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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 10:10

France Culture : Les enjeux internationaux

lundi 30 avril, 6h45

Emission présentée par Thierry Garcin

Invité : Tidiane Diakité


link http://www.franceculture.fr/emission-les-enjeux-internationaux-mali-les-incertitudes-politiques-l%E2%80%99impasse-militaire-2012-04-30



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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:29

fleur-anime-083Sagesse et sérénité, relais de la quiétudeoiseau 024

 

Il me semble que la voix nous distrait plus que les autres bruits. Elle attire notre attention alors qu'ils se contentent de frapper les oreilles et de les emplir. Parmi les bruits qui m'assaillent sans que j'y prenne garde, je compte les chariots qui passent à toute allure, le charpentier qui habite la maison, mon voisin et sa scie, ou le type qui, près d'une fameuse fontaine, essaie ses flûtes et ses trompettes et ne chante pas mais hurle. Et pourtant le bruit intermittent me gêne plus que le bruit continu.

 

Mais je suis déjà tellement endurci que je pourrais supporter la voix cinglante du garde-chiourme donnant le rythme aux galériens. Je force en effet mon âme à se concentrer sur elle-même et à ne pas se laisser distraire par le dehors. Tout peut n'être que tapage à l'extérieur pourvu qu'il n'y ait pas de tumulte en moi, pourvu que le désir et la peur ne se battent pas entre eux, pas plus que l'avarice et la luxure. À quoi bon du silence à dix lieues à la ronde si nos passions bouillonnent ?

 

« Tout reposait dans le silence apaisé de la nuit. » C'est faux. Il n'y a pas de « silence apaisé » en dehors de celui que préside la raison. La nuit révèle les soucis. Elle ne les efface pas, elle les transforme. Les rêves des dormeurs sont aussi troublés que leurs jours. La véritable tranquillité gît au sein de la sagesse.

 

Regarde cet homme qui cherche le sommeil dans le silence de sa vaste maison. Afin qu'aucun son ne trouble son oreille, la troupe d'esclaves se tait, et ceux qui s'approchent de lui le font sur la pointe des pieds. Eh bien, il se tourne et se retourne, à l'affût du sommeil, au milieu de ses tracas, et se plaint des bruits imaginaires qu'il a entendus. Pour quelle raison à ton avis ? C'est son âme qui fait du bruit. C'est elle qu'il faut apaiser, c'est sa discorde qu'il faut neutraliser. Ce n'est pas parce que le corps est étendu que l'âme est en paix. Parfois la quiétude est pleine d'inquiétude. Aussi avons-nous besoin d'être poussés à l'action et occupés à de belles activités chaque fois que nous souffrons d'une paresse qui ne se supporte pas elle-même.

 

Les officiers, quand ils voient un soldat regimber, le reprennent en main en l'astreignant à des corvées, à d'épuisantes manœuvres. Quand on est surmené, on n'a pas le temps de se la couler douce et rien de plus efficace que l'activité pour lutter contre les vices que provoque l'oisiveté. Nous croyons souvent que, si nous nous sommes retirés, c'est par dégoût de la vie publique, ennui d'un poste ingrat et stérile. Et pourtant, dans le refuge où la peur et la lassitude nous ont jetés, l'ambition se ravive. Si elle a disparu, ce n'est pas qu'on l'ait extirpée, non, elle est juste fatiguée ou même irritée des résistances qu'elle rencontrait.

 

Je dis la même chose de l'intempérance : quelquefois elle semble avoir disparu mais, à peine nous sommes-nous prononcés en faveur d'une vie toute simple qu'elle nous tente et nous réclame, au milieu des privations, ces plaisirs que nous n'avions pas condamnés mais seulement écartés. Plus elle est secrète, plus elle est virulente. Une fois révélés, tous les vices s'atténuent. Les maladies aussi sont en bonne voie de guérison quand elles jaillissent brutalement hors de la clandestinité pour étaler au grand jour leur violence. C'est la même chose, tu dois le savoir, avec le goût du gain, l'ambition, et autres maladies de l'âme qui sont d'autant plus pernicieuses qu'elles se dissimulent derrière une apparence de santé.

 

Nous paraissons tranquilles, sans l'être. En effet, si nous sommes de bonne foi, si nous avons sonné la retraite, si nous avons renoncé aux faux-semblants, alors, comme je te le disais il y a peu, plus rien ne pourra nous détourner, aucun concert de voix humaines ou de chants d'oiseaux ne pourra interrompre nos salutaires pensées, désormais fermes et assurées.

 

Il faut avoir l'esprit léger et incapable de concentration intérieure pour prêter l'oreille au premier bruit ou au premier éclat de voix. Il faut avoir en soi une espèce d'inquiétude, une sorte de crainte innée, qui tient toujours en alerte, comme dans la description qu'en fait notre cher Virgile : « Et moi qui, peu de temps auparavant, n'était troublé ni par les flèches qu'on me lançait, ni par les armées grecques massées contre moi, me voici effrayé par le moindre souffle, alerté par le moindre bruit, et je vacille, apeuré par le compagnon autant que par la charge. »

 

Premier personnage : le sage qui ne s'effraie ni des flèches qui vibrent, ni du choc des armées en rangs serrés, ni du fracas d'une ville prise d'assaut. Second personnage : un homme qui a tout à apprendre, qui, au moindre bruit, tremble pour ses biens, désespéré à la première voix qu'il entend (car il la prend pour un cri de l'ennemi), un homme mort de peur aux plus légers mouvements, et qui redoute jusqu'à la charge qu'il porte.

 

Choisis n'importe lequel de ces hommes soi-disant « heureux » qui ont à la main ou sur leurs épaules de lourds bagages : tu le verras « apeuré par le compagnon autant que par la charge ». Sache donc que tu connaîtras vraiment l'équilibre le jour où aucune clameur ne t'atteindra, aucune voix ne t'arrachera à toi-même, ni par des flatteries, ni par des menaces, ni par un assaut bruyant de bavardages futiles.

Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius (Arléa)

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 17:03

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Entre dissidence politique et fanatisme religieux

 

          Le Nord-Mali, où règne un chaos indescriptible, vit une situation hors contrôle dont la population civile est la première victime. Abandonnée à son sort, démunie, épouvantée, sans guide ni protection, elle est en proie à des exactions intolérables : violences physiques et morales de tous ordres, vols, viols, pénurie de vivres et de produits de base. Les femmes sont les plus à plaindre, car encore plus faibles et plus brimées, elles sont ravalées au rang d’animal domestique sans visage.

          Dans les régions envahies,  les loisirs sont interdits. Il n’y a plus ni commerce, ni école, plus hôpitaux, plus d’administration. Les chefs de service, gouverneurs et préfets, les enseignants, médecins et militaires, ont tous fui vers la capitale Bamako ou vers les pays voisins.


bouton 007Qui sont ces gens qui mettent le feu au pays par le nord ?

