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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 14:11

ENTRE LA FRANCE ET L’AFRIQUE
ENTRE MER ET TERRE
LE REGARD DU POÈTE ET ÉCRIVAIN GUYANAIS
RENÉ MARAN

De la Négritude à l’Humanisme
Par delà les peuples et les cultures

René Maran (1887-1960) (1)

 

Un administrateur colonial atypique
       Un choix difficile entre la France et l’Afrique
       « Le miroir à deux faces »

René Maran, né à Fort-de-France, en 1887, dans le navire transportant ses parents vers la Martinique, décède à Paris en 1960.
Son père guyanais était en partance pour l’Afrique (A.E.F.) pour prendre son poste d’administrateur colonial de la France dans cette région d'Afrique.
René Maran (comme une prédestination ?) suivra le même chemin, après ses études de Droit à l’université de Bordeaux.

 

 

Son père, affecté au Gabon, en A.E.F., au service de la France, l’inscrit dans un pensionnat de Bordeaux à l’âge de 7 ans, en vue de lui assurer une éducation et une formation de qualité.
René Maran fréquente le lycée de Talence, puis le lycée Montaigne de Bordeaux avant de mener à bien des études de Droit.
Au lycée de Bordeaux René Maran se découvre une passion, l’écriture. Sa « vocation » d’écrivain y commence d’abord par de petits poèmes, appréciés, semble-t-il, par ses camarades puis par des Français qui l’aident à se faire connaître.

Sous les ailes d’un grand serviteur de la République et de la Nation française

C’est dans ce lycée qu’il rencontre un autre Guyanais, futur grand serviteur de la France, Félix Éboué, qui sera nommé Gouverneur de l’A.E.F. (C’est lui qui ouvrira les portes du continent africain au général de Gaulle, en obtenant le ralliement à la Résistance présidée par le général, d’abord de l’A.E.F, puis l’A.O.F. Enfin tout le  continent se rallie à la France Libre.)

 

Félix Éboué (1884-1944)

 

 

Plus tard, René Maran, publie son premier roman Batouala qui scelle son avenir d’écrivain.
Batouala sonne dans sa vie comme un vrai coup de tonnerre en remportant le Prix Goncourt en 1921. Ce Prix est pour la première fois décerné à un Noir français. Le retentissement est immense. Mais le premier surpris c’est l’auteur, René Maran, qui, de son poste d’administrateur colonial à Fort-Archambault, (actuel Sarh au Tchad) ignorait même que sont livre était retenu pour le Prix Goncourt, d’où les difficultés des organisateurs à le joindre et à l’en informer.

Mais le retentissement de l’événement est sans doute dû en tout premier lieu à sa couleur de peau : il est noir. Il venait d’avoir 34 ans !
C’est à ce jeune Noir qu’est allé l’honneur du plus prestigieux prix littéraire français  de l'époque!
En effet, cet illustre inconnu concourait (sans le savoir) avec des célébrités littéraires connues et reconnues, habituées aux trophées du genre, parmi lesquels Léon Daudet.

Mais que ce lauréat noir ait régulièrement récolté 20/20 en dissertation pendant sa scolarité au lycée Montaigne de Bordeaux, n’impressionne personne. Seule sa couleur de peau importe !
Depuis, l’administrateur subalterne en poste au Tchad, n’a jamais été en odeur de sainteté auprès de ces collègues français en Afrique.
Le succès littéraire de ce dernier délie les langues, surtout les plumes. Qu’on en juge par le regard porté sur lui par ces derniers.

« Treize ans que l'adjoint principal de troisième classe des services civils crapahute dans l'Afrique équatoriale française, mutation après mutation. Chaque fois, il est traité d'indésirable, se fait tel, d'ailleurs, comme pour mieux coller à cette exécrable réputation. Susceptible, procédurier, colérique, fainéant, hautain : la liste des griefs est infinie. "Il me semble que la seule solution est qu'il soit invité à aller chercher ailleurs, hors de l'administration coloniale, d'autres chefs auxquels il lui répugnera moins d'obéir", a conclu un supérieur avant de le virer. Cet " irrégulier de la vie qui ne souffre pas d'être commandé", selon une autre amabilité, a finalement atterri à Fort-Archambault, où il ne passe pas mieux qu'ailleurs.

[…]. Il vient d'écoper d'un blâme du gouverneur pour "négligence dans son service et actes d'incorrection et d'indiscipline vis-à-vis de ses supérieurs". Une admonestation qui s'ajoute aux autres dans un dossier personnel qui vire au casier judiciaire. Sa carrière coloniale est compromise. Il est condamné à végéter dans les zones reculées de l'Empire, il le sait, à pourrir dans la brousse jusqu'à la retraite, la démission ou l'ulcère.

Il n'atteindra jamais même le grade modeste de son père, feu Léon Herménégilde Maran, un des premiers administrateurs coloniaux noirs, envoyé au Congo à la fin du siècle dernier. Il s'était fait accepter des Blancs, lui, à force de travail acharné. Il y avait laissé prématurément sa peau, aussi. » (Benoit Hopquin, Ces Noirs qui ont fait la France, Calmann-Lévy)

 

Ses collègues lui reprochent de façon récurrente sa mauvaise humeur, son entêtement, son snobisme, de se croire supérieur aux autres, « Ils ne comprennent pas qu’il préfère, le soir, s’enfermer seul dans sa maison pour lire ou écrire, plutôt que de participer à leurs libations nocturnes. »

 

Quant à l’hostilité agressive de ses collègues et compatriotes français d’Afrique, et d’une partie de la presse à son égard, il sait répondre sans trop se forcer.
À son tour, René Maran ne manque pas d’asséner une liste impressionnante d’écarts de conduite, d’attitudes, de comportements qui dénaturent, selon lui, les idéaux de la France dans ses colonies d’Afrique.

Il se montre parfois extrêmement attristé par l’incompétence, l’abus d’autorité et de suffisance de ses collègues, ce qui rend la plupart d’entre eux, toujours selon lui, indignes de représenter, par leur seule présence, la République et la Nation française en Afrique.
Ces diatribes finissent le plus souvent par la dénonciation d’attitudes qui travestissent et trahissent les valeurs de la République et fausses les rapports entre la Métropole et les peuples indigènes.

