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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 09:05

 

casque colo

Démon ici, Ange là-bas

001.gif

 

 

L'histoire des colonies européennes d'Afrique fourmille d'épisodes où des populations soumises, accablées de charges, surtout humiliées par des brimades en tout genre de la part d'administrateurs, franchissent les limites administratives de leur territoire pour se rendre dans la colonie voisine sous domination d'une autre nation.

 

On migre ainsi selon les circonstances, en quête de protection ou pour fuir les exactions, d'autant plus aisément que de l'autre côté de la frontière se trouvent généralement des membres de la même ethnie (parfois de même famille) séparés en francophones, anglophones, lusophones...

 

Dans le cas français, les sujets coloniaux ont souvent eu une vision double de la France (ou de sa domination). Sa présence proche incarnée par l'administration coloniale (agents blancs ou noirs), s'opposait à la métropole (comme le roi et l'intendant dans les provinces de l'Ancien Régime).

 

Autrement dit, les Français de France incarnaient mieux la "Patrie des droits de l'Homme" et ses valeurs que les Français des colonies (même si les exceptions à cet égard sont plus nombreuses qu'on le croit. Il y eut des administrateurs, des coloniaux de tous statuts : médecins, enseignants, religieux... qui vivent encore dans la mémoire des Africains).

 

Ce sentiment d'une France double (la France d'ici et la France de là-bas), s'exacerbe en particulier dans les périodes de difficultés vécues par la métropole : les deux guerres mondiales, la grande crise économique des années 30, périodes où les charges pesant sur les populations des colonies sont les plus lourdes : impôts, taxes diverses, travail forcé, recrutement (combattants et travailleurs).

 

L'épisode de la fuite des notables de l'ethnie agni de Côte d'Ivoire vers la colonie britannique de Gold Coast (actuel Ghana) est une illustration de cette vision double de la France.

 

En 1917, en pleine guerre mondiale, les notables de l'ethnie agni de la zone frontalière de Gold Coast fuient le territoire français pour tenter de faire parvenir au gouvernement central à Paris, par l'intermédiaire du gouverneur anglais, les doléances de la population sous la forme d'une pétition, persuadés que la métropole ignore tout des vexations dont ils sont l'objet de la part du gouverneur et des administrateurs français.

 

etoile 006

 

carte

 

 

Les prélèvements militaires par grandes régions pendant la Première guerre mondiale (en % par rapport à la population de 1921)

Source : M. Michel, L’Appel à l’Afrique.

 

 

ligne 2 004

 

 

Pétition des réfugiés de Côte d'Ivoire remise au gouverneur de Gold Coast, Sir Hugh Clifford, par douze chefs agni du cercle d'Assinie.

 

Half Assinie, 10 Juin 1917

 

Excellence,

 

Nous avons l'honneur, nous chefs des 18 990 indigènes de la Côte-d'Ivoire réfugiés sur le territoire anglais et en leur nom comme au nôtre, de venir respectueusement vous faire part des motifs impérieux qui nous ont conduits à fuir momentanément de la terre de nos ancêtres pour le pays de Half Assinie et à nous placer sous la traditionnelle hospitalité des couleurs britanniques. Nous avons toujours été de loyaux sujets de la France. Nos pères avaient depuis des époques reculées entretenu avec elle des rapports d'amitié. En contribuant aujourd'hui à sa défense, nous ne ferions que rester fidèles à leur mémoire.

 

Mais l'Administrateur de notre district, Monsieur Bru, a trompé le gouvernement français en faisant connaître, ainsi que le bruit nous en est parvenu, que nous avons fui notre pays et nos biens par infidélité envers la France pour lui refuser de lui fournir les soldats qu'elle demande afin de l'aider dans cette guerre terrible qu'elle supporte.

 

Comment peut-il être justifié avec une apparence de raison cette accusation ? Le pays dont le drapeau nous abrite aujourd'hui est lui-même engagé aux côtés de la France dans cette guerre pour le droit des faibles et le respect des traités et il a demandé à ses sujets indigènes de servir dans les rangs de ses armées.

 

En réalité, Excellence, nous avons déjà fourni des hommes, mais à cette occasion nous avons été brutalisés, violentés, nos chefs ont été emprisonnés et soumis à de durs et humiliants travaux ; on les a expédiés demi-nus avec des pierres sur la tête, à la risée de la foule dans une ville comme Aboisso où tous les Blancs et beaucoup d'étrangers circulent et où leurs propres sujets ont pu voir dans cet appareil d'abjection, les héritiers de leurs anciens Rois.

 

Il y a longtemps que nous souffrons d'ailleurs ; les traités passés avec nos pères et qui réservaient la souveraineté de nos chefs et la propriété du sol ont été déchirés et foulés aux pieds.

 

Nous sommes devenus pauvres et comme des esclaves sur notre propre terre Agni ; les mines d'or ont été données à des étrangers sans indemnité pour nous et c'est le Gouvernement qui a pris les redevances et les a gardées ; nous-mêmes, pour y couper des arbres, (nous devons ?) payer de lourdes taxes et nous soumettre à une réglementation sévère et compliquée, où nous, pauvres Noirs, nous perdons toujours, ce qui entraîne de fortes amendes. Nous travaillons par force pour le Gouvernement, sur les routes, dans les rivières et partout sans être payés ni même nourris, mais nous sommes durement frappés par les hommes de police et emprisonnés sans jugement.

 

Nous étions donc à bout de souffrances. Les incidents relatifs au recrutement de volontaires n'ont été que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Le peuple Agni n'a pas pu comprendre qu'au moment même où l'on nous demandait un sacrifice suprême, celui de nos fils, on en usât avec nous et nos chefs, de pareilles ignominies au lieu de la persuasion paternelle (qui était difficile, il est vrai après la politique de domination brutale suivie envers nous) mais qui aurait trouvé l'écho de nos cœurs au nom de la France avec laquelle nos grands Rois d'autrefois se sont alliés engageant leurs descendants dans ces contrats essentiels.

 

Nous n'entendons pas, Excellence, demander au gouvernement Anglais, parce que ce serait incorrect de notre part, de se mêler de nos difficultés.

 

Nous aurions même voulu abréger notre séjour sur votre libre territoire mais les messages qui nous arrivent de notre pays annoncent que des châtiments sévères nous y attendent en cas de retour imposé par le Gouvernement Anglais et les chefs du pays, au lieu de la clémence qui eût facilité toutes choses.

 

D'autre part, nous sommes convaincus que la France connue de tout temps pour sa politique généreuse envers les Noirs, qu'elle a, dans certains pays, affranchis et même élevés à la dignité de citoyens, ignore des troubles et les violences dont nous sommes l'objet et nous avons entrepris d'éclairer son opinion par son Parlement et le Gouvernement central en envoyant à Paris un mandataire dévoué à nos intérêts, capable de faire entendre nos plaintes et de réclamer l'application judicieuse des traités de Protectorat qui nous régissent et qu'un décret du Gouvernement de la République a contresigné par plus loin qu'en 1887.

 

Nous venons donc demander à votre Excellence de vouloir bien permettre que nous recevions encore l'hospitalité de nos frères appoloniens qui ont avec nous des rapports séculaires d'amitié, jusqu'à ce que notre métropole, mieux informée de notre histoire, de nos droits et de notre esprit de dévouement et de soumission, ordonne de nous accorder à l'avenir le traitement libéral qui nous est dû.

 

Les serviteurs respectueux, obéissants et soumis :

Assam N'Guetta

Sey ( ?) Kakou

Akouabinin (?) Bli

Eguiabe Anomah

Assire (?) Quame

Ehima Coffie

Bouah Akah

Amon Kotua (?)

