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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 08:52

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (2)

1789 : LE RÊVE BRISÉ

Au commencement étaient la séparation et l’inégalité

La longue marche continue

Pour les femmes, sans doute encore plus que pour les hommes, la révolution de 1789 fut un rêve immense. Le rêve d’une transformation radicale de leurs conditions d’existence, l’événement qui devait briser à jamais les chaînes qui les maintenaient rivées à la servitude intérieure et à la loi toute puissante de l’homme : le père, le mari, ou, à défaut, à l’homme à la tête de la famille.

Comment leur participation pouvait-elle manquer à cette manifestation qui devait changer le pays, ses mœurs, ses traditions et décider de leur avenir ? Le rêve des femmes rejoignait celui des paysans, soumis à l’arbitraire du seigneur, aux corvées, à l’impôt injuste… Ils voyaient la Révolution comme l’occasion unique de se libérer de cette vie de misère.

Alors, rien d’étonnant à ce que les femmes et les paysans soient de toutes les luttes aux côtés des révolutionnaires dès 1789, voire avant.

1789 : action et détermination

Les femmes au devant du mouvement révolutionnaire

« Elles immobilisent les voitures au milieu des rues, entourent et gardent les magistrats [royaux] qui sont regroupés toute une nuit. En 1789, elles sont les premières à se rendre à Versailles, symbole du siège de la monarchie absolue [en octobre 1789] pour ramener de force le roi Louis XVI et sa femme Marie-Antoinette à Paris. »

5-6 octobre 1789 : la marche des femmes sur Versailles

Un acte éminemment politique

Contrairement à ce qui est souvent dit ou écrit, la marche des femmes sur Versailles n’est pas motivée par le seul besoin de pain. Il s’agit d’un acte politique conscient. Les femmes souhaitent faire prendre conscience au roi [qui devient alors un Français parmi d’autres] de la situation réelle du pays et de la population. Comment peut-il le faire s’il reste enfermé à Versailles, au milieu de courtisans qui lui cachent cette réalité, le flattent ou le conseillent mal ?

Les femmes entrent ainsi de plain pied dans l’arène politique et ne la quittent plus. Avant, comme après Versailles, elles sont de toutes les manifestations, de leur initiative ou en association avec des manifestants, initiées par les hommes, car c’est pour elles, la révolution de tout le peuple français, sans distinction de conditions ni de sexe.

 

Mais, les hommes ne l’entendent pas de cette oreille. Pour eux, la révolution est un acte politique. Or, les femmes n’ont rien à faire en politique, en dehors de leur foyer où elles doivent demeurer. La seule participation attendue d’elles, c’est de tenir leur foyer, faire des enfants qu’elles élèveront dans les principes de la Révolution.

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.

Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Art. 5.  La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.  

Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. 

Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance. 

Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.  

Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.  

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Art. 12. La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

 Art. 13. Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. 

Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

Art. 16. Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.

Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Les premières fractures

Stupeur ! Ce texte fondamental, de régénération du pays, ne mentionne les femmes dans aucun de ses 17 articles ! Elles en sont profondément surprises et meurtries. Ne  font- elles  pas partie de la nation ? Elles se sentent rejetées par les hommes, méprisées. Même si mot « homme » revêt ici un sens générique, elles ne se retrouvent pas dans ce texte.

Les femmes demandent non pas qu’on leur donne des droits, mais qu’on leur rende leurs droits.

Quelques rares hommes cependant, parmi lesquels Mirabeau, dès le début du mouvement révolutionnaire, avaient souhaité que les femmes trouvent toute leur place aux côtés des hommes dans toutes les actions à mener.

Ainsi, pour Mirabeau : « Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution. »

D’autres vont encore plus loin et réclament l’égalité « pleine et entière » entre hommes et femmes. Parmi eux, Condorcet, pour qui « le principe d’égalité des droits, doit former le fondement de la Constitution ».

Mais ils étaient minoritaires, et le resteront.

la Constitution de 1791

Cette première Constitution de la France divise les Français en deux catégories de citoyens: ceux qui ont le droit de vote et ceux qui ne peuvent pas participer aux élections.

Ceux qui peuvent voter, sont ceux qui payent une somme d’argent (le cens) équivalent à  la valeur de 3 journées de travail: ils sont dits citoyens actifs.

Les autres, ceux qui ne peuvent payer cette somme sont interdits de vote : ce sont les citoyens passifs. De même que les femmes qui sont interdites de vote car elles ne sont pas citoyennes.

Cette division des Français en citoyens actifs et passifs est supprimée par la Constitution de 1793 qui donne le droit de vote à tous les hommes de plus de 25 ans, sans conditions de ressources. [Mais cette Constitution ne fut jamais appliquée].

1789. La première Constitution du pays ne fait pas des femmes des citoyennes : considérées comme mineures elles ne peuvent voter.

La surprise et l’incompréhension des femmes sont d’autant plus grandes qu’elles avaient été associées à la rédaction des cahiers de doléances décidée par Louis XVI, dans toutes les paroisses, avant 1789 (même si elles ne peuvent, lors de ces séances, qu’exprimer leurs avis et leurs doléances,la rédaction effective était assurée par des hommes).

Autre traitement que les femmes considèrent comme un outrage, l’interdiction qui leur est faite d’accéder aux assemblées publiques politiques (la politique étant une affaire d’homme), seules à certains moments, selon les circonstances, quelques « tricoteuses » pouvaient être admises aux assemblées, mais sans pouvoir d’intervention, ni de décision.

DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE  (1791 )

Extraits

PRÉAMBULE

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de la citoyenne :

Article 1 - La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à l’oppression.

Article 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme ; nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article 4 - La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article 5 - Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société ; tout ce qui n’est pas défendu par ces lois sages et divines ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

Article 6 - La loi doit être l’expression de la volonté générale : toutes les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation ; elle doit être la même pour tous ; toutes les citoyennes et citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article 7 -Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la loi : les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.

Article 8 - La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nulle ne peut être punie qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée aux femmes.

Article 9 - Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi.

Article 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers leurs enfants. Toute citoyenne peut donc dire librement : je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans des cas déterminés par la loi.

Article 12 - La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est conférée.

Article 13 - Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions des femmes et des hommes sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles, elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

Article 14 - Les citoyennes et citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique. Les citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’Administration publique et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôt.

Article 15 - La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Article 16 - Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. La constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction.

Article 17 - Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés : elles sont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

 

La séparation : les femmes s’affirment

De guerre lasse, les femmes, menées par des personnalités féminines d’exception, (au premier rang desquelles, Olympe de Gouges dont il sera question dans le prochain article), élaborèrent la « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne ». De même elles créèrent des clubs féminins (lieux de débats et d’élaborations de projets politiques tout comme au sein des clubs masculins). Certains de ces clubs féminins s’ouvrirent aux hommes et devinrent ainsi mixtes.

Club de femmes sous la Révolution française

"Discours prononcé à la Société de Citoyennes Républicaines Révolutionnaires par les citoyennes de la section des Droits-de-1'Homme en lui donnant un guidon sur lequel est la Déclaration des Droits de l'Homme.

Votre Société est un des éléments du corps social, et ce n'est pas le moins essentiel ; la Liberté trouve ici une école nouvelle; mères, épouses, enfants y viennent s'instruire, s'exciter mutuellement à la pratique des vertus sociales.

Vous avez rompu un des anneaux de la chaîne des préjugés, il n'existe plus pour vous celui qui, reléguant les femmes dans la sphère étroite de leurs ménages, faisait de la moitié des individus des êtres passifs et isolés.

Vous voulez tenir votre place dans l'ordre social, la neutralité vous offense, vous humilie. C'est en vain que l'on prétendait vous distraire des grands intérêts de la Patrie, ils ont remué vos âmes, et désormais, vous concourrez à l'utilité commune.

L'esprit public va croître plus sensiblement, les bonnes mœurs pourront renaître si les épouses des Sans-Culottes, jalouses de bien connaître leurs devoirs pour mieux les remplir, donnent aux petites maîtresses l'exemple d'une association dont le but salutaire est la vigilance et l'instruction.

Et pourquoi les femmes, douées de la faculté de sentir, et d'exprimer leurs pensées, verraient-elles leur exclusion aux affaires publiques ? La déclaration des droits est commune à l'un et à l'autre sexe et la différence consiste dans les devoirs; il en est de publics, et il en est de privés. Les hommes sont particulièrement appelés à remplir les premiers, la nature elle-même indique la préférence ; elle a réparti chez eux une constitution robuste, la force des organes, tous les moyens capables de soutenir des travaux pénibles ; qu'aux armées, qu'au sénat, que dans les assemblées publiques, ils occupent préalablement les places, la raison, les convenances le veulent, il faut y céder.

