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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 09:52

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LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE : GRANDEUR ET SERVITUDE

 gif anime puces 858

 

Que diable allait-elle donc faire dans cette galère ?

 

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La galère sur un océan de haine

 

Quoi qu’elle fasse

 

La non intervention en Centrafrique à l’heure où le monde entier assiste au naufrage d’un pays, où l’État implose littéralement, un pays transformé en champ clos de carnage, théâtre de violences inouïes et de sanglante barbarie, en proie à la folie meurtrière d’un obscurantisme surgi du fond des âges, eut été considérée comme une dérobade coupable, par ceux-là mêmes qui lui font aujourd’hui le reproche de son intervention, trouvant le mobile de cette intervention dans la convoitise des ressources naturelles du pays.

 

 

Intervenir ou ne pas intervenir ?

 

La France avait-elle le choix ?

 

On peut toujours trouver un relent de colonialisme et une volonté de mettre la main sur les richesses naturelles à toute intervention de la France dans n’importe quel pays d’Afrique francophone. Ce jugement n’est certes pas dépourvu de tout fondement mais, c’est l’interprétation sans doute la plus facile, c’est-à-dire la plus commode, qui permet de s’exonérer de toute analyse approfondie visant à un degré minimal d’objectivité.

 

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Appel à la France à Bangui

 

Le plus difficile, par définition le moins commode, c’est l’effort intellectuel par lequel on s’efforce de pénétrer au cœur de l’événement pour une expertise critique étayée par une argumentation rigoureuse, prenant en compte ses dimensions multiples, en fonction du lieu et du contexte.

 

En Centrafrique, la France n’est pas en terre inconnue. Elle est toujours intervenue dans ce pays depuis son indépendance, et fut intimement associée à toutes les phases de son histoire politique agitée, depuis 1959. Aucun chef d’État centrafricain, élu ou parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, n’a pu se passer de l’appui et de l’onction de la France.

 

C’est sans doute pour cette raison que le président Bozizé, chassé du pouvoir en mars 2013 par les rebelles de la Séléka (rassemblement ou coalition en langue sango), avait sollicité en vain l’aide de la France (comme après son coup d’État en 2003, où celle-ci lui tendit la main et l’adouba).


Ayant signé en 2013 un important contrat avec la Chine qui permettait à celle-ci d’exploiter de nouveaux gisements pétroliers au nord, ainsi que sa participation au développement du pays (selon la volonté du président), d’aucuns y ont vu la raison du lâchage de Bozizé, mais aussi de l’intervention en cours, destinée entre autres à contrer cette entrée des Chinois sur sa « chasse gardée ».


Malgré tout, la décision d’intervenir en Centrafrique ne semble pas avoir été spontanée, ni réellement désirée, selon plusieurs éléments d’analyse. Elle s’est faite en 3 étapes, entre la prise de conscience et l’action concrète.


fleche 0261er temps : celui de l’attentisme. L’entrée des rebelles dans la capitale et la fuite du président Bozizé vers le Cameroun une fois entérinées, le gouvernement français par la voix du Quai d’Orsay, déclare avoir pris acte du changement intervenu et appelle au calme et au dialogue dans l’intérêt de ce pays.


fleche 0262e temps : la France déclare déplorer que ce changement soit survenu par la force et au mépris des institutions démocratiques et la suppression (ou suspension) de celles-ci.


fleche 0263e temps : face à l’appel pressant de plusieurs ONG étrangères, notamment de Human Rights Watch, mais aussi d’Églises, de personnalités africaines et françaises, surtout, confrontées aux images et récits de violences et d’exactions insoutenables, dans un chaos indescriptible et des populations à l’abandon, le président français décide d’entrer en action par l’envoi de troupes.


Fallait-il laisser un « génocide rwandais bis » se perpétrer en Centrafrique, musulmans massacrant chrétiens et chrétiens massacrant musulmans ?

 

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L’horreur. Femmes en détresse

 

 

Comment intervenir ?

 

Si le bien-fondé de l’intervention française ne peut être mis en doute, vu l’urgence humanitaire et la « responsabilité historique », c’est le comment de cette intervention qui peut légitimement interroger.

 

Fallait-il y aller seul ?

 

Une force internationale massive sous la bannière de l’ONU et le commandement (ou l’inspiration) de la France eût été souhaitable.

 

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Militaires français face à la haine et à la violence à Bangui

 

gif anime puces 577Que peut la France seule dans cet océan de haine et d’obscurantisme ? Face à ce trou béant, ce déficit criant d’État ?


gif anime puces 577Que peuvent les chars et les canons, quand c’est le cœur et le cerveau qu’il faut toucher pour éteindre la haine et activer la raison ?

 

La présence française en Centrafrique, au-delà de l’aspect purement militaire, constitue un véritable symbole : celui d’un renversement des rôles ou des valeurs. Les jeunes soldats français auraient-ils désormais vocation à remplacer les « vieux sages » africains, pour concilier et réconcilier, apaiser les tensions qui déchirent individus, familles et clans ?


Où est donc passée la légendaire « sagesse africaine » ? Est-elle partie en fumée ou était-elle fumée ?

 

Où sont les Africains ?

 

Dès l’arrivée au pouvoir et l’installation par la force des nouvelles autorités issues de la rébellion, en mars 2013, la première réaction africaine fut celle de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), dont la Centrafrique est membre. Au cours d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la sous-région, réunis pour la circonstance, dans la capitale du Tchad, N’Djamena, il fut décidé d’entériner le fait accompli à Bangui. Ce soutien tacite fut assorti de conditions dictées au nouveau pouvoir, parmi lesquelles la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation d’élections « démocratiques et transparentes » dans un délai de 18 mois.

 

Cacophonie ?

 

Dans le même temps, l’Union africaine réagissait et condamnait vigoureusement le coup d’État de la rébellion en Centrafrique. Mieux, elle décidait d’isoler totalement les nouvelles autorités, en commençant par exclure le pays de la CEEAC. Elle demanda à toutes les organisations internationales de faire de même : ONU, Union européenne… Elle les invita à prendre des sanctions à l’encontre des principaux chefs de la Séléka, à commencer par le premier d’entre eux, le président autoproclamé Djotodia : gel des avoirs, restrictions des déplacements…


De toute manière, le rétablissement de l’État et de l’ordre en Centrafrique ne peuvent venir ni des responsables politiques, ni des forces armées africains. Le salut du pays est ailleurs.

 

Et l’Europe ?

 

Les Européens ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Centrafrique. D’une manière générale, la réponse de la communauté internationale, principalement de l’Union européenne, demeure jusque là minimale. L’Allemagne, la Pologne, la Lettonie… ont-elles le même rapport à l’Afrique que la France ? Ont-elles la même mémoire de l’histoire ?

 

D’aucuns, parmi les États européens, reprochent à la France de s’être engagée seule en Centrafrique, sans les prévenir, et de vouloir les mettre devant le fait accompli en sollicitant leur participation.


Quoi qu’il en soit, la situation actuelle de ce pays dépasse le simple huis-clos de la France avec son ancienne colonie. L’État centrafricain totalement effondré, le vide créé serait vite comblé par ceux que peu d’États d’Europe souhaiteraient voir à leur porte : un terrain conquis par les djihadistes et les adeptes de tous les trafics… Ceux qui sont chassés du Nord-Mali y afflueraient, s’y installeraient en maîtres, en y rencontrant d’autres qui renforceraient leur pouvoir. Et ce nouveau sanctuaire de tous les dangers, créé et conforté, serait une menace pour l’Afrique, mais aussi pour l’Europe et le monde.


Vu sous cet aspect, la France, ce Don Quichotte impénitent, œuvre aussi en Centrafrique, seule, pour la paix mondiale.

 

Un conflit interne, religieux et ethnique ?

