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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 11:19

 

DÉFORESTATION
DÉJÀ À L’ÉPOQUE DE RONSARD, AU MOYEN ÂGE

 

 

Le problème de la déforestation ne date pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons dans le poème de Ronsard ci-dessous.

De tout temps, l’homme a abattu ou brûlé des arbres : pour se faire de la place, pour se chauffer et cuire ses aliments, pour se construire des abris, des bateaux, des meubles, pour augmenter ses terres de culture, d’élevage…

Mais cette déforestation n’avait pas l’ampleur qu’elle a de nos jours, où elle est devenue mondiale et s’accélère. Et les problèmes dus à la déforestation sont multiples de nos jours : réchauffement climatique, dégradation du cycle de l’eau, érosion des sols, disparition de nombreuses espèces (faune et flore) et même de certains peuples indigènes.

 

Pourtant déjà au Moyen Âge certains s’en inquiétaient. Depuis toujours certains êtres humains se sont sentis en harmonie avec la nature et ont cherché à la défendre. Ronsard est de ceux-là et nous le dit si joliment dans son poème contre les bûcherons de la forêt de Gastine.

 

« Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses,
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

 

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur, sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Jeannette.
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix,
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;
Tu perdras ton silence, et, haletants d'effroi,
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

 

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,

Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner ;
Où premier, admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leurs disent injures.

 

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens
 Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
de massacrer ainsi leurs pères nourriciers !
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie §

O dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne, 
Et la cime d'Athos une large campagne ; 
Neptune quelquefois de blé sera couvert ; 
La matière demeure et la forme se perd."

                                         (Elégie, XXIV (V.19-68))                                                                         

Pierre de Ronsard (1524-1585)

****

> Un bref résumé de la vie de Ronsard.

Pierre de Ronsard est né au château de la Poissonnière en Vendômois, de vieille souche noble. Hormis 6 mois d’études à Paris, il a passé les 12 premières années de sa vie au milieu de la nature vendômoise où il a trouvé plus tard une source inépuisable de souvenirs et d’impressions.

En 1536, il est attaché comme page au dauphin François (fils de François Ier) qui meurt 3 jours après. Il sera page de Charles d’Orléans puis de Madeleine de France (enfants de François Ier).

Il suit Madeleine de France, devenue reine d’Écosse après son mariage avec Jacques Stuart, roi d’Écosse, mais elle meurt en 1537.

Il reste quelques temps en Écosse puis regagne la France en passant par l’Angleterre et la Flandre.

1540 : il séjourne quelques temps en Allemagne auprès de son cousin, le diplomate Lazare de Baïf, grand humaniste et qui lui a sans doute donné le goût des lettres antiques. Ronsard était promis à une brillante carrière diplomatique mais à son retour d’Allemagne suite à une grave maladie, il devient à demi-sourd et il doit se retirer à la Poissonnière.

Isolé à cause de sa surdité, Ronsard se consacre à la poésie.

1543 : il a reçu la tonsure, non pas pour devenir prêtre mais pour s’assurer le revenu de bénéfices ecclésiastiques.

 

Désireux d’imiter Horace et conscient de ses lacunes dans sa formation humaniste, Ronsard se met pendant cinq ans à l’étude des lettres antiques au collège de Coqueret avec Du Bellay et Jean Antoine de Baïf sous la direction de Dorat. Ils forment la Brigade, plus tard la Pléiade (Ronsard, du Bellay, de Baïf, Jodelle, Belleau, Dorat, Peletier, Pontus de Tyard). Leur ambition : renouveler et perfectionner la langue française.

 

1558, Ronsard devient conseiller et aumônier ordinaire du roi Henri II. 1560, à partir de l’avènement de Charles IX, il est largement pensionné.
1574, à la mort de Charles IX, il tombe en demi-disgrâce, le nouveau roi, Henri III ayant ramené de Pologne son poète favori, Desportes. Ronsard se retire dans ses prieurés à partir de 1575

 

Quelques-unes de ses œuvres  :

1550 :les Odes
1552 : Amours de Cassandre
1553 : Folastreries
1554 : Bocage
1555 : Continuation des Amours
1556 : Nouvelle Continuation des Amours
En 1560 il publie une édition collective de ses œuvres, classant ses poésies en quatre volumes : Amours, Odes, Poèmes, Hymnes.
1578 : Sonnet sur la mort de Marie, Sonnet pour Hélène.

 

Il travaillait sans relâche à rééditer ses œuvres complètes mais il était tourmenté et souvent alité par la goutte ; ses derniers sonnets, poignants, évoquent ses douleurs physiques, ses insomnies, ses préoccupations de l’au-delà.

1585 : il meurt à Saint-Cosme.

 

La Poissonnière, manoir de Ronsard

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 08:47

 

QUAND L’IRRUPTION DE LA MACHINE AU 19e SIÈCLE
SÈME LA « ZIZANIE », LA DISCORDE,
DANS LA GRANDE FAMILLE OUVRIÈRE

Pour les témoins oculaires de première importance, Gaëtan Pirou, Alexis de Tocqueville, Gustave Flaubert et Simone Weil etc., le machinisme est une des conséquences majeures des conflits et oppositions au sein du monde des travailleurs  ainsi que de la société entière du 19è et du début du XXe siècle.

Gaëtan Pirou (1886-1946) est un économiste français.
Il fut professeur d'économie à la faculté de Droit de Bordeaux et celle de Paris.
Il fut aussi un des rédacteurs en chef de la Revue d'économie politique.
Il a écrit de nombreux ouvrages sur les doctrines économiques, de même que sur les économistes institutionnalistes américains.
Outre son poste de professeur à l'Université de Bordeaux puis de Paris, il fut directeur du cabinet de Paul Doumer entre 1927 et 1931.
Il s’intéressa aussi à la classe ouvrière et à son avenir.

Quelques ouvrages significatifs à cet égard :
_ Les doctrines économiques en France depuis 1870,
_ Doctrines sociales et Sciences économiques…

Avec Gaston Pirou, nous assistons à la naissance d’une psychologie ouvrière nouvelle.

 

NAISSANCE D'UNE PSYCHOLOGIE OUVRIÈRE NOUVELLE

« Le développement de l'action collective ouvrière est la conséquence directe des transformations Juridiques et techniques qui ont bouleversé, à notre époque, l'ensemble de la production et atteint leur maximum dans l'industrie. Ces transformations qui ont conduit à la grande entreprise spécialisée, mécanique, concentrée, ont déterminé, dans l'ordre de l'action ouvrière deux phénomènes connexes. D'une part, le groupement matériel des ouvriers dans de vastes usines a entraîné la naissance d'une psychologie ouvrière nouvelle, caractérisée par le développement de la conscience de classe. Rapprochés dans les usines, les ouvriers ont dû perdre l'espoir, normal chez l'ancien artisan, de devenir un jour des patrons. Ils ont donc été en même temps plus près les uns des autres et plus loin de leurs patrons. Cela devait conduire les ouvriers, matériellement et psychologiquement réunis, à se servir de l'arme de l'action collective. D'autre part, l'essor de la grande industrie, dans la première moitié du XIX* siècle, appelée période chaotique de la grande industrie, s'est accompagnée de souffrances incontestables. En face du grand patron, l'ouvrier isolé se trouvait dans une situation inégale. Cette situation devait pousser les ouvriers à se grouper pour essayer de remédier à l'état d'infériorité où ils se trouvaient. » (Gaëtan Pirou)

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Alexis de Tocqueville (1805-1859) est philosophe, penseur, précurseur de la sociologie et homme politique français.

Pour lui :

LA RÉVOLUTION DE 1848 EST UNE MANIFESTATION DE CETTE ZIZANIE

« Il s'agit d'une lutte sociale : " Elle n'eut pas pour but de changer la forme du gouvernement, mais d'altérer l'ordre de la société, elle ne fut pas à vrai dire une lutte politique... mais un combat de classes une sorte de guerre servile. C’est le soulèvement de toute une population contre une autre : les femmes y prirent autant de part que les hommes et furent les dernières à se rendre.... Elles comptaient sur la victoire pour mettre à l'aise leurs maris, et pour élever leurs enfants ".

Elle est née de la peur bourgeoise : "Un sombre désespoir s'était emparé de cette bourgeoisie ainsi opprimée et menacée et ce désespoir se tournait insensiblement en courage. J'avais toujours cru qu'il ne fallait pas espérer de régler par degrés et en paix le mouvement de la révolution de février et qu'il ne serait arrêté que tout à coup par une grande bataille livrée dans Paris... Non seulement cette bataille était en effet inévitable, mais le moment en était proche et il était à désirer qu'on saisît la première occasion de la livrer.

Ainsi la société était coupée en deux, ceux qui ne possédaient rien unis dans une convoitise commune, ceux qui possédaient quelque chose dans une commune angoisse " (A. de TOCQUEVILLE.).

Gustave Flaubert n’est pas en reste. Il est de ceux qui pensent que le machinisme signifie bien le réveil de la classe ouvrière et les conséquences qui s’en suivent.

Gustave Flaubert (1821-1880)

 

Gustave Flaubert, écrivain français, est un prosateur de premier plan de la seconde moitié du XIXe siècle. Il a marqué la littérature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société.

Il présente ainsi la révolte des ouvriers :

 

« Ils étaient là neuf cents hommes, entassés dans l'ordure, pêle-mêle, noirs de poudre et de sang caillé, grelottant de fièvre, criant de rage ; et on ne retirait pas ceux qui venaient à mourir parmi les autres. Quelquefois, au bruit soudain d'une détonation, ils croyaient qu'on allait tous les fusiller ; alors, ils se précipitaient contre les murs, puis retombaient à leur place, tellement hébétés par la douleur qu'il leur semblait vivre dans un cauchemar, une hallucination funèbre…

Dans la crainte des épidémies, une commission fut nommée. Dès les premières marches, le président se rejeta en arrière, épouvanté par l'odeur des excréments et des cadavres. Quand les prisonniers s'approchaient d'un soupirail, les gardes nationaux qui étaient de faction — pour les empêcher d'ébranler les grilles — fourraient des coups de baïonnette, au hasard, dans le tas.

