau comme dans une outre gonflée. Une véritable pluie, mais surgie du sol, aspergeait le monde alentour. Des clameurs de joie saluèrent la délivrance de l'eau et celle des êtres.

L'eau, d'elle-même, agrandissait maintenant le trou fait par l'homme, comme avide de se répandre sur le sol aride. Une espèce de lac se forma rapidement, s'étendant à une vitesse prodigieuse, où hommes et bœufs se jetèrent en une mêlée joyeuse. » (Charles Cheikh SOW, Cycle de sécheresse, Hatier, Coll. Monde Noir Poche.)

 

 

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 09:31

PETITE ESCAPADE ESTIVALE EN MÉMOIRE

L’Ancien Temps
     En France, avant 1789
     Structures administratives, religieuses, culturelles…

les gouvernements

 

 

 

 

 

 

les ressorts de parlements

 

 

 

 

 

 

 

les généralités

 

 

 

 

 

les pays de gabelle

 

 

 

 

 

les diocèses

 

 

 

 

 

 

les familles de langues

Lettre de Fénelon à Louis XIV, 4 mai 1693

 « Cependant, vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque ; les villes et la campagne se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre état, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au-dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions... C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serai en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné.

 

Le peuple même (il faut tout dire) qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ;  il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit-on, avait un cœur de père pour ses peuples, ne mettrait-il pas sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ?...

 

Mais pendant qu'ils manquent de pain, vous manquez vous-même d'argent et vous ne voulez pas voir l'extrémité où vous êtes réduit. Parce que vous avez toujours été heureux, vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouvrir les yeux, vous craignez que l'on vous les ouvre, vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire qui endurcit votre cœur vous est plus chère que la justice, que votre propre repos, que la conservation de vos peuples, qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine, enfin que votre salut éternel, incompatible avec cette idole de gloire.

 

Voilà, Sire, l'état où vous êtes. Vous vivez comme ayant un bandeau sur les yeux... pendant que vous prenez dans un rude combat le champ de bataille et la canon de l'ennemi, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s'enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber, malgré vos victoires. »

La « révolution » industrielle (une nouvelle société)

  • Naissance des premières sociétés par actions

Statuts de la Compagnie des Houillères et Chemins de fer de Carmaux-Toulouse (1856)

«Article 1 : Il est formé une société par actions entre MM. Mancel père et fils, gérants de ladite société, et toutes personnes qui deviendront propriétaires des actions.

Article 2 : La société a pour objet l'exploitation des mines de houille (charbon) de Carmaux et l'exploitation du chemin de fer de Carmaux à Albi (...).

Article 5 : La société prend nom de Compagnie des Houillères et Chemins de fer de Carmaux-Toulouse.

Article 6 : Le capital est fixé à 17 400 000 francs et divisé en 116 000 actions de 150 francs chacune.

 Article 22 : Il sera formé un conseil de surveillance composé de 11 membres nommés par l'assemblée générale des actionnaires.

Article 28 : L'assemblée générale se compose de tous les actionnaires propriétaires de 40 actions au moins. »

 

  • Création de grandes usines

L’usine se substitue peu à peu à l’atelier, l’ouvrier à l’apprenti, le patron au maître.

Nouvelle usine

 

  • Apparition de grands magasins

Galeries Lafayette, Au Bon Marché, Les Grands Magasins du Louvre, Le Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), La Samaritaine, Le Printemps Haussmann, le Petit Saint-Thomas…

 

  • Apparition des classes sociales (lutte de classes sociales) : bourgeoisie, prolétariat, syndicats…

Le double rôle de la CGT

« La CGT groupe en dehors de toute école politique tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du patronat. Dans l'œuvre quotidienne, le syndicat poursuit l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires... Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme ; le syndicat prépare l'expropriation capitaliste : il propose comme moyen d'action la grève générale. Le syndicat n'a pas à se préoccuper des partis qui en dehors et à côté peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.» (Extrait de la Charte d'Amiens, 1906).

le patron et l'ouvrier

  • Progrès social

          Le progrès social en France aux XIXe -   XXe siècles

1791 : loi Le Chapelier : les syndicats et les grèves sont passibles des tribunaux.

1803 : les ouvriers doivent posséder un livret rempli par les patrons (dates d'embauchés, salaires, comportement), faute de quoi ils peuvent être arrêtés pour vagabondage.

1841 : interdiction du travail des «ouvriers» de moins de 8 ans.

1864 : loi autorisant la grève. Suppression du livret ouvrier.

1874 : création de l'inspection du travail ; interdiction du travail des enfants de moins de 13 ans.

1884 : loi Waldeck Rousseau, accordant la liberté syndicale, sauf aux fonctionnaires.

1892 : travail des adolescents (13-18 ans) ramené à 10 heures par jour. Travail des femmes limité à 11 heures, interdit de nuit.

1898 : loi établissant le principe de la responsabilité du patron en cas d'accident du travail, ce qui entraîne l'obligation pour le patron de verser des indemnités aux accidentés.

1900 : loi Millerand : journée de travail limitée à 10 heures.

1907 : repos hebdomadaire obligatoire.

1910 : loi sur les retraites ouvrières, financées par des cotisations ouvrières, patronales et une contribution de l'État.

1913 : loi sur le repos des femmes en couches.