 

          Au premier rang, les Touaregs du « Mouvement national de libération de l’AZAWAD » ou MNLA, qui se sont emparés de toute la région nord et ont proclamé  leur indépendance, en créant la « République de l’AZAWAD », dont ils rêvaient depuis les années 60-70.

        En face, avec ou contre eux (?), les islamistes radicaux, eux-mêmes scindés en deux : la branche traditionnelle implantée au nord : AL-Qaïda Maghreb islamique (AQMI), dont les principaux chefs sont algériens, et un  mouvement dissident : Ansar Ed Dine (en arabe : défense de l’islam) fondé par un Touareg malien.

        A ceux-là s’ajoutent les islamistes du Nigeria du mouvement Boko Haram (en arabe : l’éducation occidentale est un péché) qui, comme les autres, profitent de l’absence d’Etat au Nord-Mali pour s’y implanter, prêcher, piller et brimer la population à leur guise.

 

bouton 007Diversité des motivations

 

          Si le mouvement touareg de l’AZAWAD semble se satisfaire de son acquis, après la proclamation unilatérale de son indépendance, les différents mouvements islamistes, eux, ont tous le même objectif : imposer l’islam radical à tout le territoire malien ainsi que la charia, et faire du Mali un Etat islamique. Pour eux, il ne saurait en être autrement. Mus par la doctrine radicale djihadiste de Ben Laden, l’inspirateur historique, l’objectif est d’imposer leur vision du monde. Dans cette optique, l’Occident apparaît en première ligne et la haine qu’il inspire aux islamistes constitue leur moteur, leur moyen étant la violence, pour soumettre et dominer l’Occident et parvenir ainsi à leur fin.

         Ces deux camps, rebelles touaregs et islamistes djihadistes, tous ennemis de l’Etat malien, en plus de leur divergence de motivation, sont également opposés sur l’attitude à adopter à l’égard des nouvelles autorités du pays. Si tous ont manifesté la volonté de renouer le dialogue avec l’Etat malien, chacun y va de sa méthode et de ses conditions.

          Les rebelles touaregs veulent discuter, mais sur la base de la recherche des moyens et des modalités d’une coexistence de leur « république » avec le reste du pays : séparation définitive, large autonomie ou fédération sous l’égide et la garantie de la communauté internationale.

          Quant aux islamiste djihadistes, AQMI et les deux autres composantes, le préalable à tout dialogue est l’acceptation de leur volonté d’imposer partout la charia, mais aussi d’écarter tous les « non-musulmans », c’est-à-dire les Occidentaux, de toute discussion et tout dialogue, en leur fermant hermétiquement la porte.

          Le Mali a le malheur d’être devenu, par sa faiblesse, le laboratoire idéal de la mise en œuvre de cette doctrine. Sinon, pourquoi vouloir abattre un pays à 90% musulman, qui a toujours pratiqué un islam tolérant et respectueux des autres confessions, berceau d’un islam de paix, de concorde nationale et d’ouverture, si ce n’est à cause de la faillite de l’Etat et de sa gouvernance ?

 

bouton 007Face à ce chaos dans le nord et le vide institutionnel, quel espoir désormais pour le Mali et les Maliens ?

 

fleche 026Que faire ?

 

fleche 002Quel secours le Mali peut-il attendre de ces voisins sahéliens directs ?

 

          Incontestablement, l’attitude de ses voisins est une interrogation majeure pour la résolution de la crise malienne. Si l’on en croit un ancien cadre de l’armée française, Jacques Hogard, actuel président de Epée, sécurité de conseil en intelligence stratégique, « ces Etats n’ont pas les mêmes forces, les mêmes moyens, ni les mêmes intentions. La Mauritanie et l’Algérie défendent leurs intérêts. L’Algérie préfère qu’AQMI s’établisse dans le Nord-Mali plutôt que sur son territoire. Les autorités nigériennes qui surveillent la situation au Mali gardent aussi un œil sur la Libye [avec laquelle les rapports sont très tendus en ce moment, entre autres causes le refus du gouvernement nigérien d’extrader un des fils de Kadhafi réfugié au Niger] et les mouvements de Boko Haram au Nigeria voisin pour protéger ses frontières.

          La Mauritanie est aussi déjà bien engagée dans la lutte contre AQMI. Le président mauritanien voit d’un œil sympathique la guerre que mènent les Touaregs du MNLA, estimant qu’elle pourrait assainir la région des djihadistes… » 

 

bouton 007Le salut pour le Mali viendra-t-il de la CEDEAO ?

 

          Cette Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest s’est préoccupée de la situation du Mali dès le lendemain du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012. Elle a rapidement réagi en imposant un embargo au Mali, en amenant les putschistes à rétablir les institutions du pays et en permettant la désignation d’un président par intérim et d’un Premier ministre. Mais après ?

         Depuis, le chaos s’accentue et la menace de désintégration du pays est plus forte que jamais. La CEDEAO a presque toujours raté ses objectifs dès lors que l’option militaire se révèle nécessaire. Son seul mérite, c’est alors de sonner l’alarme et d’attendre que la communauté internationale, en l’occurrence l’Europe, les Etats-Unis via l’ONU, réponde à l’appel et vienne en aide, fournissant les moyens en hommes, en armes, en logistique et guide l’action. (Ex. Côte d’Ivoire, Libye).

          L’organisation sous-régionale a bien affirmé sa volonté de tout mettre en œuvre pour que le Mali recouvre l’intégrité de son territoire, y compris par les armes, en promettant la mobilisation de 2000 à 3000 hommes. Outre que les prises de décisions sont toujours difficiles en son sein, les moyens lui font cruellement défaut (la volonté des Etats et des futurs combattants aussi ?).

 

bouton 007Au bord du précipice

 

          Jamais Etat n’aura connu dans un délai aussi court autant de facteurs de désintégration cumulés, car la menace au Nord-Mali a son pendant au Sud. Le pays se trouve écartelé entre plusieurs maux : au nord la rébellion politique et la menace djihadiste, au sud, les ravages des effets collatéraux de la mauvaise gouvernance, du virus de la corruption, la gangrène de la mercantilisation des esprits ainsi que la marchandisation des rapports sociaux qui assèchent les consciences de tout sens de l’Etat et du bien commun. Quand des responsables politiques et militaires n’ont d’autres horizons que des objectifs matérialistes, l’enrichissement personnel facile et immédiat, il faut un miracle pour que l’Etat survive et se renforce.

