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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 07:53

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LA RÉVOLUTION ET L’ÉCOLE. L’AMBITION UNIVERSALISTE

 livre 010

De la nation à l’Universel, rêves et réalités

 

Une utopie généreuse

livre 015

 

Les hommes sont déclarés libres ; mais ne sait-on pas que l'instruction agrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de despotisme ? Ne sait-on pas que, même sous la Constitution la plus libre, l'homme ignorant est à la merci du charlatan, et beaucoup trop dépendant de l'homme instruit ; et qu'une instruction générale, bien distribuée, peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits qui est nécessaire, et qui même concourt au bien de tous, mais le trop grand empire que cette supériorité donnerait, si l'on condamnait à l'ignorance une classe quelconque de la société ? Celui qui ne sait ni lire ni compter dépend de tout ce qui l'environne ; celui qui connaît les premiers éléments du calcul ne dépendrait pas du génie de Newton, et pourrait même profiter de ses découvertes.

Les hommes sont reconnus égaux ; et pourtant combien cette égalité de droits serait peu sentie, serait peu réelle, au milieu de tant d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisait sans cesse effort pour rétablir le niveau, et pour affaiblir du moins les funestes disparités qu'elle ne peut détruire !

Enfin, et pour tout dire, la Constitution existerait-elle véritablement, si elle n'existait que dans notre code ; si de là elle ne jetait ses racines dans l'âme de tous les citoyens ; si elle n'y imprimait à jamais de nouveaux sentiments, de nouvelles mœurs, de nouvelles habitudes ? Et n'est-ce pas à l'action journalière et toujours croissante de l'instruction, que ces grands changements sont réservés.

Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction : tout nous démontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines de tant d'abus, nécessite une création en ce genre.

(Talleyrand, L’instruction, base de la liberté. Discours devant l’Assemblée, 10 septembre 1791)

 

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« Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple » (Danton, 1793)

 

La Convention, de 1793 à 1795, assigne à l’éducation non seulement le devoir de « perfectionner » l’individu, mais aussi celui d’être vecteur de progrès pour la société et l’humanité entière. L’enseignement scolaire devait, à leurs yeux, remplir la mission sacrée de rendre l’individu libre, heureux, épanoui et utile à la société.

Partant de ce principe, les révolutionnaires considèrent que toutes les sciences de la nature et de l’homme doivent entrer à l’école, et contribuer à la formation de l’esprit. D’où à la fois la diversification des disciplines enseignées et une tendance à l’encyclopédisme.

 

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En savoir beaucoup pour être meilleur

 

Cette ambition dénote chez les protagonistes de 1789 un optimisme sans limites, couplé à une vision universaliste de l’homme, ce qui les amène à légiférer en tout domaine pour l’humanité entière.


La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en est un premier témoignage.

« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».


Pour les auteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789, il importe au préalable d’unir les Français dans une République « une et indivisible » et de consolider le sentiment national, pour atteindre l’objectif de l’élévation du national à l’universel par le biais de l’éducation.

 

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Diversité. Patois et dialectes. XVIIIe siècle

 

Assurer l’unité de la nation impliquait l’uniformisation des poids et mesures, et surtout celle des programmes scolaires partout sur le territoire national.

Le message de la France ne pouvant atteindre le reste du monde sans la réalisation de l’unité des Français, l’école fut considérée comme le moyen le plus approprié à cette fin.

 

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La Convention envahie

 

La République en danger

 

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L’impératif de défense de la République, laquelle est contestée à l’intérieur et attaquée de l’extérieur, compromet la concrétisation dans l’immédiat des objectifs de refondation de l’école et de l’éducation sur de nouvelles bases, avec de nouvelles ambitions. Cet échec avait trois explications :


bouton 006le manque criant de moyens financiers et humains, les caisses de l’État restant désespérément vides pour construire des écoles en nombre et former des enseignants, l’objectif premier déclaré étant une école primaire pour 1000 habitants et un établissement d’enseignement secondaire par département,


bouton 006le poids de la guerre, face à l’Europe entière liguée contre la France, surtout au lendemain de l’exécution de Louis XVI en 1793,


bouton 006enfin, l’immensité de l’œuvre dont la nouveauté et la vision à long terme se heurtaient à la lenteur de la maturation des mentalités.

 


Il faut donc attendre la « dernière année du règne de la Convention pour voir naître, sur les ruines du passé et sous les auspices de savants plus ou moins mêlés à la politique, des établissements vraiment nouveaux, appropriés aux nouvelles destinées auxquelles l’humanité semblait appelée, et dont on admettait sans conteste que la nation française devait le modèle à l’humanité. »

 

 

Malgré tout, à l’actif des révolutionnaires et de la Convention :

L’École centrale des travaux publics qui devient l’École Polytechnique, l’École des Mines, le Conservatoire des Arts et Métiers, l’École des Langues orientales(symbole incontestable de l’ouverture au monde), ainsi que diverses écoles de santé, le Bureau des Longitudes, l’Institut national des Sciences et des Arts, l’ensemble du système décimal et système métrique qui n’entreront en vigueur en France qu’au XIXe siècle, avant de s’étendre à l’Europe, puis au reste du monde.

 

Dans la même veine, parallèlement aux disciplines scolaires et universitaires, il convient de signaler des réalisations marquées par cette idéologie révolutionnaire de la nation et de l’Universel :

la transformation du « Jardin du Roi » en Muséum d’histoire naturelle, et  celle du Louvre, résidence royale, en Musée national.

 

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La IIIe République reprendra le flambeau, en réalisant les prescriptions des hommes de 89 en matière d’école et d’éducation.

 

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 07:13

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Éducation et citoyenneté

 

 

 

 

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L’instruction, la première condition de l’émancipation

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Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs. Assurer à chacun d'eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d'être appelé, de développer toute l'étendue des talents qu'il a reçus de la nature, et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l'égalité politique reconnue par la loi :

 

Tel doit être le premier but d'une instruction nationale ; et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice.

 

Diriger l'enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l'aisance de ceux qui les cultivent, qu'un plus grand nombre d'hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société, et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune.

 

Cultiver enfin, dans chaque génération, les facultés physiques, intellectuelles et morales, et, par là, contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée.

 

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École, instruction, éducation, le plus impérieux des devoirs d’État

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Les lumières de l’instruction pour éclairer l’esprit et briser les chaînes de l’obscurantisme

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L'égalité d'instruction que l'on peut espérer d'atteindre, mais qui doit suffire, est celle qui exclut toute dépendance, ou forcée, ou volontaire. Nous montrerons, dans l'état actuel des connaissances humaines, les moyens faciles de parvenir à ce but, même pour ceux qui ne peuvent donner à l'étude qu'un petit nombre de leurs premières années, et dans le reste de leur vie, quelques heures de loisir. Nous ferons voir que par un choix heureux, et des connaissances elles-mêmes, et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour l'économie domestique, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie et de ses facultés, pour connaître ses droits, les défendre et les exercer ; pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir les bien remplir, pour juger ses actions et celle des autres d'après ses propres lumières, et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent la nature humaine ; pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l'exercice de ses droits ; pour être en état de les choisir et de les surveiller, pour n'être plus la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie de craintes superstitieuses et d'espérances chimériques ; pour se défendre contre les préjugés avec les seules forces de la raison ; enfin, pour échapper aux prestiges du charlatanisme, qui tendrait des pièges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver. 

