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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 16:35

 

Réflexions sur l'actualité de l'Afrique : plus de questions que de réponses.
Un exemple de confrontation d'idées avec des personnalités de divers horizons.
voir

http://pagesperso-orange.fr/ouestsante/Saint%20Ave%20Afrique.htm
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 16:07
LE MALI A REBOURS DE L'HISTOIRE ?

       Le nouveau code de la famille du Mali, voté par les députés le 13 août 2009, semble mettre tout le pays en émoi.
       Ce nouveau code, remplaçant celui en vigueur depuis 1962, accorde davantage de droits aux femmes :
       - L'âge légal du mariage des filles est relevé à 18 ans au lieu de 12 ans.
       -La "puissance paternelle" est remplacée par "l'autorité parentale".
       -"Les époux se doivent mutuellement fidélité, protection, secours et assistance".
       - Le mariage civil prime sur le mariage religieux
       ...
       Ce nouveau code supprime notamment un article de l'ancien code stipulant que "la femme doit obéissance et soumission à l'homme".

         Apparamment bien des Maliens, surtout des Maliennes rejettent non seulement ce texte en bloc mais surtout certains articles tels ceux concernant l'égalité homme/femme ou la notion même de "droits des femmes". Et pourtant, ce texte évite les questions fondamentales jugées tabou au Mali comme l'excision, la polygamie ou le lévirat.
       Deux catégories  de Maliens semblent particulièrement opposées à ce texte : les chefs religieux et les femmes.
       Certains ont demandé la dissolution de l'Assemblée nationale, d'autres ont menacé de mettre le feu à cette même Assemblée. Une violence, une virulence étonnante dans un pays qui se veut de droit.

Un florilège parmi les plus significatifs :

       -"Ce nouveau code est une trahison des fondements de la société malienne". (un homme)

       - "Dans un pays musulman comme le nôtre, 90% sont musulmans, le mariage ne doit pas être laïc mais plutôt religieux". (un professeur, un intellectuel)

       - " Le gouvernement n'a rien à voir dans nos foyers. Le nouveau code va remettre en cause les valeurs traditionnelles familiales qui fonctionnaient très bien jusqu'ici". (un employé de banque catholique)

       - "Le code va à l'encontre des principes religieux. Il n'y a pas un texte qui mette plus à l'aise les femmes que le Coran". (la présidente d'une association de femmes maliennes)

       - "Les femmes du Mali sont respectées par la coutume et la religion. Je vous invite à rejeter la culture étrangère, c'est-à-dire la culture européenne". (une femme)

       - "Il est normal de marier les filles à 12 et 13 ans, à cet âge, elles savent déjà beaucoup de choses. Cela c'est toujours fait au Mali". (une autre présidente d'association de femmes)

       - "Il ne peut pas y avoir deux chefs dans un même foyer. L'homme est le chef et la femme obéit d'après les traditions et Dieu". (une femme)

      - "La femme reste femme, l'homme reste homme. La civilisation occidentale est un péché". (une femme)
...

       Le Mali est-il un Etat théocratique ?
       Le Mali est-il une République islamique ?
       L'islam est-il religion d'Etat au Mali ?
       N'y a-t-il que des Musulmans au Mali ?
       Et les 10% qui ne sont pas musulmans ?
       Qu'est-ce que la laïcité au Mali ?


       Le Mali court un danger mortel si le caractère laïc de l'Etat n'est pas affirmé avec vigueur et rigueur.
     Le pire serait d'entretenir plus longtemps l'ambiguïté ou la confusion entre laïcité et théocratie. Une clarification s'impose afin de fixer avec précision la ligne de séparation entre les deux sphères : Etat public et religion.

Par ailleurs

       - Aucune tradition n'est immuable. Et de quelles traditions s'agit-il ? Il est des traditions qui élèvent la personne humaine dans sa dignité et d'autres qui la dégradent, la ravalent au rang d'esclave, voire d'animal. De quelles traditions parle-t-on ?
       - Aucune tradition n'est figée, indifférente à l'évolution de l'humanité, du progrès de la science et des techniques. Si  les traditions ancestrales étaient restées les mêmes, nous serions encore des Homo érectus.

De quelle identité malienne s'agit-il ?

