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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 08:07

 MB900404699

 

insecte-014.jpgNés de la même source

 

 

Mon âme m'a exhorté et parlé en ces termes de peur que les louanges ne me grisent

Et que la crainte des reproches ne m'angoisse. Jusqu'à ce jour je doutais de la valeur de mon propre labeur ;

Mais voici ce que j'ai appris désormais :

Les arbres fleurissent au printemps, portent des fruits en été,

Et répandent leurs feuilles en automne pour devenir complètement nus en hiver

Sans exaltation, sans peur ni honte.

Mon âme m'a exhorté et assuré

Que je ne suis ni plus grand que le pygmée ni plus petit que le géant.

Avant ce jour, je rangeais l'humanité en deux catégories d'hommes,

L'un faible que je raillais ou dont j'avais pitié,

Et l'autre, un homme puissant que je voulais suivre ou contre lequel je voulais me rebeller. Mais à présent, je sais que je suis fait de la même poussière avec laquelle tous les hommes sont créés,

Que mes éléments sont leurs éléments et que mon être intérieur est leur être intérieur.

Ma lutte est leur lutte et leur pèlerinage est le mien.

S'ils transgressent, je transgresse moi aussi,

Et s'ils font bien, alors j'ai part à leur bonne action.

S'ils s' élèvent, je m'élève avec eux ; s'ils restent en retrait, je reste moi aussi, pour les accompagner.

 espace_014.gif

Mon âme m'a exhorté et appris à voir que la lumière que je porte n'est pas ma lumière,

Que ma chanson n'a pas été créée en moi ;

Car bien que je voyage avec la lumière, je ne suis pas la lumière,

Et bien que je sois un instrument à cordes,

Je ne suis pas le joueur de luth.

 espace_014.gif

Mon âme m'a exhorté, mon frère, et elle m'a éclairé.

Et souventefois ton âme t'a ainsi exhorté et éclairé.

Car tu es comme moi, et il n'est pas de différence entre nous

Si ce n'est que je dis ce qui est en moi avec des mots que j'ai entendus dans mon silence,

Et que tu gardes ce qui est en toi, et ton mutisme est tout aussi bon que mon trop plein de paroles.


Khalil Gibran, Chants de l’âme et du cœur. La Part Commune. 

papillon 015

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 08:01

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gif anime puces 042LOUIS XIV ET L’AFRIQUE NOIREgif anime puces 042


fleche 26411 avril 2013 :


bouton 007   parution du livre

bouton 007


Louis XIV et l’Afrique noire 

(Arléa)

 

 

 

PRESENTATION

ligne 1 065

 

gif anime puces 251Louis l’Africain ?

 

Ce titre est loin d’être usurpé, tant Louis XIV s’impliqua personnellement, son règne durant, dans les moindres détails des rapports existant entre le royaume de France et l’Afrique noire, mais aussi dans les relations personnelles empreintes à la fois de délicatesse et de rudesse, nouées avec les souverains de la côte africaine.

 

Louis-XIV-copie-1.jpgPortrait de Louis XIV 

 

Louis XIV fut de tous les rois de France et d’Europe celui qui eut les rapports les plus étroits avec l’Afrique noire et ses rois, de tous, celui qui entretint la correspondance la plus fournie et la plus suivie avec ces mêmes souverains, qui dépêcha auprès d’eux le plus d’émissaires et de chargés de mission. Bref, des relations de roi à rois étonnantes par bien des aspects.


Cette attention constante, cet attachement au continent noir se traduisait concrètement par la présence d’Africains à la cour du Roi-Soleil, d’ambassadeurs et de fils de rois dont certains furent élevés à la cour, baptisés par ses soins. Certains parmi eux servirent comme capitaines dans des régiments du roi qu’ils commandèrent. D’autres prirent le nom de « Louis » en hommage à l’illustre souverain et en reconnaissance de sa sollicitude à leur égard.

mateo

Mathéo, ambassadeur africain à Paris, 1670


 

gif anime puces 251Mais pourquoi l’Afrique noire ?

 

Ce lien à l’Afrique s’explique en grande partie par le contexte économique du XVIIe siècle mais aussi par le rapport de force entre les grandes puissances européennes durant ce siècle. L’attachement de Louis XIV à l’Afrique n’était pas que pure philanthropie. Il ne peut s’expliquer sans  ce double contexte économique et politique.


Mais pourquoi Louis XIV croit-il trouver en Afrique les moyens d’assurer son hégémonie en Europe et dans le monde ?


gif anime puces 025Qu’attendait-il de l’Afrique noire ?


gif anime puces 025Qu’attendaient les rois africains du roi de France ?


Ces relations créées par Louis XIV avec l’Afrique noire sont bel et bien un des aspects méconnus, oubliés, sinon jusque-là vierges de toute investigation. Elles révèlent cependant un pan entier de l’histoire de France, non des moins riches. Elles étonnent par leur force, surtout, par leur impact sur le continent africain tout entier et leurs conséquences durables.


Louis XIV est celui qui, le premier, posa les fondations de l’Afrique occidentale française (AOF). De tous les rois de France, c’est  celui  qui ouvrit le plus largement les portes de l’Afrique aux Français. Il nourrit, pour ce continent, une ambition à la mesure du personnage : faire de l’Afrique noire une terre catholique, ce qui, dans sa vision, passait par la conversion de ses souverains.


gif anime puces 251Cette ambition fut-elle couronnée de succès ?


Louis XIV et l’Afrique  noire, c’est aussi le regard porté par les sujets du Grand-Roi sur l’Afrique, sur les Africains et leurs souverains, et, réciproquement, les Français dans le regard des Africains.


Pour les Africains du temps du Roi-Soleil, l’Europe, c’était la France, et Louis XIV, le plus grand des monarques du monde. Tel roi de la côte le qualifie de « plus grand Empereur de l’Univers » dans sa lettre au roi de France.

 

Louis-XIV011-349X500.jpgLa vie de Louis-Le-Grand, Pierre-Paul Servin,1689

 

Des rois éblouis, subjugués, qui réclament avec insistance le portrait du roi de France (devenu pour certains un des symboles du pouvoir royal), prêts à tout pour se prévaloir de l’amitié du « plus grand, du plus beau et plus puissant roi du monde », y compris à mettre en coupe réglée leurs sujets transformés en « bois d’ébène » ou céder leurs terres pour y bâtir comptoirs de commerce et forts.

 

Mais, tout d’abord, de part et d’autre, dès le premier contact, le plus intrigant fut la couleur de peau : le noir pour les Français et le blanc pour les Africains.


Comment peut-on être noir ? D’où vient cette couleur ? De la nature ? Du soleil ?, de Dieu ?


Comment peut-on avoir une peau blanche ? D’où vient cette couleur de peau ? De la profondeur des eaux ? Du Noir ressuscité après un long séjour dans l’eau?  D'un monde souterrain ?


Avec la couleur de peau, les assimilations et symbolisations :

Pour les Français, le diable est noir, évidemment.

Pour les Africains, le diable est blanc, sans l’ombre d’un doute.


Alors qu’au royaume du Grand-Roi le débat sur l’énigme de la peau noire des Africains anime et passionne les cercles de savants, l’Académie Royale des Sciences en particulier, et donne lieu à de multiples expériences en laboratoire et publications, en Afrique, la couleur blanche fait naître aussi la plus vive des curiosités, mais à la différence des Français, ici, on fonde sa science et sa certitude sur la légende et les croyances populaires.