Ainsi, depuis l’obtention du Prix Goncourt par René Maran, s’est allumé, dans les rapports entre ses collègues et lui, le feu de la discorde qui ne s’éteindra jamais.
En fin de compte, René Maran quitte l’Afrique pour la France : licenciement ou démission ?

 

 

Désormais installé à Paris, il s’adonne à ses activités favorites : la lecture, l’écriture : romans, nouvelles, articles de journaux… il se découvre aussi une nouvelle vocation : la défense des animaux contre la cruauté des hommes à leur égard, aussi bien en Afrique qu’en France.

Il fréquente les salons littéraires où il fait des rencontres, notamment Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire… les pères fondateurs de la théorie de la Négritude. Tout en continuant d'entretenir de bonnes relations avec ces derniers, il prend néanmoins ses distances par rapport à la Négritude, qu’il considère comme une forme de racisme à rebours. Il aurait  préféré, quant à lui," Humanisme", avec  tout ce que ce terme implique.

René Maran aimait profondément la France. C’est peu dire ! Il croyait incarner la culture et les valeurs de la France. Il croyait incarner la culture et les valeurs de la France. Il se croyait investi de la mission sacrée de les défendre partout, en toute circonstance.

« Parce que la ville où j’ai grandi est une ville de France, parce que la France est mon pays, enfin parce que je l’aime de si exclusif amour, que s’il venait à disparaître, vivre me serait à charge.
Que la fortune sourit au destin de la France ! »

En réalité, René Maran a toujours été critique à l’égard de ces Français d’Afrique qui, pour lui, ne méritent pas de servir la France dans les colonies.
En revanche, son respect, son admiration vont aux pionniers de l’Empire français pour lesquels il ne tarit pas éloges.
Après un ouvrage consacré à l’Empire, il publie des ouvrages en honneur à certains d’entre eux, comme Savorgnan de Brazza, Lyautey, Gallieni…

Sans se départir cependant, d’une certaine vision qu’il a toujours eue de la France : « La France est un pays où l’on n’est trop souvent généreux qu’en parole. Dès qu’on essaie de l’incliner aux faits, elle se révèle tout autre… Il y a beau temps que je sais à quoi m’en tenir là-dessus et que le racisme français est profond plus profond qu’on ne croit… »

Son œuvre

Toutes ses idées et sentiments sont développés dans son œuvre immense et diverse. Mais c’est Batouala qui constitue l’œuvre maîtresse.
Cet ouvrage, assez complexe, fait penser dans sa préface à une critique acerbe de la colonisation française, en réalité il y décoche des flèches contre quelques traditions africaines qui, pour lui, sont aliénantes et rendent difficile le progrès humain. Une œuvre effectivement ambivalente à plus d’un titre. 

De ce roman, l'auteur écrit:

" Dix-sept ans ont passé depuis que Jai écrit la préface de ce roman Elle m'a valu bien des injures. Je ne le regrette pas. Je lui dois d'avoir appris  qu'il faut avoir un singulier courage pour dire ce qui est ce qui est. Paris ne pouvait ignorer."

 

Autres titres significatifs des prises de position de l’auteur :

-Brazza et la Fondation de l'A.E.F, Paris, Gallimard
- Les Pionniers de l'Empire (tome 1et 2), Paris, Éd. Albin Michel

- Félix Eboué, grand commis et loyal serviteur, 1885-1944, Paris, Éditions Parisiennes.

Mais aussi :

- Le Livre de la brousse, roman, Paris, Éd. Albin Michel,
- Bêtes de la brousse, Paris, Éd. Albin Michel,

 

Le racisme disparaît lorsqu’il y a fusion des deux races. Il persiste et s’affiche dans le cas contraire. (René Maran)

 

 

(1) Voir également l'article :Félix Eboué, premier gouverneur noir, un grand homme, un grand destin, du 16 août 2011.

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 10:04

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (3)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

La singularité de sa forte personnalité fut soulignée par ses contemporains mais surtout par ses biographes des temps passés, comme de nos jours. Cela lui valut sans doute incompréhension, voire opposition ou forte animosité, mais, à l’inverse, chez d’autres, une forte adhésion à sa pensée, sa philosophie, sa vision des autres…

 

Érasme lui-même a su tisser des réseaux vivants, dynamiques, s’attacher des correspondants qui ont fidèlement servi sa cause, y compris au sein de l’institution ecclésiastique et théologique.

Il sut cependant se tenir à bonne distance entre les adulateurs zélés et les dogmatiques non moins zélés et garder jusqu’à la fin de sa vie cette neutralité respectueuses de tous, et surtout de sa ligne principale de conduite. En effet, il s’est toujours voulu au service de toute l’Humanité, quelles que soient les impatiences et les incompréhensions. Fidèle à ses convictions, il le demeura jusqu’au bout.

 

 

La fidélité à ses principes comme règle de vie

Un des traits de caractère parmi les plus remarqués chez Érasme, c‘est le refus de toute compromission quoi qu’il lui en coûte.
C’est sans doute ce trait de caractère qui l’amène à refuser la toge de cardinal que lui offre le Pape Paul III (1535).
Il n’y a rien d’étonnant à ces refus opposés au Pape, car la pensée d’Érasme reste effectivement l’une des plus singulières à plus d’un titre

Pour lui, en effet, l’homme c’est l’Homme Universel. « L’Homme Universel » formule maintes fois employée dans ses écrits et lors de ses conférences. Ceci signifiait pour lui, dans sa philosophie, comme dans son mode de vie, que l’homme où qu’il soit est relié à tous les hommes de tous les temps.

Sa pensée, par conséquent, dépasse le christianisme (bien qu’il soit chrétien lui-même), dépasse l’Europe pour prendre la mesure du monde.
L’Universel est son lieu de prédilection. Dans ces conditions, comment tenir dans les limites d’un dogme ?

 

 

 

Une vision universelle de l’homme et des choses

Luther dira plus tard de lui :

« Les choses de ce monde ont pour lui plus d’importance que les choses divines. »

Cette singularité d’Érasme, presque en toute chose, se justifie-t-elle dans l’époque précise (elle aussi si singulière — Oh combien !) par rapport à celle qui a précédé et celle qui va suivre la vie d’Érasme ?