 

À l’origine non ! Un conflit né de l’incurie et de l’inconscience de politiques centrafricains qui instrumentalisent la religion et l’ethnie pour suppléer leurs carences. La défaillance de la gouvernance et la faillite de l’État portent en germes toutes les dérives et tous les drames imaginables.


Si ce pays a toujours été une terre de révoltes et de rébellions, ces mouvements sociaux ou politiques furent toujours dirigés contre des gouvernants brutaux, incompétents et inaptes à la fonction d’homme d’État. Jamais par le passé des fractions de la population de ce pays, où religions et ethnies ont toujours vécu en bonne intelligence, ne s’affrontèrent pour motif religieux ou ethnique. La mauvaise gouvernance corrompt cette harmonie sociale, compromettant gravement l’avenir du pays.

 

Comment éteindre le feu ?

Perspectives et solutions

 

Court terme, moyen terme, long terme

 

etoile 108Court terme :


 

gif anime puces 601D’abord mettre le pays sous tutelle internationale, sous mandat des Nations unies, avec pour objectif : traiter le mal en profondeur : mettre un terme aux violences et exactions, grâce à la mise sur pied d’une force issue des l’ONU.


gif anime puces 601La deuxième urgence sera la création d’une administration digne de ce nom : police, gendarmerie, justice, toutes choses totalement disparues depuis mars 2013.

Reconstruire hôpitaux, dispensaires, services municipaux, écoles, service d’état civil, poste… bref, les bases fondamentales de l’administration.


gif anime puces 601Troisième urgence enfin, former les cadres nationaux indispensables à l’administration et à l’État. Entreprendre une œuvre de pédagogie civique : réconcilier ethnies et religions.


 

etoile 108Moyen terme :


Construire ou « reconstruire » l’État, créer et mettre à jour fiches électorales, budget, douanes, service fiscal… former et sensibiliser au sens de l’État, au réflexe du service d’État, au respect du bien public…

 


etoile 108Long terme :


Celui de la renaissance de l’État et de la nation. Il sera fonction des constructions opérées par le court et le moyen terme, et permettra de les compléter et les parfaire, par le fonctionnement normal de l’État au service de tous, et la formation d’un gouvernement issu d’élections authentiquement démocratiques, lequel sera animé par des hommes et des femmes formés, intègres, compétents et dévoués.

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 09:53

chouette2.jpgÉPICTÈTE, ENTRE MAXIME ET ACTIONS

 

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gif anime puces 029Face à l’autre, chercher l’entrée lumineuse

 

Epictete.jpg

 

Chaque chose présente deux prises, l'une qui la rend très aisée à porter, et l'autre très mal aisée. Si ton frère donc te fait injustice, ne le prends point par l'endroit de l'injustice qu'il te fait ; car c'est par où on ne saurait, ni le prendre, ni le porter ; mais prends-le par l'autre prise, c'est-à-dire, par l'endroit qui te présente un frère, un homme qui a été élevé avec toi, et tu le prendras par le bon côté qui te le rendra supportable.

 

Ce n'est pas raisonner conséquemment que de dire, je suis plus riche que vous, donc je suis meilleur que vous : je suis plus éloquent que vous, donc je vaux mieux que vous. Pour raisonner conséquemment il faut dire, je suis plus riche que vous, donc mon bien est plus grand que le vôtre ; je suis plus éloquent que vous, donc ma diction vaut mieux que la vôtre : mais toi tu n'es ni bien, ni diction.

 

Quelqu'un se met de bonne heure au bain, ne dis point qu'il fait mal de se baigner si tôt, mais qu'il se baigne avant l'heure : quelqu'un boit beaucoup de vin, ne dis point qu'il fait mal de boire, mais qu'il boit beaucoup ; car avant que tu aies bien connu ce qui le fait agir, d'où sais-tu s'il fait mal ? Ainsi toutes les fois que tu as à juger évite de voir devant tes yeux une chose, et de te prononcer sur une autre.

 

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gif anime puces 029L’ignorant et le philosophe

 

En nulle occasion ne te dis Philosophe, et ne débite point de belles maximes devant les ignorants ; mais fais tout ce que ces maximes renferment. Par exemple, dans un festin ne dis point comment il faut manger, mais mange comme il faut. Et souviens-toi qu'en tout et partout Socrate a ainsi retranché toute ostentation et tout faste ; les jeunes gens allaient à lui pour le prier de les recommander à des Philosophes, et il les menait, souffrant ainsi sans se plaindre le peu de cas qu'on faisait de lui.

 

S'il arrive donc qu'on vienne à parler de quelque belle question devant les ignorants, garde le silence ; car il y a bien du danger à aller rendre d'abord ce que tu n'as pas digéré. Et lorsque quelqu'un te reprochera que tu ne sais rien, sache que tu commences à être Philosophe dès ce moment-là : car les brebis ne vont pas montrer à leurs bergers combien elles ont mangé, mais après avoir bien digéré la pâture qu'elles ont prise, elles portent de la laine et du lait ; toi de même ne débite point aux ignorants de belles maximes ; mais si tu les as bien assimilées, fais-le paraître par tes actions.

 

Si tu es accoutumé à mener une vie frugale et à traiter durement ton corps, ne te complais point sur cela en toi-même ; et si tu ne bois que de l'eau, ne dis point à tout propos que tu ne bois que de l'eau. Que si tu veux t'exercer à la patience et à la tolérance, pour toi, et non pas pour les autres, n'embrasse point les Statues ; mais, dans la soif la plus ardente, prends de l'eau dans ta bouche, rejette-la en même temps, et ne le dis à personne.

 

L'état et le caractère de l'ignorant ; il n'attend jamais de lui-même son bien ou son mal ; mais toujours des autres. L'état et le caractère du Philosophe ; il n'attend que de lui-même tout son bien et tout son mal.

 

Signes certains qu'un homme fait du progrès dans l'étude de la sagesse : il ne blâme personne ; il ne loue personne ; il ne se plaint de personne ; il n'accuse personne ; il ne parle point de lui, comme s'il était quelque chose ou qu'il sût quelque chose ; quand il trouve quelque obstacle ou quelque empêchement à ce qu'il veut, il ne s'en prend qu'à lui-même. Si quelqu'un le loue, il se moque en secret de ce louangeur ; et si on le reprend, il ne fait point d'apologie ; mais, comme les convalescents, il se tâte et se ménage, de peur de troubler et de déranger quelque chose dans ce commencement de guérison, avant que sa santé soit entièrement fortifiée. Il a retranché toutes sortes de désirs, et il a transporté toutes les aversions sur les seules choses qui sont contre la nature de ce qui dépend de nous ; il n'a pour toutes choses que des mouvements peu empressés et soumis ; si on le traite de simple et d'ignorant, il ne s'en met pas en peine. En un mot, il est toujours en garde contre lui-même, comme contre un homme qui lui tend continuellement des pièges et qui est son plus dangereux ennemi.

 

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gif anime puces 029Ce qui dépend ou non de nous

 

Demeure ferme dans la pratique de toutes ces maximes, et obéis-leur comme à des Lois dont tu ne peux violer la moindre sans impiété ; et ne te mets nullement en peine de ce qu'on dira de toi ; car cela n'est plus du nombre des choses qui sont en ta puissance.

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:26

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CENTRAFRIQUE, LE CHAOS PERMANENT

 17

La France en terre de mission impossible ?

 

Au centre de l’Afrique

 

Afrique.jpg

 

Un condensé du mal africain.

Au pays de l’Empereur Bokassa

 

Centrafrique1.jpg

 Centrafrique

 

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L’Empereur du chaos, Bokassa Ier

 

Si la Centrafrique n’est pas l’Afrique, elle est néanmoins largement représentative de ce continent au double sens de la fragilité étatique, voire de l’inconsistance de l’État, et de la vacuité de l’indépendance émancipatrice. Elle fait en outre partie de ces États africains qui sont marqués d’une grave carence de la gouvernance.