 

 

Former le citoyen pour bâtir la cité harmonieuse

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Dès lors, les habitants d'un même pays n'étant plus distingués entre eux par l'usage d'une langue plus grossière ou plus raffinée, pouvant également se gouverner par leurs propres lumières, n'étant plus bornés à la connaissance machinale des procédés d'un art et de la routine d'une profession, ne dépendant plus, ni pour les moindres affaires, ni pour se procurer la moindre instruction, d'hommes habiles qui les gouvernent par un ascendant nécessaire, il doit en résulter une égalité réelle, puisque la différence des lumières ou des talents ne peut plus élever une barrière entre des hommes à qui leurs sentiments, leurs idées, leur langage permet de s'entendre ; dont les uns peuvent avoir le désir d'être instruits par les autres, mais n'ont pas besoin d'être conduits par eux ; dont les uns peuvent vouloir confier aux plus éclairés le soin de les gouverner, mais non être forcés de le leur abandonner avec une aveugle confiance. 

(Condorcet, Discours, 1794)

 

 

« C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. » (Montesquieu)

 

Cette affirmation du philosophe des Lumières ne fut, à aucun moment, démentie pendant toute la période révolutionnaire.

 

Malgré le formidable tourbillon qui emporta bien de ses protagonistes parmi les plus illustres, et les impératifs de la défense de « la patrie en danger », attaquée de toutes parts, de même que celle de la République naissante, l’école et l’éducation occupèrent une place centrale dans les débats et les assemblées de 1789 à 1795.

 

Les guerres continuelles de 1792 à l’avènement de Napoléon Bonaparte, n’arrêtèrent pas cette énergie farouche déployée pour inventer une nouvelle école et l’enraciner dans la durée. Et pour cause!  L’éducation apparaissait pour les révolutionnaires comme le meilleur outil pour forger l’unité des citoyens et de la nation autour des principes de liberté, égalité politique et de fraternité, au-delà de toutes les barrières sociales et matérielles.

 

Ainsi l’éducation des futurs citoyens était, pour les hommes de 1789, le pilier le plus solide, sur lequel s’appuyer pour préserver, consolider et perpétuer les idéaux révolutionnaires et ceux de la République. Assurer l’instruction, c’était aussi garantir à chaque individu, le droit au libre développement des facultés et des forces de l’esprit et du cœur.

 

Bref, le ressort qui sous-tend cette volonté de réforme, c’est le souci de rupture totale avec le passé et la garantie d’un futur en tous points nouveau.

 

L’œuvre éducative des révolutionnaires sera poursuivie par Napoléon et inspirera les lois scolaires de la IIIe République.

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 07:08

a87-copie-1.gifLE PARTAGE DE L’AFRIQUE013.gif

 

 

 

De l’Afrique « africaine » à l’Afrique « européenne »

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A partir de 1880, les explorations prennent une couleur politique et nationaliste plus affirmée. On y va avec le drapeau de sa nation, dans l'espoir de le hisser sur des portions d'Afrique. L'action des explorateurs n'est plus un acte solitaire en marge des intérêts nationaux. L'explorateur se mue peu à peu en conquérant puis en colonisateur. La prise de possession de territoire devient désormais l'objectif et la priorité, et se fait au nom de sa nation. Chaque explorateur hisse son drapeau dans ces contrées lointaines. C'est désormais la course, la compétition, la rivalité entre les nations d'Europe partout en Afrique. C'est ainsi qu'entre l'explorateur français Brazza et son homologue britannique Stanley (passé au service du roi des Belges Léopold II) s'engage une véritable course de vitesse pour découvrir l'embouchure du fleuve Congo, dans la zone équatoriale, course qui se transforme en lutte acharnée à l'arrivée. Le résultat de cette confrontation est le partage des deux rives du fleuve en territoire français au nord et en territoire belge au sud (propriété du roi des Belges). Les capitales des deux futures colonies (et futurs Etats, Congo-Brazzaville et Congo-Zaïre) se situant de part et d'autre des rives du fleuve Congo.

 

gif anime puces 251La ruée

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En quête de terres à coloniser

 

De son côté, en 1884, le chancelier allemand, Bismarck (l'artisan de l'unité allemande réalisée à la suite de la défaite de la France en 1870) fait occuper divers points sur la côte correspondant aux actuels Togo, Cameroun et Namibie. Face à ces rivalités croissantes entre Européens, Bismarck a l'initiative d'une concertation entre les principales puissances d'Europe intéressées par l'Afrique. Ce qui est fait à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Cette concertation prend le nom de « Conférence de Berlin » ou encore de « partage de l'Afrique », même si ce terme n'est pas tout à fait approprié à cette date. Cette conférence a pour but de fixer les règles permettant d'éviter les heurts et l'épreuve de force entre les nations européennes en Afrique. Ces règles qui ne sont que théoriques, font qu'aucun Etat européen ne peut désormais revendiquer la possession d'une région d'Afrique sans l'occuper effectivement, ce qui suppose la délimitation des « zones d’influence » et des zones occupées, ainsi que la matérialisation de cette occupation par des « frontières ».

 

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La délimitation des nouvelles frontières

 

Cela déclenche une véritable mêlée entre les Européens. Des émissaires (ou « missions ») : français, anglais, belges, hollandais, allemands, portugais, danois... se lancent dans une course effrénée à l'intérieur du continent. C'est à qui arrivera le premier pour signer un traité avec rois et chefs africains locaux.

 

On est bien loin des glorieux empereurs du Soudan, d'Abomey ou de ceux du Congo. A partir des deux décennies, 1881-1890 et 1891-1900, plus jamais un roi africain ne recevra les hommages d'un ambassadeur accrédité auprès de lui, ou d'un émissaire de rois européens comme aux XVI et XVIIe siècles.   Fini le temps où les rois africains traitaient d'égal à égal avec les rois de France. Dorénavant, ils sont sujets coloniaux sous les ordres du gouverneur installé chez eux par la France, la Grande Bretagne, le Portugal ou la Belgique. Peu à peu, ils se feront oublier y compris de leurs sujets d'hier car désormais, sujets eux-mêmes. Les procédés pour y arriver sont variés. Dans un premier temps on les couvre de cadeaux rutilants, puis on plante son drapeau, le tout sous la garde de quelques militaires composant la « mission ». Mais rien dans cette course aux traités ne peut éviter la rivalité et les conflits. Certains chefs locaux, attirés par l'appât du gain, signent plusieurs traités attribuant parfois les mêmes terres et accordant les mêmes avantages aux nations européennes concurrentes, ce qui fait beaucoup de drapeaux flottant sur leur domaine. Dès la signature de ces traités et à peine les Européens signataires partis, il arrive que les drapeaux soient arrachés et confectionnés en vêtements pour les épouses et les enfants du chef, ce dernier s'apprêtant à en signer d'autres, ce qui est évidemment source de conflits non seulement entre les Européens et lui-même, mais surtout oppose ces derniers les uns aux autres. 

 

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Partage du gâteau africain

 

En fait de partage, il faut préciser que le partage effectif de l'Afrique a lieu quelques années après la conférence de Berlin, entre 1890 et 1900, et même au-delà de cette dernière date, au cours d'une série de rencontres et d'accords entre les puissances européennes. La tradition continue néanmoins d'attribuer le partage du continent africain à cette « Conférence de Berlin ». En tout, elle réunit 14 nations : Allemagne, France, Italie, Suède, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Royaume-Uni, Portugal, Espagne, Pays-Bas, Russie, Empire Ottoman et Etats-Unis. 

 

Le mot « partage » est ici chargé de sens et révélateur du rapport de forces.

bouton 007C’est l’Afrique qui est partagée, mais ce partage se fait hors de ce continent.

bouton 007Aucun Africain ne participe ni n’est présent à la table du partage.

bouton 007Le festin « africain » se déroule sans les Africains.

