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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 08:21

 

 

001-CDu petit comptoir français à la capitale de l’Afrique occidentale française


 

Carte st louis

 

gif anime puces 601Première cité française d’Afrique

 

Saint-Louis, la plus ancienne ville européenne d’Afrique de l’Ouest, fut fondée en 1659 par des Français qui lui donnèrent le nom de Louis XIV, roi de France. Elle fut capitale de la colonie du Sénégal, puis de l’Afrique occidentale française, statut qu’elle perdit en 1957 au profit de Dakar. Véritable tête de pont, c’est de Saint-Louis que la France essaimera sur le reste du Sénégal d’abord, puis sur toute l’Afrique de l’Ouest.

 

St-Louis-XIXe-S.jpg

Saint-Louis au XIXe siècle 

 


gif anime puces 601Une « francité » à toute épreuve

 

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Le fil ainsi noué avec la France ne fut jamais rompu, malgré les vicissitudes de l’histoire, qui firent basculer plus d’une fois la petite colonie dans le giron anglais au gré des guerres entre les deux nations, et des victoires sur la France. (de 1757 à 1779, puis de 1809 à 1814). Car les Britanniques ont toujours convoité le site de Saint-Louis, qu’ils ne réussiront jamais à conserver définitivement, grâce à l’opiniâtreté de Louis XIV et ses successeurs depuis le XVIIe siècle.

 

Mais, même sous la domination anglaise l’âme des Saint-Louisiens demeura française, et de tout temps, comme ils l’affirmaient, « le sang français coule dans nos veines », ils ne se virent que Français. Preuve de cet attachement à la France, durant les différents épisodes de l’occupation anglaise, les Saint-Louisiens ne voulurent jamais se soumettre entièrement aux lois de l’occupant. Ils exigèrent et obtinrent des concessions à cet égard, notamment celles qui leur permettaient de garder leurs « coutumes françaises ». Ces concessions accordées furent pour les Anglais le prix de leur domination.

 

Signare1.jpg

Une signare

 


Cet ancrage des Saint-Louisiens à la France se matérialise par le métissage biologique et culturel tout au long des siècles, incarné dans des célébrités du monde scientifique et artistique tels le grand philosophe Gaston Berger, (dont la grand-mère, Fatou Diagne, native de Gorée), et son fils, le célèbre chorégraphe, Maurice Berger, alias Maurice Béjart.

 

Maurice-Bejart.jpg

  Maurice Béjart

 

 

Mais, quelle meilleure preuve de cette « francité » que les cahiers de doléances des Saint-Louisiens, envoyés aux Etats généraux réunis par Louis XVI à Versailles en mai 1789 ? La ville comptait alors un peu plus de 6000 habitants : blancs (progressivement établis depuis le XVIIe siècle), noirs libres, esclaves, et surtout métis. Ces derniers règneront longtemps sur Saint-Louis, économiquement et politiquement.

 

gif anime puces 601De Saint-Louis à Versailles

 

004.gifSÉNÉGAL, CAHIER DE DOLÉANCES

 

Doléances des habitants de Saint-Louis-du-Sénégal,

 

Saint-Louis-du-Sénégal, 15 avril 1789

 

« Très humbles doléances et remontrances des habitants du Sénégal aux citoyens français tenant les États-Généraux.

 

« Messieurs,

 

« Le roi vous a assemblés pour entendre, par votre bouche, les doléances de ses peuples, et pout s'aider de vos conseils et de vos lumières, afin d'assurer à jamais la liberté et le bonheur de ses sujets. Aucuns ne sont indifférents à ses sollicitudes paternelles. Ceux qui habitent les bords fortunés de la Seine, ceux qui font fleurir les Iles atlantiques, ceux qui habitent les beaux climats de l'Inde, ainsi que ceux qui gémissent sur les bords arides du Niger, tous sont également chers à son cœur magnanime.

 

« Daignez, messieurs, lui faire entendre la voix timide et plaintive des malheureux habitants du Sénégal, courbés sous le joug insupportable du despotisme affreux d'une Compagnie privilégiée.

 

« […]

 

« Nègres ou mulâtres, nous sommes tous français puisque c'est le sang des Français qui coule dans nos veines ou dans celles de nos neveux. Cette origine nous enorgueillit et élève nos âmes ! Aussi, aucun peuple n'a montré plus de patriotisme et de courage ! Lorsqu'en 1757 le Sénégal fut lâchement rendu aux Anglais, nous voulions le défendre malgré les chefs de la Colonie et, lorsque nous fûmes forcés de subir la loi du vainqueur (ou plutôt de l'acheteur), nous stipulâmes, par une capitulation particulière, que jamais nous ne pourrions être obligés de porter les armes contre nos pères les Français.

 

« Nous avons regardé comme le plus beau jour de notre existence celui où, en 1779, nous jouîmes du plaisir de voir flotter la bannière française sur le port de Saint-Louis. Nous accueillîmes les Français comme nos libérateurs, comme nos frères.

 

« Les premiers vaisseaux qui parurent dans notre rivière furent ceux de la Compagnie de la Guyane. Nous tremblâmes pour notre liberté. Déjà, depuis trois ans, nos frères de Gorée étaient les victimes de son despotisme, et ils se regardèrent comme heureux quand les Anglais vinrent les en soustraire en s'emparant de cette île, mais cet échec, quelques autres pertes et l'inconduite de cette Compagnie nous sauvèrent des atteintes de son monopole jusqu'en 1785.

 

« […]

 

« Toutes ces circonstances ne peuvent qu'influer beaucoup sur les habitants de l'île Saint-Louis [Saint-Louis du Sénégal], qui sont les agents nécessaires de toutes les opérations du commerce, soit comme interprètes, soit comme courtiers ou traiteurs. Les habitants pilotent les vaisseaux et traitent les esclaves, manœuvrent ou traînent à bras ces mêmes navires, parce que les équipages blancs sont insuffisants et qu'ils ne pouvaient pas résister à un travail aussi dur dans un climat de feu.

 

« […]

 

« Depuis l'établissement de la Compagnie, nous sommes dans une disette presque continuelle de millet, qui est le blé de la colonie, parce que la Compagnie, sans caractère, sans vigueur, laisse obstruer tous les canaux qui fournissent à notre subsistance. Les rois, les princes maures ou nègres peuvent l'insulter, la provoquer impunément, jamais elle ne fait le moindre effort pour les réprimer.

 

« Les habitants du Sénégal ne sont pas les seules victimes que le privilège immole à la Compagnie. Le commerce et les manufactures de France en éprouvent aussi les malheureux effets.

 

« Du monopole de la Compagnie naît un autre monopole. Elle fait tout ses armements et tous ses retours au Hâvre. Là, un petit nombre de marchands, favorisés, font d'avance des traités avec la Compagnie pour accaparer toute la gomme qui doit arriver, même souvent celle qui n'est pas encore récoltée ; ces marchands font ensuite une loi très dure aux fabricants ou aux particuliers à qui il n'en faut que des petites parties. Ce même monopole empêche les étrangers [les commerçants anglais] d'en venir acheter en France : ils aiment mieux courir les risques de la faire traiter à Portendic (important marché de gomme arabique sur la côte mauritanienne).

 

« Si au contraire le commerce était libre, la concurrence, étant plus grande au Sénégal, serait moindre à Portendic. Et, comme de la concurrence des blancs naît celle des Arabes, la gomme serait meilleur marché au Sénégal, tous les ports de France participeraient à ce commerce, la gomme se trouverait plus à portée des manufactures dans toutes les parties du royaume. Le fabricant ne serait plus rançonné par les accapareurs, et les fabriques n'en souffriraient pas. Et s'il y avait un excédent de gomme, elle serait vendue avec avantage aux étrangers.

 

« Et nous, pauvres habitants, nous ne serions pas réduits à réclamer les bontés de la Compagnie pour obtenir d'elle, en les payant chèrement, une paire de souliers, une chemise ou un chapeau, et nous ne serions pas dans le cas, comme nous sommes, d'aller nus-pieds et nue-tête quand leurs magasins se trouvent vides de ces choses usuelles qui sont pour nous d'une absolue nécessité.

