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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 07:31

L’IMMIGRATION EN FRANCE

 

 

Colonisation, immigration, intégration

 

 

> Après les Tente Glorieuses, la crise économique et sociale ?

Cette crise constitue pour la France, une épreuve : le retour du temps des « vaches maigres » qui rappelle la grande crise économique de l’entre-deux guerres des années 30 au déclanchement de la Deuxième Guerre mondiale.

Curieusement, elle rappelle des mots, des images que l’on croyait définitivement bannis de nos mémoires.

Ce ressac fut l’occasion de prendre rapidement des mesures auxquelles on ne pensait plus : chômage massif, fermeture des frontières, renvoi chez eux des travailleurs immigrés dont on ne voulait plus et qui devenaient, du jour au lendemain, ces indésirables qu’il fallait renvoyer chez eux, des « empêcheurs de vivre en paix» qui venaient nous « manger notre pain ».

 

S’il fut plus facile pour les travailleurs immigrés européens (italiens, Polonais, Russes, Portugais…) de rentrer chez eux, ou de s’intégrer par naturalisation, car plus proches par la culture, donc jugés plus facilement assimilables, les autres, Arabes et Noirs, rencontrèrent plus de difficultés, parce que originaires pour la plupart de l’ancien Empire colonial français d’Afrique (?).

Ce fut l’ère des « charters » pour conduire les récalcitrants dans leur pays d’origine.

Ceux qui voulurent rester coûte que coûte en France, choisirent la clandestinité et devinrent des « clandestins », des « sans-papiers », souvent enfermés dans les trop fameux « centres de rétention », dans l’attente de leur expulsion du pays.

Ces clandestins, sans papiers, contribuèrent, depuis, sans doute, à enrichir le vocabulaire généralement appliqué à cette catégorie ; ils sont à l’origine des métamorphoses du terme « travailleurs immigrés » qui devint « immigrés clandestins », puis « clandestin », certains assimilés aux délinquants ou de trafiquants de produits interdits par la loi.

Dans le même temps, surtout à partir du début des années 1990, on assista à une certaine détérioration des relations entre la France et des Etats africains.

Quelques personnalités françaises, notamment des ambassadeurs ou anciens ambassadeurs, qui s’inquiétaient de l’état de dégradation des relations entre l’Afrique et l’ancienne métropole, s’en sont émus, pour l’avenir des relations franco-africaines, principalement du sort du français, majoritairement parlé dans ces pays, et partant, du rayonnement de la France dans le monde, au moment où des nations autres qu’européennes, rodaient autour du continent africain.

 

 

Ainsi, « Le point de vue de M. Gérard Simon, ancien ambassadeur de France, publié récemment dans une revue africaine sous le titre La langue française, une espèce menacée en Afrique ? est riche d'enseignement. Son analyse commence par l'avenir prévisible à moyen terme du français en Afrique et dans le monde.

M. Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de la francophonie, affirme, par l'article publié sous sa signature dans le Figaro du 20 mars 2002, « qu'à l'horizon 2005-2010, 52% des francophones du monde seront africains. » Ces propos sont bien présomptueux. Ils relèvent de la simple spéculation quantitative, fondée sur l'extrapolation du rythme démographique. Mais ils ne prennent pas en compte, à l'évidence, les hypothèques pesant aux plans humains, politiques et économiques, sur les relations de la France, clé de voûte et élément moteur de l'édifice francophone, avec ses partenaires de l'Afrique subsaharienne. Rares sont ceux, en effet, dans lesquels l'opinion publique ne déplore, à tous les niveaux socio-économiques, l'irréversible déclin et la banalisation accélérés des relations traditionnellement privilégiées avec la France. C'est pourquoi, prenant leur parti de cet amer constat, les jeunes élites africaines se tournent résolument désormais, vers l Amérique du Nord, malgré le coût élevé des études. Les Etats-Unis et le Canada accueillent, maintenant, plus d'étudiants africains francophones que la France. De sorte qu’en dépit de toutes les déclarations circonvenues du personnel politique français, les dimensions historiques, culturelles, économiques de nos relations avec l'Afrique francophone ne cessent de se dégrader dans l'indifférence d'une opinion publique essentiellement préoccupée par la gestion matérialiste du quotidien. Cependant, il faut reconnaître que la France a bien plus à perdre que l'Afrique dans ce lâche et frileux repli égocentrique sur l'Hexagone. Que sera notre pays, à l'horizon d'une génération, privé de l'appui des dimensions culturelles, économiques, politiques, de cet espace francophone ? Ni plus ni moins qu'une nation de troisième ordre, du niveau de l’Italie ou de l'Espagne, peinant à s'affirmer dans une Europe élargie, confrontée, avec ses seuls atouts, à la concurrence féroce de la mondialisation. Il sera bien temps de se demander alors : « Qui a perdu l’Afrique ? » Nos partenaires africains en francophonie constatent que la générosité protectrice et l'intimité patrimoniale de la France se sont quelque peu taries au cours de ces dernières années en dépit des effets d'annonce affichés par Paris.

L'ambassadeur en apporte la démonstration irréfutable dans la coopération avec l'Afrique qui n'a de réalité et d'efficacité que dans les discours des dirigeants français notamment des différents ministres qui se succèdent à la tête du Ministère de la Coopération. Mais ce qu'il a surtout tenu à mettre en exergue, c'est cette propension française à écarter systématiquement les Africains de toute participation à la mise en œuvre de cette coopération instituée en leur nom. Tout comme hier, les élites africaines dans les colonies furent écartées et tenues loin de l'Administration coloniale sur leur sol, et il affirme :

De nos jours, quarante ans après les indépendances, la France se distingue singulièrement de tous les autres intervenants, bi ou multilatéraux en Afrique car, elle est bien la seule à ne pas avoir intégré de jeunes diplômés nationaux dans les services chargés de la gestion des projets de développement. Aucun autre bailleur de fonds, il faut le souligner, ne se livre à un tel ostracisme corporatif à l'égard des jeunes élites africaines que nous avons cependant contribué à former. Contrairement à ce que l'on pouvait espérer, la fusion intervenue entre le personnel de la rue Monsieur (c’est-à-dire le Ministère de la Coopération) et celui des Affaires étrangères n'a modifié en rien cet état d'esprit confinant le personnel de recrutement local dans les emplois subalternes de plantons et chauffeurs. Toutes les fonctions d'exécution restent tenues par des expatriés dont les rémunérations sont très supérieures, dans la proportion de I à 10, à celles qui seraient susceptibles d'être servies à des diplômés africains de haut niveau avec lesquels le dialogue, au quotidien, aurait une toute autre signification.

            Que de similitude aveuglante avec ce que fut naguère l’attitude des Français dans leurs colonies d’Afrique à l’égard des élites autochtones ! Le regard colonial toujours à l’œuvre ? Ou vision néocoloniale de l’Afrique ? L’ambassadeur et passe en revue tous les aspects des rapports contemporains entre la France et l’Afrique aussi bien sur le sol français que sur le sol africain et dans ces lieux privilégiés d’observation de ce rapport que sont les chancelleries françaises en Afrique :

 

Désormais et alors qu'un Français n'est pas encore tout à fait étranger en Afrique francophone, un Africain francophone doit, en revanche, subir d'innombrables tracasseries administratives, vides de toute amitié mutuelle, avant même d'accéder à notre sol. Rares sont les chancelleries diplomatiques et consulaires françaises de l’Afrique francophone qui ne sont pas quotidiennement le théâtre d'incidents avec des demandeurs de visas humiliés par le caractère inquisitorial des justifications exigées. Depuis l'entrée en vigueur de la Convention de Schengen, en mars 1995. nos partenaires africains sont traumatisés affectivement et psychologiquement par une politique de contrôle de nos frontières appliquée d'une manière excessivement rigide et technocratique. En transférant sa part de souveraineté en matière de visas, la France a perdu les capacités de nuances et de flexibilité qui s'imposent vis-à-vis de nos partenaire africains francophones habitués, jusqu'alors, à la spontanéité naturelle des échanges. Nos amis africains ne manquent donc pas de constater, avec amertume, que pendant que les ressortissants de leurs pays restent confinés sur les « liste sensibles » de l'immigration, Bruxelles exerce la « Préférence européenne » vis-à-vis des citoyens de l'Europe de l'Est. [Revue Afrique Éducation n° 108, mai 2002].

Drôle de divorce (entre la France et ses « amis » africains) qui n’ose pas dire son nom, qui n’est ni séparation à l’amiable par consentement mutuel, ni rupture consécutive à un procès équitable mais unilatéral, abrupt, sans appel, le fait du prince qui, du jour au lendemain, précipite dans la fosse commune de l’histoire, l’Afrique, les Africains, et, avec eux le passé et le futur par-dessus, pour bâtir la maison commune des frères européens.

Cet aspect particulier des choses est certainement celui qui mérite le plus réflexion et commentaire. L’Afrique victime de Schengen ! Je me souviens de ces propos d'une personnalité politique française qui fut Premier ministre au début des années 90 :

Il faut que nous fermions un peu nos portes à ceux du Sud pour les ouvrir un peu plus à ceux de l’Est, c'est-à-dire les ressortissants des anciens pays du bloc de l'Est après la dislocation de l'Union soviétique. Quel retournement de l'histoire ! » [Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ?, L’Harmattan, 2004].

 

 

> D’hier à demain, l’Afrique

Demain, l’Afrique, une province chinoise ou indienne ? Une zone d’influence russe ?...

Et quid de la francophonie ?

Quelle place pour la France, demain ?

 

                                                       

                                                         

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3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 10:51

 

IMMIGRATION, IMMIGRÉ

DEUX VIEUX MOTS

SANS DOUTE PARMI LES PLUS UTILISÉS

DANS LE MONDE HIER ET AUJOURD’HUI (1)

 

istockphoto.com

 

Deux vieux mots qui recouvrent un même phénomène

(déplacement de personnes et des réalités différentes).

 

 

°Un monde en mouvement depuis la nuit des temps, de l’homme de Neandertal jusqu’à celui du XXIe siècle.

Après la création d’un État, le premier souci de ses habitants étaient de le protéger des invasions éventuelles. Pour cela ils créèrent des frontières et émirent des lois pour réguler l’entrée des nouveaux arrivants dans leurs villes et villages.

Malgré les États, les frontières et les lois, les hommes ont toujours été en mouvement, partout et pour diverses raisons : échanges de produits, de savoir-faire…

 

 

Gérard Noiriel, dans son ouvrage, Atlas de l’immigration en France, nous montre le début et l’extension de ce mouvement des peuples.

 

« Les migrations : une histoire ancienne.