 

La différence est importante entre l'Afrique d'avant le XIXe et celle de la fin de ce siècle. De 1880 à 1890, le destin de l'Afrique bascule définitivement : ce continent entre dans l'ère de la dépendance, celle de la colonisation. Les moyens pour y parvenir sont simples. Une fois encore, c’est la signature de « traités » avec les chefs africains plus ou moins consentants, en tout cas ignorants des conséquences à long terme de cette signature au-delà de la remise de présents par les Européens. Le plus souvent, en guise de signature, on leur fait tracer un simple trait, parfois une croix (au besoin en tenant leur main). Il arrive que la feuille soit entièrement vierge au moment où on la présente au souverain africain ; une fois signée par ce dernier, il appartient à celui au profit de qui cette signature a été apposée, de la remplir. L'autre moyen plus radical est l'usage de la force. Il n'y a plus besoin de signature ni de protocole, le fusil et le canon suffisent pour parvenir à ses fins.

 

gif anime puces 251L’Afrique colonisée

 

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La nouvelle ère

 

L’Histoire s’accompagne toujours de questions, en l’occurrence, ici, les suivantes :

bouton 007 Comment tout un continent a-t-il pu se laisser dépecer et partager ainsi comme un gâteau ? Par une poignée d’États européens ?

bouton 007 Quelles en sont les causes : lointaines et immédiates ?

bouton 007 Ce partage et cette domination étaient-ils inéluctables ?

bouton 007Pourquoi ?

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 08:12

Clef de sol

 

 

 

ÉPICTÈTE, LE PRIX DU FESTIN

 

 

etoile 107

 

 

 

Les faveurs ou la liberté ?

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Quelqu'un t'a été préféré dans un festin, dans un conseil, dans une visite. Si ce sont des biens que ces préférences, tu dois te réjouir de ce qu'ils sont arrivés à ton prochain. Et si ce sont des maux, ne t'afflige point de ce que tu en es exempt ; mais souviens-toi qu'il ne se peut qu'en ne faisant pas, pour acquérir ce qui ne dépend point de nous, les mêmes choses que font ceux qui l'obtiennent, tu en sois également partagé. Car comment celui qui ne va jamais à la porte d'un grand Seigneur en sera-t-il aussi bien traité que celui qui y est tous les jours ? celui qui ne l'accompagne point quand il sort, que celui qui l'accompagne ? celui qui ne le flatte, ni le loue, que celui qui ne cesse de le flatter et de le louer ?

 

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etoile 108Le coût des faveurs

 

Tu es donc injuste et insatiable, si, ne donnant point les choses avec lesquelles on achète toutes ces faveurs, tu veux les avoir pour rien. Que vend-on les laitues au marché ? une obole. Si ton voisin donne donc une obole, et emporte sa laitue, et que toi, ne donnant point ton obole, tu t'en retournes sans laitue, ne t'imagine point avoir moins que lui ; car s'il a sa laitue, tu as aussi ton obole que tu n'as pas donnée. Il en est de même ici. Tu n'as pas été invité au festin ? aussi n'as-tu pas donné au maître du festin le prix auquel il le vend. Ce prix, c'est une louange, une visite, une complaisance, une dépendance. Donne donc le prix, si la chose t'accommode. Et si, sans donner le prix, tu veux avoir la marchandise, tu es insatiable et injuste. Mais n'as-tu rien qui puisse tenir la place de ce festin où tu n'as point été ? Tu as certainement quelque chose qui vaut mieux que le festin, c'est de n'avoir pas loué celui que tu n'aurais pas voulu louer, et de n'avoir pas souffert à sa porte son orgueil et son insolence.


Nous pouvons apprendre l'intention de la nature par les choses sur lesquelles nous ne sommes pas en différend entre nous ; par exemple, lorsque le valet de ton voisin a cassé une coupe, ou quelqu'autre chose, tu ne manques pas de dire d'abord, pour le consoler, que c'est un accident très ordinaire. Sache donc que, quand on cassera une coupe à toi, il faut que tu sois aussi tranquille que tu étais, quand celle de ton voisin a été cassée. Transporte cette maxime aux choses plus importantes. Quand le fils ou la femme d'un autre meurt, il n'y a pas un homme qui ne dise, que cela est attaché à l'Humanité. Mais quand le fils ou la femme de ce même homme vient à mourir, d'abord on n'entend que pleurs, que cris, que gémissements : que je suis malheureux ! je suis perdu. Il fallait te souvenir de l'état où l'on avait été, quand on avait appris les mêmes accidents arrivés aux autres.


Comme on ne met pas un but pour le manquer, de même la nature du mal n'existe point dans le monde.


Si quelqu'un livrait ton corps à la discrétion du premier venu, tu en serais sans doute très fâché ; et lorsque toi-même tu abandonnes ton âme au premier venu, afin que, s'il te dit des injures, elle en soit émue et troublée, tu ne rougis point !

 

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etoile 108Avant et après chaque chose

 

Sur chaque action, avant que de l'entreprendre, regarde bien ce qui la précède, et ce qui la suit ; et entreprends-la après cet examen. Si tu n'observes cette conduite, tu auras d'abord du plaisir dans tout ce que tu feras, parce que tu n'en auras pas envisagé les suites ; mais, à la fin, la honte venant à paraître, tu seras rempli de confusion.


Tu voudrais bien être couronné aux jeux Olympiques ; et moi aussi en vérité : car cela est très glorieux ; mais examine bien auparavant ce qui précède et ce qui suit une pareille entreprise. Tu peux l'entreprendre après cet examen. Il faut observer exactement une certaine règle ; manger plus qu'on ne peut ; s'abstenir de tout ce qui flatte le goût ; faire ses exercices malgré le peu d'envie qu'on en ait aux heures marquées, pendant le froid, pendant le chaud ; ne boire jamais frais, ni même de vin que petitement, et par mesure. En un mot, il faut se livrer sans réserve au maître d'exercices comme à un Médecin, et après cela, aller combattre aux jeux : là être peut-être blessé, te démettre le pied ; avaler bien de la poussière ; être fouetté quelquefois ; et après tout cela encore, être peut-être vaincu. Après avoir envisagé tout cela, va, si tu veux, va être Athlète. Si tu n'as pas cette précaution, tu ne feras que niaiser, et que badiner comme les enfants, qui tantôt contrefont des Lutteurs, et tantôt des Gladiateurs, et qui maintenant jouent de la trompette et demain des Tragédies. Il en sera de même de toi ; tu seras tantôt Athlète, tantôt Gladiateur, tantôt Rhéteur ; après tout cela Philosophe, et dans le fond de l'âme tu ne seras rien ; mais, comme un singe, tu contreferas tout ce que tu verras faire, et tous les objets te plairont tour à tour ; car tu n'as point examiné ce que tu voulais faire : mais tu t'y es porté témérairement, sans aucune circonspection, guidé par ta seule cupidité et par ton caprice.

 

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C'est ainsi que beaucoup de gens, voyant un Philosophe, ou entendant dire à quelqu'un : qu'Euphratès parle bien : qui est-ce qui peut parler comme lui ? veulent aussitôt être Philosophes.

 

graphisme-3d-15

 

etoile 108Ce que tu es et ce que tu veux être

 

Mon ami, considère premièrement ce que c'est que tu désires, et ensuite examine ta propre nature, pour voir si elle est assez forte pour porter ce fardeau. Tu veux être un Pentathle, ou un Gladiateur ; vois tes bras, considère tes cuisses, examine tes reins : car nous ne sommes pas nés tous pour la même chose. Penses-tu qu'en embrassant cette profession, tu pourras manger comme les autres, boire comme eux, renoncer comme eux à tous les plaisirs ? Il faut veiller, travailler, s'éloigner de ses parents et de ses amis ; être le jouet d'un enfant ; avoir le dessous en tout dans la poursuite des honneurs, des charges, dans les Tribunaux, en un mot, dans toutes les affaires. Considère bien tout cela, et vois si tu veux acheter à ce prix la tranquillité, la liberté, la confiance. Sinon, applique-toi à toute autre chose, et ne fais pas comme les enfants ; ne sois pas aujourd'hui Philosophe, demain Partisan, ensuite Rhéteur, et après cela Intendant du Prince. Ces choses ne s'accordent point ; il faut que tu sois un seul homme, et un seul homme bon ou méchant ; il faut que tu t'appliques à ce qui regarde ton âme, ou à ce qui regarde ton corps ; il faut que tu travailles à acquérir les biens intérieurs, ou les biens extérieurs, c'est-à-dire, qu'il faut que tu soutiennes le caractère d'un Philosophe, ou d'un homme commun.