 

  • Transformation des villes et des campagnes, exode rurale

            L’exode vers Lyon

« Le voisinage d'un puissant bassin houiller a développé les industries nouvelles : la cité vivait jusque-là uniquement par la soierie et la banque ; elle est devenue une gigantesque usine où toutes les productions se rencontrent. Le peuple des commerçants et des tisseurs établis dans la ville ne pouvait suffire pour les nouveaux établissements ; il a fallu faire appel au dehors ; depuis quarante ans un flot continu de Savoyards, de Dauphinois, d'Auvergnats, de Suisses et d'Italiens se porte sur Lyon, noyant les Lyonnais dans leur masse sans cesse croissante. Et l'accroissement se poursuit d’une façon régulière. Chaque jour, des industries nouvelles se créent, recrutant sans peine dans les milliers de bras venus de tous les points de l'immense région que parcourent le Rhône, la Saône, la Loire. »  (V.E. Ardouin-Dumazet, Voyafe en France, 1896.)

 

  • L’expansion : outremer

La chasse aux colonies en Afrique

La révolution ou transformation scolaire et éducative
(Les lois Jules Ferry et leurs effets)
 

1-Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire.   (Déclaration universelle des droits de l'homme (1948)

2-La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle, à la culture.  (Préambule de la Constitution française de 1958.)
 

3-Les États reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances :

  • Ils rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous,
  • Ils encouragent l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire.  (Convention des droits de l’enfant, art. 28 (1989))

 

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 09:13

AFRIQUE, UN CONTINENT AU DESTIN SINGULIER.
IMAGES ET PENSÉES,

HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN  (3)

Afrique, 1960-2020
60 ans d’indépendance !

À quand la décolonisation ?

                                                                                      (Atlas de l’Afrique, Les Editions du Jaguar)
L’Afrique fin 19e siècle-1914
L’Afrique européenne

Les possessions françaises dessinent un vaste arc de cercle du Sénégal au Congo, incluant les immensités arides ou semi-arides du Sahara et du Sahel occidental.

Au début du XXe siècle, le partage du continent est pratiquement achevé. Seuls les Éthiopiens préserveront leur indépendance.

                                                            (Idem)

 

En amont de l’idée d’indépendance africaine, le Panafricanisme, un concept né ailleurs.

Ce vocable : panafricanisme, joua un rôle éminent de catalyseur des consciences noires dans le monde, de la fin du 19e siècle à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (1900-1945).

Le mot panafricanisme ne doit pas faire illusion : il s’agit alors de tous les peuples noirs du monde, aussi bien en Afrique qu’en Amérique (du Nord et du Sud), comme en Orient, en Asie…
Les initiateurs ou inventeurs de ce mot pensant alors que tous les peuples noirs du monde ont un seul berceau, l’Afrique, et un lien au moins symbolique (ou imaginaire) avec ce continent. 
En effet, pour la période, avant et après le 19e siècle, tous ces peuples noirs connaissaient partout le même sort.
Les résolutions des différentes rencontres de peuples noirs, attestent cette communauté de sort, de même que celle des ambitions et vœux : mettre un terme aux discriminations liées à la couleur de peau…
Le premier du genre, qui eut un véritable retentissement planétaire, se tint à Londres, du 20 au 25 juillet 1900.

1er congrès panafricain, Londres, 1900

Un choix riche de sens : date et lieu
Le premier temps des rassemblements des peuples noirs du monde

1900 : c’est la date qui clôt le 19e siècle, qui ne fut pas le siècle des peuples de couleur, où qu’ils vivent, en Afrique ou ailleurs. Pourtant ils présentent les mêmes revendications des droits d’égalité, de conditions, bref ,les mêmes rêves de vie meilleure.
Londres, c’es la capitale de la plus grande puissance coloniale du moment, qui possède l’empire le plus vaste, le plus peuplé et le plus divers par les peuples indigènes qui le constituent.
Les peuples noirs du monde, rassemblés, y présentèrent leurs doléances aux puissances du moment.

« A sa Gracieuse Majesté, Reine de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, Impératrice de l'Inde, et Défenseur de la foi.

 

Qu'il plaise à Votre Très Gracieuse Majesté.

 

"Nous soussignés, représentant la Conférence panafricaine récemment tenue à Londres, et constituée de femmes et d'hommes d'origine africaine provenant des diverses Colonies de Votre Majesté en Afrique de l'Ouest et du Sud, des Antilles et d'autres pays comme les États-Unis, le Liberia, etc., attirons votre auguste et compatissante attention sur la situation alarmante des autochtones en Afrique du Sud. Les raisons sont les suivantes:

  1. Le système dégradant et illégal des camps de travailleurs qui prévaut à Kimberley et en Rhodésie.
  2. Les soi-disant « contrats de travail » du système de l’indenture, en vérité, une forme légalisée d'asservissement des indigènes - hommes, femmes et enfants -, aux colons blancs.
  3. Le travail forcé sur les chantiers publics.
  4. Le système de « passeport » ou fiche de renseignements, utilisé pour les personnes de couleur.
  5. Les règlements locaux qui n'ont souvent pour seuls résultats que de discriminer et dégrader les autochtones. Il s'agit en l'occurrence du couvre-feu, de l'interdiction faite aux autochtones de marcher sur les trottoirs, et de l'utilisation de transports publics séparés.
  6. Les difficultés rencontrées pour acquérir des propriétés.
  7. Les difficultés dans l'obtention du droit de vote.

Par conséquent, nous espérons que l'influence de Votre Majesté sera utilisée afin que ces maux sur lesquels nous venons d'attirer votre attention soient guéris, afin de promouvoir ainsi la véritable civilisation parmi vos sujets autochtones, ce que vos mémorialistes, par devoir, louerons toujours.

Considérant que les Noirs occupent aujourd'hui une position peu enviable en tout lieu, il a été jugé nécessaire de lancer un appel général à toutes les nations du monde. La lettre suivante a été proposée et approuvée à l'unanimité par la Conférence.