Dans l'Antiquité, c'est grâce aux migrations que les grandes civilisations ont pu s'épanouir, dans le bassin méditerranéen ou en Asie…

À partir du XVIe siècle, les progrès économiques et techniques de l'Europe occidentale fournissent à ses habitants les moyens de coloniser les autres peuples du monde. On peut distinguer deux grandes périodes. La première, celle des “temps modernes“, encadrée par deux grandes dates symboliques : 1492 (“découverte“ de l'Amérique par Christophe Colomb) et 1789 (début de la Révolution française) correspond à l'ère de la navigation à voile et de l'exploration du globe. L'émigration des Européens vers les autres continents reste limitée. En Asie, en Afrique et en Océanie, un petit nombre d'aventuriers, de marins et de commerçants installent des comptoirs en bordure des océans. Seule l'émigration vers l'Amérique présente un caractère de masse, conduisant à l'asservissement des cultures et au massacre des peuples des mondes précolombiens. L'histoire des migrations humaines débouche ainsi sur des formes de barbarie qui sont aggravées par le développement du “commerce triangulaire“, fondé sur la mise en esclavage de population africaine et sur la traite des Noirs. » (Gérard Noiriel, Atlas de l’immigration en France)

 

 

L’étude des migrations, quelles que soient les raisons ou l’aspect sous lequel on la mène, ou les régions du monde considérées, exige une vision globale du phénomène migratoire en rapport avec l’évolution des peuples et des nations, mais aussi de l’économie, des techniques…

L’Europe et la France en particulier, ont longtemps été considérées comme des régions d’immigration. Cette situation s’est amplifiée à partir du commencement du 19e siècle avec le début de l’industrialisation. Pour développer leurs industries, les Européens devaient aller chercher ailleurs la main-d’œuvre et la matière première indispensable au bon fonctionnement de leurs usines. Ils devaient également trouver à l’extérieur, des débouchés pour leurs produits manufacturés.

Pour cela ils colonisèrent les régions du monde qui leur étaient utiles, particulièrement en Afrique, en Amérique, en Asie.

 

 

° L’amplification de ce mouvement s’amorce au 19e siècle pour culminer de nos jours : flux de personnes, de produits, de techniques, d’idées...

Au début du 19e siècle, la France apparaît comme le principal État d’immigration en Europe comme on le voit sur la carte ci-dessous.

Des ressortissants de divers pays d’Europe convergent vers la France, surtout pour y trouver du travail.

(Gérard Noiriel, Atlas de l’immigration en France)

 

° L’industrialisation de la fin du 19e siècle, et des crises sociales entraînent le départ de nombreux Européens vers l’Amérique, devenue un pôle d’attraction.

 

(Gérard Noiriel, Atlas de l’immigration en France)

 

Cependant la France reste un pays d’immigration surtout pour les ressortissants des colonies françaises.

Le texte ci-dessous de Gérard Noiriel, tiré du même ouvrage, en est un bon résumé.

 

« LA SINGULARITE DE LA FRANCE.

Pendant la première période de l'histoire coloniale, la France, État le plus peuplé d'Europe, est un grand pays d'émigration. Des ports comme Nantes et Bordeaux ont bâti leur prospérité initiale sur le commerce triangulaire, participant activement à la traite négrière. Des milliers de colons français s'installent au Québec, en Louisiane, dans les Caraïbes. Des comptoirs français se créent sur les rives de tous les autres continents.

Au cours du XIXe siècle, pendant la deuxième phase de la colonisation, la IIIe République s'engage, comme les autres grands États européens, dans la course aux possessions coloniales, sous l'impulsion de Jules Ferry (que ses ennemis appellent le «Tonkinois»). À partir des «têtes de pont» établies dans les siècles antérieurs, l'empire français s'étend en Afrique, en Asie et en Océanie.

Mais, si l'on compare cette seconde période de l'histoire coloniale française à la première, on constate un changement essentiel : l'émigration des colons s'affaiblit. En raison du déclin démographique qui touche l'Hexagone dès le milieu du XIXe siècle, les départs sont juste suffisants pour fournir les cadres de l'empire colonial et la France devient, dès cette époque, un grand pays d'immigration.

La pluriactivité qui avait permis un vigoureux essor de l'économie française, sans pour autant aggraver l'exode rural, est condamnée par le développement de l'industrie lourde dans les dernières décennies du xix' siècle. Désormais, le recours massif aux travailleurs étrangers s'impose. »

 

 

° Les « Trente Glorieuses »

En France, la période comprise entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale de 1945 à 1975 environ, est connue sous le nom des « Trente Glorieuses ».

Ce fut, en effet, une période de reconstruction du pays pour lui permettre de se relever des ruines et des affres du conflit mondial destructeur.

Ce fut aussi l’époque d’un développement et d’une modernisation de la France.

 

 

Ce prodigieux développement et cette modernisation sans précédent furent rendus possibles par l’afflux important de travailleurs étrangers provenant principalement des colonies ou anciennes possessions françaises d’Afrique et d’Asie.

Puis la France procéda au licenciement massif de ces travailleurs étrangers et à leur rapatriement par divers moyens.

Certains parmi eux voulurent échapper à ce départ forcé, et devinrent donc des « clandestins ».

(Voir article du blog du 26 mai 2012 : immigration, clandestins d’hier et d’aujourd’hui).

(Voir également d'autres articles du blog sur le même thèmes)

 

Un si long chemin

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 12:24

Cathédrale de Chartres (Vitrail de Charlemagne)

 

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MOYEN ÂGE : LES ABUS DE CERTAINS ARTISANS

DÉNONCÉS PAR UN PRÉDICATEUR ALLEMAND :

BERCHTOLD DE RATISBONNE

 

Berchtold de Ratisbonne (Manuscrit de Vienne, 1447)

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Berchtold (ou Berthold, Bertold) de Ratisbonne (en allemand Berthold von Regensburg) (vers 1220 – 1272) fut un religieux allemand du XIIIe siècle, connu et respecté, un prédicateur exceptionnel et recherché, un écrivain européen avant l’heure.

Après son noviciat à Ratisbonne, il commença rapidement à prêcher, d’abord à Ratisbonne, sa ville natale, puis très vite en itinérance, d’abord en Allemagne, puis dans toute l’Europe : Autriche, Suisse, France, Angleterre...

Sa forte personnalité et ses prédications renommées attiraient un public de plus en plus nombreux, à tel point que « les églises ne pouvaient les recevoir et il était forcé de parler d'une plate-forme ou d'un arbre en plein air », selon l’abbé Hermann de Niederaltaich, son contemporain (1200/1202-1275).

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Ses prêches abordaient surtout ce qui concernait les gens moyens, leurs préjugés, leur vie de tous les jours…

Berchtold de Ratisbonne dénonçait aussi les pratiques des artisans et marchands, pratiques qui avaient cours au moyen âge et qu’il jugeait inacceptables, déshonorantes, ce qui annonce une réorganisation des métiers dans les siècles à venir.

Il dénonçait l'usure et le commerce malhonnête, le monde des métiers et des corporations, bruyants et hors les règles de la bienséance, comme on le voit dans l’extrait ci-dessous.

Il dénonçait aussi les magistrats injustes, les impôts excessifs…

Son style nous apprend l’un de ses biographes, « clair et remarquablement dégagé de toute construction latine était fort apprécié du public… ».

 

***

Berchtold de Ratisbonne s’adresse à certaines corporations d’artisans en ces termes :

 

« De tous les fripons, vous êtes les premiers, vous qui travaillez dans le vêtement, les soies, la laine, la fourrure, les chaussures, les gants ou les ceintures. On ne peut en aucune façon se passer de vous. Il faut absolument que les hommes s'habillent. Votre devoir serait donc de les satisfaire par la conscience de votre travail, en vous abstenant de voler la moitié de l'étoffe ou de recourir à d'autres roueries telles que mêler du crin à votre laine ou l'étirer tellement que le client pense avoir acheté de la bonne étoffe, alors que vous l'avez rendue plus longue qu'elle ne devrait,... et vous faites d'une bonne étoffe quelque chose d'inutilisable. Aujourd’hui, à cause de votre fraude, personne ne peut trouver de bon chapeau; la pluie en traversera le bord et dégoulinera sur la poitrine. Même tromperie pour les chaussures, les fourrures, le corroyage. Vous vendez du vieux cuir en le faisant passer pour neuf et, quant au nombre de vos supercheries, personne ne le sait mieux que vous et votre maître, le diable !...

En second lieu viennent ceux qui travaillent avec des outils de fer. De tels artisans devraient tous être consciencieux et dignes de confiance dans leur tâche, qu'ils travaillent à la journée ou à la pièce, ainsi que le font beaucoup de charpentiers et de maçons. Lorsqu'ils travaillent à la journée, ils ne devraient pas rester volontairement désœuvrés pour multiplier d'autant le nombre de leurs journées. Et toi, si tu travailles à la pièce, ton devoir te dicte de ne pas expédier la tâche trop vite afin d'en être débarrassé plus tôt, si bien que la maison s'effondrera avant qu'un an ou deux soient écoulés. Tu dois t'appliquer à ce travail comme si c'était pour toi. Toi, maréchal-ferrant, tu ferreras un cheval d'un fer qui ne vaut rien et qui cassera avant que l'animal ait parcouru à peine un mille. Il en restera peut-être boiteux, ou bien le cavalier sera fait prisonnier ou perdra la vie. Tu es un démon et un apostat et ce sont les anges apostats que tu iras rejoindre. » (Berchtold de RATISBONNE in Maxime Roux, Textes relatifs à la civilisation matérielle et morale du Moyen âge)

 

Maréchal ferrant

 

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 09:05

Cathédrale de Chartres (Vitrail de Charlemagne)

 

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PARIS AU MOYEN-AGE : MÉTIERS ET CORPORATIONS

 

 

Après l’An Mil, dans les villes et les bourgs, les artisans s’organisent en associations professionnelles, les corps de métiers. (Guildes ou Hanses, selon les lieux).

Les corporations étaient composées d’artisans d’une même profession (taverniers, cervoisiers, forgerons, tisserands, boulangers, charpentiers…).Chaque corporation était organisée selon une hiérarchie stricte : apprentis, compagnons, maîtres (patrons).

La plupart des métiers d’artisans étaient régis par une corporation qui avait pour rôle de réglementer la durée de la formation, la procédure, pour obtenir le titre d’artisan.

C’est aussi la corporation qui fixait les prix, des marchandises et assurait la protection de ses membres.

 

***

Ci-dessous deux exemples qui illustrent le rôle des corporations au 13e siècle, rapportés par Étienne Boileau dans son ouvrage Le Livre des Métiers.