Les femmes au contraire ont pour premières obligations des devoirs privés, les douces fonctions d'épouses et de mères leur sont confiées mille objets de détails qu'elles entraînent consument une forte partie de leurs temps, leurs loisirs sont moins fréquents ; néanmoins il est possible de concilier, ce qu'exige impérieusement la nature, ce que commande l'amour du bien public. Après avoir vaqué à des occupations indispensables, il est encore des instants, et les femmes citoyennes qui les consacrent dans les Sociétés fraternelles, à la surveillance, à l'instruction, ont la douce satisfaction de se voir doublement utiles. '

Citoyennes, les clameurs des petits esprits que les nouveautés étonnent, le bourdonnement des envieux veulent déjà mettre des entraves à votre institution, répondez par le mépris, et poursuivez courageusement votre tâche : la liberté sourit à vos louables préventions, elle en conçoit le plus favorable augure. Déjà elle vous vit sous sa bannière partager ses principes, vos missions apostoliques préparèrent la mémorable Révolution du 31 mai, au milieu de son dernier triomphe. Sentinelles vigilantes, placées à des postes importants, vous les occupiez avec fermeté, intrépidité. Votre mission était délicate, il y avait des bienséances à observer, et votre zèle qui sut se contenir dans de justes mesures facilita nos succès. Courage, persévérance, braves Républicaines, rendez plus fréquentes vos cours Patriotiques. »

                                                Juin 1793

 

Les femmes assurent l’égalité en toutes choses

1789. Quel bilan pour les femmes ?

Au total, l’apport de la révolution de 1789 aux Françaises en ce qui concerne l’égalité hommes-femmes, fut des plus mitigés. Elles furent privées du droit de vote par la Constitution de 1791, comme par celle de 1793, au 19e siècle, par la Constitution de la Deuxième République qui, en 1848, établit le suffrage universel masculin. Les femmes sont toujours exclues du droit de vote jusqu’en 1944, après plus de deux siècles et demi de lutte acharnée.

Les paysans entre temps, ont obtenu le droit de vote depuis la Constitution de 1793. La Révolution, depuis le 4 août 1789, les a libérés des griffes des seigneurs, et en leur accordant le droit de vote, leur donna la possibilité d’accéder à la propriété de terres et au statut de citoyens propriétaires.

femme-sans-culotte

NB : Les Constitutions se suivent avec la même caractéristique : l’exclusion des femmes des élections.

En 1799, sous le Consulat, le droit de vote est accordé à tous les hommes de plus de 21 ans domicilié pendant au moins un an sur le territoire...

Toutes les Constitutions, jusqu'au XXe siècle, fermeront la porte des bureaux de vote aux femmes.

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 08:51

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (1)

Pourquoi une marche aussi longue et aussi difficile ?

 

2017 : l’état des lieux. Quelques étapes marquantes de la longue marche.

Le juste prix

Comment opérer des brèches dans la vieille muraille protégeant les millénaires citadelles masculines ?

On ne dira jamais assez l’importance du rôle des Françaises lors des deux conflits mondiaux : 1914-1918 puis 1939-1945.

Il fallut cependant attendre 1944 malgré l’ardeur combattive des suffragettes au lendemain de la 1ère Guerre mondiale pour que les femmes puissent enfin obtenir le droit de vote.

Les suffragettes à Paris en 1930

D’autres citadelles fermées à double tour, à prendre.

Quelques chiffres et dates simples fixent d'emblée le cadre de l'évolution de la condition féminine en France.

1944 : le droit de vote et d'éligibilité est enfin accordé aux femmes de par la loi, longtemps après les Anglaises (1918), les Italiennes, les Américaines..., les femmes turques.

1er vote des femmes en France, 1945

D’autres étapes

Mais après cet acquis décisif, qui aurait dû fort logiquement et implicitement faire tomber bien d'autres barrières érigées sur le chemin de la femme depuis Saint-Augustin, certaines portes sont restées obstinément fermées. Il fallut ainsi attendre 1965 pour que la femme ait le droit d'exercer une profession, d'ouvrir un compte en banque, vendre des biens sans le consentement du mari, 1967 pour qu'elle ait droit à la contraception, 1970 pour que l'autorité parentale se substitue à l'autorité paternelle, 1975 pour qu'elle ait le droit de choisir avec le mari le lieu de résidence. Et surtout, le droit à la contraception, la révolution Veil.

 

C’est en 1979 enfin que le viol est jugé en cours d’Assises comme un crime. Il faudra attendre 1980 pour que la loi interdise aux employeurs de renvoyer une femme de son travail parce qu’elle est enceinte, 1983 pour que soit proclamé l’égalité professionnelle : à travail égal, salaire égal. Or, le préambule de la Constitution de la IVe République stipule : La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. Enfin, la loi de parité est votée en 1999.

 

Et la qualification ?

Les résultats sont éloquents. En 1980, les femmes représentent 51% des diplômés en France ; ce pourcentage grimpe à 55 en 1997. Dorénavant, il ira crescendo et plus aucune barrière ne résistera à leur soif de compétences. Les vieilles portes verrouillées des temples masculins cèdent les unes après les autres : Polytechnique, École de l'Air, Navale, École des Officiers... Des écoles d'ingénieurs sont sorties 1345 femmes diplômées en 1980 contre 4375 en 1997 ; des Écoles supérieures de Commerce, 1490 en 1980 et 9433 en 1998 !

Les qualifications acquises à l'école et à l'université où les jeunes femmes réussissent mieux que leurs camarades masculins, permettent aux femmes de repousser graduellement la frontière des compétences et des possibles. Les filles font désormais des études plus longues et s'illustrent par de meilleurs résultats aux examens que les garçons. Elles étaient 81,2% en 1998 à obtenir le diplôme du baccalauréat ; ils n'étaient que 76,5%. Et les étudiantes se défendent plus qu'honorablement dans des cursus de haut niveau. Il y a aujourd'hui 120 filles pour 100 garçons dans l'enseignement supérieur. Cette réussite scolaire se traduit sur le plan professionnel par le fait qu’un quart des femmes actives détiennent un diplôme supérieur au baccalauréat contre un cinquième des hommes actifs, qui sont souvent plus diplômés de l'enseignement professionnel : CAP, BEP. Dans certaines professions très qualifiées, les femmes sont presque à égalité avec les hommes. .[« Les femmes dans la société française contemporaine ». Intervention à la journée d’étude CNEF/Conseil de l’Europe, 18 novembre 1999].

Le strapontin aux femmes ?

 

Et pourtant ! De plus en plus actives (47,6% de la population active en 1998 contre 41,7% en 1980 ; près de 12 millions en 1999 contre 6,5 millions en 1960) et de plus en plus qualifiées, les femmes peinent à trouver leur place aux côtés des hommes dans les lieux de pouvoir et de décision dont elles demeurent toujours écartées. Autre paradoxe, elles constituent le plus gros bataillon des chômeurs et des travailleurs assujettis au temps partiel non désiré. De façon générale, plus la population active du pays se féminise, plus les femmes sont davantage que les hommes victimes de la dégradation des conditions de travail et d'une paupérisation invisible et insidieuse qui compromettent leur plein épanouissement, notamment du fait de certains horaires de travail et de la précarité de l'emploi. Elles constituent moins de la moitié des actifs (45%) mais plus de la moitié des chômeurs, 51%. Ce chômage touche tout particulièrement les femmes jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans s'élève à 22% pour les hommes et à 32% pour les femmes. Et lorsqu'elles sont au chômage elles sont nettement moins indemnisées que les hommes (selon Madame Margaret Mariani, sociologue au CNRS). Dans ces conditions la trappe à pauvreté frappe surtout les femmes isolées avec enfant ou vivant avec un conjoint chômeur. Quant aux salaires, d'une manière générale, un constat s'impose : l'égalité républicaine est loin d'être acquise. En 1998, les salaires des femmes étaient inférieurs de 13% en moyenne à ceux des hommes ; ce chiffre approche les 30% en 2003 ; l'écart se creuse donc de façon significative et se prolonge au-delà de la période active. En effet, selon les récentes études de l'INSEE, le montant moyen de la retraite était de 1126 euros en 2001, avec une forte inégalité entre les hommes qui perçoivent 1461 euros et les femmes, 848.

Quant à l'accès aux sphères supérieures de l’État et de la société, alors que s'estompe l'image traditionnelle de la division des tâches entre hommes et femmes, apparaissent de nouvelles lignes de partage, que certains auteurs ont appelées « les nouvelles frontières de l'inégalité. » Pour les femmes, la frontière la plus redoutable est celle des lieux de pouvoir, qu'il s'agisse du pouvoir dans ses dimensions économiques, politiques ou administratives.

Dans le monde de l'entreprise, c'est un véritable paternalisme qui prévaut. L'accès des femmes aux postes de direction est un phénomène marginal. Dans les 5000 premières entreprises françaises, les femmes ne représentent que 7% des cadres dirigeants. L'investissement réussi des femmes en termes de qualifications ne leur assure pas un accès identique aux différentes positions professionnelles.

 

Et l’esprit de la Constitution ?

 

Et les droits égaux à ceux de l'homme dans tous les domaines comme formulé dans la Constitution ? Cela, à défaut d'être vérifié dans les salaires et l'accès aux postes de responsabilité administrative, le sera-t-il dans le domaine strictement politique, c'est-à-dire la gestion des affaires publiques à laquelle on accède par des mandats électifs ? Cette égalité se vérifie-t-elle dans la proportion de citoyennes à la tête des mairies comme à la tête des départements et régions de France ou encore dans la vie des formations politiques ? Et surtout au sein de la représentation nationale, à la Chambre des députés et au Sénat, cette égalité est-elle effective ?