 

Adresse aux nations du monde

Au sein de la métropole du monde moderne, en cette année qui vient clore le dix-neuvième siècle, un congrès d'hommes et de femmes de sang africain s'est réuni afin de délibérer solennellement sur la situation actuelle et à venir des races de couleur de l'humanité. Le problème du vingtième siècle est celui de la différenciation des races, à savoir jusqu'où les différences de races - qui se manifestent surtout par la couleur de peau et la texture des cheveux - serviront d'argument pour refuser à plus de la moitié du monde, le droit de jouir, autant qu'elle le peut, des opportunités et des privilèges de la civilisation moderne.

Certes, conformément aux critères européens, les races de couleur sont aujourd'hui, culturellement, les moins avancées. Cependant, cela n'a pas toujours été le cas par le passé, l'histoire mondiale, à la fois ancienne et moderne, a indubitablement fourni plusieurs exemples de l'existence de talents et de capacités non négligeables parmi les races de couleur de l'humanité.

Quoi qu'il en soit, le monde moderne ne doit pas oublier qu'à l'époque où nous vivons, alors que notre planète se rétrécit de plus en plus, les millions d'hommes noirs en Afrique, en Amérique, et dans les îles, sans parler des multitudes jaunes et brunes ailleurs encore, sont destinés à avoir une grande influence dans le monde à venir, de par leur nombre même ainsi qu'au travers des contacts physiques. Si le monde cultivé s'efforce de donner aux Noirs et aux autres hommes de couleur, de plus nombreuses et de plus grandes occasions permettant leur développement autonome et leur éducation, ce contact et cette influence seraient alors amenés à avoir un effet bénéfique sur e monde et à accélérer le progrès de l'homme. »

 

Puis suivent des mises en garde à l’attention des mêmes puissances, au cas où leurs doléances demeureraient sans réponse.

 

« Mais si, au contraire, en raison des négligences, des préjugés, de la cupidité et de l'injustice, le monde noir est exploité, violé et dégradé, les résultats en seraient déplorables, voire fatals, non seulement pour lui-même, mais au regard des idéaux élevés de justice, de liberté et de culture défendus durant des milliers d'années par la civilisation chrétienne.

C'est pourquoi, aujourd'hui, nous, les hommes et les femmes d'Afrique -assemblés dans ce congrès mondial, en appelons solennellement à ces idéaux de civilisation, à la plus haute humanité de ceux qui sont fidèles au prince de la paix :

 

Que le monde ne fasse pas marche arrière dans ce lent mais sûr chemin du progrès qui a tour à tour empêché l'esprit de classe, de caste, des privilèges, ou de la naissance, d'interdire à l'âme humaine en lutte, la vie, la liberté et la recherche du bonheur.
Que la couleur ou la race ne soient pas des critères de distinction entre les noirs et les blancs, sans tenir compte du mérite ou des capacités.

Que les indigènes d'Afrique ne soient pas sacrifiés sur l'autel de la cupidité, ne laissez pas leur liberté être bafouées, leur vie de famille débauchée leurs justes aspirations réprimées, ne les laissez pas être privés des voies du progrès et de la culture.

Que, dans le futur, le masque de l'entreprise missionnaire chrétienne ne cache pas, comme il l'a si souvent fait par le passé, l'impitoyable exploitation économique et l'effondrement politique des nations les moins développées, dont la principale faute a été de croire en la foi sans issue de l'Église chrétienne.

Que la nation britannique, la première championne moderne de la Liberté du Noir, puisse hâter le couronnement de l'œuvre de Wilberforce, Clarkson, Buxton, Sharpe, de l'évêque Colenso et de Livingstone, et accorder, le plus rapidement possible, les droits digne d'un gouvernement responsable aux colonies noires d'Afrique et des Indes Occidentales.

Que l'esprit de Carrison, Phillips et Douglas ne s'éteigne pas entièrement en Amérique ; puisse la conscience d'une grande nation s'élever et blâmer toute la malhonnêteté et l'injuste oppression envers les Noirs-Américains, et leur octroyer le droit de vote, la sécurité des personnes et la propriété, ainsi que la généreuse reconnaissance du formidable travail qu'ils ont accompli en une génération en faisant passer neuf millions d'êtres humains de la condition d'esclave à celle d'être humain.

Que l'empire allemand et la République française, fidèles à leur insigne passé, se souviennent que la véritable valeur des colonies réside dans leur prospérité et leur progrès, et que la justice, impartiale, pour les noirs comme pour les blancs, est le premier élément de cette prospérité.

Que l'État Libre du Congo devienne un grand état noir occupant une place centrale dans le monde, et que sa prospérité ne se mesure pas seulement à sa richesse et à son commerce, mais aussi au bonheur et au véritable progrès de son peuple noir.

Que les nations du Monde respectent l'intégrité et l'indépendance des nouveaux États noirs d'Abyssinie, du Liberia, de Haïti, et des autres, et que les habitants de ces États, les tribus indépendantes d'Afrique, les nations, aient du courage, se battent sans cesse, et luttent vaillamment afin de prouver au monde leur droit incontestable à faire partie de la communauté des hommes.