Ils furent généralement impitoyables. Ceux qui ne s'étaient pas battus voulaient se signaler. C'était un débordement de peur. On se vengeait à la fois des journaux, des clubs, des attroupements, des doctrines, de tout ce qui exaspérait depuis trois mois...

Un adolescent à longs cheveux blonds, mit sa face aux barreaux en demandant du pain. Roque (nouvel engagé de la garde nationale) lui ordonna de se taire. Mais le jeune homme répétait d'une voix lamentable :

  • Du pain.
  • Est-ce que j'en ai moi !

D'autres prisonniers apparurent dans le soupirail, avec leurs barbes hérissées, leurs prunelles flamboyantes, tous se poussant et hurlant :

— Du pain !

  • Tiens ! En voilà ! dit le père Roque en lâchant un coup de fusil.

Il y eut un énorme hurlement, puis rien. Au bord du baquet, quelque chose de blanc était resté... »   (G. FLAUBERT, L'éducation sentimentale)

Simone Weil (1909-1943)

Simone Weil (1909-1943) est une humaniste française.

Toute sa vie fut engagée au service de la cause ouvrière. Elle est l'une des rares philosophes à avoir partagé la « condition ouvrière.

« Les ouvriers, ou du moins beaucoup d'entre eux, ont acquis, après mille blessures, une amertume presque inguérissable qui fait qu'ils commencent par regarder comme un piège tout ce qui leur vient d'en haut, surtout des patrons ; cette méfiance maladive qui rendrait stérile n'importe quel effort d'amélioration ne peut être vaincue sans patience, sans persévérance. Beaucoup de patrons craignent qu'une tentative de réforme, quelle qu'elle soit, si inoffensive soit-elle, apporte des ressources nouvelles aux meneurs, à qui ils attribuent tous les maux sans exception en matière sociale, et qu'ils se représentent en quelque sorte comme des monstres mythologiques. Ils ont du mal aussi à admettre qu'il y ait chez les ouvriers certaines parties supérieures de l'âme qui s'exerceraient dans le sens de l'ordre social si l'on y appliquait les stimulants convenables. Et quand même ils seraient convaincus de l'utilité des réformes indiquées, ils seraient retenus par un souci exagéré du secret industriel ; pourtant l'expérience leur a appris que l'amertume et l'hostilité sourde enfoncée au cœur des ouvriers enferment de bien plus grands dangers pour eux que la curiosité des concurrents. (S. WEIL. La condition ouvrière.)

 

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 07:14

AFRIQUE, UN CONTINENT AU DESTIN SINGULIER.
IMAGES ET PENSÉES,

HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN  (2)

Afrique, continent aux mille paradoxes
Aux mille handicaps

Comment accumule-t-on autant de blessures anciennes et nouvelles ?

Le continent, de tous le mieux doté par la nature en ressources naturelles et en richesses humaines, est aussi le dernier depuis 60 ans !
L’Afrique est bien le continent le mieux loti en ressources naturelles.
Elle détient 9,3% des réserves mondiales de pétrole, 8,1%de celles du gaz naturel, 7,2% des réserves de charbon, 22,6% de l’uranium et le tiers des hydrocarbures, mais aussi,30% des réserves de minerais de la planète…
Cependant, l’Afrique ne représente que 1% de la production mondiale de produits industriels et n’assure que  3% du commerce mondial.
Le continent  apparait ainsi comme un géant en ressources naturelles et un nain en produits manufacturés.

 

                                      (Atlas de l’Afrique, Les Editions du Jaguar)
Niveau de vie, IDH (Indice de Développement Humain)

Le sous-développement n'est pas l'apanage des plus démunis. Des pays riches en matières premières, comme l'Angola, la RD Congo ou la Côte d'Ivoire, mais victimes de crises majeures, apparaissent dans le bas du tableau de l'IDH.

Le continent offre un aspect très hétérogène sur le plan du développement humain. Nombre d'États subsahariens accusent d'importants retards par rapport au reste du monde, tant sur le plan sanitaire qu’éducatif.

                                                                                       (Idem)

Un continent riche/sous-développé

Toutes les publications officielles, toutes les statistiques, celles de la Banque mondiale, du FMI, comme des Nations-unies, tous les IDH (Indicateurs de Développement humain) mettent en exergue ce dernier rang régulièrement occupé par les États africains.
Tous les regards et conclusions des spécialistes ou des analystes concordent sur cet aspect, mais l’explication rationnelle de ce phénomène diverge souvent quelque peu.

 

 […]

Reste que son passé en a fait trop longtemps un continent de ténèbres, par les crimes qui s'y commirent. Après la longue nuit des traites négrières qui dépeuplèrent l'Afrique pour peupler de diaspora Amériques et archipels divers, prit place la parenthèse de la colonisation, quand, à la toute fin du 19e siècle, un continent entier passa aux mains d'un autre. L'Europe ne resta pas longtemps propriétaire des terres noires, mais l'événement légua un lourd passif, qui aujourd'hui encore obère l'économie du continent, l'imagination de ses élites, et mine les sociétés du monde par son héritage raciste.

C'est aussi parce qu'aujourd'hui l'Afrique rattrape son retard démographique, tout en tardant à mettre en place une économie pérenne qui ne reposerait pas sur la dilapidation de ses ressources, qu'elle inquiète. Elle doit de toute urgence se réinventer des futurs, les décliner de manière autonome, oser les défendre. Car elle sera demain au centre de toutes les attentions. Continent qui aura le moins contribué au réchauffement climatique, elle sera celui qui en souffrira le plus.

[…]

(L. Testot, Sciences Humaines, Hors série n°8)

 

Il est d’autres handicaps qui complètent ces tableaux et statistiques des plaies du continent : la carence de l’éducation, l’insuffisance chronique de la production alimentaire, de la santé et dans bien d’autres domaines.
En effet, l'Afrique indépendante se caractérise notamment par un déficit alimentaire qui en fait la région du monde la plus touchée par la malnutrition. Seuls quinze États (sur 54) assurent à peu près convenablement leur autosuffisance alimentaire et, sur ces quinze, six sont pleinement autosuffisants. Les trente-huit autres sont, à des degrés divers, obligés de recourir tous les ans au marché mondial pour la nourriture quotidienne de leurs populations. (Le Sénégal, dont le riz constitue l'aliment de base, importe chaque année 80% de sa consommation). Là réside sans nul doute le premier obstacle au développement.
La démographie fait aussi partie de ces paradoxes africains.
L’Afrique est incontestablement le continent de la fertilité des femmes : richesse qui n’est pas sans un pendant problématique.

La démographie, autre goulot d'étranglement

« L'Afrique a atteint le milliard d'habitants au cours du premier semestre 2009, selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Ce même organisme prévoit pour le continent une population de deux milliards en 2050 et quatre milliards pour 2100.
Certes, même avec son milliard d'habitants, l'Afrique demeure un continent sous-peuplé (trente habitants au kilomètre carré contre cent vingt pour l'Europe). C'est le continent qui enregistre le taux de mortalité infantile le plus élevé, tout en détenant en même temps le record mondial de fécondité et de jeunesse de la population. Si un homme sur dix dans le monde était africain en 1950, en 2009, un homme sur sept est africain, et, dans quarante ans, un homme sur cinq sera africain. La population du continent aura ainsi doublé en un siècle.
Si l'unité de mesure de la puissance est désormais le milliard d'habitants, peut-on assurer aujourd'hui que le milliard africain constitue, en l'état, un salut assuré pour ce continent ? Le taux élevé de fécondité est à la fois cause et conséquence de la pauvreté. Si les enfants africains restent les plus vulnérables, les moins scolarisés, les moins formés et les moins qualifiés, si beaucoup parmi eux n'ont d'autre horizon que la rue, la mendicité et la misère, une fécondité aussi élevée se justifie-t-elle ? Le milliard d'Africains doit-il se résoudre à devenir un milliard d'analphabètes et de nécessiteux écrasés par la misère ?
Selon le professeur Jean-Robert Pitt,
il n'est de richesse que d'hommes et de femmes instruits, imaginatifs... Et selon l'adage africain, ce n'est pas la richesse qui fait l'homme, mais l'homme qui fait la richesse. Adage sensé, combien généreux et humain. Mais il faut surtout des hommes et des femmes libres et épanouis, heureux de vivre.
Il y a eu en Afrique une croissance de la production agricole de 2,6 % par an entre 1970 et 2007, mais elle a été annulée par celle de la population qui, dans la même période, s'est élevée de 2,7 %. »
 (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa)

Des idées, des potentialités, babyfoot en carton

« Et la jeunesse est une belle promesse de futur !

La moitié de la population africaine est âgée de moins de vingt ans. L'Afrique subsaharienne est de loin la région la plus jeune du monde. 44 % de sa population a moins de quinze ans ! Contre 30 % en Asie et en Amérique latine, et à peine 16 % en Europe.
Cette jeunesse nombreuse constitue un gisement inépuisable de potentiel, de dynamisme, de génie créatif. Les principales villes africaines regroupent en leur sein ces "petits débrouillards" de la récupération, véritables génies en puissance, qui, avec pour seuls outils leurs mains et leur cerveau, accomplissent des merveilles avec des bouts de ferraille, de chiffon, de pneu ou de bois.
Sans doute plus que partout ailleurs les femmes représentent pour l'Afrique ce capital d'avenir qui porte le futur à bout de bras. Ce potentiel de dynamisme et de souffle novateur, lié à celui d'une jeunesse, la plus disponible au monde, est encore plus prometteur que les fabuleuses richesses matérielles que recèle le continent. » 
(Idem)

L’indépendance avait-elle dans ses objectifs, de faire de la Méditerranée le plus grand cimetière de jeunes Africains, en ce début de 21e siècle ? Ou de faire de l’Afrique la dernière des régions du monde ?
En tout état de cause, tout projet de développement qui n'intègre ni le facteur démographique, ni la condition de la femme, ou encore l’éducation de la jeunesse, sera irrémédiablement voué sinon à l'échec, du moins à une inefficacité paralysante.