Somiah Anvo

Aquet Ellichi

Aquequere (?) Assoumou

Yaovohin (?) Bleovie

 

Source : F.O.371/2860, Copie datée du 29 juin 1917 à Accra transmise par le Colonial Office au Foreign Office au sujet des fuites en Gold Coast.

 

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"Mieux vaut s'adresser à Dieu qu'à ses saints"

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:12

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Ce que réclame la nature de l’homme

 oiseau mouche 013

 

A chaque action demande-toi : de quelle façon me convient-elle ? N'aurai-je pas à m'en repentir ?

 

[…]

 

Avant tout, ne te trouble point ; tout arrive, en effet, chats028.gifconformément à la nature universelle, et sous peu de temps, tu ne seras plus rien, comme ne sont rien Hadrien et Auguste. Ensuite, fixant les yeux sur ce que tu as à faire, considère-le bien ; et, te souvenant qu'il faut être homme de bien et de ce que réclame la nature de l'homme, accomplis-le sans te détourner et de la façon qui t'apparaît la plus juste, mais que ce soit seulement avec bonne humeur, modestie et sans faux-semblant.

 

La nature universelle a pour tâche de transporter là ce qui est ici, de le transformer et de l'enlever de là pour le porter ailleurs. Tout est changeant, mais tout est habituel, et il n'y a pas à craindre qu'il y ait du nouveau, les répartitions sont équivalentes.

 

images (4)Toute nature est contente d'elle-même lorsqu'elle suit la bonne voie. La nature raisonnable suit la bonne voie, lorsque, dans l'ordre des représentations, elle ne donne son assentiment, ni à ce qui est faux, ni à ce qui est incertain ; lorsqu'elle dirige ses impulsions vers les seules choses utiles au bien commun ; lorsqu'elle applique la force de ses désirs et de ses aversions aux seules choses qui dépendent de nous.

 

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même.

 

DEC 073C

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:15

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Comment gouvernaient-ils ?

 etoiles 017

 

fleche 254TELLI : Conquérir un vaste empire ne suffit pas, encore faut-il pouvoir le gouverner, l’administrer. C’est la tâche qui attend tout conquérant. Ce fut le cas pour Alexandre le Grand et Rome  dans l’Antiquité, pour Charlemagne au Moyen Age et pour Napoléon au début du XIXe siècle. De la capacité à fédérer des peuples soumis, de la méthode de gestion appliquée et de la nature des rapports entretenus avec les populations, dépend le sort et la viabilité de l’empire.

La France et la Grande-Bretagne qui ont eu l’empire colonial le plus vaste en Afrique ne pouvaient y échapper. Comment firent-ils puisque les Français et les Britanniques sur place n’étaient qu’une infime minorité parmi la masse des Africains ? Ils ne connaissaient ni le pays, ni les habitants et encore moins leurs langues et leurs coutumes.

 

fleche 026LUC : Ça a dû être très difficile.

 

fleche 254TELLI : A la veille de la Première Guerre mondiale, grosso modo de 1900 à 1914, l’occupation de l’Afrique était achevée du nord au sud, les territoires coloniaux définitivement tracés et délimités. Les différentes nations européennes occupantes s’affairaient à l’organisation de l’administration dans leurs colonies.

Cette période vit aussi la fin des rivalités coloniales entre Européens sur le terrain (en tout cas sont-elles désormais moins vives ou plus feutrées). L’heure est à la solidarité des colonisateurs face aux colonisés.

La carte de l’Afrique coloniale était prête. Sur cette carte émergeaient deux petits points lumineux correspondant aux deux seuls Etats africains qui ne furent jamais colonisés et ne furent donc à aucun moment éléments d’un empire colonial : l’Ethiopie (hormis plus tard l’épisode de la conquête et l’éphémère domination mussolinienne de 1935 à 1945) et le Liberia (qui accueillit au XIXe siècle les esclaves noirs d’Amérique libérés, d’où son nom).

Pour ne prendre que l’exemple de la France, l’ensemble de ses colonies dans toute l’Afrique noire : son empire colonial africain (sans l’Afrique du Nord : Algérie, Maroc, Tunisie) fut divisé en deux grands groupes géographiques. Le premier s’étendait sur une bonne partie de l’Ouest du continent. Il fut découpé en huit colonies dont l’ensemble constituait l’A.O.F. : l’Afrique Occidentale Française. Figure-toi que parmi ces huit colonies se trouvaient le Mali actuel, la Mauritanie et le Niger dont la superficie, pour chacun de ces Etats équivaut à plus de deux fois celle de la France.

Le second groupe constituait l’A.E.F. : l’Afrique Equatoriale Française qui comportait quatre colonies dont l’ensemble se situait au centre de l’Afrique près de l’équateur d’où son nom. Parmi ces quatre colonies, le Tchad aussi à lui seul, fait plus de deux fois la superficie de la France et la Centrafrique alors appelé Oubangui-Chari est également beaucoup plus vaste que la France.

 

fleche 026LUC : Mais c’est énorme ! La France est toute minuscule à côté.

 

fleche 254TELLI : Oui, et la Belgique ?

30 000 km² face à sa colonie du Congo-Zaïre ( actuelle République démocratique du Congo RDC)  qui s’étend sur 2 345 000 km². Elle est 78 fois plus petite ! Sans compter les autres colonies belges d’Afrique, celles qu’elle hérita de l’Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Et l’Angleterre face à sa colonie géante du Nigeria ? Et le Portugal ? 92 000 km² face à l’Angola : 1 246 700 km², le Mozambique : 785 000 km², sans compter le reste de l’empire colonial portugais d’Afrique !

 

fleche 026LUC : Mais comment ont-ils fait ?

 

fleche 254TELLI : Tout cela constituait un très vaste espace à dominer, à gouverner pour ces petites nations européennes, petites voire minuscules en superficie.


fleche 026LUC : A quels Etats africains actuels correspondaient ces colonies françaises ?

 

fleche 254TELLI : En A.O.F. ce sont le Sénégal, la Mauritanie, le Mali (ancien Soudan français), la Guinée, le Burkina-Faso (ancienne Haute Volta), le Niger, la Côte d’Ivoire, le Bénin (ancien Dahomey). On peut y ajouter le Togo, ancienne colonie allemande cédée à la France par le Traité de Versailles en 1919 après la défaite de l’Allemagne. Quant à l’A.E.F. les Etats actuels qui en sont issus sont : le Gabon, la République du Congo (capitale Brazzaville), la Centrafrique (ancien Oubangui-Chari, nom de deux petits fleuves) et le Tchad. La France coloniale s’étendait ainsi de l’Atlantique à l’Océan Indien si on y inclut la Côte française des Somalis avec Djibouti (anciennement dénommé Territoire français des Afars et des Issas) sur la corne orientale de l’Afrique.

 

fleche 026LUC : Comment chaque territoire français était-il gouverné ? Parce qu’il y avait très peu de Français ?

 

fleche 254TELLI : Une véritable Administration coloniale fut mise en place. Elle était très hiérarchisée, très rigide sous la forme d’une pyramide. Tout le sommet, le centre et la majeure partie de la base étaient occupés par des Français. Jamais aucun autochtone n’en fit partie. Tout en bas, à l’extrême ras du  « sol » pointaient quelques auxiliaires africains, anonymes et insignifiants.