 

Dans une Afrique à géométrie variable, trois catégories d’États apparaissent :

bouton 007Des États qui tentent, tant bien que mal (le plus souvent plutôt mal que bien), de sortir la tête du marais du sous-développement, avec des phases d’accélération, mais aussi de recul.

bouton 007Des pays qui nagent ou plutôt surnagent, avec une infinie peine, vers le rivage et la lumière.

bouton 007Enfin, des pays qui plongent totalement, immergés au plus profond du marais, ballottés et retournés, qui perdent pied, sans boussole ni gouvernail, et qui ne tiennent que par une béquille prêtée par des pays extérieurs au continent, ou sur le dos de ces derniers.

 

La Centrafrique fait partie de cette dernière catégorie. Pays dit « indépendant » depuis plus de 50 ans, en réalité terre de chaos permanent et d’un cercle vicieux perpétuel.

 

gif anime puces 042Une indépendance fictive, des pays vassalisés.

 

René Dumont prévenait déjà en 1962 :

« L’Afrique risque la vassalisation néocolonialiste… si elle continue dans cette voie. »

Cette prédiction est aujourd’hui avérée pour nombre d’États africains. Mais, si vassalisation il y a, à qui en incombe la responsabilité ? L’irresponsabilité inqualifiable et l’incompétence notoire, aggravées parfois par l’absence de l’élémentaire intégrité morale, font de ces États les jouets de qui veut s’en servir.

 

Car, où est l’État quand l’on se trouve dans l’incapacité intrinsèque de nourrir la population, de la soigner, d’assurer sa sécurité ?

A-t-on « pris » son indépendance pour se faire porter par l’ancien colonisateur et dormir indéfiniment sur son dos ?

Car la Centrafrique est bien (comme d’autres), ce gouffre sans fond qui absorbe tout et ne rend rien.

 

gif anime puces 042La France dans le guêpier centrafricain

 

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Les émigrés de l’intérieur. Une errance sans fin.

 

bouton 007Que peut la France contre la haine qui anime les Centrafricains et les oppose les uns aux autres ?

bouton 007Que peut-elle faire pour inscrire au cœur et dans l’esprit des Centrafricains l’amour et le respect des uns pour les autres ?

bouton 007De quelle potion magique dispose-t-elle pour créer dans les esprits, indéfiniment, le sens de l’État et la culture du respect de la chose publique ? Celle du service public ?

 

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La marche des damnés, de nulle part vers nulle part.

 

Une des tâches prioritaires des Français (et des Européens en général), comme de tous ceux qui se penchent au chevet de ce grand malade chronique qu’est la Centrafrique, c’est d’amener ses dirigeants à prendre conscience de leurs responsabilités dans le chaos où baigne ce pays depuis si longtemps, c'est-à-dire, les former à la fonction et à la dignité de dirigeant d’État.

Combien d’interventions de la France dans ce pays depuis son indépendance ? Pour quels résultats ?

 

Si les Français veulent éviter à leur gouvernement (Oh ! certes il est quelque part quelques compensations ou intérêts matériels !) la condamnation à un éreintant travail de Sisyphe, il importe de revoir en profondeur leur pratique de l’aide au développement qui a prouvé son inefficacité. Il importe d’introduire d’autres méthodes, en s’éloignant d’un formalisme dogmatique, et d’un conformisme intellectuel qui ont fait leur temps.

Il est nécessaire, à cet égard, de déterminer avec les intéressés, les objectifs prioritaires, le développement étant l’unique finalité. Des objectifs, des impératifs, avec exigence de résultats sinon dévaluation, et pour le pays qui aide, et pour le pays bénéficiaire, et, nécessairement, en permanence, un droit de regard des citoyens du pays donateur comme de ceux du pays bénéficiaire.

 

Comment prendre au sérieux des responsables africains discourant à longueur de forums internationaux sur le développement quand, dans certains États, le taux d’alphabètes a chuté de 30% depuis les années 1970 ? Des pays où l’école est à l’abandon, les enseignants déconsidérés, prolétarisés voire clochardisés ?

Dans ce domaine aussi, il faut que les pays développés qui prétendent aider les pays africains à sortir du sous-développement, apportent la preuve de leur engagement, non dans le discours, mais dans la pratique, en ouvrant les yeux sur les réalités profondes des États et des peuples : penser juste, dire vrai, pour être efficaces.

En dernier ressort, la flamme du développement doit s’allumer dans la conscience des Africains, ou il n’y aura pas de développement.

 

« Il faut former les jeunes », affirme Mme Cinzia Catalfamo Akbaraly, présidente de la Fondation Akbaraly, qui lutte contre le cancer à Madagascar. Elle précise :

« On n’arrive pas à retenir les meilleurs.

L’Afrique n’arrive pas à former et éduquer correctement sa jeunesse. Il faut absolument insister sur ce terrain-là. Les jeunes qui veulent recevoir une éducation à haute valeur ajoutée vont en Europe, aux États-Unis… Et ils ne reviennent pas ! En Afrique, nous n’arrivons pas à les faire revenir ! »

 

gif anime puces 042Pourquoi partent-ils ?

 

bouton 007Pourquoi ne veulent-ils pas revenir ?

bouton 007Que faire pour qu’ils ne partent pas, ou pour qu’ils reviennent ?

Telles sont les questions primordiales à poser. Y répondre, c’est déjà faire une partie du chemin vers l’objectif à atteindre.

Enfin, mettre un terme aux propos lénifiants convenus à l’égard des dirigeants africains apparaît comme une absolue nécessité : tenir résolument le langage de la vérité et de la responsabilité. Le meilleur moyen d’aider l’Afrique, est que l’Afrique s’aide.

 

gif anime puces 042Et les Chinois ? Où sont-ils quand l’Afrique brûle ?

 

Il est une autre réalité qu’il faut oser aborder dès lors qu’il s’agit du présent et du futur de l’Afrique. C’est l’attitude des nouveaux partenaires du continent, qui l’envahissent littéralement du nord au sud, au détriment des partenaires historiques que sont les Européens. Il y a sûrement des raisons à cette fulgurante percée des uns et à l’élimination progressive des autres du jeu africain. Là n’est pas la question pour ce sujet. Sans émettre le moindre jugement de valeur, il s’agit ici d’énoncer un constat.

Depuis le début des années 2000, ces nouveaux partenaires, Chinois en tête, mais aussi Indiens, Japonais, Russes, Brésiliens… qui jouent des coudes pour se faire une place en Afrique, et déloger méthodiquement les anciens partenaires des Africains, se taillent la part du lion dans l’exploitation des ressources naturelles raflant au passage tous les marchés publics et appels d’offres, avec la bienveillance des dirigeants africains.

La « diplomatie du chéquier », que ces nouveaux venus pratiquent à merveille, envoûte littéralement bien des dirigeants du continent, qui s’empressent de leur dérouler le tapis rouge, sans conditions ni précautions.

 

Or, paradoxalement, la France, premier pays européen à pâtir durement de cette percée, perdant marchés et contrats, est la première à accourir pour éteindre l’incendie allumé par des Africains. Ceux qui sont à l’honneur et en grâce auprès des dirigeants africains, sont étonnamment absents. Ils se taisent et se terrent, quand la France monte au feu.

Ainsi, par une curieuse alchimie, ceux qui sont absents à la redistribution de cartes économiques sont aussi les pompiers les plus assidus et les plus dévoués.

 

La France n’est pas seulement le « gendarme de l’Afrique », elle est aussi le pompier régulier, à pied d’œuvre sur le continent. Et, à voir les foules massées le long des routes, les visages rayonnants des habitants acclamant les troupes françaises, la France apparaît aussi comme le « sauveur » attitré, en tout cas, le pompier qui sait éteindre l’incendie. Au-delà de profits escomptés en termes de rayonnement, il y a aussi chez elle, la réelle volonté de contrer partout sur le continent, la barbarie obscurantiste et d’en écarter le danger.