 

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 14:48

 

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (3)

Aide internationale au développement
ou

Aide à la pérennisation du sous-développement en Afrique ?

Si, pour les pays étrangers riches et développés, l’attrait des ressources naturelles semble constituer le mobile unique de la ruée vers l’Afrique en ce début de 21e siècle, que doivent logiquement attendre les populations pauvres de ce continent ?
« Le monde se presse aux portes du continent. »
(
Le Bilan du Monde, édition 2019).

Cet afflux vers l’Afrique doit-il signifier pour ses habitants, un surcroît de pauvreté ou de misère ?
Il appartient, en toute logique, aux dirigeants des pays africains d’en fixer le cap en faveur des populations et des États. Ce sont eux qui doivent fixer les règles dont le respect scrupuleux fera que cette ruée permette à chacune des parties d’en tirer la juste répartition.

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin aujourd’hui ?
    Quelles sont les priorités en matière de bien-être des populations et de développement ?

Ces besoins devraient apparaître en toute clarté et être méthodiquement exposés lors des rencontres : des « Sommets » ou de visites de dirigeants étrangers par les responsables des États africains.
L’Afrique a-t-elle aujourd’hui besoin d’être nucléarisée, comme il fut indiqué lors du récent Sommet Russie-Afrique de Sotchi ?
Il est étonnant, à cet égard, que l’on n’ait aucune réponse claire venant des dirigeants du continent.
Ces  face à face devraient être l’occasion d’égrainer les besoins vitaux du continent africain qui sont quasiment les mêmes depuis les indépendances : santé, école, éducation, formation, infrastructures…
Qui peut, qui doit le faire en dehors des responsables africains ?
Lequel de ces pays développés, qui cherche à renforcer son développement et son niveau de richesse, a pu se hisser à ce niveau, en négligeant ces vecteurs essentiels du développement ?

L’illettrisme est une infirmité

Quel pays, en Europe, en Amérique, en Asie… a pu émerger et sortir du sous-développement en piétinant l’école, en foulant au pied l’éducation, et en ignorant la formation des jeunes et des adultes ?
C’est précisément à ce niveau que se situe aujourd’hui, la différence entre les pays développés et les pays africains en voie de développement.
Il est curieux d’entendre des responsables africains discourir à longueur d’année sur le développement, tout en ignorant les conditions indispensables qui mènent à l’émergence.
Cependant, on ne peut nier le fait que les États africains ont bénéficié, depuis leurs indépendance, d’une aide accordée par de nombreux États européens, américains et asiatique, au titre du développement.Malheureusement, cette aide internationale, bilatérale ou provenant d’organismes divers, à depuis toujours, souffert de quelques vices qui limitent singulièrement sa portée ou son efficacité réelle.Pire, l’exploitation effrénée des ressources naturelles de l’Afrique par ces mêmes puissances étrangères, amène à un autre paradoxe : ce sont les pays pauvres qui financent les pays riches !
(Voir blog,  
http://ti.diak.over-blog.com/article-afrique-aide-au-developpement-ou-au-sous-developpement-116470837.html ).

Jeunes migrants en perdition
Que de Mozart et d’Einstein qu’on assassine !

 

Pourquoi partent-ils ?

—Parce que leur pays est trop riche en ressources naturelles ?
—Parce que leur pays connaît un taux de croissance à 2 chiffres plusieurs années de suite ?

Où vont-ils ? Qui les attend ?
Sont-ils instruits, formés ? Par qui ? Comment ?

Les responsables de leur pays les voient-ils partir ?
Que font-ils pour les retenir ?
Les pays étrangers, riches et développés, qui sillonnent l’Afrique à la recherche de richesse et qui « aident l’Afrique à se développer », sont-ils informés de cette situation ? Que font-ils ? Que proposent-ils ?

Parmi ces déshérités qui fuient leur pays, des « bacheliers analphabètes » qui — si la chance leur sourit après la traversée de la mer, des dangers — pourront pour vivre un temps, ou longtemps, obtenir un emploi  d’ auxiliaire éboueur, dans une ville de France ou de Belgique.

Au-delà de l’aide matérielle que les pays développés accordent aux États africains, il est une autre forme d’aide, tout aussi précieuse pour le continent : c’est l’initiation à la « démocratie », dans la gestion des affaires du pays (la gestion saine), de même que la responsabilité individuelle et collective : l’apprentissage de la démocratie par le bas (la démocratie ne se limitant pas au seul vote).
À cette fin, les relations entre dirigeants étrangers et responsables africains, à l’extérieur comme à l’intérieur du continent, ne doivent plus apparaître comme un perpétuel « huis-clos » entre ces deux parties.
Toutes les décisions prises lors des « forums » réunissant dirigeants des pays développés et dirigeant africains, toutes les sommes octroyées pour l’aide, de même que tous les projets ou programmes de développement, doivent faire l’objet — par les soins du gouvernement — d’une large diffusion auprès de la population.
Le but étant que les citoyens  soient  informés, et sachent dans le détail, les démarches, les actions mises en œuvre pour que les objectifs soient atteints.

Si ces projets et programmes atteignent leurs objectifs, que ce soit précisé. Si, au contraire, c’est un échec, qu’ils en soient également informés et que chacun sache la raison et les conséquences éventuelles de cet échec : quelle leçon en tirer ? Quelle démarche de remédiation proposer ?

Cette façon de faire stimulera l’intérêt de la population pour la bonne gestion de la chose publique, condition de la bonne gouvernance.

Si par ailleurs l’illettrisme est une infirmité, l’Afrique est incontestablement le continent qui abrite le plus grand nombre d’infirmes au monde. En conséquence, le taux d’analphabètes est le plus élevé et celui de la scolarisation des enfants est le plus faible au monde.
Dans certains États (en Afrique de l’Ouest et Afrique sahélienne notamment), ces taux voisinent les 70% voire d’avantage.
Le taux de scolarisation fluctue entre 13 et 30% selon les États et les régions.

L’École !

Si quelques petits Africains ont, aujourd’hui, la chance de fouler la cour d’une école, c’est souvent grâce à la bienveillante sollicitude d’ONG, ou d’associations étrangères diverses. Mais ces âmes généreuses savent-elles ce qui y est enseigné et comment, ou s’en soucient-elles seulement ? Car une école, ce ne sont pas que des murs et des fenêtres, si luxueux et modernes soient-ils. L’école n’est pas non plus un lieu de dressage de petits d’humains, l’enseignement n’est pas non plus un dresseur de fauves, armé d’une chicotte ou de bâton, face à des enfants terrorisés.
L’école est au contraire le lieu de l’épanouissement individuel et collectif, celui de la formation rigoureuse et bienveillante, de la pensée libre, de l’indispensable esprit critique (sans lequel on demeure à jamais esclave de la pensée construite par d’autres, ainsi que du fatalisme).
école est enfin le lieu de la socialisation par excellence, de l’ouverture aux autres, au monde et à soi, bref, la formation d’êtres libres et pensants.
(Voir blog, article de mon blog : Afrique : principales entraves à l’émergence (7articles)).

Le développement naît du cerveau et de la volonté

En tout état de cause, l’Afrique ne sortira du sous-développement, il n’y aura émergence que par la seule volonté des Africains.

« Quand l'aide internationale mène au naufrage d'un continent.

L'épanouissement d'une société se mesure aussi à l'aune de sa santé et de son niveau d'éducation.

L'état de santé et le niveau culturel font ainsi partie des tous premiers éléments d'appréciation de l'épanouissement d'une population. Ce sont de loin les facteurs et les conditions du développement et apparaissent en tant que tels comme les axes prioritaires de l'action de tout État qui aspire à un développement véritable et à l'épanouissement de ses populations.

Depuis les années 1960, beaucoup de discours ont été entendus, beaucoup de colloques organisés sur les thèmes de la santé et de l'école en Afrique. Quel en est le bilan aujourd'hui ? Quelle incidence de l'aide internationale observe-t-on sur ces secteurs vitaux, tel qu'il est possible de l'évaluer ?

L'Afrique de l'an 2000 se porte-t-elle mieux que l'Afrique des années 1960 ? ». (Tidiane Diakité, L’Afrique et l’Aide ou comment s’en sortir ?, L’Harmattan, 2002).

Pour les bonnes volontés et les âmes charitables de l’extérieur (il y en a), qui se penchent généreusement au chevet du Grand malade africain, il est indispensable d’acquérir un minimum de « science », ou de connaissance des besoins et des réalités intimes de ceux qu’on veut aider dans leur marche vers l’émergence, ceux qu’on veut aider à parvenir au stade de l’autonomie dans les domaines vitaux de l’existence, afin qu’ils parviennent à la maîtrise de leur destin.

« Comment aider ?