Au sommet  des deux grandes Fédérations de colonies : A.O.F et A.E.F, se trouvait un gouverneur général qui résidait dans le chef-lieu de la Fédération, pour l’A.O.F à Dakar, capitale du Sénégal ; pour l’A.E.F à Brazzaville, capitale de l’actuelle République du Congo. Puis chaque colonie ou territoire avait à sa tête un gouverneur de territoire sous les ordres directs du gouverneur général et résidant dans une ville ayant de ce fait le statut de chef-lieu. La colonie était divisée en cercles à la tête desquels était placé le commandant de cercle dépendant du gouverneur de territoire. A son tour le cercle était scindé en subdivisions dirigées par un Administrateur chef de subdivision (ou commandant de subdivision)  puis venaient les cantons et enfin les villages avec respectivement à leur tête un chef de canton et un chef de village, dignitaires africains le plus souvent analphabètes.

Cette hiérarchie peut être schématisée comme suit :

organigramme1

      Tout ce personnel colonial, du gouverneur général à l’Administrateur chef de subdivision, était Français, nommé par le gouvernement français, de même que les membres de leur cabinet (finances, armée, travaux publics, employés de bureau, dactylographes…). Mais l’organigramme de cette Administration coloniale serait incomplet si l’on n’y ajoutait l’échelon inférieur (qui le resta toujours sans aucune possibilité pour ceux qui le composaient de franchir la barrière les séparant des autres catégories de la pyramide). Les membres de cet échelon, tous Africains, s’occupaient de besognes subalternes auxiliaires certes, mais d’une utilité inestimable pour le fonctionnement régulier des rouages du système. Tous commençaient leur carrière en qualité d’auxiliaires subalternes et la finissaient  auxiliaires subalternes.

 

fleche 026LUC : Que faisaient tous ces Africains embauchés par les Français ?

 

fleche 254TELLI : Tout ce que les autres ne faisaient pas : entretien des locaux, chauffeur, manœuvres, plantons (ceux qui assurent des liaisons entre différents services), garçons de bureau, facteurs, domestiques, boys, gardiens, nourrices, cuisiniers, jardiniers... D’autres assumaient une fonction essentielle : servir de liaison entre tous ces Français qui vivaient dans les colonies et la population autochtone.

 

fleche 026LUC : Comment ces Français qui vivaient en Afrique au début de la colonisation communiquaient-ils avec les Africains puisque ces derniers ne parlaient pas le français et que les Français ne parlaient pas leurs langues ?

 

fleche 254TELLI : En effet, c’est là sans doute l’obstacle premier auquel se heurta l’Administration coloniale en Afrique, très peu d’autochtones parlant la langue du colonisateur.

Pour communiquer, il existait un corps spécial qui fut créé avec la colonisation et qui disparut avec elle. Il comportait deux étages : un étage supérieur constitué par les interprètes et un étage inférieur par des gardes appelés « gardes-cercles ».

 

bouton 006Tidiane Diakité, L’Afrique expliquée. Réponses aux questions des jeunes, Cultures croisées.

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 10:52

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fleur185.gifUn zoologiste qui, en Afrique, a observé de près les gorilles, s'étonne de l'uniformité de leur vie et de leur grand désœuvrement. Des heures et des heures sans rien faire... Ils ne connaissent donc pas l'ennui ?


Cette question est bien d'un homme, d'un singe occupé. Loin de fuir la monotonie, les fleur185animaux la recherchent, et ce qu'ils redoutent le plus c'est de la voir cesser. Car elle ne cesse que pour être remplacée par la peur, cause de tout affairement.


L'inaction est divine. C'est pourtant contre elle que l'homme s'est insurgé. Lui seul, dans la nature, est incapable de supporter la fleur185monotonie, lui seul veut à tout prix que quelque chose arrive, n'importe quoi. Par là, il se montre indigne de son ancêtre : le besoin de nouveauté est le fait d'un gorille fourvoyé.

Cioran, De l'inconvénient d'être né.

 

A méditer et commenter

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 16:55

imagesVivre ou attendre de vivre ?

 

Comme la flatterie ressemble à l'amitié ! Non contente de l'imiter, elle la surpasse et la laisse loin derrière elle. On lui réserve le meilleur accueil, les ouïes grandes ouvertes, et elle descend au plus profond de l'âme, d'autant plus goûtée qu'elle est néfaste. Enseigne-moi à faire la différence entre les choses qui se ressemblent. Un ennemi flatteur vient vers moi en ami. Les vices s'insinuent en nous sous le nom de vertus. La témérité se cache sous le titre de courage. La mollesse se fait appeler modération. Le peureux se fait passer pour prudent. Voilà les dangereuses méprises que nous commettons. Applique à chacune de ces notions son signe distinctif.

 

fleurs_autre012.gifD'autre part, celui à qui l'on demande s'il porte des cornes n'est pas assez stupide pour se tâter le front, ni assez obtus ou inepte pour répondre qu'il n'en sait rien, à moins que tu n'aies réussi à le persuader grâce à une très retorse argumentation. Ces petits jeux nous illusionnent sans nous faire de tort, à la manière des gobelets et des osselets des prestidigitateurs dont c'est l'astuce même qui nous amuse. Explique-moi le truc : le jeu est terminé. Je dis la même chose de ces petites attrapes (tu connais un nom qui aille mieux aux sophismes ?). On ne souffre pas de les ignorer, on ne gagne rien à les comprendre.

 

fleurs_autre020.gifSi tu veux à tout prix clarifier l'ambiguïté des mots, montre-nous que n'est pas heureux celui que le vulgaire tient pour tel, celui qui a accumulé beaucoup d'argent, mais celui qui a tout son bien en son âme, l'homme de droiture et de noblesse qui foule aux pieds ce que les autres admirent, ne voit personne avec qui il souhaiterait échanger sa vie, n'apprécie en l'homme que les qualités proprement humaines, suit l'enseignement de la nature, s'adapte à ses lois, vit selon ses préceptes, celui qu'aucun pouvoir n'est capable de déposséder, celui qui fait du mal un bien, l'homme au jugement sûr, inébranlable, intrépide, qui peut être touché mais non bouleversé, celui que la Fortune, même quand elle tire de toutes ses forces ses traits les plus terribles, égratigne sans le blesser, et encore, rarement. En effet, les coups du sort qui terrassent l'humanité rebondissent sur lui comme sur le toit la grêle battante qui, sans faire aucun mal aux habitants de la maison, crépite avant de fondre.

[…]

 

fleurs autre012Un bien est toujours nécessaire. Ce qui est nécessaire n'est pas toujours un bien puisqu'il est sûr et certain qu'il y a des choses nécessaires de très faible valeur. Personne n'ignore la dignité du bien au point de le rabaisser au niveau des ustensiles de la vie de tous les jours.

 

fleurs autre020Alors quoi ? Tu ne vas pas faire ton possible pour montrer que tout le monde perd son temps à courir après le superflu et que beaucoup d'hommes ont passé leur vie à rechercher les moyens de vivre ? Examine-les l'un après l'autre ou considère-les en bloc : pas un qui ne vive les yeux rivés au lendemain.

 

fleurs autre012Tu me demandes quel mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisions attention, la vie aurait toujours sur nous une longueur d'avance. Mais, comme nous nous attardons, elle passe comme si elle n'était pas à nous et, si le jour dernier l'achève, elle meurt un peu chaque jour.

Sénèque, Apprendre à vivre, Arléa


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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 14:52

  route migra Affichage Web moyen

 

Etrangers et immigrés : mythe et réalité 

 

Dans les années 1870, alors qu'il passait en revue une promotion de l'école Polytechnique, le Président Mac-Mahon s'était écrié, en voyant une des futures élites de la nation avec un taux de mélanine largement supérieur à la moyenne des autochtones : « Ah ! C'est vous le Nègre ?! Continuez mon ami, continuez ! » Le Nègre en question s'appelait Sosthène Mortenol, il était d'origine guadeloupéenne et allait devenir un héros de la Grande Guerre en organisant la défense anti-aérienne du camp retranché de Paris.