       Chaque nation a son identité. Mais aucune identité n'est figée. C'est l'histoire et l'évolution qui font l'identité des peuples et des nations. Il s'agit de marcher dans le sens de l'évolution naturelle, c'est-à-dire dans le sens de l'histoire. C'est une logique implacable à laquelle aucune civilisation, aucun peuple, aucune nation n'échappe. Il faut donc réfléchir à l'identité malienne d'aujourd'hui.

Qu'est-ce que l'identité malienne aujourd'hui ?

           Est-ce la même qu'avant la pénétration de l'islam au Soudan sahélien du 9e au 15e siècle ? Ou celle du temps du royaume Bambara (Bamana) de Ségou dont les rois animistes ont farouchement combattu l'islam imposé par El Hadj Omar venu du Fouta Toro (Sénégal) au 19e siècle ? L'islam est une religion importée en Afrique comme le christianisme.
          L'identité malienne aujourd'hui ne doit-elle pas un peu ou beaucoup à chacune de ces phases de son histoire ? Ou l'identité malienne est-elle strictement la même que celle du temps de Soundiata Kéita et ses contomporains, tous animistes. Est-elle plus riche ou plus pauvre aujourd'hui ?
       Tout ce qui a changé depuis Soudiata Kéita au 13e siècle jusqu'au 21e siècle influe naturellement sur l'identité et les valeurs du Mali actuel. Les Maliens en sont-ils conscients ?

       Ainsi les Français d'aujourd'hui qui n'ont plus la même identité ni les mêmes valeurs que les Gaulois des 1er et 2e siècles avant Jésus Christ, seraient-ils parmi les premières nations du monde sans tous ces apports successifs et les évolutions des traditions "ancestrales"?
Il en est de même pour l'Espagne des Ibères, celle des rois catholiques (15e siècle), de Franco ou d'aujourd'hui.
        Il en est de même pour la Chine des Ming, des Qing ou celle de Mao.
       On pourrait dire la même chose de tous les pays modernes d'aujourd'hui.
       L'Occident n'a strictement rien à y voir, l'Europe non plus : c'est une évolution naturelle de l'humanité.

Le Mali serait-il le seul pays au monde à stagner ?

        Concernant ce nouveau code de la famille, certains arguments avancés, pour justifier le renvoi du texte devant les députés, sont difficilement compréhensibles. D'aucuns pensent que le gouvernement a eu tort de parler de loi. "Le problème vient du fait que la question du code de la famille a été uniquement posée en terme de loi, alors même qu'on est dans un pays de dialogue et de négociation".
       La loi serait-elle incompatible avec le dialogue et la concertation ?
       Les Maliens seraient-ils le seul peuple du monde pour qui le mot "loi" serait banni, à éviter ? Les Maliens seraient-ils le seul peuple qui ne serait pas éduqué dans le sens et la compréhension de la loi ?

       D'autre part, en quoi les valeurs anciennes et fondamentales du Mali : courage, sens de la famille, entraide et solidarité, sens de l'honneur et de l'hospitalité, seraient-elles menacées par ce nouveau code de la famillel ?
       Le Mali peut-il vivre en vase clos, en marge du monde et de l'histoire ? Peut-il faire fi des valeurs et des conventions universelles qui créent une solidarité entre les peuples de la planète et participent de la Civilisation universelle ?

       Le Mali serait-il ce cas unique dans l'histoire où des femmes refusent leurs droits légitimes : ceux que la loi leur accorde, généreusement, sans lutte, ni sang versé ?  En revanche, il s'est vu dans l'histoire des esclaves qui refusent la liberté qu'on leur accorde, préférant la servitude perpétuelle. Mais ce sont des esclaves.






 
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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 16:59

                         

            DEMOCRATIE VIRTUELLE OU CARICATURE   DEMOCRATIQUE ?

Quand l'Afrique cessera-t-elle de s'offrir en spectacle au monde ?