Ainsi, nous appelons, avec confiance et vigueur, les Grandes Puissances du monde civilisé, confiant en leur esprit ouvert d'humanité, et dans le sens profond de justice de notre époque, à reconnaître généreusement la vertu de notre cause. » (Recueils d’articles d’archives)

Les congrès, les conférences pour la reconnaissance et les droits des peuples noirs sont pour ceux-ci, un lieu de rassemblement et de résolutions ; ils sont nombreux avant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.
La tonalité est quasiment la même et les espoirs qu’ils font naître, également.
Le congrès tenu à Kingston le 1er août 1914, puis à New-York, le 1er avril 1920, sous le titre de « Universal Negro Improvement Association (UNIA) » ne fait pas exception à la règle.

« Déclaration des droits des peuples nègres du monde

 

Rédigée et adoptée à la Convention tenue à New York en 1920, pendant laquelle Marcus Garvey a présidé et a été élu Président Provisoire de l'Afrique.

 

(Préambule)

 

Considérant que le peuple Nègre du monde entier, à travers ses représentants choisis réunis en Assemblée à Liberty Hall, dans la ville de New York des États-Unis d’Amérique, du 1er au 31 août de l’an mil neuf cent vingt (1920)  de l’ère chrétienne, a protesté contre les méfaits et injustices de la part de leurs frères Blancs, et a proclamé ce qu’ils estiment juste et équitable , un meilleur traitement pour les années à venir.

 

Nous dénonçons le fait que :

  1. Nulle part dans ce monde, à quelques exceptions près, les Nègres, bien que dans les mêmes conditions et les mêmes situations que les Blancs, ne soient traités de la même manière , ils sont au contraire victimes de discrimination et les droits élémentaires requis pour des êtres humains leur sont refusés uniquement du fait de leur race et de leur couleur. Nous ne sommes pas bienvenus dans les hôtels et auberges publics du simple fait de notre race et de notre couleur.
  2. Nous dénonçons le fait que, dans certaines régions des États-Unis, en cas d’accusation criminelle, notre race se voie refuser le droit au jugement public accordé aux autres races ; mais que les accusés soient lynchés et brûlés par la foule, et que ce traitement brutal et inhumain soit même réservé à nos femmes.
  3. Que les nations européennes se soient partagés entre elles le Continent africain et en aient pris quasi totalement possession; que les indigènes soient contraints d'abandonner leurs terres et traités dans la plupart des cas comme esclaves.
  4. Que, au Sud des États-Unis, bien que citoyens protégés par la constitution fédérale et parfois aussi nombreux que les Blancs dans certains États, bien que nous soyons des propriétaires terriens et imposables, nous ne sommes ni associés à l'élaboration et à l'administration des lois, ni représentés aux gouvernements, alors que nous sommes tout autant propriétaires de terres et soumis à l'impôt, et contraints au service militaire.
  5. Que, au Sud des États-Unis, dans les transports en commun, nous soyons entassés, et contraints à accepter des compartiments séparés tout en devant payer le même tarif que pour la première classe. Nos familles sont souvent humiliées et insultées par les Blancs ivres qui traversent ces compartiments pour se rendre dans les compartiments fumeurs.
  6. Dans certaines régions des États-Unis, les médecins nègres se voient refuser le droit d'exercer dans des hôpitaux publics de villes où ils sont résidents. Nos enfants sont contraints de fréquenter des établissements à cycles courts et de niveau inférieur à celui des Blancs ; de plus, les fonds alloués aux écoles sont inégalement répartis entre les établissements nègres et blancs.
  7. Que l'on refuse le droit aux Nègres d'avoir les mêmes salaires que les Blancs ; ce qui leur aurait permis de subvenir aux besoins de leurs familles. De plus, dans la majeure partie, ils ne sont pas autorisés à s'affilier aux syndicats et restent toujours ainsi moins rémunérés que les Blancs.
  8. Que, dans la fonction publique et les administrations départementales, du fait de la discrimination, l'on ait le sentiment qu'être un homme noir en Europe, en Amérique et aux Antilles est synonyme d'être banni de toutes les races humaines, d'être en quelque sorte un lépreux ; peu importe le caractère et les connaissances de ce dernier.
  9. Que dans les colonies et aux Antilles, britanniques ou non, les Nègres n'aient pas le droit d'élire et d'être élus ou nommés, tout comme leurs concitoyens blancs.
  10. Que notre peuple soit contraint dans certaines régions, à des emplois moins rémunérés que la majorité des Blancs et demeurent dans des conditions répugnantes du point de vue des bonnes mœurs et coutumes.
  11. Que les nombreux dénis de justice contre notre race devant les tribunaux de nos îles et colonies respectives soient de nature à entraîner l'irrespect et le dégoût pour le sens de la justice de l'homme blanc.
  12. Aussi, face à des comportements aussi inhumains, non civilisés et non chrétiens, nous, ici présents, protestons vigoureusement et demandons leur condamnation par toute l'humanité. » (idem)

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 07:14

AFRIQUE, UN CONTINENT AU DESTIN SINGULIER.
IMAGES ET PENSÉES,

HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN  (2)

Afrique, continent aux mille paradoxes
Aux mille handicaps

Comment accumule-t-on autant de blessures anciennes et nouvelles ?

Le continent, de tous le mieux doté par la nature en ressources naturelles et en richesses humaines, est aussi le dernier depuis 60 ans !
L’Afrique est bien le continent le mieux loti en ressources naturelles.
Elle détient 9,3% des réserves mondiales de pétrole, 8,1%de celles du gaz naturel, 7,2% des réserves de charbon, 22,6% de l’uranium et le tiers des hydrocarbures, mais aussi,30% des réserves de minerais de la planète…
Cependant, l’Afrique ne représente que 1% de la production mondiale de produits industriels et n’assure que  3% du commerce mondial.
Le continent  apparait ainsi comme un géant en ressources naturelles et un nain en produits manufacturés.