          A tous ces maux qui minent le pays s’ajoutent, au sud et dans la capitale, des arrestations non expliquées. Ces arrestations sont le fait des militaires. Les victimes en sont d’anciens responsables politiques et chefs militaires du régime déchu. Lesquelles arrestations, accompagnées de violences et de saccages des domiciles des victimes, se font contre la volonté des nouvelles autorités par intérim.

          Tout cela crée un climat de confusion et un désordre parmi la population apeurée, désemparée, sans recours ni défense, confrontée par ailleurs aux pénuries et privations consécutives à ce même désordre et à l’embargo. Comment dans ces conditions faire face au danger qui menace au nord ?

          La menace qui s’abat sur le Mali est ainsi d’une gravité sans précédent. Les islamistes djihadistes sont une force et une menace qui ne sauraient être sous-estimées. Cette mouvance est d’une fermeture totale à toute idée de démocratie qu’elle exècre, de liberté de conscience et de paix religieuse. Son triomphe signifierait la fin du Mali en tant qu’Etat libre et souverain. Ce serait la « somalisation » en pire.


          En conséquence, il convient de se persuader que si la tragédie dont le Mali est actuellement le théâtre devait se conclure par le triomphe des acteurs assaillants, elle aurait une résonance bien au-delà des frontières de ce pays aujourd’hui saigné.

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 09:50

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L’abbé GREGOIRE(1) au service du droit et de la justice

 

Inversion : de haut en bas

 

C’était hier

 

       Des hommes qui ne consultent que leur bon sens, et qui n'ont pas suivi les discussions relatives aux colonies, douteront peut-être qu'on ait pu ravaler les Nègres au rang des brutes, et mettre en problème leur capacité intellectuelle et morale. Cependant cette doctrine, aussi absurde qu'abominable, est insinuée ou professée dans une foule d'écrits. Sans contredit les Nègres, en général, joignent à l'ignorance des préjugés ridicules, des vices grossiers, surtout les vices inhérents aux esclaves de toute espèce, de toute couleur. Français, Anglais, Hollandais, que seriez-vous, si vous aviez été placés dans les mêmes circonstances ? Je maintiens que parmi mes crimes les plus stupides, et les crimes les plus hideux, il n'en est pas un que vous ayez le droit de leur reprocher.


       Longtemps en Europe, sous des formes variées, les Blancs ont fait la traite des Blancs ; peut-on caractériser autrement la presse en Angleterre, la conduite des vendeurs d'âme en Hollande, celle des princes allemands qui vendaient leurs régiments pour les colonies ? Mais si jamais les Nègres, brisant leurs fers, venaient, (ce qu'à Dieu ne plaise), sur les côtes européennes, arracher des Blancs des deux sexes à leurs familles, les enchaîner, les conduire en Afrique, les marquer d'un fer rouge ; si ces Blancs volés, vendus, achetés par le crime, placés sous la surveillance de géreurs impitoyables, étaient sans relâche forcés, à coups de fouet, au travail, sous un climat funeste à leur santé, où ils n'auraient d'autre consolation à la fin de chaque jour que d'avoir fait un pas de plus vers le tombeau, d' autre perspective que de souffrir et de mourir dans les angoisses du désespoir ; si, voués à la misère, à l'ignominie, ils étaient exclus de la société ; s'ils étaient déclarés légalement incapables de toute action juridique, et si leur témoignage n'était même pas admis contre la classe noire ; si, comme les esclaves de Batavia, ces blancs, esclaves à leur tour, n'avaient pas la permission de porter des chaussures ; si, repoussés même des trottoirs, ils étaient réduits à se confondre avec les animaux au milieu des rues ; si l'on s'abonnait pour les fouetter en masse, et pour enduire de poivre et de sel leurs dos ensanglantés, afin de prévenir la gangrène ; si, en les tuant on en était quitte pour une somme modique, comme aux Barbades et à Surinam ; si l'on mettait à prix la tête de ceux qui se seraient, par la fuite, soustraits à l'esclavage ; si contre les fuyards on dirigeait des meutes de chiens formés tout exprès au carnage ; si blasphémant la divinité, les Noirs prétendaient, par l'organe de leurs Marabouts, faire intervenir le ciel pour prêcher aux Blancs l'obéissance passive et la résignation ; si des pamphlétaires cupides et gagés discréditaient la liberté, en disant qu'elle n'est qu'une abstraction (actuellement telle est la mode chez une nation qui n'a que des modes) ; s'ils imprimaient que l'on exerce contre les Blancs révoltés, rebelles, de justes représailles, et que d'ailleurs les "esclaves blancs sont heureux, plus heureux que les paysans au sein de l'Afrique" ; en un mot, si tous les prestiges de la ruse et de la calomnie, toute l'énergie de la force, toutes les fureurs de l'avarice, toutes les inventions de la férocité étaient dirigées contre vous par une coalition d'êtres à figure humaine, aux yeux desquels la justice n'est rien, parce que l'argent est tout ; quels cris d'horreur retentiraient dans nos contrées !


       Pour l'exprimer, on demanderait à notre langue de nouvelles épithètes ; une foule d'écrivains s'épuiseraient en doléances éloquentes, pourvu que n'ayant rien à craindre, il y eût pour eux quelque chose à gagner.


 

       Européens, prenez l'inverse de cette hypothèse, et voyez ce que vous êtes.


Abbé GRÉGOIRE, De la littérature des Nègres, 1808.

 

 

gif anime puces 029(1) Henri GREGOIRE (1750-1831), évêque constitutionnel de Blois, député à la Convention, il réclama l’établissement de la République et l’abolition de l’esclavage. Il est à l’origine de l’émancipation des juifs français.

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 15:00

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Outrage à la liberté d'informer

 

crise-Mali4.jpg

                                                     M. Dioncounda Traoré, nouveau président du Mali par intérim

 

Même si une faible lueur semble poindre à l'horizon ces jours-ci, avec la mise en place d'un gouvernement intérimaire au Mali, ainsi que le retour des militaires putschistes dans leur caserne, le "mal malien" demeure. Cependant, cette grave crise qui a secoué le pays et qui continue de le déstabiliser peut être l'occasion de mener une réflexion salutaire sur la démocratie malienne, le fonctionnement de l'Etat, de repenser et renouveler en profondeur la pratique politique et la gouvernance.

 

Sinon, cette faible lueur restera un minuscule point dans l'épaisseur insondable de la nuit malienne.


Cette crise née d'une rébellion militaire jette une lumière crue sur quelques-unes des faiblesses majeures qui nuisent à l'avancée du pays, en révélant avant tout la précarité de l'édifice étatique. Elle a surtout montré le chemin qui reste à parcourir pour créer et ancrer durablement dans les esprits et dans les cultures, le réflexe démocratique.