12Alors, le diable est-il blanc ou noir ?


navire-negrier-francais013-500X360.jpgNavire négrier français au XVIIe siècle

 

 

ligne 1 045

 

LIVRE

 

Louis XIV livre1015 338X500Louis XIV livre2016 343X500espace 009

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 10:25

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fleurs autre020Regarder au-dedans, sous le masque

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Si le corps est capable, avec de l'entraînement, de parvenir à supporter les coups de poing et les coups de pied de plusieurs adversaires, de tenir toute une journée sous un soleil de plomb, au milieu d'une poussière brûlante, et tout ensanglanté, comme il serait plus facile d'affermir son âme, de lui apprendre à rester invincible face aux coups de la Fortune et, même terrassée, piétinée, à se relever ! Le corps, pour être vigoureux, réclame en effet bien des attentions. L'âme grandit à son propre rythme, se nourrit d'elle-même, s'entraîne toute seule. Les sportifs, il leur faut beaucoup de nourriture, beaucoup de boisson, beaucoup d'huile, et enfin un effort soutenu. Pour parvenir à la vertu, pas de chichis, pas de dépense. Tout ce qui peut te rendre bon est en ta possession.

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Que te faut-il pour le devenir ? Le vouloir. Or que peux-tu vouloir de mieux que de t'arracher à cette servitude qui nous écrase tous et dont même les esclaves de dernière catégorie, ceux qui sont nés dans cette ignoble condition, cherchent à se dégager par tous les moyens ? Avec le pécule qu'ils ont économisé au grand dam de leur estomac, ils rachètent leur liberté. Et tu n'aurais pas le désir d'atteindre la liberté à tout prix, toi qui te crois libre de naissance ?

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Tu regardes ton coffre-fort ? À quoi bon ? Elle ne s'achète pas ! C'est donc un mot creux, le mot « liberté » qu'on inscrit sur les registres publics : ne la possèdent ni ceux qui l'ont achetée, ni ceux qui l'ont vendue. C'est à toi de te l'accorder, ce bien. C'est à toi de le réclamer. Libère-toi d'abord de la peur de la mort (la première à nous imposer son joug), puis de la peur de la pauvreté.

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Si tu veux savoir à quel point elle est tout sauf un mal, compare le visage du pauvre et celui du riche. Le pauvre rit plus souvent et plus franchement. Aucune inquiétude vraiment profonde en lui. S'il arrive quelque souci, il passe, nuage léger. Mais ceux qu'on appelle les heureux, leur gaieté n'est qu'une grimace. En fait, une lourde tristesse les mine. Et d'autant plus lourde qu'il leur est alors interdit d'être malheureux au grand jour. Au milieu des tourments qui leur rongent le cœur, il leur faut jouer leur rôle d'hommes heureux.

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« Jouer un rôle », voilà une expression qu'il me faut bien souvent employer, car aucune ne rend compte plus vigoureusement de cette farce qu'est la vie des hommes, où l'on nous assigne un rôle que nous jouons mal.

 

[…]a365

 

Tel autre, plein d’arrogance et débordé par sa colère, qui s’écrie, tout gonflé de confiance en sa force : « Tiens-toi tranquille, Ménélas, ou tu vas périr de ma main ! » […] On peut dire la même chose de tous ces délicats portés en litière qui surplombent les têtes et toisent le vulgaire. Pour tous ces gens-là, le bonheur n'est qu'un masque. Tu le mépriseras quand tu l'auras fait tomber.

 a365


Lorsque tu veux acheter un cheval, tu lui fais retirer son harnais. Les esclaves à vendre, tu les fais se déshabiller pour vérifier qu'ils n'ont pas de tares cachées. Et l'homme, tu le juges à son enveloppe? Les marchands d'esclaves trouvent des ruses pour camoufler ce qui pourrait déplaire. C'est pourquoi les ornements eux-mêmes sont suspects aux acheteurs. Si tu voyais une jambe ou un bras bandés, tu demanderais qu'on te les découvre et qu'on te montre le corps tout nu. Tu vois le roi des Scythes ou des Sarmates dont la tête est ornée d'une parure remarquable ? Si tu veux l'estimer à son juste prix et le connaître tout entier tel qu'il est vraiment, défais-lui son bandeau royal. Que de misères se cachent là-dessous !

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Mais pourquoi parler d'autrui ? Si tu veux connaître ta valeur exacte, mets de côté argent, maison, honneurs. Regarde au-dedans de toi-même. Pour le moment, tu t'en remets aux autres pour savoir ce que tu vaux.

Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius, Arléa

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:22

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Aide, bilan et perspectives

 

 

 

 

 

 

fleurs autre020La part de l’Afrique


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Source : Banque mondiale

 

L’Afrique subsaharienne est la région du monde qui a reçu et qui reçoit la part de l’aide internationale la plus importante depuis les années 1960, comparée à l’Asie du Sud-Est et à l’Amérique latine. Les chiffres n’ont qu’une importance relative ici, mais, en citer quelques-uns permet d’avoir des repères. Ainsi l’Afrique a reçu 1250 milliards de dollars, de 1958 à 2002 (aide publique) selon les chiffres fournis par l’ONU.


Il faut cependant relativiser : c’est l’équivalent d’une année de dépenses militaires (ventes et achats d’armes) dans le monde. Et, à titre de comparaison, une vache laitière européenne bénéficie d’une subvention annuelle de 800 dollars. C’est 100 fois plus que l’aide accordée à un Africain.


 

fleurs autre020Plus important que les chiffres


fleche 026Cette aide a-t-elle permis à chaque petit Africain pauvre d’aller à l’école ?


fleche 026A-t-elle permis à chaque foyer africain pauvre d’avoir accès à l’eau potable ?


fleche 026A chaque Africain pauvre de se soigner convenablement ?

-Où va l’aide ? Que fait-on de l’aide ?


L’important, c’est comment aide-t-on ou comment utilise-t-on l’aide et surtout : quels résultats de l’aide ?


6 aide à l'Afrique 500X412

 

 

Ces milliards de dollars ont-ils entraîné le développement ? Ont-ils amélioré les conditions de vie des populations ?


 

fleurs autre020Les paradoxes de l’aide : aide et pauvreté

7Aggravtion pauvreté 500X452

 

Dans l’histoire, les exemples sont très rares où l’aide a permis au pays aidé de sortir de son état de stagnation pour émerger, se suffire à lui-même en s’intégrant au système-monde et en devenir acteur.


En dehors du cas des États européens bénéficiaires du Plan Marshall, on peut citer la Corée et Israël, où l’aide a joué un rôle moteur. En revanche, l’aide n’a pas eu le même succès en Inde.


Il est par ailleurs utile de rappeler que l’aide dans les cas cités fut octroyée dans un contexte de guerre froide et qu’en outre pour tous ces pays, l’encadrement de l’aide fut tel, qu’elle ne pouvait être ni détournée de son but, ni gaspillée. Mais sa réussite réside aussi dans la volonté des donateurs et des bénéficiaires de parvenir à l’objectif final, et à ces derniers de se passer à terme de l’aide.


 

fleurs autre020L’ambition en effet de toute aide au développement c’est de se passer de l’aide.

 

Cette ambition doit être à la fois celle des bailleurs de fonds ou des « aidants » comme celle des « aidés ». L’absence d’une telle ambition transforme l’aide au développement en assistanat chronique, synonyme de stagnation, voire d’arriération ou d’aliénation.


Or, l’aide à l’Afrique subsaharienne s’apparente dans bien des cas (heureusement il y a quelques exceptions) à l’assistanat permanent, sans résultat tangible, en induisant dans nombre d’États une culture de mendicité chronique.


Les différents palmarès du développement publiés chaque année par les Nations unies (Programme des Nations unies pour le développement : PNUD) sont chroniquement répétitifs à cet égard. Ce palmarès porte sur les indicateurs de développement humain (IDH) : revenu annuel par habitant, espérance de vie et niveau d’instruction. Depuis les années 1970 jusqu’à la dernière publication, des États d’Afrique subsaharienne se regroupent en queue de peloton.