Né en 1469 et mort en 1536, l’essentiel de sa vie se situe dans la période de la naissance et l’épanouissement de la Renaissance italienne et européenne, celle de l’Humanisme triomphant, qui rompt avec l’ancien système de pensée et de conception de l’humanité.

Mais, la Renaissance, c’est surtout une période de bouillonnement intellectuel et culturel sans précédent en Europe.

 

 

La revanche de l’individu sur le collectif et l’anonymat

Ce bouillonnement culturel, qui libère la pensée de l’individu, correspond également à un bouleversement social, politique…
C’est véritablement une période de transition qui ne cède en rien à celle que nous traversons : une période de transition, de chamboulement.
La période où a vécu Érasme correspond précisément à cette époque de bouillonnement qui, en plus, a vu s’élargir la place de l’Europe dans le monde.
En effet, l’élan pris par ce continent sur le reste du monde, ira s’amplifiant, pour culminer au 19e siècle, avec la « révolution industrielle », la colonisation pour quelques-unes des principales puissances européennes dans la deuxième moitié du 19e siècle.
Cette marche de l’Europe vers le reste du monde est ponctuée de dates mémorables.

 

L’Europe technicienne à l’assaut du monde

En même temps, partout sur le continent européen, les idées nouvelles fleurissent, bousculant les vieilles pensées, les vieilles cultures…

—1486 : Bartholomé Diaz est le premier Européen à atteindre le Cap de Bonne Espérance.
—1492 : Christophe Colomb atteint les îles américaines.
—1497 : Jean Cabot longe les côtes du Labrador et de Terre-Neuve.
—1498 : Vasco de Gama ouvre la route des Indes.
—1500 : Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil.
—1522 : Fernand de Magellan, pour la première fois, a accompli le tour du monde.

 

 

 

Certes, Érasme n’a pas de part directe dans ces voyages de découvertes extraordinaires pour l’époque, mais comment ne pas partir de sa vision de l’Europe et du monde, de sa lutte incessante et acharnée pour libérer l’esprit des hommes, afin de laisser libre cours aux possibilités inouïes que chaque homme recèle.

Par ailleurs, s’il fallait chercher l’actualité de la pensée d’Érasme à la fin du 20e et au début du 21e siècle, des similitudes ne manqueraient certainement pas. Entre autres exemples, l’intérêt marqué pour la liberté de l’esprit, pour l’instruction par l’école, la condition des femmes, la recherche en médecine pour venir à bout d’épidémies ou pandémies…

 

 

John Colet (1467-1579)

Un legs immense
L’Universalisme

John Colet, un homme d'Église anglais, est un pionnier reconnu de la pédagogie, ne s’était sans doute pas trompé quand il prophétisait : « Érasme ne périra jamais ».
On pourrait ajouter que les idées d’Érasme n’ont jamais été aussi actuelles qu’en ce 21
e siècle.
Son œuvre désormais patrimoine de l’humanité est immense.

Érasme a beaucoup écrit et beaucoup publié : livres, correspondance (des milliers de lettres), colloques et conférences… chacun de ses livres, lettres et textes de conférences ou de colloques constitue pour la postérité une preuve palpable de son humanisme.

Quelques titres :

L’éloge de la folie.
Les adages .

Colloques.
Éloge de la médecine.

….

Il faut, dit Érasme, que l’idéal patriotique cède la place parce que trop étroit, à l’idéal européen puis international. « Le monde entier en notre patrie à tous ». Jusqu’à son dernier souffle il resta fidèle à son image, sa pensée, sa philosophie, sa conception de la religion. À cet égard, la dernière flèche qu’il décocha peu avant sa mort, fut destinée non à la religion ,,mais au fanatisme religieux qu’il n’a cessé de combattre tout au long de sa vie : « O ! Dieu ! Que d’instincts bestiaux se déchaînent en ton nom ! »

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 09:00

 

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (2)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

Tout « prince des Humanistes » qu’il fût, Érasme n’eut pas que des admirateurs dans la vie, il eut des adversaires des plus tenaces, pour deux raisons principalement.

Les opposants les plus tenaces sont ceux qui n’ont jamais compris ni toléré son attitude de neutralité lors de la Réforme. Il faut se souvenir qu’Érasme, au terme de sa formation religieuse, fut ordonné prêtre. Même s’il obtint du Pape la dispense de porter la soutane, il reste aux yeux de ses contemporains catholiques, un des leurs. Qu’il n’intervienne pas lors de la scission pour les aider à l’emporter définitivement sur les « Protestants » reste pour eux une trahison.

Sa culture, ses qualités multiples, son autorité naturelle qui s’imposait à tous, faisaient en effet de lui la personnalité idoine pour l’emporter définitivement et sûrement sur ces « fauteurs de trouble » dans la foi catholique.
De même, ces « fauteurs de trouble », les Protestants, comptaient beaucoup sur les lumières d’Érasme, et le considéraient naturellement comme l’un des leurs.

Ni  les catholiques ni les protestants ne lui pardonnèrent ce qu’ils considéraient comme une trahison.

Érasme était lui-même conscient de sa position entre les deux partis, mais, avait les arguments appropriés pour

 

à la fois les comprendre et ne pas se ranger derrière eux. Il voulait avant tout rester fidèle à lui-même, à sa vision de la religion, à sa philosophie, de même qu’au mode d’existence qu’il avait choisi et auquel il resta fidèle jusqu’à sa mort.

Un homme de conviction
    Fidélité à la foi intérieure, à l’Homme, comme moyen d’accomplir sa mission pour le bien de tous

Selon ses biographes et ses écrits, le jeune humaniste s’est senti heurté à la fois dans ses aspirations et ses convictions profondes, ainsi que par la discipline monastique dont il gardera toute sa vie un souvenir honni.
Sa seule consolation, c’est, faute de vocation religieuse établie, de trouver dans le monastère où il fut formé à sa vie de futur ecclésiastique, la meilleure bibliothèque classique du pays.

Rien n’indique par ailleurs qu’il fut d’une piété ardente durant ses années de vie monastique. Il semble, d’après des lettres, que ce soit plutôt les beaux arts, la littérature latine et la peinture qui l’aient particulièrement occupé et séduit. Quoiqu’il en soit, il ne semble pas s’être totalement détaché malgré tout de l’objet principal de son entrée dans ce monastère, puisqu’il fut ordonné prêtre par l’évêque d’Utrecht, en 1492.