Ceux qui ont l'épiderme sensible dès qu'on évoque les carences de l'Afrique et qui rendent l'Occident responsable de tous les malheurs de ce continent lui rendraient un insigne service en réagissant face à la saignée financière qu'il subit, à son pillage systématique et continu, ainsi qu'à la spoliation des peuples par les Africains eux-mêmes comme par les étrangers. L'Afrique n'est pas pauvre, on l'appauvrit.
Il n'est nullement question d'absoudre les pays étrangers qui organisent le pillage de l'Afrique ou y participent. Mais crier unilatéralement et continuellement haro sur ces derniers masque les responsabilités internes et retarde d'autant la recherche des moyens de juguler l'hémorragie. L'enjeu essentiel, c'est investir en Afrique l'argent produit en Afrique, valoriser les richesses qui y sont également produites, afin d'assurer les conditions du développement.
Il est une pratique peu abordée, s'agissant de l'aide au développement, et dont l'examen permettrait cependant de constater que les ressources financières de l'Afrique aident plutôt paradoxalement à la prospérité économique des pays développés. Il s'agit des sommes colossales, massivement investies en Europe et aux États-Unis par des Africains, chefs d’État, responsables politiques de tous rangs ou personnalités privées — sommes acquises honnêtement ou non. »
(Tidiane Diakité, 50 ans après l’Afrique, Arléa, 2011).

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 08:51

 

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (2)

Afrique, la nouvelle donne
La nouvelle ruée vers le continent
Pourquoi l’Afrique ?

Qui vient ? Pourquoi ?

Revue de troupe

Situation irréaliste, impensable il y a seulement deux ou trois décennies : des nations qui semblaient ignorer le chemin du continent africain, tant cette région était fermée aux vues étrangères, barricadée derrière des murs dressés depuis le milieu du 19e siècle, tenue de main de maître par ses occupants, conquérants colonisateurs et dominateurs qui y régnaient comme sur une chasse gardée, fermée à toutes les autres nations du monde.

L’Afrique aux quatre vents

La Chine est pionnière sur le continent depuis les années 1980, non comme touriste en quête d’exotisme facile, mais en quête de relations fructueuses pour sa nation, et surtout pour se muer en partenaire qui voit loin, au-delà du continent africain, lequel apparaît alors comme un tremplin pour la conquête des plus hauts sommets du monde.

Les Chinois sur le terrain
    Savoir et savoir-faire
    Une maestria insoupçonnée

D’emblée, dès le début des années 2000, la Chine apparaît comme une voix autorisée en Afrique. À force de finesse diplomatique et psychologique, elle s’est glissée dans les lieux de pouvoir, amenant les responsables africains à lui dérouler, partout, le tapis rouge.
Elle ne mit pas longtemps à « consoler » ces derniers du départ (de l’abandon ?) de leurs partenaires français et britanniques.
De fait, rapidement, les Chinois sont arrivés et ont rempli le vide laissé par les premiers occupants européens, avançant méthodiquement, mais résolument, essaimant sur le continent dans ses moindres interstices, de l’est à l’ouest, du nord au sud, sans coup férir.

(Photo de Paolo Woods dans Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique)

La Chine sur le toit de l’Afrique

La Chine est sans aucun doute la première puissance étrangère à pourvoir une diplomatie qui amène les responsables africains à lui manifester autant de sympathie en lui accordant autant de facilité d’action, au point d’amener des observateurs hier, mais aussi aujourd’hui, à affirmer que « la Chine a enterré la Françafrique ».

 

(Photo de Paolo Woods dans Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique)

Tout un symbole !
Heureux comme un Chinois en Afrique

 

Le président du Nigéria, Olusegun Obasanjo s’adressant au président chinois Hu Jintao, à Lagos en avril 2006 : « Nous souhaiterions que la Chine dirige le monde ! Et quand ce sera le cas, nous voulons être juste derrière vous. Quand vous allez sur la Lune, nous ne voulons pas être laissés derrière, nous voulons être avec vous. »

Faut-il perpétuellement un Tuteur à l’Afrique ?
    À quand l’indépendance ?

Si des nations d’Asie, mais aussi d’autres régions, suivent la voie tracée par la Chine, chacune d’elles a ses motivations, plus ou moins avouées, mais toujours intéressées.
Le Japon a ainsi des visées sur le continent africain en rapport avec le présent et le futur.

Un nouveau sur le continent mais avec des ambitions avouées

Le nouveau directeur des Affaires africaines au Ministère japonais des Affaires étrangères, Katsu Mi Hirono, annonce d’emblée :
« À l’heure où le marché japonais se rétrécit, l’implantation sur le continent est une question de vie ou de mort pour les firmes japonaises. Il reste encore à définir jusqu’à quel point l’État peut les accompagner. Il faudrait aussi que les entreprises changent en partie leur modèle et deviennent globales au sens propre du terme. Pour cela, il est nécessaire qu’elles emploient des étrangers pour s’appuyer sur leurs expertises. Dans les entreprises japonaises, un changement de culture s’impose, sans quoi elles ne pourront pas survivre. »
Pour lui « Une collaboration avec la Chine n’est pas exclue, mais certaines conditions doivent d’abord être réunies. »
(J.A. n° n°3056)

 

La Turquie, elle non plus n’est guère insensible au continent africain. C’est donc chargée d’ambitions et de raison qu’elle prend place parmi les nations de la ruée.
La presse a fait un large écho de la tournée africaine du président Erdogan :
« une tournée africaine particulièrement chargée, en visitant pas moins de quatre pays : l’Algérie, le Sénégal, la Mauritanie et le Mali. De quoi placer un peu plus les pions turcs en Afrique, continent sur lequel le pays est déjà bien présent. » (JA)

 

La Suisse n’est pas en reste. Petit pays par la superficie, mais grandes ambitions économiques et géopolitiques, elle joue crânement sa partition en Afrique, comme les autres.

« En Suisse, comme dans de nombreux autres pays développés, le secteur privé suit de très près la situation économique de l'Afrique. "Il y a de très bonnes occasions à saisir sur le continent", commente un banquier genevois. En particulier pour des entreprises helvétiques, qui, en dehors des négociants en matières premières et des banquiers d'affaires, continuent dans leur très grande majorité de découvrir le continent et son immense potentiel. Signe de cet intérêt grandissant ces quinze dernières années, la valeur des investissements directs étrangers (IDE) helvétiques a triplé sur le continent depuis 2000, même s'ils ne représentent toujours que 1,2 % des IDE suisses à travers le monde.
[…]
Non seulement le secteur privé suisse multiplie les partenaires, mais aussi diversifie ses opérations. Longtemps concentré sur le primaire et le secondaire, il s'intéresse de plus en plus au tertiaire, les services en tout genre représentant plus d'un tiers des revenus générés par les exportations suisses en Afrique l'année dernière. Le tourisme et les différentes activités de transport et logistique connaissent les courbes de croissance les plus significatives, même si le domaine financier dans son ensemble pèse encore plus de 30 %. »
. 
(Jeune Afrique, n°3065)

 

Le grand et lointain Canada affiche sa présence et ses ambitions en Afrique

« C’est dans son sous-sol que les plus importantes découvertes de nouveaux gisements aurifères ont été réalisées ces dix dernières années. Plus de 79 millions d'onces ont en effet été mises au jour en Afrique de l'Ouest, et 5 milliards de dollars investis sur la même période, soit 10 % du total mondial des investissements dans l'exploration. Et pourtant, l'exploitation minière dans la région ne fait que commencer.

Une attractivité qui séduit particulièrement les compagnies minières canadiennes, comme Endeavour, Teranga Gold, B2Gold ou encore Iamgold. Tablant sur un coût de production de l'once tournant autour de 800 dollars, Endeavour souhaite porter la durée de vie de ses mines à environ dix ans. Mais celle-ci devrait même se prolonger au-delà : le groupe, qui a déjà découvert 5 millions d'onces ces cinq dernières années, vise en effet 10 à 15 millions d'onces dans les cinq prochaines.

 

Pour doper ses réserves, la compagnie minière entend investir quelque 45 millions de dollars dans l'exploration. "Nous allons poursuivre nos efforts dans ce domaine. Nous croyons dans le potentiel de la zone géologique du plateau birimien ouest-africain, souligne son PDG, Sébastien de Montessus. L'Afrique de l'Ouest se situe au troisième rang des régions les plus riches en ressources aurifères, derrière l'Australie et le Canada. Pourtant, des pays importants sont encore sous-explorés. Le Burkina Faso ou la Côte d'Ivoire concentrent seulement 35 % des découvertes dans la région, alors qu'ils représentent 60 % de la zone "birimienne".

En mars, Endeavour va franchir une nouvelle étape dans le déploiement de sa stratégie et consolider davantage son assise africaine avec l'entrée en production de la mine d'Ity, en Côte d'Ivoire. Il a investi 412 millions de dollars dans ce gisement, dont les réserves sont estimées à 2,9 millions d'onces.
Le groupe canadien réalise également de nouvelles acquisitions afin de devenir le premier producteur d'or du continent. »
(JA n°3030)

La liste de ces nations intéressées par l’Afrique d’aujourd’hui est longue, : de la Chine à la Russie, de la Turquie à Israël, du Canada à l’Inde…

En conclusion quelques observations sommaires

Toutes ces nations qui affluent vers le continent africain sont attirées par les richesses naturelles qu’elles exploitent ou mettent en valeur (du moins partiellement).

Pourquoi les pays africains eux-mêmes ne se chargeraient-ils pas de l’exploitation de leurs ressources et de leur mise en valeur, ce qui leur permettrait de se suffire à eux-mêmes en évitant de recourir à l’étranger pour leur développement ?
Cela étant, il ne saurait être question d’interdire aux pays étrangers de « 
venir faire des affaires en Afrique » ; les Africains en seraient les premières victimes en cette ère de mondialisation, qu’on souhaiterait cependant promotrice de paix et de concorde universelles.

Ces nations en arrivant sur le continent, affichent clairement leur intention : exploiter les ressources naturelles.
Pourquoi les dirigeants africains ne disent-ils pas clairement ce qu’ils attendent de leur présence et de leurs activités ? Quelles retombées pour les populations, le développement du pays ? Bref, faire que ce partenariat soit effectivement « gagnants-gagnant » et non « gagnants-perdant ».
Pourquoi aucun dirigeant de pays africain ne décide-t-il  de sommets Afrique… ?

 

 

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 09:22

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (1)

Qui vient ? Et pourquoi ?