          La récente élection présidentielle gabonaise (30/08/09) est significative à plus d'un titre :
          - C'est la triste et pitoyable démonstration que l'indépendance de certains Etats africains n'est que purement virtuelle. Il manque l'essentiel de ce qui fait une souveraineté politique incontestable.
          - La culture démocratique n'est pas encore une réalité en Afrique. Le mot ne fait pas la chose. Démocratie a un sens.
          - Il y a de l'espoir malgré tout que demain soit différent d'hier. La démocratie s'apprend. Cet apprentissage passe par plusieurs phases : du balbutiement au désordre et à la violence, de la violence à la maturité et enfin à la sérénité démocratique. Le chemin est et sera long en Afrique, très long.
           Les réactions indignées, les protestations et contestations, les violences même, sont autant de signes d'espoir. La démocratie ne se donne pas. Dans l'histoire, elle ne s'est jamais offerte sur un plateau doré. La démocratie est un combat individuel et collectif. C'est d'abord un combat contre soi-même, contre son égo, pour une ouverture à l'autre et aux autres, dans la recherche d'un destin commun meilleur qui respecte chacun et tous.
          Elle ne s'offre pas, elle se conquiert et s'obtient au prix d'efforts et de sacrifices plus ou moins coûteux, en sueur, en larmes, en sang ... hélas ! Cela s'impose afin de secouer les forces intérieures et extérieures qui pèsent encore sur l'Afrique et la maintiennent dans les soutes de l'Histoire. Il va falloir sortir des cases, parler, crier, hurler, agir, prendre des coups, bouger.

           Et la démocratie une fois conquise, il faut la nourrir, l'entretenir, la soigner, car elle n'est pas un corps inerte. Elle vit de la vigilance quotidienne des citoyens. Toujours fragile et constamment menacée, elle a toujours une épée de Damoclès sur la tête.

                                                                          

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 10:48
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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 10:18
Conférence de Tidiane Diakité donnée le 23 mai 2007 à l'ENA (Paris) dans le cadre de la CADE (Coordination pour l'Afrique de Demain)

Thème

LA JEUNESSE AFRICAINE ENTRE TRADITION ET MODERNITE

http://www.afrique-demain.org/Membres/lettre100.htm

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 17:02


Conférence tenue à l'université de Rennes 2 par Tidiane Diakité le mercredi 15 avril 2009 sur le thème suivant :
http://woezo-togo.cowblog.fr/ 

La littérature africaine engagée : quels moyens et quelle incidence sur l'évolution de la société africaine contemporaine.

Structure de la conférence et quelques extraits :

La littérature africaine engagée a une histoire. Elle a ses anciens et ses modernes, ses thématiques et ses problématiques qui varient avec le temps. Mais cette littérature est intimement liée à l'histoire du continent. Elle naît pratiquement en même temps que la colonisation qui en constitue l'axe principal.
On peut, en schématisant, distinguer deux périodes majeures : avant 1960, ou la décennie 60 comme charnière. On distingue ainsi un avant et un après 1960. Chacune de ses périodes ayant ses subdivisions.
La première période : 1900 à 1960 : celle des précurseurs de la littérature africaine. Quelle motivation à l'origine ? Quelle oeuvre ? Quelle incidence ?

Précurseurs 1


 

Précurseurs 2
 La génération de la négritude.
Sur le modèle de la Renaissance noire aux Etats-Unis.
Le groupe se détache à la fois des précurseurs, du marxisme et du surréalisme. Il exprime sa volonté d'illustrer, de défendre, de faire connaître les valeurs du monde négro-africain, ses cultures et son humanisme.
On leur a tellement fait sentir leur "race" qu'à la fin, ils ont décidé de la retourner comme un défi. Ils en font alors leur drapeau,  dans une sorte de suffisance compensatrice.
Dans leurs oeuvres, on voit une opposition à l'idéologie de l'assimilation pure et simple et une lutte pour l'égalité complète
.









Mais cette littérature engagée est liée à une problématique plus générale incluant le politique, le social, les moeurs et la conception philosophique de l'homme.


La deuxième période : après 1960 et les indépendances
Curieusement, les indépendances, de 1958 à 1960, ne suscitent pas une vitalité de la littérature africaine engagée. Hormis l'aventure ambiguë du Sénégalais CH. A. Kane (1961), aucune oeuvre marquante n'émerge des premières années de l'Afrique libre ! Pourquoi ?
Les pourfendeurs les plus résolus du colonialisme exprimaient sans doute, par leur silence, le désenchantement et la désillusion des indépendances.
 

