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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 13:44

15L’EMPIRE DU GHANA

 

Le premier empire noir ouest-africain

 

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gif anime puces 029Ghana 1er

 

L’Empire du Ghana né au 8e siècle ap. JC, selon maintes sources écrites arabes et archéologiques, est considéré comme le 1er État noir organisé et le 1er empire de l’Ouest-africain.

 

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L’Empire du Ghana

 

Situé entre le Niger à l’est et le Sénégal à l’ouest, il s’étend sur une partie du Mali et de la Mauritanie actuels. L’empire du Ghana occupe une place importante comme symbole des gloires passées avec lesquelles l’Afrique contemporaine souhaite renouer.

 

Pour toute la région soudano-sahélienne, ou Soudan occidental, l’empire du Ghana demeure le 1er modèle d’organisation étatique et de construction impériale. Pour cette raison, il servira de modèle aux différents royaumes et empires d’Afrique occidentale jusqu’à la fin des temps modernes et la pénétration européenne en Afrique au XIXe siècle.

 

 

Les origines de L’Empire du Ghana sont à présent bien connues grâce aux écrits des voyageurs et géographes arabes, parmi lesquels, Ibn Hawkal et surtout El Bekri, écrivain et voyageur de Cordoue, qui dit de l’empereur du Ghana en 970 : « C’est le plus riche du monde à cause de l’or ». Il fournit des détails précis sur la population, les différentes ethnies et leur vie quotidienne, mais aussi sur l’organisation et la prospérité de l’empire.

 

Plusieurs ethnies vivaient en bonne intelligence sous la direction d’empereurs tolérants dont la politique favorisait la coexistence harmonieuse entre Noirs et Blancs, éleveurs et agriculteurs : Berbères, Bambaras ou Mandés, Wolofs, Sarakholés… Ces derniers semblent avoir constitué le groupe dominant et avoir été les véritables fondateurs de l’empire.

 

 

gif anime puces 029Organisation politique

 

L’empire du Ghana était gouverné par un Tounka (roi en sarakholé) également appelé « Kaya Maghan » (le maître de l’or), représenté dans les provinces par des gouverneurs qui jouaient le même rôle que les intendants de l’Ancien Régime en France : ils prélevaient les impôts, rendaient la justice au nom du roi…

 

Le souverain disposait d’une armée dont la force provenait de l’usage du cheval et des armes en fer, qui contrastaient avec les armes traditionnellement utilisées. La renommée des cavaliers et archers de l’empire était grande, sur le terrain aussi bien que dans la tradition orale.

 

Cependant, le Tounka était réputé prince pacifique et tolérant. Il résidait dans une de ses capitales : Koumbi Saleh, après la ville de Ghana qui donna son nom à l’empire ou à Aoudaghost.

 

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Fouilles de Koumbi Saleh, capitale de l’empire

 

 

gif anime puces 029Prospérité et rayonnement

 

Les voyageurs arabes qui ont parcouru l’empire du Ghana à l’époque de son apogée (10e - 11e siècles) parlent tous avec émerveillement de la splendeur de l’empire, du souverain et de sa cour. El Bekri, l’un des plus prolixes, en fait ainsi une description pittoresque tout au long de ses récits. Aucun détail du faste impérial et de la vie ordinaire à la cour du souverain n’échappe à la plume acérée et curieuse du voyageur arabe :

 

« L’empereur, bien qu’étant animiste, manifeste une tolérance bienveillante à l’égard des musulmans, puisque les interprètes, le trésorier et la majorité des ministres et serviteurs de l’État sont choisis parmi eux. Il tolère l’existence de mosquées et d’écoles coraniques sur son territoire… »

 

L’apparat du souverain revient souvent dans les descriptions et récits :

 

« Le roi se met au cou et aux bras des bijoux de femme. Il se coiffe de hauts bonnets pointus sertis d’or, autour desquels il enroule un turban de cotonnade très fine. Il tient audience et reçoit les doléances sous un dôme. Tout autour attendent dix chevaux aux caparaçons d’étoffe d’or. Derrière lui se tiennent dix pages porteurs de boucliers en cuir et d’épées ; ils sont superbement vêtus et portent des nattes tressées de fils d’or… »

 

Mais, El Bekri n’oublie pas le menu peuple : paysans, artisans, petits marchands ambulants… Les femmes attirent tout particulièrement son attention :

 

« On y rencontre aussi des filles au beau visage, au teint claire, au corps souple, aux seins droits, à la taille fine, aux épaules larges, à la croupe abondante, au sexe étroit… »

 

Le voyageur prend goût à l’observation de la vie grouillante de la ville d’Aoudaghost, tout particulièrement le spectacle coloré de son marché :

 

« L’élevage de moutons et de bœufs y est particulièrement prospère. Pour un simple mitkal, on peut acheter au moins dix béliers. On y trouve beaucoup de miel qui vient du pays des Noirs. Les gens y vivent aisément et y possèdent de grands biens.

 Son marché est toujours animé. La foule est si dense, le vacarme est si fort, que c’est à peine si l’on entend ce que dit son voisin. Les achats sont payés en poudre d’or, puisqu’on n’y a pas de métal d’argent »

 

D’une manière générale, l’architecture des principales villes, l’animation des rues et surtout les marchés, sont aussi des indices probants de la richesse de l’empire, tout particulièrement aux 10e et 11e siècles.

 

 

La prospérité économique de l’empire était la résultante de plusieurs facteurs favorables parmi lesquels la qualité de la gouvernance, mais aussi la position géographique spécifique : au carrefour des principales routes commerciales transsahariennes qui, tout au long de l’histoire de l’empire du Ghana et de ses successeurs immédiats, furent fréquentées, animées et d’un dynamisme marchand exceptionnel.

 

Mais, de tous les produits d’échanges, l’or fut l’élément moteur de la richesse, du rayonnement, voire de la légende de l’Empire du Ghana. Le même auteur arabe en fait la démonstration notamment dans la description de la ville d’Aoudaghost.

 

Parmi les éléments à l’origine de cette prospérité, il convient de citer également le climat sahélien favorable, du 8e au 13e siècle. En effet, toute la région bénéficiait alors d’un climat humide qui favorisait à la fois l’élevage et les cultures. Par ailleurs, la position d’intermédiaire et de point de contact entre le nord sahélien-méditerranéen et le sud du Sahara était éminemment favorable aux productions variées et complémentaires.

 

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Déclin. Empire démembré ( 13e siècle)

 

 

gif anime puces 029Déclin. L’empire victime de sa prospérité et des ambitions internes

 

La richesse de l’Empire du Ghana aiguise les convoitises de peuples lointains, comme des voisins. Mais les désordres internes naissant à partir de la fin du 10e siècle, contribuent à l’audace de vassaux qui s’émancipent du pouvoir central ; successivement : Sosso, Mali…

 

Il fallut se défendre, mais le désordre eut raison du bon ordonnancement de l’empire, et favorisa les coups de force de peuples voisins qui, peu à peu, dépecèrent le territoire impérial, tout particulièrement les Berbères almoravides qui pillèrent sa capitale en 1034.

 

 

L’empire du Ghana passa ainsi le flambeau de la civilisation soudano-sahélienne à ses successeurs immédiats : Sosso, Mali, Songhay ; mais tout particulièrement les deux derniers, qui incarnèrent, à tous points de vue, la splendeur de cette civilisation soudanienne du 13e au 16e siècle …

 

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L’ancien empire du Ghana. Situation par rapport aux États actuels à leur indépendance (1960)

 

 

Pour renouer avec la splendeur et le prestige du premier grand empire noir sahélien, la colonie britannique du golfe de Guinée, alors dénommée Gold Coast (Côte de l’Or), devenue indépendante en 1957, prit le nom de Ghana. Il n’a de commun avec l’ancien empire ouest-africain que le nom.

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 09:36

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Après les frappes extérieures, les frappes intérieures. Quelle stratégie de reconstruction ?

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gif anime puces 251Un genou à terre


Face à l’avancée fulgurante des islamistes, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, lança, le 10 janvier 2013, cet appel désespéré au président français :


« Au secours, les terroristes arrivent ; nous sommes sans défense… ils risquent d’occuper notre capitale… et ce sera fini pour le Mali… »


On devine aisément ce que cela a dû coûter comme effort et réalisme au chef d’un pays au passé glorieux, de mettre un genou à terre et de mettre ainsi en berne le drapeau de la fierté nationale.

 

1.jpg Tombouctou sous la férule des islamistes

 

gif anime puces 251La France pouvait-elle ne pas répondre ?

 

L’appel de Dioncounda Traoré ayant été adressé nommément à la France, celle-ci ne pouvait se dérober sans trahir les liens d’amitié existant entre les deux pays depuis si longtemps.

 

4.jpgSoldats français en action.

 

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Tombouctou. La libération bleu-blanc-rouge. Vive la France !