 

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Le pompier français à l’œuvre

 

Le président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, également président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de L’Ouest (CEDEAO), semble en prendre conscience. Ne déclarait-il pas le 6 décembre à Paris :

« Quoi qu'on en dise,et malgré l’influence grandissante de la Chine, des États-Unis et du Brésil en Afrique, ces pays ne sont pas engagés chez nous sur le front de la défense et de la sécurité. Ils ne prennent pas les mêmes risques que la France. »

 

Certes ! Mais ils prennent tous les marchés et contrats au nez de la France.

Cette déclaration du président Ouattara a de quoi surprendre car, ce sont bien eux, dirigeants, qui ouvrent grandes les portes de leurs pays aux Chinois, Indiens, Brésiliens… qu’ils s’empressent d’installer et d’adouber. D’une part, parce que la « diplomatie du chéquier » opère des miracles, en produisant des retournements d’alliance spectaculaires, d’autre part, parce que les Chinois et autres, leur tiennent le langage qu’ils veulent bien entendre.

Aucune allusion concernant les droits de l’homme, la bonne gouvernance, et encore moins la démocratie !

 

gif anime puces 042La France aujourd’hui, et après ? Demain ?

 

Que faire ? Secouer le mammouth !

 

L’intervention militaire de la France en Centrafrique pour empêcher les Centrafricains de s’entre'égorger un temps, pour soigner quelques plaies et bosses, et nourrir les affamés, est louable au titre de l’humanitaire. Mais amènera-t-elle les Centrafricains en capacité de se prendre en charge aujourd’hui, de prendre en main leur destin, demain, et pour toujours ?

Car, l’Afrique est le remède de l’Afrique. Seuls le ressort intérieur, la volonté et l’effort permettront de mettre le pays en marche. Ce remède n’appartient qu’aux seuls Centrafricains.

Il serait temps pour les dirigeants africains en général, de sortir enfin de cette longue hibernation cérébrale, de cette longue maladie du sommeil, comme de cette pesante léthargie mentale, qui frappent les responsables du continent depuis plus de 50 ans.

 

De combien de Nelson Mandela le Ciel gratifiera-t-il encore l’Afrique ?

 

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 10:11

001-CALEXIS DE TOCQUEVILLE : DE LA RÉVOLUTION ET DES RÉVOLUTIONNAIRES

 

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A chacun sa révolution et ses révolutionnaires

 

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 La Liberté incarnée

 


gif anime puces 025Après la Révolution française : réactions et réflexions

 

1789, c’est sans doute un des moments majeurs de l’Histoire, et pour la France, une accélération sans précédent de l’histoire nationale, l’acte fondateur de la France moderne et le creuset de la nation française.


Un mouvement puissant et créateur, un événement sans précédent, passionnant et fondateur, que ses acteurs ont voulu universel, par ses idéaux et ses acquis. Un ébranlement systémique, aux effets planétaires, passés et présents.


Le regard d’Alexis de Tocqueville fait partie de ces réactions, à froid, qui suscitent réflexions, peut-être réactions et débats, en tout cas méditation.

 

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 Alexis de Tocqueville

 


gif anime puces 0251789 : la Révolution enchantée !

 

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 La prise de la Bastille


gif anime puces 025Des révolutionnaires d’une espèce inconnue, avec ou sans culottes

 

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 Les sans-culottes autour de l'arbre de la Liberté


« Si les Français qui firent la Révolution étaient plus incrédules que nous en fait de religion, il leur restait du moins une croyance admirable qui nous manque : ils croyaient en eux-mêmes. Ils ne doutaient pas de leur perfectibilité, de la puissance de l'homme; ils se passionnaient volontiers pour sa gloire, ils avaient foi dans sa vertu. Ils mettaient dans leurs propres forces cette confiance orgueilleuse qui mène souvent à l'erreur, mais sans laquelle un peuple n'est capable que de servir ; ils ne doutaient point qu'ils ne fussent appelés à transformer la société et à régénérer notre espèce. Ces sentiments et ces passions étaient devenus pour eux comme une sorte de religion nouvelle, qui produisant quelques-uns des grands effets qu'on a vu les religions produire, les arrachait à l'égoïsme individuel, les poussait jusqu'à l'héroïsme et au dévouement, et les rendait souvent comme insensibles à tous ces petits biens qui nous possèdent. »

 

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« J'ai beaucoup étudié l'histoire, et j'ose affirmer que je n'y ai jamais rencontré de révolution où l'on ait pu voir au début, dans un aussi grand nombre d'hommes, un patriotisme plus sincère, plus de désintéressement, plus de vraie grandeur. La nation y montra le principal défaut, mais aussi la principale qualité qu'a la jeunesse, l'inexpérience et la générosité.


Et pourtant l'irréligion produisit alors un mal public immense.


Dans la plupart des grandes révolutions politiques qui avaient paru jusque-là dans le monde, ceux qui attaquaient les lois établies avaient respecté les croyances, et, dans la plupart des révolutions religieuses, ceux qui attaquaient la religion n'avaient pas entrepris du même coup de changer la nature et l'ordre de tous les pouvoirs et d'abolir de fond en comble l'ancienne constitution du gouvernement. Il y avait donc toujours eu dans les plus grands ébranlements des sociétés un point qui restait solide.


Mais, dans la révolution française, les lois religieuses ayant été abolies en même temps que les lois civiles étaient renversées, l'esprit humain perdit entièrement son assiette; il ne sut plus à quoi se retenir ni où s'arrêter, et l'on vit apparaître des révolutionnaires d'une espèce inconnue, qui portèrent l'audace jusqu'à la folie, qu'aucune nouveauté ne put surprendre, aucun scrupule ralentir, et qui n'hésitèrent jamais devant l'exécution d'un dessein. Et il ne faut pas croire que ces êtres nouveaux aient été la création isolée et éphémère d'un moment, destinée à passer avec lui; ils ont formé depuis, une race qui s'est perpétuée et répandue dans toutes les parties civilisées de la terre, qui partout a conservé la même physionomie, les mêmes passions, le même caractère. Nous l'avons trouvée dans le monde en naissant; elle est encore sous nos yeux. »

 

 

gif anime puces 025Deux passions principales

 

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 République, liberté, égalité


« Ceux qui ont étudié attentivement, en lisant ce livre, « la France au XVIIIe siècle », ont pu voir naître et se développer dans son sein deux passions principales, qui n'ont point été contemporaines et n'ont pas toujours tendu au même but.


L'une, plus profonde et venant de plus loin, est la haine violente et inextinguible de l'inégalité. Celle-ci était née et s'était nourrie de la vue de cette inégalité même, et elle poussait depuis longtemps les Français, avec une force continue et irrésistible, à vouloir détruire jusque dans leurs fondements tout ce qui restait des institutions du moyen âge, et, le terrain vidé, à y bâtir une société où les hommes fussent aussi semblables et les conditions aussi égales que l'humanité le comporte.


L'autre, plus récente et moins enracinée, les portait à vouloir vivre non seulement égaux, mais libres.