Une nouvelle génération : l'ère de l'exaltation des civilisations noires est révolue

C'est surtout autour de 1968 que la littérature africaine amorce un nouveau départ avec 3 oeuvres marquantes. Ce qui retient l'attention des écrivains africains désormais, c'est :
- l'angoisse existentielle
- la déception provoquée par les permiers pas de l'Afrique indépendante, donc par les politiques
- recherche et proposition des solutions.

Quelle incidence, quel impact de cette littérature engagée, hier et aujourd'hui ?

 


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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 16:50

             Vous pouvez trouver un commentaire concernant cet ouvrage sur les sites suivants :

http://www.clionautes.org/spip.php?article2156


http://raphael.afrikblog.com/archives/2009/01/08/12010375.html

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 16:42
          Vous pouvez trouver un commentaire du livre

L'AFRIQUE EXPLIQUEE

http://lamaisondesenseignants.com/index.php?action=afficher&rub=31&id=1357





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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 15:42

L'image du Noir en France : mythes et fantasmes.

           L'histoire des Africains noirs vivant en France au 17e siècle constitue un chapitre fort complexe dans les relations entre Français et Africains. Une étude systématique de la vie de ces Africains fait appel à un certain nombre de notions et de sciences annexes de l'histoire : psychologie, anthropologie, sociologie ...
          Les premières images et le concept ont précédé les Africains en France. Ce concept, ainsi que les croyances auxquelles il a donné naissance constituent un ensemble qui conditionne l'accueil réservé aux Africains en France au 17e siècle. Il convient de distinguer trois étapes principales dans la constitution de cette image. L'image du Noir en France (en Europe en général) au 17e siècle est composite, faite des trois apports successifs et intégrés :
            - L'apport de l'Antiquité ou le legs gréco-romain.
            - L'apport du Moyen Age, sous le sceau du christianisme, du 5e au début du 16e siècle.
            - Enfin la période allant du 16e à la fin du 17e siècle, l'image du Noir étant alors marquée à la fois par la Renaissance et surtout la traite (et l'esclavage des Noirs), qui atteint son apogée au 18e siècle.

  
1 -   L'image héritée de l'Antiquité 
         Cette image  est assez complexe, sa nature et ses interprétations idéologiques devraient éviter tout dogmatisme et toute conclusion hâtive ou unilatérale. Qu'il s'agisse de la représention figurée ou mentale, qui du reste se côtoient et s'imbriquent, l'image du Noir dans l'Antiquité comporte des aspects variés et nombre de nuances.
            Les artistes de cette époque ont très souvent représenté le type anthropologique africain sous différentes formes,  parfois caricaturales, voire grotesques ou monstrueuses, ou valorisantes, comme le souligne I. Sachs (dans L'Image du Noir dans l'art européen) : "dans l'Iliade nous apprenons que zeus va festoyer chez les parfaits Ethiopiens" (c'est-à-dire les Noirs) ou "dans l'Odyssée, le dieu s'en alla chez les Nègres lointains, les Nègres répartis au bout du genre humain, dans leur double domaine, les uns vers le couchant, les autres vers l'aurore." D'après Sachs également "Hérodote situe chez les Ethiopiens lointains, les plus beaux et les plus robustes parmi les hommes qui vivent dans un pays de Cocagne."
             On peut ainsi énumérer longuement des traits physiques et moraux qui se chevauchent, tantôt favorables, tantôt défavorables aux Noirs, dans l'Antiquité. La couleur noire était donc tantôt prisée, tantôt décriée, mais considérée par tous comme un simple accident climatique (peau brûlée par le soleil). Pour Galien, médecin grec du 2e siècle après Jésus Christ, les deux traits caractéristiques fondamentaux du Noir sont : la longueur démesurée du sexe et l'hilarité, forte propension au rire. Sur cette question de la place ou de l'image du Noir dans l'Antiquité, la synthèse faite par le savant américain, spécialiste de l'Ethiopie dans l'Antiquité, F. M. Snowden Jr.  fait autorité. Cette synthèse est ainsi résumée par le professeur français M.J. Desanges (spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine et aussi du thème du Noir dans l'Antiquité) :
            "La constatation de portée générale à laquelle parvient F. M. Snowden Jr. au terme de son enquête est l'absence tout à fait remarquable de préjugé racial à l'égard des Noirs dans l'Antiquité. La couleur passe pour un simple accident climatique qui ne suscite nullement le mépris. Il n'y a pas de dépréciation morale ou esthétique des Noirs et le métissage ne pose guère de problème. Certes, les Noirs sont souvent esclaves, mais il existe en nombre beaucoup plus grand des esclaves blancs à l'époque. D'autre part, beaucoup de Noirs sont des hommes libres et de valeur, des artistes, voire des philosophes, comme Memnon, disciple d'Hérodote, et beaucoup d'autres de grande qualité intellectuelle et humaine. "
              Après quelques réserves exprimées tendant à nuancer cette image particulièrement flateuse des rapports entre Méditerranéens et Ethiopiens proposée par F. M. Snowden Jr., le professeur Desanges poursuit :
             "Pourtant, insister outre mesure sur ces aspects déplaisants serait fausser les perspectives, car l'Antiquité méditerranéenne a su dans l'ensemble dominer la tendance à assimiler le Noir à la mort et au monde infernal, si bien que le tableau composé avec talent et science par F. M. Snowden Jr., même embelli, reste pour l'essentiel fidèle à la réalité. En fait, il semble que l'Antiquité a su se montrer au-dessus des aspects purement déplaisants concernant les Noirs."
               Cependant tout bascule au Moyen Age, qui ajoute une touche spéciale à cette image du Noir dont l'essentiel consistera à établir un rapport, une correspondance entre l'aspect moral et l'aspect physique, précisément entre le caractère, la conduite morale et la couleur de la peau.