 

L'acte de coup d'Etat lui-même, comme la brutalité du traitement infligé par des militaires putschistes aux journalistes, nationaux et étrangers, qui couvraient l'événement en exerçant légitimement leur métier, servent à mesurer la distance qui sépare le vocable démocratie de sa traduction concrète.

 

Entre autres exemples, le cas de l'envoyé spécial de Radio France, qui fut agressé par des militaires alors qu'il se rendait à son hôtel à Bamako vers 22h. Sans raison, ces derniers le prirent à partie, le menottèrent, l’attachèrent à un arbre toute une nuit au point que ses poignets saignent, puis exigèrent qu'il se mette à genoux, l'insultèrent et le menacèrent de mort, ce qui est indigne d'un pays démocratique.

 

L'infortuné ne dut son salut qu'à un autre militaire, plus gradé, qui, arrivé sur les lieux par hasard, demanda aux tortionnaires de le détacher, avant de continuer son chemin sans exiger la moindre explication sur les raisons de ces brimades !

 

Il est vrai qu'en Afrique, dès qu'on porte l'uniforme, on se  croit investi de la mission de brimade. 

 

Acte aussi inacceptable que répréhensible, qui n'honore ni ses auteurs, ni l'armée malienne, et qui met à nu l'inconsistance de cette démocratie malienne tant vantée naguère et citée en modèle pour l'Afrique.

 

Ce journaliste, victime innocente de cette barbarie, mériterait pour le moins des excuses publiques de la hiérarchie militaire, ainsi que des responsables politiques du pays. Ce serait l'occasion d'une leçon symbolique de démocratie car, la démocratie ne s'apprend pas dans les manuels, mais dans la vie de tous les jours. Elle se vit dans les actes et attitudes quotidiens et se consolide par l'exemplarité des responsables.

 

D'autres journalistes, étrangers pour la plupart, ont subi depuis le 22 mars 2012, le même acte de mépris de leurs droits légitimes d'informer. Si l'on en croit le président de l'Union des journalistes du Mali, ils ont non seulement été violentés, mais on leur a "pratiquement tout volé : équipement de production, ordinateurs, effets personnels...".

 

Il est par ailleurs symptomatique que la société civile malienne dans son ensemble, tout comme les responsables de partis politiques, ne relaient pas avec véhémence cette indignation exprimée par les propos du président de l'Union des journalistes maliens. Cela aurait été pourtant faire preuve de pédagogie populaire de nature à faire pénétrer un peu plus dans les esprits et les réflexes, ces notions essentielles : droit, liberté, justice, sans lesquelles la démocratie demeure un vocable creux, à l'état d'incantation stérile.

 

Il ne saurait y avoir de démocratie sans culture démocratique. C'est à forger une telle culture qu'il faut s'atteler, au Mali comme ailleurs en Afrique. Dans cette Afrique sans doute plus que partout au monde, le nombre de partis politiques estampillés "démocratiques" est impressionnant. Les partis démocratiques y poussent comme des champignons. Partout, c'est l'inflation de partis démocratiques. Seule manque la démocratie

 

Et pourtant ! L'objectif de la junte militaire qui s'est emparée du pouvoir au Mali (en abolissant la Constitution, en dissolvant l'Assemblée nationale ainsi que toutes les institutions du pays !) n'était-il pas la restauration de la démocratie, la liberté et la justice comme si joliment formulé dans le sigle qu'elle s'est forgé : "Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat" = CNRDR ou CNRDRE ? Quel joli nom! et surtout, quels nobles idéaux !

 

En Afrique, il est coutumier de constater ce profond fossé entre l'usage du mot démocratie et la réalité. Ces militaires maliens ne faillissent pas à la règle.

 

Il semble qu'à cet égard, en Afrique d'une manière générale, le chemin qui mène à la démocratie soit encore long, et la pente à gravir,  ardue. L'actualité immédiate nous en administre la triste illustration avec le coup d'Etat survenu en Guinée Bissau ce 13 avril 2012.

 

Et pourtant, c'est bien cette pente qu'il faut gravir. Et c'est vers ces valeurs universelles de droit, de liberté, de justice, incarnées dans la démocratie qu'il faut tendre, à petits pas certes, mais résolument, sans jamais perdre de vue cet horizon.

 

 

gif anime puces 286Plutôt le bulletin de vote que le fusil. Si telle pouvait être la devise de toutes les armées africaines !

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:28

De la splendeur à la descente aux abîmes programmée


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Le Mali, un Etat qui se consume à petit feu

 

Passé et présent

 

Les Touaregs prennent le dessus et menacent l'existence même du Mali en tant qu'Etat uni et souverain.

Qui sont-ils ?

Les Touaregs appartiennent à la grande famille berbérophone qui peuple une vaste partie de l'Afrique du Nord-Ouest depuis des temps immémoriaux. Leur zone de peuplement traditionnel s'étend sur près de 2,5 millions de Km2, l'équivalent de l'Europe occidentale. 

La population touarègue s'étend sur les Etats riverains du Sahel : Algérie, Libye, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso, pour l'essentiel. Leur nombre précis est difficile à évaluer, comme pour tous les peuples nomades en général qui échappent au recensement rigoureux. Ils sont entre 1,5 et 2,5 millions.

C'est en Algérie, au Mali et au Niger que leur nombre est le plus important. Au Mali, ils seraient entre 450 000 et 500 000, voire un peu plus.

Les Touaregs s'appellent eux-mêmes "les hommes libres". Titre qui leur va bien car libres de se déplacer sur l'immense étendue du désert, sans entraves liées à l'idée de frontière, de marqueur national : pièce d'identité, recensement... Ils sont de même dans l'absolue ignorance des contraintes liées à la vie sédentaire en général.

La colonisation a respecté ce mode d'existence. Respect ou impuissance ? En tout cas ,le colonisateur n'a pas pu ou voulu les enfermer dans des frontières en exigeant d'eux recensement, identification, impôts et même scolarisation, faisant ainsi d'eux les "seigneurs du désert", hommes libres, alors que les autres peuples colonisés, dans le même espace, subissaient la loi du colonisateur.

 

Et l'indépendance vint !

 

Avec elle, les difficultés commencent pour les Touaregs comme pour les nouvelles autorités des pays riverains du Sahel. Les limites administratives coloniales devenant des frontières étatiques, les Touaregs se trouvent piégés. On leur donne une identité nationale, des symboles qui l'incarnent : carte d'identité, recensement, impôts, scolarisation, on leur assigne un territoire national délimié, avec gardes et douanes. On leur demande des papiers pour se rendre au Mali ou au Niger, en Mauritanie ou au Tchad...

 Dans tous les nouveaux Etats cependant,des incitations fortes sont mises en place pour favoriser leur sédentarisation. Quelques privilèges leur sont même accordés.