 

Mortenol n’était pas un immigré africain, il était sujet colonial français, natif des Antilles.

Il y a eu des Africains en France depuis le 16e siècle, et même avant. Mais, c’est bien la 1ère Guerre mondiale qui ouvrit la porte de la France aux Africains et fit prendre conscience aux Français de la présence africaine dans l’Hexagone (189 000 Africains mobilisés et 30 000 tués). Le défilé des soldats coloniaux sur les Champs Elysées le 14 juillet joua également un rôle dans cette prise de conscience.

 

La 2e Guerre mondiale ouvrit encore plus cette porte. Et pour cause ! Les deux conflits nécessitèrent des combattants mais aussi des travailleurs africains pendant et longtemps après. Et depuis, la présence d’Africains dans l’armée française est une donnée constante jusqu’aux indépendances des colonies françaises, voire après. A l’origine le vibrant plaidoyer du lieutenant-colonel Mangin en 1910 pour la « Force noire ».

 

Démobilisés après la guerre et de retour au pays, certains anciens soldats reprirent le chemin de la métropole, non pour des raisons économiques, mais parce que, ayant goûté à la liberté, ils ne supportaient plus les tracasseries de l’administration coloniale sur place. Ils firent souche.

 

De 1919 à 1939, 30 000 soldats africains furent stationnés en France, surtout dans le sud du pays.

 

migrat soldat Affichage Web moyen


En 1926, on évalue à 1915 le nombre des Africains et à 665 celui des Malgaches résidant en France, chiffres certainement sous-évalués car beaucoup d’Africains s’embarquant sans papiers sur les navires assurant la liaison entre la métropole et l’empire colonial échappaient facilement à tout contrôle.

 

Dès 1940, après la défaite, 5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers, gagnent les rangs de la Résistance et ceux des FFI, se répartissant entre les maquis des 38 départements métropolitains. Le Guinéen Addi Bâ est l’un d’eux. Il participe à la création d’un maquis dans les Vosges avant d’être fusillé par les Allemands en 1943. On trouve également 52 Africains dans les maquis du Vercors, qui participent à tous les combats, libérant les villes de Romans-sur-Isère (août 1944) puis du quartier de la Part-Dieu à Lyon (septembre 1944).

 

Parmi les 1030 Compagnons de l’Ordre de la Libération, la plus prestigieuse des décorations de la France Libre, on compte 14 Africains. De 1939 à 1945, 178 000 Africains sont enrôlés et 25 000 sont tués. Beaucoup de rescapés se sont installés en France et y ont fondé une famille. Le nombre d’Africains présents en France après cette guerre est en augmentation par rapport à celui de l’entre-deux guerres. 13 517 personnes en 1946 et 17 787 en 1962.

 

Les tombes des soldats africains des deux guerres constituent une attache affective très forte qui élargit encore un peu plus la route entre l’Afrique et la France, que les besoins de la reconstruction transforment en boulevard. On connaît l’action de l’Office national d’immigration (ONI). Et surtout, depuis 1946, les ressortissants des colonies sont citoyens français, de par la loi, donc chez eux en France (jusqu’aux indépendances). Parallèlement, on note une augmentation du nombre d’étudiants : 5 815 en 1960-1961.

 

Travailleurs, étrangers, immigrés

 

Dès les années 1960, le nombre de travailleurs africains dépasse celui des étudiants. Entre 1960 et 1963, 15 000 travailleurs recrutés débarquent à Marseille et à Bordeaux. Et à partir de 1974, ces travailleurs étrangers sont désormais désignés par le nouveau vocable d’immigrés.

 

Mots et nuances

 

La confusion dans l’emploi des termes liés à la présence d’étrangers sur le sol français ne contribue pas toujours à la clarté du débat et à son apaisement.

 

Confusion par exemple entre présence africaine et immigration africaine en France, entre ressortissants des DOM-TOM et Africains, enfin entre étrangers et immigrés. La définition de ces deux termes doit prendre en compte un double critère : le critère du lieu de naissance et le critère de la nationalité.

 

Est étranger celui qui, né ou non en France, et ayant sa résidence permanente dans ce pays, n’en possède pas la nationalité. L’immigré est celui qui, né hors de France, entré ensuite dans ce pays, a conservé sa nationalité d’origine ou est devenu Français.

 

migrat France Affichage Web moyen

  (INSEE : enquêtes annuelles de recensement, 2004-2005)

 

Depuis 1992, une stabilisation plus réelle semble s’être imposée en raison du ralentissement de l’immigration, du développement des retours et d’une accélération des francisations… Le nombre des étrangers a réellement diminué, tandis que celui des immigrés a augmenté…

 

Au sein de la population étrangère, le recul des Européens se poursuit. Les non-Européens sont majoritaires pour la première fois avec 52% des étrangers…

 

L’Afrique constitue la première aire géographique de provenance. (Historiens et géographes, juillet-août 2003)

 

La migration africaineest celle qui augmente le plus fortement depuis la fin des années 90. Quatre grands facteurs sont à l’origine de ce phénomène :

bouton 007-La croissance démographique.

bouton 007-La pauvreté.

bouton 007-L’appauvrissement des ressources naturelles : sécheresse, désertification, faible productivité agricole…

bouton 007-Les conflits, guerres civiles notamment

(Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations dans le monde).

 

A ces quatre facteurs, il faut en ajouter d’autres, notamment l’impact des « ajustements structurels » sur les économies et les sociétés, imposés par le FMI et la Banque mondiale, dans les années 80-90. Mais aussi le pillage de l’Afrique plus que d’autres régions du monde, hier comme aujourd’hui, pillage des ressources naturelles : mines, terres, forêts, pêche… avec ou sans la complicité des responsables africains, ce qui se traduit par le grossissement des cohortes de migrants.

 

Enfin, dès le lendemain des indépendances, et aujourd’hui encore, arrivent de nouvelles catégories d’expatriés : les réfugiés et les demandeurs d’asile. Autre nouveauté : l’arrivée en France de migrants africains non-francophones ou n’étant pas ressortissants d’anciennes colonies françaises : Angolais, Ghanéens, Congolais de la RDC… Cependant l’essentiel de l’immigration africaine est interne au continent.

 

Phénomène peu étudié en dehors des tragédies qui secouent parfois le continent, la migration des Africains à l'intérieur de leur continent mériterait plus d'attention car révélatrice des réalités dont la connaissance et la maîtrise constituent un préalable à la recherche de solutions au problème de l'immigration illégale.

L'Afrique, contrairement à une opinion généralement répandue, recèle l'écrasante majorité des migrants africains. En Afrique de l'Ouest (principal foyer d'émigration), 7,5 millions de personnes vivent dans un pays autre que le leur, soit dix fois plus que le nombre d'Africains établis en Europe. L'Afrique compte aujourd'hui 40 millions de migrants dont la plupart sont des migrants internes au continent. Tous ne convergent donc pas vers l'Europe. La région la plus concernée par l'émigration vers l'Europe, l'Afrique subsaharienne, « compte 17 millions de migrants internes au continent », tandis que « les trente pays les plus riches de l'OCDE en accueillent moins de 4 millions » 42 % des migrants africains « se concentrent en Afrique de l'Ouest, circulant entre pays voisins ».

Ce premier constat donne la mesure de la mobilité des Africains, dans leur continent.