 

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Tombouctou libérée. La population exulte.

 

gif anime puces 251Après la France, le Mali

 

Il incombe au Mali « libéré », après les frappes françaises, de se relever, de hisser sans tarder son drapeau et recouvrer sa fierté. Pour ce faire, il convient de ne point se bercer d’illusions. Cette reconstruction ne sera pas l’étape la plus aisée. C’est tout le contraire. Mais, quelle que soit la difficulté de la tâche, ce devoir impérieux incombe aux Maliens. La France, avec ses avions et ses soldats, a permis au Mali de franchir une étape, certes essentielle. Mais ce sont les Maliens qui assureront ou non l’existence du Mali, en tant que nation libre et souveraine, aujourd’hui et demain. Ce sera la deuxième étape, celle de la reconstruction territoriale, politique, sociale, morale d’un État ravagé et humilié, sur des bases saines et pérennes.

 

gif anime puces 251Après les frappes du dehors, les frappes du dedans

 

Les islamistes n’ont pas miné que le terrain au Mali, ils ont aussi miné des cerveaux. Si les soldats français ont déminé le terrain, le déminage des cerveaux sera le fait des Maliens et ce de leur seule responsabilité. Cette tâche requiert d’autres compétences : discernement, doigté, pédagogie, car cette œuvre de construction ne doit écarter aucun fils de la nation ; elle doit par-dessus tout éloigner le spectre dangereux de naufrage des droits humains. Il s’agit de faire entrer dans le cercle familial ceux qui en sont sortis pour un temps, volontairement, pour pactiser avec les islamistes, comme ceux poussés par la nécessité.

 

3.jpgUn collaborateur présumé traîné par un soldat malien

 

La reconstruction doit se faire en liaison avec ceux qui sont susceptibles de l’aider dans sa tâche. Il s’agit tout d’abord de ceux qui ont mission d’assurer la relève de l’armée française, après son retrait annoncé ; en tout premier lieu l’Algérie. Il est hautement souhaitable que ce pays s’engage dans le processus de normalisation enclenché afin que la voie soit dégagée et sans nuages dans le futur. Tout au moins, sa position devrait être clarifiée, si possible avant même le départ des troupes françaises du Mali, car une énigme demeure malgré tout. Si l’Algérie a bien autorisé le survol de son territoire  aux avions français, dans les faits, seuls les avions de transport ont survolé son espace aérien. Les avions de combat (les 4 Rafale) ont évité l’Algérie et sont passés par le Maroc. Les avions de combat étaient-ils exclus de l’autorisation de survol ?


Par ailleurs, les Français partis, la tâche de sécurisation ne sera sans doute pas facile pour les forces africaines, même sous le couvert des couleurs de L’ONU et labellisées « forces de maintien de la paix ». D’une part parce qu’il faudra parvenir à une harmonisation de leur action avec celle de l’armée malienne (harmonisation des cultures, des objectifs et des motivations). D’autre part, et surtout, ces forces africaines risquent d’apparaître rapidement comme une force d’occupation étrangère. Ce qui peut être toléré des soldats français sur le sol malien ne le sera certainement pas des troupes africaines.  De ce fait, le moindre incident, la moindre bavure peut vite dégénérer en vives tensions ; ce que ne manqueraient pas d’exploiter les ennemis qu’elles sont venues combattre et qui restent en embuscade, loin d’avoir renoncé à leurs objectifs et disposant encore de moyens importants.

 

gif anime puces 251(Re) construction de l’État aujourd’hui et demain

 

Parallèlement, les Maliens doivent s’atteler à la titanesque œuvre de reconstruction (de création ?) d’un État et d’une nation, autrement plus ardue que l’action militaire. Là, l’esprit, l’intelligence (le cœur aussi !) font plus et mieux que les bombes.

 

gif anime puces 251La question touarègue

 

Une priorité. Elle doit être traitée et une solution trouvée autrement que par le mépris et les balles. Il y va de la chance de préserver l’intégrité du Mali.

 

gif anime puces 251L’histoire aussi !

 

Que les Maliens revisitent leur histoire. La singularité du Mali, c’est d’être un carrefour géographique et humain, trait d’union entre le Nord et le Sud, le désert et la forêt, terre multiséculaire de rencontre, de brassage de peuples et de cultures, berceau de brillants empires, de brillantes civilisations[1]. Cette belle et heureuse symbiose de l’histoire doit être préservée et soignée, pour nourrir de sa sève l’esprit et le cœur des Maliens d’aujourd’hui, en leur prodiguant richesse humaine, spirituelle et culturelle.

 

Le Mali de l’empereur Soundiata Kéita a marqué l’histoire, des siècles durant de sa puissante empreinte. Puisse l’ex-Soudan français devenu République du Mali depuis 1960, en souvenir de son illustre ancêtre, s’inspirer de ce dernier pour être à la hauteur de son histoire, ou, tout au moins, lui faire honneur, à défaut de l’égaler.


Certes, Soundiata Kéita, comme tout empereur, s’est servi des armes pour soumettre et rassembler. Cependant ses qualités d’homme d’État, l’excellence de sa gouvernance, et surtout l’effort déployé pour faire triompher les valeurs humaines, furent les soubassements de cet État multiethnique, et en assurèrent la durée. L’empereur Soundiata s’attela à l’abolition de l’esclavage sur toute l’étendue de son empire, ainsi qu’à la promotion des droits humains pour tous, sans distinction de couleur de peau ni de religion.


Un sociologue malien le rappelle :


« Soundiata Kéita, l’infirme, a fondé un empire basé sur la justice et l’équité. Il a renversé un despote et créé un État où les faibles étaient protégés par les forts, et où les droits humains étaient garantis par la Charte de Mandé[2]. Peut-être qu’en regardant vers ces valeurs, nous parviendrons à refonder un Mali nouveau. »


Puissent, en effet, les Maliens se souvenir et s’inspirer de cette Charte de Mandé qui s’élevait aussi bien contre la famine et ses causes que contre l’esclavage et toutes les formes de violations des droits humains, tel qu’il apparaît dans l’ extrait de la Charte de Mandé ci-dessous :


ligne 1 086

[…]

Toute vie humaine est une vie.

Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre vie,

Mais une vie n'est pas plus « ancienne »,

Plus respectable qu'une autre vie,

De même qu'une vie ne vaut pas mieux

Qu'une autre vie.

 

[…]

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation.

Par conséquent,

Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin,

Que nul ne cause du tort à son prochain,

Que nul ne martyrise son semblable.

 

[…]

La faim n'est pas une bonne chose,

L'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ;

Il n'y a pire calamité que ces choses-là,

Dans ce bas monde.

Tant que nous disposerons du carquois et de l'arc,

La famine ne tuera personne dans le Mandé,

Si d'aventure la famine survient.

 

La guerre ne détruira plus jamais de village

Pour y prélever des esclaves ;

C'est dire que nul ne placera désormais

Le mors dans la bouche de son semblable

 

[…]

 

L'essence de l'esclavage est éteinte ce jour,

« D'un mur à l'autre »,

D'une frontière à l'autre du Mandé ;

Les razzias sont bannies

A compter de ce jour au Mandé ;

Les tourments nés de ces horreurs

Disparaîtront à partir de ce jour au Mandé.

Quelle horreur que la famine !

Un affamé ignore

Toute pudeur, toute retenue.

Quelle souffrance épouvantable

Pour l'esclave et l'affamé,

Surtout lorsqu'ils ne disposent

D'aucun recours.

L'esclave est dépouillé

De sa dignité partout dans le monde.

Les gens d'autrefois nous disent :

« L'homme en tant qu'individu

Fait d'os et de chair

De moelle et de nerfs,

De peau recouverte de poils et de cheveux

Se nourrit d'aliments et de boissons ;

Mais son âme, son esprit vit de trois choses :

Voir ce qu'il a envie de voir,

Dire ce qu'il a envie de dire,

Et faire ce qu'il a envie de faire.

Si une seule de ces choses

Venait à manquer à l'âme,

Elle en souffrirait,

Et s'étiolerait sûrement. »

En conséquence, les enfants

De Sanéné et Kontron déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Dans le respect des « interdits »,

Par la loi de sa patrie.

 

Tel est le Serment du Mandé

A l'adresse des oreilles du monde tout entier.

ligne 1 086 


Les Maliens ont un trésor caché à leur portée, dans les replis de leur histoire et qui, en ces temps de doute, d’incertitude et d’affaissement, constitue un viatique précieux qui ne doit pas rouiller dans les mémoires.


ligne 2 004

[1] L’empire du Mali, ce fleuron de l’Afrique, premier État structuré, le plus vaste et le plus prestigieux qu’ait connu l’Afrique noire du XIe au XVe siècle, incarna l’excellence de la gouvernance sous le règne de Soundiata Kéita.

[2] Mandé (en malinké) signifie Mali (en bambara). La Charte de Mandé date du XIIIe siècle.