La première des fidélités c’est la fidélité à soi, à ses convictions

 

La dispense du port de la soutane fut vécue, semble-t-il, par Érasme comme une « véritable délivrance… on ne le vit plus dans ses habits sacerdotaux qu’à de rares occasions. »

Il faut parfois faire un effort pour se rappeler que cet homme à l’esprit libre et ouvert, à la plume acérée mais impartiale, appartient à l’état ecclésiastique.
Précisément, ce caractère libre, impartial, parut singulier à ceux qui lui reprochaient d’avoir « lâché son camp » face aux Protestants.

Cependant, quelques qualificatifs relevés au hasard, permettent de mesurer la sympathie quasi universelle et l’aura de sa personnalité, de même que la fascination exercée par Érasme sur le plus grand nombre de ses contemporains toute sa vie durant :

« Érasme, la personnification de la sagesse. », écrit un biographe.

Un autre écrit :

« Érasme, Doctor universalis »
« Érasme … prince des Sciences. »

Ou encore :

« Incomparable »
« Phoenix Doctorum »
« La Pythie de l’Occident »
« L’Homme universel »

Les raisons du consensus, du plébiscite

Faut-il rechercher dans son action, sa pensée et sa philosophie, les raisons de l’apothéose quasi unanimement reconnue du personnage ?

Les biographes d’Érasme sont unanimes sur le regard porté sur le personnage. Le trait sur lequel tous ont insisté de façon récurrente, c’est, avant tout, son goût des études, et aussi sa fidélité à ses idées qu’il croit au service de l’Humanité entière.
Pour presque tous ses biographes, Érasme « fut le premier grand intellectuel de dimension européenne et la personnalisation de toutes les aspirations spirituelles les plus profondes de son siècle. »

Il est qualifié de « premier véritable penseur et écrivain vivant de son œuvre et de son savoir, dont la renommée et l’importance dans le "combat des idées" préfigurent celle des philosophes du 18e siècle. »
D’aucuns établissent une filiation d’esprit avec quelques philosophes des Lumières, principalement J.J. Rousseaux, Diderot, et surtout Voltaire.

Tous, sans exception, consacrent de longs passages à sa rigueur morale, sa sensibilité humaniste, laquelle le porte spontanément vers les autres.

Le savoir et le cœur aux sources de l’Humanisme

Toute sa vie, Érasme se montre intraitable dans le combat contre le fanatisme religieux et l’intolérance sous toutes ses formes, dans la religion comme dans la vie de tous les jours.
En matière de religion, il prône le retour aux textes des Anciens et à une Bible sans mystères, définitivement dépouillée de ses scories qui sont source de malentendus liés aux interprétations des textes.

Ce qui caractérise le mieux Érasme, c’est le refus de toute compromission, particulièrement dans le domaine de la connaissance des textes et la pratique de la religion.

Enfin, Érasme est la première personnalité d’influence européenne à s’engager résolument en faveur de l’éducation pour tous les enfants, quelles que soient leurs conditions et leur origine sociale, et à plaider pour la condition des femmes.

Enfin Érasme s’est préoccupé de bien des questions d’ordre social comme d’ordre religieux, qui, sans doute lui valurent aussi quelques inimitiés fortes, telles que le mariage des prêtres, de même que ses réactions au sujet de maladies sexuellement transmissibles. Il chercha à attirer l’attention des autorités religieuses et civiles sur le danger que la propagation de ces maladies pourrait représenter dans le futur, si l’on n'y prenait garde (apparemment sans  beaucoup de succès).

 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 08:20

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (1)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

 

Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus) est un humaniste hollandais d’expression latine. Il est né à Rotterdam vers 1469 et mort à Bâle en 1536.
De « naissance obscure » disait-on à l’époque, Érasme connaît une enfance et une jeunesse sombre. Pour ses contemporains il n’a ni patrie, ni famille réelles. Il est sans origines en quelque sorte.
Ce nom qu’on lui connaît, Érasmus Roterodamus, il ne le tient ni d’un père, ni d’un ancêtre. C’est un nom d’emprunt qu’il s’est donné lui-même.

La date précise de sa naissance et les circonstances qui accompagnent celle-ci, sont entourées d’un profond mystère.
Est-on sûr qu’il est né en 1469 ? Des sources avancent 1466, d’autres 1467... Érasme lui-même est tenu pour responsable, en partie, de ce mystère. Plutôt effacé, taciturne, il se confiait encore moins, ce qui multipliait sans doute les rumeurs et épaississait le mystère concernant ses origines.

Erasmus serait né d’un prêtre et de la fille d’un médecin.
Ce qui semble acquis, est que cet enfant illégitime perd ses parents biologiques très tôt. Confié à des tuteurs, Érasme n’a que 17 ans quand ceux-ci se débarrassent de lui.
D’abord scolarisé dans une école tenue par les Frères de la vie commune, il entre, à 20 ans, au couvent des chanoines augustins de Steyn.

 

 

Un homme qui se donne un nom, une mission et un destin

Qu’importe ! S’il n’est guère bavard, Érasme sait ce qu’il veut. Il se destine en fait à une « mission » planétaire, au service de l’Humanité entière.
Mais, comment remplir une telle mission avec la tête et le cœur vides ?
Érasme, après ses premières études à l’école des Frères de la vie commune à Deventer, l’un des premiers foyers de l’Humanisme, aux Pays-Bas, entre au couvent des Augustins où il prononce ses premiers vœux.

Cependant, la vie monastique ne l’attire guère. Il consacrera désormais son temps à l’étude approfondie des Anciens et des Écritures.

Une bourse lui permet de poursuivre ses études à Paris, au collège Montaigu, puis précepteur au service d'un riche anglais, il part pour l’Angleterre où il rencontre des personnages influents de l’époque, en particulier Thomas More, dont il deviendra l’ami.
Commence alors pour Érasme des voyages, des rencontres, débats et confrontations d’idées partout en Europe. Sa vie devient une vie d’errance, consacrée à l’étude, à la réflexion sur tous les sujets : religieux, profanes, sur la morale, la paix…

« Je souhaite être un citoyen du Monde, appartenir à tous, ou plutôt, rester un étranger pour tous » écrit-il.