 

« N'est-ce pas une horreur que notre vie, notre liberté soient entre les mains de la Compagnie ? N'a-t-elle pas le pouvoir de nous réduire à la famine si elle le veut ? Hélas ! Sa négligence, son peu de prévoyance ne nous y mettent-elles pas tous les jours ? N'est-ce pas une inhumanité de donner une pareille extension à des privilèges abusifs et vexatoires ? Si cependant le gouvernement les regardait comme un mal nécessaire, ne peut-on pas (ou plutôt ne doit-on pas) les restreindre aux articles qui servent à la traite de la gomme et des noirs seulement ?

 

« Mais nous avons démontré ci-dessus pour des raisons invincibles, fondées sur la plus exacte vérité, qu'en aucun sens les privilèges ne peuvent être utiles : ils sont les destructeurs du commerce au lieu d'en être les conservateurs. C'est comme si, pour rendre une terre fertile, on enlevait les bras qui la défrichent, et qu'on l'arrosât avec de l'eau-forte.

 

« La garnison et tout ce qui tient à l'administration civile et militaire est à la solde de la Compagnie. N'est-ce pas un nouvel abus qui donne à la Compagnie une influence si grande qu'elle nous expose sans cesse à toutes les vexations de son directeur sans qu'il existe pour ainsi dire entre elle et nous aucun juge ?

 

« Dieu seul peut prévoir jusqu'à quel point peut se porter la tyrannie de nos oppresseurs d'ici à l'extinction du privilège, si les généreux citoyens français, tenant les états généraux ne daignent porter un œil de pitié sur l'infortune des malheureux habitants du Sénégal, et intéresser à leur sort la bonté d'un roi juste, qui ne veut régner que sur des peuples libres et heureux !

 

« Nous n'avons encore qu'esquissé une petite partie de notre situation déplorable et des entraves du monopole.

« Jusqu'en 1787, nous avions toujours espéré que les faveurs de la Cour pour la Compagnie ne s'étendraient pas plus loin que le privilège de la gomme. Dans l'intérieur de la Colonie, le long du cours du fleuve, la France n'a point à craindre la concurrence ni la rivalité des Anglais. [...] Ainsi notre étonnement fut-il extrême quand nous vîmes publier le privilège exclusif de la traite des noirs dans toute l'étendue du fleuve jusqu'à Galam [région de Bakel]. Ce fut un jour de deuil et de consternation dans tout le pays ! La nature elle-même sembla prendre part à notre sort. Le soleil, dont les rayons bienfaisants ne s'obscurcissent jamais dans nos climats, fut presque invisible pendant trois mois. [...] Les larmes ont fait place à l'enjouement !...

 

« La traite des noirs est celle où nous avons généralement le plus de part, parce que nous avons des bateaux et des esclaves matelots que nous envoyons jusques à Galam traiter des noirs, que nous vendons ensuite à des marchands européens au Sénégal, avec un léger profit. Nous y traitons à bon compte du riz, du millet, du beurre, du tabac et toute sorte d'ustensiles de ménage dont nous nous approvisionnons pour le restant de l'année. Les gens du pays nous recevaient bien, nous ne payions que des droits très modiques aux princes riverains. Mais depuis le privilège, les choses sont bien changées, nous sommes à la fois à la merci des vexations de ces princes et de celles de la Compagnie. Nous payons des droits énormes et nos bateaux sont pillés parce que, disent-ils, tout ce que nous traitons est pour le compte de la Compagnie, et que nous, nous sommes les captifs de la Compagnie.

 

[...]

 

« Quel est donc notre crime ? De quoi sommes-nous donc coupables envers la mère patrie pour qu'elle nous livre ainsi, sans pitié, au glaive d'un privilège vexatoire ?

 

« La moindre résistance de notre part aux efforts du despotisme de la Compagnie est traitée par elle de rébellion. Elle croit avoir le droit de tout oser impunément, par ce qu'elle en a le pouvoir. Elle voudrait nous faire travailler pour rien. Nous avons cru au contraire qu'il était juste qu'elle augmentât le salaire de nos laptots (matelots noirs), parce qu'elle en emploie moins que le commerce libre, et qu'il ne faut pas moins que nous vivions comme s'ils étaient tous occupés. On nous ôte nos ressources pour gagner notre vie, il faut donc que quelqu'un nous nourrisse ! Qui fait les bénéfices doit supporter les charges ! »

 Ce premier cahier fut suivi d’un complément où

les Saint-Louisiens réclamaient entre autres doléances, le remplacement du gouverneur par une autorité civile et la représentation des habitants de Saint-Louis à l’Assemblée nationale proclamée le 17 juin 1789, par le Tiers état à Versailles, devenue Assemblée nationale constituante depuis le 9 juillet, chargée de donner une Constitution à la France.

 

004


Ainsi, sous le règne de Louis XVI, chaque catégorie sociale, en métropole comme à Saint-Louis du Sénégal, avait ses « doléances » propres. Les Saint-Louisiens de 1789 ne supportaient plus les abus de la Compagnie royale à privilèges qui les exploitait, tout comme les paysans de France ne supportaient plus les droits et privilèges seigneuriaux, la servitude et la lourdeur des impôts.

 

Tous ces cahiers ici et là-bas, étaient à égalité, chargés d’espoir et de confiance dans la mansuétude et la bienveillance paternelle du roi de France.

 

Saint-Louis du Sénégal reste bien en définitive aussi l’œuvre de Louis XIV.

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:31

eau1LA GUERRE DE L'EAU, POUR AUJOURD'HUI OU POUR DEMAIN ?

 

Un article très intéressant concernant les problèmes de l'eau, écrit par Isaac Diakité. Une analyse fine,  facile à lire et à comprendre.

Pour accéder à l'article cliquer sur le lien ci-dessous :

 http://www.calameo.com/read/0005581159214c3859bd1

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:13

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EMISSION L'ESSONNE EN AUTEURS

 

Vous trouverez ci-dessous un lien pour voir et écouter  l'interview sur Louis XIV et l'Afrique noire :

 

http://www.telessonne.fr/webtv/c-1/v-4601/Essonne_en_Auteurs_d-Octobre_2013.html

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 10:06

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Quand Louis XIV en imposait aux rois africains de la côte


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Le préjugé favorable dont les Français bénéficiaient sur la côte africaine, et surtout l’attachement profond, à la fois intéressé et quasi irrationnel  que témoignaient les rois africains à la personne de Louis XIV, constituèrent des facteurs d’ancrage de la France sur ce continent sous son règne. Cet attachement à la France et aux Français avait pour corollaire des tensions persistantes, d’une part entre  la France et les autres nations européennes présentes sur la côte africaine, tout particulièrement Anglais et Hollandais, ces derniers étant de tous les plus irréductibles ennemis et,d’autre part, entre les souverains locaux et ces autres nationalités.

 

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 Louis XIV


bouton 007La France au premier rang

 

Ainsi, la hiérarchie des nations européennes tacitement établie réservait toujours la première place à la France lors des cérémonies officielles. Ce protocole fut immuable durant tout le règne de Louis XIV. Ce fut le cas lors du couronnement du roi de Juda en janvier 1725, une dizaine d’années après la mort du Roi-Soleil.


"Le roi était assis sur son trône ; à sa gauche, ses femmes étaient assises par terre ; à sa droite, assis sur des fauteuils, les Européens, au premier rang desquels se tenait, à quelques pouces du roi, le représentant de la France en la personne de M. Derigouin, directeur du Comptoir de Juda. Auprès de lui, le chevalier Des Marchais, voyageur et navigateur français à la côte d'Afrique. Au deuxième rang, les principaux officiers français du comptoir de Juda. Au troisième rang, se trouvait le directeur du comptoir anglais, auprès duquel se tenait le directeur hollandais. Tous ces Européens étaient assis et couverts. Enfin, au quatrième et dernier rang, le directeur portugais et les officiers du comptoir de cette nation étaient debout et découverts."


Labat affirme que, « dans toutes les cérémonies où les nations européennes se trouvent, le pavillon de France a le rang d'honneur et marche toujours le premier »

 

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 Couronnement du roi de Juda


Le jugement rendu par le roi d’Ardres (Bénin) en mars 1696, destiné à arbitrer un conflit de préséance entre le représentant hollandais dans ce royaume et son homologue français est révélateur de la place spécifique de la France parmi les autres nations européennes dans l’imaginaire des Africains.