Le 28 juin 1999, le Parlement réuni en congrès à Versailles, modifie les articles 3 et 4 de la Constitution et déclare : La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives.

La loi sera votée le 6 juin 2000. En quoi cette foi dite « de parité » constitue-t-elle une promotion politique pour la femme, une avancée décisive pour la démocratie en France ? Si la nouvelle loi électorale a permis une entrée significative des femmes dans les conseils municipaux à l'issue des élections de 2001 (10,9% contre 7,5% en 1995), ainsi qu'au Sénat dans une moindre mesure, elle a, en revanche, fait la preuve de ses limites lors des élections législatives de juin 2002. Par ailleurs, concernant les mairies, la première appréciation positive doit être tempérée par le fait d'un écart, toujours persistant, entre le nombre de conseillères municipales et le nombre de celles qui accèdent à la fonction de maire, donc aux premiers postes de responsabilité dans la commune. Certes, la proportion de femmes maires en France qui n'était que de 1% en 1959 s'élève désormais à 7,5% en 1997, mais en la matière, la comparaison avec d'autres grands États démocratiques d'Europe et du monde n'est pas à l'avantage de la France. Dans les départements, le résultat n'est pas non plus très brillant, le nombre de conseillères générales restant limité, de 6,3% en 1998 à 9,8% en 2001.

Parité hommes-femmes ?

 

La parité hommes-femmes en politique

La création en 1995 de l’Observatoire de la parité chargé de recenser les inégalités entre les hommes et les femmes, quoique encourageante, n'en constitue pas moins un indicateur significatif de la place de la femme dans la société française ainsi que de l'état des mentalités en France, ce qui vaut ce trait d'humour dans un article paru dans l'Express (20/06/02) intitulé : Parité bien ordonnée... : Selon la loi, les partis politiques devaient proposer autant de femmes que d'hommes au suffrage des électeurs. À l'arrivée, elles ne représentent que 12,3% de l'Hémicycle. Cherchez l'erreur. 71 élues sur 577, soit 12,3% des sièges aux élections de 2002. 63 élues en 1997 soit 10,9% des sièges. (L'Allemagne comptait 181 députées à la même date). Or les femmes sont majoritaires dans l'électorat en France, 23 millions contre 20 millions d'hommes.

 

Des chiffres qui confirment la place de la France parmi les derniers États européens. En 1997, alors que le pourcentage des femmes parlementaires était de 40,4 en Suède, de 39,4 en Norvège, de 33,5 en Finlande, de 33 au Danemark, de 28,4 aux Pays-Bas et de 25,5 en Allemagne, il n'était que de 9 en France (mai 1997).

 

L'arithmétique peut-elle faire évoluer les mœurs ? s'interroge l'auteur de l'article de l'Express qui poursuit : Aux législatives de 2002, il y eut 38% de femmes candidates contre 22% en 1997, dont les trois quarts ont été battues. Peu de formations politiques ont investi les 50% de femmes, comme l'impose la loi, préférant braver la sanction financière plutôt que de s'y conformer. L'adage « mieux vaut un homme élu qu’une femme battue » semble toujours de mise ; le vote de la loi de parité n’y change rien. Certains partis ont rendu les femmes responsables de leur mauvais score au lendemain des élections.

Le déficit de candidatures féminines a été particulièrement observé dans les grands partis classiques. Pourquoi la main du législateur politique est-elle si légère en ce domaine ? Pourquoi ne pas faire porter la sanction financière sur le nombre d'élues plutôt que sur le nombre de candidates ?

 

Mais pour la longue marche des femmes de France, la roue de l’histoire tourne inexorablement, ce, en bien des domaines.

Les femmes constituaient 9% de l’armée en 2001 ; 15% en 2009 et selon certains analystes prévisionnistes, ce pourcentage sera porté à 17% en 2017. L’armée française est l’une des plus féminisée des pays occidentaux.

L’Assemblée nationale ne comptait que 33 femmes en 1945, soit 5,6% des députés. Elle comptait 155 femmes députées en 2012 et, en 2017, 224 sur 577 députés, soit 38,6%, un record historique.

Parallèlement, en 2017, la différence de salaire entre hommes/femmes est de 18,6% en défaveur des femmes (selon INSEE), et de 10% (selon le ministère du travail).

Surtout en 2017, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups d’un homme. En 2016, 123 femmes ont été victimes de violences perpétrées par des hommes.

Des Bastilles anachroniques sont encore à prendre.

Les femmes de France, sans fusil ni canon, armées de leur seule volonté, leur idéal de justice, d’égalité et de dignité, viendront sûrement à bout de tous ces obstacles semés sur leur chemin. Leur longue marche est ainsi loin de s’apparenter à un travail de Sisyphe.

Pour approfondir, voir Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ?, L’Harmattan.

 

 

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 08:57

AFRIQUE : LE CHANTIER

Un continent à construire, économiquement, politiquement, humainement

Convois d’esclaves noirs traversant le désert ( XI e siècle)

Des pays indépendants et libres ?

L’Afrique, continent de la servitude éternelle des Africains ?

« Qui a besoin d’un mineur ? C’est un mineur, un grand homme fort, il va creuser. » Des journalistes de CNN ont filmé une vente aux enchères d’êtres humains, en cachant leurs caméras, en Libye, non loin de la capitale, Tripoli. En l’espace de quelques minutes, ils ont assisté à la vente d’une douzaine de migrants, cédés par des passeurs pour des sommes allant de 500 à 700 dinars libyens (jusqu’à 435 euros). Ces « marchés aux esclaves » se dérouleraient une ou deux fois par mois. (Le Monde.fr)

 

La chaîne américaine CNN s’est rendue en Libye où elle a obtenu la preuve que des hommes sont vendus aux enchères comme esclaves.

C’est une enquête de longue haleine qu’a menée la chaîne américaine CNN. En août 2017, elle prend connaissance d’une vidéo tournée quelque part en Libye où l’on voit des Africains vendus aux enchères. « Huit cents », dit celui qui fait office de commissaire-priseur. « 900… 1 000… 1 100... » Vendu. Pour 1 200 dinars libyens - soit l’équivalent de 800 dollars. (Ouest-France.fr)

Afrique rime-t-elle définitivement avec esclavage ?

Comment peut-on être vendu aux enchères comme esclave en ce 21e siècle ?

Comment un État peut-il laisser vendre ses ressortissants comme des moutons ? Le fatalisme n’est pas de mise en la matière ; un homme est un homme, il n’est pas un mouton.

Dans quelle autre région du monde de tels marchés aux esclaves vendus aux enchères existent-ils ? Pourquoi l’Afrique ?

Quelle réaction des pays  dont  ces jeunes gens vendus comme esclaves  sont originaires?

Est-ce pour contempler de tels spectacles aujourd’hui que les pays dont ces jeunes sont ressortissants, se sont « libérés » du joug colonial ?

Qui dira le droit en Afrique ?

Ces malheureux enchaînés et vendus savent-ils qu’ils ont des droits ? Connaissent-ils les droits internationaux qui garantissent à tout être humain des droits naturels, civiques et civils ?

Le leur a-t-on enseigné ?

 

Pourquoi une Union africaine ?

    Quel rôle, quelle responsabilité ?

Si les dirigeants africains dans leur ensemble sont en dessous de leurs responsabilités, qu’en est-il de

–La société civile ?

–les médias, la presse et les journalistes ?

–les intellectuels ?

–les syndicats ?

–les ONG ?

–et la commission pour les droits de l’Homme des Nations unies, car, de telles pratiques au 21e, en Afrique ou ailleurs, sont un outrage à la conscience humaine, à la morale universelle.

Pourtant contre ce qu’il qualifie d’« ingérences étrangères dans les affaires intérieures à l’Afrique », un chef d’État de l’Afrique de l’Ouest a déclaré récemment :

« Les crimes commis en Afrique et les questions de violation des droits humains doivent être traités en Afrique. Le linge sale se lave en famille. »

 

Certes. Mais où est la famille ?

Les jeunes Africains qui sont vendus aux enchères dans un État autre africain, ont-ils des dirigeants responsables de leurs familles et de leur liberté, leurs droits, leur vie ?

 

Du 16e au 19e siècle, c’est en Amérique qu’on vendait aux enchères les captifs noirs arrachés à l’Afrique. Aujourd’hui, en ce 21e siècle, naissant, les jeunes femmes et jeunes hommes razziés, sont vendus en Afrique.

À qui incombe la responsabilité de leur liberté et de leur vie ?

Ces jeunes Africains, injustement privés de leur liberté et de leurs droits naturels, qui doit les rechercher, les libérer et exiger que justice leur soit rendue ?

Les dirigeants africains (ceux des pays dont es jeunes  sont ressortissants, en particulier), se sentent-ils concernés par leur sort ? Qui, et où pour plaider leur cause ?

Où faut-il laver ce linge sale ?

 

Combien de crimes commis en Afrique, y compris parfois par des dirigeants africains ont-ils été  jugés?

Le linge sale africain, lavé en Afrique, n’est jamais propre.