 

bouton 007IDH 1990 : On ne trouve aucun État africain parmi les 100 premiers. En revanche, les 17 qui ferment la marche sont tous subsahariens.


bouton 007IDH 2000 : Aucun pays africain parmi les 100 premiers. Mais 23 pays d’Amérique latine et 10 d’Asie y figurent, contrairement à 1990.


bouton 007IDH 2011 : Aucun bouleversement dans le classement mondial pour les États africains. Comme dans les précédentes éditions, l’Afrique subsaharienne n’est pas particulièrement bien lotie et dans le bas du tableau, on retrouve les mêmes États :République démocratique du Congo (RDC), Niger, Burundi ferment la marche, Somalie et Sud-Soudan n’ont pu être classés faute de données fiables.


Selon nombre d’indicateurs et d’études prospectives, le palmarès mondial du développement n’est pas prêt de subir une modification significative du fait de l’émergence des États subsahariens.

 

Le rapport 2013 du PNUD confirme un progrès incontestable de plusieurs États d’Asie et d’Amérique latine figurant naguère dans les profondeurs du classement. Mais, souligne le même rapport, « une trentaine de pays subsahariens restent en marge de l’amélioration générale des conditions de vie. Seuls émergent du lot quelques États tels que l’Afrique du Sud, Maurice, le Botswana, le Ghana, l’Ouganda, le Rwanda. » Mais, dans le même temps,6 pays sont rétrogradés dans la catégorie des PMA (Pays les moins développés) constituée en majorité d’États subsahariens. 33 pays africains, tous situés au sud du Sahara, restent en marge du mouvement général, précise le rapport qui tente de dégager les raisons de l’émergence et de la stagnation :


« L’équité, démocratie, environnement et démographie sont les quatre piliers sur lesquels les retardataires sont vivement encouragés à s’appuyer. »


Ce que semble corroborer M. Kaberuka, président de la Banque africaine de développement.


« Une des conditions sine qua non d’un développement durable et partagé, ce sont des institutions fortes et transparentes. Les citoyens, qui contribuent grandement à la création de richesses par leurs impôts ou leur consommation, doivent percevoir les résultats tangibles des réformes engagées par les États [tout comme les résultats de l’aide accordée au titre du développement]. Cela peut intervenir, et la précision est d’importance, dans un cadre démocratique tel que défini en Occident, mais aussi ailleurs dans le monde, notamment en Asie. La difficulté est là : la bonne gouvernance ne répond pas aux seuls critères occidentaux. Voyez ce qui se passe en Corée du Sud, à Singapour, en Chine ou en Inde : il s’agit là de modèles dont nous pouvons nous inspirer, ce qui ne signifie pas pour autant de les dupliquer… »(interview dans Jeune Afrique, 20-26 janvier 2013).

 

 

fleurs autre020Que faire ?

 

L’aide à l’Afrique peut-elle, doit-elle prendre en compte cette dimension de la bonne gouvernance ? Peut-on, doit-on aider l’Afrique d’aujourd’hui en ignorant ces paramètres fondamentaux ?


Ce dont l’Afrique a le plus besoin, c’est  d'une véritable révolution de la pratique de l’aide, de nature à mettre un terme à certains bricolages hasardeux comme à des détournements frauduleux dont le résultat est la perpétuation du sous-développement, ainsi que la dépersonnalisation des Africains, qui font de ceux-ci des assistés et des mendiants à la main perpétuellement tendue ou des déculturés chroniques.

 

L’aide doit au contraire stimuler les cerveaux et les facultés créatrices par une prise de conscience et une volonté à toute épreuve. En matière d’aide, les Africains doivent être moteurs dans l’expression de leurs besoins, dans la définition des priorités et surtout dans la direction des opérations, en impulsant les initiatives, les « aidants » fournissant l’accompagnement technique et financier pour un temps limité, dans un partenariat équilibré et fécond.

 

Il serait à souhaiter à cet égard l’organisation d’un « Forum mondial de l’aide à l’Afrique », sous l’égide des Nations unies, qui serait l’occasion


bouton 0071) d’une évaluation rigoureuse de l’aide octroyée à l’Afrique depuis les indépendances.


bouton 0072) d’une expertise non moins rigoureuse des résultats obtenus.


bouton 0073) d’une « critique » constructive de toutes les formes et des méthodes de l’aide.

 

bouton 0074) d’une harmonisation des moyens et des méthodes par pays et par région.


bouton 0075) de la création d’un organisme spécifique chargé du contrôle de la bonne pratique de l’aide (celle qui vise l’objectif de développement), dont les conclusions seront publiées tous les ans en toute transparence et portées à la connaissance des États et des peuples.


Ce « Forum » ne doit en aucune manière ressembler à un tribunal qui accuse et sanctionne. Il doit au contraire jouer un rôle d’évaluation et de conseil dans le respect des partenaires du développement. Il s’agit d’œuvrer pour le développement harmonieux de l’Afrique, qui passe par une utilisation et une valorisation judicieuses de ses ressources naturelles, le bien-être de ses peuples, au moyen d’une pédagogie et des directives partagées.

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 10:03

020-C

 

Comment concilier l’aide au Mali et la faillite de l’État malien ?

 17

Question iconoclaste :

Qu’apporte l’aide au Mali ?

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Comment des associations de partenariat, des communes, des départements ou régions, engagés au Mali depuis des décennies au titre de l’aide au développement, n’ont-ils pas vu venir ce drame qui couvait sous les apparences d’une démocratie « modèle » mais qui n’en était pas vraiment une ?


Si le Mali avait été à la hauteur de sa réputation démocratique, en serait-il aujourd’hui dans cette situation de faillite spectaculaire ? Les partenaires en développement n’ont-ils rien vu venir ? Ou, au contraire, ont-ils été conscients et se sont-ils tus ? Aide-t-on le Mali pour s’offrir le spectacle de sa faillite ?


Cette tragédie malienne doit induire la nécessité d’un regard lucide et dépassionné sur l’acte d’aider un pays à se développer, c’est-à-dire à s’assumer pleinement, à s’épanouir, en ayant la maîtrise de son destin.


 

17Pourquoi aider et comment aider ?


Car enfin, comment aider un pays pauvre à émerger si l’on ignore tout de son passé, de son histoire, de ses cultures, du niveau d’intégration de ses différentes composantes sociales et ethniques ?


 

17Quelle aide ? L’aide, une fin en soi ou l’aide au développement ?


Certains de ces partenaires, par leur action inscrite en dehors de toute réalité objective du pays, sans le savoir et malgré leur incontestable volonté d’aider et leur générosité, contribuent au mieux à la stagnation du pays, au pire à sa régression  : économique, sociale, politique…


Certaines pratiques de l’aide ne laissent pas d’interroger, tel l’exemple de cette infirmière retraitée qui, après un voyage d’agrément dans un village africain, de retour en France, réunit autour de sa famille et de quelques amis, une « association d’aide au village X ». Grâce aux dons, une école est construite, puis un centre de soins, et des puits sont creusés. On donne de l’argent à un orphelinat qui voit de ce fait grossir sans cesse ses effectifs. On achète des vivres…


On se donne bonne conscience, en plus de trouver une occupation noble à sa retraite. Le geste est généreux, louable, mais une des conséquences est que le village aidé n’attendra plus que l’aide des Français et la manne tombée du ciel, et sombrera dans une culture d’assistanat, pire que la pauvreté, au lieu d’apprendre à lutter pour vivre, à créer et progresser.


 

17Ils y vont pour faire, non pour apprendre à faire.


Tel autre Français, par "générosité", crée une association de voyage solidaire, « Voyager Autrement », qui organise des vacances solidaires dans un village africain : « Ces séjours de 11 à 14 jours allient découverte d’ethnies [cela rappelle les "zoos humains" des années 30], immersion dans le village, trekking week-end en montagne, initiations à des pratiques artisanales… » Pour le fondateur de l’association, « l’objectif est de participer au développement du village… Ainsi des emplois sont créés, des travaux d’assainissement voient le jour, ainsi que la réfection des classes de l’école… ».


Le geste est certes louable, mais le résultat est le même. On est loin du développement et de ses exigences.