 

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 Roi d'Ardres


En 1696, la querelle de préséance qui opposa le commis hollandais au principal commis du directeur du Comptoir français d'Ardres, le sieur Manage, semble confirmer cette assertion. Tous deux étant convoqués au palais du roi de ce pays en vue d'une tentative de règlement à l'amiable d'un différend, le représentant de la nation française « se contenta de dire que, si le Hollandais se mettait en devoir de le précéder, il lui passerait son épée au travers du corps ». Le litige, qui portait sur l'ordre d'arrivée des deux adversaires ainsi que sur la position de chacun d'eux à la droite ou à la gauche du souverain africain, fut tranché par ce dernier qui, faisant fi du long discours du Hollandais plaidant « l'ancienneté de l'établissement du commerce hollandais dans le royaume » , accorda le droit de préséance au sujet du roi de France, non sans avoir cependant reconnu le bien-fondé des arguments du Hollandais, en ajoutant : « C'est à vos maîtres à régler les préséances et l'avantage des pavillons ; c'est à eux que vous devez vous adresser. » Puis il conclut sous forme de sentence :


« Cependant, quoique l'avantage de l'ancienneté de l'établissement des Hollandais sur mes terres leur y dût faire avoir toutes sortes de préférences, et qu'il semble qu'un nouveau venu ne doit pas les contester à celui qui en est en possession depuis longtemps, néanmoins, les grandes choses que j'ai apprises de la puissance et de la personne du roi de France, aussi bien que de la grandeur de ses Etats, me font résoudre à ôter plutôt ce qui semble appartenir de droit au commis des Hollandais, que de me mettre au hasard de rien faire qui puisse blesser tant soit peu la dignité d'un si grand monarque. »

 

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bouton 007Les rois, maîtres de leur justice, arbitres des différends entre Européens

 

Au-delà des jugements impliquant directement des Français, d’une manière générale, les souverains africains ne voyaient pas toujours d'un bon œil les rivalités, dans leur pays, entre nations européennes, dès lors que ces rivalités tournaient au conflit armé. De même que les Français recherchaient un certain équilibre dans leurs rapports avec les chefs autochtones, et entre chefs autochtones, de même ceux-ci, de peur de voir le commerce perturbé par des actes de guerre entre Européens, souhaitaient la paix entre ces nations et cherchaient même parfois à l'imposer. Ainsi le roi de Juda, en septembre 1714, craignant que les querelles en Europe ne nuisent au trafic des Européens chez lui, réunit tous les Européens dans son palais « et leur dit qu'il ne voulait plus entendre parler de leurs différends chez lui ».


Ce qui déplut souverainement aux Anglais, Hollandais et Portugais, qui, ligués contre la France, s'acharnaient à ruiner son commerce. Le roi intima à ces puissances de conclure immédiatement « une paix ferme et durable dans l'étendue de son royaume, à la rade et même à la vue de la rade ». Et il leur fit signer un traité dont un article stipulait que, « si aucun refuse de le signer et de l'exécuter dans tous les points, il déclare qu'il le fera sortir de ses Etats avec tous ses gens, sans espérance d'y revenir jamais, et il en jure par le grand serpent ».


Ce type de « contrat » forcé avait souvent cours sur la côte d'Afrique. Dix ans auparavant, en 1704, le roi de Juda Amar [Amor ?] en avait signé un semblable avec les Européens ; traité dont il veilla à contrôler l'exécution scrupuleuse, et dont le dernier article stipulait « qu'en temps de guerre en Europe aucun navire ne partira de la rade en même temps qu'un autre, mais vingt-quatre heures après ; en cas que l'on contrevienne à cet article, le directeur de la nation contrevenante paiera dix captifs mâles au roi. »


Il se confirme ainsi qu’au XVIIe siècle, les souverains africains avaient la pleine maîtrise de leur terre et de leur diplomatie, y compris vis-à-vis des Européens.

 

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Voir Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa.


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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 16:47

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Oh ! flots, que vous avez de lugubres histoires,

Quand vous venez vers nous parfois, le soir.

Combien ont disparu, dure et triste fortune !

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l’aveugle océan, à jamais enfouis ! 

(Pourrait-on dire en pastichant Victor Hugo)

 

 

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fleche 044Pour les maux de l’Afrique, il faut plus que des mots

 

Combien d’Africains enterrés hors  du sol natal ou à jamais enfouis sous les fonds marins.

 

Plus de 300 dans le naufrage d’une embarcation de fortune sur laquelle s’étaient entassés 500 migrants fuyant l’Afrique, une énième tragédie après tant d’autres, avant tant d’autres… hélas !


17 000 morts depuis 20 ans ! Quel indice plus probant de la réalité de l’état du continent africain en ces années 2000 ?


La porte de l’Europe a-t-elle vocation à devenir le cimetière des Africains ?

 

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Que valent, au regard de ces drames à répétition, les taux de croissance à deux chiffres continuellement brandis, de même que la courbe régulièrement montante des investissements directs étrangers en Afrique ? Quels effets sur le quotidien des populations ?


Par-delà les notions fumeuses d’« afro pessimisme » et d’« afro optimisme », le courage de l’« afro réalisme » s’impose à tous ceux qui ont le souci de ce continent et la volonté de l’aider à surmonter ses handicaps multiples. Si l’indignation, la compassion ou l’empathie sont légitimes en de telles circonstances, elles ne doivent en aucune manière masquer l’essentiel : la nécessité d’un regard cru sur les racines du mal, laquelle conditionne la recherche de solutions appropriées

 

fleche 044Pourquoi reste-t-on à la surface, à l’écume des choses, dès lors qu’il s’agit du continent africain ?

Combien de messes en Afrique ?

 

cercueils.jpg

 

Et la voix de l’Afrique, celle des autorités ?


Combien de chefs d’Etat africains a-t-on jamais entendus s’exprimer sur ces tragédies à répétition aux portes de l’Europe ? Se sentent-ils concernés ?


Combien, parmi eux, ont-ils une seule fois pris la moindre initiative d’une réflexion au niveau continental, ou au niveau de leur pays, relative aux solutions à apporter pour éviter de tels drames ?

 

En Afrique, où, et quand, a-t-on eu une pensée officielle exprimée sur le sort de ces damnés de la mer ou du désert ?


Combien de chapelles ardentes dressées ou de prières dites à la mémoire des disparus deLampedusa, de Malte ou d’ailleurs ?


Si les ministres de l’Intérieur des 27 pays membres de l’Union européenne se sont réunis au lendemain du drame de Lampedusa afin de réfléchir aux solutions pour l’avenir, qu’ont fait leurs homologues africains ? Ont-ils jamais envisagé la moindre réunion ou concertation en vue de retenir les jeunes tentés par le départ ?

 

Cette indifférence notoire au sort de la jeunesse, ce manque de l’élémentaire compassion, ce silence obstiné de la part des autorités africaines sont révélateurs et constituent aussi une des multiples motivations au départ, qui est en fait une fuite de ceux qui ne veulent pas subir, vivre en esclaves ou en abrutis..

 

fleche 044Questions primordiales

gif_anime_puces_601.gifPourquoi partent-ils ?

gif anime puces 601Que faire pour leur donner le goût et des raisons de rester chez eux ?

gif anime puces 601Comment tarir la source de l'immigration clandestine ?

 

L'Europe et l'Afrique, continents voisins par la géographie, aussi liés par l'histoire depuis le XVe siècle, aux destins si imbriqués, ne peuvent s'ignorer.


Il ne suffit pas que les États membres de l'Union européenne s'entendent sur une politique commune de l'immigration à l'intérieur de leurs frontières. Il importe aussi que l'Europe s'entende avec le reste du monde et qu'elle entende les peuples qui ont faim.