Ainsi l'Afrique garde-t-elle entre ses murs une partie essentielle de sa misère et ceux qui la portent. (Tidiane Diakité, Les migrations dans la classe : Altérité, identités et humanité, ouvrage collectif, Le Manuscrit Recherche-Université) 

 

Dans les années 90, deux autres vocables naissent et prennent de l’ampleur : sans papiers et clandestins, qui brouillent encore un peu plus le regard porté sur le migrant africain.

 

Pourquoi la France ?

 

« Quand un enfant entend parler à l'école de nos ancêtres les Gaulois, précise un sociologue ghanéen, il entre dans un monde culturel aliénant par rapport à sa propre culture. On lui parle de la Reine d'Angleterre et on lui apprend davantage sur les Gaulois que sur sa propre ethnie. Ses aspirations le poussent vers l'Occident... L'Occident tire avantage de cette aliénation culturelle. Pourquoi les produits de l'Hexagone sont-ils si présents dans les anciennes colonies françaises ? s'interroge-t-il. Question à laquelle il répond : en raison de l'identification des Africains à la culture d'origine de ces marchandises. Et de poursuivre : l'Occident ne peut à la fois accepter les avantages de cette aliénation (l'exportation de sa culture et de ses produits) et en refuser les inconvénients, l'attrait exercé sur les migrants ». En effet, le déversement sur les populations africaines de produits occidentaux de toutes sortes au lendemain des indépendances ainsi que d'images racoleuses de sociétés de consommation, le tout facilité par la révolution des transports et celle des médias constitue pour ces populations des sources de tentation qui les submergent.

Outre l'aspect culturel ou le prestige intellectuel, le titre de « Patrie des droits de l'Homme » fait de la France la destination naturelle de tous ceux qui se sentent menacés dans leur existence ou dans leur liberté. (Tidiane Diakité et Nathalie Mounier, L’immigration n’est pas une Histoire sans paroles, Les Oiseaux de Papier)

 

Des dividendes de la migration pour l’Afrique ?

 

"L'ensemble des pays en développement dans le monde ont reçu de leurs émigrés « entre 167 et 200 milliards de dollars en 2005, soit plus que l'Aide Publique au Développement (APD). En 2006, cette aide s'élevait à 104 milliards de dollars, reprises de dettes comprises." Selon des statistiques sénégalaises, les sommes envoyées par les immigrés représentent en moyenne 14 % du PIB.

Les fonds transférés en Afrique chaque année par les 30 millions de migrants de ce continent répartis dans le monde entier s'élèvent à 50 milliards de dollars par an, selon les sociétés de transfert, dont Western-union. "Les flux que nous traitons progressent d'environ 30 % par an" affirme le directeur exécutif de Money Express qui précise : "En 2005, ils ont atteint 85 milliards de F CFA (130 millions d'euros)".

À ces chiffres, il faut ajouter les transferts d'argent non comptabilisés dans les statistiques officielles. Des fonds importants sont colportés d'Europe en Afrique de main à main ou par des officines plus ou moins clandestines qui échappent à tout contrôle. Pour les responsables des organismes officiels de convoyeurs de fonds, "la somme (envoyée par an) est en réalité beaucoup plus élevée car les statistiques ne prennent pas en compte les transferts informels, évalués entre 80 et 100 milliards de dollars par an pour une diaspora (africaine) d'environ 30 millions d'individus"  (Tidiane Diakité et Nathalie Mounier, L’immigration n’est pas une Histoire sans paroles, Les Oiseaux de Papier).


A cela s’ajoute la formation des jeunes Africains dans les universités, instituts et écoles spécialisées, autant de relais potentiels pour la France en Afrique.

 

Malgré tout, la frontière entre la France et l'Afrique ne doit pas être une barrière entre les Français et les Africains qui ont tant de choses à se dire ! La France doit savoir puiser dans son histoire et dans la force de son génie les moyens de se rassurer que le "barbare africain" ne s'installera pas en vainqueur sur les décombres de ses maisons, mais qu'ensemble, l'Afrique et la France doivent frayer le chemin du futur.

 

 

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:24

 

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Spectacle surréaliste ! le palais présidentiel envahi par des manifestants qui, non contents de transformer ce haut lieu du pouvoir en auberge, s'en sont pris au chef de l'Etat qu'ils ont frappé et blessé grièvement.

 

 

Mali : une tragédie lourde de sens

 

L'Afrique aux Africains !

 

Vieux refrain connu, maintes fois ressassé du temps de la fièvre des indépendances, passage obligé dans tout discours et toute rencontre d'élites africaines dans les années 1950-1960.

Les Africains en Afrique et ailleurs ont passé des nuits blanches et des journées entières à suivre dans le détail les débats de la dernière campagne électorale en France, avec un point de fixation :

 

Qu'en sera-t-il de la Françafrique ?

 

Pour tous, l'important, une fois le nom du nouveau président connu, le 6 mai 2012, c'était de savoir ce que deviendraient les relations entre la France et l'Afrique, tout particulièrement la Françafrique ( ou Françafric !). Cela semblait le seul intérêt de cette élection pour beaucoup d'entre eux. On suivait alors le moindre mot, le moindre signe se rapportant à l'Afrique et au changement que le nouveau président introduirait ou non dans les rapports avec ce continent ,comme si le destin de ce dernier ne pouvait se dessiner qu'en France, et non en Afrique même, par les Africains eux-mêmes. L'Afrique aura-t-elle besoin, ad vitam aeternam, d'un tuteur pour être, après 50 ans de souveraineté proclamée [voir Tidiane Diakité, 50 ans après, l'Afrique, Arléa].

Ce qui se passe actuellement au Mali est riche de signes révélateurs, à la fois de l'état de ce pays comme de celui de tout un continent. Alors que les Africains et leurs dirigeants ont les yeux rivés sur l'élection présidentielle française, à leur côté, agonise, lentement un Etat, le Mali, patrimoine historique, culturel, véritable mémoire de tout un continent ( des sites et monuments sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO), dans l'indifférence générale. Qui, en Afrique, a conscience du symbole que représenterait la probable désintégration du Mali, ce trésor culturel du passé africain?

L'agression sauvage du président malien de transition, le 21 mai 2012, dénote, en plus de l'aspect strictement politique, la déliquescence d'une certaine culture et la transgression de codes sociaux dignes d'intérêt. On a osé agresser physiquement un chef d'Etat dans l'exercie de ses fonctions, qui plus est, un homme âgé de 70 ans. La sacralité et le respect dus à l'âge ont vécu ! Les codes sociaux les plus traditionnellement ancrés dans les cultures sont-ils, eux aussi, en déliquescence, à l'image du pays lui-même ? Ce pays semble désormais marcher sur la tête, pris d'un soudain vertige, sans boussole ni gouvernail, ballotté au gré des vents mauvais qui le font dériver inexorablement vers les rivages insondables de l'abîme. Et que dire du reste ?

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La démocratie n'a-t-elle pas pour fonction première le respect de l'autre et de ses opinions ? N'a-t-elle pas pour vertu principale d'éviter coups de fusil et coups de poing en guise de débat et de confrontation d'idées ? En Afrique, elle ne permet d'éviter ni les uns ni les autres.

Face au spectacle désolant de ce grand pays qui chancelle, se défait, et tombe de jour en jour, de plus en plus en lambeaux, aucune voix ne s'élève, ni individuellement ni collectivement. Les Etats voisins ne voient ni n'entendent... rien qui puisse troubler leur petit "confort national".

Et la CEDEAO ? Est-elle fière de son oeuvre au Mali ? Elle s'est bien sûr donné la peine de produire des plans de "sortie de crise" ainsi que des discours, mais pour le résultat que l'on sait.