 

                                      (Atlas de l’Afrique, Les Editions du Jaguar)
Niveau de vie, IDH (Indice de Développement Humain)

Le sous-développement n'est pas l'apanage des plus démunis. Des pays riches en matières premières, comme l'Angola, la RD Congo ou la Côte d'Ivoire, mais victimes de crises majeures, apparaissent dans le bas du tableau de l'IDH.

Le continent offre un aspect très hétérogène sur le plan du développement humain. Nombre d'États subsahariens accusent d'importants retards par rapport au reste du monde, tant sur le plan sanitaire qu’éducatif.

                                                                                       (Idem)

Un continent riche/sous-développé

Toutes les publications officielles, toutes les statistiques, celles de la Banque mondiale, du FMI, comme des Nations-unies, tous les IDH (Indicateurs de Développement humain) mettent en exergue ce dernier rang régulièrement occupé par les États africains.
Tous les regards et conclusions des spécialistes ou des analystes concordent sur cet aspect, mais l’explication rationnelle de ce phénomène diverge souvent quelque peu.

 

 […]

Reste que son passé en a fait trop longtemps un continent de ténèbres, par les crimes qui s'y commirent. Après la longue nuit des traites négrières qui dépeuplèrent l'Afrique pour peupler de diaspora Amériques et archipels divers, prit place la parenthèse de la colonisation, quand, à la toute fin du 19e siècle, un continent entier passa aux mains d'un autre. L'Europe ne resta pas longtemps propriétaire des terres noires, mais l'événement légua un lourd passif, qui aujourd'hui encore obère l'économie du continent, l'imagination de ses élites, et mine les sociétés du monde par son héritage raciste.

C'est aussi parce qu'aujourd'hui l'Afrique rattrape son retard démographique, tout en tardant à mettre en place une économie pérenne qui ne reposerait pas sur la dilapidation de ses ressources, qu'elle inquiète. Elle doit de toute urgence se réinventer des futurs, les décliner de manière autonome, oser les défendre. Car elle sera demain au centre de toutes les attentions. Continent qui aura le moins contribué au réchauffement climatique, elle sera celui qui en souffrira le plus.

[…]

(L. Testot, Sciences Humaines, Hors série n°8)

 

Il est d’autres handicaps qui complètent ces tableaux et statistiques des plaies du continent : la carence de l’éducation, l’insuffisance chronique de la production alimentaire, de la santé et dans bien d’autres domaines.
En effet, l'Afrique indépendante se caractérise notamment par un déficit alimentaire qui en fait la région du monde la plus touchée par la malnutrition. Seuls quinze États (sur 54) assurent à peu près convenablement leur autosuffisance alimentaire et, sur ces quinze, six sont pleinement autosuffisants. Les trente-huit autres sont, à des degrés divers, obligés de recourir tous les ans au marché mondial pour la nourriture quotidienne de leurs populations. (Le Sénégal, dont le riz constitue l'aliment de base, importe chaque année 80% de sa consommation). Là réside sans nul doute le premier obstacle au développement.
La démographie fait aussi partie de ces paradoxes africains.
L’Afrique est incontestablement le continent de la fertilité des femmes : richesse qui n’est pas sans un pendant problématique.

La démographie, autre goulot d'étranglement

« L'Afrique a atteint le milliard d'habitants au cours du premier semestre 2009, selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Ce même organisme prévoit pour le continent une population de deux milliards en 2050 et quatre milliards pour 2100.
Certes, même avec son milliard d'habitants, l'Afrique demeure un continent sous-peuplé (trente habitants au kilomètre carré contre cent vingt pour l'Europe). C'est le continent qui enregistre le taux de mortalité infantile le plus élevé, tout en détenant en même temps le record mondial de fécondité et de jeunesse de la population. Si un homme sur dix dans le monde était africain en 1950, en 2009, un homme sur sept est africain, et, dans quarante ans, un homme sur cinq sera africain. La population du continent aura ainsi doublé en un siècle.
Si l'unité de mesure de la puissance est désormais le milliard d'habitants, peut-on assurer aujourd'hui que le milliard africain constitue, en l'état, un salut assuré pour ce continent ? Le taux élevé de fécondité est à la fois cause et conséquence de la pauvreté. Si les enfants africains restent les plus vulnérables, les moins scolarisés, les moins formés et les moins qualifiés, si beaucoup parmi eux n'ont d'autre horizon que la rue, la mendicité et la misère, une fécondité aussi élevée se justifie-t-elle ? Le milliard d'Africains doit-il se résoudre à devenir un milliard d'analphabètes et de nécessiteux écrasés par la misère ?
Selon le professeur Jean-Robert Pitt,
il n'est de richesse que d'hommes et de femmes instruits, imaginatifs... Et selon l'adage africain, ce n'est pas la richesse qui fait l'homme, mais l'homme qui fait la richesse. Adage sensé, combien généreux et humain. Mais il faut surtout des hommes et des femmes libres et épanouis, heureux de vivre.
Il y a eu en Afrique une croissance de la production agricole de 2,6 % par an entre 1970 et 2007, mais elle a été annulée par celle de la population qui, dans la même période, s'est élevée de 2,7 %. »
 (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa)

Des idées, des potentialités, babyfoot en carton

« Et la jeunesse est une belle promesse de futur !