Exemple : des instituteurs sont mis à leur disposition, ils doivent s'adapter à leur mode de vie : les cours sont dispensés sous des tentes, repliées le lendemain, pour suivre leurs déplacements et  la caravane...

 

Cependant, aux yeux de beaucoup de Touaregs, l'indépendance signie autre chose : l'inversion des statuts.

Le sud du Sahara fut pendant des siècles le lieu de razzias des populations noires par les Berbères, les Touaregs et les Arabes, qui en faisaient des esclaves. Avec l'indépendance les "razziés" d'hier se retrouvent  du jour au lendemain maîtres des "razzieurs", ce que ces derniers ne peuvent comprendre et accepter, car ils sont encore marqués mentalement et culturellement par l'ancien statut qui reste pour un certain nombre d'entre-eux, l'ordre normal des choses.

Dès lors, rien ne peut empêcher les heurts qui commencent et se multiplient rapidement après les indépendances. La liste de ces affrontements entre les Touaregs et l'Etat malien en particulier est longue. Les "hommes bleus" s'agitent et rêvent de séparation et d'indépendance, refusant de s'intégrer à ce nouvel ordre que l'histoire veut leur imposer.

bouton 007- 1ère insurrection en 1962, deux ans après l'accession à  l'indépendance du Mali, contre le gouvernement de Bamako, qui dure une année entière, et s'achève par une sévère répression : 5000 Touaregs s'exilent en Libye. Parmi les assaillants de 2012 contre le Mali, figurent des descendants de ces premiers exilés. La Libye deviendra par la suite, tout particulièrement avec l'arrivée de Kadhafi au pouvoir, une terre d'exil, véritable sanctuaire pour les Touaregs maliens. (Nigériens également).

bouton 007- 1990-1995 : 2 ans après la création du mouvement indépendantiste de l'AZAWAD. Ce conflit est suivi par la signature d'un "Pacte national"  en 1992, mais il ne signie pas l'arrêt définitif des hostilités.

bouton 007- 27 mars 1996 : la paix est scellée à Tombouctou par la très belle et symbolique cérémonie de la "Flamme de la Paix" au cours de laquelle les rebelles touaregs brûlent publiquement, dans une sorte de feu de joie, 3000 armes qu'ils ont utilisées pendant le conflit.

Un programme de développement de la région nord, terre des Touaregs, suit immédiatement. Cela n'empêche guère un autre soulèvement en mai 2006 qui aboutit aux Accords d'Alger.

bouton 007- 2009 : nouveau conflit, nouveaux accords.

bouton 007- 2011 : le mouvement national pour la libération de l'AZAWAD lance une offensive conjointement contre les gouvernements malien et nigérien. L'argument avancé par les Touaregs est que leur région est délaissée par le pouvoir central et oubliée dans les programmes de développement.

 

Avant et après Kadhafi

 

Mouammar Kadhafi a toujours joué un rôle important entre les Touaregs et l'Etat malien, bien avant la fin de son régime. Se considérant comme le parrain de tous les Touaregs, et prenant fait et cause pour ces derniers, il n'hésitait pas à réprimander le gouvernement malien dans sa politique à l'égard des Touaregs, tout en l'aidant financièrement à leur insertion et en contribuant au programme de développement des zones de populations touarègues du Nord.

La "Légion verte" qu'il créa à partir des années 1980 était une sorte de sas pour l'acquisition de la nationalité libyenne, principalement pour les Touaregs venus du Mali, un corps d'armée qui forme et aguerrit les militaires, mûs par l'appât de la citoyenneté libyenne. Par ailleurs, beaucoup de cadres de l'armée de Kadhafi (comme une bonne part de sa garde rapprochée), étaient des Maliens naturalisés, d'une fidélité à toute épreuve au Guide.

Tous les Touaregs en difficulté avec l'Etat malien trouvaient refuge et accueil bienveillant en Libye.

En 2005-2006, Kadhafi rassembla les chefs touaregs à Tombouctou, terre malienne, au nez et à la barbe des autorités maliennes, pour lancer un appel à la création du "Grand Sahel" rassemblant les Touaregs.

Et lorqu'il se trouva en difficulté en 2011, c'est sans peine que des centaines de Touaregs du Mali se rendirent en Libye, recrutés comme mercenaires et armés par les "Lybiens-Maliens" déjà en place.

L'ombre de Kadhafi plane sur la situation actuelle au Mali pour deux raisons :

bouton 007- le soutien inconditionnel des Touaregs en délicatesse avec le gouvernement malien a créé chez les premiers un réflexe de rejet de tout ce qui était ordre malien (même si le Mali a eu un Premier ministre touareg, et que des Touaregs ont toujours fait partie du gouvernement malien comme de l'Assemblée nationale).

Le reflux vers leur pays d'origine de tous ces Touaregs, après la chute du régime de Kadhafi, puissamment armés (armes ultra-modernes), est un élément supplémentaire de déstabilisation pour le Mali, l'armée nationale ne faisant pas le poids face à la puissance de feu des rebelles.

 

Le pire s'est réalisé

 

La collusion entre le mouvement séparatiste touareg et AQMI, lequel   s'est implanté dans le nord du Mali depuis quelques années avec une facilité déconcertante. Que leurs objectifs soient différents, cela ne sauve pas le Mali pour autant.

bouton 007- Les Touaregs voudraient  -selon eux- se limiter au territoire qu'ils dont toujours revendiqué et qu'ils viennent de conquérir avec les 3 villes principales : Kidal, Gao, Tombouctou.

bouton 007- Les islamistes d'AQMI veulent, eux, dominer tout le Mali, en faire un vaste Etat islamiste avec application de la charia ; Etat d'où ils pourront narguer l'Occident, car le moteur des islamistes radicaux de partout, c'est la haine de l'Occident.

 

Des questions viennent alors à l'esprit. Pourquoi le Mali ? Pourquoi pas l'Algérie, la majeure partie de la composante d'AQMI étant des ressortissants de ce pays ? Pourquoi pas la Mauritanie ou le Tchad, qui sont eux aussi des Etats de forte population touarègue?

Le Mali serait-il le maillon faible de la chaîne des Etats riverains du Sahel ?

Ces questions renvoient aux responsabilités (ou à la part de responsabilités) des autorités maliennes dans la crise que connaît le pays aujourd'hui.

 

Le Mali est une pièce à part sur l'échiquier ouest-africain. La victoire sur le Mali de ces assaillants touaregs et islamistes produirait l'onde de choc qui ébranlerait tout l'Ouest africain. Les puissances occidentales, l'Europe (la France tout particulièrement) comme les Etats-Unis, n'y gagneraient rien non plus.