 

Combien de chefs d’État africains tortionnaires de leurs peuples, lesquels sont réduits à la misère,  et sont victimes d’exactions intolérables ont été jugés sur le sol africain ?

Hier, sous la colonisation, le colonisateur protégeait les Africains contre la traite esclavagiste et traquait les trafiquants d’esclaves (blancs ou noirs) pour abolir cette sinistre pratique (même si son œuvre fut incomplète).

Aujourd’hui, indépendants, les responsables africains laissent prospérer la traite des êtres humains et l’esclavage pratiqués sur le sol africain par des Africains ou leurs complices.

Jeunes d’Afrique, ouvrez les yeux, réagissez ! Vous n’êtes pas nés pour être esclaves, mais pour être  acteurs du monde !

Levez la tête,  Osez !

 

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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 08:19

LE SENS DE LA VIE : LES AUTRES ET NOUS

Qu’est-ce que le bonheur sans partage ?

Vivre, c’est communiquer, échanger, partager.

Ce qu’en pensent Lamennais et Gide.

Félicité Robert de Lamennais

 

Félicité Robert de Lamennais, prêtre, penseur, écrivain français (1782, Saint-Malo – 1854, Paris).

 

Que serait un peuple sans fraternité ?

Que serait un homme concentré uniquement en lui-même par l'égoïsme, ne nuisant à personne directement et ne servant non plus personne, ne songeant qu'à soi, ne vivant que pour soi ? Que serait un peuple composé d'individus sans liens, où nul ne compatirait aux maux d'autrui, ne se tiendrait obligé d'aider ses frères et de les secourir ; où tout échange de services, tout acte de miséricorde et de pitié ne serait qu'un calcul d'intérêt ; où la plainte de celui qui souffre, les gémissements de la douleur, le sanglot de la détresse, le cri de la faim s'exhaleraient dans les airs comme un vain bruit ; où rien ne se répandrait de chacun en tous et de tous en chacun, par une secrète impulsion de l'amour, qui ne sait pas ce que c'est que posséder, parce qu'il ne jouit que de ce qu'il donne ?

F. Lamennais, Le livre du Peuple, (1837).

André Gide

 

André Gide (1869-1951), écrivain français. Son œuvre est caractérisée par la passion de la liberté, la justice, surtout par la volonté d’engagement, et l’humanisme.

 

"J'ai besoin du bonheur de tous..."

Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur.

Tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive (...). Pour moi, j'ai pris en aversion toute possession exclusive : c'est de don qu'est fait mon bonheur, et la mort ne me retirera des mains pas grand-chose. Ce dont elle me privera le plus, c'est des biens épars, naturels, échappant à la prise et communs à tous ; d'eux surtout, je me suis soûlé. Quant au reste, je préfère le repas d'auberge à la table la mieux servie, le jardin public au plus beau parc enclos de murs, le livre que je ne crains pas d'emmener en promenade, à l'édition la plus rare, et, si je devais être seul à pouvoir contempler une œuvre d'art, plus elle serait belle, et plus l'emporterait sur la joie la tristesse.

Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux.

André Gide, Les Nouvelles Nourritures, Ed. Gallimard.

 

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 09:30

LES ANIMAUX, AUXILIAIRES "INFÉRIEURS" OU AMIS INCOMPRIS ?

TOESCA ET ALAIN, REGARDS CROISÉS

Le regard de l’essayiste croise celui du philosophe

Maurice Toesca

Maurice Toesca, romancier et essayiste français (1904-1998), mena toute sa vie durant, une carrière dans la haute administration publique et une activité d’écrivain prolixe.

Il porta une attention particulière au sort des animaux dans la société humaine et leur consacra une partie de son œuvre. L’ouvrage "Histoire de bêtes" paru en 1929 constitue un condensé de son rapport aux animaux.

 

J'aime les bêtes

J'aime les hommes, donc j'aime les bêtes. Nous sommes les uns et les autres de la même étoffe ; mais, par un tour d'orgueil qui est propre à l'homme, celui-ci se croit un animal supérieur. Lamartine, plus sage, avait dit autrement, et très bien à mon avis :

Frère à quelque degré qu'ait voulu la Nature...

Certes, il parlait du chien qui bénéficie d'un rang privilégié dans la classification conformiste : il y a les animaux domestiques, les utiles, les féroces, les nuisibles. Tout cela relève d'un égocentrisme, dont l'homme a du mal à se dégager.

Moi, j'aime les bêtes, toutes les bêtes, parce qu'elles appartiennent à un monde mystérieux. Ranger les animaux en catégories ne nous apprend rien sur eux.

Les recherches, les observations des entomologistes, des biologistes nous permettent d'approcher de ce monde encore secret des bêtes. Chacune de leurs notations fragmentaires entrouvre sur lui une fenêtre étroite. Ainsi, ce que nous savons, ou croyons savoir à présent de la vie des abeilles nous donne à penser que ces insectes vivent en société, ont des débats collectifs, une organisation précise, bénéficient d'une sorte d'orientation professionnelle, etc... Longtemps, nous avons répété que les poissons étaient muets. Or, des appareils de détection des sons nous permettent presque d'affirmer qu'il n'en est rien : les poissons auraient aussi une voix ; on ne pourra plus dire : « Muet comme une carpe... »

On devrait rejeter la notion de bêtes nuisibles. L'homme, pas plus que les autres animaux, n'est une bête nuisible. Mais l'homme, comme tous les autres animaux, obéit aux terribles lois naturelles, qui font de nous ce que nous sommes.

Nous sommes très injustes : quand un animal nous est utile, nous le qualifions de bonne bête ; dès qu'il ne nous sert plus, ou dès qu'il contrarie nos goûts, nous le déclarons nuisible. Le lapin sur notre table, assaisonné, nous plaît ; dans les champs, il devient une plaie. On l'extermine. On en dirait autant d'autres bêtes domestiques ou sauvages...

Ne pas dire : «  Soyons bons pour les animaux » ; mais simplement : « Ne soyons pas méchants avec les animaux. » Sans doute n'en demandent-ils pas davantage. Contrairement à nous, ils s'arrangent des difficultés de leur propre existence, semble-t-il. Je parle évidemment de ceux que nous n'avons pas soumis à nos décrets tyranniques. Quant aux bonnes manières qu'on a à leur égard, peut-être les exagère-t-on parfois. Mais excès de gentillesse vaut mieux que son contraire. Pour les autres, je réclame au moins la même absence de cruauté.

 

L'homme parce qu'il ne comprend pas les bêtes, et parce qu'il a la sensation de n'être pas compris par elles, a fait du mot « bête » un synonyme de stupide ou d'idiot. Ce n'est pas gentil de sa part ni très fin. Ce serait plutôt une marque de sottise, à mon avis. Le langage des animaux nous reste étranger. Et pourquoi notre langage humain devrait-il être compris par les bêtes ? Entre hommes, nous nous comprenons si mal, si peu, voire pas du tout. Face à face, un Chinois et un Occidental sont réduits à communiquer par gestes, avec toute la médiocrité de signification que cette méthode engendre. Mettez en face l'un de l'autre un épagneul et un pékinois, leur entretien ne souffrira pas d'une étrangeté dans les dialectes ; ces animaux bénéficient d'une sorte d'esperanto-chien ; les voilà plus avancés que nous !...

Les animaux sont presque tous méfiants à notre égard. Quel bilan de coups, d'attaques, de tortures injustifiées cela suppose ! La cruauté de l'homme finit par être connue chez les bêtes...

... Je supplie qu'on ait avec les bêtes les égards que l'on a pour des personnes que l'on aime. C'est beaucoup plus difficile de ne pas commettre de faute, me dira-t-on. Raison de plus pour être attentif, prudent, délicat. Une seule règle, celle qui domine les rapports de l'amitié ou de l'amour, — seul et même sentiment : être doux. La douceur ne fait jamais de mal à personne ; souvent elle fait grand bien.

Maurice Toesca, J’aime les bêtes, Ed. Albin Michel

L’élève et le maître : les bêtes comme source de réflexion et d’inspiration

Maurice Toesca fut l’élève du philosophe Alain qui, lui aussi porte un regard aigu sur les rapports homme-animal.

Alain (Émile Chartier dit), philosophe français, 1868-1951)

L'homme est-il l'esclave de l'animal ?