Toute aide à l’Afrique doit être l’aide au développement qui n’admet d’autre priorité que la conscience aiguë des moyens d’y parvenir, matériels, financiers, humains. Il n’y a pas d’autre voie que l’indispensable responsabilisation des « aidants » et des « aidés », volonté de suivre dans la durée, la constance, dans l’effort, la pente rugueuse qui mène au développement. Sans science, sans formation, sans conditionnalités et sans responsabilité et lucidité, le mot développement continuera de s’appliquer longtemps à l’Afrique sous la forme d’un vocable creux, manié sous la forme d’un psittacisme soporifique.


Il n’est nullement question de faire de l’aide au développement un champ de bataille et d’austérité où l’on manie la "chicote", matériellement et moralement. Il ne saurait être non plus question d’interdire aux Français qui se rendent en Afrique, de créer des associations ou de profiter des plaisirs qu’offre le dépaysement ainsi que de la découverte d’autres peuples, d’autres cultures. Mais, pour ceux d’entre eux qui usent du mot développement, cela ne devrait pas faire perdre de vue l’essentiel : aider des populations à réussir leur émergence, en sortant du sous-développement pour s’affirmer comme peuples libres et souverains.


 

17Amitié et aide


Or, il suffit que des Français soient accueillis dans un village africain au son du tam-tam et entrainés dans des danses exotiques, au rythme endiablé du djembé, Oh ! combien grisants, pour qu’ils oublient qu’on ne se développe pas qu’en dansant, mais aussi et surtout en pensant, en imaginant, en retroussant les manches, en innovant, inventant et créant, et non uniquement en consommant ce qui est produit par d’autres.


La chaleur de l’accueil et de l’hospitalité a vite fait d’obscurcir chez certains, la vision des réalités. Le son du djembé résonant dans les cerveaux ne doit pas perturber indéfiniment le bon fonctionnement des neurones, et l’amitié ne doit pas non plus abolir la faculté de discernement lorsqu’il s’agit de développement. Dès lors, on porte des œillères dont on ne se défait plus, et on se laisse ainsi porter par la routine qui n’accepte ni remise en question ni regard extérieur, pour le grand malheur de la cause du développement dont on oublie les fondamentaux. On ne voit plus l’objectif à atteindre, on ne voit plus que les amitiés particulières qui se sont créées ; l’objectif devient le maintien et le renforcement de ces amitiés, et le développement devient affaire privée entre amis.


L’amitié ne doit en aucune manière nuire au langage de responsabilité, au contraire. Aider les Africains, ce n’est pas simplement planter des échalotes, creuser des puits ou créer des poulaillers. C’est pratiquer une rigoureuse pédagogie du développement, c’est savoir et faire savoir, ce qui requiert humilité, réalisme et tact. Aider au développement ne s’improvise pas. C’est un art et une science, mais avant tout, une volonté et une ambition.

 


17Comment aider ?

Aide et « conditionnalités »


Si le plan Marshall, ce vaste projet de reconstruction décidé par les Etats-Unis pour permettre aux États européens bénéficiaires de se relever des ruines et affres du conflit mondial, atteignit ses objectifs en un temps record, en permettant à ces États de se redresser, de recouvrer leur souveraineté et amorcer leur développement économique dans la stabilité politique, c’est sans doute parce qu’il comportait un certain nombre de conditions de rigueur d’utilisation et de garde-fous.


Ces « conditionnalités » de l’aide du Plan Marshall se distinguent de celles imposées par le FMI et la Banque mondiale dans les années 1990. Alors que l’aide apportée aux Européens par les Etats-Unis était en rapport étroit avec l’objectif de reconstruction et de développement des États aidés (même si les Etats-Unis en tirèrent un profit bien calculé), celle du FMI et de la Banque mondiale avait pour finalité première de permettre de rembourser les bailleurs de fonds des dettes contractées par les États africains.

 


17Aider, ce n’est pas seulement faire mais apprendre à faire et faire faire.


fleche 026Peut-on aider sans éducation à la démocratie, à la justice sociale, à la responsabilité individuelle et collective ?


Aider, c’est promouvoir l’éducation dans toutes ses dimensions, y compris l’éducation sanitaire, au rang de priorité, pour que l’eau des puits généreusement créés au titre de l’aide, reste potable et ne soit pas polluée avant d’atteindre les lieux de consommation. Le livre, le goût de la lecture, la culture de l’écrit, doivent demeurer l’objectif primordial.


Aider, c’est conférer à l’école toute sa noblesse et la plénitude de son efficience (et non seulement construire des salles de classe). C’est former, stimuler le cerveau et l’imaginaire, tout en créant des mains habiles. C’est évaluer les acquis pour consolider savoir et savoir-faire ; former des hommes conscients d’eux-mêmes et désireux de s’assumer. [A cet égard, je suis réservé sur l’efficience des jumelages des communes et des établissements scolaires avec l’Afrique comme vecteur de développement. Par contre ils sont très utiles pour l’amitié entre les peuples et l’ouverture à l’autre.]


 

17Et le Mali ?

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Aider ne saurait se limiter à un aspect strictement matériel, financier. Il est nécessaire de connaître et pénétrer la psychologie du peuple malien assez particulière en Afrique.


Aider les Maliens, c’est aider à la pratique de l’humilité, antidote du matérialisme exacerbé, facteur de dessèchement du cœur et d’aliénation de l’esprit. C’est aussi aider les Maliens à se reconnaître frères parce que simplement Maliens et Africains.


Les relations d’amitié et de confiance nouées avec les populations maliennes devraient permettre et faciliter cette pédagogie spécifique, distillée avec discrétion, sans arrogance ni condescendance, sans suffisance.

 

Si les Français et les Tchadiens parviennent à sauver le Mali par les armes, il est du devoir des Maliens de sauver leur pays par une véritable révolution mentale, politique, culturelle.


Après la première victoire, celle de la France et du Tchad, contre les djihadistes fanatiques, la deuxième bataille sera celle livrée par les Maliens contre leurs démons intérieurs, pour se sauver eux-mêmes. Ce ne sera sans doute pas la plus facile, mais la plus vitale car leur avenir en dépend.

 

Aider le Mali c’est aussi accompagner les Maliens dans l’effort de gravir pas à pas les marches qui mènent vers les hauteurs de la fraternité, en se tenant par la main, sans exclusive, condition de la paix dans les cœurs et du développement du pays.


Enfin, d’une manière générale, ce dont l’Afrique a le plus besoin aujourd’hui, c’est moins de croissance à deux chiffres que d’une « subversion pacifique », une révolution de l’esprit dont l’homme africain, son bien-être et sa dignité seront l’objet central.


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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 09:03

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De l’art d’user de ses amis

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Les meilleurs sont les amis par électionfleurs 088

 

Il y va de grande adresse. Les uns sont bons pour s'en servir de loin ; et les autres pour les avoir auprès de soi. Tel qui n'a pas été bon pour la conversation, l'est pour la correspondance. L'éloignement efface certains défauts que la présence rendait insupportables. Dans les amis, il n'y faut pas chercher seulement le plaisir, mais encore l'utilité. L'ami doit avoir trois qualités du Bien, ou, comme disent les autres, de l’Etre : l'unité, la bonté, la vérité ; d'autant que l'ami tient lieu de toutes choses. Il y en a très peu qui puissent être donnés pour bons ; et, de ne les savoir pas choisir, le nombre en devient encore plus petit. Les savoir conserver est plus que de les avoir su faire. Cherche-les tels qu'ils durent longtemps ; et, bien que du commencement ils soient nouveaux, c'est assez, pour être content, qu'ils puissent devenir anciens. À le bien prendre, les meilleurs sont ceux que l'on n'acquiert qu'après avoir longtemps mangé du sel avec eux. Il n'y a point de désert si affreux que de vivre sans amis. L'amitié multiplie les biens, et partage les maux. C'est l'unique remède contre la mauvaise fortune ; c'est le soupirail par où l'âme se décharge.

Balthasar Gracian (1601-1658), L’art de la prudence.