On ne saurait forcer les portes de l'Europe en enfonçant les barrières érigées pour arrêter ces nouveaux barbares du siècle, ceux de l’Armée de la faim, ni imposer à ces pays riches l'accueil de populations immigrées qu'ils ne peuvent ni ne veulent intégrer. Ils ont aussi leurs limites qu’il faut respecter. Cependant, comme l'estime l'ancien secrétaire général des Nations unies, M. Koffi Annan :


« Nous ne pouvons ignorer les véritables problèmes politiques que pose l'émigration, comme nous ne pouvons non plus perdre de vue les formidables perspectives qu'offre celle-ci aux émigrants, aux pays qu'ils quittent et ceux où ils se rendent. »


Le défi, c'est précisément de concilier ces deux pôles, les intérêts des uns et des autres, dans un cadre à la fois bilatéral et international qui prenne en compte les besoins et nécessités réciproques. L’ancien président de la République, M. Chirac (ainsi que d'autres responsables européens) l'affirmait en ces termes lors du sommet France-Afrique tenu en septembre 2005, à Bamako, au Mali :


« Il nous incombe à nous, Africains et Européens, de démanteler ensemble les réseaux d'immigration illégale derrière lesquels se dissimule un trafic épouvantable et mafieux. Ensemble, il nous faut encourager le codéveloppement et permettre aux Africains de bénéficier de conditions de vie et de travail décentes dans leurs propres pays. »


Sinon, déclare le représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l'Ouest, A. Ould Abdallah,« Je ne peux même pas imaginer ce que nous verrons dans une vingtaine d'années s'il n'y pas d’effort massif et concerté pour offrir du travail et de meilleures perspectives économiques en Afrique de l'Ouest. »


Selon Catherine Wihtol de Wenden, de multiples facteurs à la fois démographiques, économiques, historiques, politiques, sociologiques « conduisent à penser que la migration internationale va se poursuivre et prendre de l'ampleur [...] car, compte tenu de la persistance et parfois de l'aggravation des grandes lignes de fracture du monde (démographique, économique, politique, culturelle) tout porte à croire que la pression migratoire va demeurer forte à cause des échanges accrus liés à la mondialisation des transports. »

 

fleche 044Peut-on arrêter le torrent avec la main ?


Le défi, c'est l'éradication du sous-développement et son corollaire, la pauvreté qui génère l'essentiel des flux migratoires. Aujourd'hui, les flux d'émigrés économiques. Demain les flux de migrants climatiques ou environnementaux, et des victimes des guerres de la faim et de l'eau ? Plus que des lois ou des barrières, ces défis exigent la solidarité et la coopération internationales pour vaincre la misère tout en soignant la planète.


Le défi, c'est aussi de mettre en adéquation d'une part la libre circulation des marchandises, des capitaux, des biens entre pays riches et pays pauvres, et, d'autre part, la libre circulation des travailleurs issus du Sud. Les pays industrialisés du Nord qui favorisent, dans le cadre de la mondialisation et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) la circulation des capitaux, des marchandises, des biens et services dont ils sont les principaux fournisseurs, freinent dans le même temps la circulation des travailleurs des pays les moins avancés. Selon l'ONU, entre 1960 et 2000, « la part des exportations de marchandises et du nombre des services a à peu près doublé, grâce à l'adoption de nouvelles politiques commerciales internationales ». Alors que dans la même période « la proportion des migrants internationaux dans la population mondiale n'a augmenté que très légèrement, passant de 2,5 à 3 %. Cette faible progression du nombre de migrants s'explique non pas par le manque de candidats, mais par les politiques restrictives et les barrières aux frontières des pays développés. »


Ce freinage des travailleurs du Sud va de pair avec les obstacles créés à la libre circulation des produits du Sud vers le Nord ou de la dépréciation de leur valeur.

 

fleche 044Que faire ?


gif anime puces 577Promouvoir l’État de droit et la bonne gouvernance.

gif anime puces 577Assurer la sécurité des personnes et des biens.

gif anime puces 577Nourrir la population.

 

À la question : « Comment éviter l'émigration des jeunes Maliens vers l'Europe, tout particulièrement vers la France ? », le ministre malien de l'Intérieur répond : « Il faut que l'Europe ouvre ses marchés, favorise le commerce de nos produits, et rémunère nos matières premières au juste prix. »


La première aide attendue de l'Europe, qui soit de nature à agir durablement sur les motivations au départ de jeunes Africains vers ce continent, c'est celle qui permet à la terre africaine de produire suffisamment pour nourrir les Africains. Sur les cinquante-quatre États du continent, seuls quinze assurent à peu près convenablement leur autosuffisance alimentaire. Sur ces quinze, six sont en capacité de l'assurer de façon tout à fait satisfaisante. Les trente-neuf autres, à des degrés divers, sont obligés de recourir tous les ans au marché mondial pour l'alimentation quotidienne de leurs populations. Là, réside sans aucun doute la première faiblesse de ces États, le premier obstacle aussi au développement. Toute aide à l'Afrique devrait par conséquent prendre en compte prioritairement cette donnée. Ignorer cette réalité, c'est contribuer à consolider les racines des principaux maux de ce continent, par là même, un des leviers puissants des migrations vers l’Europe, car la faim est aussi une des principales causes de la perpétuation du sous-développement.


(Voir L’immigration n’est pas une Histoire sans paroles, Les Oiseaux de Papier)

 

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:45

fleur51Chercher le bon en toute chose

 

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C'est la meilleure marque du bon goût. L'abeille va incontinent à la douceur, pour avoir de quoi faire du miel ; et la vipère à l'amertume, pour amasser du venin. Il en est ainsi des goûts : les uns s'attachent au meilleur, et les autres au pire. A tout il y a quelque chose de bon, surtout dans un livre, qui d'ordinaire se fait avec étude. Quelques-uns ont l'esprit si mal tourné, qu'entre mille perfections ils s'arrêteront au seul défaut qu'il y aura, et ne parleront d'autre chose ; comme s'ils n'étaient que pour servir de réceptacle aux immondices de la volonté et de l'esprit d'autrui, et pour tenir registre de tous les défauts qu'ils voient ; ce qui est plutôt la punition de leur mauvais discernement, que l'exercice de leur subtilité. Ils passent mal la vie, parce qu'ils ne se nourrissent que de méchantes choses. Plus heureux sont ceux qui, entre mille défauts, découvrent d'abord une perfection qui s'y trouve par hasard.

Baltasar Gracian, L’Art de la prudence

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 09:25

 Le temps est-il la mesure du mouvement ?


 

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etoile 113LE TEMPS N'EST PAS LE MOUVEMENT.

 

J'ai entendu dire à un docte que le temps c'est proprement le mouvement du soleil, de la lune et des astres.

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Je ne suis pas de son avis. Pourquoi, à ce compte, le temps ne serait-il pas plutôt le mouvement de tous les corps ? Si les astres du ciel s'arrêtaient, et que la roue du potier continuât de tourner, est-ce qu'il n'y aurait plus de temps pour en mesurer les tours, pour nous permettre de dire qu'ils s'accomplissent à des intervalles égaux, ou tantôt plus lentement, tantôt plus rapidement, que les uns durent davantage, les autres moins ? Et en disant cela, ne parlerions-nous pas dans le temps ? N'y aurait-il pas dans nos paroles des syllabes les unes longues, les autres brèves pour cette raison que les unes résonnent plus longtemps, les autres moins longtemps ?

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Mon Dieu, accordez aux hommes d'apercevoir, de connaître, sur un exemple de petite importance, ce que les-choses petites et grandes ont de commun. Il y a des astres, des flambeaux célestes, « qui servent de signes et marquent les saisons, les jours, les années. » Cela est vrai, et ce n'est pas moi qui soutiendrais que le tour réalisé par cette petite roue de bois constitue le jour, mais le philosophe dont je rapporte l'opinion ne pourrait pas davantage prétendre que le tour de la roue n'est pas du temps.