 Et l'Union africaine elle-même, qui semble avoir perdu le sens et la pertinence du mot union ! Où est-elle ? Voilà tout un continent muet, frappé d'anémie politique et mentale, face au spectacle de la décomposition d'un Etat membre, et d'une tragédie qui devrait le toucher au premier chef.

Le parallèle est saisissant : quand en Europe, tous les Etats de l'Union européenne accourent au chevet d'un des leurs en proie à des difficultés financières, en Afrique, l'Union africaine tourne le dos à l'un des siens, gravement blessé, en voie de disparition, par la perte de sa substance.

L'Afrique souffre cruellement d'un manque de leadership. Parmi cet aréopage rutilant sans inspiration ni vision de dirigeants, aucune personnalité ne fait autorité, aucun esprit ne brille pour illuminer et guider.  

Quant à l'intéressé lui-même, le président malien venu se faire soigner au Val-de-Grâce, à Paris, selon ses proches : "Si son état physique est relativement satisfaisant, son moral inquiète : le président de transition est plus affecté par l'image déplorable que son agression a donné du Mali que par cette agression elle-même. Et pourtant il a frôlé la mort". Cette image déplorable se confine-t-elle au seul Mali ?

Si seulement le Mali pouvait autant attirer le regard et l'attention des Africains que l'élection présidentielle française. Comment ne pas souscrire à l'avis de ce lecteur de Jeune Afrique : "L'agression du présdent intérimaire malien par des partisans de la junte, le 21 mai, est la goutte d'eau qui risque de faire déborder le vase. C'est une humiliation pour tous les Africains qui se donnent en spectacle et illustrent leur incapacité à gérer efficacement une crise..." (Jeune Afrique, Courrier des lecteurs, 27 mai 2012)

Autre indice révélateur. Combien de chefs d'Etat africains ont déjà défilé à l'Elysée depuis le 6 mai ? Et combien sont-ils allés au Mali depuis 6 mois ? Combien ont parlé du Mali ?

Il serait temps, en effet, pour les Africains, leurs dirigeants surtout, de penser tout autant à la France-Afrique qu'à l'"Afrique-Afrique."

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 08:18

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Comment fabrique-t-on des clandestins ?

 

Encore l'immigration ? Oui, mais "clandestins" et sans papiers

 

Il ne sera question ici que d'une réflexion sur la "fabrique" de clandestins, de ce qui produit objectivement un clandestin. Il ne sera question ni de chiffres, ni de statistiques d'immigrés irréguliers (toujours hypothétiques et sujet à caution). Ne seront pas non plus évoqués le parcours des clandestins, leurs illusions, leur échec ou leur réussite, pas plus que les raisons historiques, politiques et économiques qui poussent des personnes à prendre le chemin de l'exil. Partir, c'est mourir un peu, écrivait Roland Dorgelès. Mais partir peut être aussi le moyen de renaître, de revivre, partir pour mieux revenir, bref, partir pour être.


La chronologie des faits est bien connue en France, de 1945 à 2000. Au lendemain de la 2e Guerre mondiale (comme au lendemain de la 1ère), les besoins de bras étrangers pour reconstruire le pays dicte aux autorités l'ouverture des frontières pour recruter massivement la main- d'oeuvre étrangère. Les Trente glorieuses (1945-1974) constituent à cet égard la période faste où immigrés et autochtones ont communié dans la conviction d'être utiles les- uns aux autres, dans la "fraternité" des besoins réciproques.


Seuls étaient refusés les étrangers catalogués dangereux pour l'ordre publique (politique et social). [Même si un tri pas toujours avoué privilégiait les populations européennes voisines : Italiens, Belges, Allemands puis Espagnols, Portugais, Yougoslaves, Roumains, Polonais. Une catégorie de travailleurs devait être limitée, sauf cas de nécessité majeure : Maghrébins et Subsahariens]. De fait, les refus systématiques furent rares, tous les bras étant alors utiles.


Incontestablement ce fut le temps des entrées massives. Le général de Gaulle officialisa cette orientation dans le fameux mémorandum "Impératif migratoire" lancé dès 1945, lequel comportait trois volets :


bouton 007- Immigration massive dans un cadre régulier et contrôlé.

bouton 007- Monopole de l'Etat dans le recrutement.

bouton 007- Insertion facilitée des étrangers dans la société française.

 

L'Office national de l'immigration (ONI), organisme officiel, créé à cette fin, devait constituer l'instrument de la mise en oeuvre de la politique migratoire de l'Etat.

 

Des clandestins légaux ?

 

Mais apparut rapidement le décalage entre la politique officielle du gouvernement et les besoins sans cesse croissants des acteurs économiques, ces derniers exigeant toujours plus que les normes fixées par le gouvernement et son incapacité à satisfaire la demande. Le patronat passait outre les directives de l'ONI en argumentant ainsi :


"Notre pays a besoin de main-d'oeuvre à bas prix, laissons entrer le plus grand nombre possible de personnes, il sera toujours temps après de fermer les portes et de renvoyer les surnuméraires...".


En 1956-1957, l'immigration clandestine s'intensifia pour deux raisons principales :


bouton 007- Les besoins toujours plus grands de travailleurs étrangers liés à la modernisation industrielle, en temps de surchauffe économique.

bouton 007- Les incidences de la guerre d'Algérie.


L'ONI ne suivant plus le rythme, les immigrés prirent l'habitude de se rendre sur place pour se faire embaucher, le gouvernement fermant les yeux. Cela ne contrariait en rien la politique migratoire officielle qui préconisait "le recours à l'immigration comme moyen de stimuler la croissance". Cette politique fut confirmée par le rapport général de la Commission de la main-d'oeuvre du IIIe Plan (1958-1951), stipulant : 


"Le recours à l'immigration doit être considéré non pas comme un palliatif qui permettrait de résoudre quelques crises passagères, mais comme un apport continu indispensable à l'accomplissement des besoins du IIIe Plan". (Revue française du travail, avril-juin 1958).

 

Le Premier ministre Georges Pompidou, encourageait sans réserve cette position ainsi que l'initiative des étrangers d'entrer dans le pays pour se faire embaucher, passant par-dessus textes et règlements. Il déclarait ainsi en 1963 devant l'Assemblée nationale :


"L'immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale".


Le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, confirmait en 1966 :


"L'immigration clandestine, elle-même, n'est pas inutile car, si l'on s'en tenait à l'application stricte des règlements et accords internationaux, nous manquerions de main-d'oeuvre".

 

L'immigration clandestine légalisée ?

 

Cette double tendance, celle de l'immigration légale massive et celle de l'immigration clandestine non moins massive, fut désormais la règle, se créant ainsi dans le pays une culture de la clandestinité en matière d'immigration.

 

1974 : le couperet !

 

Chocs pétroliers et crise économique aidant, une circulaire du 5 juillet 1974 annonça la suspension de l'immigration et la fermeture des frontières. Soit !


Mais cette mesure ne fut accompagnée d'aucune pédagogie de l'immigration en direction des pays pourvoyeurs, ni même à l'intérieur de l'Hexagone. Sauf la chasse aux illégaux et une politique de fermeté et de reconduite à la frontière.


D'où les difficultés du moment à juguler les flux migratoires et les énormes dépenses consenties pour y faire face. Pour quel résultat ! Le décalage existe toujours entre les objectifs politiques déclarés et la réalité des besoins en main-d'oeuvre. Si bien qu'en 2012 il y a plus d'immigrés clandestins détenteurs d'emploi que dans les années 80 ou 90.