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:59

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La France au chevet du grand malade

 fleche 235

 

 

 

0004.gifPour le Mali ou contre le terrorisme ?


Si l’intervention de la France au Mali est une excellente chose pour le Mali et tous ceux qui aiment ce pays, elle suscite néanmoins un certain nombre d’interrogations et de remarques.


Il est effarant de constater que la plupart des gens qui entretiennent des rapports anciens et réguliers avec les États et les peuples d’Afrique, certains dans des associations diverses, soient à ce point ignorants des réalités profondes de ces États et de ces peuples. Sinon, comment s’étonner de ce qui arrive aujourd’hui au Mali ?


L’intervention de la France s’inscrit dans une logique et n’a rien d’étonnant pour ceux qui connaissent le passé et le présent des rapports entre la France et l’Afrique.


En intervenant comme elle le fait, la France reste dans son rôle fidèle à son histoire, ce qui n’empêche pas de poser un certain nombre de questions car, même souhaitée et approuvée, il est nécessaire qu’aucun aspect ne reste dans l’ombre, ni dans les intentions, ni dans les opérations. La transparence  —motivations et conséquences prévisibles—  est l’une des conditions de la réussite et du suffrage de l’opinion. La France doit ainsi s’imposer un devoir de transparence à toutes les étapes de cette intervention, pour l’opinion publique française, celle des Africains et pour le reste du monde.

 


008-copie-1.gifOù sont les Africains ? La CEDEAO ? L’Union africaine ?


Où est la force d’intervention au Nord-Mali des 3300 hommes promis par la CEDEAO depuis bientôt 8 mois ? Que fait l’Union africaine, muette et absente ? Les principaux intéressés, les Africains, n’auraient-ils pas dû être les premiers sur le terrain, au nom du réalisme géopolitique et de la solidarité africaine ? Qui, parmi eux, ignore que le Mali occupé par les obscurantistes djihadistes signifie sans nul doute une menace de dislocation et de désordre durablement installé dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest ?

 

Que l’entrée en action d’hypothétiques forces africaines soit tardive, hésitante ou improbable, cela se comprend, car les États africains, si brillants dans les discours, n’ont ni les moyens, ni la volonté, ni les compétences pour intervenir efficacement et être ainsi à la hauteur des enjeux. Mais, c’est la mollesse des États de l’Union européenne qui surprend. Qu’attendent-ils, même si, à la différence des Africains, cette tragédie malienne se joue à des milliers de kilomètres de leur douillet confort ?


Pour l’instant, la France reste seule sur le front, héroïque et sûre de son fait, dans ce combat contre les sables du désert : une guerre incertaine quant à sa durée, sa nature même, et ses effets collatéraux, présents et à long terme.


L’engagement de la France est des plus risqués. Sa solitude prolongée sur le terrain démultiplierait ces risques.

 


097.gifQuestions préalables

 

Pourquoi un grand pays comme le Mali, jusque-là cité comme modèle de démocratie et de stabilité, a-t-il pu, du jour au lendemain, se retrouver défiguré, décapité, humilié, aux abois ? Quid de l’excellence de la démocratie malienne ? Là aussi, on ne peut qu’exprimer son étonnement face à ceux qui ont louangé avec tant de bruit et si longtemps le modèle de la démocratie malienne. Il s’agit pourtant de personnes ou d’associations en contact régulier avec ce pays et ses habitants.

 

Or, de multiples indices montrent  —pour ceux qui se donnent la peine d’observer les choses en profondeur—  que cette démocratie malienne n’était qu’une construction artificielle bâtie sur du sable : rien de consistant qui puisse en faire une démocratie véritable, digne d’être citée comme modèle (voir 50 ans après, l’Afrique).


Il ne saurait y avoir de démocratie sans culture démocratique, et c’est loin d’être le cas au Mali. Les exactions imputées ces jours-ci à une partie de l’armée malienne en sont un autre indice probant. La culture du droit fait cruellement défaut. Au Mali la marche vers la démocratie reste une très longue marche. En serait-on là, aujourd’hui, si la démocratie avait trouvé sa place et triomphé au Mali ? On a réduit la démocratie au droit de vote. Or, la démocratie se construit jour après jour, par l’indispensable apprentissage du débat d’idées, courtois et respectueux de l’opinion de l’autre ainsi que de sa personne. Elle se construit aussi dans les foyers, dans les rapports entre les individus et entre les membres de la société sans exclusive. Le mépris,l’injure facile et les coups ne peuvent tenir lieu de débat d’idées.


La guerre que la France mène au Mali et pour le Mali doit aussi être une guerre contre le déni de démocratie, une guerre pour le respect de la personne et pour la justice, une guerre contre l’ignorance et l’obscurantisme. Tel doit-être le couronnement de sa victoire contre les islamistes fanatiques et obscurantistes.


Il faudra, après la victoire des armes, en déployer d’autres pour reconstruire le Mali. C’est sans doute le plus difficile, car cette guerre qui se mène dans les esprits est par définition longue, difficile, et requiert des compétences autrement précieuses et adaptées.

 


j0430836.jpgPour gagner et garantir le futur

 

Aujourd’hui, sur le terrain, il faut que l’Algérie, élément essentiel de tout ce qui se joue au Nord-Mali, aille plus loin que la simple autorisation du survol de son territoire par les avions français. Il faut de sa part, une implication sans réserve, militairement et politiquement, aujourd’hui et demain. Les Français partis, les troupes africaines, si elles sont présentes, ne seront pas capables de tenir longtemps et sécuriser l’espace conquis sur les islamistes. Que faire alors ?


Mais sur le fond, l’acteur principal c’est le peuple malien. C’est sa capacité de régénération, son aptitude à construire méthodiquement, sur les bases les plus solides, un État au sens propre qui soit l’incarnation de tous les citoyens, mais aussi celle de la droiture politique et morale, qui fraieront les voies du futur.


En un mot, pour que l’intervention de la France porte ses fruits et dégage les voies de l’avenir, il faut que le Mali se soigne de ses prurits comme de tous ses maux graves qui l’asphyxient depuis si longtemps et qui anémient le corps social,  État et  nation, la cohésion des citoyens : déni de justice, dureté des rapports entre individus, corruption, affairisme sans âme, matérialisme débridé, mercantilisme des esprits… Faire que le virus de l’argent n’attaque ni ne corrompe les cerveaux (des cadres civils et militaires maliens étaient achetés par les islamistes).


De cette façon, le Mali malade sera son propre médecin, capable de le mener à la guérison complète.

Vue ainsi, la guerre de la France au côté des Maliens apparaît comme l’action du pompier français appelé dans l’urgence pour éteindre l’incendie allumé en partie par les Maliens eux-mêmes.


L’action du Mali sur lui-même est primordiale. C’est à ce seul prix que la victoire militaire de la France souhaitée de tous, sera une vraie victoire, celle qui ouvre la voie de la reconstruction du Mali sur des fondations saines et pérennes. Sinon, le pompier français parti, le feu continuera de couver sous les cendres.


feuilles019Seuls, les Maliens détiennent la clef du salut et du futur.

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:10

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a692Philosopher, c’est apprendre à vivre

 

Il y a des choses qu'on peut écrire même en voiture et d'autres qui demandent un lit, du temps libre et de la solitude. Cependant, même durant ces journées chargées, voire entièrement prises, il faut garder un petit quelque chose pour l'étude. Les occupations nouvelles ne nous manqueront jamais : nous les semons et elles font des petits toutes seules. Ensuite, nous nous accordons nous-mêmes des délais : « Quand j'en aurai terminé avec ce pensum, je me mettrai à étudier. »

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Il ne s'agit pas de faire de la philosophie quand on a du temps libre, mais de se trouver du temps libre pour philosopher. Il faut laisser tomber tout le reste afin de s'y consacrer. On n'a jamais assez de temps pour cela, même si la vie se prolonge de l'enfance jusqu'aux limites les plus reculées de la vieillesse. Il n'y a guère de différence entre renoncer à la philosophie et en interrompre l'étude. C'est qu'elle ne demeure pas au niveau où l'on s'arrête mais, comme un ressort qui se détend jusqu'à revenir à sa longueur initiale, la continuité de l'étude se rompt et il faut repartir de zéro. Il faut résister aux occupations extérieures, ne pas les multiplier mais les repousser. En fait, tous les moments sont bons pour cette étude solitaire. Et pourtant, nombreux sont ceux qui n'étudient pas alors qu'ils se trouvent dans une situation où c'est justement ce qu'ils auraient de mieux à faire.

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« Il y a toujours des empêchements. » Pas pour l'homme dont l'âme est, en toute occasion, joyeuse et allègre. Chez ceux qui sont encore imparfaits, la joie est intermittente. En revanche, la joie du sage est entière, infrangible, à l'abri des coups du sort. Le sage est toujours et partout tranquille : il ne dépend de rien qui lui soit extérieur, et n'attend aucune faveur de la Fortune ou des hommes. Son bonheur est intérieur. Il sortirait de son âme s'il y était entré mais comme c'est en elle qu'il est né...