Russafrique
(Jeune Afrique, n°3057 du 11 au 24 août 2019)

Le sommet Russie-Afrique, un symbole chargé de sens

Image ci-dessus insolite :
Les Russes viennent chasser sur les terres naguère chasse gardée des Occidentaux, principalement Britanniques et Français, qui semblent avoir déserté, de gré ou de force, ce qui fut hier, leurs plates-bandes consacrées, aujourd’hui piétinées par de nouveaux arrivants qui masquent à peine leur intérêt pour ce continent.
Mais, avant le Sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, en Russie, il y en eut d’autres. Ainsi le Sommet Japon-Afrique, qui a suivi le Sommet Turquie-Afrique, lequel fut précédé par les sommets Israël-Afrique, Inde-Afrique, de même que le Sommet Brésil-Afrique du temps du Président Lula.

Que viennent chercher les Russes en Afrique en ce début de 20e siècle ?

« La Russie a une image positive en Afrique. Elle est en concurrence avec les Occidentaux pour la crédibilité de ses informations.

[…]

Il semble que les informations estampillées "Russie" rencontrent un vif succès. Commentaire du chercheur français : "La Russie jouit sur le continent d'une image positive [qui la] place en concurrence avec les pays occidentaux, en particulier l'ancienne puissance coloniale française, pour la crédibilité et la popularité des informations qu'elle produit." »  Jeune Afrique, n°3057 du 11 au 24 août 2019)

Par ailleurs, et surtout

« En Russie les ressources du sous-sol ne sont pas inépuisables. Or l’Afrique regorge d’hydrocarbures et métaux… » (Idem)

Chine-Afrique
(
Jeune Afrique, n°3055 du 28 juillet au 3 août 2019)

La Chine en Afrique
     Gagnant-gagnant ?

La Chine est pionnière dans l’ouverture à l’Afrique et l’intérêt pour ce continent où elle a fait une entrée fracassante à la fin des années 1980 et où elle semble solidement installée désormais.
Après avoir pris la place des premiers occupants : Français et Britanniques, elle se heurte désormais aux nouveaux arrivants parmi lesquels les États-Unis, comme rapporté par « 
Le Bilan du Monde, Le Monde, hors série, édition 2019 » sous le titre :

« Le Monde se presse aux portes du continent

Certains dirigeants africains commencent à savoir tirer profit de la multiplication des acteurs qui se disputent le contrôle des routes commerciales et des ressources naturelles d'une région carrefour.

Le sourire éclatant du nouveau premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed : voilà le visage symbolique du changement intervenu en Afrique en 2018. A peine élu à la tête du deuxième pays le plus peuplé du continent (qui devrait compter près de 200 millions d'habitants en 2050), l'ex-militaire a opéré une "révolution", selon Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'université Bjorknes d'Oslo. Une révolution destinée à faire la paix avec ses voisins, restaurer l'Ethiopie dans son rôle de puissance régionale, mais aussi articuler le décollage de l'économie nationale avec un décollage de toute la partie orientale du continent. »

[…]

« La planète se presse aux portes de l'Afrique, de ses chefs d'Etat, de ses mines et de ses ports. A l'échelle du continent, cette "ruée" s'est faite plus rude. 2018 a aussi été l'année où la Russie a entamé une montée en puissance de son influence sur le continent, ancrée au Soudan, puis en Centrafrique, et avec des visées sur d'autres pays, notamment l'Angola. Cette intensification de la compétition s'étend à l'ensemble du continent, même dans sa partie la plus en retrait de ces transformations, en Afrique centrale. »

Une compétition qui en rappelle d’autres où les nations, engagées dans une compétition sans merci en Afrique ou ailleurs, faisaient courir de grands risques à la paix du monde.

Ainsi, selon la même publication :

« L'Afrique est aussi un terrain de compétition militaire. Les Etats-Unis, comme l'a révélé une enquête du magazine d'investigation américain en ligne Intercept, disposent désormais de 34 sites d'implantation sur le continent, parfois de simples locaux hébergés dans des bases locales. »

(Jeune Afrique, n°3055 du 28 juillet au 3 août 2019)

Si toutes ces puissances affichent leur volonté de profiter des ressources du continent africain, tout en promettant une coopération où chaque partie sera gagnante, peu ou prou, on ne peut s’empêcher de penser à ceux qui sont conviés à ces Sommets : les dirigeants africains, mais surtout de savoir ce que ces rencontres internationales apportent à un continent qui offre ce paradoxe connu de tout temps : « le paradoxe africain ».

Sur le sous-sol le plus outrageusement doté par la nature, vivent des hommes et des femmes parmi les plus pauvres de la planète.

Les nations initiatrices et organisatrices de ces Sommets le savent-elles ? Que proposent-elles pour tirer ces pays d’Afrique du sous-développement en accompagnant leur marche vers le bien-être par l’exploitation et l’utilisation de ces ressources aux fins d’un développement endogène ?

Ce « paradoxe africain » caractéristique de nombre d’États de ce continent est illustré comme suit dans L’Afrique en 2019, Jeune Afrique n°3024H du 23 décembre au 12 janvier 2019 :

« Alors que son sous-sol, le plus riche d’Afrique, était pillé, l’oligarchie congolaise s’enrichissait scandaleusement. Et laissait la population –près de 100 millions de personnes – dans la misère, et le pays sans infrastructures.
Résultat : les citoyens de la riche RDC ont un revenu par habitant parmi les plus faibles du monde. »

Si tant de pays étrangers accourent en ce début de 21e siècle, poussés par leurs intérêts et par les ressources naturelles du contient africain, voient-ils, constatent-ils ce paradoxe africain ? Quel remède proposent-ils ?

(Annick Le Douget, Juges, Esclaves et Négriers en Basse-Bretagne, 1750-1850. L’émergence de la conscience abolitionniste.)

Quel gain, quel dividende pour l’Afrique et ses populations ?

Afin de sortir du trou dans lequel l’histoire les a précipités depuis le 16e siècle, il incombe aux Africains d’aujourd’hui de rechercher les moyen de valoriser les fabuleuses richesses matérielles dont la nature a doté ce continent.

Pour ce faire, il faut sans doute réfléchir pour agir et réagir ; sans doute danser un peu moins et penser un peu plus.

L’Afrique est coutumière de ces ruées vers ses richesses. En effet, elle connut en particulier deux ruées qui ont changé à jamais le cours de son histoire : la première, du 16e au 17e siècle, où des puissances étrangères venaient arracher à leur sol natal des hommes et des femmes, dans la force de l’âge, pour la mise en valeur des plantations du Nouveau Monde. Cette première ruée (la mondialisation avant l’heure) aboutit au « partage » de l’Afrique, à l’initiative du chancelier allemand Bismarck, en 1885.

La seconde ruée fut l’œuvre de l’Europe en quête de terres nouvelles et de débouchés commerciaux : ce fut la colonisation, la domination et l’exploitation de l’Afrique jusqu’au milieu du 20e siècle.

NB : détail non dénué de sens : alors que le fameux partage de l’Afrique de 1885 était décidé et organisé par les seules puissances européennes de l’époque, parmi les nations organisatrices des sommets autour de l’Afrique, en ce début de 21e siècle, figurent des nations asiatiques.

(L’Histoire, numéro spécial 302S)

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 09:57

AFRIQUE, RÉVEILLE-TOI, LÈVE-TOI ET MARCHE… SANS BÉQUILLES (4)

L’éducation, le savoir, la culture, comme tremplin vers la Rédemption

« L’Afrique noire n’est pas maudite, parce qu’elle a des potentialités. En revanche, ce qui ne va pas, c’est l’image que l’on donne souvent de l’Afrique, le regard que l’on porte sur elle… » (La lettre de la CADE , n°155, septembre 2012).

Précisément, comment justifier ce paradoxe :  

  • l’Afrique aux énormes potentialités
  • l’Afrique et la mauvaise image
  • l’Afrique et le regard dévalorisant ?

D’autre part, malgré ces énormes potentialités, comment concevoir que les Africains continuent de tendre la main, à l’instar des mendiants professionnels ? Cette mendicité permanente contribue-t-elle à améliorer l’image du continent, et à changer le regard porté sur lui ?
À, quoi cela sert-il de posséder des ressources naturelles considérables si on n’est pas en mesure d’en profiter, et si on reste dernier de tous les palmarès mondiaux de développement ?
(voir article3).
Autre condition de la respectabilité : il faut que les Africains, à défaut de s’aimer, se respectent. Qu’ils ne s’aiment pas, soit ; sont-ils pour autant obligés de s’entre-dévorer ?
Il est indéniable que les Africains se détestent « fraternellement ».
N’est-ce pas là la vraie malédiction de l’Afrique ? Si les Africains ne s’aiment pas, et qu’ils s’entre-dévorent continuellement à la face du monde, comment les autres peuvent-ils les aimer et les respecter ?

–Qu’en pensent les Africains eux-mêmes ?
–Est-ce une fatalité ?

–L’Afrique est-elle condamnée à vivre sous le signe de la mauvaise image et du regard dévalorisant ?

Le déclassement historique de l’Afrique noire
     Des racines profondes
     Le passé et le présent

« Le défaut de culture écrite a été doublement déterminant dans le regard porté sur l'Afrique par le reste du monde (particulièrement l'Europe), par tous ceux qui croient qu'il n'y a pas d'histoire sans écriture, ni de civilisation sans histoire écrite. L'Afrique n'entre officiellement dans l'Histoire qu'au XIXe siècle, avec la colonisation, comme si cette date marquait l'apparition par génération spontanée de tout un continent et des êtres qui le peuplent (l'Afrique subsaharienne s'entend). Son histoire propre est niée, gommée ; il ne peut y en avoir faute de preuves écrites et lisibles. L'absence d'écriture a empêché la capitalisation de faits, de connaissances et de richesses culturelles enfouis au sein des siècles et des millénaires, et toute cette sagesse contenue dans l'oralité, « le verbe, la parole, le symbole, le rythme ». Cela explique un long piétinement des techniques et des savoir-faire ancestraux ayant subi les faiblesses et les limites de la mémoire humaine. On fait dater le début de l'histoire de la Chine de 1250 avant J.-C. environ, tout simplement parce qu'on a retrouvé les noms des rois Shang gravés sur des carapaces de tortues datant de cette époque – histoire rimant ainsi avec écriture selon les critères occidentaux.