« Au Comité de la Ligue des droits du chien », il s'éleva un grand débat sur les droits de l'homme. « On peut se demander, dit le caniche, si l'état de domestication où nous voyons vivre l'homme depuis tant de siècles tient à une insuffisance réelle de sa nature ou bien à quelque violente spoliation dont le souvenir ne s'est point conservé. Certes, on n'a jamais vu un chien construire lui-même sa niche, ni préparer sa soupe, ni découper et faire rôtir la viande ; toujours l'homme s'est trouvé chargé de ces serviles travaux, jusqu'à ce point qu'on dirait presque qu'il les fait par plaisir. On peut même dire que, sans l'admirable instinct de son frère inférieur, jamais le chien n'aurait pensé à se nourrir de blé ou de betterave, jamais le chien n'aurait connu le pain ni le sucre. De temps immémorial nous prélevons sur ces provisions de l'homme ce qui nous est agréable, de la même manière que l'homme dépouille les abeilles, s'il faut en croire de patients observateurs. Seulement il faut reconnaître que l'industrie humaine l'emporte de loin sur celle des abeilles. L'homme fait miel et douceur de toutes choses ; et si fabriquer était la même chose que savoir, il faudrait dire que l'homme est bien savant. Toutefois cet esclavage où nous le tenons sans beaucoup de peine et quoiqu'il soit bien plus fort que nous, laisse supposer qu'il ne pense pas plus, en toutes ses inventions, que les abeilles quand elles font leur miel. L'esprit se perd en conjectures lorsqu'il vient à scruter ces étonnants travaux, ces immenses édifices, ce feu bienfaisant, ces tapis, ces lumières qui prolongent le jour, enfin tous ces biens dont nous jouissons paresseusement. Sont-ce des fruits d'une intelligence prise à ses propres pièges, ou bien faut-il dire que ces industries résultent de la structure merveilleuse de la main humaine, comme on l'a proposé ? Le fait est que l'espèce humaine travaille, pendant que le chien se repose, rêve et contemple.

Alain, Propos, Ed. Gallimard

 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 09:07

ANDRÉ MAUROIS : RÉFLEXION SUR LA « VRAIE VIE ».

LETTRE AUX JEUNES

Guide pour une vie simple et heureuse

André Maurois

Émile Salomon Wilhelm Herzog dit André Maurois, romancier, biographe, essayiste français (1885-1967)

Son œuvre monumentale, d’une extrême variété, lui ouvrit les portes de l’Académie française en 1938.

Riche de son expérience et d’une connaissance encyclopédique, André Maurois s’adresse ici à des jeunes à qui il veut faire profiter de sa connaissance des humains et des choses, bref de la vie en général.

La vraie vie

Vous m'aviez demandé des conseils sur la conduite de la vie. Je vous ai dit, de mon mieux, ce que m'a enseigné l'expérience ; je dois encore vous demander de distinguer cette sagesse élémentaire de ce qui est au-delà d'elle. Les travaux, bien sûr, il faut les faire ; les distinctions sociales, peut-être faut-il les acquérir pour en être délivré ; les croyances religieuses, je vous ai rappelé comment elles pourraient vous aider ; les décisions politiques, il faut les prendre, car les sociétés doivent être gouvernées ou tomber dans une douloureuse anarchie. Mais l'essence de la vie est ailleurs.

 

Comment vivre heureux dans un monde d’images aveuglantes, de sons et de bruit assourdissants ?

Seul avec vous-même, sous les étoiles, par un soir d'été, reprenez-vous en main. Mettez les choses à leur place véritable. Pensez à ceux qui se croient grands, aux dignitaires brodés et surbrodés, chargés de reliques et de médailles. Rappelez-vous que, sous cette friperie rutilante et brinquebalante, sous ces plastrons empesés, il n'y a que des corps semblables au vôtre. Que dis-je ? Semblables ? Non, car vous êtes jeune, mince et musclé. Ils sont vieux ; leurs ventres bedonnent ; leurs muscles flasques les soutiennent à grand-peine : leur peau détendue forme des tabliers, des bourrelets, des plis.

Soyez vous-même en toute circonstance

Cela n'empêche pas que certains d'entre eux ne soient de grands esprits. Respectez leur âge et leur mérite, mais ne les tenez pas pour des êtres d'espèce différente et surhumaine. La plupart sont malheureux, mécontents et regrettent leur jeunesse évanouie. Si intelligents qu'ils puissent être, presque tous, enivrés du vin de leur pompeuse éloquence, grisés de systèmes et d’abstractions, ont oublié la vraie vie, et c'est très grave. S'ils ne vivaient pas dans le monde irréel que crée leur vertige, s'ils étaient baignés dans la vie quotidienne des pauvres gens, si difficile, ils s'uniraient pour réformer. Mais ils ont des ambitions et des rancunes ; ils suscitent de vains conflits. Alors que de misère ! S'ils imaginaient avec force les jeunes hommes qui agonisent dans une rizière humide, étouffés par une eau croupie, ils feraient tout pour éviter des guerres inutiles. Mais leurs yeux affaiblis ne voient pas ; leurs oreilles sclérosées n'entendent pas. Alors que de sang !

Le plus simple est toujours le meilleur.

    La grandeur et la beauté sont dans la simplicité

La vraie vie, regardez, elle est près de vous. Elle est dans les fleurs de votre pelouse, dans le petit lézard qui se chauffe au soleil sur votre balcon, dans les enfants qui regardent leur mère avec tendresse, dans les amants qui se serrent l'un contre l'autre, dans toutes ces petites maisons où des familles tentent de se nourrir, d'aimer, de jouer. Rien n'est important que ces humbles destins. Leur somme fait l'humanité. Seulement les hommes sont si faciles à tromper. Pour quelques mots non définis, ils vont s'entretuer, se croire persécutés, se haïr. Dans toute la mesure où vous en aurez le pouvoir, rappelez-les à la vraie vie, aux plaisirs et aux affections simples.

Et choisissez vous-même de vivre, et non de jouer un rôle auquel vous ne croyez pas, dans une comédie tragique. « La vie est trop courte pour être petite. »

André Maurois, Lettre ouverte à un jeune homme, (Ed. Albin Michel)

 

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 08:29

HYMNE À LA NUIT

VOIX D’ICI, VOIX D’AILLEURS

La nuit, la lune, les étoiles : éternelles muses des poètes

Charles Péguy. Écrivain français (1873-1914)

Hymne à la nuit (dieu parle)

O nuit, ô ma fille la Nuit, toi qui sais te taire, ô ma fille au beau manteau.

Toi qui verses le repos et l'oubli. Toi qui verses le baume, et le silence, et l'ombre.

O ma Nuit étoilée je t'ai créée la première.

Toi qui endors, toi qui ensevelis déjà dans une Ombre éternelle

Toutes mes créatures

Les plus inquiètes, le cheval fougueux, la fourmi laborieuse,

Et l'homme ce monstre d'inquiétude.

Nuit qui réussis à endormir l'homme

Ce puits d'inquiétude.

A lui seul plus inquiet que toute la création ensemble.

L'homme, ce puits d'inquiétude.

Comme tu endors l'eau du puits.

O ma nuit à la grande robe

Qui prends les enfants et la jeune Espérance

Dans le pli de ta robe

Mais les hommes ne se laissent pas faire.

O ma belle nuit je t'ai créée la première.

Et presque avant la première

Silencieuse aux longs voiles

Toi par qui descend sur terre un avant-goût

Toi qui répands de tes mains, toi qui verses sur terre,

Une première paix Avant-coureur de la paix éternelle.

Un premier repos Avant-coureur du repos éternel.

Un premier baume, si frais, une première béatitude Avant-coureur de la béatitude éternelle...

Nuit tu es sainte, Nuit tu es grande, Nuit tu es belle.

Nuit au grand manteau.

Nuit, je t'aime et je te salue et je te glorifie et tu es ma grande fille et ma créature.

O belle nuit, nuit au grand manteau, ma fille au manteau étoilé

Tu me rappelles, à moi-même tu me rappelles ce grand silence qu'il y avait

Avant que j'eusse ouvert les écluses d'ingratitude.

Et tu m'annonces, à moi-même tu m'annonces ce grand silence qu'il y aura

Quand je les aurai fermées.

O douce, ô grande, ô sainte, ô belle nuit, peut-être la plus sainte de mes filles, nuit à la grande robe, à la robe étoilée

Tu me rappelles ce grand silence qu'il y avait dans le monde

Avant le commencement du règne de l'homme.

Tu m'annonces ce grand silence qu'il y aura

Après la fin du règne de l'homme, quand j'aurai repris mon sceptre.

Et j'y pense quelquefois d'avance, car cet homme fait vraiment beaucoup de bruit.

Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu.

Olympe Bhêly-Quenum.

Intellectuel, fonctionnaire international et auteur du Bénin (ancien Dahomey)

 

Le soleil s'est déjà couché

Le soleil s'est déjà couché,

Et la nuit enveloppe la terre dans ses bras.

Bakari s'amuse encore un peu, puis il ira se coucher.

Fatou se mettra à pleurer qu'il n'a pas sommeil,

Sikidi s'endormira en berçant sa poupée de bois,

Et Moumouni restera longtemps sur les genoux de sa maman,

Puis il s'endormira aussi en suçant son pouce.

La nuit noire descend sur la terre.

Elle l'embrasse en lui donnant un baiser mystérieux.

Doux baiser des parents au cœur pur qui endort les enfants.

Les enfants dorment tandis que les parents veillent :

Les cœurs malheureux dans leur innocence ne dorment pas...

Olympe Bhèly-Quenum, Un piège sans fin, (Ed. Stock).

 

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 07:08

LA MUSIQUE, UNE LANGUE UNIVERSELLE : L’HYMNE À LA JOIE. BEETHOVEN COMMENTÉ

La musique, instrument de rencontre des cœurs et créatrice de fraternité universelle.

Ludwig van Beethoven. Compositeur allemand (1770-1827)

Beethoven, considéré comme un génie de la musique classique, d’une précocité étonnante, a donné son premier concert à l’âge de 8 ans.