Vers la fin de l'ancien régime, ces deux passions sont aussi sincères et paraissent aussi vives l'une que l'autre. A l'entrée de la Révolution, elles se rencontrent; elles se mêlent alors et se confondent un moment, s'échauffent l'une l'autre dans le contact, et enflamment enfin à la fois tout le cœur de la France. C'est 89, temps d'inexpérience sans doute, mais de générosité, d'enthousiasme, de virilité et de grandeur, temps d'immortelle mémoire, vers lequel se tourneront avec admiration et avec respect les regards des hommes, quand ceux qui l'ont vu et nous-mêmes auront disparu depuis longtemps. Alors les Français furent assez fiers de leur cause et d'eux-mêmes pour croire qu'ils pouvaient être égaux dans la liberté. Au milieu des institutions démocratiques, ils placèrent donc partout des institutions libres. Non seulement ils réduisirent en poussière cette législation surannée qui divisait les hommes en castes, en corporations, en classes, et rendaient leurs droits plus inégaux encore que leurs conditions, mais ils brisèrent d’un seul coup ces autres lois, œuvres plus récentes du pouvoir royal qui avaient ôté à la nation la libre jouissance d'elle-même, et avaient placé à côté de chaque Français le gouvernement, pour être son précepteur, son tuteur, et, au besoin, son oppresseur. Avec le gouvernement absolu la centralisation tomba (...)


A plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu'à nos jours, on voit la passion de la liberté s’éteindrepuis renaître, puis s'éteindre encore, et puis encore renaître ; ainsi fera-t-elle longtemps, toujours inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant ce même temps, la passion pour l’égalité occupe toujours le fond des cœurs dont elle s'est emparée la première ; elle s'y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers ; tandis que l'une change sans cesse d'aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l'autre est toujours la même, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permettent de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner. »


gif anime puces 601Charles Alexis Clérel de Tocqueville, écrivain et homme politique français, Paris, 1805, Cannes, 1859.

 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 08:43

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ÉPICTÈTE, PHILOSOPHE STOÏCIEN

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La sagesse stoïcienne, une  philosophie de vie exigeante

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LA DOCTRINE  

 

« Ne demande point que les choses arrivent comme tu les désires, mais désire qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu prospéreras toujours.

 

La maladie est un empêchement du corps et nullement de la volonté, à moins qu'elle ne le veuille. Je suis boiteux, voilà un empêchement pour mon pied ; mais pour ma volonté, point du tout. Sur tous les accidents qui t'arriveront, dis-toi la même chose; car tu trouveras que c'est toujours un empêchement pour quelqu'autre chose et non pas pour toi.

 

Sur chacun des objets qui se présentent, souviens-toi de rentrer en toi-même, et d'y chercher quelle vertu tu as pour bien user de cet objet. Si tu vois un beau garçon ou une belle fille, tu trouveras, contre ces objets, une vertu, qui est la continence ; si c'est quelque peine, quelque travail, tu trouveras le courage; si ce sont des injures, des affronts, tu trouveras la résignation et la patience. Si tu t'accoutumes ainsi à déployer sur chaque accident la vertu que la nature t'a donnée pour le combattre, jamais tes imaginations ne t'emporteront. »

 

 

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« Si tu veux avancer dans l'étude de la sagesse, laisse là tous ces raisonnements : si je néglige mes affaires, je serai bientôt ruiné et je n'aurai pas de quoi vivre ; si je ne châtie pas mon valet, il deviendra méchant : car il vaut mieux mourir de faim, après avoir banni les soucis et les craintes, que de vivre dans l'abondance avec inquiétude et chagrin ; il vaut mieux que ton valet soit méchant, que si tu te rendais misérable. Commence donc par les petites choses ; on a répandu ton huile, on t'a dérobé ton vin ? dis sur tout cela, c'est à ce prix qu'on vend la tranquillité, c'est à ce prix qu'on vend la liberté, on n'a rien pour rien. Quand tu appelleras ton valet, pense qu'il peut ne pas entendre, et que, t'ayant entendu, il peut ne rien faire de ce que tu lui as commandé. Mais, diras-tu, mon valet se trouvera fort mal de ma patience et deviendra incorrigible : oui, mais tu t'en trouveras fort bien, puisque, par son moyen, tu apprendras à te mettre hors d'inquiétude et de trouble.

 

Si tu veux avancer dans l'étude de la sagesse, ne refuse point sur les choses extérieures de passer pour imbécile et pour insensé.

 

 

Ne cherche point à passer pour savant, et si tu passes pour un personnage dans l'esprit de quelques-uns, défie-toi de toi-même ; car sache qu'il n'est pas facile de conserver ta volonté conforme à la nature, et les choses du dehors ; mais il faut de toute nécessité, qu'en t'attachant à l'un, tu négliges l'autre. »

 

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« Le véritable maître de chacun de nous est celui qui a le pouvoir de nous donner ou de nous ôter ce que nous voulons ou ne voulons pas. Que tout homme donc, qui veut être libre, ne veuille et ne fuie rien de tout ce qui dépend des autres, sinon il sera esclave nécessairement. »

Le Manuel d’Épictète

 

L’HOMME 

 

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Philosophe stoïcien de la Rome impériale, né à Hiérapolis en Phrygie (dans l’actuelle Turquie) vers 50 ap. JC et mort à Nicopolis vers 125, Épictète est une figue marquante du stoïcisme latin.

Il arriva à Rome esclave, y fut affranchi. Il ouvrit une école de philosophie mais fut victime de la mesure d’expulsion de Rome et d’Italie prise par l’empereur Domitien, visant tous les philosophes (93-94). Épictète s’établit alors dans la ville grecque de Nicopolis où il ouvrit une autre école de philosophie.

 

LA DOCTRINE : LE FIL CONDUCTEUR  

 

Les biens et les maux humains ne peuvent appartenir qu’au domaine des choses qui dépendent de « ce qui est en notre pouvoir » et qui résultent donc de notre libre choix moral. Le bonheur de chacun ne dépend pas des circonstances extérieures, de ses biens matériels, de la santé de son corps, de ses succès professionnels, mais de sa seule attitude morale, qui est fonction de la rectitude de sa raison.

La saine raison doit se manifester dans trois domaines :

bouton 007Celui des désirs et aversions, qui se rapportent aux passions.

bouton 007Celui des tendances positives et négatives, qui se rapportent aux devoirs et aux actions.

bouton 007Et le domaine des jugements.

 

Il y a trois disciplines auxquelles doit s’être exercée la personne qui veut acquérir la perfection :

fleche 026Celle  qui concerne les désirs et les aversions, afin de ne pas se voir frustré dans ses désirs et de ne pas rencontrer ce qu’on cherche à éviter.

fleche 026Celle qui concerne les tendances positives et les tendances négatives, et, d’une façon générale, ce qui a trait au devoir, afin d’agir d’une façon ordonnée, réfléchie, sans négligence.

fleche 026La troisième est celle  qui concerne la fuite de l’erreur, la prudence du jugement, en un mot, ce qui se rapporte aux assentiments.


De toutes, la principale et la plus urgente est celle qui regarde les passions, car la passion ne vient pas d’ailleurs que de se voir frustré dans ses désirs ou de rencontrer ce qu’on cherche à éviter. Voilà ce qui amène les troubles, les agitations, les infortunes, les chagrins ; ce qui rend envieux, jaloux ; passions qui empêchent même de prêter l’oreille à la raison.

 

L’essentiel de l’enseignement du philosophe stoïcien Épictète est condensé dans ses Entretiens et son Manuel, rédigés par son disciple, Arrien. Il exercera une influence capitale sur les philosophes de son temps, notamment sur l’empereur Marc-Aurèle (empereur philosophe). Son enseignement et sa méthode seront encore utilisés au XVIIe siècle par les Jésuites pour l’évangélisation des Chinois.

 

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 09:33

 

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ESCLAVAGE ET DROITS DE L’HOMME EN AFRIQUE HIER ET AUJOURD’HUI

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Esclavage, démocratie, développement : antinomie.

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HIER   

 

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Le titre invite à mettre en rapport deux termes antinomiques : esclavage et droits de l'Homme.


L'Afrique est aujourd'hui considérée comme la région du monde où la démocratie a le plus de mal à s'enraciner. Elle est également — l'Afrique subsaharienne notamment — la région où l'esclavage a le plus longtemps et le plus profondément marqué les rapports entre les peuples. Peut-on et doit-on établir un rapport de cause à effet entre passé et présent ? Entre la pratique ancienne de l'esclavage et les difficultés actuelles à asseoir durablement le principe du respect des libertés et des droits individuels ? Quel impact sur les rapports humains dans les sociétés africaines aujourd'hui ? Dans quelle mesure les droits de l'Homme y sont-ils tributaires du passé esclavagiste ?