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Pour moi, je désire connaître l'essence, la nature du temps, qui nous sert à mesurer les mouvements des corps et nous fonde à dire, par exemple, qu'un mouvement dure deux fois plus qu'un autre. Ce qu'on appelle un jour, ce n'est pas seulement le temps où le soleil est au-dessus de la terre et qui distingue le jour de la nuit : c'est aussi la révolution tout entière qu'il accomplit de l'Orient à l'Orient, et qui nous fait dire : « Tant de jours ont passé », entendant par là aussi les nuits, qui ne sont pas comptées à part. Donc puisque le jour s'accomplit par le mouvement du soleil et le cercle qu'il décrit de l'Orient à l'Orient, je me demande si c'est le mouvement même qui est le jour ou si c'est le temps que dure le mouvement, ou l'un et l'autre à la fois.

 etoile 108

Dans l'hypothèse où le mouvement du soleil serait le jour, nous aurions un jour, même si le soleil ne mettait qu'une heure à achever sa course. Dans la deuxième hypothèse, il n'y aurait pas de jour si d'un lever de soleil à un autre lever, il ne s'écoulait que le bref espace d'une heure ; et le soleil devrait faire vingt-quatre fois sa révolution, pour que s'accomplît un jour. Dirons-nous que c'est à la fois le mouvement du soleil et la durée de ce mouvement qui font le jour ! Mais alors on ne pourrait pas parler de jour, si le soleil effectuait son tour en l'espace d'une heure, non plus que si, le soleil suspendant sa course, il s'écoulait le même temps que celui qui est nécessaire habituellement au soleil pour achever entièrement sa révolution, d'un matin à l'autre.

 etoile 108

Aussi je ne rechercherai plus en quoi consiste ce qu'on nomme le jour, mais ce que c'est que le temps, qui nous sert à mesurer le cours du soleil. En usant de cette mesure nous dirions que le soleil a opéré sa révolution dans un temps moindre de moitié que d'habitude, s'il l'avait accompli en un espace de temps qui correspondrait à douze heures. Et en comparant ces deux durées, nous déclarerions que l'une est simple et l'autre double, quand bien même le soleil mettrait tantôt ce temps simple, tantôt ce temps double à tourner de l'Orient à l'Orient.

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Qu'on ne me dise donc plus que c'est le mouvement des corps célestes qui constitue le temps. Lorsque la prière d'un homme fit arrêter le soleil afin que s'achevât la victoire, le soleil était immobile, mais le temps marchait ; car la bataille fut menée à sa fin dans le temps nécessaire.

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Je vois donc que le temps est une espèce de distension. Mais est-il vrai que je le vois, ou ai-je l'illusion de le voir ? C'est vous qui me l'apprendrez, ô Lumière, ô Vérité.

 

planete 023

 

 

etoile 113LE TEMPS EST LA MESURE DU MOUVEMENT.

 

Est-ce votre volonté que j'approuve celui qui dirait que le temps, c'est le mouvement d'un corps ? Non, vous ne le voulez pas. J'entends bien qu'il n'est point de corps qui ne se meuve dans le temps : c'est vous qui le dites. Mais que ce mouvement d'un corps soit précisément le temps, cela je ne l'entends plus et ce n'est pas vous qui le dites. Lorsqu'un corps se meut, c'est le temps qui me sert à mesurer la durée de son mouvement du commencement à la fin. Si je n'en vois pas le commencement et qu'il poursuive son mouvement sans que je voie quand il s'arrête, je suis sans moyen de mesure, si ce n'est peut-être du moment où je commence à voir le corps se mouvoir jusqu'au moment où je ne le vois plus. Si je le vois longtemps, je puis seulement dire que la durée de son mouvement est longue, mais non point de combien elle l'est, car nous ne précisons la valeur d'une durée que par comparaison. Nous disons par exemple : « Ceci a duré autant que cela » ou « cette durée est double de cette autre », et autres expressions de cette sorte. Si nous pouvions noter le point de l'espace d'où part un corps en mouvement et son point d'arrivée, ou ses parties, s'il se meut comme sur un tour, nous pourrions dire combien de temps a duré, d'un point à un autre, le mouvement de ce corps ou de ses parties.

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Ainsi le mouvement d'un corps étant autre chose que la mesure de sa durée, qui ne voit à laquelle de ces choses on doit donner le nom de temps ? Un corps se meut parfois d'un mouvement plus ou moins rapide, parfois il est arrêté : or, c'est le temps qui nous permet de mesurer, non seulement son mouvement, mais son repos, et de dire : « Il est resté en repos aussi longtemps qu'en mouvement », ou : « Il est resté en repos, deux, trois fois plus qu'en mouvement », ou toute autre détermination, soit exacte, soit, comme on dit, approximative.

 etoile 108

Donc le temps n'est pas le mouvement des corps.


Saint Augustin, Les Confessions

 

 

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« Douter, c’est croire implicitement à l’existence de la vérité et en désirer la connaissance. »  (Saint Augustin)

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 07:01

 

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La mesure du temps, une utopie ?

 

chronomètre 

Ce qui m'apparaît maintenant avec la clarté de l'évidence, c'est que ni l'avenir, ni le passé n'existent. Ce n'est pas user de termes propres que de dire : « Il y a trois temps, le passé, le présent et l'avenir. » Peut-être dirait-on plus justement : « Il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. » Car ces trois sortes de temps existent dans notre esprit et je ne les vois pas ailleurs. Le présent du passé, c'est la mémoire ; le présent du présent, c'est l'intuition directe ; le présent de l'avenir, c'est l'attente. Si l'on me permet de m'exprimer ainsi, je vois et j'avoue qu'il y a trois temps, oui, il y en a trois.

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Que l'on persiste à dire : « Il y a trois temps, le passé, le présent et l'avenir » comme le veut un usage abusif, oui qu'on le dise. Je ne m'en soucie guère, ni je n'y contredis ni ne le blâme, pourvu cependant que l'on entende bien ce qu'on dit, et qu'on n'aille pas croire que le futur existe déjà, que le passé existe encore. Un langage fait de termes propres est chose rare : très souvent nous parlons sans propriété, mais on comprend ce que nous voulons dire.

 

 

Le problème se complique

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J'ai dit un peu plus haut que nous mesurons le temps en train de passer; de sorte que nous pouvons déclarer un laps de temps double d'un autre, ou égal à un autre, et énoncer entre les parties du temps n'importe quel autre rapport par ce procédé de mesure.

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Donc, comme je le disais, nous mesurons le temps au moment où il passe. Si on me demandait : « Comment le savez-vous ? » je répondrais : « Je le sais, parce que nous le mesurons et qu'il est impossible de mesurer ce qui n'existe pas ; or le passé et l'avenir n'existent pas. » Quant au présent, comment le mesurons-nous, puisqu'il est dénué d'étendue ? On ne le mesure donc que pendant qu'il passe; quand il est passé, on ne le mesure plus, car il n'y a plus rien à mesurer.

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Mais d'où vient, par où passe, où va le temps, lorsqu’on le mesure ? D'où vient-il, sinon de l'avenir ? Par où passe-t-il, sinon par le présent ? Où va-t-il, sinon vers le passé ? De ce qui n'est pas encore, à travers ce qui est sans étendue, il court vers ce qui n'est plus.

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Cependant que mesurons-nous, si ce n'est le temps dans un certain espace ? Lorsque nous disons d'un temps qu'il est simple, double, triple, égal, ou que nous formulons quelque autre rapport de ce genre, nous ne faisons que mesurer des espaces de temps. Dans quel espace mesurons-nous donc le temps au moment où il passe ? Est-ce dans le futur d'où il vient pour passer ? Mais ce qui n'existe pas encore est impossible à mesurer. Est-ce dans le présent par où il passe ? Mais on ne mesure pas ce qui est sans étendue. Est-ce dans le passé où il s'écoule ? Mais ce qui n'est plus échappe à la mesure.

Saint Augustin, les Confessions

 

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 08:21

 

110 F 8821507 hn1XU8pb4mGyFGCqR5YoEkACJl5dgO8DUn gouverneur pragmatique et complexe

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Louis Léon César Faidherbe, né à Lille en 1818, fut élève à l’École Polytechnique, ingénieur et officier du génie.

Après l’Algérie et la Guadeloupe, il consacra l’essentiel de sa carrière au Sénégal dont il devint gouverneur en 1854.