Il est également considéré comme l’héritier de Mozart et précurseur du romantisme allemand. Sa surdité dès l’âge de 26 ans ne l’empêcha pas d’être le génie qu’il fut.

L’œuvre de Beethoven présentée et commentée par un autre grand de la musique classique, Richard Wagner

Richard Wagner. Compositeur allemand (1813-1883)

Richard Wagner présente les 4 premiers mouvements de la neuvième symphonie

Premier mouvement

Un combat — au sens le plus magnifique du mot — de l'âme luttant pour la conquête de la joie contre l'oppression de cette force hostile qui s'insinue entre nous et le bonheur terrestre : tel semble bien être le motif fondamental de ce premier mouvement. Le thème principal, qui dès le début, émerge, puissant et nu, comme d'un voile qui le dérobait à nos esprits inquiets, trouverait, je crois, son interprétation, sans que soit trahi le sens général du poème musical, dans ce vers de Goethe :

Renonce, tu le dois, il faut que tu renonces.

Nous croyons voir deux vigoureux lutteurs qui, l'un et l'autre invincibles, semblent se soustraire au combat. Des éclaircies nous permettent, par instants, d'entrevoir le sourire mélancolique et doux du bonheur qui paraît nous chercher ; nous luttons pour sa possession, mais, au moment de l'atteindre, l'ennemi perfide et puissant s'interpose et son aile ténébreuse nous recouvre de son ombre. Ainsi, tout regard, même lointain, jeté sur ces prémices de bonheur est aussitôt voilé et nous retombons dans un sombre accablement, mais qui bientôt va se transformer en un nouvel élan audacieux, en une lutte renaissante contre le démon hostile à notre joie. Ainsi, attaque impétueuse, résistance, effort, désir ardent, espoir, approche du succès, nouvelle défaillance, nouvelle tentative, nouveau combat, telles sont les perpétuelles alternances de cet admirable morceau...

A la fin du mouvement, ce sombre désespoir que la joie ne peut effleurer atteint au paroxysme et semble envelopper l'univers. On dirait que dans sa majesté terrible et grandiose, il va s'emparer de ce monde que Dieu créa... pour la Joie.

Deuxième mouvement

Une volupté sauvage nous saisit dès les premiers rythmes de ce second mouvement : nous entrons dans un monde nouveau, où nous nous sentons emportés jusqu'au vertige, jusqu'à l'étourdissement. C'est comme si, poussés par le désespoir, nous fuyions devant lui, à la poursuite d'un bonheur nouveau, inconnu, au prix d'efforts éperdus, alors que l'ancien bonheur, qui naguère nous illuminait de son sourire lointain, nous paraît hors de portée et complètement aboli. ...

Un nouveau thème s'impose soudain ; et devant nous se déroule une de ces scènes de joie terrestre et de bien-être délectable : dans le thème très simple et qui revient à tout instant, semble s'exprimer en une gaîté un peu fruste, une naïveté, une allégresse facile, et nous sommes tentés de nous reporter, ici encore, à un passage de Goethe où il évoque un contentement pareillement dénué d'envolée

Pour le peuple, ici, chaque jour est une fête ;

Avec un peu de bonne humeur et beaucoup d'agrément

Chacun tourne en une ronde étroite...

Troisième mouvement

... C'est comme un souvenir, se réveillant en nous — le souvenir du premier, du plus pur des bonheurs. ...

Avec ce souvenir revient également cette douce nostalgie qui se manifeste dans sa plénitude au deuxième thème de ce mouvement et que nous ne pourrions mieux interpréter que par ces paroles de Goethe

Un désir ineffable et doux

Me poussait à travers forêts et prairies,

Et avec mille larmes brûlantes,

Je sentais naître pour moi un monde.

Ce thème apparaît comme le désir de l'amour, auquel répond de nouveau, mais cette fois en un rythme expressif plus vif et plus orné, le premier thème, prometteur d'espérance, et d'une apaisante douceur. ...

Ainsi, le cœur encore frémissant paraît vouloir, avec une douce opiniâtreté, écarter ces consolations ; mais leur suave puissance est plus forte que notre orgueil, qui fléchit enfin ; nous nous jetons vaincus dans les bras de ces doux messagers du bonheur le plus pur :

Retentissez encore, douces harmonies du ciel ;

Une larme jaillit, la Terre m'a reconquis.

Oui, le cœur blessé semble guérir, reprendre des forces et se soulever avec une résolution virile que nous croyons reconnaître vers la fin du morceau dans la marche presque triomphale. Toutefois, cette exaltation n'est pas exempte de quelques échos des orages passés ; mais à chaque retour de l'ancienne souffrance s'oppose aussitôt cette douce puissance magique, avec ses consolations nouvelles, toujours apaisantes, et devant elle enfin, cependant que s'évanouit la lueur des derniers éclairs, l'orage se dissipe et s'éloigne.

[…]

 

Quatrième mouvement

Dès le début (et c'est la transition du troisième au quatrième mouvement), jaillit comme un cri strident ...

Avec ce début du dernier mouvement, la musique de Beethoven prend un caractère infiniment plus expressif : elle abandonne le caractère de musique instrumentale pure, qu'elle a conservé durant les trois premiers mouvements et qui se manifeste par une expression indécise et qui n'aboutit pas. La suite du poème musical exige impérieusement une conclusion — et une conclusion qui ne peut s'exprimer que par la parole humaine.

Admirons comment le maître prépare l'intervention de la parole et de la voix humaine (que l'on attendait impérieusement) par cet émouvant récitatif de basses instrumentales. Ce récitatif dépasse presque déjà les bornes de la musique absolue et emporte par une adjuration véhémente et pathétique l'adhésion des autres instruments à la rencontre desquels il s'avance ; il finit par devenir lui-même un thème de chant qui, évoluant dans la simplicité de sa ligne, et comme animé d'une joie triomphale, entraîne avec lui les autres instruments et s'élève à une hauteur sublime. C'est là, semble-t-il, la suprême tentative pour exprimer par la musique instrumentale seule un bonheur parfait et sûr, bien défini et que rien ne peut troubler. Mais l'élément indomptable ne paraît pas s'accommoder des limites qui lui sont assignées. ... C'est alors qu'une voix humaine, avec la claire et sûre expression de la parole, s'insinue au milieu des instruments déchaînés, et nous ne savons pas ce que nous devons le plus admirer de l'inspiration hardie ou de la grande naïveté du Maître, lorsqu'il fait crier par cette voix aux instruments :

Amis, non, pas ces accents. Entonnons maintenant

Des chants plus plaisants et plus joyeux.

A ces mots, la lumière se fait dans le chaos ; une expression définie, certaine, se manifeste, dans laquelle, portés par l'élément maîtrisé de la musique instrumentale, nous pouvons entendre clairement et distinctement ce qui doit apparaître, après la recherche douloureuse de la joie, comme un bonheur sublime et décisif...

Des accents belliqueux, exaltants, se rapprochent. Nous croyons voir passer une troupe de jeunes hommes dont l'héroïsme joyeux s'exprime par ces vers :

Joyeux comme les soleils qui volent

Par la voûte splendide des deux,

Suivez, frères, votre route,

Rayonnants comme le héros qui marche, à la victoire.

Cela amène une sorte de lutte joyeuse, exprimée par les instruments seuls : nous voyons les jeunes gens qui se précipitent vaillamment à ce combat, dont le trophée sera la joie, et nous nous sentons portés une fois de plus à invoquer Goethe :

Celui-là seul mérite la liberté comme la vie

Qui doit chaque jour la conquérir.

La victoire, dont nous ne doutions pas, est acquise : le sourire de la joie est la récompense de tant d'efforts vigoureux. Elle éclate en cris d'allégresse dans la conscience du bonheur nouvellement conquis :

Joie, belle étincelle divine,

Fille de l’Elysée,

Nous pénétrons, enivrés de tes feux,

 O Céleste, dans ton sanctuaire, etc. ...

Maintenant, dans la plénitude de la joie, le cri de l'amour humain universel jaillit des cœurs exaltés ; dans un enthousiasme sublime, après avoir embrassé le genre humain tout entier, nous nous tournons vers le grand Créateur de la Nature, en qui, avec une claire conscience, nous proclamons notre foi fervente ; et, dans un élan de ravissement sublime, nous avons le sentiment que nos regards parviennent jusqu'à lui à travers l'éther azuré qui se déchire :

Millions d'êtres, embrassez-vous !

Au monde entier ce baiser !

Frères, au-dessus de la tente étoilée

Doit habiter un Père tout de bonté.

Vous prosternerez-vous, millions d'êtres ?

Pressens-tu le Créateur, ô monde ?

Cherche-le au-dessus de la tente étoilée.

C'est par delà les étoiles qu'il doit habiter.

C'est comme si nous étions poussés par la révélation à cette croyance exaltante que tout homme est né pour la joie :

Millions d'êtres, embrassez-vous !                                                          

Au monde entier ce baiser ! ...

Richard Wagner , Beethoven, Ed. Gallimard.