  2 -   L'image héritée du Moyen Age 
               Le rôle de l'Eglise sera déterminant dans l'élaboration de la nouvelle image du Noir. L'icônographie chrétienne du Moyen Age abonde en allusions aux Noirs et à l'Afrique. Ainsi à partir de la moitié du 13e siècle dans la représentation traditionnelle des Rois Mages, figure un Noir. De même, on trouve quelques saints associés à l'Afrique, comme le patron de Vérone, Saint-Zeus, ou l'eunuque éthiopien bâptisé Saint-Philippe, cette introduction du Noir est particulièrement sensible à partir des 14 et 15e siècles, I. Sachs le constate ainsi
             "Mais voici donc qu'au commencement du 14e siècle s'opère un changement brusque.  Dans de nombreux tableaux l'un des Rois Mages devient un Nègre par suite d'une double opération intellectuelle. D'une part à Cologne surtout où le culte des Rois Mages est très vif, on fait du légendaire Prètre Jean, seigneur d'un vaste royaume chrétien situé aux confins du monde, le descendant d'un de ces rois. De l'autre, à la suite des contacts, à Jérusalem, avec des religieux éthiopiens, certains pélerins allemands se convainquirent qu'il faut identifier le Prêtre Jean avec le roi Négus. En même temps l'empire du Prêtre Jean se transfère d'Asie en Afrique et l'un des Rois Mages doit changer de couleur et devenir un Noir. Certains textes de la seconde moitié du 14e siècle font des trois Rois Mages les seigneurs de trois Indes : l'Afrique Noire, la Perse, l'Arabie. Ainsi, comme l'a remarqué fort justement Baudet, le Nègre a été canonisé dans la culture européenne avant même que le bon sauvage indien ait été découvert."
              Pourtant, non sans résistance comme le dit Sachs, il semble que l'image du Roi Mage noir ait été acceptée surtout en Europe septentrionale, où elle n'éveillait aucune association avec les réalités de la vie sociale et faisait figure, pour ainsi dire, de symbole à l'état pur, à la frontière du merveilleux et du fantastique. La situation était toute différente en Italie qui était beaucoup plus en contact avec des Noirs en chair et en os comme le précise Sachs en affirmant qu'on trouvait beaucoup de Noirs serviteurs dans ce pays. Il devenait donc ainsi inadmissible pour la conscience chrétienne italienne, de faire de serviteurs noirs des saints et des Rois Mages. Sachs l'exprime ainsi :
              "Ainsi, le serviteur noir qui emporte le cercueil après la résurrection de Lazare, dans la fresque de Giotto, à Assise, ne participe aucunement à cet événement capital. Il n'appartient pas à la communauté des hommes et des chrétiens. Tout au long du 15e siècle, dans les tableaux des Vénitiens surtout, les serviteurs noirs apparaissent tout naturellement dans les scènes collectives."
                Donc, les Italiens enlèvent saints et Rois Mages noirs de leur icônographie chrétienne ; d'où l'aspect bivalent du rôle joué par l'Eglise dans l'élaboration de l'image du Noir en Europe. De plus en plus, le Noir, surtout à la fin du Moyen Age, symbolise le mal, l'impureté et Satan. C'est pourquoi sur les rétables la représentation figurée du péché était souvent symbolisée par des Noirs.
                La religion rejoint alors le mythe populaire qui assimule le Noir à la nuit, au monde des ténèbres et aux forces du mal. Il servira également à personnifier le diable dans la même tradition populaire.