L'esclavage, c'est la possession d'une personne, corps et biens, par une autre, son « maître ». Ainsi compris, l'esclavage est la négation de la liberté et des droits de la personne possédée.


Selon la définition donnée par la Société des Nations en 1926, reprise par les Nations unies en 1956, l'esclavage est « l'état ou la condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre eux ».


S'agissant de l'Afrique, l'antinomie esclavage-droits de l'Homme trouve sa logique. Ce continent est bien le lieu où la pratique de l'esclavage est massivement présente dans l'histoire, encore aujourd'hui, terre où se croisent les formes anciennes de l'asservissement et des pratiques assimilées à l'esclavage connues sous le nom d'« esclavage moderne ».


 

AUJOURD’HUI  

 

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De nos jours encore, esclavage et traite sous différentes formes sont une réalité et le demeurent comme antithèse de la culture des droits de l'Homme. Et partout en Afrique subsaharienne, des caractéristiques des rapports sociaux façonnés par l'esclavage demeurent « alors même que le contexte historique, les conditions socio-économiques qui avaient produit le phénomène ont peu à peu disparu ».

 


UNE CULTURE TOUJOURS VIVANTE 

 

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Si l'esclavage n'est toujours pas vaincu en Afrique, l'action conjuguée d'acteurs extérieurs et intérieurs, et surtout, l'aspiration de plus en plus affirmée de nombreux peuples africains aux valeurs universelles de liberté et des droits de l'Homme, constituent autant de voies susceptibles de mener à l'éradication du phénomène sur ce continent.


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Un long chemin qui requiert éducation, pédagogie, volonté.

 

 

 

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Des humains aussi !

 

gif anime puces 543(Tidiane Diakité, Traumatismes et Histoire. Des enjeux aux pratiques. Ouvrage collectif sous la direction de Nicole Lucas et Vincent Marie. Editions Le Manuscrit. Recherche. Université)

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 09:23

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L’ouvrage ci-dessous auquel j’ai participé est un ouvrage collectif dirigé par Vincent Marie et Nicole Lucas (responsable du département d’histoire-géographie, IUFM, Rennes).

 

17Le chapitre que j’ai traité s’intitule : Esclavage et droits de l’homme en Afrique hier et aujourd’hui. 

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 10:00

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 08:41

 

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L’explorateur aux mains nues, sans arme, ni drapeau

 

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Né le 19 novembre 1799 à Mauzé-sur-le-Mignon, dans les Deux-Sèvres, fils d’alcoolique et de bagnard, René Caillié eut une jeunesse difficile. Tôt orphelin, il fut recueilli par sa grand-mère et admis gratuitement à l’école comme indigent, puis mis en apprentissage par son tuteur, d’abord chez un boulanger, puis, chez un cordonnier.

 

fleurs 173Une vocation précoce

 

Le jeune René est passionné de lecture de livres d’aventure. Robinson Crusoé, les voyages de La Pérouse ou de Bougainville occupent continuellement ses loisirs. Sa vocation est dès lors tracée. Ce sera l’aventure, les voyages vers l’inconnu. Ce ne sera ni l’Amérique, ni l’Asie, mais l’Afrique, Tombouctou, la cité mystérieuse dont aucun Européen —dit-on— n’est revenu vivant ; Tombouctou, ville mystérieuse, au cœur d’une Afrique mystérieuse.

 

Au fil des ans, son imagination se nourrit de ces peuples lointains et de ces horizons magiques. Sa vocation se confirme et Tombouctou s’incruste peu à peu en lui comme une idée fixe.


Il devient de plus en plus rêveur et solitaire, fermé sur son monde intérieur auquel lui seul peut donner forme. Il l’avoue :

« On me fit apprendre un métier dont je me dégoûtai bientôt, grâce à la lecture des récits de voyages qui occupait tous mes moments de loisir. Je sentais naître dans mon cœur l’ambition de me signaler par quelque découverte importante. On me prêta des livres de géographie et des cartes : celle de l’Afrique où je ne voyais que déserts ou points marqués inconnus, excita bientôt mon attention. Ce goût devint une passion pour laquelle je renonçai à tout : je cessai de prendre part aux jeux et amusements de mes camarades et m’enfermai le dimanche pour lire des relations de tous les livres de voyage que je pouvais me procurer. »

 

Le seul être qui le retenait au pays, sa grand-mère, meurt le 10 octobre 1815. Et voilà qu’au printemps 1816, l’histoire et la diplomatie s’allient pour offrir au jeune René, l’occasion de partir.

 

fleurs 173Du rêve à la réalité

 

Le gouvernement de Louis XVIII s’était décidé à rependre possession du Sénégal qui aurait dû lui être rétrocédé par les Anglais depuis la signature du traité de Versailles en 1783. Une expédition fut formée à cette fin qui devait conduire le colonel Schmaltz dans la colonie dont le roi l’avait nommé gouverneur. L’escadre, constituée de quatre frégates dont La Méduse, devait partir de l’île d’Aix, en face de Rochefort.


René Caillié, informé, prend la route de Rochefort à pied. Dans sa ceinture il avait caché 60 francs hérités de sa grand-mère, seule fortune en sa possession, qui s’ajoutait à une paire de souliers neufs offerte par des amis cordonniers et qu’il porte au cou. Il se fait engager à bord de la frégate « La Loire » comme domestique d’un officier. Il échappe au drame de La Méduse. Cependant, l’arrivée au Sénégal ne signifia nullement la fin des mauvaises surprises. Le gouverneur anglais n’entendait pas lâcher prise. Arrivés à Saint-Louis, les Français ne purent débarquer, le gouverneur en place n’ayant pas reçu de son gouvernement l’ordre d’évacuer le territoire. Un chef autochtone leur offrit généreusement l’hospitalité ; sans contrepartie, le temps que la diplomatie apporte la clarification nécessaire. De fait, Saint-Louis ne fut évacué par les Anglais qu’en février 1817 !


Caillié peut alors s’y rendre. Il parcourt le Sénégal, explorant, observant et décrivant tout ce qu’il voit et entend. Une contrariété vient inopinément rompre momentanément cette rencontre avec la terre africaine… Sa santé fragile l’oblige à rentrer en France. Puis Caillié se rend en Guadeloupe. Il ne peut cependant faire taire en lui l’appel de l’Afrique et de Tombouctou.

 

fleurs 173L’Afrique, encore et toujours !

 

En 1824, il retrouve le Sénégal où il tente en vain d’obtenir du gouverneur français, l’autorisation d’explorer l’intérieur du pays et du continent.

« J’insistai pour partir et ajoutai que si le gouverneur n’accueillait pas mes offres, je voyagerais plutôt avec mes seuls moyens. Cette détermination fit impression sur l’esprit du gouverneur qui m’accorda quelques marchandises pour aller vivre chez les Maures Braknas, y apprendre la langue arabe afin de parvenir plus tard, en trompant leur jalouse méfiance, à pénétrer plus facilement à l’intérieur de l’Afrique. »

 

De guerre lasse, le gouverneur, le baron Roger, finit par lui accorder l’autorisation de se déplacer à sa guise, ainsi qu’une aide lui permettant de vivre une année entière auprès des Maures ; séjour qu’il mit à profit pour maîtriser la langue arabe et acquérir une solide connaissance du Coran, tout en s’initiant aux traditions et coutumes musulmanes.

 

A l’issue de cette année d’immersion dans la vie du parfait musulman, Caillié prend un nom mieux accordé à sa nouvelle identité : il s’appelle désormais Abd Allah.