 

Paradoxe ?

 

La première des explications c'est que les migrations sont inévitables et utiles et que les immigrés, même clandestins, sont des indésirables utiles, voire indispensables. L'actualité en administre la preuve au quotidien. Le livre du sociologue Nicolas Jounin fourmille d'exemples illustrant ce conflit d'intérêt entre la doctrine officielle de "l'immigration zéro" et les besoins d'entreprises en travailleurs clandestins.


Ce sociologue, maître de conférence à l'université Paris VIII, s'est immergé, de 2001 à 2004, dans le secteur du bâtiment comme travailleur manuel, et a pu ainsi observer de l'intérieur les pratiques sur plusieurs chantiers. Il répond ainsi aux questions d'un journaliste :


"bouton 007- Pourquoi les entreprises du bâtiment ont-elles recours à la main-d'oeuvre en situation irrégulière ?

bouton 007- Parce qu'elles ne peuvent pas s'en passer. Les étrangers - en situation irrégulière (certains ont des titres de séjour d'un an qui les rendent à peu près aussi vulnérables) - occupent des postes dévalorisés comme manoeuvres ou ferrailleurs. Les manoeuvres sont plutôt originaires d'Afrique noire, les ferrailleurs du Maghreb. Ce sont des métiers très durs. Les étrangers acceptent des conditions de travail que d'autres refuseraient. Si ces métiers sont pénibles, ils sont plus rémunérateurs que le nettoyage ou la sécurité, autres secteurs dans lesquels on trouve des sans-papiers [...]. Le recours aux sans-papiers a permis aux entreprises de faire l'économie d'une réflexion sur le moyen de retenir et fidéliser leurs salariés. Elles savent qu'elles finiront toujours par trouver des bras".


Aujourd'hui, une catégorie de main-d'oeuvre étangère, les "nounous"  et autres travailleurs sociaux, le "service à personnes" en général,  occupent des emplois dont l'utilité n'échappe à personne. Cette catégorie de travailleurs, illégaux pour la plupart, croît d'année en année.


Comment ces personnes en situation irrégulière peuvent-elles occuper ces emplois ?

 

"En théorie, l'employeur est censé demander le titre de séjour de son employé. Mais, dans les faits, il lui est "techniquement possible" de salarier une personne en situation irrégulière, confirmait M. Francis Etienne, directeur de l'immigration au Ministère de l'immigration et de l'identitié nationale (juillet 2010)."

 

Le conflit existe donc toujours entre règlementation et réalité des besoins, regard de l'Etat et intérêt des entrepreneurs, notamment dans certaines catégories de métiers.


Et si la fermeture des frontières et le durcissement des lois produisait les clandestins ?


Il existait un système de noria bien établi, entré dans les traditions depuis la fin des années 40. Par exemple l'ethnie soninké (Mauritanie, Sénégal, Mali) qui voyait les générations se succéder sur la route entre leur pays et la France.


« Il s'agissait alors d'une migration temporaire et pendulaire, par rotation. Les aînés qui partaient pour quelques années rentraient au pays pour être remplacés par les plus jeunes. Le jeune frère était ainsi assuré de prendre la relève de l'aîné qui après trois ou quatre ans passés en France, rentrait définitivement, se mariait (s'il était célibataire) et occupait sa place dans la société, auréolé de son passé de migrant. Si cette relève ne pouvait être assurée parce que la famille ne comptait qu'un garçon, ce dernier était astreint à plusieurs séjours successifs jusqu'à un âge avancé.

 

Ce système de rotation qui assurait la mobilité des travailleurs africains entre le pays d'accueil et le pays d'origine se fige aujourd'hui, les frontières étant désormais fermées à ce genre de mouvement. Ceux qui réussissent néanmoins à franchir la barrière par des voies détournées pour se retrouver en France entendent y rester de peur de ne plus pouvoir y revenir s'ils rentraient chez eux au bout de deux ou trois ans. Et les plus jeunes, les cadets qui, traditionnellement étaient appelés à assurer naturellement la relève, se heurtant aux mêmes barrières érigées à l'entrée de l'Europe, tentent le tout pour le tout pour les franchir au moyen de la clandestinité ou de trafics plus ou moins avouables, notamment de faux papiers. Car que faire lorsque la porte est fermée et qu'on veut entrer ? Entrer par la fenêtre ! On est alors clandestin. » (Tidiane Diakité, L’immigration n’est pas une histoire sans paroles, Les Oiseaux de Papier)

 

gif anime puces 029La fermeture des frontières, en brisant cette noria traditionnelle, véritable instrument de régulation naturelle de l'immigration, a transformé des migrants réguliers en clandestins sans papiers, fantômes invisibles mais utiles.

 

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(A suivre)

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 14:33

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Les migrations aujourd'hui et demain, enjeux et perspectives

 

"Un enjeu majeur du 21e siècle...

En ce début de 21e siècle, le phénomène s'est accéléré... La croissance des migrations est plus rapide que celle de la population mondiale, mais tout en constituant à peine 5% de celle-ci...

Deux constats s'imposent : migrations, développement et relations internationales sont étroitement liés dans cet espace mondialisé. L'Etat-Nation aux frontières fermées et à la population homogène est le grand perdant de ce processus." (Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations dans le monde, Ed. Autrement).

L'ampleur des flux migratoires (densité et diversification) inquiète des Etats qui tentent de mettre en place des politiques qui sont loin de constituer la voie la mieux indiquée , de nature à faire du phénomène migratoire non un objet d'épouvante, mais une chance pour ceux qui partent et pour ceux qui accueillent.

Les barricades érigées, parfois dans la précipitation, les refoulements, les centres de rétention... ne peuvent endiguer ces flux ; autant couper les pieds à tous les candidats au départ, parce qu'il existe aussi une poussée migratoire qui est une poussée de la liberté, en même temps qu'aspiration au bien- être. L'Occident qui a de tout temps prêché l'ouverture des frontières, la liberté des personnes, peut-il aujourd'hui s'opposer à la liberté d'aller et venir, à la mobilité des personnes ?

De plus, la mondialisation s'amplifiant, les flux des produits de toutes sortes, marchandises, idées, techniques, modes, circulent à une vitesse jamais égalée grâce au coût de plus en plus bas des moyens de déplacement et de communication, eux ausi de plus en plus nombreux et diversifiés. Comment dans ces conditions freiner la mobilité des personnes ?

Comme d'autre part le fossé ne cesse de se creuser entre pays riches et pays pauvres, les sources de la mobilité des hommes et des femmes ne tariront pas d'elles-mêmes. Il faut pour cela de la volonté, de la cohérence et de la cohésion des politiques des  nations, bref, "de l'audace,  et encore de l'audace".

Peut-on ouvrir les frontières aux marchandises, aux technologies, aux idées et aux modes en les fermant aux personnes ? Quelle est donc la bonne politique pour faire face au phénomène migratoire d'aujourd'hui et de demain ?

Il ne s'agit en aucune manière de contester aux Etats le droit de chercher à réguler les fux migratoires de manière à trouver la bonne adéquation entre l'accueil des migrants et les moyens à leur consacrer afin que leur présence ne constitue pas un facteur de déstabilisation. Cependant, la politique de fermeté ne doit aucunement prendre le pas sur la bienveillance et la "bientraitance", y compris à l'égard de ceux qui seraient en situation administrativement irrégulière. Ce qu'il faudrait  à l'échelle nationale et mondiale, c'est :

bouton 007- D'abord chercher les propos qui apaisent le débat sur l'immigration.

bouton 007- Consolider le développement de pays économiquement faibles émetteurs des flux les plus denses.

bouton 007- Promouvoir la liberté et la démocratie à l'intérieur des Etats.

bouton 007- Organiser la communication entre les cultures, ce qui constiltue un facteur de connaissance et de compréhension de l'autre.