 

« Corporation des taverniers

Peuvent être taverniers à Paris ceux qui le veulent, s'ils en ont les moyens, en payant le chantelage (droit que prélevait le seigneur sur le vin vendu en gros.) au roi, les mesures aux bourgeois et les crieurs. Chaque tavernier doit acheter tous les ans ses mesures aux bourgeois de Paris. Les bourgeois les vendent plus à l'un, moins à l'autre, selon leur caprice. Quiconque vend à Paris du vin en tonneau doit avoir un crieur.

Tous les taverniers de Paris peuvent vendre le vin qu'ils veulent, au prix qu'ils veulent. Cependant ils ne doivent pas augmenter leurs prix; par contre, ils peuvent le baisser et avoir du vin en tonneau autant qu'il leur plaît. Qu'ils aient des mesures justes ; si quelqu’un utilise de fausses mesures, le roi fixera l'amende à lui infliger.

 

Marchand de vin rouge (Tacuinum sanitatis, 15e S)

 

Corporation des cervoisiers (brasseurs.)

Nul cervoisier ne peut ni ne doit faire de la cervoise (sorte de bière) avec autre chose que de l'eau et du grain, c'est-à-dire de l'orge, du méteil (mélange de seigle et de froment) et de la drèche (résidu de la distillation des grains). Si on y mettait autre chose, genièvre, piment, pour la rendre plus forte, et si on était pris sur le fait, on payerait au roi une amende de vingt sous de Paris. Les prud'hommes du métier disent que tout n'est pas bon à entrer dans la composition de la cervoise, car il y a des choses malsaines et mauvaises pour la tête, pour le corps, pour les gens affaiblis et malades.

Nul ne peut ni ne doit vendre de la cervoise ailleurs qu'en la brasserie. Car ceux qui sont revendeurs de cervoise ne la vendent pas si bonne que ceux qui la fabriquent chez eux, et ils la vendent aigre et tournée : en effet, ils ne savent pas la mettre au point ; de plus, ceux qui ne la fabriquent pas chez eux, quand ils la font vendre en deux ou trois endroits dans Paris, ne sont pas là et leurs femmes pas davantage : ils la font vendre par leurs petits garçons et dans les rues des faubourgs. »  (Boileau Étienne, Le Livre des métiers, in Maxime Roux, Textes relatifs à la civilisation matérielle et morale du Moyen âge)

 

Boileau Etienne (1200-1270)
                       
Statue de l'Hôtel de ville de Paris

*

Etienne Boileau (1200-1270)

Il reçoit de Louis IX la première magistrature de Paris, vers 1254.

Louis IX le nomme Prévôt de Paris de 1261 à 1270.

Il est sévère et redouté. Il réprime les abus, rétablit les revenus royaux, réorganise les corporations d’arts et métiers. Il fait inscrire leurs coutumes et règlements ainsi que les octrois perçus et les juridictions de Paris sur un registre, le « Livre des métiers » rédigé en 1268.

 

Le Livre des métiers qu'il fait compiler vers la fin de sa carrière est un recueil de règlements établis et de règles spontanées qui tirent leur force de l'usage, et dont l'objet principal était de protéger l'artisanat et le petit commerce parisiens contre la concurrence déloyale et le chômage. Bien qu'il ne s'agisse en rien d'une œuvre originale, on y dénote un souci de cohérence et d'harmonisation. La plupart des dispositions du Livre des métiers sont la base de la réglementation professionnelle à Paris, jusqu'à la fin du Moyen Âge.

C’est un recueil des statuts de métiers parisiens (publié en 1837, pour la première fois).

 

Étienne Boileau est installé au Châtelet et cumule les fonctions de receveur des finances, d’officier de police, de juge et d’administrateur. Son traitement est fixé à 300 livres par an.

C’est avec beaucoup de fermeté qu’il exerce ses fonctions et va même jusqu'à tenir tête au chapitre de Notre-Dame pour défendre les droits du roi.

 

Étienne Boileau a appliqué la justice sans considération pour la richesse ou le rang et il a débarrassé la cité de tous ses voleurs et criminels, selon Jean de Joinville.

 

 

Le métier de crieur illustré par Jean Bodel dans le « jeu de Saint-Nicolas ».

Le crieur est au service du tavernier qu’il relaie dans la rue. Son rôle est de vanter le vin servi dans cette taverne.

 

13e siècle, un crieur de rue

« Raoulet. Vin nouvellement mis en perce ! A plein lot, à plein tonneau ! honnête et buvable, franc et corsé, courant comme écureuil au bois, sans aucune saveur de pourri ni d'aigre, courant sur lie, sec et vif, clair comme larme de pécheur, s'accrochant à la langue du gourmet ! Nul autre n'y doit goûter ! Voyez comme il tire son rideau de mousse, voyez comme il monte, étincelle et pétille ! Gardez-le dans la bouche, sa saveur vous ira jusqu'au cœur !»  (Jean Bodel, in Maxime Roux, Textes relatifs à la civilisation matérielle et morale du Moyen âge)

 

***

Jean Bodel (1165-1210)

*

Jean Bodel (1165-1210) vécut à Arras. C’est un trouvère qui s’est illustré dans la chanson de geste et le fabliau.

En 1202, Jean Bodel contracta la lèpre et entra dans une léproserie où il finira ses jours.

 

Il est l’auteur d’un certains nombre d’écrits :

  • La Chanson des Saisnes qui relate la guerre de Charlemagne contre les Saxons et leur chef Widukind (que Bodel appelle Guiteclin).
  • Le Jeu de Saint-Nicolas qui narre la façon dont Saint-Nicolas a forcé des voleurs à rendre un trésor volé.

 

Il fut le premier à avoir classé les thèmes légendaires et les cycles littéraires connus par la littérature médiévale dans

  • La matière de Rome (contes de l’antiquité classique)
  • La matière de Bretagne (concernant le Roi Arthur)
  • La matière de France (concernant Charlemagne et ses paladins).

 

Dans ses « Congés » Bodel, malade, fait ses adieux à sa ville natale et à ses amis. Le poème n’est plus sur la mort en général, mais sur sa mort.

 

Avec « Les Vers de la mort » d’Hélinand de Froidmont, il ouvre la voie à une poésie personnelle, « le dit ». Rutebeuf en est un célèbre représentant.

 

Il a aussi écrit des fabliaux comme « Brunain la vache au prêtre »


 

 

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 10:34

 

UN ÉCRIVAIN SOUCIEUX DE L’UNITÉ DE L’EUROPE
VICTOR HUGO

 

Victor Hugo (1802-1885)

 

¤ Lettre à l’armée russe

Cette lettre s’inscrit bien dans l’actualité ; presque deux siècles séparent l’invasion de la Pologne et de l’Ukraine ; et toujours une certaine sauvagerie de l’armée russe.

***

« Soldats russes, redevenez des hommes.
           
Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
           
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :

Si vous continuez cette guerre sauvage ; si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ; si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ; si, vous qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes ; si, à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême ou le choix vous est donné entre Petersburg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ; si, dans ce conflit décisif, vous méconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité ; si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ; si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ; si de votre malheur vous faites votre honte ; si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ; si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des droits, le droit à la patrie ; si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne, si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et vous soulèverez l’exécration du monde civilisé ! Les crimes de la force sont et restent des crimes ; l’horreur publique est une pénalité.

Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas.

Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n’est pas l’ennemi, c’est l’exemple. »

VICTOR HUGO.

Hauteville-House, 11 février 1863.

 

(Article paru le 11 février 1863 dans le journal La Presse.)

 

 

 

« Il vient une heure où la protestation ne suffit pas, après la philosophie, il faut l’action. » (Victor Hugo)

 

 

¤ Bref rappel de la vie de Victor Hugo

Victor Hugo, écrivain français, est né à Besançon en 1802 et mort à Paris en 1885.
        Fils d’un général d’Empire, il montre très tôt un goût prononcé pour les lettres (la littérature).

À ses débuts, très tôt, avant l’âge de 20 ans, il semble tenté par la rigueur classique et fait preuve d’un « certain conservatisme en politique », sensible dans ses premières œuvres :

-les Odes (1822).

-les Ballades (1826).

Mais, le jeune écrivain va vite vers d’autres formes littéraires, avant d’évoluer vers le romantisme qui semble plus convenir à son tempérament.

Cette évolution littéraire s’accompagne d’un pendant prononcé  pour la politique.

 

 

À partir de la publication des « Orientales », il fait de la liberté un élément indispensable de la création artistique (toutes les formes de l’Art)

 

Dès lors Victor Hugo, s’impose comme le chef de file du romantisme, surtout avec la représentation de sa pièce « Hernani »

À partir de 1831 il multiplie les recueils de poésie :

-Les feuilles d’Automne

-Les chants du crépuscule

-Les Voies intérieures

-Les Rayons et les Ombres

 

La gloire littéraire d’Hugo le pousse à se lancer dans la publication de romans historiques

-Notre-Dame de Paris

-Les Misérables

-Quatre-vingt-treize

-Les Travailleurs de la mer

 

À ces activités littéraires, il ajoute un autre penchant, la politique.

Louis-Philippe le nomme Pair de France (1845) en tant que Vicomte Hugo.

1848, il est élu député.

Mais opposé au coup d’État de 1851, il s’exile d’abord à Jersey puis Guernesey (où il écrit « Lettre à l’armée russe » en 1863.

Durant son exil (19 ans) il rédige une bonne partie de son immense œuvre (entre 1851 et 1870, date de la chute de Napoléon II.

Cette œuvre monumentale et diversifiée à souhait, fait sans doute de lui, l’écrivain français le plus lu de son temps, comme par la postérité.

Inspiré et prolixe jusqu’à la fin de sa vie, Hugo a fait montre d’un génie, d’un talent et d’une activité exceptionnels.

 

 

« Une guerre entre Européens est toujours une guerre civile. » (Victor Hugo)

 

Dans le ton de la « Lettre à l’armée russe », le poème « Amis, un dernier mot » que Victor Hugo publia en 1831.


Amis, un dernier mot ! —

 

[…]

 

Je hais l'oppression d'une haine profonde.
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier ;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,
La Grèce, notre mère, agonise éventrée ;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix ;
Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;
Quand Lisbonne, jadis belle et toujours en fête,
Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tête ;
Lorsqu'Albani gouverne au pays de Caton ;
Que Naples mange et dort ; lorsqu'avec son bâton,
Sceptre honteux et lourd que la peur divinise,
L'Autriche casse l'aile au lion de Venise ;
Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc ;
Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc ;
Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique ;
Quand Vienne tient Milan ; quand le lion Belgique,
Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon,
N'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;

Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte,
Viole Varsovie échevelée et morte,
Et, souillant son linceul, chaste et sacré lambeau,
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau ;
Alors, oh ! je maudis, dans leur cour, dans leur antre,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre
Je sens que le poète est leur juge ! je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants,
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois, qu'on aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir !
Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.

J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance,
Et les molles chansons, et le loisir serein,
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain !

 

 

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4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 09:44

 

GUSTAVE GAUTHEROT, UN ANTIBOLCHÉVIQUE RÉSOLU (2)

 

 

Les Bolchéviks dans les possessions françaises d’Afrique, par Gustave Gautherot

 

 

Gustave Gautherot était persuadé que les bolchéviks s’adonnaient à une œuvre mondiale de subversion minutieusement programmée qui commence par les possessions françaises d’Afrique (Nord et Sud du continent), comme on peut le constater dans l’extrait ci-dessous.

 

 

Le texte est un extrait de « Le Bolchévisme aux colonies » :

 

« Le Bolchévisme en Afrique

 

Le 4 mars 1928, en installant la commission interministérielle chargée d'étudier les projets relatifs à l’extension des droits politiques des indigènes de l’Algérie et des colonies, le Ministre de l’Intérieur, M André Tardieu, après avoir observé que « tout se tenait dans l’unité française », a donné ce solennel avertissement :

« Sur tous les points de ce vaste empire, mais plus particulièrement en Afrique, nous avons d’autre part à compter avec deux forces, dont l’une est ancienne et l’autre récente ; dont l’une a prouvé qu’elle comporte avec notre génie de mutuelles et fécondes adaptations, dont l’autre démontre chaque jour qu’elle est inassimilable ; dont la première fut et demeure créatrice de civilisation et dont la seconde ne serait que dissociante et destructive. La première est l’Islam, la seconde est le bolchévisme. Vous compterez avec toutes les deux. »

Entre l’Islam et la civilisation européenne, entre leur spiritualisme, leur morale, leurs principes sociaux élémentaires, il existe en effet des points de contact et des possibilités de collaboration. La muraille qui les séparait ressemble à ces antiques remparts qui courent aujourd’hui à travers les cités sans entraver la commune activité. Bien avant les gouvernements franco-tunisiens et franco-marocains, l’amitié franco-musulmane a prouvé qu’au fond rien n’empêchait d’anciens ennemis de se tendre une main loyale et de travailler ensemble, dans le mutuel respect de leurs croyances héréditaires, aux œuvres de paix. Nous ne sommes d’ailleurs qu’aux premières décades de cette heureuse collaboration, et il y a lieu d’espérer qu’elle multipliera ses fruits. En tout cas, le fanatisme musulman a les meilleures chances de s’assouplir à notre contact ; les vertus des races qui, dans le passé, furent si fécondes, et qu’une sorte de maladie du sommeil immobiliserait ne seront pas étouffées, mais revigorées par notre génie en plein essor ; et se sera tout profit pour l’humanité.

Nous en dirions de même des autres religions africaines, de ces religions « animistes » qui n’excluent pas une remarquable sociabilité. La sauvagerie du continent noir est d’ordinaire le résultat de déchéances qu’il nous appartient de guérir. Entre Français et indigènes, la confiance, la compréhension, l’amitié, s’établissent aisément. Jusqu’au cœur de l’Afrique, nos missionnaires multiplient de significatives conquêtes. L’avenir est plein de fraternelles espérances.

**

Mais voilà que se dresse, sur ce continent renaissant, le « spectre rouge » du bolchévisme : il y inspire, non pas la fraternité, mais la haine ; il y prépare non pas le progrès dans la paix, mais la régression dans la guerre destructrice. Entre l’Islam et la France, il cherche, non pas à aplanir les barrières mais à les relever. Le bolchévisme qui est, en dernière analyse, l’ennemi mortel de toutes les libertés comme de tous les sentiments religieux, prêche l’indépendance nationale, bien plus l’indépendance raciale, la révolte continentale, et prétend constituer contre nous, contre l’Europe, le bloc africain : Afrique noire contre Afrique blanche.

Ce n’est encore qu’un rêve assez lointain. L’U.R.S.S. ne pénètre pas l’Afrique de toutes parts comme elle pénètre l’Asie. Ni par leur densité, ni par leur degré de culture, les deux continents ne sont comparables. Les insurrections chinoises, hindoues ou druses n’ont pas eu encore — (sauf avec Abd-el-Krim) — leurs pendants en Afrique. Mais le plan d’action est nettement tracé ; leurs courants d’idées sont établis ; les conséquences s’en développent régulièrement, favorisées par des rivalités internationales et par des disputes françaises qu’il importe d’abord de caractériser. »

 

Papillon communiste collé sur les murs d'Alger en 1930

 

****

« Rivalités internationales et Problèmes français

 

Le partage de l’Afrique s’est naturellement effectué, au XIXe siècle, entre les puissances qui contribuèrent le plus à découvrir le continent, qui y possédaient déjà des territoires, qui se trouvaient orientées vers lui et en mesure d’y soutenir leurs droits. L’Allemagne sut, après coup, s’y tailler un véritable empire, que lui fit perdre sa défaite de 1918. L’Italie, trop tard venue, et d’ailleurs arrêtée jadis par des opérations malheureuses, se trouve à l’étroit en Tripolitaine. Les Etats non-coloniaux et l’Union Nord-Américaine elle-même estiment aujourd’hui que les débouchés africains ne sauraient rester le monopole de quelques nations. D’où les compétitions dont joue Moscou.

 

LA COLLUSION GERMANO-SOVIÉTIQUE

 

Par les traités de Brest-Litovsk, de Rapallo et de Berlin, le Reich a conclu avec les Soviets — « avec le diable » — des pactes qui, au point de vue économique, ont abouti à de fatales désillusions, et qui, au point de vue politique, ont singulièrement favorisé la bolchévisation de l’Allemagne. Des patriotes aussi éclairés que le général Max Hoffmann [ancien chef d’État-major des armées allemandes en Russie], dès 1919, et le capitaine Ehrhardt [chef nationaliste très actif], à la fin de 1929, ont d’ailleurs condamné une aussi funeste politique.

Si les Alliés victorieux lui avaient laissé ses colonies, le Gouvernement allemand n’en aurait-il  pas profité pour jouer en Afrique aussi la carte de Moscou ? Ou bien la solidarité coloniale ne l’aurait-elle pas rapproché de l’Occident ? Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel des choses, la collusion germano-soviétique apparaît de la façon la plus nette sur le terrain colonial.

*

Pangermanistes et internationalistes moscoutaires s’accordent tout au moins pour combattre le traité de Versailles. En ce qui concerne les colonies, au mois d’avril 1929, le Dr H. Schacht, président de la Reichsbank et chef de la délégation allemande à la commission des Réparations, a manœuvré à Paris pour obtenir la restitution du Togo, du Cameroun, du Sud-Ouest et de l’Est-Africain allemands, restitution liée, déclarait-il, à la prospérité économique, et par conséquent à la capacité de paiement du Reich. Il était soutenu en cela par toute la presse d’Outre-Rhin, et par les objurgations de la « Ligue d’Empire des Allemands à l’étranger, des Colonies et des pays frontières dépouillés de leurs biens ». Logiquement, cette attitude est inconciliable avec le bolchévisme — qui réclame l’abolition de toute domination coloniale ; —  mais, outre que la politique germanique s’embarrasse assez peu de pure logique, les colonialistes allemands, repoussés par les Puissances mandataires, les attaquent alors avec des arguments semblables à ceux de Moscou.

*

Pour établir la nécessité du retour en Afrique des colons, des ingénieurs, des médecins, des missionnaires allemands, ils taxent en effet d’insuffisance, voir d’indignité, ceux qui les ont remplacés. Ils proclament la faillite de la colonisation française, anglaise ou belge. Ils prennent la défense des malheureux indigènes. Ils rejoignent alors les purs bolchévistes de la Ligue contre l’Impérialisme et contre l’Oppression Coloniale.

Nous avons suffisamment décrit les origines et l’action germano-soviétique de cette ligue pour qu’il soit utile d’y revenir. Nous n’accusons pas l’ensemble de la nation allemande d’un aussi détestable concours ; mais il est démontré que les mortels ennemis de la civilisation européenne et de son rayonnement à travers le monde ont pu établir leur second quartier général dans un pays dont la culture et la puissance d’expansion devraient, en vérité, servir à d’autres fins.

Pour l’Allemagne elle-même, l’alliance avec les Soviets est une arme à deux tranchants, qui déjà entaille profondément sa propre substance, l’empoisonne et la menace d’une irrémédiable déchéance.

L’AMBITION ITALIENNE

 

Romme et Moscou ne sont-ils pas aux antipodes ? Le « Duce », qui a soustrait la péninsule aux griffes du bolchévisme, réconcilié de Quirinal et le Vatican, et insufflé une âme nouvelle au peuple italien, pourrait-il conspirer en quoi que ce soit avec l’ennemi juré du fascisme ? Ce serait assurément paradoxal. Mais il arrive que les extrêmes se touchent, surtout quand la politique méprise les lois d’un sage équilibre.

Sans attacher plus d’importance qu’il ne convient aux extravagances des thuriféraires qui saluent en M. Mussolini l’ « Empereur des Latins » et vont jusqu’à opposer son triomphant césarisme au « despotisme tremblant d’une France en dissolution », jusqu’à imaginer un « Occident Romain » en révolte contre l’ « Occident usurpateur » dans lequel « la suprématie de Paris n’est qu’une apparence », nous devons constater que les ambitions fascistes sont assez conquérantes pour réclamer, en Europe, la Corse, l’ancien comté de Nice et la Savoie ; en Afrique, les territoires du Borkou et du Tibesti, qui séparent la Tripolitaine du lac Tchad, et même, bien au-delà, le Cameroun, ce qui constituerait, de la Méditerranée au Golfe de Guinée, une Afrique italienne coupant en deux l’Afrique française ! Il s’y ajouterait sans doute la Tunisie, qu’une colonisation non pas seulement économique, mais d’allure politique et agressive, vise à italianiser. On voit tout ce qu’une telle attitude a d’incompatible avec l’amitié franco-italienne et avec l’équilibre européen, tout ce qu’elle présente, par conséquent, d’avantageux pour l’ennemi commun.

*

Une si aveugle activité entraîne de tristes conséquences. Puisqu’on songe à dépouiller la France, ne convient-il pas d’en affaiblir, d’en flétrir la domination coloniale ? Le 31 janvier 1929, le Giornale d’Italia publiait  une correspondance de Paris dont les titres monumentaux sont assez significatifs :

« Premières lueurs sur les mystères de la tragédie africaine : trois millions de noirs en fuite de la colonie française :

17 000 victimes pour 140 kilomètres de chemin de fer.
          
La féroce persécution des travailleurs africains.
          
Cruauté incroyable et massacres en masse. »

 

Que s’était-il passé ? Dans la Haute-Sangha congolaise, où nous n’avons qu’un cadre très restreint de fonctionnaires, le sorcier Karinou avait suscité une certaine effervescence. Le sorcier était mort depuis, et le trouble s’était apaisé. Il s’agissait donc d’incidents sans importance, mais aussitôt grossis par la haine de l’Humanité, qui annonça :

« En A.E.F., les nègres se dressent contre la colonisation sanglante.