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 09:28

LA SAGESSE ORIENTALE EN 3 VOIX

Un trésor enfoui sous l’épaisseur des siècles

La chinoise

 

 

La Chine antique possède une richesse culturelle et philosophique incomparable.

                Lao-Tseu -604 av JC – 531 av JC)

Lao-Tseu : philosophe prolixe et profond

 

Connais-toi, connais les autres

Qui connaît autrui est intelligent

Qui se connaît est éclairé

Qui vainc autrui est fort

Qui se vainc soi-même a la force de l'âme.

 

Qui se contente est riche.

Qui s'efforce d'agir a de la volonté.

 

Qui reste à sa place vit longtemps.

Qui est mort sans être disparu atteint l'immortalité.

                         *

Si le monde est en bonne voie,

les coursiers dessellés travaillent dans les champs.

Si le monde n'est pas en bonne voie,

les chevaux de combat pullulent au faubourg.

 

Pas de plus grande erreur que d'approuver ses désirs.

Pas de plus grand malheur que d'être insatiable.

Pas de pire fléau que l'esprit de convoitise.

 

Qui sait se borner aura toujours assez

Lao-Tseu, tao tô king Traduction : Liou Kia-Hway © Ed. Gallimard

La persane (Iran)

 

 

Autre trésor culturel

                                    Robaï d’Omar Khayyam (1048-1131)

Un poète philosophe

 

La pensée du poète

 

Les portes que l'on voit à la prison du Sort

sans fin l'une vomit et sans fin l'autre aspire

mais nul n'a jamais vu celui qui pourrait dire

d'où viennent les vivants ni où s'en vont les morts

                                 *

Qu'on ait vécu mille ans ou que la mort fût prompte

comme il faut rendre enfin nos vêtements de chair

à l'instant d'établir la balance du compte

le mendiant et le roi ne valent pas plus cher.

                                *

Qu'est-ce que la goutte d'eau qui tombe dans la mer

et le grain de poussière englouti par le sable ?

Ni ton passage à toi n'est pas moins effaçable

que le vol de la mouche où s'agite un peu d'air.

Robaï d'Omar Khayyam Traduits par Maurice Chapelan (Ed. Grasset)

 

L’hindoue

 

 

 

Art et philosophie : source incomparable de réflexion.

 

                 Le Mahatma Mohandas Karamchand Gandhi

Gandhi : homme politique indien, philosophe, apôtre de la non violence.

 

Préceptes

« Le message de Gandhi ne s'adresse pas seulement aux hindous, mais à toute l'humanité » écrit un de ses compatriotes. « A un monde que rendent fou les passions effrénées engendrées par la jalousie, la rapacité et la force brutale, Gandhi offre la paix et la bonne volonté ». C'est la raison pour laquelle on aura profit à méditer quelques-uns des grands préceptes de Gandhi, recueillis en divers endroits de son œuvre par Jean Herbert.

 

Je crois à la puissance de la pensée plus qu'à celle de la parole, qu'elle soit orale ou écrite.

 

La définition, si claire soit-elle, du but que nous voulons atteindre, et notre désir d'y arriver, ne suffisent pas à nous y conduire, tant que nous ne connaîtrons pas ou que nous n'utiliserons pas les moyens nécessaires. C'est pourquoi je me suis attaché surtout à préserver ces moyens et à en développer l'usage. Je sais que si nous pouvons le faire, nous sommes sûrs d'arriver au but. Je crois aussi que nous avancerons vers le but dans la mesure exacte de la pureté des moyens.

 

C'est dans l'effort, et non dans la réussite, qu'on puise la satisfaction. Le plein effort, c'est la pleine victoire.

 

Un effort continuel vers la perfection est le devoir de tout homme et porte en lui sa récompense.

 

Une agitation bien ordonnée, persistante est l'âme même d'un progrès sain.

 

Je me sens parfois impuissant, mais je ne perds jamais espoir.

 

Il y a bien des choses qui sont impossibles et qui pourtant sont les seules justes.

 

Celui qui n'est pas prêt pour de petites réformes ne sera jamais prêt pour de grandes réformes... C'est pourquoi je prends le plus vif intérêt aux vitamines, aux légumes verts et au riz complet. C'est pourquoi je me passionne maintenant pour la meilleure façon de nettoyer nos latrines... Je ne vois pas très bien pourquoi penser à ces problèmes de première nécessité et leur chercher des solutions n'aurait pas de signification politique.

 

L'utile et l'inutile, comme, en règle générale, le bien et le mal, vont nécessairement de pair, et c'est à l'homme de faire son choix.

 

C'est à l'évolution de l'âme qu'il faut consacrer toute notre intelligence et toutes nos autres facultés.

 

Une des premières conditions du bonheur est une existence qui ne rompt pas le lien de l'homme avec la nature.

Un homme qui s'enrichit spirituellement enrichit le monde entier.

Une vie de spiritualité véritablement vécue est bien plus infectieuse que ne peuvent l'être tous les microbes que l'on peut trouver sur terre.

Gandhi d'après Jean Herbert « Ce que Gandhi a vraiment dit » (Ed. Stock)

 

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 08:36

LE CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France)

LE COMBAT POUR UNE MEILLEURE VISIBILITÉ DES NOIRS EN FRANCE

L’idéal, les moyens et les méthodes

Dans le journal de 20h de France2, le 19 septembre 2017, a été rapportée la proposition du CRAN, de déboulonner la statue de Colbert des édifices et monuments publics, des établissements scolaires…

Cette proposition m’offre l’occasion de rappeler ma position de toujours sur ce mouvement né il y a un peu plus d’une dizaine d’années.

 

Si les objectifs du CRAN, que je comprends parfaitement, méritent respect et attention, ce sont les moyens et les méthodes, propos ou propositions qui peuvent susciter interrogations ou débat.

 

 

CRAN ou Écran ?

Courrier des lecteurs

CRAN, en réalité écran

M. Tidiane Diakité, professeur, revient sur la création du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Il est l'auteur d'un livre intitulé « France, que fais-tu de ta République ? » (L'Harmattan) :

 

« La création d'un tel mouvement dans ce pays est une erreur, une voie sans issue qui ne pourra qu'approfondir davantage le malaise, voire le mal-vivre à l'origine de cette initiative. Son effet premier sera d'élargir le fossé entre les « Noirs » et les « Blancs ». La couleur de peau ne peut en aucune manière tenir lieu d'identité. Il conviendrait, par conséquent, de le dissoudre rapidement afin de pouvoir s'immerger dans la nation par des voies plus appropriées.

Mais comment ne pas comprendre ses promoteurs ? Pour ces frères de « couleur », la coupe du mépris et des humiliations quotidiennes est sans doute pleine. Beaucoup de Noirs en France sont des concentrés de souffrances ambulants, des blessés permanents du cœur et de la mémoire. Comment ne pas comprendre la violence extrême de cette jeunesse à la mémoire confisquée et à l'avenir hypothéqué ? Ces adultes désarmés et dépouillés de l'essentiel : leur dignité ? Dès lors, ce cri surgi des profondeurs, longtemps étouffé, devient « CRAN », en réalité « écran », qui isole et appauvrit. Car, au sortir de leur assemblée, les membres de cette « confédération noire » auront-ils à leur service exclusif, une administration noire, des commerces et des transports noirs, des hôtels et des écoles noirs ... ? Ont-ils d'autres choix que le partage du quotidien, voulu ou contraint, avec tous les autres enfants de la République ?

Cette même République a-t-elle rempli le contrat qui la lie à tous ses enfants ? Comment concilier la naissance d'une confédération de Noirs au sein de la République avec les valeurs fondatrices de celle-ci ? Bien des Français vivent encore dans la mentalité coloniale. Le regard qu'ils portent ainsi sur le Noir ou l'Arabe est celui du colonialiste au colonisé. Ce regard crée la distance, en rongeant le tissu social et l'esprit de nation, celui de partage et de justice.

C'est moins par racisme invétéré que par conservatisme mental que ceux désignés aujourd'hui par le vocable de « minorités visibles », tout particulièrement les colonisés et descendants d'anciens colonisés, sont mis en marge de la société. La mentalité française reste encore fortement imprégnée des réflexes de la société d'Ancien Régime, société d'ordres (noblesse, clergé, tiers état), hiérarchisée et inégalitaire. Les anciens colonisés y constituent une sous-catégorie spéciale : les sous-ordres, qui ne peuvent accéder aux ordres supérieurs quels que soient leurs talents et leurs mérites.

La France se soucie-t-elle réellement de l'insertion effective de ses minorités dites visibles ? La banalisation en France de l'insidieuse expression « black, blanc, beur » n'est-elle pas en soi un indice révélateur de la dissolution de l'esprit de nation et de la notion même de « peuple français » ? Elle dissocie et stigmatise de la façon la moins valorisante les éléments constitutifs de la nation en « blanc, beur, black ». Ce dernier, de consonance anglo-saxonne est impropre à la culture française. Il imprègne le mental des jeunes Noirs, les éloignant ainsi de la culture originelle du milieu dans lequel ils évoluent.