 

Ainsi, trempé dans la religion de Mahomet, couvert du manteau de l’islam, l’aventure tant rêvée peut véritablement commencer : voir Tombouctou et percer le mystère de cette cité qui hante son esprit depuis si longtemps.


Cette fois, le gouverneur Roger ne consent pas à lui accorder la somme et l’aide nécessaires pour effectuer son voyage. Qu’à cela ne tienne. Le 3 août 1824, il prend la route avec, dans son maigre bagage, un peu de papier, quelques feuilles de tabac, quelques clous de girofle, une dizaine de pièces d’argent. Cependant, afin de pouvoir effectuer ce voyage dans les meilleures conditions, l’idée lui vient de tenter sa chance auprès du gouverneur anglais. Il se rend dans la colonie britannique de Sierra Leone à cette fin. Or, l’explorateur anglais, le major Laing, qui partageait le même rêve   : être le premier Européen à se rendre à Tombouctou, venait de se mettre en route pour la cité mystérieuse. Le gouverneur anglais à qui il dévoile sa véritable identité reçoit Caillié avec courtoisie mais tente de le dissuader de faire le voyage auquel il tient. Il lui offre une jolie somme pour s’établir en Sierra Leone  et y diriger une fabrique d’indigo.


L’explorateur Laing fut bien le premier à atteindre Tombouctou mais il n’eut jamais l’opportunité d’en repartir.

« Après son séjour à Tombouctou, sur le chemin du retour, un chef touareg intercepta la caravane qui l’accompagnait et exigea sa conversion à l’islam. Laing ayant refusé, deux esclaves, sur ordre de leur maître, l’étranglèrent avec un turban, en tirant chacun par un bout. Puis, ils laissèrent son cadavre aux chacals. »

 

Si le récit de la mort de l’explorateur anglais rapporté à Caillié, le terrifia, il n’entama en rien sa détermination.

 

Caillié séjourne un an en Sierra Leone comme directeur de la fabrique d’indigo. Sur ses appointements, il économise 2000 francs, somme qui lui permet de s’équiper d’objets de troc notamment et de prendre la route censée le mener à Tombouctou. Une très longue route semée de mille embûches, qui lui fait traverser plusieurs pays et régions d’Afrique de l’Ouest : Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Guinée, Mali (actuel)… au prix d’aventures et de souffrances insoupçonnées, du meilleur au pire.

 

Le pire des périls eût été de se découvrir et ôter son déguisement dévoilant ainsi sa véritable identité. Il se devait d’apparaître partout et à tout instant, comme Abd Allah, un pieux musulman, identité d’emprunt qui date de son séjour chez les Maures où il s’était présenté comme un Egyptien capturé par des Français et qui, réduit en esclavage, s’était échappé pour tenter de regagner sa patrie.


Le respect stricte des coutumes musulmanes et des prescriptions du Coran exigeait de lui une attention permanente qu’il devait concilier avec son dessein de tout noter, mais en cachette.

« Quand je voulais écrire, je me mettais à l’écart, derrière un buisson, et, au moindre bruit, je cachais mes notes et m’emparais de mon chapelet et faisais semblant de prier. »

 

Cette longue route lui révèle, entre autres, l’extrême diversité du continent, celle des peuples, des langues, des cultures… Et rien n’échappe à son sens aigu de l’observation ni à l’acuité de son regard Tout attire et aiguise sa curiosité : les hommes, les femmes, les cérémonies et fêtes, les saisons, la nature… et tout est décrit avec rigueur, minutie et force détails.


Il se mêle à la foule, participe aux fêtes, connaît la bonne et la mauvaise fortune, toujours avec sérénité et humilité. Au Sénégal, il a vite appris le wolof (principale langue parlée dans le pays) ;il s’initie partout à langue  des différentes ethnies côtoyées. Ce voyage de Tombouctou à travers le continent africain, est aussi pour lui, un voyage à travers l’humain. Caillié y découvre tous les types de tempéraments et de comportements : de la brute épaisse, cupide et malfaisante, à l’être à la délicatesse exquise, incarnation de l’exemplaire intégrité.

 

Attentif à tout et à tous, Caillié observe et note. Deux catégories de population retiennent tout particulièrement son attention : les femmes et les esclaves. Sur les premières, il note :

« Dans toute l’Afrique, les marchands ont adopté l’usage d’emmener une de leurs femmes pour préparer les repas de la caravane. Ces malheureuses ne marchent que chargées de pots de terre, de calebasses de sel, etc. … enfin, elles portent les plus lourds fardeaux tandis que les maris ne s’embarrassent de rien. »

 

Sur les esclaves et la pratique de l’esclavage il écrit :

« Le 30 juillet, il arriva à Sambatikila une caravane de marchands Saracolets, allant dans le Foulou [Guinée]. Toutes les marchandises qui se vendent sur les comptoirs européens de la côte sont destinées au commerce infâme des esclaves, qui, à la vérité, ne sont pas exportés, mais, ils n’en sont pas plus heureux.

L’Europe civilisée peut bien abolir l’esclavage, mais l’Africain sauvage et intéressé, conservera longtemps encore l’habitude barbare de vendre ses semblables. Il est si doux de vivre sans rien faire, de se reposer sur les soins d’autrui pour sa subsistance, que chaque nègre fait tout son possible pour avoir des serviteurs ; toute leur ambition se borne à avoir 12 à 15 esclaves, qu’ils occupent entièrement aux cultures. Ces malheureux sont mal vêtus, et travaillent beaucoup, mais je ne me suis pas aperçu qu’ils fussent maltraités. Ils sont obligés presque toujours de pourvoir à leur nourriture. »

 

Caillié sait aussi apprécier les beaux gestes. Il ne tarit pas d’éloges sur le sens de l’hospitalité chez certains peuples. C’est le cas chez les Foulas [Peuls] :

« Les Foulas auxquels on a dit que j’étais arabe, avaient pour moi une sorte de vénération ; ils ne pouvaient se lasser de me parler et de me plaindre. Leur extrême dévotion les rend très charitables ; ils venaient s’asseoir auprès de moi, prenaient mes jambes sur leurs genoux, et les massaient pour soulager la fatigue. « Tu dois bien souffrir, me disaient-ils, car tu n’es pas habitué à faire une route aussi pénible ».


Un autre alla cueillir des feuilles pour me faire un lit : « Tiens, me dit-il, voilà pour toi, car tu ne sais pas, comme nous, dormir sur des pierres… »

 

fleurs 173Enfin Tombouctou !

 

Le 11 mars 1828, Caillié atteint Djenné, riche et actif centre caravanier du Sahel (au nord du Mali actuel), riche de ses marchands, de ses couleurs chatoyantes, mais surtout, de son or et de son sel. Le but est proche : Tombouctou, l’étape suivante, Tombouctou. Enfin !


Caillié pénètre dans les murs de la cité mystérieuse le 20 avril 1828. Sa première sensation est celle de l’éblouissement :

« En entrant dans ce lieu mystérieux, objet des recherches des nations civilisées d’Europe, je fus saisi d’un sentiment inexprimable de satisfaction ; je n’avais jamais éprouvé une sensation pareille et ma joie était extrême. Mais, il fallut en comprimer les élans ; ce fut au sein de Dieu que je confiais mes transports ; avec quelle ardeur je le remerciai… »

 

Cependant, si la joie de Caillié fut immense, la ville le déçut par son apparence. Il n’y retrouve ni sa splendeur légendaire, ni la construction mentale qu’il s’en était faite. Depuis la fin du XVIe siècle, et l’invasion de l’empire Songhay par les Marocains en 1591, en effet, la ville avait beaucoup perdu de son éclat et présentait à bien des égards l’aspect d’une cité sur le déclin.

 

La maison de René Caillié à Tombouctou

La maison de René Caillié à Tombouctou


Caillié visite la ville, ruelle par ruelle, presque maison par maison, observe, médite, note.