Il poursuivra jusqu’à sa mort, une vie errante à travers l’Europe, sans se fixer définitivement nulle part.
Tous cherchent à se l’attacher, aussi bien l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas…, en vain.

À l’apogée de sa vie, son souhait est amplement exaucé ; il devient véritablement un humaniste érudit, au service du monde.
Mais, Érasme est, au fond, un grand solitaire, néanmoins jouant le rôle de conseiller et partenaire de tous.

Quand éclate, au sein de l’Église, la grave crise qui devait aboutir à la scission et à la naissance du protestantisme, il saura faire preuve d’une neutralité aussi étonnante que respectueuse des deux camps : catholique et protestant, alors que toute l’Europe chrétienne attend de lui sa position face à ces évènements.

À la question d’un responsable de l’Église catholique : « De quel parti êtes-vous ? », il répond : « Mon parti, c’est l’Homme. »

 

 

Neutralité bienveillante, respect de tous comme voie vers la paix des consciences ?

La demande faite au pape de le dispenser de porter de la soutane, au terme de ses études théologiques, était-elle un indice de cette « philosophie de vie » ?
En tout cas, cela semble parfaitement convenir à la manière de vivre qu’il avait souhaitée et qui lui avait tant réussi.

En effet, à l’apogée de sa vie, Érasme est considéré, en Europe, comme le « Prince des Humanistes ».

 

 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 07:49

L’ESCLAVAGE DES NOIRS DANS LE REGARD DE DEUX PHILOSOPHES DES LUMIÈRES
MONTESQUIEU ET CONDORCET

L’ironie ou le sérieux comme arme pour ridiculiser les arguments des partisans de l’esclavage

Montesquieu (1689-1755)

Un noble de bonne famille au service de la justice, de la liberté et de l’égalité pour tous
Montesquieu

Né au Château de la Brède ; au sud de Bordeaux, en 1689, Charles-Louis de Secondat, qui sera baron de la Brède de Montesquieu, appartient à la noblesse de robe.
Il meut à Paris en 1755, après une carrière bien emplie de philosophe et de politique français.

Passionné par la science et les expériences scientifiques au départ, il s’oriente peu à peu, mais résolument vers la philosophie avec un engagement sans réserve pour la bonne gouvernance, c’est-à-dire un mode de gouvernance basé sur la loi, non sur l’absolutisme et la corruption.

Il fut ainsi l’un des principaux philosophes des Lumières et penseur du 18e siècle aux côtés de Voltaire, Diderot, Rousseau …

Pourfendeur de l’ancien système de gouvernement (Ancien Régime), il fut le principal initiateur des révolutionnaires de 1789, et des fondements de la République de même que de ses principales lois.

Son œuvre, immense et variée (De l’esprit des lois, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence…), commence par la critique acerbe des mœurs et coutumes françaises de son temps, y compris l’absolutisme monarchique, copieusement raillée dans « Un Persan à Paris ». ou « Comment peut-on être Persan ? »

Une bombe à démolir l’ancien monde : l’esprit des lois

Véritable arme de démolition de l’aristocratie, la monarchie, le despotisme
Montesquieu est surtout connu et célèbre pour avoir inspiré la séparation des pouvoirs, devenu la principale caractéristique des régimes démocratiques :

—pouvoir législatif dont le rôle est de voter les lois.
—pouvoir exécutif dont le rôle est d’appliquer ces lois.
—pouvoir judiciaire dont le rôle est de vérifier, contrôler, l’exécution de ces lois.

Montesquieu sait aussi, mieux que quiconque, démolir les pratiques solidement ancrées dans le temps, avec une ironie mordante, sans doute aussi efficace que les armes de destruction.
L’exemple le plus parlant et le plus achevé en la matière est incarné dans la lutte contre l’esclavage, l’esclavage des Noirs, qu’il considère comme un crime odieux.

« Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les Nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on n'en faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un maître très sage, ait mis une âme, surtout une bonne âme, dans un corps tout noir.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les Nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains ; car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié? »   (Montesquieu «L'esprit des lois» (Livre XV, ch. V.))

 

Condorcet (1743-1794)

Condorcet (Marie-Antoine Nicolas de Caritat, marquis de), 1743-1794, philosophe, mathématicien et homme politique français.

À 16 ans, il soutient une thèse d’analyse mathématique et publie un essai remarqué sur le calcul intégral…
Ses travaux scientifiques lui valent l’entrée à l’académie des sciences en 1769. Mais c’est par ses réflexions philosophiques, son attachement pour l’égalité sociale, la justice et la liberté de l’individu qui lui valent de figurer aux côtés des Montesquieu, Voltaire, Rousseau… comme l’un des plus célèbres philosophes des Lumières.

En effet, Condorcet a consacré l’essentiel de ses activités au combat pour la reconnaissance à tous les humains des droits inaliénables. Pour lui l’égalité sociale et l’émancipation de l’individu ne peuvent s’obtenir que par l’éducation.
L’inégalité la plus criante étant pour lui l’inégalité face à l’éducation ; d’où son combat acharné pour l’éducation de tous.

Œuvres importantes : Réflexions sur la jurisprudence universelle, Collaboration à la partie Mathématiques de l'Encyclopédie méthodique, Sur l'admission des femmes au droit de cité, Cinq Mémoires sur l'instruction publique, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain…

Les réflexions de Condorcet, ses luttes et surtout son profond humanisme le portent naturellement à s’opposer de toutes ses forces aux partisans de l’esclavage. Il est donc aux côtés de ceux qui se battent contre ce trafic odieux : le commerce des esclaves.

À l’opposé de Montesquieu, passé maître dans l’art de l’ironie mordante, Condorcet pourfend les mêmes adversaires avec l’honnêteté d’un moraliste.

« Réduire un homme à l'esclavage, l'acheter, le vendre, le retenir dans la servitude, ce sont de véritables crimes, et des crimes pires que le vol... Comme ces crimes ont toujours été ceux des plus forts, et le vol celui des plus faibles, nous trouvons toutes les questions sur le vol résolues d'avance et suivant de bons principes, tandis que (le crime de l'esclavage) n'a pas même de nom dans les livres...