 

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 09:52

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Quand le « lion britannique s’attaque à la a257.gifguêpe zouloue »

 

Le territoire de l’Afrique du Sud fut le théâtre de nombreuses guerres, du début à la fin du XIXe siècle, opposant tour à tour les peuples autochtones entre eux, les Boers et les Noirs, les Britanniques et les Zoulous, les Boers et les Britanniques… La guerre des Zoulous fut une des plus spectaculaires.

 

Dès 1820, les colons britanniques, à la recherche de nouveaux territoires, se sont heurtés aux Zoulous sans résultat décisif. Le royaume des Zoulous possédait à l’époque, sans doute une des armées les mieux organisées et les plus puissantes du continent. Dès son accession au trône, le chef zoulou Shaka fait de la guerre son obsession, consacrant à l’armée une énergie débordante. Il s’attèle ainsi à la création d’une armée nombreuse et bien entraînée, une véritable machine de guerre dans le contexte politique de l’Afrique du Sud de la première moitié du XIXe siècle. Ce contexte n’avait en effet rien de rassurant pour les peuples autochtones, avec la colonisation successive des régions limitrophes du royaume zoulou (zululand) par les Européens : colonisation anglaise de Natal au sud, colonisation portugaise au nord, la république du Transvaal au nord-ouest, au sud-ouest la colonie britannique du Cap… les conflits frontaliers se multipliaient.


L’inquiétude gagnait aussi bien les Noirs que les Européens. En particulier les Anglais (tout comme les Portugais) voyaient d’un très mauvais œil un royaume noir indépendant, de surcroît doté d’une armée nombreuse et puissante.


Les Anglais, dont l’ambition affichée était d’annexer tous les royaumes noirs et États blancs (ceux des Boers en particulier) afin de réaliser leur rêve de relier le Sud au Nord du territoire en une seule entité, n’attendaient que le prétexte pour allumer la guerre contre les Zoulous. En 1870, le gouvernement britannique dévoila publiquement sa volonté de créer une « Union Sud-africaine » regroupant les différentes colonies et provinces sous sa direction. En 1877, après l’annexion temporaire du Transvaal, le royaume zoulou apparaît comme le seul obstacle à la réalisation de la fédération voulue par Londres.


C’est alors que le Haut-Commissaire britannique, Sir Bartle Frere, avec le titre de proconsul, décide d’abattre le royaume zoulou par une attaque rapide et préventive.


Avec son passé glorieux en Inde qui lui confère un prestige certain en Angleterre, il se fait fort de convaincre son gouvernement d’une intervention militaire contre les « sauvages zoulous assoiffés de sang », qui, pour lui, constituent l’unique obstacle au dessin britannique dans la région : la colonisation de tout le territoire d’Afrique du Sud.


L’occasion rêvée se présente en juillet 1878. Deux femmes noires fuyant, poursuivies par des hommes, traversent la frontière avec la colonie anglaise du Natal. Rattrapées en territoire britannique, elles sont sommairement exécutées par leurs poursuivants sous les yeux des soldats britanniques.

 


serpent.gifCasus belli !


Le proconsul convoque aussitôt des émissaires du roi zoulou Cetewayo et fixe un ultimatum et ses conditions pour éviter la guerre. Parmi celles-ci : l’arrestation immédiate des coupables, le paiement d’une forte rançon, le démantèlement total de l’armée du royaume, l’abandon définitif de certaines coutumes du pays, notamment celle exigeant des jeunes guerriers qu'ils lavent leurs sagaies dans le sang de l'ennemi.


L’ultimatum n’étant pas respecté, les troupes britanniques envahissent l’État zoulou le 9 juin 1878 à minuit. Le premier objectif est la destruction de la capitale du royaume et la capture du roi Cetewayo.


Malgré le rapport de forces très défavorable (le commandement britannique peut compter seulement sur moins de 2000 hommes contre 40 000 guerriers zoulous), Sir Bartle Frere sait, depuis la bataille de Blood River qui, en 1838, avait vu 150 Boers résister victorieusement à 3000 Zoulous sans subir la moindre perte, que les fusils dont il dispose permettront de tenir l’ennemi à distance et de l’abattre facilement.

 


felin 033Un carnage épouvantable


Surpris par la détermination et la furie des combattants zoulous insensibles aux balles, le chef des troupes anglaises est vite débordé. Le propre frère de Cetewayo, qui commande les opérations, lance ses combattants armés de lances et de sagaies contre les « habits rouges », « indifférents au carnage que font les fusils des hommes blancs ».


L’inexpérience des soldats anglais et de leurs chefs constitueront un atout appréciable pour les autochtones .A la vue des troupes zouloues, un guetteur anglais s’écrie : « les voilà ! Noirs comme l’enfer et drus comme d’herbe. »


Circonstance aggravante, le commandant britannique, affolé mais surtout inexpérimenté, se heurte à un incroyable incident, bien venu pour ses ennemis. A minuit, c’est la catastrophe ; les munitions commencent à manquer. Incroyable mais vrai : des milliers de cartouches sont pourtant à portée de main dans des chariots, mais les lourdes caisses sont cerclées de fer et   vissées ; impossible de les ouvrir. En outre, une querelle éclate au même moment dans les rangs de l’armée anglaise : les sergents du 1er bataillon refusent d’approvisionner les hommes du 2e bataillon et réciproquement. Cette circonstance inattendue permet aux troupes de Cetewayo d’atteindre les lignes anglaises. C’est la curée ! Le carnage dans toute son horreur : 1500 soldats britanniques sont morts. Seuls 300 combattants réussissent à s’échapper. L’armée zouloue se retire emportant 2000 cadavres.

 

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La mort du prince impérial

[Le 1er juin 1879, le prince impérial, Louis Napoléon (petit neveu de Napoléon 1er), fils unique de l’empereur Napoléon III, exilé à Londres depuis 1870, est mort à 22 ans au cours de cette guerre.

Sorti de l’Académie militaire royale de Sandhurst, le prince a voulu à tout prix prendre part à la guerre des Zoulous.]

 

Plus qu’une humiliation, cet épisode tragique fut accueilli à Londres comme un véritable suicide national.


Tombée si bas, la nation anglaise ne pouvait que se relever pour sauver l’honneur et la guerre ; ce qui fut fait au prix de profondes réformes et de colossales dépenses en armements nombreux et modernes. L’effort le plus important fut sans doute consacré à la réorganisation et à la formation de l’armée… C’est une nouvelle armée, plus nombreuse, mieux équipée et mieux formée qui se présente désormais face aux Zoulous. Dès lors, la victoire changea de camp.

 

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Oham, frère du roi Cetewayo, répondant aux questions des Anglais lors des négociations de paix.

 

marguerittes009L’admiration de la reine Victoria

 

Finalement capturé après deux mois de fuite, le roi Cetewayo sera exilé en Angleterre ; exil doré cependant, puisqu’il sera reçu avec les honneurs, en tête à tête, par la reine victoria qui lui offrira une timbale d’argent en lui disant : « Je vous respecte comme un ennemi courageux qui deviendra, j’en suis sûre, un loyal ami. »

 

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Le roi Cetewayo en exil en Angleterre.

Devenu objet d’attraction, le « Tout Londres » s’arrachait ce phénomène curieux venu de l’hémisphère sud.

 

Son royaume, le Zululand, sera occupé et annexé à la colonie anglaise du Natal. L’écrasement des Zoulous libérera les Boers du principal de leurs ennemis et leur permettra bientôt de s’attaquer aux Anglais.

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 09:19

 

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Les camps de concentration anglais en Afrique du Sud

 

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Afrique du Sud, le deux républiques boers au XIXe siècle

 

Lorsque les Anglais arrivent en Afrique du Sud en quête de terres à coloniser, ils trouvent sur place les Boers (Afrikaners, anciens colons hollandais), qui, progressivement depuis le début du XVIIe siècle, avaient intégré en leur sein d’autres nationalités dont les Huguenots français après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685.