La révolte des noirs de la Grande-Forêt.

Le ministre Maginot, actuellement à Dakar, hâte l’organisation des colonnes de répression. »

 

 

Ce vulgaire bourrage de crâne avait été utilisé par le Giornale d’Italia ! Et d’autres journaux italiens imitent, quand il s’agit d’attaquer la colonisation française, la presse de Moscou : par exemple Il Tevere (de Rome), dont une caricature montre un officier français cravachant un pauvre nègre nu et décharné : « Bandit ! crie le Français, cela ne te suffit donc pas d’avoir l’honneur d’être citoyen du grand empire français ! » Sous le titre « Degrés de civilisation », l’A.E.Z. (de Rome) publie « quelques renseignements démographiques recueillis au Congo français d’où il résulte que la mortalité des noirs y est épouvantable », renseignements synthétisés dans ce dialogue illustré entre un obèse colon et un nègre affublé à l’européenne : « Nous nous révoltons parce que nous sommes les plus civilisés des Français. — Comment ? — Certainement ! Nous sommes déjà  arrivés à cent morts pour cinquante naissances ! » Un dessin d’Il Impero (de Rome) représente un officier français donnant des chaussures et un fusil à un indigène : « Tu es idiot, dit le noir, si tu espères que je veux me mettre des souliers pour me faire massacrer sur le Rhin ! ». Sous le titre « Au chic parisien », Il Travaso delle Idee (qu’imprime la Tribuna Romana) offre le 7 juillet 1929 a ses lecteurs ce dialogue entre une acheteuse et un vendeur : «  C’est exagéré ! Un simple petit sac en peau, mille francs ! — Mais, c’est de la peau de maroquin (marocain), et celle-ci coûte très cher aujourd’hui, surtout à nous autres Français. »

Est-ce l’ambassadeur des Soviets à Rome qui fournit les clichés, ou les idées ? En tout cas, il doit en être satisfait, non seulement à l’égard de la France, mais encore à l’égard de l’Italie et de toutes les Puissances colonisatrices.

*

C’est toujours, en effet, l’arme à deux tranchants qui frappe à coup sûr. Si les fascistes dont nous venons de caractériser la manière n’en comprennent pas le danger, leur gouvernement ne saurait fermer les yeux à l’évidence. L’Italie, elle aussi, emploie des troupes noires : « A Bou-Aily, — relatait, lors des opérations militaires de Cyrénaïque, l’Union du 30 janvier 1929, — l’un de nos officiers tombait valeureusement pendant le combat avec dix hommes de couleur. Nous avons eu en outre vingt blessés, tous de couleur ». Lors du mariage du Prince de Piémont avec la Princesse de Belgique, — avec la fille du souverain du Congo, — le défilé des troupes de couleur a d’ailleurs déchaîné l’enthousiasme romain. Comment l’Italie s’assurera-t-elle de leur fidélité, quel rôle pourra-t-elle jouer en Afrique, si elle y détruit elle-même le prestige des blancs, et si elle méconnaît la solidarité coloniale qui — face au bolchévisme — unit nécessairement les puissances européennes ?

Cette solidarité est d’ailleurs battue en brèche par d’autres nations de race blanche.» 
[…]          
                
(Gustave Gautherot, Le Bolchévisme aux colonies, et l’impérialisme rouge)

 

****

Ainsi le professeur Gautherot aura, toute sa vie, lutté avec constance, par la plume, contre ce qu’il nommait l’ « infection des colonies » françaises par ce qu’il considérait comme le mal absolu, le bolchévisme soviétique.

Il croyait ce « virus » capable, en s’infiltrant dans les colonies, d’infester l’esprit des indigènes, les amenant ainsi à toutes sortes de rebellions contre la métropole.

 

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 13:40

 

GUSTAVE GAUTHEROT, UN ANTIBOLCHÉVIQUE RÉSOLU

Un rempart contre l’expansion du bolchévisme en Europe ?

 

Gustave Gautherot (1880-1948)

 

> Seul dans la tempête Rouge ?

Fort d’une impressionnante documentation glanée dans la presse mondiale, Gustave Gautherot (1880-1948), professeur d’histoire, docteur ès lettres, fut un combattant acharné du communisme et de l’Internationale contre lesquels il lutta tel un Don Quichotte français se battant contre les moulins à vent dans un désert aride.

Toute sa vie, il lutta avec le même zèle contre l’expansion du communisme bolchévique en France, en Europe, mais aussi en Amérique, en Afrique, en Asie où il étudia avec minutie les conquêtes et les avancées du communisme dans toutes ces régions du globe.

Il étudia avec soin les méthodes d'organisation du bolchévisme pour infiltrer les associations, les syndicats de même que leurs responsables.

Selon lui, les Bolchéviques possédaient l’art le plus raffiné pour infiltrer les responsables syndicaux notamment dans les colonies européennes d’Afrique, d’Asie…

 

Document extrait du livre
Le bolchévisme aux colonies et l’impérialisme rouge,
Gustave Gautherot

 

> Un véritable érudit, scientifique et politique

Gustave Gautherot laisse une œuvre importante par sa diversité, avec sans doute une préférence pour la politique et la société.

Parmi cette œuvre foisonnante :

  • Les relations franco-helvétiques de 1789 à 1792.
  • La Révolution française dans l’ancien évêché de Bâle.
  • L’Assemblée constituante : le philosophisme révolutionnaire en action.
  • La Démocratie révolutionnaire. De la Constituante à la Convention.
  • L’agonie de Marie-Antoinette.
  • Le Monde communiste

 

Enfin un dernier ouvrage mais non  le moins lu, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

  • Derrière le rideau de fer, la vague rouge déferle sur l’Europe (1946)

 

 

Élu sénateur de la Loire Inférieure en 1932, puis 1933, l’infatigable baroudeur anti-communiste a rendu l’âme le 24 avril 1948 à Paris, couvert de distinctions et de titres honorifiques :

  • Croix de guerre
  • Chevalier de la Légion d’Honneur

Et de multiples prix littéraires.

 

 

Ce texte est extrait de « le Bolchévisme aux colonies et l’impérialisme rouge » de Gustave Gautherot, publié en 1930.

L’intérêt de ce texte réside — selon certains spécialistes — dans le fait qu’il apparaît non comme une attaque frontale du système soviétique mais comme un moyen de dénoncer les méthodes utilisées par ce régime, consistant à affaiblir les puissances européennes en les attaquant dans leurs possessions coloniales : en Afrique, en Amérique, en Asie…

 

« Le gouvernement Soviétique, étroitement lié à la Troisième Internationale, a déclaré au monde une guerre sans merci. Il s’agit d’abattre la civilisation moderne, d’en éteindre le rayonnement et de lui opposer un impérialisme que le programme officiel de l’Internationale Communiste annonce en ces termes :

"En se groupant politiquement autour des centres de la dictature prolétarienne, les Soviets paysans des anciennes colonies arriérées et les Soviets ouvriers et paysans des anciennes colonies d’un type plus développé seront intégrés dans le système général de la Fédération toujours croissante des Républiques Soviétiques, et par là-même dans le système mondial de la dictature prolétarienne..."

Contre l’Occident, contre tous ses principes intellectuels, moraux juridiques, politiques, se retourneraient ainsi les masses asiatiques et africaines. Le but final de l’assaut n’est pas de libérer les peuples de couleur, de sauvegarder leurs propres traditions, mais de les plier à la Dictature de Moscou et de les absorber dans l’Union Soviétique qui — doctrinalement — n’a pas de frontières.

**

Nous savons quels sophismes et quelles réalités cache l’expression "dictature prolétarienne" : depuis 1917, l’histoire de l’infortuné peuple russe nous a suffisamment édifiés sur le léninisme et ses applications.

Mais le bolchévisme n’en poursuit pas moins sa course. On nous parle du "crépuscule" de la race blanche ; et la nécessité de défendre l’Occident contre les ténèbres venues d’Orient préoccupent d’autre part les esprits les mieux avertis, si dissemblables que soient leurs tendances. Bornons-nous ici à quatre témoignages particulièrement autorisés.

"Au moment même où nous essayons de nous rapprocher des âmes indigènes, écrit M. Georges Hardy, directeur de notre École Coloniale[1], d’autres influences tendent à les éloigner de nous. Un peu partout, de grands mouvements qui agitent le monde menacent de faire vibrer les populations coloniales : ici, c’est le Communisme ; ailleurs, la propagande pan-nègre, transmise par les Noirs d’Amérique ; ailleurs encore, le panislamisme, les menées révolutionnaires venues de l’Inde… Ces mouvements se trouent fréquemment déformés par les caractères et les traditions du milieu, où ils pénètrent ; telle agitation communiste, par exemple, n’a de communiste que le nom ; mais ils rejoignent généralement une formation ethnique, ils donnent aux groupements indigènes une conscience nouvelle de l’autorité européenne et compromettent un rapprochement qui s’annonçait déjà  difficile."

Le directeur du Bureau International du Travail dénonce plus positivement la force de la propagande communiste : "Partout, a déclaré M. Albert Thomas à son retour d’Extrême-Orient, non seulement l’isolement, mais aussi, il faut bien le dire, quelque opposition des races. Et, par là-dessus, un facteur qu’il ne faut pas négliger, qu’on retrouve partout, ici comme ailleurs, le Communisme… Au Japon, j’ai été accueilli par des cris et des sifflets à la gare de Tokyo : les communistes avaient menacé de ne pas me laisser débarquer. Dans les Universités, dans des auditoires de 3 000 à 3 500 étudiants japonais, il y avait toujours dans le fond quelque cent à deux cents Communistes qui intervenaient violemment, me posaient des questions ou m’insultaient…"[2]

Deux années auparavant, — le 22 avril 1927 — M. Albert Sarraut avait prononcé à Constantine le fameux discours dont il convient de rappeler quelques passages car l’ancien ministre de l’Intérieur et des Colonies, l’ancien Gouverneur général de l’Indochine, l’auteur du projet de loi sur "la mise en valeur des Colonies françaises"[3] y oppose de la façon la plus frappante les principes de la colonisation française aux doctrines communistes :

"L’insurrection coloniale, la perte ou l’abandon par la France de ses colonies est l’un des articles essentiels du programme de déchéance française dont l’exécution méthodique est impérieusement tracée par une influence étrangère aux affiliés français servilement courbés sous sa loi. Une logique rigoureuse ordonne à cet égard les desseins de la IIIe Internationale de Moscou. La France représente dans le monde la force morale la plus capable sans doute de résister victorieusement à l’entreprise universelle de désagrégation nationale et sociale d’où les dirigeants du Communisme moscovite espèrent faire surgir le nouvel impérialisme.