La prospérité du commerce, la richesse nationale ne peuvent être mises en balance avec la justice. L'intérêt de puissance et de richesse d'une nation doit disparaître devant le droit d'un seul homme, autrement il n'y a plus de différence entre une société réglée et une horde de voleurs... »  (Condorcet, Réflexions sur le travail des Nègres. )

                                                                                  

  

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 09:31

PETITE ESCAPADE ESTIVALE EN MÉMOIRE

L’Ancien Temps
     En France, avant 1789
     Structures administratives, religieuses, culturelles…

les gouvernements

 

 

 

 

 

 

les ressorts de parlements

 

 

 

 

 

 

 

les généralités

 

 

 

 

 

les pays de gabelle

 

 

 

 

 

les diocèses

 

 

 

 

 

 

les familles de langues

Lettre de Fénelon à Louis XIV, 4 mai 1693

 « Cependant, vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque ; les villes et la campagne se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre état, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au-dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions... C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serai en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné.

 

Le peuple même (il faut tout dire) qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ;  il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit-on, avait un cœur de père pour ses peuples, ne mettrait-il pas sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ?...

 

Mais pendant qu'ils manquent de pain, vous manquez vous-même d'argent et vous ne voulez pas voir l'extrémité où vous êtes réduit. Parce que vous avez toujours été heureux, vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouvrir les yeux, vous craignez que l'on vous les ouvre, vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire qui endurcit votre cœur vous est plus chère que la justice, que votre propre repos, que la conservation de vos peuples, qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine, enfin que votre salut éternel, incompatible avec cette idole de gloire.

 

Voilà, Sire, l'état où vous êtes. Vous vivez comme ayant un bandeau sur les yeux... pendant que vous prenez dans un rude combat le champ de bataille et la canon de l'ennemi, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s'enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber, malgré vos victoires. »

La « révolution » industrielle (une nouvelle société)

  • Naissance des premières sociétés par actions

Statuts de la Compagnie des Houillères et Chemins de fer de Carmaux-Toulouse (1856)

«Article 1 : Il est formé une société par actions entre MM. Mancel père et fils, gérants de ladite société, et toutes personnes qui deviendront propriétaires des actions.

Article 2 : La société a pour objet l'exploitation des mines de houille (charbon) de Carmaux et l'exploitation du chemin de fer de Carmaux à Albi (...).

Article 5 : La société prend nom de Compagnie des Houillères et Chemins de fer de Carmaux-Toulouse.

Article 6 : Le capital est fixé à 17 400 000 francs et divisé en 116 000 actions de 150 francs chacune.

 Article 22 : Il sera formé un conseil de surveillance composé de 11 membres nommés par l'assemblée générale des actionnaires.

Article 28 : L'assemblée générale se compose de tous les actionnaires propriétaires de 40 actions au moins. »

 

  • Création de grandes usines

L’usine se substitue peu à peu à l’atelier, l’ouvrier à l’apprenti, le patron au maître.

Nouvelle usine

 

  • Apparition de grands magasins

Galeries Lafayette, Au Bon Marché, Les Grands Magasins du Louvre, Le Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), La Samaritaine, Le Printemps Haussmann, le Petit Saint-Thomas…

 

  • Apparition des classes sociales (lutte de classes sociales) : bourgeoisie, prolétariat, syndicats…

Le double rôle de la CGT

« La CGT groupe en dehors de toute école politique tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du patronat. Dans l'œuvre quotidienne, le syndicat poursuit l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires... Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme ; le syndicat prépare l'expropriation capitaliste : il propose comme moyen d'action la grève générale. Le syndicat n'a pas à se préoccuper des partis qui en dehors et à côté peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.» (Extrait de la Charte d'Amiens, 1906).

le patron et l'ouvrier

  • Progrès social

          Le progrès social en France aux XIXe -   XXe siècles

1791 : loi Le Chapelier : les syndicats et les grèves sont passibles des tribunaux.

1803 : les ouvriers doivent posséder un livret rempli par les patrons (dates d'embauchés, salaires, comportement), faute de quoi ils peuvent être arrêtés pour vagabondage.

1841 : interdiction du travail des «ouvriers» de moins de 8 ans.

1864 : loi autorisant la grève. Suppression du livret ouvrier.

1874 : création de l'inspection du travail ; interdiction du travail des enfants de moins de 13 ans.

1884 : loi Waldeck Rousseau, accordant la liberté syndicale, sauf aux fonctionnaires.

1892 : travail des adolescents (13-18 ans) ramené à 10 heures par jour. Travail des femmes limité à 11 heures, interdit de nuit.

1898 : loi établissant le principe de la responsabilité du patron en cas d'accident du travail, ce qui entraîne l'obligation pour le patron de verser des indemnités aux accidentés.

1900 : loi Millerand : journée de travail limitée à 10 heures.

1907 : repos hebdomadaire obligatoire.

1910 : loi sur les retraites ouvrières, financées par des cotisations ouvrières, patronales et une contribution de l'État.

1913 : loi sur le repos des femmes en couches.

 

  • Transformation des villes et des campagnes, exode rurale

            L’exode vers Lyon

« Le voisinage d'un puissant bassin houiller a développé les industries nouvelles : la cité vivait jusque-là uniquement par la soierie et la banque ; elle est devenue une gigantesque usine où toutes les productions se rencontrent. Le peuple des commerçants et des tisseurs établis dans la ville ne pouvait suffire pour les nouveaux établissements ; il a fallu faire appel au dehors ; depuis quarante ans un flot continu de Savoyards, de Dauphinois, d'Auvergnats, de Suisses et d'Italiens se porte sur Lyon, noyant les Lyonnais dans leur masse sans cesse croissante. Et l'accroissement se poursuit d’une façon régulière. Chaque jour, des industries nouvelles se créent, recrutant sans peine dans les milliers de bras venus de tous les points de l'immense région que parcourent le Rhône, la Saône, la Loire. »  (V.E. Ardouin-Dumazet, Voyafe en France, 1896.)

 

  • L’expansion : outremer

La chasse aux colonies en Afrique

La révolution ou transformation scolaire et éducative
(Les lois Jules Ferry et leurs effets)
 

1-Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire.   (Déclaration universelle des droits de l'homme (1948)

2-La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle, à la culture.  (Préambule de la Constitution française de 1958.)
 