 


etoile 116Homme d’action : le conquérant manieur de sabre

 

Faidherbe fit ses premières armes en Algérie où il révéla son tempérament de guerrier sans états d’âme, mais aussi son goût des autres et sa capacité d’affection. L’arrivée sur le sol africain fut pour lui l’accomplissement d’un rêve. L’Afrique, c’était le soleil, l’action, le danger et les responsabilités multiples. Il se révélait à lui-même.


Ce rêve assouvi lui permit de se découvrir une grande curiosité et une forte attirance pour la découverte et le contact d’autres cultures. Le monde indigène, en Algérie comme en Afrique noire, le fascinait ; ce qui ne l’empêcha point, contrairement à Savorgnan de Brazza, de manier le sabre, en conquérant et homme d’action. Il apprit vite la leçon : pour « pacifier », il faut inspirer la crainte dans l’esprit des autochtones. Il écrit à sa mère :

« J’ai détruit de fond en comble un charmant village de 200 maisons et tous les jardins. Cela a terrifié la tribu, qui est venue se rendre aujourd’hui… »


À son retour en France pour rendre compte de sa première mission, il est promu capitaine, ce qui lui ouvre une carrière prometteuse, avec des responsabilités de niveau plus élevé. Ces responsabilités, il souhaitait les exercer en terre d’Afrique et demanda à repartir pour les colonies. Ce fut la Guadeloupe, en 1848 : date doublement symbolique.


La Deuxième République, qui venait de naître, venait également d’abolir l’esclavage. Faidherbe s’était lié d’amitié avec Victor Schœlcher dont il partagea le combat d’abolitionniste.


Mais, c’est l’Afrique qui hantait l’esprit du jeune capitaine intrépide, curieux et ouvert. Il chercha à y retourner et fut satisfait en 1849, en retrouvant l’Algérie où il restera en poste jusqu’en 1852.


Entre-temps, le Président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, était devenu l’empereur Napoléon III. Faidherbe n’apprécia guère le coup d’État. Il était républicain de conviction. Restant fidèle à ce principe, il vota « non » à tous les plébiscites organisés par l’empereur. Il voulut s’éloigner encore plus de la métropole pour ne pas avoir à faire le coup de feu contre les républicains. Il demanda le Sénégal qui n’était alors qu’un chapelet d’une douzaine de comptoirs le long du fleuve du même nom.


Le choix du Sénégal se justifiait, en plus de la distance, par le contact des Noirs qu’il disait aimer depuis son séjour en Guadeloupe.

Faidherbe fut rapidement adopté par la population (Wolofs, Toucouleurs, Bambaras, Peuls Soninkés…), mais aussi par les Européens établis de longue date dans la colonie. Commerçants et négociants pour la plupart, ils possédaient aussi à Saint-Louis des « bazars », des cabarets, des boulangeries, des quincailleries… Parmi eux, des noms connus, ceux de dynasties marchandes en particulier : Maurel, Prom, Devès, Delmas, Peyrissac, Teisseire, c’étaient les plus fortunés, qui tiraient depuis les siècles antérieurs, l’essentiel de leur fortune du négoce de la gomme dont les régions environnantes (l’actuelle Mauritanie en particulier), sous le contrôle des Maures, étaient les grandes productrices.


Les Maures sont la seule fraction de la population locale avec laquelle Faidherbe, alors sous-directeur du génie et directeur de l’Équipement de la colonie, ne sympathisa pas spontanément. Et pour cause !


Les Maures avaient l’habitude d’arraisonner régulièrement les bateaux des négociants français en les obligeant à payer de lourdes taxes que ces derniers jugeaient abusives. Ils se livraient aussi périodiquement à des razzias contre les populations noires qui vivaient ainsi sous la crainte permanente de la descente des Maures dans les villages, pour s’emparer du bétail et des personnes.


Faidherbe partagea ces craintes et voulut mettre fin aux exactions perpétrées par les Maures. Il prêta également une oreille attentive aux doléances des commerçants français, à leur désir de s’émanciper par le démantèlement de la suzeraineté des Maures ; cela leur permettrait d’acheter la gomme sans taxes exorbitantes et sans être contraints de payer des redevances aux émirs maures.


 Français et Africains mirent tout leur espoir dans ce militaire dynamique et compréhensif car, pensaient-ils, avec un homme de sa trempe, ils n’auraient plus à subir l’arrogance et les razzias des Maures.


Jugeant trop mou le gouverneur en place, les Français précipitèrent son rappel en métropole et son remplacement par Faidherbe. A cette fin, menés par des commanditaires bordelais, ils prirent l’initiative, le 28 août 1854, d’une pétition adressée à Paris, dans laquelle ils demandaient le départ du gouverneur et la nomination de Faidherbe, ainsi que le souhait que ce dernier restât longtemps en place, de manière à fonder une véritable colonie.


Napoléon III accéda à leur demande. L’empereur souhaitait ainsi plaire aux Bordelais, ayant gardé un excellent souvenir de son passage à Bordeaux où il prononça son fameux discours « L’Empire, c’est la paix ! »


Le Ministre de la Guerre éleva Faidherbe au grade de chef de bataillon, puis, dans la foulée, l’Empereur signa un autre décret le nommant gouverneur du Sénégal.

 

 

etoile 116Un gouverneur bâtisseur : le sabre et la rose

 

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Portrait de Faidherbe

 

Faidherbe engagea d’emblée une lutte sans merci contre les Maures Trarza qui, par ailleurs, perturbaient les cultivateurs wolofs, les empêchant de se livrer sereinement à la culture de l’arachide que le nouveau gouverneur entendait développer. Afin de châtier et les Maures et quelques chefs wolofs ayant fait cause commune avec eux, il fit incendier 35 villages :

« Nous ressemblons, avouait-il, à l’ours de la fable. À celui qui, pour délivrer son maître d’une mouche, l’assomme avec un pavé ». Son opiniâtreté finit par venir à bout des Maures en obtenant leur reddition.


Puis, il se tourna vers le célèbre chef musulman toucouleur, El Hadj Omar, dont l’ambition était de fonder un vaste empire musulman englobant toute la région, et par conséquent farouchement hostile à la présence française. Cette longue guerre d’usure s’acheva par la soumission du grand guerrier toucouleur musulman.


Le Sénégal pacifié, il restait à construire et équiper la nouvelle colonie. Faidherbe peut alors savourer le contact avec les populations autochtones et les rapports tissés avec elles participaient de cette pacification et de l’union de toutes les ethnies autour des valeurs d’humanisme qu’il entendait cultiver.

 


etoile 116Le mariage à la mode du pays

 

Faidherbe avait une curiosité profonde et une véritable passion pour les coutumes et us des autochtones. Il apprit les langues locales et rédigea des ouvrages dont des dictionnaires : wolof-français, peul-français, sérère-français…


Il aimait se montrer aux mariages indigènes, « en arborant un grand châle teint en bleu indigo, et enrager le clergé catholique en incitant ses officiers à se mettre en mariage avec une Africaine. Il y voyait non seulement un art de vivre, mais aussi un facteur d’assimilation ».


Le gouverneur donna lui-même l’exemple en épousant, à la mode du pays, une jeune fille peule, qui lui donna un garçon qu’il nomma Louis Faidherbe et qui deviendra officier.

 

(Profitant d’un bref séjour en France, il s’y maria. Son épouse s’occupa à la fois des trois enfants issus de ce mariage et de Louis, son beau-fils métis.)

 

 

etoile 116Envers l’islam et l’esclavage, une attitude ambiguë

 


fleche 026Vis-à-vis de l’islam


Cette religion qu’il avait côtoyée en Algérie était pratiquée par la majorité des habitants de Saint-Louis (ville fondée par les Français sous le règne de Louis XIV, d’où son nom). Mais, ses progrès par rapport au christianisme semblaient le contrarier. Il le confessait :

« Les progrès de l’islamisme chez les Noirs nous sont fatals. En élevant une mosquée à Saint-Louis, on n’a pas suffisamment réfléchi. Mais enfin, la mosquée existe, et on ne peut revenir là-dessus. »


Le gouverneur semblait surtout s’offusquer de la pratique de certains marabouts :

« Un grand nombre de marabouts de Saint-Louis élèvent les enfants dans l’horreur du travail et des Blancs. Plusieurs d’entre eux ne font de leurs élèves que des mendiants ou des voleurs. »


Or, le gouverneur Faidherbe entendait parvenir à scolariser le plus grand nombre d’enfants dans l’école française. Il se montra inflexible dans sa volonté de diffuser le français et faire connaître le drapeau national. Ce fut plus qu’une volonté, une obsession :

« Que les Noirs du Sénégal soient musulmans, bien, mais s’ils veulent apprendre une langue étrangère, qu’ils apprennent le français, non l’arabe. »


Cependant, Faidherbe désapprouvait l’excès de zèle des missionnaires catholiques français : « Les musulmans ne se battraient pas pour la France si l’on essayait de détruire leur religion », disait-il.