Source : Le Manuel d’Épictète

kaleidoscope007

 

 

 

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 10:24

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ET POURTANT… C’EST SI SIMPLE L’ÉGALITÉ

 etoile 089

FORT… MAIS

 

« Le fer est fort,

mais le feu le fond,

flamme_014.gif 

Le feu est fort,

mais l’eau l’éteint ;

 

L’eau est forte,

mais s’évapore dans les nuages ;

 arbre030

Les nuages sont forts,

mais le vent les repousse ;

 

L’homme est fort,

mais la peur l’ébranle ;

 

La peur est forte,

mais le vin la calme ;

raisin2 

Le vin est fort,

mais succombe au sommeil ;

 

Le sommeil est fort,

mais la mort encore plus forte ;

Seuls la générosité et l’amour

survivent à la mort. »

Hymne (venant des États-Unis)


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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 08:42

chien 263L’AFRIQUE VICTIME COLLATERALE DE LA GUERRE FROIDE

 

 

gif anime puces 024De l’endormissement au réveil douloureux


L'ère des indépendances en Afrique et l'émergence politique des nouveaux Etats africains coïncidèrent avec le contexte international de guerre froide. Ce fut incontestablement une période déterminante dans le processus de développement de ces pays. Ce n'est qu'à partir des années soixante qu'on peut parler d'aide à l'Afrique au sens propre. L'une des principales caractéristiques de la période, c'est l'« internationalisation » de l'Afrique qui, soudain propulsée sur la scène d'un monde idéologiquement coupé en deux, ne sut ni prendre conscience d'elle-même, ni trouver sa marque de façon résolue, politiquement ou économiquement. Ainsi ballottée d'Est en Ouest, sans traditions politiques ni bases économiques sûres, l'Afrique se laissa bercer à l'ombre de l'aile de chacun des deux blocs. Il s'est ensuivi un manque de conscience de soi et un long endormissement qui portera en germes des lendemains difficiles.

 

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gif anime puces 024De la fermeture à l’ouverture

 

Les anciennes puissances coloniales d'Europe ont été ainsi dépossédées de l'unique clef de l'unique entrée de leurs anciennes possessions. Le temps du monopole sur les colonies est désormais révolu, de même le pacte colonial qui garantissait l'exclusivité des rapports métropole-colonies. Ces colonies, chasse gardée d'hier, ont désormais mille portes ouvertes au monde : aux Etats-Unis comme au Canada, à l'Australie comme à la Chine, au Danemark et à Israël comme à Cuba, au Brésil... La chasse gardée d'hier est devenue la chasse ouverte d'aujourd'hui, la chasse à courre de la guerre froide. L'aide devient internationale. Les offres et les capitaux affluent, eux aussi des quatre coins du monde et pénètrent par tous les pores de l'Afrique, comme autant de soporifiques. C'est sous ce flot de sollicitude et de devises que l'Afrique entrera lentement, imperceptiblement dans un sommeil sans rêves.

 

Au sein du bloc soviétique, sous la dictée de Moscou, les différents pays qui le composent se livrent à une surenchère de l'aide sans conditions aux Etats africains fraîchement souverains, prêts sans contrepartie, dons sans droit de regard. Aussi bien la Hongrie que l'Union soviétique elle-même, aussi bien la Pologne que la Bulgarie ou la RDA, tous participeront sans compter au grand ballet bien réglé de l'aide financière, de l'assistance technique et du don. 

 

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L’Afrique dans les bras de la Chine. Pour le meilleur ou pour le pire ?

 

gif anime puces 024La Chine en piste

 

La Chine populaire, pour s'émanciper davantage de la tutelle de Moscou, et comme pour en donner les preuves, procéda, à partir de 1961, à une intensification sans précédent de son aide à l'Afrique, autre occasion pour elle de prendre le dessus sur sa grande rivale du bloc communiste. Des monuments grandioses furent érigés dans plusieurs capitales africaines, des routes ouvertes, des ponts construits, fruit de la sollicitude chinoise. Aux assauts d'amabilité et d'amitié de la Chine communiste répondaient sur le continent africain, les démonstrations de générosité et d'attention bienveillante de la Chine nationaliste.

 

De son côté, le bloc de l'Ouest ne fut pas en reste, Etats-Unis en tête, parfois par Banque mondiale et Fonds monétaire international interposés, tentant de tirer la couverture à lui, et d'étouffer la conscience africaine sous un flot de devises et d'appâts.

 

Ainsi, alors que le monde entier se voyait propulser par un élan de croissance et de prospérité économique pendant la période dite des trente glorieuses (de 1945 à 1975), l'Afrique sommeillait, profondément, sous les ailes déployées du monde développé, bercée de discours mielleux et gavée de devises empoisonnées, de sucreries toxiques.

 

La guerre froide fut pour beaucoup responsable indirectement du retard de l'Afrique, contrairement à ce qu'on serait tenté de croire. En flattant les Africains et leurs dirigeants au moyen de l'aide facile sans contrepartie, les deux blocs ont endormi leur conscience, les détournant de leurs réalités et d'une réflexion salutaire sur eux-mêmes et sur l'état de l'Afrique. Les motivations premières des pays développés des deux blocs, principalement Etats-Unis et Union soviétique, n'étaient guère de promouvoir un développement véritable du continent africain (ils l'auraient pu s'ils l'avaient voulu car ils en avaient les moyens), mais de gagner le maximum d'espace politique et idéologique possible, tout en s'assurant la maîtrise des ressources naturelles. La douloureuse guerre civile angolaise en est, parmi d'autres, une illustration parfaite ; chacun naviguant dans ce bourbier entre les dirigeants de l'Angola et les maquis de l'Unita, à la fois sur les tableaux politique et idéologique et surtout sur le tableau économique, autour des puits de pétrole et des mines de diamant du pays. Entre-temps, les dirigeants officiels et les maquisards de l'Angola, dans leur affrontement fratricide, font sombrer leurs populations et leur pays dans les affres de la misère et du sous-développement, tandis que les fournisseurs d'armes, à l'Est comme à l'Ouest, tels des sangsues, pompent les richesses du pays, s'engraissent du sang de ses habitants et s'endorment, la conscience tranquille, au sommet de leurs montagnes de dollars, se réveillent et bâillent en s'écriant « vive l'Angola ! ». Les Soviétiques, en débarquant en Afrique jurèrent de laver l'outrage fait au continent par les colonialistes occidentaux exploiteurs ; ils le laissèrent en ruines, exsangue et désemparé.

 

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L’Afrique siphonnée

 

gif anime puces 024Et les droits de l’homme ?

 

Qui, parmi les pays occidentaux et ceux du bloc communiste se souciait des droits de l'homme ? On a même entendu affirmer que la démocratie n'était pas faite pour l'Afrique, parce que denrée trop chère pour ses habitants. Aucun Africain n'a relevé le propos et porté la contradiction, ni les intellectuels et encore moins les dirigeants. Preuve s'il en est de l'hypnose opérée sur la conscience africaine par la magie des protagonistes de la guerre froide qui, en remplissant l'escarcelle des dirigeants africains, fussent-ils les pires dictateurs et les plus véreux, ne leur laissaient qu'une seule consigne, veiller docilement sur leurs peuples asservis et sur les intérêts des maîtres (de l'Est ou de l'Ouest). On caressait l'élite africaine dans le sens du poil, afin que tout soit lisse et doux, léthargique et muet à souhait, au moyen de propos lénifiants et de pratiques corruptrices.