La moitié de la population africaine est âgée de moins de vingt ans. L'Afrique subsaharienne est de loin la région la plus jeune du monde. 44 % de sa population a moins de quinze ans ! Contre 30 % en Asie et en Amérique latine, et à peine 16 % en Europe.
Cette jeunesse nombreuse constitue un gisement inépuisable de potentiel, de dynamisme, de génie créatif. Les principales villes africaines regroupent en leur sein ces "petits débrouillards" de la récupération, véritables génies en puissance, qui, avec pour seuls outils leurs mains et leur cerveau, accomplissent des merveilles avec des bouts de ferraille, de chiffon, de pneu ou de bois.
Sans doute plus que partout ailleurs les femmes représentent pour l'Afrique ce capital d'avenir qui porte le futur à bout de bras. Ce potentiel de dynamisme et de souffle novateur, lié à celui d'une jeunesse, la plus disponible au monde, est encore plus prometteur que les fabuleuses richesses matérielles que recèle le continent. » 
(Idem)

L’indépendance avait-elle dans ses objectifs, de faire de la Méditerranée le plus grand cimetière de jeunes Africains, en ce début de 21e siècle ? Ou de faire de l’Afrique la dernière des régions du monde ?
En tout état de cause, tout projet de développement qui n'intègre ni le facteur démographique, ni la condition de la femme, ou encore l’éducation de la jeunesse, sera irrémédiablement voué sinon à l'échec, du moins à une inefficacité paralysante.

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 08:35

AFRIQUE, UN CONTINENT AU DESTIN SINGULIER.
IMAGES ET PENSÉES,

HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN  (1)

De la colonisation à la colonisation
Et l’indépendance ?

Un continent au destin fracassé, hier et aujourd’hui
Demain ?

La saignée douloureuse

          a - Des Temps Anciens                                

Caravane d’esclaves dans le désert saharien

 

          b - Temps Modernes                                 

                                                                       navire négrier

L’Afrique perd sa substance vive (cerveaux et bras valides) du 7e au 21e siècle par tous ses pores.

Au 21e siècle, la saignée douloureuse                         

À la merci des flots

Une jeunesse oubliée ou abandonnée à son sort, déshéritée, fuit son berceau pour un destin des plus qu’incertains.
Pourquoi partent-ils affronter sciemment, au pire la mort, sinon l’esclavages, le mépris ?.

Partent-ils de chez eux parce que leur pays, leur continent est trop riche en ressources naturelles ? cuivre, or, diamant, hydrocarbures, bois, uranium, cobalt, charbon, coltan… ?

Au contraire, étouffent-ils ?

De surcroît, l’Afrique est le seul continent dans l’Histoire, à connaître, sur une durée aussi longue, un tel destin de domination, d’assujettissement et d’exploitation.

Oubliés, proscrits, déshérités dans leur pays, les jeunes choisissent l’exil contraint.
Seuls au Monde ?

Non, ils ne sont pas seuls au monde : il existe encore des Anges, quoi qu’on dise

Des inconnus leur tendent les bras. Qui sont-ils ?                            

                                                               (Ouest France, 26/12/2019)   

Éprouvés, harassés et éloignés de leurs proches, les sauveteurs de SOS Méditerranée et de Médecins sans frontières se sont offert une courte veillée de Noël avant de reprendre la mer, dès hier matin, à bord de l’Océan Viking, pour secourir les migrants. (Ouest France, 26/12/2019)

 

Que signifient ces sourires ?
À quels dangers ont-ils échappé ?
Sont-ils plus en sûreté ici que là-bas ?

                                  

                         

                                  Sur l’Océan Viking, Noël a la saveur du devoir accompli (Ouest France, 26/12/2019)

Que seraient-ils devenus, ces damnés de la Terre, fuyant leur foyer natal, au péril de leur vie, sans ce navire, mais surtout le courage, l’humanité et le dévouement de ces héros sans nom ?
Sans SOS Méditerranée, Médecins sans frontières et cet admirable équipage, hommes et femmes, ces jeunes africains étaient voués au sort que bien d’autres avaient connu avant eux, au cours de leur aventure désespérée.
                            

                  

                                                                                                                                                 (Ouest France, 26/12/2019)

                     

                                               Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée (Ouest France, 26/12/2019)

        

 

   

 

 

  (Ouest France, 30/12/2019)

Peut-on éviter cette sempiternelle et lancinante question au vu de ces spectacles devenus si récurrents, si familiers ?
Pourquoi quittent-ils (fuient-ils) ce continent si riche potentiellement, si bien doté par la nature ? Que leur manque-t-il ?

« Une dotation généreuse

La chance de l'Afrique, c'est d'être prodigieusement dotée des produits bruts les plus recherchés actuellement sur le marché mondial. Le premier d'entre eux, le pétrole, permet au continent d'occuper une des toutes premières places parmi les principaux producteurs et exportateurs, avec 11 % de la production mondiale. L'Afrique détient 9,5 % des réserves mondiales de pétrole et 8 % de celles de gaz naturel. Ce qui en fait une région géostratégique de première importance. Ce pétrole est assez équitablement réparti entre les différentes régions du continent.
La prospection et l'exploitation des hydrocarbures favorisent de nombreux investissements qui justifient la présence ainsi que les activités de nombreuses sociétés pétrolières étrangères. La prospection pétrolière et gazière connaît ainsi un mouvement de hausse continue depuis le milieu des années 1990 ; la production suit la même courbe ascendante, celle de pétrole passant de 7,4 millions de barils en 1986, à plus de 10 millions en 2006, et celle du gaz de 80 millions à 162 millions 400 000 tonnes au cours de la même période.
La multiséculaire image d'une Afrique regorgeant de richesses, d'or et de diamants est à peine surfaite. Le fait que les Chinois voient actuellement ce continent comme un nouvel eldorado, et que les Européens et les Américains tentent de conserver leurs positions acquises ou d'y reprendre pied, que les Indiens, Coréens, Brésiliens ou Japonais participent activement à cette mêlée n'apporte-t-il pas la preuve de sa richesse et des immenses potentialités qu'elle recèle ?
D’autres ressources naturelles contribuent également à faire de ce continent une région de plus en plus courtisée par les principales puissances du monde. »
 
(Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa)

 

ET L’INDÉPENDANCE ?
Un continent majoritairement indépendant depuis les années 1960, mais toujours colonisé, pour l’essentiel.