"La colonisation a toujours été pour la France une création d’humanité, et si le colonisateur est en droit de retirer de son œuvre de légitimes avantages, la doctrine française considère qu’elle n’est pas simplement un enrichissement national, mais en enrichissement universel…

"Avec son domaine d’outre-mer, la France est une nation de cent millions d’habitants, riche d’incomparables richesses. Sa force militaire, c’est-à-dire sa sécurité et son avenir économique, dépendent largement, dépendront plus largement encore demain de ce potentiel colonial. Voilà donc ce qu’il faut annihiler

"Pour le Gouvernement et le Parlement, comme pour les masses laborieuses, la devise, le mot d’ordre doit rester le même : le Communisme, voilà l’ennemi."

Plus récemment, c’est l’organe d’observateurs très compétents, — car ils sont en contact étroit avec l’âme indigène — c’est la Revue Missionnaire (de mars 1930) dont l’éditorial caractérisait ainsi "la marée montante du bolchévisme"

"Les troubles révolutionnaire d’Indochine et de Durban (Sud-Africain), les révélations du procès de Meerut (Indes anglaises) et des quelque huit cents communistes arrêtés au Japon, la recrudescence de l’opposition communiste dans les provinces du Sud en Chine, nous montrent dans le monde entier le progrès irrésistible du bolchévisme en pays de Missions. Alors que la vie chrétienne ne s’y épanouit que lentement, à la manière d’une plante qui croît et se développe, le bolchévisme se propage à la manière d’un feu destructeur : sa flamme tantôt monte toute droite, se faisant plus vigoureuse, tantôt se couche et rampe sous une rafale, se communiquant à tout ce qui l’entoure."

Si forts, cependant, que soient de tels cris d’alarme, et si vives les flammes qui jaillissent aujourd’hui à travers les continents, l’alerte est encore inopérante. La Revue Missionnaire elle-même croit pouvoir affirmer que "Moscou n’est pas la tête du bolchévisme"[4]. L’éminent directeur de l’École Coloniale craint d’exagérer le rôle du bolchévisme (dont il n’étudie d’ailleurs pas l’organisation). Le Bureau International du Travail, et la Société des Nations gardent à son endroit une déconcertante passivité. Les gouvernements attaqués, du dehors et du dedans, ne prennent contre l’ennemi commun que  des mesures sans portée, contradictoires et isolées, quand ils n’en favorisent pas les entreprises par de fatales complaisances.

 

**

Au cours de ce livre, qui met nécessairement en jeu toute la politique internationale, nous verrons en effet la vigoureuse logique des principes et l’unité de front existant du seul côté de l’agresseur.

Il est évident que la destruction des empires coloniaux entraînerait la ruine des métropoles, la ruine aussi des autres pays, en raison de la solidarité économique internationale. Entre la France et la Grande-Bretagne par exemple ou entre l’Europe et l’Amérique, aucune concurrence d’intérêts ne saurait au fond l’emporter sur les liens vitaux qui unissent les producteurs, les commerçants et les consommateurs, sans parler des liens immatériels qui rapprochent les âmes. L’Impérialisme Rouge cherchant à briser ces liens et à déchaîner ces catastrophes, il est non moins évident qu’il faut lui barrer la route.

Or, maints gouvernements tolèrent et en quelque sorte légalisent la servile et criminelle propagande de ses agents ; reconnaissent "de jure" et admettent les ambassadeurs d’une puissance qui, par définition, combat implacablement tous leurs droits et le Droit lui-même. Si l’on traite ainsi d’égaux à égaux avec les bourreaux d’une grande nation et avec les perturbateurs du monde ; si les journaux communiste ont licence d’inciter quotidiennement, publiquement les peuples coloniaux à la révolte ; si un députés communiste peut impunément faire l’apologie de l’insurrection et de la trahison à la tribune du Parlement, quelle autorité peuvent ensuite conserver les arrêts de justices, et comment les condamnés ne seraient-ils pas transformés en victimes de l’arbitraire, en martyrs, bientôt en triomphateurs, — alors qu’en Russie Soviétique la résistance à l’oppression, même sur le terrain économique, est un crime capital, irrémissible ?

Le plus vaste des empires coloniaux va plus loin encore ; au moment même où le bolchévisme bouleverse ses possessions asiatiques et africaines, il étend le privilège de l’immunité diplomatique aux délégations commerciales dont l’ingérence dissolvantes est inévitable.

Les relations diplomatiques ne sont d’ailleurs pas nécessaires aux commerçants, aux industriels, aux ingénieurs, aux capitalistes pour conclure avec les Soviets des marchés qui sont doublement des marchés de dupes ; car d’une part les ressources fournies au Gouvernement Soviétique servent à alimenter sa propagande extérieure ; d’autre part, si la réintégration de l’immense Russie dans l’économie mondiale s’impose certes le plus en plus, il est clair qu’elle ne pourra s’opérer efficacement qu’après la chute de ses destructeurs.

Que dire des "pactes avec le diable" et des hideuses collusions dont usent encore certains politiciens assoiffés de revanche ou brûlés d’ambition ? Ignorent-ils donc que l’Impérialisme Rouge compte précisément sur les luttes fratricides des nations civilisées pour réaliser ses desseins ?

**

Le plan bolchéviste commence pourtant à s’inscrire sur le globe en traits de feu.

Les principes directeurs et le mécanisme de la révolution mondiale sont exposés dans les statuts de l’Internationale Communisme, les comptes-tendus de ses congrès, les bulletins de ses groupements internationaux. Il en ressort que jamais méthode plus rigoureuse, voire plus "scientifique, n’a été mise au service d’une plus puissante machine de guerre sociale.

En Europe, même parmi les esprits cultivés, cette monstrueuse théorie a multiplié les victimes. Ce goût du suicide, cette éclipse du bon sens, ce refroidissement du foyer civilisateur paraissent au premier abord assez alarmants. Mais les races qui, de 1914 à 1928, ont prodigué tant d’héroïsme ne sont pas des races épuisées ; et leurs prodigieuses expansions d’outre-mer prouvent qu’elles ne sont pas en décadence. Le bolchévisme a, somme toute, échoué sur ce continent, ou du moins ce continent reste capable de le juguler.

En Asie, il en va autrement. Appliqué à d’antiques civilisations qui n’ont pas rajeuni leur sève, le bolchévisme — combiné d’abord avec le nationalisme wilsonien — produit l’effet d’un explosif.au sein de l’anarchie chinoise et à travers la révolte hindoue on voit apparaître les nouveaux maîtres. L’Union Soviétique, étalée sur la moitié du continent, injecte directement son virus à des masses de huit cent millions d’hommes : si elle ne parvient pas à les lancer contre l’Europe, elle peut du moins s’en servir pour chasser les colonisateurs blancs, pour couper les courants internationaux, pour rompre l’équilibre mondiale, — pour porter à l’Europe le coup indirect qu’elle espère mortel.

En Afrique, la gangrène est beaucoup moins menaçante. Les populations méditerranéennes retrouvent le soleil latin. Les races noires, enfin éveillées, sont entraînées dans son orbite et fraternisent avec nous dans le vaste empire qui prolonge la France jusqu’au Congo. La Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Portugal complètent sur ce sol neuf l’emprise européenne. Pour l’humanité, il y a là de magnifiques espérances. Nous n’oublions pas l’Angleterre, grande puissance africaine : mais ici aussi le "colosse aux pieds d’argile" est fortement secoué ; les troubles de l’Union Sud-Africaine répondent à ceux des Indes ; l’indépendance égyptienne, conjuguée avec la sédition palestinienne, menace le canal de Suez, artère impériale. Une  révolution noire sud-africaine ne se répercuterait-elle pas jusqu’au cœur du continent ? Et comment l’Afrique, surtout si le Nord-Est laisse passer le flot rouge, ne subirait-elle pas le contrecoup des révolutions asiatiques ? Jamais l’armée française (qui garde heureusement, comme au temps des croisades, le bastion syrien) et la flotte britannique n’ont-été plus solidaires !

La solidarité s’étend aux Amériques, peuplées d’Européens. Si les États-Unis prétendaient encore "tourner le dos" aux mères-patries, Moscou se chargerait de modifier cette attitude, d’ailleurs illusoire, car le bolchévisme progresse dans le Nouveau-Monde ; il s’efforce d’en disjoindre les races, d’y acclimater la "lutte de classe" et d’y saper une prospérité dont les gigantesques « gratte-ciel » ne s’élèvent pas sur d’assez fermes assises ; il y cherche même des renforts pour "libérer" l’Afrique…

L’Impérialisme Rouge présente au moins cet avantage de nous faire comprendre que pour les continents eux-mêmes l’époque n’est plus des "splendides isolements". Mais encore faut-il que le rapprochement des peuples enfante la paix, et non la guerre. Et c’est bien la guerre, la guerre totale, la guerre universelle que prépare l’Impérialisme Rouge.

**

Nous établirons surabondamment ces tragiques vérités.

Il nous a été difficile de donner des contours précis aux mouvants événements et de discerner le degré de véracité de maintes informations. Mais nous avons toujours noté les sources auxquelles nous puisions : le lecteur pourra donc les vérifier, ou en apprécier la portée.

En ce qui concerne la doctrine et le programme d’action du bolchévisme anticolonial, la force de notre documentation est d’ailleurs indéniable, puisqu’elle est extraite de la "littérature" soviétique.

Cette "littérature" indigeste, rebutante, barbare, est trop peu connue. Elle échappe même aux "sympathisants" communistes qui pèchent surtout, nous l’avons souvent constaté, par ignorance et par naïveté. Elle échappe  aussi sans doute aux hommes d’État, aux guides politiques et intellectuels des peuples, puisqu’ils en tiennent si peu de compte. Présentée sous une forme substantielle, et objective, car il s’agit de serrer de près les textes et les faits, mais méthodique et nous l’espérons, assez claire, complétée par les critique des assertions bolchévistes, elle dévoile l’extraordinaire puissance des plans de l’Impérialisme Rouge et l’aveugle ou coupable faiblesse des résistances qu’il rencontre.

Un inexorable dilemme s’impose aujourd’hui aux Êtas civilisés. Ou bien ils s’uniront contre l’ennemi commun ; ils l’expulseront de chez eux et des colonies qu’il infecte ; ils lui arracheront les peuples asiatiques et africains qu’il veut enchaîner au char d’Attila. Ou bien ils subiront sa dictature et livreront ainsi l’humanité aux pires régressions. » (Gustave Gautherot)

 

 


[1] Nos Grands Problèmes Coloniaux (Armand Colin, Paris, 1929)

[2] Communication au Comité National d’Études, séance de la Cour de Cassation du 4 mars 1929. M. Albert Thomas fit des déclarations analogues à l’Institut Colonial Français.