La solution pour lui consistait à promouvoir l’enseignement du français et l’instruction des jeunes du Sénégal. À cette fin, il fit venir de métropole des instituteurs et créa l’« École des Otages » pour former les élites indigènes. Mais, en ce domaine, son ambition se heurta toujours à la difficulté d’obtenir de la métropole les moyens nécessaires.

 


fleche 026Vis-à-vis de l’esclavage : ambivalence


Faidherbe s’opposa fermement à la traite des Noirs, sous quelque forme que ce soit. En 1858, le gouvernement de Napoléon III envisagea d’autoriser les planteurs des Antilles à faire venir de la main-d’œuvre sénégalaise. Faidherbe protesta énergiquement contre cette mesure, et offrit sa démission car il y voyait un moyen de réveiller « l’appétit des chefs noirs pour le commerce d’esclaves ». Le Ministre céda et annula l’autorisation.

 

Quant à l’esclavage traditionnel pratiqué dans le pays, contrairement à Brazza au Congo, il trouva cette pratique si ancrée dans les mœurs qu’il ne chercha point à l’éradiquer, sauf à Saint-Louis où le décret d’émancipation de 1848 fut appliqué dans toute sa rigueur comme aux Antilles françaises.


Cependant, il ne put s’empêcher de réagir avec vigueur, à ce qu’il considérait comme une conduite intolérable, lorsqu’une mère en pleurs, dont les deux enfants avaient été arrachés de force par un notable pour être vendus, après que ce dernier eut tué la grand-mère qui tentait de les défendre, vint le voir en sollicitant son concours, Faidherbe fit venir le coupable à Saint-Louis. Ce dernier ayant reconnu les faits, il le fit pendre avec autour du cou, un écriteau sur lequel on pouvait lire :

« Ainsi seront traités tous ceux qui tuent les mères pour voler les enfants ».


Le gouverneur estimait de sa responsabilité la sécurité des populations ainsi que le devoir de justice. Il s’opposa par ailleurs  –contrairement à la pratique de l’époque–, au portage des Européens par les Africains, qui lui répugnait profondément.

 

 

etoile 116Une œuvre considérable

 

Faidherbe se consacra résolument à la mise en valeur du Sénégal. Il y développa considérablement la culture de l’arachide. Il s’attela au développement des voies de communication ; créa les ports de Saint-Louis, Rufisque et Dakar.

 

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Le pont Faidherbe à Saint-Louis du Sénégal

 

Il estima nécessaire la construction du pont sur le fleuve Sénégal pour faciliter la circulation et désenclaver la ville de Saint-Louis. Paris, à qui il réclamait les fonds nécessaires aux travaux, mit du temps à répondre. Et lorsque la décision de refus d’autorisation lui parvint, le pont était déjà achevé et en service, pour la plus grande joie de la population.


La ville de Saint-Louis, sous l’action du gouverneur, fut profondément modernisée, à la mode haussmannienne : paillotes du centre-ville rasées et remplacées par des maisons en briques et toits de tuiles, rues équipées de trottoirs, avenues éclairées et plantées de cocotiers, chaussées revêtues, adduction d’eau douce…bref, une véritable métamorphose du cadre urbain.


Au-delà de Saint-Louis, Faidherbe agrandit considérablement le territoire de la colonie, avec l’annexion de plusieurs royaumes : Cayor, Walo, Bambouk, Casamance… portant le Sénégal à ses dimensions actuelles et jeta les fondements de l’AOF.

 

 

anciens royaumes du Sénégal

Anciens royaumes du Sénégal

 

 

Considéré à juste titre comme le fondateur de la colonie moderne du Sénégal, Faidherbe fut pour l’Afrique de l’Ouest française (AOF), ce que fut Brazza pour l’Afrique équatoriale française (AEF).

 


etoile 116Le revers de la médaille

 

Des nuages s’amoncelaient malgré tout sous le ciel du brillant gouverneur. Ceux qui s’étaient mobilisés pour sa nomination le lâchaient pour un certain nombre de raisons.


Le contexte économique avait changé. L’arachide, principale production du Sénégal, avec la gomme, et principale matière première des huileries bordelaises et françaises, ne trônait plus sur le marché mondial. L’arachide souffrait désormais de la concurrence du pétrole américain et du saindoux argentin… Ce choc économique fut durement ressenti au Sénégal par les négociants français qui ne souffraient plus par ailleurs des exactions des Maures dans une colonie désormais parfaitement pacifiée et sécurisée.


L’attitude du gouverneur vis-à-vis de la population autochtone, jusque-là tolérée commençait à indisposer. Et les Européens s’offusquaient tout particulièrement de son engouement pour les mariages avec les femmes indigènes. On l’affubla de surnoms malveillants : « Le sauvage » ou « la vieille momie ». On voulait s’en défaire.


Paris aussi semblait se lasser des réclamations régulières du gouverneur dans le cadre de la modernisation de la colonie. Faidherbe mortifié demanda son rappel. Il quitta définitivement le Sénégal en 1865 pour l’Algérie, avant de regagner la France.

 

 

etoile 116En Métropole

 

statue général Faidherbe

Statue du général Faidherbe à Lille

 

En 1870, en pleine guerre franco-prussienne, Gambetta confia au général Faidherbe le commandement de l’armée du Nord où il s’illustra brillamment. Malgré la défaite, la vigoureuse résistance de son armée, épargna les départements du Nord et du Pas-de-Calais de l’occupation allemande.


Faidherbe fut élu député du Nord en 1871 puis sénateur en 1879. Il fut également chargé de mission géographique et ethnologique en Égypte. Il meurt à Paris le 29 septembre 1889, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, laissant plusieurs ouvrages sur l’Afrique, dont le dernier qu’il eut juste le temps d’achever :

« Le Sénégal, la France et l’Afrique occidentale »

 

timbre Faidherbe

Timbre français en hommage à Faidherbe

 

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 09:55

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Savorgnan de Brazza, père de l’Afrique équatoriale française

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Pierre Savorgnan de Brazza est né italien à Castel Gandolfo en 1852, élève étranger de l’École navale (1868-1870), il fut naturalisé français en 1874 et entra dans la Marine.

 

 

bouton 007Au service de la France et d’un idéal

 

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Pierre Savorgnan de Brazza

 

De 1875 à 1878, Brazza explore les vastes régions comprenant les deux Congo actuels, plus le Gabon. C’est un explorateur atypique qui évite l’usage des armes à feu (sauf pour se défendre) et la violence contre les autochtones. Ses armes favorites sont : le verbe, la persuasion, la générosité. Il réussit ainsi à placer tous les États du roi Makoko sous la protection de la France.


Lors d’une cérémonie organisée en son honneur, le roi et ses vassaux réunis jetèrent chacun une poignée de terre dans une boîte que le grand féticheur offrit à Brazza : « Prends cette terre et porte-la au grand chef des Blancs, elle lui rappellera que nous lui appartenons. »


Au cours de ses voyages ultérieurs, de 1883 à 1885, en qualité de Commissaire général du gouvernement, Brazza crée et organise la colonie du « Congo français ». Il entreprend de la consolider et de la pacifier tout en y continuant son exploration en profondeur, de même que celle des régions voisines. Il y fonde un poste à l’emplacement de ce qui deviendra Brazzaville, capitale de la colonie et de l’actuelle République du Congo.

 

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Brazza jette ainsi les bases de la future Afrique Équatoriale française (AEF).