                                                                                                                                                                                         (Atlas de l’Afrique, Les Editions du Jaguar)
                                                        Synthèse du passé et du présent de l’Afrique politique

 

  • Comment l’aider l’Afrique dans sa « volonté » ou sa « tentative » d’émerger ?
  • Qui peut et doit l’aider ?
  • Aider par la tête ?
             Ou
    Par les pieds ?

                                                                                      (Atlas de l’Afrique, Les Éditions du Jaguar)

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 14:48

 

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (3)

Aide internationale au développement
ou

Aide à la pérennisation du sous-développement en Afrique ?

Si, pour les pays étrangers riches et développés, l’attrait des ressources naturelles semble constituer le mobile unique de la ruée vers l’Afrique en ce début de 21e siècle, que doivent logiquement attendre les populations pauvres de ce continent ?
« Le monde se presse aux portes du continent. »
(
Le Bilan du Monde, édition 2019).

Cet afflux vers l’Afrique doit-il signifier pour ses habitants, un surcroît de pauvreté ou de misère ?
Il appartient, en toute logique, aux dirigeants des pays africains d’en fixer le cap en faveur des populations et des États. Ce sont eux qui doivent fixer les règles dont le respect scrupuleux fera que cette ruée permette à chacune des parties d’en tirer la juste répartition.

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin aujourd’hui ?
    Quelles sont les priorités en matière de bien-être des populations et de développement ?

Ces besoins devraient apparaître en toute clarté et être méthodiquement exposés lors des rencontres : des « Sommets » ou de visites de dirigeants étrangers par les responsables des États africains.
L’Afrique a-t-elle aujourd’hui besoin d’être nucléarisée, comme il fut indiqué lors du récent Sommet Russie-Afrique de Sotchi ?
Il est étonnant, à cet égard, que l’on n’ait aucune réponse claire venant des dirigeants du continent.
Ces  face à face devraient être l’occasion d’égrainer les besoins vitaux du continent africain qui sont quasiment les mêmes depuis les indépendances : santé, école, éducation, formation, infrastructures…
Qui peut, qui doit le faire en dehors des responsables africains ?
Lequel de ces pays développés, qui cherche à renforcer son développement et son niveau de richesse, a pu se hisser à ce niveau, en négligeant ces vecteurs essentiels du développement ?

L’illettrisme est une infirmité

Quel pays, en Europe, en Amérique, en Asie… a pu émerger et sortir du sous-développement en piétinant l’école, en foulant au pied l’éducation, et en ignorant la formation des jeunes et des adultes ?
C’est précisément à ce niveau que se situe aujourd’hui, la différence entre les pays développés et les pays africains en voie de développement.
Il est curieux d’entendre des responsables africains discourir à longueur d’année sur le développement, tout en ignorant les conditions indispensables qui mènent à l’émergence.
Cependant, on ne peut nier le fait que les États africains ont bénéficié, depuis leurs indépendance, d’une aide accordée par de nombreux États européens, américains et asiatique, au titre du développement.Malheureusement, cette aide internationale, bilatérale ou provenant d’organismes divers, à depuis toujours, souffert de quelques vices qui limitent singulièrement sa portée ou son efficacité réelle.Pire, l’exploitation effrénée des ressources naturelles de l’Afrique par ces mêmes puissances étrangères, amène à un autre paradoxe : ce sont les pays pauvres qui financent les pays riches !
(Voir blog,  
http://ti.diak.over-blog.com/article-afrique-aide-au-developpement-ou-au-sous-developpement-116470837.html ).

Jeunes migrants en perdition
Que de Mozart et d’Einstein qu’on assassine !

 

Pourquoi partent-ils ?

—Parce que leur pays est trop riche en ressources naturelles ?
—Parce que leur pays connaît un taux de croissance à 2 chiffres plusieurs années de suite ?

Où vont-ils ? Qui les attend ?
Sont-ils instruits, formés ? Par qui ? Comment ?

Les responsables de leur pays les voient-ils partir ?
Que font-ils pour les retenir ?
Les pays étrangers, riches et développés, qui sillonnent l’Afrique à la recherche de richesse et qui « aident l’Afrique à se développer », sont-ils informés de cette situation ? Que font-ils ? Que proposent-ils ?

Parmi ces déshérités qui fuient leur pays, des « bacheliers analphabètes » qui — si la chance leur sourit après la traversée de la mer, des dangers — pourront pour vivre un temps, ou longtemps, obtenir un emploi  d’ auxiliaire éboueur, dans une ville de France ou de Belgique.

Au-delà de l’aide matérielle que les pays développés accordent aux États africains, il est une autre forme d’aide, tout aussi précieuse pour le continent : c’est l’initiation à la « démocratie », dans la gestion des affaires du pays (la gestion saine), de même que la responsabilité individuelle et collective : l’apprentissage de la démocratie par le bas (la démocratie ne se limitant pas au seul vote).
À cette fin, les relations entre dirigeants étrangers et responsables africains, à l’extérieur comme à l’intérieur du continent, ne doivent plus apparaître comme un perpétuel « huis-clos » entre ces deux parties.
Toutes les décisions prises lors des « forums » réunissant dirigeants des pays développés et dirigeant africains, toutes les sommes octroyées pour l’aide, de même que tous les projets ou programmes de développement, doivent faire l’objet — par les soins du gouvernement — d’une large diffusion auprès de la population.
Le but étant que les citoyens  soient  informés, et sachent dans le détail, les démarches, les actions mises en œuvre pour que les objectifs soient atteints.