Cette segmentation de la nation selon la couleur de peau s'inscrit insidieusement dans les consciences et les réflexes. Les seules couleurs reconnues et honorées comme telles doivent demeurer celles de l'emblème national : bleu, blanc, rouge. »

Ouest France, 05/01/2006

Faut-il déboulonner Colbert, rayer son nom des programmes et des enseignements scolaires ?

À quoi cela servirait-il de gommer le nom de Colbert des programmes de lycée ?

 

Colbert n’est pas qu’un individu, Colbert c’est aussi un des pivots les plus importants du règne de Louis XIV, l’essentiel de sa politique intérieure, économique, et aussi de sa diplomatie. Déboulonner Colbert, c’est faire vaciller le Roi Soleil sur son piédestal, c’est rayer d’un trait de plume un pan entier de l’histoire de France, qui serait alors à réécrire.

 

Si l’on déboulonne Colbert, dans l’intention de le faire disparaître de l’histoire de France et de l’esprit des Français, que diront les Protestants de ce pays ? car ceux-ci avaient l’estime et le soutien de Colbert, parce qu’ils contribuaient à la richesse du pays, par le commerce et la création d’industries. C’est pour cette raison précisément que Louis XIV, qui les aimait moins, n’a pu révoquer l’Édit de Nantes qu’en 1685, après la mort de Colbert en 1683.

 

Par ailleurs, à qui cela servirait-il de supprimer le nom de Colbert des programmes de lycée, si en amont, les élèves ne sont pas informés du rapport entre l’œuvre de Colbert et la traite des Noirs,  s’ils n’ont pas appris cet épisode de l’histoire en classe ?

Pour les élèves comme pour l’ensemble des Français, il faudrait plutôt une ouverture et un minimum d’initiation à ces questions, qui sont aussi partie intégrante de l’histoire de France, par des lieux de mémoire, musées dédiés à ces questions, centres de recherche spécifiques, conférences…

Si Colbert fut effectivement le principal organisateur de la traite des Noirs sous le règne de Louis XIV, en la qualifiant de « commerce le plus avantageux au monde », avant lui, c’est Louis XIII qui, le premier, après s’être longtemps opposé à ce trafic dans son royaume, finit par l’autoriser en 1642 (en accordant des faveurs aux Français qui s’y adonnèrent). Et c’est Louis XIV qui décréta « service d’État » le commerce d’esclaves à destination des colonies françaises d’Amérique en 1670, accordant dispenses de taxes ou d’impôts pour les Français (vivement encouragés par Colbert, il est vrai) qui se lançaient dans ce commerce. Louis XIV (sous l’instigation de Colbert) créa, pour la traite, des Compagnies royales spécifiques à monopole, dotées de privilèges importants, comme la Compagnie du Sénégal et la Compagnie du Golfe de Guinée.

 

Qui déboulonner ?

S’il fallait déboulonner tous ceux qui furent directement ou indirectement acteurs de l’esclavage et de la traite des Noirs, mais aussi tous ceux qui, du 17e au 21e siècle, ont fait du tort aux Noirs par leurs propos ou prise de position désobligeante à leur égard, il y aurait du monde sur la liste, à commencer par Jules Ferry, un des principaux théoriciens de la colonisation française au 19e siècle. En plus de l’objectif économique, il assignait à cette colonisation la mission de « civiliser les races inférieures ». Mais, dans le même temps, Jules Ferry fut le « père » de l’enseignement public, gratuit, obligatoire et laïc. Faut-il le déboulonner lui aussi ?

Et, de façon plus large, déboulonner tous ceux qui ont eu des propos dévalorisants à l’égard des Noirs ? Ils sont nombreux, du 17e  siècle à nos jours, politiques, écrivains : Bossuet, Condorcet, Napoléon Ier, Victor Hugo, Victor Schoelcher, Jules Ferry, Jean Jaurès, Paul Morand, Léon Blum, Marius Moutet.

Afin d’éviter tout anachronisme il convient de préciser que chacun de ces personnages s’est exprimé avec et dans le contexte de son temps. Certains parmi eux sont des républicains incontestables et d’authentiques humanistes : Condorcet, Jean Jaurès, Léon Blum... Ils ont tenu des propos (qui seraient sévèrement jugés et condamnés aujourd’hui) dans le cadre du long débat qui a agité les Français du milieu du 19e au premier tiers du 20e siècle : pour ou contre la colonisation française.

Ces républicains et humanistes jugeaient en toute bonne foi, que la colonisation était une excellente chose car elle permettait d’aider des peuples « attardés » à progresser. Et parmi ces peuples, ceux d’Afrique étaient le plus souvent cités. Ces hommes se considéraient donc comme les bienfaiteurs de ces peuples.

 

Que peut le CRAN face à cette réalité d’hier et d’aujourd’hui ? Sans doute lui faut-il d’autres cheminements que le déboulonnage de personnages qui se sont illustrés par  des propos considérés aujourd'hui comme vexatoires ou offensants pour les Noirs.

 

Cela implique que le CRAN élargisse un peu plus son champ de bataille.

Comment rendre les Noirs plus visibles et mieux respectés ?

Ouest France, 26-09-2017

Le souci de l’image

De telles images, de pauvres hères enguenillés, affamés, hébétés et prostrés, devenues quasi quotidiennes, qui inondent les pages des médias occidentaux, finissent par marquer les esprits et nuire à l’image de l’Afrique, comme à celle de tous les Africains. L’amalgame est vite fait entre ces déshérités, abandonnés par les responsables de leur pays, et tous les autres  Noirs de France et du monde.

 

En conséquence, la bataille pour le respect de l’Africain, en France ou ailleurs, se mène, d’abord et prioritairement en Afrique, devenue aujourd’hui terre de prédilection de la négation des droits humains, réduisant de surcroît une partie du peuple, de jeunes notamment, à la misère matérielle et culturelle, par l’incurie des dirigeants du pays.

Pourquoi déboulonner la statue de Colbert en ce 21e siècle, si les Africains subissent en Afrique des sévices pires que ceux infligés aux esclaves du 18e siècle : razziés comme des bêtes, séquestrés, battus, humiliés, violés, spoliés. Des sévices jadis vécus par des esclaves en Amérique, aujourd’hui, infligés à des Africains par des Africains, en Afrique !

 

Jeunes migrants africains.

[…]

Dans sept cas sur dix, leur départ est lié à des violences, conflits ou exploitations, dont les plus fréquents survenus... « à la maison ». Les enfants gambiens invoquent ainsi les « violences domestiques »  comme premier facteur d'exil (47%) quand les Guinéens mentionnent des « persécutions politiques ou religieuses » (31%). La crainte d'un mariage forcé est le motif avancé par deux filles sur cinq, souligne l'Unicef. […]

[…]

Alors que 98% d'entre eux y [en Libye] ont passé plus d'un mois, tous « ont uniformément parlé de leur séjour en Libye comme de l'étape la plus traumatisante de leur voyage », marquée notamment par des privations de nourriture. 69% des jeunes affirment être restés dans ce pays contre leur volonté, 46% y avoir été kidnappés ou emprisonnés contre rançon, et 23% arrêtés. Leur parcours migratoire a duré en moyenne un an et deux mois.

Le Journal du Centre, 31 juillet 2017

L’enfer de Libye

C’est incontestablement en Afrique, que l’image de l’Africain est aujourd’hui la plus dégradée, une conséquence inattendue de l’indépendance des anciennes colonies européennes, qui, au lieu de mener à la rédemption du continent et de ses peuples après l’épisode coloniale, les condamne à la damnation.

 

Quel responsable africain a-t-on jamais vu s’émouvoir du sort de ces jeunes, en prenant une initiative ou proposant une esquisse de solution pour éviter ces drames devenus quasi quotidiens, ces jeunes dont certains, croyant fuir l’ombre pour la lumière, se retrouvent pris au piège, face aux rivages de l’Europe, lesquels sont en passe de devenir le plus grand cimetière de jeunes Africains du 21e siècle.

Tant que les responsables africains seront en-dessous de leurs fonctions, et inconscients de leurs responsabilités premières, il en sera ainsi, et l’image des Noirs en France et en Europe, continuera de se dégrader en conséquence.

 

Le CRAN est-il en capacité de mener une action double :

auprès des responsables africains en Afrique ?

auprès de quelques jeunes qui contribuent par leur comportement en Europe, à nuire à tous, en les incitant, avant tout, au respect scrupuleux des règles et usages du pays d’accueil ou de résidence, puis, à fréquenter des lieux de culture et de formation : bibliothèques, musées, expositions, conférences… de manière à élever leur niveau de culture et de perception du monde, en les amenant ainsi à s’instruire pour s’élever et vaincre, en favorisant de ce fait, l’éclosion du génie et de la créativité qui sommeillent en eux, bref, de permettre chez ces jeunes, l’expression de talents créatifs multiples..

 

L’intérêt porté par le CRAN à ces questions, aussi bien en Afrique qu’en France, permettrait sans doute de renforcer encore un peu plus sa visibilité et son action, laquelle doit aller au-delà de la revendication politique, car, en définitive, c’est par l’instruction, le savoir, la culture, la formation des jeunes, que l’Afrique émergera, pour le plus grand bien de l’image des Noirs, de tous les Noirs, partout dans le monde.

 

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