Les heurts furent nombreux entre les colons anglais et ces paysans hollandais, la cohabitation difficile pour de multiples raisons : culturelles, économiques, politiques. Le fossé ne cessa de s’élargir entre les deux communautés pour culminer en une terrible guerre à partir de 1899.


L’Angleterre, après avoir reconnu malgré tout, l’indépendance des deux petites républiques boers, l’État d’Orange et la république du Transvaal, en 1852, manifestait toujours une ambition annexionniste de plus en plus agressive à l’égard de ces États. Elle essuya une humiliante défaite lors d’une « première guerre des boers » au début des années 1880. Mais, tout dégénère à nouveau à partir de 1885, après la découverte au Transvaal de gisements d’or, les plus importants au monde, plus importants que ceux de Californie et d’Australie. Et, pratiquement à la même date on découvrit en Orange, les plus riches gisements de diamants au monde. Londres ne cacha plus sa volonté d’annexer les deux républiques au moyen des armes.


Ces découvertes entraînèrent aussitôt une arrivée massive d’immigrants, britanniques pour l’essentiel, et de sociétés britanniques d’exploitation de ces ressources minières. Les Boers furent submergés et en conflit permanent avec ces sociétés sur les conditions d’exploitation fixées par les autorités locales ainsi que sur le statut des nouveaux arrivants qui se plaignaient régulièrement à Londres d’être considérés comme des personnes sans droits et de ce qu’ils estimaient être des mauvais traitements à leur égard. Le prétexte fut ainsi trouvé par les deux camps d’une guerre inéluctable. Les hostilités furent ouvertes en octobre 1899.


L’Angleterre qui ne pensait faire qu’une bouchée d’une armée inorganisée de paysans-soldats sans tradition militaire ni armement moderne, déchanta très vite car la première phase de cette guerre fut nettement à l’avantage des Afrikaners, merveilleusement servis par le génie militaire d’un colonel français, Villebois-Mareuil, accouru offrir ses bras et ses compétences aux républiques boers, dès le déclenchement des hostilités, pour laver l’honneur national français de l’humiliation de Fachoda en 1898. Il se trouva ainsi porteur de tout l’espoir national de revanche, comme investi d’une mission sacrée, d’où l’extraordinaire ferveur populaire qui accompagna son engagement en Afrique du sud.

 

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Le colonel Villebois-Mareuil

 

Grâce à ce stratège hors pair, l’armée boer vola de victoire en triomphe. Jusqu’en janvier 1900 les troupes britanniques subirent une véritable humiliation qui sema la stupeur et la consternation à Londres. Mais après Noël, les Britanniques se ressaisirent. L’armée fut profondément remaniée, les chefs remplacés. De nouvelles troupes sans doute mieux formées, plus nombreuses et mieux armées reprirent les combats. Les Anglais alignèrent ainsi plus de 200 000 combattants face aux 30000 soldats boers. (Les deux petites républiques comptaient en tout à peine 200 000 habitants).


Dès lors, la victoire changea progressivement de camp. Submergés par le nombre et la puissance de feu britannique, les présidents des deux républiques demandèrent la signature de la paix, ce que le gouvernement britannique refusa, car décidé à les vaincre et à les annexer : son but de guerre.

 

gif_anime_puces_251.gifLe temps de la guérilla

Contraints à une guerre inégale à l’issue désormais fatale, les deux présidents reçurent Villebois-Mareuil, le nommèrent général en lui confiant l’entière responsabilité de cette guerre. Le Français accepta l’honneur qui lui était ainsi fait. Mais il profita de l’occasion pour poser un certain nombre de conditions parmi lesquelles une nouvelle organisation de l’armée ainsi qu’une nouvelle tactique militaire : la « guérilla », ce qu’il nomma « la guerre révolutionnaire », et que les Boers appelaient la « guerre de commandos ». (Mot d’origine portugaise, mais utilisé par les Boers à cette occasion. Il fut importé par les Britanniques. Durant la 2e Guerre mondiale les Allemands comme les Anglais l’adoptèrent en en modifiant le sens). Les combattants étaient organisés en petits effectifs, à chaque groupe était confié un certain nombre d’objectifs : coups de main, raids, sabotages de voies ferrées, de réseaux d’électricité, de transmissions, en somme une guerre de partisans

 

gif_anime_puces_251.gifLord Kitchener : à son arrivée, plus de place pour la pitié

 

Parmi les deux nouveaux chefs arrivés de Londres début 1900, figure le général Kitchener, le héros de Fachoda, celui qui cristallise la rancœur de la nation française depuis 1898.


Depuis la promotion de Villebois-Mareuil, pour les Britanniques, la guerre des Boers devient la guerre de Villebois-Mareuil, et vaincre, c’est éliminer le Français, moteur de la résistance boer, stratège doté d’un courage à toute épreuve. Toute la formidable machine de guerre britannique se lance à la recherche du Français. Celui-ci n’opère plus que la nuit pour l’essentiel. Il déploie une étonnante énergie à coordonner l’action des commandos, partout, sur tous les fronts, aussi bien sur le territoire des républiques assiégé par les troupes anglaises que dans les colonies britanniques, au Cap, au Natal…


Pour Kitchener, le moyen le plus sûr de venir à bout de cet intrépide général et en finir avec cette guerre, c’est d’« assécher le terrain », c’est-à-dire la politique de la terre brûlée. Il imagine alors des pratiques nouvelles : brûler les fermes, les récoltes, les animaux, incendier des villages censés abriter des commandos. Kitchener franchit un cran supérieur dans la cruauté.

 

gif_anime_puces_251.gifLes camps de concentration, une mortalité effroyable

 

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Les camps de concentration anglais.

Caricature de l’Assiette au beurre

 

Le général Kitchener eut recours à des mesures extrêmes. Après la dévastation de régions insoumises, il procède à la déportation de civils qui sont parqués dans des camps dits de « reconcentration », entourés de barbelés, dans des conditions de vie et d’hygiène épouvantables.


Dans ces camps, les plus atteints sont les enfants, décimés par des pathologies multiples : typhoïde, pneumonie… L’infirmière anglaise, Emilie Hobhouse, qui visita les camps de l’État libre d’Orange s’indigne :

« Le maintien de ces camps, c’est l’assassinat des enfants… c’est la cruauté sur une vaste échelle et jamais elle ne s’effacera de la mémoire des gens… c’est la destruction de la race en perspective… »

On y meurt par dizaines, par centaines, de maladies, et surtout de privations, les rations étant réduites au strict minimum.

 

Pour Kitchener, la terreur pratiquée à grande échelle pour vaincre l’ennemi, est une arme comme une autre, surtout quand cette « guerre oppose une nation civilisée à des sauvages ». Il écrit dans un télégramme adressé au ministre de la guerre à Londres :

« Les Boers sont des sauvages non civilisés avec un minuscule vernis blanc. »

Les résistants arrêtés sont pendus. Il y en eut beaucoup. Parmi eux, Yan Krüger, le fils du président du Transvaal.

 

En Angleterre, l’opinion finit par s’émouvoir, des pétitions circulent qui sont adressées au Premier ministre et au Parlement :

« Permettra-t-on longtemps que cet effrayant génocide dure ? » écrit Le Times.


L’opinion mondiale réagit également avec énergie, lorsque furent connues les conditions d’existence dans les camps.

 

Quant à la guerre elle-même, les Anglais vinrent finalement à bout de l’héroïque résistance des combattants boers, qui fut avant tout celle du général français Villebois-Mareuil, qui ne s’épargna aucune privation dans la poursuite de cette guerre devenue la sienne.


« Lui-même partait en campagne dans le Veld pendant des jours et des jours. Il vivait comme un sauvage, sans se laver et presque sans manger, chevauchant sous la brutale chaleur du soleil et couchant à la belle étoile. » écrit un historien sud-africain spécialiste de la guerre des Boers.