La spécificité du Mali parmi les autres Etats africains tient d'abord à sa situation géographique, mais surtout à son histoire et sa culture. Pays de savane par excellence, logé entre le Sahel désertique et la forêt tropicale humide, entre l'Algérie au nord et la Côte d'Ivoire au sud, s'étendant sur plus de 1 240 000 Km2 (2 fois plus que la France), trait d'union entre l'Afrique blanche et l'Afrique noire, zone de passage, de rencontre et de confluence des hommes et des cultures, terre de sédentaires et de nomades, de brassage et de métissage, mais en même temps d'identité forte, terre d'histoire, berceau de grands empires multiséculaires et de hauts faits historiques, fier et courageux, drapé dans sa dignité dont il se veut le gardien farouche, le peuple malien puise son inspiration dans les profondeurs de l'histoire de l'Ouest africain.

 

Privé du Nord, le Mali serait amputé d'une partie essentielle de lui-même, de son identité et de son histoire, tout l'Ouest-africain également.


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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 08:47

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Mali, un petit pas en avant, deux grands pas en arrière ?

 

Alternance ou anarchie ?

 

On croyait le Mali installé dans la démocratie depuis la révolte populaire qui mit fin au régime sanguinaire autocratique du général président Moussa Traoré, en 1991. Le pays avait alors bénéficié, sur la scène africaine et au niveau mondial, du label flatteur de "modèle de démocratie en Afrique". Si cet édifice rayonnant de l'extérieur s'est effondré aussi facilement, c'est sans doute qu'il manquait de fondations solides.Démocratie? Non! Vernis vite effacé." C'est ainsi que nous sommes, dès qu'on gratte un peu le vernis: de petits barbares." ( Pierre Loti)


Ce coup d'Etat survient au moment sans doute le plus critique de l'histoire du Mali. Au-delà de la perte de crédit international, il constitue un pis -aller, une fuite en avant, loin d'apporter au pays la solution des maux multiples qui le rongent depuis bien longtemps : le "mal malien".


Ce coup d'Etat sera une impasse même si ses auteurs ne manquent pas d'arguments.


  bouton 007Les raisons invoquées :

 

Les revers militaires humiliants subis face à la rébellion touarègue au nord du Mali, les combattants de l'armée nationale se plaignant d'être mal équipés, mal guidés par leurs supérieurs jugés inefficaces et corrompus. Ces plaintes s'adressent aussi et surtout à un chef d'Etat et un gouvernement jugés mous, laxistes, incompétents, défaitistes, également corrompus.


Tels sont les principaux griefs formulés, qui ont poussé les officiers du rangs et des "sans grades" à sortir de leur caserne pour s'emparer du pouvoir par la force des armes.


La situation créée par ce coup de sang est telle aujourd'hui que le pays se trouve coupé en deux, entre partisans et adversaires de la junte putchiste, plus une bonne fraction de neutres ou d'attentistes dans la population.


Quelles que soient les motivations des soldats mutins, que leur mouvement aboutisse ou non, cet événement offre l'occasion d'une radiographie du pays, l'état réel, social et moral du peuple malien. A l'évidence, ce pays ne se porte pas bien de nos jours : rébellion et tentative de scission des Touaregs au nord ; le même Nord en proie à l'action déstabilisatrice de trafiquants mafieux et criminels de tout acabit.


La même région également gangrenée par les menées criminelles des islamistes terroristes d'AQMI (Al- Qaïda au Maghreb Ismalique), le tout couronné par la passivité et le laxisme du gouvernement, la corruption qui semble gagner toutes les sphères de l'Etat et de la société. Ce mal en passe de devenir endémique est fortement souligné par les militaires putchistes comme par une bonne fraction de la société civile.


Les propos d'un jeune Malien, spontanément adressés à l'envoyé spécial du quotidien Le Monde, en reportage dans le sud du Mali, sont assez révélateurs à cet égard :


gif anime puces 028Vous allez à Bamako [la capitale] ? Alors, dites à Sanogo [le capitaine leader de la junte], que la jeunesse du Mali le soutient. Que la corruption nous empêche de vivre, qu'il faut payer pour avoir un emploi, surtout un emploi de fonctionnaire. Il y a un prix pour tout, et quand on n'a pas d'argent, on ne peut pas travailler, comme nous. Le putsch, il faut que ce soit un putsch pour nous, sinon, ce sera une dictature comme les autres. (Le Monde, 27 mars 2012).


Démocratie et éthique sont indissociables, comme le sont démocratie, éthique et développement. La démocratie sans éthique n'est guère viable. Or, la corruption qui n'a cessé de gagner du terrain dans le pays est en passe de constituer un obstacle majeur à tout effort de développement et de progrès social. Cest ce tout qui entre dans la construction de la culture démocratique qu'il faut entreprendre avec méthode dans ce pays aux ressources humaines fabuleuses par ailleurs: un peuple courageux , fier et disponible.


Un coup d'Etat militaire, quel que soit le pays où il se produit, est toujours le signe d'un mal-être, d'un dysfonctionnement institutionnel ou d'une dégradation de la vie sociale. Le Mali n'échappe pas à ce diagnostic. La construction de la démocratie s'y heurte à ces maux.


Le Mali, selon toute apparence, semble sur une pente dangereuse pour son histoire et son avenir, par l'accumulation de facteurs destructeurs de l'Etat et de la nation parmi lesquels une certaine évanescence de valeurs fondatrices de la conscience malienne.


La démocratie ne se limite pas au vote. C'est surtout une culture qui se forge et s'acquiert, un état d'esprit.


A cet égard, le Mali, par le coup d'Etat du 22 mars 2012, confirme l'immaturité de sa déocratie en apportant la preuve que la culture démocratique est loin d'être une réalité dans ce pays où l'on semble confondre démocratie et anarchie, liberté et laisser-aller.


La différence avec son voisin, le Sénégal, est saisissante, surtout en ce mois de mars 2012. Là-bas, renforcement des institutions et de l'esprit démocratique par un exemplaire scrutin présidentiel le 25 mars. Ici, coup d'Etat mortel porté à la démocratie ainsi qu'aux institutions qui la fondent.


Après la régression sociale incarnée dans le nouveau code de la famille promulgué en décembre 2011 qui marque plus fortement que jamais l'infériorité de la femme dans la sphère familiale et sociale, la régression politique et civique ?


Il faut espérer que ce coup de force militaire, orchestré par de jeunes militaires excédés et frustrés, ne mettra pas un point final au processus démocratique initié en 1991, et ne signifiera pas son hibernation prolongée.


 

En sortir rapidement afin de relever les défis multiples majeurs qui assaillent le pays, c'est la condition du sauvetage et du renouveau de la nation. 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 10:49

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Coton, sucre, café chocolat, quel prix au XVIIIe siècle ?