 

A son retour en France à l’issue de son premier séjour en Afrique, il repousse les offres du roi Léopold II de Belgique désireux de l’engager à son service pour la colonisation, comme l’explorateur britannique Stanley. Brazza comprend alors que l’immense bassin du Congo que ce dernier vient de découvrir suscite déjà des ambitions territoriales et sa volonté est que la France ne soit pas absente dans un éventuel partage. C’est ainsi qu’il obtient du gouvernement une seconde mission dans la région. Une compétition féroce s’engage entre les deux explorateurs, chacun ayant à cœur de mettre la main, sinon sur toute la région, du moins sur le plus de territoire possible au nom de sa nation. Il en résultera la création de deux colonies : le « Congo belge » et le « Congo français ».

 

 

bouton 007Derrière l'explorateur et l’administrateur, l’homme

 

Brazza, l’administrateur français, s’attaque à la pratique de l’esclavage traditionnel, non par les armes ou la répression mais par la générosité. Il rachète des esclaves à leurs propriétaires pour les libérer. Les esclaves voulant recouvrer la liberté le recherchaient.


Ainsi un esclave en fuite s’étant réfugié auprès de lui, Brazza imprégné des valeurs républicaines et mû par ses idéaux reçut avec amabilité le maître à la recherche de son bien et lui offrit un beau cadeau. Cette solution parut si avantageuse que plusieurs chefs indigènes viennent le solliciter pour le rachat de leurs esclaves en échange de cadeaux.


A certains nouveaux affranchis il proposait un emploi salarié. Mais, curieusement, d’autres refusaient leur liberté. Rachetés et ainsi affranchis, ils retournaient chez leur ancien maître où ils retrouvaient le joug de la servitude.

 

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Brazza rachète des esclaves

 

Qu’à cela ne tienne. Brazza fait savoir « qu’il se portait acquéreur de tout esclave désirant recouvrer sa liberté. » Et, afin de mieux marquer sa détermination, il déclara solennellement, au cours d’une assemblée de chefs organisée spécialement à cette fin, et symboliquement réunie devant le mât orné des couleurs de la France :

« Voyez, quiconque touche notre drapeau est libre car, nous ne reconnaissons à personne le droit de retenir un homme esclave. »

 

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Brazza avec les indigènes

 

La réputation du Français est alors connue de tous, et on affirme partout qu’il est différent des autres Blancs, car il n’était pas un trafiquant d’esclaves ou d’or.


Outre la libération d’esclaves, Brazza eut pour souci la lutte pour l’amélioration de la santé des autochtones. Son collaborateur, le jeune médecin Ballay, soignait des villages entiers, organisait des hôpitaux de campagne et prodiguait des conseils et des séances d’initiation à l’hygiène.


Différent, voire singulier, Brazza l’était assurément. Et, chose étonnante pour les Africains, cet administrateur blanc savait aussi amuser le public, en jouant au clown, ou au prestidigitateur, ce qui le différenciait singulièrement de l’administrateur ordinaire à la mine effrayante et dissuasive.

 

L’œuvre pacificatrice et humanitaire fut connue en France, où on gratifia Brazza du surnom de « Père des esclaves ». Son action inspira à un chansonnier ces paroles :

 

Partout l'Anglais, sur la terre et sur l'onde,

Fait arborer son rouge pavillon ;

Ses fils, jaloux de conquérir le monde,

Dans l'univers ont tracé leur sillon.

 

Mais au Congo, le drapeau tricolore

A devancé toute rivalité.

Voici Brazza, dont la France s'honore

Ô peuple noir, voici la liberté.

 

Tout l'univers, aux îles Britanniques,

Vient chaque jour apporter son tribut,

Et d'Albion, nos efforts héroïques

Ont trop souvent facilité le but.

 

Si de Brazza nous livre ses conquêtes

S'il a souffert pour nous avantager

Nous nous dirons qu'aux jours de nos défaites

Il a servi l'étendard outragé.

 

Puisque au Congo le drapeau tricolore

A devancé toute rivalité

Voici Brazza dont la France s'honore

Ô peuple noir, voici la liberté.

 

Il fut partout acclamé et honoré : Légion d’honneur, palmes académiques, grade d’enseigne de vaisseau de première classe.

 

 

bouton 007Victime des intérêts privés et de la jalousie

 

Cette quasi unanimité n’empêchait guère les embûches, nombreuses, en Afrique comme en France. La coalition des intérêts privés et la jalousie mesquine de quelques compatriotes constituaient pour lui une épreuve redoutable.


En Afrique non plus, tout ne fut pas facile pour lui. Il dut batailler contre les trafiquants locaux, traditionnels marchands d’esclaves. Il fut également l’objet de l’hostilité farouche de sorciers, qui voyaient sans doute en lui un concurrent, mieux, un ennemi dangereux, qui s’évertuait à saper les fondements de  leurs pouvoirs et leur ascendant sur la population. Mais, le vrai danger vint de l’hostilité de ses compatriotes en Afrique et en France.


Il se heurta sur place surtout à l’hostilité virulente des grandes sociétés coloniales françaises avides d’ivoire et de caoutchouc, qui voulaient partager le territoire en concessions, et qui exploitaient férocement les indigènes contraints au travail forcé et aux brimades inhumaines sur le modèle du Congo belge. Ces puissantes sociétés le calomniaient auprès des politiques et des milieux d’affaires puissants.

 

Même s’il a réussi à mettre les autochtones en confiance au Congo, et à éviter toute effusion de sang, il fut jugé piètre gestionnaire et inapte à la mise en valeur de la colonie. Sous prétexte « d’incapacité administrative », il fut relevé de ses fonctions en janvier 1898.


Toutefois, le gouvernement français continua de recourir à ses services et à son expérience. C’est ainsi qu’en 1905, il fut à nouveau envoyé au Congo, et chargé d’enquêter sur les exactions commises par les sociétés concessionnaires à l’encontre des indigènes : travail forcé à outrance, abus du portage, violences physiques…


Sa mission accomplie, à l’heure de regagner la France, très malade en bateau, on le débarqua à Dakar où il fut hospitalisé. Il mourut le lendemain de son arrivée dans cette ville. Pour sa femme, c’est une certitude : son mari a été empoisonné au Congo.

 

 

bouton 007Brazza, tel qu’en lui-même

 

La patrie reconnaissante lui prépara des obsèques dignes de son rang. On prononça des discours célébrant le grand serviteur de la nation, le républicain intransigeant, le grand humaniste. On évoqua le Panthéon.


Mais Savorgnan de Brazza en avait décidé autrement. L’explorateur, dans ses dernières volontés, exprimait le souhait d’être enterré en terre d’Afrique, « sur ce continent auquel il avait tant sacrifié ». La République décida de l’enterrer à Alger au cimetière « Mustapha Supérieur ». Et, symbole résumant tout cet attachement au continent noir, « sa femme, qui ne se séparait plus du bracelet offert par le roi des Batékés, déposa dans le cercueil un peu de terre du Congo » et, sous le buste du défunt, son fidèle ami et disciple Charles Chavannes, composa cette épitaphe :

 

A LA MÉMOIRE DE SAVORGNAN DE BRAZZA

Sa mémoire

Est pure de sang humain.

Il succomba le 14 septembre 1905

Au cours d'une dernière mission

Entreprise pour sauvegarder

Les droits des indigènes

Et l'honneur de la France.

 

Si tout acte de conquérant est, par définition, acte de spoliation, Savorgnan de Brazza voulut rendre cette spoliation la moins inhumaine possible. Il s’efforça durant toute sa mission en Afrique, d’apparaître le moins possible comme un simple instrument de la force d’un État contre le droit d’autrui.

 

 

bouton 007Une profonde marque sur le Congo

 

Dès l’indépendance acquise, au début des années 1960, nombre de capitales ou grandes villes africaines changèrent de nom, débaptisées par les nouvelles autorités, afin de rompre avec le passé colonial. Ainsi Léopoldville, capitale du Congo belge, devint Kinshasa ; Stanley ville, Kisangani ; Fort Lamy (capitale du Tchad), N’Djamena


Mais Brazzaville, capitale de l’ex-Congo français (actuelle République du Congo), demeura et demeure Brazzaville, par la volonté des autorités successives du pays, comme ultime hommage au grand explorateur.

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