Finalement, cerné, seul au milieu d’une colline,  après deux balles reçues au ventre et à l’épaule, il tenait encore debout, l’arme à la main, avant qu’une troisième balle ne lui transperce le cœur. Il tomba après avoir tenu tête à l’ennemi jusqu’à son dernier souffle.


Ceux qui l’ont tué reconnurent en lui « un homme de guerre au génie et au courage sans équivalent ». Ils lui confectionnèrent à la hâte dans des étoffes de récupération, un drapeau bleu-blanc-rouge dont ils recouvrirent son cercueil et lui rendirent les honneurs avant de l’enterrer.

 

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Une mort à la mesure de la légende. Villebois-Mareuil enseveli dans les plis d’un drapeau français. Des soldats anglais lui rendent les honneurs.

 

 

 

 

 

Les deux républiques boers furent définitivement annexées par l'Angleterre  en 1902. La guerre lui a coûté 22000 morts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Statue de Villebois-Mareuil à Nantes

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 08:22

 

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DU ROYAUME A L’EMPIRE

 

 

L’empire de Gao (ou empire songhay ou sonrhaï), clôt la série des trois empires prestigieux de l’Ouest-africain du VIIe au XVIe siècle.


gif anime puces 543L’émergence d’un empire


Les populations songhays qui vivent le long du fleuve, à l’est de la boucle du Niger, se constituent en royaume au début du XIe siècle, le royaume songhay, qui prend pour capitale Gao. Le royaume est conquis par l’empereur du Mali Kankou Moussa qui, à son retour de la Mecque, y fait une entrée triomphale en 1325. Le royaume songhay devient vassal du Grand Mali.


Puis, profitant de l’affaiblissement de ce dernier sous les successeurs de Kankou Moussa, il secoue le joug de son suzerain et s’en émancipe définitivement.


Il entreprend à son tour la conquête de royaumes voisins y compris l’empire du Mali décadent. Le royaume songhay devient l’empire de Gao.


Comme l’empire du Mali, celui de Gao appartient à cette zone géographique, berceau de formations étatiques originales et exemplaires. Espace ouvert, terre de rencontres et d’échanges, irriguée par un commerce intense et continu durant des siècles, entre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique au sud du Sahara, dotée de ressources minières importantes, l’or en particulier, l’empire tire profit de ces privilèges multiples.


Comme dans l’empire du Mali, le travail du fer et l’utilisation du cheval couronnent un tableau déjà brillant, en faisant la différence sur les champs de bataille.

 

gif anime puces 543La dynastie des Sonni

 

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L’empire songhay des XVe et XVIe siècles

 

 

De l’histoire de cet empire, émergent la stature de deux fortes personnalités, deux empereurs qui modèlent cet État de leur puissante empreinte. Le premier, Sonni Ali Ber –Sonni le Grand, Ber signifiant « le grand » en songhay), règne de 1464 à 1492. C’est un grand conquérant, mais un chef cruel, à l’égard de son peuple comme des peuples voisins conquis. Il saccage la ville de Tombouctou. Bien que se disant musulman, il persécute les érudits et l’élite intellectuelle de cette ville, ferme des écoles, des universités et des moquées. Les peuples mossis subissent aussi  sa violence politique.


Sonni Ali Ber brille sur les champs de bataille. Il aime la guerre, et, en dix ans de campagnes victorieuses, il se rend maître de la moyenne vallée du Niger, importante voie commerciale et de là, menace l’empire du Mali.

 

gif anime puces 543La dynastie des Askia

 

Le deuxième empereur, Mamadou Touré, accède au trône en 1493. Il prend le nom d’askia Mohammed (askia signifiant empereur en songhay) et règne de 1493 à 1528.


C’est un empereur organisateur, mais surtout soucieux du rayonnement culturel de l’État sans oublier l’économie. Il relève Tombouctou des coups portés durant le règne de Sonni Ali Ber, et lui restitue sa splendeur culturelle, en favorisant les écoles et universités, en encourageant érudits et artistes, ainsi que les architectes de monuments religieux. Sous son règne, Tombouctou redevient la vitrine culturelle de l’empire comme de tout le Soudan-sahélien.

 

gif anime puces 543Le déclin et l’invasion marocaine.

 

Askia Mohammed finit tristement son règne. Ses fils le détrônent, le relèguent sur une petite île du Niger et s’emparent du pouvoir. Ce « coup d’Etat politico-familial » sonne le glas de l’empire. Ses fils, incapables, dilapident le trésor royal, pillent les provinces et acculent les populations à la révolte. Le désordre qui s’en suit affaiblit l’empire et nuit à sa prospérité. C’est alors que le Maroc se met à convoiter cet État, avec ses mines d’or et les richesses que procure le commerce transsaharien.


Les sultans, eux-mêmes en proie à des difficultés financières au XVIe siècle, lorgnent vers ce royaume en désordre. La reconquête de l’Espagne par les rois catholiques, le développement de la navigation européenne le long de l’Atlantique, l’occupation de l’Algérie par les Turcs, diminuent considérablement leurs sources de revenus. Les Marocains convoitent l’espace du Soudan-sahélien, tout particulièrement ses mines d’or. Après le pèlerinage de l’empereur du Mali, Kankou Moussa, la richesse de la région en or se traduit en proverbe dans tout le Moyen-Orient : « Le Soudan guérit de la pauvreté comme le goudron de la gale ».


La tentation de l’or, des ressources du commerce et des esclaves, détermine le Maroc à entreprendre la conquête de l’empire des Songhay.

 

 

 

Moulay Ahmed, qui suit attentivement la déstructuration de l’empire de Gao, charge un renégat et aventurier espagnol, le pacha Djouder, de s’emparer des « pays du Niger ». Ce dernier recrute des mercenaires ; la troupe ainsi formée traverse le Sahara et affronte l’armée de Gao. La petite troupe « marocaine », moins de 2000 combattants, partie de Marrakech, met facilement en déroute les 30 000 Songhays de l’askia Ishac. Djouder s’empare des villes les plus prospères dont Tombouctou et Gao, et, pour prouver au sultan du Maroc qu’il a bien accompli sa mission, il lui envoie aussitôt une quantité importante d’or et un nombre non moins important d’esclaves.

 

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Le tombeau de l’askia Mohammed et de ses successeurs à Gao

 

 

Il en est de Gao comme du Mali : si ces empires doivent leur fortune à leur position géographique, aux routes commerciales qui les sillonnent ainsi qu’à l’or, cette même position suscite en retour des convoitises et aiguise les appétits annexionnistes de leurs voisins. Les différents Etats se nourrirent également les uns des autres. L’empire du Mali prospéra sur les restes de l’empire de Ghana, et l’empire de Gao sur les décombres du Mali. Ils furent tous trois des moments exceptionnels de l’épanouissement du génie des peuples de l’espace soudano-sahélien au Moyen Age.

 

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États actuels ayant appartenu partiellement ou totalement à l’empire songhay

 

 

gif anime puces 543Les trois vitrines de l’Ouest-africain

 

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Les trois grands empires soudano-sahéliens, VIIe-XVIe siècles.

 

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:23

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QUELQUES FONDEMENTS DE LA GRANDEUR ET DU RAYONNEMENT

 


 

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L’empire du Mali, XIVe siècle

 

Les origines précises du Mali sont mal connues. Fondé par les Malinkés, il s’est probablement constitué peu à peu, de part et d’autre du fleuve Niger, en amont de la ville actuelle de Bamako, à proximité des mines d’or du Bouré. Le premier à parler du Mali, l’historien arabe El Bekri, décrit la conversion à l’islam de son roi vers le milieu du XIe siècle. Servant d’intermédiaire entre les tribus païennes du Sud et les commerçants arabes et berbères du Nord, le Mali, au débouché des pistes caravanières et transsahariennes, fournit aux uns l’or et les esclaves, aux autres du sel et des produits méditerranéens : bijoux, couteaux, ustensiles divers…


Ce n’est qu’au début du XIIIe siècle que le Mali prend son essor. Un chef de guerre prestigieux, Soundiata Kéita, élimine son adversaire le plus menaçant, Soumangourou Kanté, roi du Sosso. Soundiata vainqueur fonde un empire promis à un brillant avenir, qui s’étend de la boucle du Niger à l’est, aux mines du Bouré et du Galam à l’ouest. Il semble qu’il ait établi sa capitale à Niani, à la frontière des actuelles républiques de Guinée et du Mali.