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Parfois survient du dehors quelque incident qui lui rappelle sa condition de mortel, mais légèrement : un simple effleurement. Il sent le souffle de quelque contrariété mais son bien suprême reste ferme. J'insiste : il s'agit de problèmes extérieurs, comme l'apparition, parfois, sur un corps robuste et résistant, d'ampoules ou d'égratignures. Rien de profond.

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La différence, je le répète, entre le sage confirmé et le débutant, est la même qu'entre l'homme sain et celui qui sort d'une longue et grave maladie sans avoir encore recouvré la santé mais avec une fièvre qui baisse. Ce dernier, s'il n'y prend pas garde, verra son état empirer sur-le-champ et fera une rechute. Pour le sage, aucun risque : ni rechute ni chute. Car la bonne santé physique est provisoire. Le médecin, même s'il nous la rend, ne peut nous la garantir. Le malade souvent fait appel à lui de nouveau. L'âme, elle, guérit une fois pour toutes.

 

Sénèque, Choix de lettres à Lucilius, Arléa. 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 10:06

1Le principe directeur, refuge-bouclier

 

Le plaisir de l'un n'est pas le plaisir de l'autre. Le mien, c'est de conserver sain mon principe directeur, de le préserver de toute aversion pour aucun homme et pour aucun des événements qui arrivent aux hommes, mais de l'amener à regarder toutes choses avec des yeux bienveillants, à les accepter et à tirer parti de chacune selon sa valeur.

 …

 

fleurs autre020Souviens-toi que ton principe directeur revient inexpugnable, lorsque, rassemblé sur lui-même, il se contente de ne pas faire ce qu'il ne veut pas, même si la résistance est irraisonnée. Que sera-ce donc lorsqu'il se prononcera sur un objet avec raison et mûr examen ! Voilà pourquoi c'est une citadelle que l'intelligence libérée des passions. L'homme n'a pas de position plus solide où se réfugier et rester désormais imprenable. Qui ne l'a point découverte est un ignorant, et qui l'a découverte, sans s'y réfugier, est un malheureux.

 

Ne dis rien de plus à toi-même que ce que directement t'annoncent les représentations. On t'annonce qu'un tel indignement dit du mal de toi. On annonce cela; mais qu'il t'ait nui, on ne l'annonce pas.

 …

 

17Ce concombre est amer ; jette-le. Il y a des ronces dans le chemin ; évite-les. Cela suffit. N’ajoute pas : « Pourquoi cela existe-t-il dans le monde ? » Tu prêterais à rire à l’homme qui étudie la nature, comme tu prêterais à rire au menuisier et au cordonnier, si tu leur reprochais que tu vois dans leurs boutiques des copeaux et des rognures tombées de leurs ouvrages. Toutefois, ces artisans ont un réduit où les jeter, et la nature universelle n’a rien en dehors d’elle. Mais l’admirable de son industrie, c’est que, s’étant circonscrite en elle-même, elle transforme en elle-même tout ce qui en elle semble se corrompre, vieillir, devenir inutile, et que, de cela même, elle en fait derechef d’autres choses nouvelles. De cette sorte, elle ne se sert point de matière étrangère, et n’a pas besoin de réduit où jeter ces détritus. Elle se contente du lieu qu’elle a, de la matière qui est sienne, et de l’art qui lui est propre.

 

Dans tes actions, ne sois point nonchalant : dans tes conversations, ne sois pas brouillon ; dans tes pensées, ne t’égare pas ; en ton âme, en un mot, ne te contracte pas, ne t’en évade pas, et ne passe pas ta vie dans les tracas.

 

Ils tuent, ils dépècent, ils poursuivent sous des malédictions ! En quoi tout ceci peut-il empêcher ta pensée d’être pure, sage, modérée, juste ? C’est comme si quelqu’un, passant auprès d’une source claire et douce l’injuriait. Elle ne cesserait pas de faire jaillir une eau bonne à boire. Et si même il y jetait de la boue, du fumier, elle aurait vite fait de les disperser, de les monder, et n’en resterait aucunement souillée. Comment auras-tu donc en toi une source intarissable, et non un puits ? En te haussant à toute heure vers l’indépendance, avec bienveillance, simplicité, modestie.

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 09:46

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République centrafricaine, avec le meilleur et le pire, un condensé du modèle africain.

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gif_anime_puces_186.gifUn destin singulier

 

Au cœur de l’Afrique, la République centrafricaine a comme voisins, au nord le Tchad, à l’est le Soudan, au sud la République démocratique du Congo et la République du Congo (Brazzaville), à l’ouest le Cameroun. Cet environnement  aurait-il une incidence sur la vie politique agitée de ce pays ?

 

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                                                   Le pays et son environnement politique  

 

 

gif anime puces 251Un pays totalement enclavé, sans accès à la mer

 

Le fait à retenir dans cette position géographique, c’est l’environnement politique ; encadré par des États traditionnellement agités par des rébellions endémiques, théâtre de guerres civiles récurrentes : Tchad, les deux Congo et le Soudan. D’où flux et reflux perpétuels sur son sol de rebelles de toute provenance, avec armes et bagages. La Centrafrique devient ainsi de fait la base arrière de mouvements et d’agitations, un terreau fertile pour la contestation politique et sociale endogène.

 

gif_anime_puces_253.gifReflets de l’histoire

 

Un pays fortement marqué par son passé.

 

Une période d’apogée aux XVIe et XVIIe siècles, puis à partir de la fin du XVIIe siècle, à l’instar d’autres régions d’Afrique, le pays connaît les ravages de la traite esclavagiste (arabe et européenne) aggravés par des épidémies diverses et des famines. Sa population estimée à 6 millions au milieu du XVIe siècle tombe à moins d’un million vers le milieu du XVIIIe siècle.

 

La période de la conquête coloniale de la fin du XIXe siècle constitue une autre étape marquante :

 

Belges, Allemands, Anglais et Français se disputent le pays. Les Français, à la suite de nombreux accords et conventions, finissent par voir leur souveraineté reconnue sur ce territoire en 1903, alors baptisé Oubangui-Chari.

 

Au cours des années trente, comme dans d’autres colonies françaises d’Afrique, les populations excédées, réagissent aux mesures imposées par la métropole en proie aux effets de la Grande crise de ces années de l’entre-deux-guerres : lourdeur de l’impôt, taxations diverses, travaux forcés, portage… Ces frustrations débouchent sur un soulèvement généralisé contre le colonisateur entre 1928 et 1932. Le territoire de l’Oubangui-Chari est rattaché à l’Afrique équatoriale française (AEF) en 1936.

 

L’indépendance même du pays présente un cachet singulier. Au référendum organisé par le général de Gaulle en septembre 1958, qui donnait le choix aux anciennes colonies françaises soit de prendre l’indépendance soit de rester dans la Communauté franco-africaine, l’Oubangui-Chari vota pour la Communauté à 98,1%. Dans la foulée, la République centrafricaine est proclamée le 1er décembre 1958 avec Barthélémy Boganda (ancien séminariste) comme président. Boganda fut le premier prêtre du pays, formé par les missionnaires français et ordonné prêtre à 28 ans.

 

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            1959 : Boganda, président de Centrafrique avant l’indépendance effective du pays 

 

 

Il fonde un mouvement politique dénommé « Mouvement pour l’évolution sociale en Afrique noire » (MESAN), un véritable programme d’émancipation décliné en 5 points :

 

fleche 044« Nourrir, soigner, instruire, loger, vêtir »

 

Il prend soin de préciser que ce programme a pour but essentiel l’émancipation des populations de son pays dans l’entente avec la France. A cet idéal s’ajoute le panafricanisme avec un objectif : la création des « Etats-Unis d’Afrique latine », qui au-delà de l’AEF, inclurait les territoires hispanophones et lusophones comme la Guinée équatoriale ou l’Angola. Mais ses accents panafricanistes, constamment martelés avec force, faisaient-ils peur ? A qui ? Pour lui, la création de ces Etats-Unis d’Afrique était la condition de l’émancipation totale du continent.

 

Devenu président à 48 ans et acclamé par le peuple, Boganda trouve la mort dans un accident d’avion, dans son pays, le 29 mars 1959, avant la proclamation officielle de l’indépendance, le 13 août 1960. Le mystère de cet accident ne fut jamais élucidé.

 

La République centrafricaine, depuis, entre dans un cycle d’agitation politique qui voit les coups d’État militaires succéder aux élections démocratiques, sur fond de rebellions, de mécontentement et de revendications populaires.