Les progrès de la langue chinoise au début de ce XXIe siècle et son extension sur le monde vont de pair avec l'expansion économique de la Chine. De plus en plus d'écoles secondaires, en France et ailleurs en Europe, ont incorporé l'enseignement du chinois comme discipline d'excellence parce que langue écrite. Rien de tel pour l'Afrique où, à l'inverse, les langues ont tendance à décliner faute d'écriture. » (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, 2011)

De fait, du 14e au 18e siècle, l’Afrique noire brilla par son absence aux forums essentiels, matrice du progrès, des savoirs et de la pensée moderne. Elle fut ainsi absente aux premiers forums de l’écriture, à la passionnante aventure des chiffres, et, surtout, au puissant mouvement planétaire du papier.
Elle ne prit pas part non plus au partage du fabuleux et incontournable héritage gréco-romain. !

Restée au bord de la route, elle vit passer, vers d’autres régions du globe, à destination d’autres peuples et d’autres nations, les caravanes chargées de papiers, d’idées, de techniques… au long des siècles et des millénaires !

De la Chine, de l’Extrême-Orient à l’Extrême-Occident, en passant par l’Europe et cheminant jusqu’à l’Afrique du Nord, partout, le papier bouleversa les habitudes traditionnelles, en s’imposant comme le moteur du progrès et de la modernité. L’imprimerie de Gutenberg amplifia son impact, en l’enrichissant au centuple, en en faisant, sans conteste, l’incomparable outil de la culture, le véhicule premier de la pensée et du progrès.
Que serait le monde aujourd’hui sans le papier ?

Les routes du papier
de l’Extrême-Orient à l’Europe et à l’Afrique du Nord (Pierre-Marc de Biasi, Le papier. Une aventure au quotidien)

De l’Extrême-Orient à l’Extrême-Occident, le contournement de l’Afrique noire

Quelques étapes essentielles dans l’introduction du papier dans la vie des États et des sociétés.

« En inventant le papier, au IIIe siècle avant notre ère, la Chine s'est dotée d'un support aux capacités d'innovation si considérables qu'il lui a fallu à peine quelques siècles pour que sa culture écrite devienne la mieux diffusée et la plus puissante du monde, avec un demi-millénaire d'avance sur toutes les techniques en usage dans les autres nations. »

« Une grande partie de l'héritage intellectuel de l'Antiquité occidentale aurait sans doute été perdu si le papier, au VIIIe siècle, n'était pas devenu le support privilégié d'une nouvelle foi, l'Islam, monothéiste et multiculturel, qui, pendant un demi-millénaire, construit son identité en unifiant tous les savoirs de son empire, de l'Indus aux Pyrénées. »

« En entrant dans sa troisième ère, celle des moulins du Nord, le papier soude son destin à celui de l'Europe. Solidaire des aventures de la pensée, des progrès de la technique et des soubresauts de l'Histoire, il  devient acteur : il n'est plus seulement un support qui enregistre, mais un médium agissant, de la Renaissance à la Révolution. » (Pierre-Marc de Biasi, Le papier. Une aventure au quotidien)

L’Afrique noire ne fut pas non plus concernée par le mouvement des humanistes qui rénova la pensée du 14e au 16e siècle, pas plus qu’elle ne fut effleurée par les nouveautés de la pensée véhiculées par les philosophes du 18e siècle, lesquels éclairèrent le monde de leurs Lumières.
Elle ne fut pas non plus frôlée par Descartes et son « Cartésianisme » ni par Montesquieu et son « Esprit des Lois. »

 Mais, est-il trop tard pour les Africains pour tirer profit de ces mouvements de pensées et des savoirs, qui ont si profondément imprégné le reste du monde, et qui justifient leur avance sur les peuples restés au bord de la route de la pensée moderne, génitrice des sciences et des savoirs ?

Où en est-on aujourd’hui ?

 

 

Afrique du Nord : 6 pays ; population : environ 200 millions d’habitants

 

 

 

 

Afrique subsaharienne : 48 pays ; population : environ 1 200 000 000 d’habitants

 


Nombre de chercheurs par million d’habitants

Comment améliore-t-on l’image de l’Afrique noire ?

      L’Éducation et le savoir comme moyen d’ascension ?

En se persuadant que le livre, l’écriture et tout ce que s’y rapporte était l’affaire du Blanc, et ne concernait nullement le Noir (voir article 3), les rois de la côte africaine, qui s’opposaient aux Britanniques voulant leur intimer l’ordre de renoncer à la traite des Noirs, ont commis une faute grave, dans la mesure où beaucoup d’Africains, longtemps après eux, ont adhéré et adhèrent toujours à leur vision du livre qui est en fait le véhicule irremplaçable de la formation de l’esprit, à l’origine de tous les savoirs.
Aujourd’hui, repousser le livre et tout ce à quoi il permet d’accéder, c’est refuser le progrès, c’est faire le choix de rester pour toujours au ras du sol, dans les soutes de l’Histoire.

Le chercheur de terres à coloniser
Une suprématie technique et une logique d’expansion

Comment l’Afrique a-t-elle été dominée au 19e siècle par les Européens ?

Si le Blanc a dominé le monde au 18e siècle comme prétend ce roi nigérian, c’est parce qu’il a assimilé l’apport du livre, celui des chiffres, et s’est nourri, des années durant, des connaissances livresques, scientifiques, techniques acquises par l’éducation qu’il a reçue.
Ce sont sans doute là les raisons de la domination et de la colonisation du continent au 19e siècle.
En se persuadant et en persuadant que le livre et l’écriture étaient « choses » du Blanc, et que le Noir n’avait pas à s’en mêler, ils ont contribué à creuser le fossé entre le reste du monde et l’Afrique.
Quand les Européens ont voulu s’emparer de terres en Afrique, et coloniser ses peuples au 19e siècle, ils se sont servis d’instruments millénaires, sans cesse perfectionnés, ainsi mis à leur portée : la boussole, la règle, le compas, les cartes…  encore plus que du fusil.

En définitive, seuls les Africains sont, aujourd’hui, responsables de l’image de l’Afrique, et , seuls, ils changeront, ou non, le regard sur ce continent, pas seulement en Afrique, mais aussi en France, en Europe, et partout dans le monde.
Le veulent-ils ?

 

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 09:09

AFRIQUE, RÉVEILLE-TOI, LÈVE-TOI ET MARCHE… SANS BÉQUILLES (3)

Aide internationale à l’Afrique : pour le développement ou la pérennisation du sous-développement ?

( Dessin de Plantu)

L’aide destinée au développement
     Comment est-elle utilisée ?
     Comment aide-t-on ?

Préalable

Il convient d’avoir l’esprit clair sur ces deux points :

-les raisons ou motivations précises de l’engagement dans l’action d’aider.
-le choix : pourquoi l’Afrique et non une autre région du monde ?

Ce choix de l’Afrique est-il fait en connaissance de cause ?
Connaît-on ce continent, ou veut-on apprendre à le connaître ?

L’engagement d’aider l’Afrique doit-être fait en fonction de ces deux préalables.

S’il est indispensable d’élever les consciences africaines à la conviction que le développement ne s’obtient pas en dormant ou en dansant, que le développement ne vient pas des masses de billets de banque bien tassés, mais uniquement de la volonté de mériter le statut de pays émergent ou développé, il est tout aussi souhaitable que ceux qui s’engagent dans une action d’aide au développement de régions moins avancées soient assurés de leur fait : à savoir qu’aller en Afrique pour aider des peuples à se prendre en main afin de parvenir à un degré d’autonomie leur permettant de se passer de l’aide, est une véritable « mission ».
Par conséquent, aller en Afrique pour aider ne doit s’apparenter — en aucune manière — à une excursion exotique, ni à un safari ou safari-photo.

Cette double responsabilité, la responsabilité des aidés et celle des aidants, assurée, permet d’asseoir l’aide sur des bases sûres, qui la distinguent de l’assistanat ou de l’aide humanitaire.
Cette responsabilité des aidants : associations diverses, ONG, jumelage, est aussi valable dans le cadre de l’aide multilatérale (organismes internationaux) comme de l’aide bilatérale, de pays à pays.

Comment aide-t-on ?
     Les conditions fondamentales de l’aide efficace.

On ne va pas faire pour eux, chez eux, mais on va leur apprendre à faire, leur apprendre des savoirs et des savoir-faire chez eux, en accord avec leurs réalités propres, leurs besoins et souhaits exprimés.
Coordonner des actions entre association, coopérer, coordonner les projets, échanger les expériences, sont d’autres conditions pour une aide efficace.
À cette fin il pourrait être envisagé des rencontres régulières, ou au moins une rencontre dans l’année.

Ce « Forum des Associations d’aide » serait le lieu privilégié de ces échanges d’idées et d’expériences.

Nécessité de coordonner actions et projets

De même qu’il est hautement souhaitable d’échanger les expériences entre aidants, de même il serait souhaitable de se partager les différents domaines d’activités afin d’éviter les doublons et les chevauchements de projets. Ainsi, harmoniser les projets et programmes entre associations, mais aussi avec ceux des autorités locales (centrales ou régionales) constituerait un autre gage d’efficacité de l’aide.