[3] Déposé à la Chambre le 12 avril 1921, ce projet n’a jamais été discuté.Il a été publié par l’éditeur Payot (1923)

[4] La revue estime qu’"un changement de régime politique en Russie ne marquerait nullement un arrêt dans la bolchévisation du monde"  parce que "la IIIe Internationale possède une organisation indépendante du Gouvernement soviétique". C’est une erreur de fait. Il est probable que la IIIe Internationale survivrait à la chute du Gouvernement soviétique, mais privée de sa gigantesque base d’opérations, elle s’agiterait comme un serpent dont on aurait tranché la tête.

 

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 11:40

SOUVENIR D’ÉCOLE D’UNE ENFANT PENDANT LA GUERRE

Ce poème est tiré de la revue « D’une rive à l’autre » ; revue de l’Association « Poésie et Nouvelles en Normandie ».
Revue n° 68.
Le thème de cette revue : « Souvenirs d’École ».

 

« Chez Louise

 

C'était un matin un peu gris

Ma mère jeta dehors un œil surpris

Et puis elle est rentrée très vite

J'ai demandé sans doute : « c'est qui ? »

« il y a les allemands »

Ils étaient là le long de la route

Rangés sur le bas coté

Les camions bâchés ; les jeeps vert de gris

A perte de vue

Ils étaient arrivés pendant la nuit

On avait rien entendu.

 

Les Allemands occupèrent les écoles

Privée et publique

Qui généralement se faisaient la nique

Aux murs des portraits d'Hitler, leur idole.

Pour nous c'était comme des vacances

Nos classes s'étaient transportées

Dans les arrières salles de cafés

Nous avions bien de la chance

Dans le bourg il y avait une quantité

-douze ou treize bistrots -chacun sa spécialité.

 

Dans le « café charcuterie » de Louise

Aux bretelles de tablier croisées dans le dos.

Le matin il arrivait qu'on puise

Nos forces dans les fumets de pâté

Ou de saucisse en traversant la salle saupoudrée

De sciure de bois fraîche

Ce qu'enseignait madame Garlantézec

Ne paraissait pas trop revêche

Malgré sa main leste

Elle était un peu pète sec.

 

Nous savions bien que c'était la guerre

Nous avions entendu le sinistre tocsin

Et vu les pleurs de nos mères

Quelques mois plus tôt.

Nos pères étaient prisonniers de guerre

Et ne reviendraient pas de si tôt.

On recevait des taloches

La tuberculose sournoise enlevait nos proches

Le cochon criait sous le couteau

Du charcutier qui l'égorgeait.

 

I1 y avait des jours où nos sabots de bois

Étaient à la fête allez savoir pourquoi !

Je me souviens d'un certain mercredi

Pendant la pause de midi

Nous étions appuyées au muret au bord de la route

Un paquet de fillettes - presque toutes -

Qui chantions des chansons à boire

Les repas de communion ou de mariage

Sont des sources notoires

De ce genre de dévergondage

 

Ce qui devait arriver arriva

Notre maîtresse sut dans l'heure

Que nous avions fait scandale et brouhaha;

Ce qui était enjeu, son honneur

Et l'honneur de l'école publique

Aux yeux des habitants du village

Les punitions n'étaient pas automatiques.

Dans notre vieille école il y avait bien le nettoyage

Mais chez Louise ! pas possible, Alors ?

Alors nous irions ramasser les doryphores. »

                                                                                Adrienne GARNIER, in D’une rive à l’autre.

 

¤¤¤

 

« PS : tâche très ingrate, munies d'une boite de conserve nous ramassions les doryphores, leurs larves oranges et les feuilles de pommes de terre où étaient collés les œufs dans les grands champs désignés par les paysans, Nous ramenions notre récolte à la mairie qui s'occupait de la détruire. »

 

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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 10:01

 

APRÈS L’ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE 1918
LES TIRAILLEURS « SÉNÉGALAIS »

 

 

Que deviennent-ils ?
Comment ont-ils été recrutés ? Volontaires ou contraints ?

 

 

¤ Que deviennent-ils après l’armistice du 11 novembre ?

Un certain nombre ont regagné leur foyer en Afrique, d’autres ne bénéficient pas encore du repos que suppose la signature de l’armistice.

Ceux qui sont retournés chez eux, vont-ils rejeter la France parce que cette dernière n’a pas honoré les promesses faites pendant la guerre. Il n’en fut rien. Ils restèrent au contraire dévoués à la France comme en 1914, en Algérie comme au sud du Sahara.

Les Algériens embrigadés par le gouvernement dans le civil pour travailler soit dans les usines de guerre soit dans des entreprises privées représentent un autre regard, une autre vision de la France et des Français, une autre conscience, sans doute moins idyllique des rapports Français-Algériens. G. Meynier dans son analyse aboutit à la conclusion que la guerre a été un puissant révélateur d'identité et nous fait assister tout au long du premier conflit mondial, à la naissance de la conscience identitaire chez les Algériens. Ainsi, au tout début de la guerre, les soldats algériens recrutés et fraîchement déversés sur le front se désignaient eux-mêmes comme «indigènes». En 1916-1917, ils sont «Arabes», se reconnaissent et s'identifient comme tels. A l'extrême fin du conflit, en 1918, ils deviennent « Algériens ». Mais selon G. Meynier, ce terme d'Algérien ne s'impose vraiment que dans l'entre-deux guerres.

Malgré tout, un fait d'importance reste à considérer : c'est que ces soldats algériens lorsqu'ils rentrent chez eux se mettent à réclamer pour leurs enfants le droit d'accéder à l'école française. Détail hautement significatif. Les intellectuels de la « Jeune Algérie » proclament haut leur idéal d'assimilation. Cependant, sur le terrain même en Algérie, l'après-guerre est lourd de désenchantement, de désillusion, et ce sera aussi l'un des moments privilégiés de l'analyse des relations entre les Français d'Algérie, et les Algériens de souche. G. Meynier en présente quelques épisodes marquants. Fraîchement rentrés du front, les « tirailleurs » sont bien à ranger parmi « ceux qui ont des droits sur nous » pensent et affirment les Français d'Algérie. Mais très vite, le naturel reprenant le dessus, les expressions évoluent (sans doute les sentiments aussi)... selon les cas ; c'est dès le printemps de 1919 note Meynier, que les références à « nos frères indigènes » ou à « nos compatriotes musulmans » disparaissent. Les éloges progressivement ne s'adressent plus qu'aux « tirailleurs » puis à nos « turcos ». Vers la fin de l'année 1919, un nouvel esprit « révisionniste » fait son apparition. On commence à minimiser la « contribution algérienne à la défense de la France » et tout bascule dans la franche hostilité entre les deux communautés française et musulmane à partir du début des années vingt selon Meynier qui affirme : « A ce moment, on assiste à une campagne de presse et à une mobilisation de la bourgeoisie coloniale d'une violence qui ne sera égalée qu'en 1936 au moment du projet Violette ». On constate qu’en fait rien n’a changé.

 

 (Note : en réalité le projet Blum-Violette. Maurice Violette, ancien gouverneur général de l'Algérie, membre du gouvernement du Front Populaire en 1936 a donné son nom à ce projet qui prévoyait d'accorder le droit de vote à 22 000 algériens, mais ce projet échoua.).

 

 

Au sud du Sahara on retrouve un peu la même situation.

À leur retour les combattants africains ont été bien accueillis par leurs proches et par l’administration coloniale. Mais les promesses faites ne sont pas, là non plus, respectées. Ces anciens combattants n’ont jamais eu de pension de guerre comme les soldats français. Ils n’ont reçu qu’une prime de démobilisation peu importante. Malgré tout, cela a fait de certains, les plus riches du village et donc enviés.

À côté de cela, beaucoup sont fiers et admirés d’avoir été en France et de « baragouiner » le français.
Mais en définitive ils restèrent « indigènes ».

Ceux qui sont rentrés à partir de 1919 reviennent effectivement avec des habitudes nouvelles et un état d'esprit nouveau. Pouvait-il en être autrement ? Ces hommes sont doublement marqués, par la guerre d’abord mais aussi par le contact et l'expérience de la Métropole qu'ils ont découverte pour la première fois de leur existence. Le grand souhait de l'Administration coloniale, c'est que ces hommes, rentrés au logis originel soient rapidement « réabsorbés » par leur milieu.

Mais une analyse fine de leurs réactions à leur retour doit prendre en compte un certain nombre de facteurs parmi lesquels, en tout premier lieu, le mode et les conditions de leur recrutement dans l'armée française. Comment ils ont été « livrés » aux Blancs et sacrifiés ; car, être recruté, être déclaré apte, bon pour le service des armes signifiait dans la mentalité collective africaine, l'octroi d'un biller simple, sans retour. De ce fait, ceux qui sont partis étaient pour la plupart des marginaux, des captifs ou des gêneurs dont la société a pu ainsi se débarrasser à bon compte. Or ces hommes reviennent au village non seulement auréolés du prestige du combattant, mais aussi avec une série d'avantages matériels et de privilèges civiques. Le plus significatif est aussi qu'ils soient rentrés bardés de quelques certitudes, sommaires certes, mais révélatrices d'un choc mental, expression d'un passé, du vécu immédiat et du présent.

 

 

La prime de démobilisation offerte par la France, plus ou moins conséquente selon, les années de service mais aussi le nombre et l'importance des campagnes constitue la première marque distinctive qui sépare « l'Ancien Combattant » du reste de la population. Cette prime, même réduite à sa plus simple expression fait de l'ancien soldat un homme à part, un « possédant ». Ils font donc incontestablement figure de « privilégiés » au sein de leur communauté. Les mieux nantis à cet égard sont sans aucun doute les militaires de carrière qui rentrent après quinze années de service, bénéficiant ainsi d'une pension régulière. Le deuxième facteur à prendre en compte dans l'attitude des démobilisés vis-à-vis de leur milieu originel et de l'Administration coloniale réside dans ces avantages acquis. Leur réinsertion devait être facilitée par la création d'emplois réservés, notamment dans le chemin de fer qui se développait dans les colonies françaises au lendemain de la Première Guerre mondiale, également des postes administratifs sous-qualifiants. Mais seule une minorité d'anciens combattants purent en bénéficier effectivement car il fallait savoir lire et écrire le français. Les moins qualifiés trouvent tout de même parfois des emplois à leur mesure comme celui de « garde-cercle » vers lequel beaucoup vont se tourner, de « planton » ou gardien des édifices officiels pour lesquels il n'était guère indispensable d'être expert en français.