 

gif_anime_puces_276.gifDans la tourmente de la gouvernance

 

David Dacko, soutenu par la France, est élu président en 1964. Il nomme son cousin Jean-Bedel Bokassa (ancien capitaine de l’armée française), chef d’état-major de l’armée. En 1965, ce dernier renverse le président Dacko (à qui certains reprochent sa trop grande proximité avec la Chine populaire en pleine période de guerre froide). Il échappera lui-même à plusieurs tentatives de coup d’État, notamment en 1969, 1974, 1976…

 

Bokassa s’autoproclame président à vie en 1972. Aussi bien sous son pouvoir que sous celui de ses prédécesseurs, l’économie et la situation générale du pays marquent le pas et se dégradent. Les mouvements de contestation et de protestation continent et s’amplifient.

 

En 1976, le président à vie abolit la République et se fait sacrer empereur en 1977, avec le soutien de la France. (un 4 décembre !)

 

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                                                 1977 : Empereur Bokassa 1er : le sacre 

 

 

Les émeutes, de plus en plus fréquentes, sont réprimées avec une violence extrême. Les exactions du régime amènent la France à lâcher Bokassa. Ce dernier est renversé au moment même où il était à Tripoli, invité par le colonel Kadhafi. Des analystes mettent en cause la France, qui voyait d’un mauvais œil le rapprochement de Bokassa et de Kadhafi, ce dernier s’opposant à la France au Tchad.

 

David Dacko, soutenu par la France, revient au pouvoir en remportant l’élection présidentielle de 1981, mais des manifestations violentes dénoncent le caractère irrégulier du scrutin. Le chef d’état-major, le général André Kolingba, s’empare du pouvoir et instaure un régime militaire. Il échappe lui aussi à des tentatives de coup d’État.

 

La période 1981-1991 est celle d’une détérioration profonde de la situation économique et sociale du pays : arriérés de salaires accumulés, gabegie criante, népotisme…

 

Ange-Félix Patassé est élu président en 1993 alors que la situation économique et sociale continue de se dégrader. En 2001, le chef d’état-major de l’armée, François Bozizé, tente un coup d’État qui échoue. Il se réfugie au Tchad où il organise une rébellion armée qui ne cesse de harceler le pouvoir du président Patassé. En 2003, Bozizé réussit enfin à s’emparer du pouvoir en renversant Patassé par les armes. Il rentre à Bangui où il est accueilli en sauveur par la population.

 

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2003 : François Bozizé accueilli en sauveur  

 

 

Le premier discours du président putschiste est alléchant :  

 

«reconstruction du pays, paiement des arriérés de salaires, normalisation de la vie politique, retour à la démocratie, adoption d’une nouvelle Constitution par référendum, limitation du mandat présidentiel à 5 ans, renouvelable une fois, rétablissement du multipartisme… »

 

Il crée son parti « La Convergence nationale » avec pour devise en sango (principale langue du pays) « Kwa na Kwa » (=Le travail, rien que le travail).

 

Bozizé est élu président en 2005 et réélu en 2011.

 

gif_anime_puces_186.gifQu’a-t-il fait et que lui reproche-t-on aujourd’hui ?

 

D’abord, politiquement, il a participé à la valse des présidents dans son pays. Sur les 6  chefs d’État qui ont dirigé le pays depuis son indépendance, 4 sont arrivés au pouvoir à la faveur d’un coup d’État. A son arrivée au pouvoir, le président Bozizé semblait avoir une vision, un objectif pour le pays, qu’il crut pouvoir concrétiser.

 

« Depuis le changement de régime de mars 2003. les acquis ne sont pas minces : retour à la légalité constitutionnelle, élections démocratiques (2005), retour progressif de la confiance et de la sécurité, malgré une tentative de rébellion vite matée au début de l'année 2006, réformes structurelles (bonne gouvernance, justice, refonte des lois et des codes d'investissement dans tous les secteurs, forêt, mines, télécommunications..., lutte contre la fraude et la contrebande, sécurisation des recettes fiscales et douanières), reprise de la coopération internationale bilatérale (France, Japon, Chine, notamment) et multilatérale (Union européenne, Banque mondiale, Fonds monétaire international, Banque africaine de développement, fonds arabes...), le tout devant être couronné à la fin de l'année 2006 par une table ronde des bailleurs de fonds, un programme de développement à moyen terme, un allégement de la dette extérieure bilatérale et un effacement de la dette multilatérale (initiative en faveur des pays pauvres très endettés renforcée par la décision des pays du G8 en 2005). » (Centrafrique, le pays et son potentiel économique, Jeune Afrique, 2006)

 

Des tentatives réelles pour remettre l’économie en marche et le pays au travail. Mais les Centrafricains semblent profondément conditionnés par des décennies d’instabilité et d’incurie politique. Le retard considérable du pays et les besoins criants dans tous les domaines : éducation, santé, eau, électricité, infrastructures… les rendent à la fois impatients et peut-être sceptiques.

D’où les appels à l’aide du président :

 

« Si nous voulons que la Centrafrique marche de nouveau sur ses deux jambes, l'aide internationale nous est indispensable. Nous avons épuré la fonction publique, suspendu des ministres, amélioré le recouvrement des recettes de l'État par la mise en place d'un guichet unique au niveau du port de Douala par où transite la quasi-totalité de nos importations, lutté contre la corruption, renforcé  l'appareil judiciaire... Mais sans un coup de fouet et une injection d'argent frais, nous n'y parviendrons pas. Je l'ai dit au président français Jacques Chirac, je l'ai dit au président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, et au directeur général du FMI, Rodrigo de Rato. Injectez des fonds, envoyez vos propres techniciens pour les gérer, et vous verrez les résultats. En six mois, nous décollerons… », a déclaré le président de la République dans une interview publiée par Jeune Afrique (n° 2352, 5 février 2006). (id).

 

De fait, ils n’y sont pas parvenus. Et aux nombreuses carences déjà énumérées s’ajoute une série de reproches faits au président : des promesses sans cesse renouvelées depuis 2007, mais non tenues selon ses opposants, comme le laisse supposer les propos d’un ancien Premier ministre en exil : « Il a fait 1000 promesses qu’il n’a pas tenues. Il a rempli le Parlement de ses amis et des membres de sa famille ; de même que le gouvernement. »

 

Parmi ces promesses non tenues, celles qui prévoyaient entre autres une indemnisation financière et un emploi pour les anciens rebelles ayant accepté de déposer les armes, l’intégration dans l’armée et dans l’administration d’anciens rebelles repentis ou graciés, mais aussi la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Le népotisme figure également en bonne place parmi les reproches.

 

Ces griefs sont à l’origine de la coalition des rebelles sous l’appellation de SÉLÉKA (coalition en sango).

 

gif_anime_puces_251.gifLe Séléka, quel avenir ?

 

Cette coalition, en fait un agrégat improbable de mouvements venus d’horizons les plus divers : anciens opposants historiques, partisans d’anciens présidents évincés, anciens ministres limogés, anciens et nouveaux mouvements d’opposition qui n’ont en commun que la volonté de chasser l’actuel président du pouvoir.

 

gif anime puces 192Et après (si la rébellion atteint cet objectif) ?

 

Quel avenir pour une coalition dont les membres ne partagent ni une idéologie véritable, ni un programme de gouvernement, et qui, de surcroît, n’échappe pas à la lutte des ego pour le leadership.

 

gif anime puces 253Bozizé victime du syndrome africain ?

 

Pour l’essentiel, sur le continent, la Centrafrique apparaît comme un condensé du modèle africain : des États dotés de ressources humaines et naturelles considérables (pour ce pays : uranium, diamant, or, bois, tourisme, chasse-safari qui draine les touristes fortunés des pays développés…).


Cependant au palmarès mondial,

IDH, 2011 = 0,343

Rang ; 179e/187 pays classés.

 

Un pays, qui comme d’autres, peine à émerger, malgré la ruée d’investisseurs étrangers, à l’origine de taux de croissance des plus enviables.

 

Enfin, comme d’autres États africains, la République centrafricaine est membre d’une organisation sous-régionale, la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEEAC), paralysée par des querelles d’ego au sommet, en panne de solidarité effective. Bref, la Centrafrique fait corps avec ces autres États avec qui elle partage le meilleur ; des potentialités énormes au regard desquelles il n’y a aucune fatalité à occuper les derniers rangs, et le pire : les carences de la gouvernance, l’inconsistance de l’État et les maux du sous-développement.


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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 15:24

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Osons une radioscopie salutaire, de nous-mêmes par nous-mêmes

 

bouton 006Oser, c’est faire preuve de courage, moral et intellectuel, c’est dompter son ego pour faire face, sans fard, à l’éclat de la réalité nue.

 

bouton 006Oser, c’est pratiquer l’humilité face au passé, à l’implacable histoire qui s’impose à tous.

 

L’actualité offre l’occasion d’un regard sur quelques traits caractéristiques du pouvoir en Afrique, partant, de l’état du continent 50 ans après les indépendances.