Pendant les 14 jours où il séjourne à Tombouctou, comme partout ailleurs, au cours de son voyage, il lui faut une vigilance sans relâche pour préserver son anonymat et son déguisement, seul moyen de sauver sa vie et de parvenir à ses fins.

« Je tenais ma couverture sur les genoux et, à la main, une feuille du Coran. Lorsque je voyais quelqu’un de mon côté, je cachais mes écrits et mes dessins dans la couverture, et je gardais la feuille du Coran à la main, comme si je disais une prière. »

 

René Caillié, le Coran à la main

René Caillié, le Coran à la main


A Tombouctou comme à Djenné, le spectacle des différentes ethnies, bruyantes et colorées, le fascine : Maures, Songhaïs, Peuls, Touaregs, blancs, noirs, esclaves… Il lui faut tout voir et tout observer. Et, à présent qu’il était venu, qu’il avait beaucoup vu et beaucoup noté, il résolut de reprendre le chemin du retour ; la tête pleine d’images exotiques, surtout de leçon de vie.

 

Pour regagner la France, le plus simple eût été de revenir sur ses pas et regagner Saint-Louis, où il se serait embarqué pour la France. Mais, il choisit le chemin le plus difficile et le plus hasardeux : traverser le Sahara, rentrer par le nord en traversant la Méditerranée, s’exposant ainsi à la rigueur du climat et à l’hostilité sournoise de caravaniers reliant Tombouctou au Maroc. Il se joignit ainsi à une caravane sur la recommandation de son hôte, un riche marchand de la ville, qui s’était pris d’affection pour lui, le prenant sans doute pour un coreligionnaire vertueux, et lui proposa de s’établir à Tombouctou et de l’associer à ses affaires. Mais, le rêve accompli, Caillié ne pensait plus qu’à la France. Sans doute aussi avait-il compris qu’il ne pouvait rester indéfiniment déguisé, sous une identité d’emprunt si lourde à porter.


Mais cette longue route traversant le Sahara jusqu’au Maroc était pour Caillié un chemin semé d’inconnus et d’embûches, l’aventure, au sens le plus élevé.

« Cette traversée du désert fut pour René Caillié la plus éprouvante de son odyssée. La chaleur l’obligeait à voyager de nuit et à chercher l’après-midi, un peu de repos sous la tente. On ne distribuait l’eau qu’une fois par jour et le vent de sable desséchait le palais. Le visage déformé par le scorbut, ses vêtements en loques, le voyageur français était la distraction, la risée de la caravane.

Sidi Ali, le guide, incitait même les esclaves à la méchanceté à son égard, à le pousser pour le faire tomber de son chameau, à le faire basculer dès qu’il remontait. On lui jetait des pierres en brandissant devant lui des branches d’épines en menaçant de lui crever les yeux.

Sidi Ali refusait de le laisser boire ou d’entrer sous sa tente. Les pieds en sang, Caillié cherchait refuge de tente en tente, récitant des prières, un chapelet à la main, suppliant qu’on lui offre une gorgée d’eau, jusqu’à ce qu’un être moins cruel le prenne en pitié. »

 


Malgré les privations, les brimades et la fatigue, Caillié résista, sans la moindre plainte, jusqu’au bout, avec une énergie incomparable. Il en fallait davantage pour venir à bout de cette volonté exceptionnelle, qui avait fait de la découverte de Tombouctou l’objectif de toute une vie.

 

fleurs 173Le Maroc, Rabat, ultime épreuve !

 

En se séparant de ses « persécuteurs », en terre marocaine, Caillié se rendit à la première oasis en vue, pour se reposer et refaire sa santé. Mais sans un sou, démuni de tout, complètement dépouillé par ses compagnons de hasard, affamé, en guenilles, comment vivre ? Alors, par instinct de survie, il se forge une issue : il s’improvise médecin et charlatan, en monnayant sa « science ». Il fabrique des gris-gris, des amulettes ;  « les femmes le priaient de composer un talisman censé aider à garder un mari frivole, un amant… Les mères lui amenaient leur enfant à soigner. De tout le village, on venait le consulter pour une formule miracle, un remède, un sortilège.» Ce stratagème lui permit de manger quelques jours à sa faim.

 

Ainsi reposé, il se mit en route pour Rabat, la capitale du royaume, où il tenta de prendre contact avec le consulat de France. Mais, rester déguisé en arabe musulman égyptien, et se faire prendre en charge par le consul de France en pays musulman, ne furent pas chose aisée. La domestique du consul, en le voyant arriver, poussa un hurlement d’effroi et alerta le garde assis, qui somnolait à l’entrée. Ce dernier se précipita vers l’intrus et l’empoigna rudement. Le consul (qui était auparavant informé de la situation de Caillié voulut sauver les apparences dans l’intérêt du voyageur), accourut et cria : « Laissez partir ce chien de mendiant ! »


Caillié qui savait le représentant de la France soucieux de préserver son anonymat, tout en souhaitant l’aider, revint le lendemain. La domestique le laissa entrer. Le consul Delporte le reçut et discrètement procéda à sa mise en route pour la France.

 

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Itinéraire de René Caillié


Caillié embarqua pour Toulon, via Cadix, muni d’une lettre enthousiaste du consul qui avait valeur de recommandation ; où il notait :

« Monsieur René Caillié est le Marco Polo de l’Afrique »


Ce sésame, remis au président de la Société de Géographie, lui ouvrit les portes de l’honorabilité. On lui remit la récompense promise : la somme de 9000 francs, et, non sans quelque réticence, on lui accorda une petite pension pour service rendu à la géographie et à la science en général. Et, sur proposition du ministre de la Marine, Caillié fut décoré de la Légion d’honneur.

 

Récompense et honneur amplement mérités car, outre les efforts quasi surhumains et les souffrances endurées, René Caillié rendra un éminent service à la science : ethnologues, anthropologues, géographes, historiens, botanistes… trouveront dans ses écrits, une source inépuisable d’informations et d’inspiration.

 

Enfin chez lui, l’explorateur se marie à Paris en 1830, puis s’établit à Mauzé avant de s’offrir son domaine à la Baderre, près de Pont-L’Abbé d’Arnoult, où il s’éteignit le 17 mai 1838.

 

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Portrait officiel de René Caillié


« Chez lui, nul préjugé, nul mépris pour les noirs [...]. Il était venu en simple visiteur, et non avec la disposition d'esprit polémique qui poussera tant d'autres auteurs à vouloir nier à tout prix la civilisation africaine et à vouloir démontrer logiquement la primitivité de la race noire tout entière. Aux mythes, René Caillié a opposé la force de la réalité ». (Léon Fanoudh-Siefer) 

 

Il avait dès 1830, publié le récit de son périple : « Journal d’un voyage à Tombouctou et à Djenné ».

 

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Statue de René Caillié

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 10:39

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Ne pas négliger le mal parce qu'il est petit.

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Car un mal ne vient jamais tout seul. Les maux, ainsi que les biens, se tiennent comme des chaînons. Le bonheur et le malheur vont d'ordinaire à ceux qui ont le plus de l'un ou de l'autre ; et de là vient que chacun fuit les malheureux, et cherche les heureux. Les colombes mêmes, avec toute leur candeur, s'arrêtent au plus blanc donjon. Tout vient à manquer à un malheureux, il se manque à lui-même en perdant la tramontane (le Nord). Il ne faut pas réveiller le malheur quand il dort. C'est peu de chose qu'un pas glissant, et pourtant il est suivi d'une chute fatale, sans qu'on puisse savoir où le mal aboutira ; car, comme nul bien n’est parfait, nul mal aussi n'est au comble : celui qui vient du Ciel demande de la patience ; et celui qui vient du monde, de la prudence. 

Baltasar Gracian (1601-1658), L’Art de la prudence.

 

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