Dans l'ensemble, cette minorité constituera une couche sociale nouvelle, celle de petits fonctionnaires africains subalternes qui seront des agents de l’acculturation, capables de se muer à l'occasion en agents de contestation — le fait que plus de 80% de ces mobilisés soient analphabètes a singulièrement limité la portée de cette acculturation. Leur caractéristique essentielle fut d'être soustraits au régime de « l'indigénat »(1) c'est-à-dire qu'en cas de délit, ils passent devant un tribunal de statut français avec droit à la défense, contrairement au simple « tribunal » du commandant de cercle (2)

 

Organigramme de l’administration coloniale

***

Quel privilège pour l’ancien combattant que de pouvoir passer devant le tribunal français qui offrait la garantie de la défense en permettant le recours aux services d’un avocat, évitant ainsi les griffes de l’interprète et l’humiliation infligée par le commandant, car il était courant que ces jugements soient ponctués de gifles, de coups de pieds ou de bâton qui précédaient l’emprisonnement ou l’amande. Tel était le principe de l’indigénat.

 

 

Les anciens combattants furent — et c'est sans doute le plus important — dispensés de ce qu'on appelait pudiquement à l'époque les « prestations », c'est-à-dire le travail forcé auquel étaient assujettis tous les indigènes. Ils obtinrent par la suite l'extension de ce « privilège » à leur famille.

Ces démobilisés coloniaux, quoique réputés frondeurs sont restés loyaux dans l'ensemble vis-à-vis de l'Administration coloniale à laquelle ils fournissaient auxiliaires et agents bénévoles. Ainsi, les premières victimes du retour des Anciens Combattants furent non point l'Administration coloniale, mais les autorités traditionnelles et l'ordre traditionnel. Beaucoup d'anciens soldats, pour échapper à l'ancienne tutelle, tenteront de devenir chefs eux-mêmes. Quasiment tous, grâce à leur prime de démobilisation ou à leur pension et à l'aura que cela conférait, purent passer outre les conventions sociales ancestrales, s'affranchir de la pression morale des aînés, des « anciens », se marier sans tenir compte de la volonté et des intérêts du clan ou du lignage (ou tentèrent de le faire). Nombre d'entre eux, notamment les anciens captifs ne souhaitaient pas retourner dans leur village, soit qu'ils ne souhaitaient pas retrouver leur ancien statut, soit qu'ils avaient acquis de nouvelles habitudes de vie qui les poussaient à s'installer dans les villes. Ce fut surtout le cas des militaires de carrière. La morphologie et la toponymie de certaines villes d'Afrique en portent la marque. De nouveaux quartiers surgirent de terre, expression d'une nouvelle sociologie. C'est le cas de Quinzambougou dans la périphérie de la ville de Bamako au Mali (traduction du bambara : quartier des 15 ans de carrière, créé au début des années 1920-1930). Ces Anciens Combattants s'installèrent donc en ville où ils tentèrent d'occuper des emplois correspondant aux spécialités et compétences acquises dans l'armée en plus des emplois subalternes offerts par l'Administration coloniale.

Pour ceux qui ont purement intégré leur communauté d'origine, la vie fut souvent émaillée de heurts multiples et incessants avec les  anciennes  coutumes pour celui qui a connu «  le monde ».

 

 

Ceux qui restent au service de la France sont dispersés en Europe, Allemagne, Grèce… pour combattre.

  • En Allemagne, car ce pays ayant refusé de payer les  réparations  dues à la France par le traité de Versailles, la France décide d’occuper la Ruhr afin d’en exploiter ses richesses et ainsi se payer elle-même.

Les Allemands ont très mal pris ce coup de force des Français et surtout d’être occupés par une armée noire. (Voir le livre La Honte noire de Jean-Yves Le Naour).

La « Honte noire » évoquée par Hitler dans Mein Kampf, reprendra vigueur sous le régime nazi.

              En Grèce, au nom de la France, ils doivent aider les républicains à combattre la monarchie

Ces soldats noirs sont aussi utilisés en France comme force de répression des grandes grèves, ainsi à Nice en 1947.

 

 

¤ Comment ont-ils été recrutés ? Volontaires ou contraints ?

Le mode de recrutement des tirailleurs variait selon une série de critères, même si aucun soldat africain ne pouvait se rendre en Europe ou en France sans avoir suivi un rituel des plus strictes, le nombre de soldats appelé à se rendre en Europe, étant déterminé d’avance, selon la demande des autorités militaires et de l’État français. Le nombre de soldats recrutés dépendait strictement des besoins de combattants, d’où la fluctuation du nombre. Mais, ce qui demeure immuable, c’est le parcours de recrutement effectué par le futur soldat qui doit franchir un à un les différents échelons de l’administration coloniale, comme représenté sur le schéma ci-dessus, parcours inverse des ordres venus d’en haut.

La plupart des soldats africains étaient recrutés par réquisition et non par conscription, l’état civil étant alors quasiment inconnu dans les colonies françaises (et ne fit pas partie non plus du legs de la France à l’Afrique au moment de l’indépendance).

 

 

Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), une autre guerre mondiale, la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). Comme en 1914, la France fit appel à ses colonies et les tirailleurs fraîchement recrutés, prirent le chemin de la métropole dans la gaîté, en chantant :

« C’est nous les Africains
Nous venons des colonies
Pour sauver la Patrie.
Nous avons tout quitté,
Parents, gourbis, foyers
Et nous gardons au cœur
Une invincible ardeur
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière ;
Et si quelqu’un venait à y toucher,
Nous serions là pour mourir à ses pieds.
Battez, tambours, à nos amours
Pour le pays, pour la Partie,
Mourir au loin, c’est nous les Africains. »

                                  (Hymne de la 3e division d’infanterie algérienne pendant la 2e Guerre mondiale).

 

 

 

Notes :

1-« privilège » aboli du temps de l’État Français sous Vichy.
2- Terme désignant l'administrateur français à la tête de la circonscription administrative appelée cercle. À l'échelon immédiatement inférieur, se trouvait l'administrateur chef de subdivision ou commandant de la « subdivision » également français.  Le pouvoir de l’un et de l’autre était sans bornes sur les populations.) (Voir organigramme)

 

 

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 11:19

 

DÉFORESTATION
DÉJÀ À L’ÉPOQUE DE RONSARD, AU MOYEN ÂGE

 

 

Le problème de la déforestation ne date pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons dans le poème de Ronsard ci-dessous.

De tout temps, l’homme a abattu ou brûlé des arbres : pour se faire de la place, pour se chauffer et cuire ses aliments, pour se construire des abris, des bateaux, des meubles, pour augmenter ses terres de culture, d’élevage…

Mais cette déforestation n’avait pas l’ampleur qu’elle a de nos jours, où elle est devenue mondiale et s’accélère. Et les problèmes dus à la déforestation sont multiples de nos jours : réchauffement climatique, dégradation du cycle de l’eau, érosion des sols, disparition de nombreuses espèces (faune et flore) et même de certains peuples indigènes.

 

Pourtant déjà au Moyen Âge certains s’en inquiétaient. Depuis toujours certains êtres humains se sont sentis en harmonie avec la nature et ont cherché à la défendre. Ronsard est de ceux-là et nous le dit si joliment dans son poème contre les bûcherons de la forêt de Gastine.

 

« Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses,
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

 

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur, sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Jeannette.
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix,
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;
Tu perdras ton silence, et, haletants d'effroi,
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

 

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,

Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner ;
Où premier, admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu, têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leurs disent injures.

 

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens
 Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
de massacrer ainsi leurs pères nourriciers !
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie §

O dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !
De Tempé la vallée un jour sera montagne, 
Et la cime d'Athos une large campagne ; 
Neptune quelquefois de blé sera couvert ; 
La matière demeure et la forme se perd."

                                         (Elégie, XXIV (V.19-68))                                                                         

Pierre de Ronsard (1524-1585)

****

> Un bref résumé de la vie de Ronsard.

Pierre de Ronsard est né au château de la Poissonnière en Vendômois, de vieille souche noble. Hormis 6 mois d’études à Paris, il a passé les 12 premières années de sa vie au milieu de la nature vendômoise où il a trouvé plus tard une source inépuisable de souvenirs et d’impressions.

En 1536, il est attaché comme page au dauphin François (fils de François Ier) qui meurt 3 jours après. Il sera page de Charles d’Orléans puis de Madeleine de France (enfants de François Ier).

Il suit Madeleine de France, devenue reine d’Écosse après son mariage avec Jacques Stuart, roi d’Écosse, mais elle meurt en 1537.

Il reste quelques temps en Écosse puis regagne la France en passant par l’Angleterre et la Flandre.

1540 : il séjourne quelques temps en Allemagne auprès de son cousin, le diplomate Lazare de Baïf, grand humaniste et qui lui a sans doute donné le goût des lettres antiques. Ronsard était promis à une brillante carrière diplomatique mais à son retour d’Allemagne suite à une grave maladie, il devient à demi-sourd et il doit se retirer à la Poissonnière.

Isolé à cause de sa surdité, Ronsard se consacre à la poésie.

1543 : il a reçu la tonsure, non pas pour devenir prêtre mais pour s’assurer le revenu de bénéfices ecclésiastiques.

 

Désireux d’imiter Horace et conscient de ses lacunes dans sa formation humaniste, Ronsard se met pendant cinq ans à l’étude des lettres antiques au collège de Coqueret avec Du Bellay et Jean Antoine de Baïf sous la direction de Dorat. Ils forment la Brigade, plus tard la Pléiade (Ronsard, du Bellay, de Baïf, Jodelle, Belleau, Dorat, Peletier, Pontus de Tyard). Leur ambition : renouveler et perfectionner la langue française.

 

1558, Ronsard devient conseiller et aumônier ordinaire du roi Henri II. 1560, à partir de l’avènement de Charles IX, il est largement pensionné.
1574, à la mort de Charles IX, il tombe en demi-disgrâce, le nouveau roi, Henri III ayant ramené de Pologne son poète favori, Desportes. Ronsard se retire dans ses prieurés à partir de 1575

 

Quelques-unes de ses œuvres  :

1550 :les Odes
1552 : Amours de Cassandre
1553 : Folastreries
1554 : Bocage
1555 : Continuation des Amours
1556 : Nouvelle Continuation des Amours
En 1560 il publie une édition collective de ses œuvres, classant ses poésies en quatre volumes : Amours, Odes, Poèmes, Hymnes.
1578 : Sonnet sur la mort de Marie, Sonnet pour Hélène.

 

Il travaillait sans relâche à rééditer ses œuvres complètes mais il était tourmenté et souvent alité par la goutte ; ses derniers sonnets, poignants, évoquent ses douleurs physiques, ses insomnies, ses préoccupations de l’au-delà.

1585 : il meurt à Saint-Cosme.

 

La Poissonnière, manoir de Ronsard

 

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