 

Le président de la République centrafricaine, François Bozizé, en butte à la rébellion d’une partie de ses compatriotes, a demandé officiellement l’aide de la France et des Etats-Unis, ce 27 décembre 2012. Que n’a-t-il tendu la main à la Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC) dont son pays est membre fondateur, ou à l’Union africaine dont il est également membre fondateur ? (Même s’il existe des précédents en Afrique francophone).

 

etoiles005Détail non dénué de sens, car il s’agit bien d’un Etat souverain, membre de l’Union africaine dont la Charte comporte des chapitres destinés à l’arbitrage au sein de la « famille africaine », pour éviter guerres entre Etats,guerres civiles et violations des droits humains.

 

A quoi servent cette institution continentale et ses organismes d’arbitrage ?

 

Il en va ainsi comme du reste, 50 ans après l’accession à la souveraineté politique. Et pourtant, que de publications, de statistiques, de discours, depuis ces cinq dernières années sur les taux de croissance africains (la moyenne se situant entre 4 et 5%).

 

Si les Africains n’y prennent garde, le risque est potentiel : de se noyer définitivement dans le sable mouvant des illusions et des mirages forgés de l’étranger, parce que, ainsi aveuglés, ils ne seront plus en capacité d’analyses et de vision d’eux-mêmes, de leurs réalités.

 

Pour mémoire, la Centrafrique, c’est la patrie de l’ancien « Maréchal-Empereur » Jean Bedel Bokassa, un pays généreusement doté par Dame Nature de diamant, uranium, bois, or,  avec un taux de croissance de 4,1 en 2011.

 

Combien de chefs d’États asiatiques, anciennes colonies françaises, demandent aujourd’hui l’aide de la France pour combattre une rébellion ?

 

Il existe par ailleurs, une similitude troublante entre l’attitude des rois de la côte africaine du XVIIe siècle vis-à-vis de Louis XIV et celle de nombre de chefs d’État africains d’aujourd’hui à l’égard du président de la République française : une fâcheuse impression de permanence des comportements et des sentiments : on ne s’assume pas, on demande la protection de l’autre, on délègue ses devoirs de souveraineté, on demande ( comme certains rois africains de la côte), de la poudre et des munitions pour « tuer ses voisins », ici en l’occurrence ses compatriotes, opposants politiques. (Voir Louis XIV et l’Afrique noire, à paraître chez Arléa).

 

fleche 026Les signaux dignes d’être interprétés comme des indices du décollage ou de l’émergence tardent à s’annoncer en Afrique malgré des statistiques contraires.

 

fleche 026bien sûr la croissance à 4 ou 11%.

 

fleche 026les nouvelles technologies comme moteur du développement.

 

fleche 026des centres-villes sortis du néant urbanistique, métamorphosés par la grâce de l’action des Chinois…

 

etoiles005Mais sur le fond ?

 

De cette croissance, de ces technologies, de cette modernisation de quelques quartiers urbains, quelle est la part des Africains eux-mêmes ?

 

Méfions-nous des faux-semblants, du rutilant et du clinquant. Soyons juges de nous-mêmes, de nos forces et faiblesses, dans la rigueur de l’analyse et du diagnostic ; sachons distinguer l’apparence et la réalité du développement, lequel n’est jamais donné, mais se conquiert. Il faut s’en donner les moyens, c’est-à-dire avoir la volonté de s’en sortir.

 

etoiles005Où en sont les fondamentaux, ceux qui assurent une croissance endogène, générée de l’intérieur, provenant du cerveau et de l’effort des Africains ? Seule cette croissance mène à l’émergence et au développement qui, en aucune manière, ne peut être le fruit de la mendicité déguisée en politique d’aide au développement venant de l’extérieur. Le développement sortira de la volonté des Africains ou ne sera pas, ce qui n’exclut aucunement la coopération avec d’autres. Les impedimenta, les boulets aux   chevilles de l’Afrique, qui l’empêchent d’avancer résolument, sont légion.

 

bouton 007A-t-on fait un diagnostic précis de l’état de l’école en Afrique hier et aujourd’hui ? de la formation ? de l’éducation à la santé, au développement, à la connaissance de l’Afrique et du monde ?

 

bouton 007

A-t-on cherché à rénover en profondeur le système scolaire pour que les jeunes africains maîtrisent leur passé, pour s’ouvrir au monde, avec assurance ,afin d’être des acteurs à part entière du monde et de son devenir ? Les forme-t-on à la maîtrise des compétences leur permettant de mettre en valeur les ressources de leur pays, chez eux et pour eux-mêmes ?

 

Plus qu’une croissance à deux chiffres, ce dont l’Afrique a aujourd’hui le plus besoin, c’est une Révolution culturelle au sens noble du mot, qui accorde une place de choix à la raison (non au rationalisme), à celle qui engendre l’esprit d’analyse, l’esprit critique, lequel est source de jugement libre, éclairé et fécond, antithèse des superstitions obscurantistes et de toutes les formes de fanatismes.

 

etoiles005Libérer l’individu pour libérer l’esprit et les énergies

 

Cette Révolution culturelle, celle des mentalités et des comportements, est aussi nécessairement révolution de la gouvernance. Sans doute plus que toute autre région du monde, la santé de ce continent est tributaire de la qualité de ses gouvernants : compétences, probité, sens de l’État et des droits. La croissance à deux chiffres y peut-elle quelque chose ?

 

Enfin, les rapports entre Africains (il faut oser le dire) sont aussi un des facteurs de stagnation et de régression généralisées : rapports entre individus, entre États. Il faut traduire dans les faits la « légendaire solidarité africaine » certainement mieux appréciée par les étrangers (Européens en l’occurrence) que par les intéressés eux-mêmes. En tout cas on en chercherait longtemps la manifestation concrète. C’est si dur entre eux ! S’aiment-ils vraiment ?

 

On objectera –à juste titre- que les Européens eux aussi se sont entretués des siècles durant. Certes. Mais aujourd’hui ces mêmes Européens forment une famille, l’« Union européenne » pour bannir sur leur continent la guerre, la méchanceté des hommes, qui engendrent ruine, misère et sous-développement, grâce à la solidarité instituée et une coopération exemplaire.

 

L’Union africaine qui s’est formée précisément sur le modèle européen, et semble-t-il, avec les mêmes objectifs, ne peut-elle s’en inspirer ?

 

« Pour se mettre en valeur aux yeux du blanc, le Noir africain déteste son frère de couleur et s’efforce ostensiblement à le rabaisser » (Propos d’un médecin colonial français en poste en Afrique de l’Ouest de 1928 à 1948). Qui ose prétendre le contraire ?

 

Entrez donc dans les profondeurs de l’histoire du continent. Vous aurez les raisons pour lesquelles l’Afrique fut facilement colonisée par les Européens. Et la traite des Noirs elle-même ? Si l’esclavage constitue ce phénomène universel pratiqué par tous les peuples depuis les débuts de l’Humanité, pourquoi la traite, le commerce d’êtres humains, a-t-elle atteint en Afrique ce niveau jamais égalé dans aucune autre région du monde ?

 

gif anime puces 029Pourquoi les Noirs d’Afrique ?

 

gif anime puces 029Pourquoi si longtemps et si massivement ?

 

Sans la participation active des Africains eux-mêmes (rois et chefs), ce phénomène n’aurait jamais atteint la dimension qu’on lui connaît.

 

De même, sans le concours des auxiliaires et autres tirailleurs africains, guides et porteurs… la colonisation aurait sans doute porté un autre visage.

 

Pourquoi des Noirs ont-ils donné la chasse à d’autres Noirs pour les vendre aux Blancs ? Pourquoi des Africains ont-ils aidé les Européens à occuper et dominer le continent ? (Bien sûr on peut se demander aussi pourquoi des Français ont aidé les Allemands à occuper la France, à envoyer d’autres Français en camp de concentration… Mais il y eut en France, après la guerre, une réflexion sur cette collaboration, et un procès des collaborateurs eut lieu, afin de tirer les leçons de l’histoire. A-t-on mené une telle réflexion en Afrique ,afin d’en tirer une bénéfique et nécessaire pédagogie, qui permette de refermer les plaies du passé pour se tourner résolument vers l’avenir ?).

 

« Hommes de toutes les nuances de noir, fétichistes, musulmans, des tondus, des crépus, des tatoués, des pieds nus et des chaussés, venus du Sahara, du Sénégal, du Soudan, des confins algériens, de la forêt congolaise… se battaient pour nous, lors de la conquête coloniale à la fin du XIXe siècle. » (Roland Dorgelès).

 

Pourquoi lors des guerres de conquête coloniale au XIXe siècle, tant de sujets combattants ont-ils tourné le dos à leurs rois pour se rallier à la bannière française, et demander la protection de la France ?

 

Pourquoi des Noirs vendaient-ils des Noirs aux Blancs ?

 

Pourquoi des Noirs aidaient-ils des Blancs à combattre les leurs et à dominer leur pays ?