Des vices persistants dans les méthodes et comportements

Le pillage de l’Afrique au moyen de la fuite des capitaux : les fameux « flux illicites », dénoncé depuis les années 1960, continue de coûter à ce continent des milliards de dollars par an ; somme qui serait bien utile au service du développement.
Le récent rapport de l’OCDE sur ce sujet confirme la survivance de ces procédés contraires aux objectifs de l’aide au développement et constituent un exemple évident de l’aide « 
à la pérennisation du sous-développement ».
Le rapport de l’OCDE, publié le 20 février 2018, rappelle ceux du même genre déjà périodiquement rendus publics, avec néanmoins pour ce dernier, le constat d’une aggravation ou amplification du phénomène.
Il s’agit, selon le chef de la division de l’OCDE chargé du développement, « de lutter contre un phénomène de détournement estimé pour le continent, à 50 milliards de dollars par an (40 milliards d’euros), alors que l’aide publique dont a bénéficié l’Afrique n’a pas dépassé 41 milliards de dollars en 2016.
Ce rapport ne manque pas de souligner «  la complicité d’élites africaines »  dans cette fuite des capitaux hors du pays et du continent.

Cet argent frauduleusement soustrait provient de plusieurs origines : profits (bénéfices) truqués de sociétés étrangères, comptabilité sciemment faussée, ou masquée pour tromper la vigilance des contrôleurs du fisc, argent frauduleusement placé à l’étranger par des responsables africains, trafics illicites de toutes sortes… bref, une véritable saignée que rien ne semble arrêter.
Le rapport de l’OCDE révèle quelques exemples d’actes frauduleux ou de pillage de ressources aux dépens de pays africains : « 
le détournement du pétrole fait perdre au Nigeria entre 3 et 8 milliards de dollars par an ; celui de l’or prive le Ghana de presque un tiers de sa production ; en 2014, la contrebande de tabac a amputé les recettes douanières  du Mali de 16,6milliards de dollars…
La pêche illicite, pratiquée notamment par la Chine et la Corée du Sud, prélevait en 2012 dans les régions côtières, entre 11 et 26 millions de tonnes de poisson, d’une valeur comprise entre 10 et 23 milliards de dollars…
 »
Or, tous les pays mis en cause dans ce pillage de ressources au préjudice des États africains sont aussi partie prenante de l’aide publique en faveur du développement de ce continent.

Les associations engagées dans l’aide au développement sur le contient pourraient-elles envisager une parade à ces pratiques, soit en mobilisant, en leur sein ,des cerveaux aptes à agir par leur formation et leurs compétences, soit en formant ou aidant à la formation de ressortissants du continent pour qu’ils jouent le rôle de contrôle, de conseil, pour préserver les richesses des pays, afin qu’elles soient mobilisées  au service exclusif du  développement ? 

Enfin, comment aide-t-on des populations analphabètes à 50 voire 70% ?

Le pire n’est pas que la population soit majoritairement analphabète, mais que certaines familles, voire certains responsable dans les différents États, marquent une indifférence ostensible à toute forme de savoir, à la scolarisation des enfants, des filles en particulier.
Il s’agit, pour l’essentiel, d’une tare qui remonte loin dans l’histoire du continent. Du temps de la colonisation, voire avant, le refus de l’école moderne (comme de tout ce qu’elle apporte) était assimilé à une forme de résistance à la domination européenne (politique, culturelle, religieuse…).
Dans certaines régions, certaines familles ou dans certaines cultures, ce refus persiste, parfois de façon inconsciente.
Mais avant la colonisation proprement dite du 19e siècle, des rois et des chefs étaient persuadés que le livre et la lecture étaient le fait des Blancs, et que les Noirs en étaient exclus par la volonté de Dieu.
Quand l’Angleterre, après avoir dominé la traite des Noirs durant tout le 18e siècle, prit la décision de mettre fin à ce trafic, c’est sur les côtes d’Afrique qu’elle se heurta aux résistances les plus vives de la part de rois africains. Ceux-ci s’opposèrent avec véhémence à cette décision qu’ils trouvaient incompréhensible et dangereuse. Quelques arguments parmi les plus instructifs de leur attitude sont significatifs.
Face à cette âpre résistance de rois africains, le Royaume-Uni passe par deux phases dans sa politique de persuasion : la rétribution des rois récalcitrants pour qu’ils arrêtent le commerce d’esclaves, puis en dernier ressort, la force, avec envoi de navires de guerre et de marins armés…
C’est pendant la première phase que Londres dépêcha des émissaires auprès des rois, chargés d’expliquer sa politique, afin de les persuader de son bien-fondé.

Certains propos sont dignes d’intérêt, d’abord parce qu’ils expriment
-la perplexité de ces souverains face aux arguments britanniques,
-mais aussi leur vision et une certaine philosophie, notamment la séparation entre ceux à qui était destiné le livre, les Blancs, et les autres, c’est-à-dire les Noirs.

Ce dialogue entre le roi de Bony (Nigeria actuel) et l’envoyé spécial du gouvernement britannique, le capitaine Crow en est l’illustration : « … Dieu Tout Puissant nous a faits ainsi [vous les Blancs et nous les Noirs]. Nous croyons que Dieu nous a faits tous. Il a fait que l’homme blanc sait lire dans les livres. Mais votre pays veut gouverner tous les pays du monde… »

Puis, face à l’insistance de l’envoyé britannique, et croyant se débarrasser ainsi de lui, le roi lui offrit deux jeunes filles destinées à la famille royale pour « laver le linge de la reine » d’Angleterre.

Cet autre souverain de la même région, le roi d’Abo, Obi Ossai (Nigeria), tient à peu près le même langage à l’envoyé britannique, non sans avoir souligné au préalable, les incohérences de Londres au sujet du commerce d’esclaves :

« Jusqu’à présent — dit-il — nous pensions que c’était la volonté de Dieu, que les Noirs soient les esclaves des Blancs qui lisent dans des livres qui ne meurent jamais. Les Blancs nous ont d’abord dit que nous devions leur vendre des esclaves. Si les Blancs renoncent à acheter, les Noirs renonceront à vendre. »
                                                                                                                       (Voir Tidiane Diakité, La traite des Noirs et ses acteurs africains, Paris, 2008)

Les associations qui œuvrent sur le continent dans le cadre d’un partenariat pourraient-elles être d’un recours face au chronique et alarmant constat du déficit scolaire en Afrique subsaharienne, notamment, la scolarisation des filles, et convaincre les familles (les pouvoirs publics aussi !) de l’absolue nécessité de l’effort en faveur de la scolarisation et de l’éducation, condition et socle de tout développement ?

 

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 09:15

AFRIQUE, RÉVEILLE-TOI, LÈVE-TOI ET MARCHE… SANS BÉQUILLES (2)

Aide internationale à l’Afrique : pour le développement ou la pérennisation du sous-développement ?

( Dessin de Plantu)

Le trop plein de secouristes, de médecins urgentistes  et de brancardiers au chevet du grand malade ? 
       Cacophonie et incohérences

L’Afrique serait-elle victime de l’impressionnant cortège de généreux volontaires pour l’aider à marcher sur ses deux jambes ?
Tous sont-ils mus par la générosité désintéressée, cette charité chrétienne ou cet humanisme militant, qui pousse vers le prochain en difficulté, pour lui tendre une main secourable, par pur altruisme ? La bonne aide, l’aide efficace, celle qui atteint immanquablement son but, est-elle fonction du nombre de mains secourables tendues ? Elles sont en effet nombreuses, diverses et variées, accourant de tous les horizons de l’hémisphère développé.
Ce sont :

des organismes internationaux : ONU, Banque mondiale, FMI, OCDE, Union européenne…

L’aide bilatérale de pays à pays, de pays développés à pays du Sud (Tiers-Monde)

Cette dernière catégorie comporte la plupart des pays développés d’Europe, d’Amérique, d’Asie : France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Canada, États-Unis, Japon, Chine, Suède…
Chacun de ces pays compte un ou plusieurs organismes spécifiques d’aide à l’Afrique.

Mais, le plus gros des contingents est fourni par les ONG, et les associations de « coopération décentralisée », qui ont un partenariat dédié à l’aide au développement, dans un ou plusieurs pays, régions, villes, villages d’Afrique. Mais, tous ont-ils l’ouverture d’esprit nécessaire, une connaissance suffisante des terres et des populations qu’ils vont aider ?

Les vices cachés de l’aide

De tous ces vices, le plus pernicieux, dénoncé depuis le début des années 2000 et qui persiste, est surtout le fait des pays les plus riches : c’est cette tendance à subordonner l’aide à des questions d’allégeance politiques, idéologiques, ou simplement d’intérêts privés ; à cet égard, il est instructif de rappeler le constat fait par l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan devant l’assemblée générale de cette Instance en 2002 :

« Les pays en développement ont transféré près de 200 milliards de dollars vers les pays développés au titre du service de la dette, du paiement des bénéfices et d’autres opérations qu’ils en ont reçus.
C’est la sixième année consécutive que les pays pauvres ont été des exportateurs de capitaux vers les régions riches…
 » (Note : Publication des Nations unies, 2004).

Par ailleurs, d’après un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « les donateurs ne coopèrent pas. Pendant la guerre froide, l’aide publique au développement (APD), était souvent consentie pour obtenir des avantages commerciaux dans les pays bénéficiaires ou pour récompenser des allégeances idéologiques au détriment des objectifs de développement. »

Manque de coordination et incohérences

Ce vice : le manque de coopération entre acteurs du développement, est imputable à tous les acteurs de l’aide et à toutes les catégories d’aide. Il est constaté en Afrique depuis les années 1960.