  3 -   L'image forgée par la traite des Noirs et l'esclavage 
              A partir du 16e  et jusqu'à la fin du 17e siècle, l'image du Noir ira se dégradant en Europe du fait de l'intensification de la traite et de la présence d'esclaves noirs non seulement dans le nouveau monde mais dans toutes les villes d'Europe où ils exerçaient des activités peu valorisantes (voir l'ouvrage : la traite des Noirs et ses acteurs africains, Berg International, Paris).
               Au 17e siècle ces trois images de l'Antiquité, du Moyen Age, des 16e-17e siècles se mêlent dans les esprits et dans les rapports avec les Noirs en Europe.



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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 17:26
                            
      L'ECOLE COLONIALE : QUELLE FINALITE ?


     Il n'est pas aisé de déterminer avec exactitude la finalité précise de l'école coloniale en Afrique. Si finalité il y a, celle-ci varie tout au long de la période coloniale, de 1830 à 1960, au gré de l'évolution politique en métropole, et l'évolution des rapports entre la France et ses colonies. S'agissait-il, par le biais de l'école, d'assimiler les sujets coloniaux afin d'en faire des Africains français, à égalité de droits et de devoirs avec les métropolitains ? S'agissait-il d'en faire des "associés", c'est-à-dire des Français, mais des Français à part, qui votent mais dont le bulletin n'a pas le même poids que celui des métropolitains ? Ou alors, comme d'aucuns l'ont affirmé, une politique délibérée de saccage de cultures ou de mise en place d'un instrument d'arriération et d'aliénation culturelle ? Chacune de ces formules ou hypothèses a eu ses partisans et ses détracteurs.
              A l'époque même, quelques noms célèbres comme Maurice Delafosse (1870-1926), ancien professeur à l'Ecole coloniale, ancien gouverneur général des colonies, et d'autres, avaient dénoncé le caractère nocif de ce système d'enseignement en faisant valoir qu'il aboutissait inéluctablement à la destruction pure et simple des "valeurs et des institutions culturelles de l'époque précoloniale".
               Charles Régismanset, haut fonctionnaire du ministère des colonies, se posait cette question :
                La colonisation européenne, un progrès ?  dans un ouvrage intitulé "Essai sur la colonisation" ou l'on peut lire :

                Pauvre humanité noire ! Ayons donc au moins la franchise d'avouer que si nous prenons tant de soin de toi, c'est que tu nous parais constituer une inépuisable réserve de main d'oeuvre ... Nous entendons que les races africaines rapportent le maximum. Nous voulons que les boules de caoutchouc, l'ivoire, abondent sur les quais de Bordeaux ou du Havre, que les arachides croissent, que l'huile de palme coule à pleins bords. Rien de mieux. Mais que viennent faire ici la science, la justice, la bonté et surtout le progrès ?
                Je ne souhaite point que l'éducation noire soit poussée trop avant... Tant que les populations seront les plus faibles, elles admettront le droit du plus fort. Le jour où le "plus fort" désarmerait, le jour où elles auraient compris l'admirable mensonge de toutes ces abstractions, elles auraient tôt fait  - les Annamites nous en donnent déjà un avant-goût - de dénoncer ce prétendu "contrat d'association", de s'insurger contre la tutelle et l'exploitation européennes.
                 Assimilation irréalisable ou association hypocrite, deux systèmes également en contradiction flagrante avec le fait1.

               L'après-Deuxième Guerre mondiale apporta une clarification qui fit faire un bond considérable, une évolution profonde dans les programmes et les méthodes d'enseignement à partir de 1946, mais par étapes.
 
1  (Charles Régismanset, Essai sur la coloniasation, Questions coloniales, Paris, Larose, 1912).
            

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