 

C’est à cela qu’il faut réfléchir, en chercher les raisons, pour comprendre le présent et se forger une conduite qui puisse rendre ces réalités d’hier impossibles désormais. Et si c’était à refaire ? De quelles armes (morale, affective, matérielle, technique) dispose-t-on pour rendre la résurgence de ce passé à jamais impossible dans les faits et dans les esprits ? Pour savoir, connaître et avancer ?

 

Or, il est au contraire courant de constater une crispation mentale sclérosante de la part de nombre d’Africains ostensiblement fermés à tout rappel de quelques aspects sombres de leur histoire. On ne veut ni voir ni savoir, encore moins entendre ceux qui savent. C’est haro sur le premier qui ose en parler, ou tenter de faire ouvrir les yeux. Au bûcher l’imposteur ! On juge ainsi sans savoir, on condamne sans connaître. Comme si l’histoire était une affaire personnelle qu’on mène à sa guise.

 

Cette carence mentale est source de cécité intellectuelle, qui condamne le progrès de l’esprit et de la connaissance. L’incapacité intrinsèque à se regarder en face est signe de faiblesse et d’indigence mentale. On préfère vivre la tête dans le sable, quoi qu’il arrive. Or, qui ignore son passé est condamné à le revivre. Mais, en Afrique, est-on disposé à connaître son passé ?

 

Il est quelques questions fondamentales que les Africains doivent se poser et qui seraient source d’inspiration et de régénération.

 

gif anime puces 543Pourquoi en est-on là ?

 

gif anime puces 543Pourquoi la traite esclavagiste et ses ravages ont –ils été possibles ?

 

etoiles005Et si c’était à refaire ?

 

Ces questions et la réflexion à laquelle elles mènent sont infiniment plus constructives que les vociférations réclamant « réparation » ou « repentance ».

 

La victimisation permanente érigée en système de défense ou en argument historique n’a jamais élevé personne. Elle enferme au contraire dans la rancœur et rend otage du passé, empêchant par conséquent la recherche des voies les mieux appropriées pour s’élever au-dessus du passé par une résilience réparatrice, seule condition de se reconstruire pour construire l’avenir.

 

Il est tout à fait dommage que du discours de Dakar de juillet 2007, prononcé par le président Sarkozy, on n’ait retenu que ce bout de phrase : « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » (Même si j’émets des réserves sur d’autres passages de ce discours).

 

Être entré dans l’histoire, ce n’est pas vivre au crochet du monde, en mendiant perpétuel. C’est s’assumer. C’est être acteur du monde et participer au mouvement du Monde. L’Histoire, c’est cet immense navire qui embarque tout le monde, où qu’on soit, et qui qu’on soit. La question, est : quelle place  occupe-t-on à bord ? Sur le pont ou dans la soute ? Parmi ceux qui sont au gouvernail, à la barre, qui guident et impriment la direction à suivre, ou au contraire, parmi ceux qui, ligotés et bâillonnés, dorment à fond de cale, transportés et ballotés ?

 

Le discours de Dakar comportait un autre passage digne d’être retenu. Le président français interpellant ainsi les jeunes d’Afrique :

 

« Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous que l'Etat se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l'Etat de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place. »

 

etoile 116Qu’en pensez-vous ?

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 09:39

1Savoir reconnaître son jourwhtflower_blow_w.gif

 

Connaître les jours malheureux.

Car il y en a où rien ne réussira. Tu auras beau changer de jeu, tu ne changeras point de sort. C'est au second coup qu'il faudra prendre garde si l'on a le sort favorable, ou contraire. L'entendement même a ses jours ; car il ne s'est encore vu personne qui fût habile à toutes heures. Il y va de bonheur à raisonner juste, comme à bien écrire une lettre. Toutes les perfections ont leur saison, et la beauté n'est pas toujours de quartier. La discrétion se dément quelquefois, tantôt en cédant, tantôt en excédant. Enfin, pour bien réussir, il faut être de jour (Être clans un bon jour). Comme tout réussit mal aux uns, tout réussit bien aux autres, et même avec moins de peine et de soin ; et il y a tel qui trouve d'abord toute son affaire faite. L'esprit a ses jours ; le génie son caractère ; et toutes choses leur étoile. Quand on est de jour, il n'en faut pas perdre un moment. Mais l'homme prudent ne doit pas prononcer définitivement qu'un jour est heureux, à cause d'un bon succès ; ni qu'il est malheureux, à cause d'un mauvais ; l'un n'étant peut-être qu'un effet du hasard, et l'autre du contretemps.trefle_059.gif

Baltasar Gracian (1601-1658), L’Art de la prudence

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 08:08

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De l’art de cultiver sa vie Papillons-65

 

Nous pensons que seuls consacrent leur temps à de véritables occupations, quoi qu'on dise, ceux qui veulent avoir Zénon, Pythagore, Démocrite et tous les autres prêtres des valeurs suprêmes, Aristote, Théophraste, comme familiers de chaque jour. Aucun d'eux ne nous fera faux bond, aucun ne renverra son visiteur sans le rendre plus heureux, plus disposé à l'aimer, aucun ne le laissera partir les mains vides. Tout mortel peut aller les trouver la nuit comme le jour.

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Parmi eux, nul ne te forcera mais tous t'apprendront à mourir. Parmi eux, aucun ne dilapide tes années mais tous t'apportent les leurs. Avec eux, un entretien ne présentera jamais aucun danger, aucune amitié ne sera funeste, ni aucun hommage coûteux. Tu emporteras d'eux tout ce que tu voudras ; il ne se trouvera rien pour t'empêcher de puiser chez eux autant que tu le désires. Quel bonheur, quelle belle vieillesse attend celui qui s'est placé sous leur patronage ! Il pourra délibérer avec eux des sujets les plus minimes comme des plus graves ; il pourra les consulter chaque jour sur ce qui le concerne : ils lui diront la vérité sans l'outrager, le loueront sans le flatter, et il pourra se modeler à leur image. On a coutume de dire qu'il n'a pas été en notre pouvoir de choisir nos parents, que le hasard nous les a donnés : mais l'homme vertueux peut naître où il veut. Les esprits les plus nobles composent des familles. Choisis celle dont tu veux faire partie, et tu en recevras non seulement le nom, mais les biens, que tu n'auras pas à préserver avec une avarice sordide et mesquine parce qu'ils s'accroîtront d'autant plus que tu les partageras davantage. Ils te donneront le chemin vers l'éternité et t'élèveront en un lieu où nul ne pourra te jeter à bas. C'est le seul moyen de dépasser sa condition de mortel, et même de la transformer en immortalité. Les honneurs, les monuments, tous les décrets que l'ambition a rendus ou les ouvrages qu'elle a construits, tout cela a tôt fait de s'effondrer : il n'est rien que n'ébranle ou ne démolisse une vétusté prolongée. Mais celle-ci n'a pas le pouvoir d'endommager ce que la sagesse a consacré : le temps n'en abolira rien, n'en enlèvera rien. L'avenir, les générations ultérieures apporteront quelque chose de plus à la vénération que son œuvre inspire : car ce qui est encore proche suscite l'envie, mais à distance on admire avec plus de sincérité.

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Ainsi donc, la vie du sage s'étend très loin, car il n'est pas enfermé dans les mêmes limites que les autres. Lui seul est délivré des lois du genre humain, et tous les siècles lui sont soumis comme à un dieu. Le temps est-il passé qu'il le retient par son souvenir ; présent, il l'utilise ; futur, il s'en réjouit par avance. Ce qui fait la longueur de sa vie, c'est la réunion de tous ses moments en un seul.

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Bien plus courte et plus troublée est la vie de ceux qui oublient le passé, négligent le présent, craignent l'avenir : arrivés au moment suprême, ils comprennent trop tard, les malheureux, qu'ils ont passé tout leur temps occupés à ne rien faire.

 

Sénèque (4 av. JC-65) in La vie heureuse, trad. François Rosso

 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 15:42

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Statut du savoir en France et en Afrique

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Une étude riche de sens

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etoiles005« Pour les Français, le savoir est sacré

Il est primordial pour l'immense majorité de nos compatriotes. Car il aide à comprendre le monde qui nous entoure.

 

II est « important » pour 56 % des sondés (1) et « essentiel » pour 39 %. Au total, le savoir est « primordial » pour 95 % des 1 500 personnes interrogées par TNS Sofres. Juste derrière la vie de famille et la sécurité financière (citées par 98 %) et devant le fait d'avoir un métier intéressant (93 %).