 

La durée d'un tel système où tout le monde était gagnant, hormis les peuples africains et l'Afrique, du début des années 60 au début des années 90, permit d'enfouir au plus profond la conscience et la capacité de réaction des Africains. L'habitude de la passivité intellectuelle et l'appât du gain facile sont source de corruption, donc vecteur de gangrène sociale et de sous-développement. C'est cette culture de la passivité qui nourrit l'esprit de mendicité, celui de la main tendue et induit la mercantilisation des consciences qui constitue aujourd'hui le noyau du mal africain.

 

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Démocratie et coup d’État

 

Les principaux dirigeants des deux blocs (Est et Ouest), en gommant systématiquement de leurs préoccupations et de leurs projets d'aide à l'Afrique toute référence aux droits de la personne humaine, ont-ils aidé les Africains à préparer leur avenir ? Ainsi le bouffon sanguinaire Idi Amin Dada a été adoubé par la Grande Bretagne afin qu'il massacre en toute impunité son peuple et pollue l'Afrique. De même l'Empereur en carton, Jean Bedel Bokassa, fut intronisé par la France avec pompe et éclat, comme fut adulé Mobutu, l'homme aux mains rouges de sang pour qui les Etats-Unis, la France, la Belgique, avaient, des années durant, des attentions toutes particulières. 

 

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Vive les droits de l’homme !

 

Comment concevoir une telle surdité et justifier une si flagrante cécité de la part d'Etats qui ont fondé leur identité sur la démocratie et fait du respect des droits de l'individu l'une des valeurs centrales de leur système politique et social ? Cynisme d'Etat ou conviction sincère de l'inadaptabilité de la démocratie à l'Afrique et au tempérament africain ? Quant au fond, comment peut-on écarter tout un continent de l'une des caractéristiques essentielles de la civilisation ? La démocratie a-t-elle une couleur ? Doit-elle être blanche ou ne pas être ?

 

bouton 007Quel homme, quelle femme, quelle que soit sa condition sociale : riche, pauvre, fort, faible, quelle que soit sa couleur de peau : blanche, noire, jaune... aimerait être brimé, jeté en prison injustement, sans jugement ?

 

bouton 007Quel homme, quelle femme aimerait que son fils, son conjoint, son frère, son père soit arrêté arbitrairement, torturé, humilié sans raison ?

 

bouton 007Quel homme, quelle femme, quelle que soit la contrée du monde où il vit, aime être victime de l'injustice, être privé de la faculté de posséder des biens honnêtement acquis et se voir spolier desdits biens sans raison ?

 

bouton 007Qui aime se voir obligé de travailler comme esclave pour quelqu'un d'autre au seul motif que ce dernier est plus fort, plus puissant, plus riche, plus âgé ?

 

bouton 007Qui n'apprécie pas de penser ce qu'il veut, d'exprimer ce qu'il pense dès lors que cela ne porte atteinte ni à une autre personne en particulier, ni à la collectivité ?

 

bouton 007Qui n'aime pas pouvoir se déplacer et aller où bon lui semble, en toute liberté, sans contrainte ?


bouton 007Quelle femme, quel homme, n'apprécie pas de vivre en paix chez soi parmi les siens en toute sécurité ?

 

bouton 007Qui aimerait qu'on viole son intimité la plus stricte ?

 

bouton 007Qui aimerait – blanc ou noir – qu'on dispose de sa vie sans qu'il ait commis le moindre crime, et en toute impunité ?

 

bouton 007Qui ne souhaite pas avoir un droit de regard sur ce qui touche la gestion du privé et du public dans son pays ou y prendre part ?

 

gif anime puces 024BEAUCOUP DE COUPABLES

 

Tous les tyrans d’Afrique depuis les indépendances se sont rendus coupables de crimes et délits analogues. Combien ont été dénoncés, blâmés, jugés par les dirigeants des deux blocs ? Il semble que le mot d'ordre alors, à l'Est comme à l'Ouest, ait été « ne demandons surtout pas de comptes, fermons les yeux et continuons ».

 

Les chefs d'Etat africains « alignés » sur le bloc soviétique étaient reçus à Moscou avec les honneurs dus à « leur dignité ». Ceux inféodés au bloc de l'Ouest étaient accueillis à Paris, Londres ou Washington avec encore plus de fastes et d'éclat. Dans ces capitales, au cours des voyages officiels ou privés, évoquait-on le sort des populations africaines ? Y parlait-on de leur misère ? Y discutait-on de l'utilisation de l'aide accordée au titre de la « coopération bilatérale » ? Y faisait-on allusion à la situation des droits de l'homme et à la démocratie en Afrique ?

 

Ignorait-on alors que l'aide servait à tout sauf à aider les populations africaines à sortir du dénuement intellectuel et matériel, de l'ignorance et du sous-développement ? Si cette aide était liée à la volonté d'exercer une influence idéologique, la liberté, les droits et le bien-être de l'individu ne font-ils pas partie de l'idéologie occidentale ? L'affranchissement de l'homme de l'obscurantisme, et son épanouissement physique et moral ne font-ils pas partie de l'idéologie communiste ?

 

Du début des années 60 jusqu'à la fin des années 70, c'est-à-dire au summum de la période de guerre froide, les banques privées, la Banque mondiale, les gouvernements occidentaux en général d'un côté, de l'autre tous les Etats du bloc de l'Est, ont mené une politique soutenue et active de prêts à bas taux d'intérêts, voire à taux d'intérêts nuls, parfois de purs dons. Pour les pays africains, il était donc intéressant, en tout cas tentant de s'endetter sans grand souci du lendemain. Pourquoi s'en priverait-on puisque la solvabilité n'était aucunement condition du prêt ? L'insolvabilité était au contraire tolérée, admise, voire encouragée parce que facteur de dépendance ou de soumission.

 

gif anime puces 024LES ORIGINES DE LA DETTE

 

Les gouvernements, de l'Ouest comme de l'Est, ont favorisé cet endettement afin « de trouver un débouché pour leurs produits ». Les banques privées, de leur côté, disposaient d'une masse considérable de capitaux en dépôt (eurodollars, pétrodollars...) qu'elles ont cherché à placer. De même, prêter beaucoup d'argent à l'élite complice d'un pays non industriel est, de loin, le meilleur moyen d'avoir accès à ses marchés et à ses ressources naturelles. 

 

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L’Afrique saignée

 

[…]

 

Puis survint la chute du mur de Berlin. S'ouvre alors pour l'Afrique, le troisième temps de l'aide internationale, celui du réveil douloureux, qui succède à l'après-guerre, au temps faste des vaches grasses et des poches pleines pour les dirigeants africains. La chute du mur, provoqua le retour du balancier, la fin de la conjoncture facile pour les pays du Sud, spécifiquement l'Afrique. Le danger communiste n'existant plus, les anciens pays de l'Est devenant eux-mêmes démunis économiquement, politiquement insignifiants et mendiants potentiels, lorgnant tous le dollar américain et les subsides de l'Occident, on vit alors fleurir à l'intention de l'Afrique subsaharienne, tout un vocabulaire nouveau, un florilège de mots, chacun chargé de sens et annonciateur d'une ère nouvelle dans l'« aide au développement de l'Afrique », parmi les plus usités, ceux qui sont promis à un bel avenir en Afrique : contrepartie, évaluation de l'aide, contrôle, responsabilité, ajustement structurel et conditionnalités, mais aussi rigueur, bonne gouvernance.

 

[…]

 

doc7-Migration.-La-tentation-du-N-copie-1.jpg

Migrations.La tentation du Nord : la fuite

 

En définitive, cette aide se révèle doublement pénalisante pour l'Afrique : d'une part elle détruit la production locale de denrées alimentaires, crée de mauvaises habitudes chez les populations ainsi qu'une fracture de la société d'autre part.