   

Lettre D'outre-mer


"Au Port-Louis de l'Île-de-France, ce 25 avril 1769.

[...] p s. je ne sais pas si le café et le sucre sont nécessaires au bonheur de l'Europe, mais je sais bien que ces deux végétaux ont fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l'Amérique afin d'avoir une terre pour les planter ; on dépeuple l'Afrique afin d'avoir une nation pour les cultiver [...]

 

Ces belles couleurs de rose et de feu dont s'habillent nos dames ; le coton dont elles ouatent leurs jupes ; le sucre, le café, le chocolat de leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des malheureux noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes [...]"

 

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l'Isle de France Lettre 12

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:08

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Antonin (1), modèle d'humanisme et de simplicité


Prends garde à ne point te césariser, à ne pas te teindre de cette couleur, car c'est ce qui arrive. Conserve-toi donc simple, bon, pur, digne, naturel, ami de la justice, pieux, bienveillant, tendre, résolu dans la pratique de tes devoirs. Lutte pour demeurer tel que la philosophie a voulu te former. Révère les Dieux, viens en aide aux hommes. La vie est courte. L'unique fruit de l'existence sur terre est une sainte disposition et des actions utiles à la communauté. En tout, montre-toi le disciple d'Antonin. Pense à son effort soutenu pour agir conformément à la raison, à son égalité d'âme en toutes circonstances, à sa piété, à la sérénité de son visage : à sa mansuétude, à son mépris de la vaine gloire, à son ardeur à pénétrer les affaires. Pense aussi à la façon dont il ne laissait absolument rien passer sans l'avoir examiné à fond et clairement compris, dont il supportait les reproches injustes sans y répondre par d'autres reproches, dont il traitait toute chose sans précipitation, dont il repoussait la calomnie, dont il s'enquêtait méticuleusement des caractères et des activités. Ni insolence, ni timidité, ni défiance, ni pose. Pense comme il se contentait de peu, pour sa demeure, par exemple pour sa couche, son vêtement, sa nourriture, son service domestique. A comme il était laborieux et patient, et capable de s'employer jusqu'au soir à la même tâche, grâce à la simplicité de son régime de vie, sans avoir besoin d'évacuer, hors de l'heure habituelle, les résidus des aliments. Pense encore à la solidité et à la constance de ses amitiés, à sa tolérance pour ceux qui franchement contredisaient ses avis, à sa joie si quelqu'un lui montrait une solution meilleure, à son esprit religieux sans superstition, afin que ta dernière heure te surprenne avec une conscience aussi pure que celle qu'il avait.

 Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même


ligne 1 065

fleche 033 (1)Antonin le Pieux (86-161 ap.JC), empereur romain (138-161) est connu pour son honnêteté, sa simplicité, et son souci du droit. Il s'est constamment penché sur le bonheur du peuple, accordant généreusement la citoyenneté romaine à ceux qui la sollicitaient. Son règne marque l'apogée de l'empire romain.

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:45

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Dona Béatrice, la Jeanne d’Arc noire

 

L’Afrique, au nord comme au sud du Sahara, connut dans son histoire des femmes de grande valeur, qui brillèrent par leur charisme, leur personnalité. Leur émergence correspond généralement à des périodes spécifiques de l’histoire de leurs sociétés respectives : crises, résistance à l’occupation, à l’arbitraire…

La congolaise Chimpa Vita, de son nom de baptême Dona Béatrice, est de ces figures féminines oubliées.

Son histoire est liée à la fois à la présence portugaise, à la rencontre des cultures chrétienne et animiste, ainsi qu’au contexte politique et économique des 17 et 18e siècles.

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Les Portugais, à partir du 15e siècle, s’implantèrent fortement et durablement dans deux régions d’Afrique prioritairement : le Kongo (sens ancien) et l’Angola qui furent aussi des terres de prédilection de l’évangélisation par les missionnaires chrétiens de toutes obédiences : Franciscains, Augustins, Dominicains, Capucins…

Dès 1491, la famille royale du Kongo se convertit au catholicisme. Très vite, des liens étroits sont tissés entre souverains portugais et congolais avec échange constant d’ambassades, de présents, de correspondances. Le Kongo est exemplaire de l’impact des Portugais sur ces sociétés africaines. Peu à peu, les missionnaires s’incrustèrent dans le pays, investirent la cour des rois en devenant leurs conseillers et maîtres à penser. Si quelques rois se montrèrent peu réceptifs au christianisme au début, poussés par leur entourage, beaucoup d’autres firent preuve d’un zèle sans réserve à l’égard et des Portugais, et de la nouvelle religion.

Le pieux, voire très pieux Alfonso 1er, qui régna de 1506 à 1543, fit du catholicisme la religion d’Etat. Il débaptisa sa capitale Mbanza ; qui devint San Salvador. Des rapports très étroits furent liés avec les souverains portugais auxquels Alfonso 1er réclamait sans cesse — avec beaucoup d’insistance — l’envoi de missionnaires pour évangéliser son peuple. Il organisa sa nouvelle capitale sur le modèle portugais, de même que sa cour.

Son fils Henrique, qu’il envoya au Portugal pour y être instruit dans la religion catholique, fut consacré évêque en 1518 (avec dispense du pape pour son très jeune âge). L’évêque Henrique retourna dans son pays en 1521 pour contribuer à l’expansion du christianisme, à la grande satisfaction de son père.

 

Cependant cette belle idylle entre Congolais et Portugais s’enraya peu à peu à cause de la trop grande emprise des missionnaires sur les souverains et les populations, mais surtout, par l’importance grandissante du trafic d'esclaves opéré par des trafiquants portugais et européens qui prirent l’ascendant sur l’aspect religieux, entraînant dans leur quête effrénée d’esclaves et de profits, les dignitaires et les cadres du royaume, le tout se traduisant par un déclin politique et économique, l’effritement des bases de l’Etat, enfin la confusion dans les esprits entre missionnaires et trafiquants d’esclaves, entre christianisme et animisme. Cela déboucha également sur un antagonisme entre villes et campagnes, pro esclavagistes et réfractaires au trafic d’êtres humains.