 

Les facteurs favorables liés à la position géographique de cet empire sont bien répertoriés. Point de jonction du Nord et du Sud, de l’Afrique du désert et de la savane et de  l’Afrique de la forêt dense, de l’Afrique nomade et de l’Afrique sédentaire, le Mali tire de cette position des avantages précieux.

 

Espace plat, sans barrière forestière ni montagneuse, c’est par excellence l’espace de l’élevage et des cultures, celui des échanges et des rencontres. Cette zone du Soudan-inférieur est ainsi intermédiaire entre deux zones économiques aux ressources précieuses et complémentaires. La présence des principaux sites aurifères de l’Ouest-sahélien contribue à un supplément de richesse fort appréciable pour l’Empire. Tout cela alimente un trafic dense et des échanges multiples et continus qui font de cette zone la plus ouverte du continent. L’or du Mali inondait l’Occident durant tout le Moyen Age par l’intermédiaire des Arabes, des Portugais, des Gênois et Vénitiens.

 

Enfin, carrefour idéalement situé entre le monde négro-africain et le monde arabo-berbère, le Mali fut le creuset d’une civilisation originale et brillante, née de la confrontation du génie soudanais et de l’islam arabo-berbère.


 

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Etats actuels ayant fait partie de l’empire, partiellement ou totalement

 

De nombreux empereurs se succédèrent à la tête du Mali du XIIIe au XVIe siècle. Parmi eux, deux ont incarné au plus haut point sa grandeur et son rayonnement : Soundiata Kéita et Kankou (ou Kanko ou Kanka (nom de sa mère)) Moussa, également désigné par le titre de Mansa Moussa. Le premier créa l’empire et fixa ses fondations, le second assura son rayonnement culturel par la fondation de célèbres mosquées et universités qui attirèrent les érudits du monde musulman, du Maroc à l’Egypte et à l’Andalousie, ainsi que son ouverture au monde par son remarquable pèlerinage à la Mecque en 1324.

 

L’empereur déploya un faste sans équivalent en se rendant au pèlerinage avec une dizaine de tonnes d’or qu’il distribuait en présents à ses hôtes du Caire et d’Arabie. Il ramena du Moyen-Orient de nombreux érudits, artistes et commerçants qui firent la prospérité et assurèrent l’essor culturel de quelques villes : Djenné, Oaulata, Gao et surtout Tombouctou.

Après ce pèlerinage « doré », le cours du métal précieux s’effondra durant des années.

 

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Mosquée Djinguere-Ber de Tombouctou

 

 

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Grande mosquée de Djenné

 

Kankou Moussa fit mieux connaître le Mali en Orient et en Occident où il fut reconnu comme l’empereur du « pays de l’or ». Si le Mali était connu avant le règne de Kankou Moussa dans le monde musulman, c’est incontestablement cet empereur qui le fit connaître en Occident comme un des empires les plus importants du monde. Dès lors, plusieurs cartes, telle la Carte du monde d’Angelo Dulcert (1339), montrent le Mali et parfois les routes qui y mènent à travers l’Atlas marocain et le désert et qui aboutissent au « pays du roi des mines d’or ». L’Empereur apparaissait sur certaines cartes sous le titre de « Rex Melli » ou de « Roi de l’or ».


De même l’Atlas catalan d’Abraham Cresques, dressé pour le roi de France Charles V le Sage, mentionne le nom de « Ciutat de Melli ».


L’auteur arabe du Tarik El-Fettach déclare :


« Il y a au monde quatre sultans, non compris le sultan suprême (celui de Constantinople), à savoir le sultan de Bagdad, le sultan du Caire, le sultan du Bornou et le sultan du Mali. »


Le Mali fut ainsi de tous les royaumes et empires africains, celui qui marqua le plus l’esprit et l’imaginaire des Européens avant le XVIe siècle.


 

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« Atlas catalan » (XIVe siècle). Représentation imaginaire de l’empereur du Mali, à la main une pépite d’or. Les châteaux symbolisent les villes.

 

Cependant, le Mali puisa ailleurs que dans les ressources générées par les échanges transsahariens et la richesse de ses mines d’or. Il trouva sa grandeur, son rayonnement et sa longévité également dans un système de gouvernement souple et soucieux de l’homme. L’égalité de tous les habitants et le souci du bien-être de tous n’étaient pas de vains mots. Le Mali a réalisé un mode d’intégration sociale où toutes les différentes composantes ethniques avaient leur place à égalité : Touaregs, Arabes, Bambaras, Peuls, Toucouleurs, Malinkés, Ouolofs, Songhaï… Tous reconnaissaient un seul souverain et se considéraient égaux. Dans cet espace, les hommes, les idées, les biens circulaient librement. La sûreté, générale dans le pays, permettait une activité variée et intense.


Le système est ainsi décrit par l’historien et voyageur marocain Ibn Batouta qui séjourna longtemps au Mali au XIVe siècle :


« L’empereur ne pardonne point à quiconque se rend coupable d’injustice… Le voyageur, pas plus que le sédentaire, n’a à craindre les brigands, ni les voleurs, ni les ravisseurs. Les Noirs ne confisquent pas les biens des hommes blancs qui viennent à mourir dans leurs contrées, quand même il s’agirait de trésors immenses. Ils les déposent au contraire chez un homme d’entre les Blancs, jusqu’à ce que les ayants-droit se présentent et en prennent possession. »


Perçoit-on le reflet de cette volonté de rendre la justice irréprochable dans quelques manuscrits anciens de Tombouctou qui ont pu être déchiffrés ? On y lit :


« L’impartialité du souverain doit être faite dans le cas notamment du jugement à rendre à deux personnes opposées par un différend : il faut être juste dans chacun des actes, allant de la façon de recevoir les personnes opposées jusqu’au moment de trancher. Même si l’un des protagonistes tenait un rapprochement avec le souverain-juge, il faudrait éviter toute amitié quand il s’agit de juger… Le temps de plaidoirie doit être également équitable. L’équité veut qu’il n’admette pour témoin que des personnes à la moralité avérée… Les hommes de droit qui entourent le roi ne doivent accepter de pot-de-vin, ni avant, ni après le procès. Aucun cadeau des plaignants ne doit non plus être accepté. » (manuscrit de Tombouctou, XIVe siècle).


Toute cette organisation sociale et politique d’une grande valeur d’exemple vacilla au XVIe siècle, et finit par s’écrouler sous les coups des étrangers et voisins attirés par la richesse de l’empire, aux mains de rois faibles, loin de l’envergure de Soundiata ou de Kankou Moussa.


 

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Vers le déclin, l’empire attaqué et envahi

 

Le déclin s’accentua jusqu’à sa chute au XVIIe siècle, ce qui inspira au Français René Caillié, premier européen à s’être rendu à Tombouctou (ancienne vitrine économique et culturelle de l’Empire), en 1828, et en être reparti vivant, ces propos désabusés :


« Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une tout autre idée : elle n’offre au premier aspect qu’un amas de maisons en terre mal construites. Tout est triste dans la nature. Cependant, il y a je ne sais quoi d’imposant à voir une si grande ville édifiée au milieu des sables. »


Tombouctou était à l’image du Grand Mali des XIIIe et XIVe siècles, une grande construction qui a vécu. Du XVIe au XVIIe siècle, en effet, sous les coups de multiples facteurs négatifs conjugués, le Grand Empire soudano-sahélien ne vivait plus que par sa légende.

 

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