 

Mais pourquoi cet engouement ? « Parce que le savoir aide à comprendre le monde », répondent 42 % des sondés. « Parce qu'il aide à transmettre des connaissances aux enfants » pour 22 %. Seulement 2 % considèrent qu'il a « pour fonction de gagner de l'argent ». C'est rassurant…

 

Mais qui incarne le savoir ? « Les scientifiques », répondent 59%  des Français interrogés ; devant les philosophes et les écrivains (38 %). Les politiques ne sont cités que par 15 % ; les guides spirituels par 11 %. Les figures dominantes sont Einstein, Pierre et Marie Curie, Louis Pasteur... Manifestement, la France n'est plus seulement la patrie de Voltaire et d'Hugo.

 

Mais comment acquiert-on le savoir ? À l'école, auprès des professeurs, pour 76 % des sondés, dans les livres (73 %), par Internet (29 %). Ce dernier résultat est à nuancer. Les élèves et les étudiants répondent Internet à 48 %. »

 (1) Sondage commandé par les Éditions des Presses universitaires de France (Puf) et l'assureur GMF et réalisé par Internet, entre le 25 juin et le 1er juillet 2012. (dans Ouest-France)

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C’est l’occasion de tenter une comparaison et d’en tirer quelques enseignements. Comparaison légitime : une bonne partie de l’Afrique étant constituée d’anciennes colonies françaises, cette Afrique a-t-elle culturellement, philosophiquement, hérité de la France dans les domaines concernés par l’étude ?

 

Quel pays d’Afrique peut, aujourd’hui, se targuer d’afficher les mêmes statistiques et les mêmes considérations pour l’école, le scientifique, le philosophe, l’écrivain, le savoir en général ?

 

Au contraire, l’inversion des valeurs est évidente. Cette enquête donnerait aujourd’hui des résultats totalement inversés de ceux enregistrés en France. En Afrique, aucun Albert Einstein, aucun Louis Pasteur, aucun Pierre ou Marie Curie non plus.

 

Des danseurs, oui ! Des footballeurs, oui ! Tous figureraient au gotha du palmarès africain.

 

Dans la fonction publique, seules la douane et la police suscitent encore quelques vocations (on devine pourquoi).

 

L’argent, l’argent, encore l’argent ! rien que l’argent. Car l’argent fait l’homme ! Le but de la vie, c’est encore l’argent ! Lequel fait désormais  le fils, l’ami, le frère et fonde le respect.

 

Les intellectuels, les hommes de science, les penseurs, ne sont pas des modèles en Afrique. Ceux qui n’ont ni voitures de luxe, ni villas de luxe, ni comptes en banque bien garnis, sont exclus des gens dignes de respect quels que soient leur niveau de savoir et leurs compétences.

 

Avec une telle culture et un tel niveau de corruption dans la plupart de ces Etats, rien de solide ni de durable ne peut être bâti, tant au niveau national qu’au niveau local. C’est à une mutation en profondeur des mentalités et des comportements qu’il faut s’atteler.

 

La danse et le foot n’ont rien de condamnable en soi, sauf s’ils amènent à se moquer de l’école et du savoir. J’entends par savoir tous les savoirs y compris et surtout le savoir livresque qui forme l’esprit, libère la pensée et ouvre la voie de tous les possibles.

 

La danse et le foot sont en tous les cas des activités nobles par rapport à ce qui se développe de plus en plus en Afrique : la culture de l’argent facile qu’on gagne à n’importe quel prix, y compris au prix du mensonge, du vol, et surtout des trafics illicites en tous genres, celle d’un matérialisme insensé qui subordonne tout à l’argent. L’expression nouvelle « arnaque à l’africaine » ou « arnaque à la nigériane » est le signe d’une dérive grave qui ne relève pas ceux qui s’y livrent. Ce n’est pas non plus le moyen le mieux indiqué pour briser une fois pour toutes les chaînes qui les entravent depuis si longtemps et qui les empêchent d’avancer et d’émerger.

 

L’argent, l’argent, oui, mais quel argent ? Le rapport des Africains à l’argent a une histoire dont on discerne aisément les étapes.

 

Dès l’accession à l’indépendance (l’exemple vient d’en haut) : les premiers dirigeants des Etats ont revêtu le costume et l’apparat des colonisateurs et certains ont mis la main sur les ressources du pays à leur seul profit. Or, une croyance fortement ancrée dans l’esprit des colonisés était que le blanc (le colonisateur en particulier) est riche par essence. Etre proche du blanc, c’est être riche. D’où la confusion entre pouvoir politique et richesse, responsabilité gouvernementale et argent en abondance. « Pourquoi perds-tu ton temps à faire des études qui ne rapportent rien ? Fais donc de la politique ! » s’exclamaient des pères à l’adresse de leurs enfants.

 

La politique a vite pris le pas sur l’école comme moyen d’enrichissement sûr dans l’esprit de nombre d’Africains.

 

Puis commença le cycle des coups d’Etat un peu partout sur le continent. Les militaires qui renversaient les régimes établis, jouissaient de leurs prérogatives supposées en fait d’enrichissement par l’accumulation rapide de l’argent. « Pourquoi perdre ton temps à l’école, entre donc dans l’armée ! » affirmaient les mêmes pères. D’où cette lente dégradation du statut de l’école et des enseignants dont certains sont profondément démoralisés, déconsidérés, clochardisés. On n’ose plus faire savoir qu’on est enseignant face au militaire qui, lui, incarne le pouvoir, c’est-à-dire l’argent et qui jouit  de la considération sociale. Puis, les coups d’Etat n’étant plus ni faciles ni tout à fait à la mode (ou plutôt de moins en moins), d’autres moyens d’enrichissement facile et rapide apparaissent pour certains, qui ne sont ni propres ni légaux. Et la corruption érigée en mode d’existence, sur le point d’apparaître comme une véritable culture, faite de mensonge, de faux, de prédation, voire de crime, qui contrarie toute construction de l’Etat viable, et toute cohésion nationale.

 

Dans une telle culture, la place du livre, de la lecture, de l’écrit, donc du savoir, n’est pas la meilleure. Toutes les statistiques de l’UNESCO, depuis des décennies, concordent : l’Afrique subsaharienne n’est pas la terre d’élection du livre et de la lecture : Le nombre de bibliothèques publiques ( dans les villes)  et de bibliothèques privées (dans les foyers) corrobore les études de l’UNESCO.

 

Dans ces conditions, quelle aide extérieure apporter ? Comment aider ?

 

Il est légitime et louable que des bonnes volontés se penchent sur ceux qui peinent à se nourrir, à se soigner. Mais aider dans ces conditions, c’est tout un art qui ne peut s’improviser sous peine d’aboutir à des remèdes pires que le mal. La manière dont cette aide est conçue et gérée compte plus que l’aide elle-même.

 

Afin de juger de la  meilleure manière d’aider, il serait salutaire de mettre un terme à une confusion généralisée quant  au  sens du vocable « aide ».

 

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De quelle aide s’agit-il ?


bouton 007l’aide d’urgence ?

bouton 007l’aide amitiés exotiques ?

bouton 007l’aide humanitaire mâtinée de romantisme rousseauiste ?

bouton 007l’aide de bonne conscience ?

bouton 007l’aide moyen d’évasion de soi et du quotidien ?

bouton 007l’aide altruisme de générosité distributive ?

bouton 007l’aide à s’assumer pleinement, à être responsable de soi et de son avenir, c’est-à-dire l’aide au développement ?

 

 

Si toutes ces formes d’aides sont légitimes, celle qui permet aux bénéficiaires de se passer de l’aide à terme, est aujourd’hui la plus souhaitable pour l’Afrique. Cette dernière forme d’aide ne peut ni s’improviser ni se pratiquer en amateur. Elle exige une connaissance approfondie des bénéficiaires, de leur histoire, leurs cultures, leurs idéaux, leurs besoins objectifs. Elle exige d’apprendre aux gens à travailler, à être responsables de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont. Il faut surtout être capable de tenir le langage adapté à ceux qu’on veut aider. Il ne s’agit pas simplement de les soigner, mais de les former à éviter de tomber malades ; non pas se contenter de leur donner du mil ou du riz, de les nourrir, mais les former à produire pour se suffire à eux-mêmes.

 

Réhabiliter l’école, le savoir, la formation, promouvoir la liberté individuelle afin de libérer les énergies,  donner aux femmes les moyens d’agir pour « bouger » l’Afrique, telle me semble la seule voie qui aboutisse aux objectifs de l’« aide développement ». Qu’on soit en haut ou en bas, à l’est, à l’ouest, au nord ou au sud, on est dans l’Histoire. La question, c’est « à quelle place ?» : acteur de l’Histoire ou objet de l’Histoire ? Sur le pont ou dans la soute ? Entrer dans l’Histoire, ce n’est pas seulement exister, se laisser porter ou mener,  c’est être acteur de son destin pour être être acteur du monde. Il faut oser le dire pour avancer.


L’empathie ne doit pas empêcher le langage de vérité et de responsabilité, ni l’appel à la volonté et à l’effort dans la probité. Autrement, on tombe dans la culture de l’assistanat qui n’a jamais mené un peuple au développement.17

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