 

Le plus incompréhensible est que, plus de cinquante ans après les indépendances, les responsables africains actuels n’aient pas encore pris conscience de cette mauvaise trajectoire et n’aient manifesté la volonté de la corriger, afin de relever les immenses défis de l’émancipation de leurs pays, en transformant la décolonisation en indépendance véritable. 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 08:25

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BONHEUR ET IMAGINATION   


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Des vertus de l’imagination dans la quête du mieux-être

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Venons-en au penchant de l'homme pour l'infini. Indépendamment du désir du plaisir, l'homme dispose d'une faculté d'imagination capable de concevoir des choses qui n'existent pas, sur un mode excluant le réel. Si l'on considère la tendance innée de l'homme au plaisir, il est naturel que cette faculté fasse de l'imagination du plaisir une de ses premières occupations. Et, connaissant la propriété de cette faculté, elle peut se représenter des plaisirs qui n'existent pas et se les représenter infinis

- En nombre,

- en durée,

- en extension.

 

[...]

 

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petale009Imagination et illusion

 

Aussi n'est-il pas surprenant

- que l'espoir soit toujours plus grand que le bien espéré,

- que le bonheur humain ne puisse consister que dans l'imagination et les illusions.

 

Il faut donc reconnaître la grande miséricorde et le grand art de la nature qui, d'un côté, ne peut dépouiller l'homme ni aucun être vivant de l'amour du plaisir, conséquence immédiate et presque indissociable de l'amour de soi, ni leur ôter le nécessaire instinct de conservation, et qui, d'un autre côté, ne peut leur procurer des plaisirs réels infinis.

 

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petale009Remédier aux carences

 

Elle a donc voulu remédier à ces carences

- par les illusions, dont elle s'est montrée très généreuse, et qu'il faut considérer comme des créations arbitraires dont elle aurait pu fort bien se passer ;

- par la diversité la plus extrême, qui permet à l'homme lassé ou déçu d'un plaisir de recourir à un autre, ou s'il est revenu de tous les plaisirs, de se laisser distraire et éblouir par la grande variété des choses ; ainsi ne se lassera-t-il pas si aisément d'un plaisir, puisqu'il n'aura guère le temps de s'y arrêter et de le voir s'épuiser, et n'aura-t-il pas non plus trop loisir de réfléchir sur l'incapacité de tous les plaisirs à le satisfaire.

 

L'imagination, comme je l'ai déjà dit, est la source principale du bonheur humain. Plus elle régnera sur l'homme, plus l'homme sera heureux : l'exemple des enfants nous le montre.

(Giacomo Leopardi, La théorie du plaisir)

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 10:02
Rappel :
sortie le 20 mars prochain du livre :
Le rapport Brazza
Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907)
de Pierre Savorgnan de Brazza /Commission Lanessan
Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch
dans la collection Les Transparents
Prix : 19 € - format : 110 x 195 mm – nb de pages : 320
ISBN : 978-2-36935-006-4
 

 

 

 

"La bombe Brazza"
C’est un document historique que publient les éditions le passager clandestin. Sous le titre « Le rapport Brazza, mission d’enquête du Congo : rapport et documents 1905-1907 », voici l’enquête indédite commandée en 1905 par la République française à Pierre Savorgnan de Brazza. Au moment où l’Etat belge subit les foudres de l’opinion pour la violence de sa colonisation, la France avait réclamé cet audit au grand explorateur, qui trouva la mort dans cette dernière mission. Ce qu’elle révèle de l’influence des intérêts privés dans la politique coloniale, ou de l’affaire des « femmes de Bangui », jugé explosif, ne fut jamais rendu public. Grâce à l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, voilà qui est fait.  Brazza peut reposer.
(Christophe Ono-dit-Biot, Le Point, jeudi 6 mars 2014)
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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 07:45

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003.gifTOMBOUCTOU LA MYSTÉRIEUSE

 

a272.gifDans le regard du poète sahélien

 

A un pas et demi du fleuve,

A zéro mètre du désert,

Sous le vaste ciel saharien,

Un paysage à bord du chagrin

Laissant voir les dunes de sable

S'étendant à perte de vue.

 

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Sur le fleuve Niger

 

Des nuages de poussière,

Des épineux mourant de soif,

Des piquets de tentes nomades,

Des enclos et des huttes de paille,

Des maisons en banco

Revêtues de calcaire,

Une, deux, trois mosquées célèbres,

Des familles de cordonniers,

De maçons, de bouchers,

Des hommes séduisants

Et des femmes gracieuses,

Des petits enfants poussiéreux,

Une population flottante

Plus nomade que sédentaire,

Le coq, la poule et ses poussins,

Le bouc, la chèvre et le mouton,

Le chien, le chat et la souris,

La viande, le thé et le sucre,

Les pilons entre les mortiers,

La calebasse du mendiant,

 

doc2-copie-4.jpg

 

Et c'est la cité mystérieuse,

La vieille ville de Bouctou.

 

Avez-vous déjà visité Tombouctou,

Tombouctou la ville mystérieuse ?

Cité célèbre du savoir, sœur de Djénné ?

Depuis Koroyomé,

Kabara ou son aéroport ?

Jusqu'aux dunes de sable,

Battant du Sahara,

Repoussant le fleuve Niger

Vers la terre des Askias.

Tombouctou !


doc3 René Caillié

René Caillié lors de la traversée du désert 


C'est là que René Caillié Abdallah

Explorateur français

Au petit matin du vingt Avril

Mil huit cent vingt huit

Dans la grande mosquée de Djingareyber,

Les bras ballants, la tête basse,

A perdu son bâton de pèlerin,

Pour se confondre joyeusement

A la grande famille de Bouctou.

Tombouctou !

 

 

Du fort Cheick Sidi El Békaye,

Le camp militaire

Au cimetière Sidi Mahmoud,

Au bout de la cité,

Partout dans le silence

Des profondeurs terrestres,

Reposent en paix

Trois cent trente trois Saints,

Savants choyés d'Allah,

Porte-drapeau de l'Islam,

Gardiens de la ville

Qui vit tant de tombes.

Tombouctou !

 

Dans le coquillage béni

De ta couche de sable,

Tes maisons en banco

Joliment vêtues de calcaire,

S'élèvent dans le ciel saharien

Dominant le cours mystérieux

De tes ruelles tortueuses

Vers les places de réjouisances :

Fatouma Raffa à la Habbouzza !

Et le soleil se lève

Sur la mystérieuse Tombouctou,

Tombouctou la ville mystérieuse.

 

Héri, l'outre d'eau douce

Sur la Bellah aux fortes épaules,

Kara konno, le pain chaud

A la ceinture du marché,

Leindjékoye, le portefaix,

Entre les véhicules de transport

Houndé bakoye, le lait frais,

Djéna djéna le lait caillé,

Kossam ! Pour calmer les enfants

Et nourrir gracieusement

La Nana Fatouma de Sanaïdi

A l'étage, enfermée.

Djingarey fitila boulanga,

Le karité d'éclairage de la mosquée,

Kankani, la pastèque périodique,

Addafouga des chevaux talentueux,

Azalaï des chameaux inexorables,

Le dolo des nuits blanches

Du mois de Ramadan,

La danse du challo au clair de lune

Tombouctou !

 

Et le soleil se lève encore

Sur la mystérieuse Tombouctou,

Tombouctou la ville mystérieuse

 

Dans le salon d'honneur

Des élus de l'Islam

Sur le tapis sacré

Des serviteurs d'Allah,

Saluons les fidèles Imams

Qui ont piétiné ici-bas

Les loisirs de la vie

Pour le salut de l'au-delà.

 

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La Grande Mosquée de Tombouctou

 

[…]

 

Carrefour lumineux des civilisations,

Vestibule universel du Coran Sacré,

Berceau des mille bornes de la bienséance

Ouvre largement les portes

De tes nombreuses écoles;

Des milliers et des milliers d'étudiants,

Venant de par le monde

Désirent percer les nuages sombres

De ton mystère.