 

bouton 007« Relativement disciplinés jusqu'alors, les princes, ducs, marquis et comtes locaux, férus de biens de consommation européens, vont allègrement battre en brèche l'ordonnance royale en se lançant à leur tour dans la chasse aux esclaves. De leur point de vue, s'ils voulaient se procurer les fantaisies importées dont ils raffolaient, ils n'avaient guère le choix : le Portugal avait décrété que les esclaves étaient le seul bien accepté en paiement de ses marchandises ! Les bateaux de commerce portugais, français, hollandais et autres ne cessaient d'amener sur la côte atlantique des objets plus tentants les uns que les autres, spécialement fabriqués à l'intention de ces marchés : fusils à piston, armes de jet, outils en tout genre, mais aussi vêtements damassés garnis de dentelles — assez peu adaptés au climat local —, brodequins, vins, chapeaux, miroirs et verroteries ! Les contacts avec les Européens leur ayant permis d'accroître leurs capacités offensives, plus rien n'empêchait donc ces élites princières de banaliser les instructions royales et de guerroyer entre eux si l'envie leur en prenait ! Et ce n'est pas l'aspect moral de l'esclavage qui les aurait arrêtés puisque, semble-t-il, même les prêtres blancs qui leur servaient de directeurs de conscience se laissaient compromettre dans le trafic négrier ! »

Sylvia Serbin, Reines d’Afrique, Sepia

 

Cette inexorable destruction de son pays par la traite, le roi Alfonso 1er l’avait prévue dès le début du 16e siècle, lorsqu’en 1521, il adressa au roi du Portugal, Joao III, une lettre dénonçant la traite dans son pays :

 

bouton 007« Nous demandons grâce à votre Altesse de ne pas croire le mal que disent de nous ceux qui n'ont d'autre souci que leur commerce, de vendre ce qu'ils ont acquis injustement, qui ruinent par leur traite notre royaume et la chrétienté qui s'y trouve établie depuis tant d'années... Ce grand bien de la foi, le roi et les princes catholiques, comme votre altesse, travaillent à le procurer à de nouveaux peuples (d'Amérique). Nous sommes tenus à le conserver à ceux qui l'ont acquis. Mais cela se peut difficilement ici où les marchandises européennes exercent une fascination telle sur les simples et les ignorants, qu'ils laissent Dieu pour les accaparer. Le remède est la suppression de ces marchandises qui sont un piège du démon pour les vendeurs et les acheteurs. L'appât du gain et la cupidité amènent les gens du pays à voler leurs compatriotes, parmi lesquels les membres de leur propre parenté et de la nôtre, sans considération qu’ils soient chrétiens ou non. Ils les capturent, les vendent, les troquent. Cet abus est si grand que nous ne pouvons y remédier sans frapper fort et très fort. »

                 Georges Balandier,La vie quotidienne au Congo, 16e-18e siècles, Hachette. 


C’était prêcher dans le désert.

 

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Sous le règne du faible Pedro IV, l’anarchie atteint le paroxysme. Investi roi d’un royaume en proie au désordre, menacé lui-même par un rival, craignant pour sa vie, le nouveau roi fuit la capitale pour se réfugier dans les montagnes du Kibangou.

 

C’est dans ce contexte que surgit la figure de Dona Béatrice. Cet imbroglio politique donna naissance à un mouvement politico-religieux, mi-catholique, mi-animiste, désigné sous le nom de « secte des Antonins » autour de la jeune Chimpa Vita (Dona Béatrice), âgée de 22 ans. Ce mouvement, un syncrétisme catholico-animiste, européo-africain, connut un succès fulgurant lié au charisme de Dona Béatrice désormais proclamée prophétesse, et qui affirmait être possédée par l’esprit de Saint Antoine. Les populations y adhéraient en masse en vénérant la prophétesse.

La création ainsi que le succès de ce mouvement s’expliquaient par le désir du peuple de voir la royauté restaurée sous un souverain unique installé dans la capitale de San Salvador, dans un pays apaisé et sécurisé.

La jeune prophétesse avait pour ambition, la conversion à sa religion et le retour du roi fuyard Pedro IV dans la capitale San Salvador, en lui enjoignant de remplir son rôle d’unificateur du pays « sous la protection de Saint Antoine ».

Les religieux portugais, tout particulièrement les Capucins, crièrent au scandale, à la sorcellerie et au blasphème. Dès lors, ils firent pression sur le faible roi Pedro IV pour arrêter et faire taire l’imposteur.

 

bouton 007« Manipuler le faible roi Pedro IV ne sera pour eux qu'un jeu d'enfant. Ils le persuadent que l'influence de Dona Béatrice lui fera de l'ombre et mettra son pouvoir en péril. Le roi hésite cependant. Il redoute de heurter le sentiment populaire en la faisant arrêter. Mais les Capucins veillent au grain, ne cessant de le travailler au corps, au nom de « l'obéissance à Dieu ». Alors, Pedro IV ordonne la répression du mouvement. Dona Béatrice a juste le temps de s'enfuir pour aller se réfugier dans la brousse en compagnie de quelques-uns de ses disciples. Traquée, elle y restera cachée quelque temps et c'est là qu'elle mettra au monde son enfant, le fils de Barro, son fidèle compagnon de route. Mais les soldats la retrouvent alors qu’elle est en train d’allaiter son bébé.

[…]

Un des prêtres blancs la soumet à un premier interrogatoire. Il la questionne sur l'origine du nourrisson. Dona Béatrice lui répond : « Je ne peux nier que ce soit le mien. Mais comment je l'ai eu, je ne sais pas. Je sais seulement qu'il m'est venu du ciel et qu'il sera le sauveur de notre peuple. »

Puis on l'enchaîne avant de la conduire devant le père Bernado Di Gallo, le chef des Capucins, qui doit procéder à un interrogatoire plus approfondi.

[…]

Sous l'accusation d'hérésie, les missionnaires réclament un châtiment exemplaire. Ce sera la mort. « Que m'importe de mourir, réplique Dona Béatrice. Mon corps n'est pas autre chose qu'un peu de terre. Je n'en fais aucun cas. Tôt ou tard il sera réduit en cendres. »

Sylvia Serbin, Reines d’Afrique, Sepia

 

La « vierge » fut condamnée le 2 juillet 1706, brûlée vive sur le bûcher sous le regard d’une foule de fidèles accablés, impuissants.

 

Comment résister au parallèle avec Jeanne la « Pucelle d’Orléans » ?

Elle aussi, entendit des voix à 18 ans, se sentit investie d’une mission à la fois divine et temporelle, dans une France dominée par les Anglais, avec l’ambition de faire de Charles VII, qui avait perdu l’espoir de vaincre, flottant au gré des événements, un roi  à la hauteur de son trône, remis sur son piédestal, oint par le sacre, avant de périr sur le bûcher sous le même chef d’accusation.

De l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, dans un Kongo dominé par les Portugais, Dona Béatrice, Champa Vita, lutta de même, se sacrifia, se croyant elle aussi, appelée au devoir par des voix, pour rétablir un roi faible et craintif, sur le trône, dans sa capitale, et mettre ainsi fin à la traite esclavagiste et au désordre qu’elle entraînait. 

 

Destins croisés ?


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                                       Dona Béatrice

 


fleur41

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