Dans le même pays, voire la même ville, chaque association, chaque ONG travaille dans son coin, jalousement, dans le secret, sans échanger avec les autres, ses outils, son savoir et ses expériences, même si elle travaille dans le même domaine d’activité que l’association d’à-côté : santé, agriculture, énergie, infrastructures, éducation…

Ce cloisonnement excessif des acteurs et des actions et ce chevauchement des programmes sont sans aucun doute préjudiciables aux bénéficiaires de l’aide, et de nature à contrarier l’action et les projets des autorités locales.
Parfois — un comble ! — les programmes d’aide des organismes internationaux préconisés par des « experts » sont non seulement en contradiction avec ceux du gouvernement local, mais aussi avec tous les autres acteurs de l’aide.
Ainsi, selon un rapport du PNUD sur l’efficacité de l’aide au développement, toujours dans la même période « 
quelque 40 donateurs ont exécuté 2000 projets distincts. Il s’en est suivi une situation de chaos […], qui n’a guère conduit à un développement durable. »
Le même constat (de chevauchement de programmes) est fait au Sénégal, au Ghana, au Mozambique, en Ouganda, et dans bien d’autres pays d’Afrique.

Qui aide-t-on ? Pour quelle finalité ?

L’ancien président de la Banque mondiale, James Wolfensohn écrit :
« 
Depuis 1992, plus de 400 000 projets de développement distincts étaient exécutés dans le monde […]. C’est ridicule. Nous ne coopérons pas. Nous ne coordonnons pas nos activités. Nous ne tirons pas parti des expériences des autres et, dans certains cas, nous ne tirons même pas d’enseignement de notre propre expérience. »

 

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 08:47

AFRIQUE, RÉVEILLE-TOI, LÈVE-TOI ET MARCHE… SANS BÉQUILLES (1)

Aide internationale à l’Afrique : pour le développement ou la pérennisation du sous-développement ?

Au secours l’Europe !

Aux généreux acteurs de l’action de développement en Afrique

Rappel : des propos anciens, encore d’actualité

« Des experts d'organismes internationaux, ceux du Fonds Monétaire International (F.M.I.) ou de la Banque Mondiale, font certes état d'un "léger mieux" dans certains secteurs de l'économie des États africains : balance commerciale, redressement financier... Or, toute analyse de l'état actuel des pays d'Afrique, toute projection sur l'avenir de l'Afrique noire qui ne prendrait pas en compte la dimension humaine des problèmes de ce continent aurait sur les consciences africaines l'effet d'un tranquillisant, agréable peut-être mais dangereux parce que de nature à anesthésier la réflexion en oblitérant le jugement sur les réalités profondes spécifiquement d'ordre structurel.

[…]

Tous ceux qui avaient cru que l'indépendance allait permettre à l'Afrique noire de relever le défi des siècles sont déçus. Cette indépendance semble au contraire pour l'instant signifier une descente lente et sûre au fond des abîmes de l'histoire des peuples.

Si, au lendemain des indépendances, l'Afrique apparaissait comme un bébé apprenant à marcher, après un quart de siècle [ 58 ans en 2018] de souveraineté nationale, elle est en passe de devenir un paralytique qui ne marchera pas. L'Afrique noire n'est pas seulement malade de la sécheresse, elle n'est pas non plus seulement malade de la détérioration des termes de l'échange, elle est surtout malade de la mauvaise gestion, elle est malade de ses dirigeants et du mal gouvernement, malade d'elle-même.

[…]

"Servir ou se servir ?"

La corruption constitue la plaie la plus criante de l'administration africaine : on la retrouve partout, dans tous les pays d'Afrique et dans tous les services, au point qu'elle apparaît parfois comme une pratique institutionnalisée, ancrée dans les mœurs et dans les consciences.

Le fonctionnaire africain a tendance à considérer l'État (et le service d'État) comme une vache à lait productrice d'intérêts mirobolants pour affaires privées. Aussi est-il pratiquement impossible actuellement de traiter la moindre affaire, de se faire établir le moindre dossier dans aucun service de l'administration sans "graisser la patte" à ceux qui sont payés par l'État pour de tels services, à un niveau ou un autre. »  (Tidiane Diakité, L’Afrique malade d’elle-même.)

(Ouest France (21/11/2018))

Afrique, le continent des paradoxes

        Un continent généreusement doté par la nature

« La chance (ou la malchance) de l'Afrique, c'est d'être prodigieusement dotée des produits bruts les plus recherchés actuellement sur le marché mondial. Le premier d'entre eux, le pétrole, permet au continent d'occuper une des toutes premières places parmi les principaux producteurs et exportateurs, avec 11 % de la production mondiale. L'Afrique détient 9,5 % des réserves mondiales de pétrole et 8 % de celles de gaz naturel. Ce qui en fait une région géostratégique de première importance. Ce pétrole est assez équitablement réparti entre les différentes régions du continent.

La prospection et l'exploitation des hydrocarbures favorisent de nombreux investissements qui justifient la présence ainsi que les activités de nombreuses sociétés pétrolières étrangères. La prospection pétrolière et gazière connaît ainsi un mouvement de hausse continue depuis le milieu des années 1990 ; la production suit la même courbe ascendante, celle de pétrole passant de 7,4 millions de barils en 1986, à plus de 10 millions en 2006, et celle du gaz de 80 millions à 162 millions 400 000 tonnes au cours de la même période.

La multiséculaire image d'une Afrique regorgeant de richesses, d'or et de diamants est à peine surfaite. Le fait que les Chinois voient actuellement ce continent comme un nouvel eldorado, et que les Européens et les Américains tentent de conserver leurs positions acquises ou d'y reprendre pied, que les Indiens, Coréens, Brésiliens ou Japonais participent activement à cette mêlée n'apporte-t-il pas la preuve de sa richesse et des immenses potentialités qu'elle recèle ?

D'autres ressources naturelles contribuent également à faire de ce continent une région de plus en plus courtisée par les principales puissances du monde.

[…]

Et la jeunesse est une belle promesse de futur !

La moitié de la population africaine est âgée de moins de vingt ans. L'Afrique subsaharienne est de loin la région la plus jeune du monde. 44% de sa population a moins de quinze ans ! Contre 30% en Asie et en Amérique latine, et à peine 16% en Europe.

Cette jeunesse nombreuse constitue un gisement inépuisable de potentiel, de dynamisme, de génie créatif. Les principales villes africaines regroupent en leur sein ces "petits débrouillards" de la récupération, véritables génies en puissance, qui, avec pour seuls outils leurs mains et leur cerveau, accomplissent des merveilles avec des bouts de ferraille, de chiffon, de pneu ou de bois. » (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa.)

Seul manque l’aiguillon, qui les guide, les oriente, les soutient.

Le retour difficile des Ivoiriens de l’enfer libyen, Ouest France (21/11/2018)

Les naufragés de l’espoir

De généreux acteurs du développement par milliers

De toutes les régions du monde, l’Afrique subsaharienne est celle qui reçoit la part la plus importante de l’aide internationale au titre du développement. De toutes les régions du monde, c’est aussi celle qui concentre sur son sol, le nombre le plus élevé d’organismes et d’associations engagés dans des actions de partenariat avec des régions, villes, communes et villages, certains depuis plusieurs décennies.

Pour quels résultats palpables ?

Dans tous les palmarès annuellement publiés par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD),les pays d’Afrique ferment invariablement la marche : revenu,  scolarisation ,éducation, santé…, cumulant les indices de développent les plus mauvais.

Ainsi, sur le sous-sol le plus riche au monde, sont assis les hommes et les femmes parmi les plus pauvres de la planète.

Qui aide ? Comment aide-t-on ?

Et l’Homme ?

Éternel oublié de l’aide au développement en Afrique ?

Où est l’Homme dans les plans de développement ? Au centre, à la périphérie ? Oublié ? Absent ? Le connaît-on ? Veut-on le connaître ? Connaît-on son histoire passée et présente ? Connaît-on ses conditions d’existence, ses besoins vitaux (alimentation, santé, éducation, droits sociaux, liberté…) ?

Lorsque ces joyeuses équipes d’associations qui se rendent régulièrement sur le continent, dans le cadre de leurs projets de développement, et qu’elles croisent sur leur chemin des jeunes déshérités, perdus, fuyant leur pays et leur famille, les voient-elles ? Leur parlent-elles ? S’informent-elles des motifs de leur fuite ? En tirent-elles une réflexion qui éclaire leurs actions ? Comment aider un pays, un continent, en ignorant sa jeunesse, ses besoins, ses conditions d’existence ?

Cette fuite régulière de jeunes Africains vers d’autres horizons est-elle un signe de bonne santé du continent ?

Parmi les pays aidants, certains seraient-ils davantage intéressés par ce qui gît dans les profondeurs du sous-sol africain que par ceux qui vivent à la surface ?

Et l’évaluation ?

Ces centaines ou milliers d’acteurs engagés dans des actions de développement en Afrique depuis plusieurs décennies, évaluent-ils l’action menée ?

L’évaluation, c’est la mesure critique, objective de l’action accomplie, afin de vérifier la pertinence sur la durée, en vue de faciliter ou garantir le succès. Elle permet surtout de se situer dans le cheminement vers l’objectif fixé au départ. L’évaluation est ainsi l’occasion de procéder aux ajustements nécessaires, aux remédiations éventuelles.

Cette précaution permet d’éviter l’enlisement, la routine qui est toujours contre productive.

L’évaluation, qu’elle soit régulière ou périodique, formelle ou informelle, dès lors qu’il y a un objectif qui justifie l’action entreprise, est une nécessité. La finalité de toute aide au développement n’est-elle  pas d’amener ceux qui en sont les bénéficiaires, de se passer à terme de l’aide ? Sinon, on entre dans le cas de l’assistanat.

Pour les associations œuvrant dans la durée, vers un objectif défini, l’évaluation peut aussi consister à se poser cette question :

« Si nous arrêtions du jour au lendemain notre action, qu’adviendrait-il ? Pourront-ils préserver et faire fructifie ce qui a été déjà mis en place, acquis ou investi ? »

Les mêmes questions seraient posées aux bénéficiaires de l’aide et leur réponse ou leur point de vue servirait d’indication utile pour les aidants.

 

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