 

El Farouk,

Le cavalier des nuits étoilées

Qui galope, galope, galope...

L'hospitalité singulière de Bouctou

Au pagne de cuir;

Le sabre provocateur du Targui,

Petit-fils de Chaïboum ;

La corde de l'arabe

Sur les pas de l'esclavage ;

Bitibatouma,

Le duel argileux de l'enfance ;

Sabougalanga de Sababoubangou

A l'heure du concert crépusculaire

Des muezzins de Djingareyber...

Allahou akbar ! Dieu est grand !

C'est le mystère des mystères

Tout est mystérieux.

 

(Hamadoun Tandina, poète malien, né à Goudam en 1943 de mère peulhe et de père songhaï (arabo-bèbère))

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 07:31

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UN PLAN MARSHALL POUR L’AFRIQUE ?

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Autres lieux, autres réalités

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Le document émanant du Conseil de sécurité des Nations unies, intitulé Plan Marshall pour l'Afrique dont suit un extrait, quoique datant de 1998, me semble mériter à la fois intérêt et commentaire.

 

« Plan Marshall pour l'Afrique

24 avril 1998.

Communiqué de presse

c s/920.

« Au cours du débat, les délégations ont réaffirmé le lien entre la paix et le développement durable en appelant la communauté internationale à mettre tout en œuvre pour soutenir les pays africains dans leurs efforts de développement ; elles ont mis l'accent sur les difficultés économiques qui entravent une véritable renaissance de l'Afrique... . Ainsi la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), appuyée par plusieurs délégations, a avancé l'idée du plan économique et financier sous les auspices des Nations unies, à l'instar du Plan Marshall. »

 

Un plan Marshall pour l'Afrique ? Oui, mais à condition

-de préciser les différences et les similitudes avec le plan que les Etats-Unis ont mis en œuvre en faveur des pays européens ravagés par la Deuxième Guerre mondiale.

-de dégager les similitudes et mettre en évidence les différences essentielles entre l'Afrique d'aujourd'hui et l'Europe de 1945.

 

C'est, ainsi, à partir d'une analyse rigoureuse de ces paramètres, que les objectifs et les modalités d'exécution du plan pour l'Afrique devront être élaborés. 

 

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gif anime puces 029Qu’est-ce que le Plan Marshall ?

 

Un programme d'aide économique destiné à l'Europe, lancé sur l'initiative du général Georges Marshall alors Secrétaire d'Etat des Etats-Unis. Ce plan, conçu comme un plan de reconstruction de l'Europe, était prévu pour quatre ans, du 1er avril 1948 au 30 juin 1952. Il prévoyait que les pays européens recouvreraient à cette date leur indépendance économique et financière.


Une première différence avec l'Europe, c'est que le plan pour l'Afrique devra porter non sur quatre ans, mais sur plusieurs générations.


L'administration du plan fut confiée pour la partie européenne à un Comité de Coopération économique européen qui sera remplacé en avril 1948 par l'OECE (Organisation européenne de Coopération économique), devenue, depuis, OCDE,.( Organisation de Coopération et de Développement Economique). Au total 17 pays bénéficièrent du plan Marshall.


Autre différence, le plan pour l'Afrique concerne plus d’une cinquantaine d'Etats, et c'est la communauté internationale — et non un seul Etat — qui sera promotrice du plan. Ici, c'est presque tout un continent qui est pris en charge pour le long terme, hors contexte de guerre froide.


Le plan américain, d'un montant de 13 milliards de dollars, avait pour but non de continuer à soutenir l'Europe en permanence, mais, au contraire, de l'aider à remettre en route son économie pour qu'elle puisse, au terme de ces quatre années, subvenir elle-même à ses besoins. Ici se trouve une similitude avec le plan pour l'Afrique : permettre aux Africains de se prendre en charge définitivement.

 

Personne ne réalisait alors que le plan Marshall changerait l'histoire de l'Europe et du monde. Autre effet souhaitable par rapport  à celui induit par le plan Marshall, serait que ce plan permette de changer radicalement le fonctionnement de l'Etat en Afrique, afin de changer radicalement l'Afrique : politiquement, économiquement, socialement, culturellement.

 gif_anime_puces_581.gifgif anime puces 581


gif anime puces 029Les effets du Plan Marshall

 

Le plan américain a eu des effets positifs au-delà de ce qu'on en espérait, en permettant notamment de redresser une situation économique désastreuse, en mettant fin à une pénurie de produits alimentaires et de combustibles (en effet, les entreprises ne pouvaient plus produire, faute d'énergie, du fait de la guerre, ce qui entraîna famine et maladies). Une différence fondamentale, c'est qu'en Europe, il s'agissait de relever un continent des effets désastreux d'une longue et cruelle guerre. En Afrique, il s'agit d’adapter les cultures aux nécessités d’une évolution vers le progrès économique et social. Ici, la pénurie à éradiquer, c'est la pénurie de l'imagination et de la volonté de progresser sur la voie du développement humain et économique. L'énergie qui manque à L'Afrique n'est pas celle de combustible, mais plutôt l'énergie mentale qui permettrait de pousser à l'action intelligente en vue de sortir, non des affres d'une guerre, mais de la léthargie du sous-développement. Cette énergie et cette volonté doivent inciter les Africains à proclamer solennellement, s'agissant de l'aide internationale , : « Nous avons besoin aujourd'hui des pays industriels développés pour pouvoir nous passer d'eux demain »,  comme le fit George Bidault (ancien président du Conseil français d'octobre 1949 à juin 1950), à propos de l'aide octroyée par les Etats-Unis : « Nous avons besoin des Etats-Unis pour pouvoir nous passer d'eux ». Et que cette proclamation devienne un credo pour l'Afrique tout entière.


Grâce au plan Marshall, l'Europe connut une forte hausse de sa croissance (70 pour mille) qui elle-même déboucha sur une hausse de ses revenus, du pouvoir d'achat des habitants. Pour l'Afrique, il ne s'agira pas d'atteindre une simple croissance économique, mais de beaucoup plus. Il ne s'agira pas non plus d'une simple question de capitaux, mais de beaucoup plus. Il s'agira de promouvoir l'homme, de consacrer les valeurs fondamentales de l'individu et ses droits imprescriptibles à la liberté, au respect de sa conscience et de sa vie sans lesquels il ne saurait y avoir ni épanouissement des peuples, ni développement des nations. Il s'agit pour l'Afrique de tendre vers la plénitude du développement humain. 

 

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gif anime puces 029Plan Marshall et plan pour l’Afrique 

 

C'est donc oui à un plan pour l'Afrique, à condition que son contenu et ses objectifs soient adaptés aux réalités de ce continent. L'Afrique de 2014 a peu de chose à voir avec l'Europe de 1945. Le plan Marshall américain de 1948 ne peut inspirer le plan pour l'Afrique d’aujourd’hui. Il ne suffit pas d'abreuver les Etats africains de milliards de dollars pour en faire des pays développés. A l'Europe de 1948, des dollars suffisaient pour son redressement économique et social, à l'Afrique de 2014 il faut davantage que des dollars. Les pays européens de l'après-guerre aidés par les Etats-Unis possédaient tous le « minimum vital » : le socle sur lequel l'économie peut prendre corps et fleurir. Leurs besoins et leurs faiblesses n'étaient que matériel et conjoncturels. Ils ne comptaient pas 80% d'analphabètes. Il s'agissait d'Etats-nations consolidés de culture démocratique. A l'inverse, en Afrique, il faut construire l’Etat et ses structures, sans lesquels rien de durable ne peut être bâti.La situation actuelle des Etats et peuples d'Afrique ne procède pas d'un accident, mais relève d'un fond structurel et culturel. Les objectifs, les modalités et la philosophie même du plan pour l'Afrique devraient s'en inspirer et s'y conformer.