Si ces projets et programmes atteignent leurs objectifs, que ce soit précisé. Si, au contraire, c’est un échec, qu’ils en soient également informés et que chacun sache la raison et les conséquences éventuelles de cet échec : quelle leçon en tirer ? Quelle démarche de remédiation proposer ?

Cette façon de faire stimulera l’intérêt de la population pour la bonne gestion de la chose publique, condition de la bonne gouvernance.

Si par ailleurs l’illettrisme est une infirmité, l’Afrique est incontestablement le continent qui abrite le plus grand nombre d’infirmes au monde. En conséquence, le taux d’analphabètes est le plus élevé et celui de la scolarisation des enfants est le plus faible au monde.
Dans certains États (en Afrique de l’Ouest et Afrique sahélienne notamment), ces taux voisinent les 70% voire d’avantage.
Le taux de scolarisation fluctue entre 13 et 30% selon les États et les régions.

L’École !

Si quelques petits Africains ont, aujourd’hui, la chance de fouler la cour d’une école, c’est souvent grâce à la bienveillante sollicitude d’ONG, ou d’associations étrangères diverses. Mais ces âmes généreuses savent-elles ce qui y est enseigné et comment, ou s’en soucient-elles seulement ? Car une école, ce ne sont pas que des murs et des fenêtres, si luxueux et modernes soient-ils. L’école n’est pas non plus un lieu de dressage de petits d’humains, l’enseignement n’est pas non plus un dresseur de fauves, armé d’une chicotte ou de bâton, face à des enfants terrorisés.
L’école est au contraire le lieu de l’épanouissement individuel et collectif, celui de la formation rigoureuse et bienveillante, de la pensée libre, de l’indispensable esprit critique (sans lequel on demeure à jamais esclave de la pensée construite par d’autres, ainsi que du fatalisme).
école est enfin le lieu de la socialisation par excellence, de l’ouverture aux autres, au monde et à soi, bref, la formation d’êtres libres et pensants.
(Voir blog, article de mon blog : Afrique : principales entraves à l’émergence (7articles)).

Le développement naît du cerveau et de la volonté

En tout état de cause, l’Afrique ne sortira du sous-développement, il n’y aura émergence que par la seule volonté des Africains.

« Quand l'aide internationale mène au naufrage d'un continent.

L'épanouissement d'une société se mesure aussi à l'aune de sa santé et de son niveau d'éducation.

L'état de santé et le niveau culturel font ainsi partie des tous premiers éléments d'appréciation de l'épanouissement d'une population. Ce sont de loin les facteurs et les conditions du développement et apparaissent en tant que tels comme les axes prioritaires de l'action de tout État qui aspire à un développement véritable et à l'épanouissement de ses populations.

Depuis les années 1960, beaucoup de discours ont été entendus, beaucoup de colloques organisés sur les thèmes de la santé et de l'école en Afrique. Quel en est le bilan aujourd'hui ? Quelle incidence de l'aide internationale observe-t-on sur ces secteurs vitaux, tel qu'il est possible de l'évaluer ?

L'Afrique de l'an 2000 se porte-t-elle mieux que l'Afrique des années 1960 ? ». (Tidiane Diakité, L’Afrique et l’Aide ou comment s’en sortir ?, L’Harmattan, 2002).

Pour les bonnes volontés et les âmes charitables de l’extérieur (il y en a), qui se penchent généreusement au chevet du Grand malade africain, il est indispensable d’acquérir un minimum de « science », ou de connaissance des besoins et des réalités intimes de ceux qu’on veut aider dans leur marche vers l’émergence, ceux qu’on veut aider à parvenir au stade de l’autonomie dans les domaines vitaux de l’existence, afin qu’ils parviennent à la maîtrise de leur destin.

« Comment aider ?

Ceux qui ont l'épiderme sensible dès qu'on évoque les carences de l'Afrique et qui rendent l'Occident responsable de tous les malheurs de ce continent lui rendraient un insigne service en réagissant face à la saignée financière qu'il subit, à son pillage systématique et continu, ainsi qu'à la spoliation des peuples par les Africains eux-mêmes comme par les étrangers. L'Afrique n'est pas pauvre, on l'appauvrit.
Il n'est nullement question d'absoudre les pays étrangers qui organisent le pillage de l'Afrique ou y participent. Mais crier unilatéralement et continuellement haro sur ces derniers masque les responsabilités internes et retarde d'autant la recherche des moyens de juguler l'hémorragie. L'enjeu essentiel, c'est investir en Afrique l'argent produit en Afrique, valoriser les richesses qui y sont également produites, afin d'assurer les conditions du développement.
Il est une pratique peu abordée, s'agissant de l'aide au développement, et dont l'examen permettrait cependant de constater que les ressources financières de l'Afrique aident plutôt paradoxalement à la prospérité économique des pays développés. Il s'agit des sommes colossales, massivement investies en Europe et aux États-Unis par des Africains, chefs d’État, responsables politiques de tous rangs ou personnalités privées — sommes acquises honnêtement ou non. »
(Tidiane Diakité, 50 ans après l’Afrique, Arléa, 2011).

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