3-Les États reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances :

  • Ils rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous,
  • Ils encouragent l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire.  (Convention des droits de l’enfant, art. 28 (1989))

 

 

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 07:32

MARC AURÈLE, EMPEREUR PHILOSOPHE

L’homme Singularité Humanité

Marc Aurèle (121-180 ap. J.C.)

« On se sent en soi-même un plaisir secret lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d’attendrissement ; tel est l’effet produit qu’on a une meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a une meilleure opinion des hommes » (Montesquieu)

Connaissant la vie, la pensée et l’œuvre de Marc Aurèle, peut-on raisonnablement contredire Montesquieu après cette opinion qu’il exprime sur l’empereur-philosophe ?

Pour Hippolyte Taine (philosophe, critique et historien français, 1828-1893) « Marc Aurèle  est l’âme la plus noble qui ait vécu ».

Dion Cassius (vers155 après J.C.- vers 235), historien romain, dit de son compatriote : « Ce que j’aime le plus en lui, c’est que, dans des difficultés extraordinaires et hors du commun, il parvint à se surpasser et à sauver l’empire. »

 

(note : Allusion sans doute aux victoires éclatantes remportées par Marc Aurèle qui, comme chef de guerre et contre son naturel et ses préférences : la philosophie et la méditation, s’est métamorphosé à la grande surprise de tous, en guerrier intraitable pour voler de victoire en victoire dans les guerres défensives, face aux ennemis dont le dessein était d’envahir l’empire romain, en profitant de l’inexpérience du jeune empereur).

Droiture morale inégalée
     Empathie universelle
     Maîtrise de soi et don de soi en toute circonstance

« C'est là ce qui rend à jamais admirables et l'homme et ses Pensées. Si l'exemple, en effet, que nous donna la vie de Marc-Aurèle, fait qu'on a, comme l'écrit Montesquieu, "meilleure opinion de soi-même, parce qu'on a meilleure opinion des hommes", la lecture et la méditation de ses Pensées nous restent comme un ferment d'énergie vitale, d'acceptation détachée, de conscience sereine, de dignité divine et, en un mot, comme l'introduction à la vie la plus noble et la plus généreuse que puisse mener un mortel à son poste, en vivant en compagnie des Dieux et en se consolant, en pratiquant le bien, du mal que font les hommes. » (Mario Meunier)

 

De quelque côté qu’on l’observe, Marc Aurèle apparait comme une personnalité unique en son genre, comme celui qui en impose, non par sa taille ou son physique, ni même par ses faits d’arme, mais par sa simplicité en toute chose, son humilité et le respect de l’autre, quel qu’il soit.
S’il a fait la guerre, c’est par devoir non seulement pour sa patrie, Rome, mais pour l’Univers, contre ceux qui voulaient la conquérir et réduire son peuple en esclavage. Il s’en est expliqué.

Mais, ce qui marque encore plus sa singularité, voire son unicité, c’est cette quasi vénération pour la Nature avec toutes ses composantes. Sa profonde générosité et son incomparable humanité en toutes circonstances, débordent l’espèce humaine pour toucher la Nature au sens le plus large imaginable : du fauve magnifique de la forêt, « piaffant » de force et de puissance physique, au petit oiseau frêle, tout droit sorti du nid où il fut protégé par ses géniteurs , au petit insecte cherchant sa voie au milieu d’un troupeau de bœufs, de l’arbre magnifique par son feuillage rayonnant.
Cette empathie sans limite va jusqu’au petit poisson étouffant dan le ruisselet en voie d’assèchement, qu’il faut sauver…

Dans son regard toujours empreint de tendresse et d’humanité, comme dans tous ses propos, Marc Aurèle semble venu au monde pour le service exclusif de toute la Nature au sens que donne à ce mot le philosophe et médecin Sextus Empiricus (vers 160-vers201 après J.C.)

« Si nous voulions savoir ce qu’est l’Homme, nous devrions savoir d’abord ce qu’est l’animal », comme ce qu’est un arbre également, au sens de Marc Aurèle, bref, tous les êtres, animés et inanimés.

Chez bien des philosophes grecs anciens, il est peu de différence entre l’homme et l’animal, entre l’animal et la plante, toutes ces vies étant inextricablement imbriquées comme l’affirme Marc Aurèle.

Par ailleurs, l’éducation de Marc Aurèle, futur philosophe stoïcien comme futur empereur romain et auteur des Pensées, sous le regard attentionné d’une mère pétrie de culture grecque ancienne, le prédisposait sans doute non seulement à la présence d’animaux auprès des hommes,  comme au mélange des conditions et des sorts des uns et des autres.

En effet, les contes et comptines racontés par les mères près du berceau pour endormir leur enfant, achèvent d’imprégner profondément cette vision de l’Univers. C’était surtout le cas des enfants grecs de l’Antiquité.

Hymne à la Nature

« Tout ce qui te convient, ô Monde, me convient aussi ! Rien n’est pour moi prématuré ou tardif de ce qui pour toi vient à point.
Tout ce que m’apportent tes saisons est pour moi un fruit savoureux, ô Nature ! Tout vient de toi ; tout est en toi ; tout rentre dans toi.
La Terre aime la pluie. Le Ciel divin aime aussi la pluie. Le Monde aime produire tout ce qui doit se produire. Je dis donc au  Monde : "J’aime ce que tu aimes !"
 »
(Marc Aurèle, Pensées).

Toute la nature est belle

« Les épis courbés vers la terre, le sourcil du lion, l’écume qui coule de la gueule des sangliers, et tant d’autres choses qui, lorsqu’on les observe en détail, sont loin d’être belles, nous plaisent pourtant parce qu’elles sont des ornements des êtres et qu’elles dérivent de leur nature.

Si nous avions un sens, une intelligence plus profonde des lois de la production de l’univers, tout nous paraîtrait harmonieux, même ce qui n’est qu’un prolongement accidentel des choses. Nous regarderions alors les vrais gueules béants d’animaux sauvages avec autant de plaisir que celles dont les peintres et les sculpteurs nous donnent une représentation imaginaire. Une vieille femme, un vieillard, pourraient avoir, à nos yeux guidés par la sagesse, une jeunesse, une beauté, les charmes mêmes de l’enfance. » (Marc Aurèle, Pensées).