Par ailleurs, l'esprit du plan Marshall n'était pas exclusivement économique non plus ; il avait également le souci de la sauvegarde des valeurs de la démocratie et de la liberté. En Afrique, il s'agit moins de sauvegarde que de création et de consolidation de la démocratie, ainsi que de l'acquisition de la culture démocratique. Il s'agit, ni plus ni moins, de réussir une révolution culturelle, non pour un peuple ou un Etat, mais pour un continent.


Que dit précisément le général Marshall dans son discours historique du 5 juin 1947 devant les étudiants de l'Université de Harvard ?

 

Il insiste tout d'abord sur le caractère de cette aide qui ne doit pas être un palliatif, mais un remède. Concernant l'Afrique, le remède doit être à la hauteur du mal qui est profond. Georges Marshall met également en avant la nécessité d'une cohésion, comme l'une des conditions de sa réussite.

« Il est évident, dit-il, qu'avant que le gouvernement puisse progresser dans ses efforts pour améliorer la situation et aider les Européens sur la voie de la reprise, il doit exister un accord entre les pays européens sur les besoins de la situation et sur la part que ces pays prendront de façon à prolonger l'action de notre propre gouvernement ; il ne serait ni convenable, ni efficace de notre part de mettre en place unilatéralement un programme destiné à remettre l'Europe sur ses pieds ».


Il s'agira, dans le cadre du plan pour l'Afrique, de remettre celle-ci sur ses pieds économiquement certes, mais surtout de la remettre sur sa tête, ce qui est primordial, car ce qui manque le plus à l'Afrique, ce sont moins des pieds qu'une Tête.


G. Marshall précise « c'est l'affaire des Européens ; l'initiative à mon avis, doit venir d'Europe. Le rôle de notre pays devrait consister à aider les Européens à élaborer un tel programme, et ensuite, à l'appliquer dans la mesure où nous pourrons le faire. Il n'y aura donc rien d'imposé par les Etats-Unis. »


Il doit y avoir là une similitude avec le plan pour l'Afrique ( comme de toute aide au développement en Afrique) dont les principales conditions de mise en œuvre devraient être : la pleine et libre adhésion des Etats africains, adhésion franche, avec obligation de se conformer aux clauses fixées par les Etats de la communauté internationale intervenants et porteurs du plan. Ces conditions accomplies, les pays d'Afrique seront intimement associés à l'élaboration des objectifs, la mise en place des organismes de contrôle et d'évaluation, ainsi qu'aux différentes phases d'application du plan.


Dans son discours, le secrétaire d'Etat américain révèle un autre but de son plan : « favoriser le retour du monde à une santé économique normale ». Nous remarquons ici, un élargissement du champ d'action de l'aide américaine, qui n'est plus uniquement circonscrite à la seule sphère européenne, mais au reste du monde, son but étant en quelque sorte de sauver le monde, du moins économiquement.


Vu sous cet angle, le plan pour l'Afrique peut-il et doit-il ne concerner que l'Afrique ? Cette question en amène une autre : Quelle doit être la place de l'Afrique dans les circuits économiques et commerciaux du monde ? Et quelle vision du monde de demain avec ou sans l'Afrique ? .

 

Les auteurs et les acteurs du plan pour l'Afrique ne peuvent pas ne pas avoir cette vision comme horizon. Quelle incidence sur le reste du monde ? L'écroulement économique définitif de l'Afrique, son délabrement politique et social permanent, engendrant des cortèges infinis, des flots, de réfugiés, d'affamés et de persécutés politiques se ruant aux portes de l'Europe, une telle vision doit-elle et peut-elle être écartée de l'esprit du plan ?


Autrement dit, quelle prospérité pour l'Europe, et quelle paix pour sa conscience, face à la dégradation économique et humaine permanente de l'Afrique, vu la proximité géographique et historique des deux continents ?

 

D'ailleurs, G. Marshall reconnaît dans son discours que les avantages éventuels du plan américain ne sont pas à sens unique et que les Etats-Unis pourraient en être bénéficiaires lorsqu'il affirme que les produits dont a besoin l'Europe sont « essentiellement américains ». Il admet ainsi, implicitement, que les sommes accordées à l'Europe au titre du plan serviront à acheter des produits américains par l'Europe, stimulant ainsi et le commerce, et l'ensemble de l'économie des Etats-Unis. 

 

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gif anime puces 029Le plan de la Renaissance ?

 

L'Afrique transformée en gigantesque chantier durant des années, où tout serait à faire, dans tous les secteurs d'activités économiques, cela ne pourrait-il pas signifier également une source inespérée d'activités et de ressources pour les entreprises d'Europe et des pays du monde engagés dans ce chantier du siècle ?

 

Mais, il est un autre aspect de l'aide américaine à l'Europe évoqué par G. Marshall en 1947 dans la présentation de son plan qu'on peut parfaitement appliquer à l'Afrique et qui entre dans les conditions de l'aide : les Américains refusent d'aider les pays d'Europe au coup par coup à chaque fois qu'ils sont dans une situation économique critique. Par conséquent, l'aide ne sera qu'une opportunité de remettre l'économie en place une bonne fois pour toutes pour que de telles situations ne se reproduisent plus.

 

Ce souhait et cette condition exprimés amènent deux constats quant à l'Afrique. L'aide apportée à ce continent par les nations développées a consisté pour l'essentiel durant des décennies, en une aide au coup par coup, sans plan directeur, ni esprit ou mesures de suivi, et c'est sans doute l'une des raisons de sa carence. En second lieu, que souhaiter de mieux pour l'Afrique sinon une aide qui puisse enfin une fois pour toutes lui donner la maîtrise de son destin ?

 

G. Marshall souligne qu'il doit y avoir un accord sur « la part que ces pays prendront de façon à prolonger l'action de notre gouvernement ».

 

Pour l'Afrique, ce point devrait constituer le préalable à la mise en œuvre du plan, car il est capital que les Etats africains prennent des engagements solennels ,qui éviteraient de revenir aux errements du passé et du présent : irresponsabilité, corruption, gabegie, autocratie, déni de justice, népotisme...C'est-à-dire que chaque pays prenne l'engagement devant le monde, de faire l'effort quant à la prolongation, par une action appropriée, de l'œuvre de la communauté internationale en sa faveur. Cet effort ne sera pas seulement politique ni économique, il sera aussi et surtout social, culturel, avec un intérêt particulier porté à l'homme, à son éducation, à sa formation, à son épanouissement. L'aide apportée par les Etats industrialisés ainsi que les institutions financières internationales : FMI, Banque mondiale… y compris les organismes financiers privés, devra être strictement subordonnée à ces engagements.


Le plan Marshall a permis la reconstruction de l'Europe occidentale ravagée par la guerre ; le plan pour l'Afrique doit aboutir à la construction durable de l'Afrique, la création de l'Afrique nouvelle, pleinement intégrée aux circuits du monde, avec son identité et ses valeurs propres.


Ce qu'il faut à l'Afrique, c’est un plan de construction et de survie, un plan de renaissance africaine.

 

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Le salut de l'Afrique ne peut venir que de l'Afrique elle-même. Cependant si la communauté internationale estime de son devoir de s'investir dans une action de développement de ce continent, ou si cela lui apparaît comme une nécessité, il conviendrait qu'elle le fasse dans la transparence, afin d'en garantir l'efficacité, plutôt que dans le huis clos des conciliabules bilatéraux entre dirigeants politiques par dessus la tête des populations. Dans cette hypothèse, une nouvelle culture de l'aide à l'Afrique s'impose.


bouton 007(Tidiane Diakité, L’Afrique et l’aide ou Comment s’en sortir ?, L’Harmattan)

 

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