 

Mieux se connaître

 

car la méconnaissance est une source inépuisable de peur et de rejet de l'autre. Se connaître pour mieux vivre ensemble et construire la "Cité démoncratique" de la connaissance réciproque et du partage.

A l'échelle des nations, il importe de chercher les moyens d'intégrer au mieux les populations allogènes.


S'agissant de la France, il est souvent fait état d'absence de politique d'intégration ou de l'échec du modèle français d'intégration. Certes, les pouvoirs publics ont tardé à faire de l'intégration une question prioritaire. Le thème de l'immigration lui-même ne s'est imposé dans les discours qu'à la fin des années 1970. Mais surtout, l'opinion s'est emparée de ce thème (notamment à partir de faits divers sensationnels) prenant le pas sur les pouvoirs publics et les acteurs économiques qui, depuis les années trente, avaient la maîtrise ou la responsabilité des questions migratoires. Dès lors, l'émotion, les représentations décalées par rapport à la réalité dominent le débat ; ce qui complique d'autant la recherche réfléchie au meilleur moyen d'accueillir et d'intégrer, le regard porté sur le migrant devenant un regard négatif exclusif.

Il n'empêche, l'intégration suit son chemin dans ce pays, lentement, non sans à-coups certes, mais sûrement. L'intégration, c'est quand "à l'intérieur d'un groupe ou d'un individu, des traits identitaires s'ajoutant ou se substituant aux caractères originels, les idées et les comportements des personnes concernées évoluent de sorte que l'appartenance à la société environnante ne constitue plus un problème. Les formes d'intégration apparaissent très diverses : l'évolution peut être acceptée ou forcée, inconsciente ou délibérément recherchée, effaçant en apparence toute identité d'origine ou laissant subsister quelques éléments de celle-ci. [...] Il s'agit donc d'un phénomène complexe gouverné par des facteurs variés". (Ralph Schor, Historiens et géographes, janvier 2004)

 La marche vers l'intégration est en effet tributaire d'un certain nombre de facteurs. Les temps de crise économique ne sont favorables ni à l'accueil des étrangers, ni à leur intégration. Au contraire, les périodes de prospérité sont des facteurs d'accélération de l'intégration. Ce fut toujours le cas en France (sans doute ailleurs aussi) où l'histoire fourmille d'exemples d'accélération ou de frein de l'accueil et de l'intégration. Ainsi en 1895, lors d'une période de fortes tensions sur le marché de l'emploi, le consul italien à Lyon décrit comme suit la situation de ses compatriotes : "Bien que notre main-d'oeuvre soit très appréciée et demandée, les hommes sont souvent persécutés ou mal vus. On dit souvent que l'Italien est sanguinaire, arrogant, menteur. [...] Dans la dernière décennie, cette circonscription connut deux violents affrontements dont l'origine se trouve dans la peur de la concurrence."

Parlant de ces mêmes Italiens, un policier nantais affirmait en 1929 : "Ils n'ont à aucun degré le don d'assimilation." Et le juriste René Rey de préciser : "Lisant des journaux écrits dans leur langue nationale, conservant leur religion et la pratiquant, formant des sociétés semblables à celles existant dans leur pays [...] ces étrangers constituent dans le pays une force. " Les exemples sont nombreux.

De même lors de la grande crise mondiale des années trente, un député conservateur déclare en 1931 : "Nous ne souffrons pas d'une crise de chômage, mais d'une crise d'invasion étrangère."

Les facteurs sociaux jouent également un rôle important. Le premier facteur propice, c'est la rencontre , quel qu'en soit le cadre( le mélange avec les autochtones) : chantiers, usines, école, associations sportives ou syndicats, tout comme les mariages mixtes.

Les facteurs culturels sont aussi des plus favorables à l'intégration. La connaissance préalable du pays d'accueil, celle de sa langue, de son histoire, de ses institutions... joue un rôle d'accélérateur.

Enfin, le degé d'intégration, quelle que soit la durée du séjour dans le pays, varie selon les individus et leur personnalité, de même que les expériences vécues, le lieu de résidence (en communauté d'origine fermée, dans un même espace, un quartier, ou en contact régulier avec les autochtones)...

"Certains immigrés restent proches de leur identité nationale. D'autres semblent intégrés, voire assimilés, même si le rejet délibéré de la personnalité nationale d'origine reste très rare. Il est cependant délicat de définir le type de Français dont les immigrés intégrés sont proches, tant la société du pays d'accueil se révèle fractionnée par des particularités régionales, des différences culturelles, des clivages idéologiques. [...] Une définition précise de l'intégration apparaît d'autant plus délicate que ce phénomène n'est pas incompatible avec des retours périodiques au pays, le maintien de singularités culturelles en matière de langue, de traditions, d'usages culinaires..."


C'est précisément de la rencontre de ces cultures qu'il faut savoir tirer la richesse de l'immigration et de l'intégration pour en faire à la fois le prix de la prospérité et celui de la paix entre peuples et nations.

migrat Afri Affichage Web moyen Pour approfondir voir :

- Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ? L'Harmattan.

- Tidiane Diakité, L'Immigration n'est pas une Histoire sans paroles, Ed. Les Oiseaux de Papier. (Coauteur : N. Mounier).


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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 08:20

Le regard de l'autrechien 263

 

Humeur et humour

 

Candidats russes, turcs et marocains à l'immigration, réfléchissez avant de choisir la Flandre comme terre d'accueil. Lisez attentivement, avant de boucler vos valises, la brochure que vous distribuera le ministre Geert Bourgeois (N-VA), vice-ministre président du gouvernement flamand, en charge de la Citoyenneté.

Ce vade-mecum du futur flamand modèle décline les étranges us et coutumes des citoyens de ce plat pays que vous rêv(i)ez de côtoyer. Le saviez-vous ? En Flandre, il est interdit de maltraiter quelqu'un, physiquement ou psychologiquement, même s'il s'agit de votre épouse ou de vos enfants.

Plus singulier, encore : les Flamands ne vivent pas en rue. Ils vivent dans leur maison. Et puis, ils sont ponctuels, les Flamands : un rendez-vous à neuf heures, ce n'est pas neuf heures cinq. Et là-bas, les gens ne s'invitent pas les uns les autres. Pas n'importe comment en tout cas. Au préalable, ils se fixent rendez-vous.

Ces gens étranges apprécient le repos. Après 22 heures, on fait silence en Flandre. Et les rues y sont propres. Si vous vous y établissez, il faudra sortir vos poubelles aux heures et jours réglementaires. On allait oublier l'essentiel : la vie y est si chère que les conjoints sont tous deux contraints de travailler s'ils veulent joindre les deux bouts. Conclusion : il faut que vous recherchiez un emploi. Et, bien sûr, que vous vous frottiez aux subtilités de leur langue. Dernière surprise : celui qui travaille en Flandre paie des impôts. C'est même obligatoire.

Vous avez toujours l'intention de mettre le cap sur ce pays des merveilles ? Sachez encore que son climat y est si pluvieux, en toute saison, qu'il faut emmener avec soi le parapluie et la petite laine.

La brochure ne dit pas si, pendant les rares jours de soleil, les Flamands s'accordent le droit de traîner en rue après 22 heures, au risque de rater leur rendez-vous du lendemain et d'oublier de sortir leurs poubelles.

Dirk Vanoverbeke, Le Soir de Bruxelles, 11 mai 2012.

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