« La Nature rend chacun de nous capable de supporter ce qui lui arrive. » (Marc Aurèle, Pensées).

 

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 08:51

PETITE VISITE DOMINICALE AUX SAGES DE LA ROME ANTIQUE DONT LA PENSÉE LUMINEUSE ÉCLAIRE TOUJOURS NOTRE CHEMIN (3)

MARC AURÈLE, EMPEREUR PHILOSOPHE STOÏCIEN ATYPIQUE

« Tout est beau pour qui sait voir » (Marc Aurèle)

Rarement un empereur romain aura été aussi diversement jugé, apprécié par ses contemporains comme par la postérité. Et si cette diversité de jugements, d’avis provenait tout simplement de l’originalité et de la spécificité du personnage et de son œuvre ? Et tout d’abord de cette double vision incarnée dans le titre que porta cet empereur toute sa vie :

« Empereur-philosophe ».

Cependant, aucun autre titre ne saurait mieux désigner cet empereur, ce qu’il fut et ce qu’il fit. Car empereur, il le fut au sens plein du terme, à l’appréciation de la majorité de ses contemporains, et philosophe, il le fut incontestablement par sa pensée, sa manière d’être, ses écrits...
Seul dans son genre, certes, original mais surtout fécond et d’une profondeur de pensée rare, au service de l’Humanité entière.
Jugé faible, indécis par quelques contemporains, mais d’une vaillance sans faille par les autres, l’histoire de la Rome du 2e siècle après J.C. n’est sans doute pas étrangère à cette double vision du personnage.
Le jugement de la postérité apparait plus unanime que celui des contemporains du IIe siècle.

Marc Aurèle (121-180 ap. J.C.)

Un empereur pétri de culture antique grecque

Premier empereur philosophe connu de l’histoire romaine, Marc Aurèle, issu de la dynastie des Antonins, est né en 121 après J.C. et mort en 180 après J.C).
Orphelin de père tôt, il doit l’essentiel de son éducation à sa mère et aux précepteurs dont celle ci entoura son enfant.
 La mère, décrite comme « 
noble, riche et pieuse » mais surtout comme « d’une rare finesse de traits qui joignait aux avantages du corps, la grâce plus parfaite d’une âme cultivée ».
La mère eut à cœur de donner à son fils une solide culture grecque et romaine, la meilleure formation d’un futur empereur romain.
Afin d’éviter à son enfant chétif, frêle, physiquement faible, la rudesse au contact des autres enfants plus forts t plus musclés et physiquement plus endurcis, elle obtint pour lui une dispense de la fréquentation de l’école publique, se chargea elle-même de sa formation en langue grecque, et sut l’entourer entourer des meilleurs précepteurs de  l’époque..

« En te levant chaque matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre : de respirer et d’être heureux » (Marc Aurèle)

Par les soins de ces précepteurs, l’éducation et la formation du jeune futur empereur romain n’eurent rien à envier à celles d’un jeune athénien de bonne famille du IIe siècle après J.C.
Ainsi Marc Aurèle, dès le plus jeune âge, put bénéficier d’une culture des plus complètes, nourrie aux meilleures sources.
 À «  
L’éducation littéraire qui s’obtenait surtout par la lecture et le commentaire des poètes épiques, lyriques et tragiques, et des grands prosateurs, Marc Aurèle adjoignit cette formation esthétique, que donnaient la musique, l’art du chant et celui de la danse. »
Mais ce bagage culturel déjà conséquent, ne put détourner le jeune Marc Aurèle de ce qu’il est convenu de considérer comme une passion et une véritable « vocation » : la philosophie stoïcienne, qui exerça une forte attirance sur lui dès son plus jeune âge.

« L’émeraude ne perd pas sa valeur faute de louanges »  (Marc Aurèle)

Pétri de culture grecque, philosophe stoïcien, Marc Aurèle ne pouvait cependant échapper à son destin, celui  d’empereur par son ascendance.
Il le savait, il s’y était préparé culturellement, psychologiquement. Sa vocation de philosophe stoïcien ne fut sans doute pas sans incidence sur l’exercice de son métier d’empereur.
Empereur à 39 ans, à un moment critique du destin de l’Empire, cerné de toutes parts par ses ennemis les plus irréductibles, le jeune empereur fait crânement face.
L’empereur-philosophe se révéla un habile chef de guerre, et jamais ne fut pris au dépourvu par les ennemis de l’Empire, lesquels virent leurs assauts voués à l’échec. C’est un « miracle » car ayant toujours préféré la philosophie stoïcienne à la formation militaire, il se fit soudainement « chef militaire » et participa à toutes les batailles en fin stratège.

Un empereur atypique et exemplaire


« Notre vie est ce qu’en font nos pensées. » (Marc Aurèle)

Marc Aurèle ne fut pas qu’un empereur militairement à la hauteur de sa charge ; Il fut aussi un administrateur efficace.
Il est crédité d’une réorganisation de l’administration de l’empire romain, qu’il rendit plus juste, plus humaine, avec un souci remarqué pour le sort des plus faibles et un souci permanent de l’équité.
Seuls les Chrétiens furent tenus à l’écart de cette mansuétude de l’empereur.

(Ce n’est pas que Marc Aurèle n’aimait pas les Chrétiens, mais parce qu’à son époque, la religion chrétienne était interdite dans l’empire pour éviter qu’elle face concurrence au culte impérial auquel tous les Romains devaient adhérer obligatoirement. Il en fut ainsi jusqu’au règne de l’empereur Constantin qui, par l’édit de Milan en 313, mit un terme à la persécution des Chrétiens. Il finit par se convertir lui-même au christianisme.)

« La nature est dans chacun de nous.
La nature rend chacun de nous capable de supporter ce qui lui arrive »
(Marc Aurèle)

 Sans doute inspiré par son bagage culturel grec, Marc Aurèle montra, sa vie durant, un attachement non feint et un goût jamais démenti pour la Nature ainsi que tous les éléments qui la composent, au point de ne pas toujours  dissocier nature et homme, dans ses écrits comme dans sa pensée les deux sont indissociables.

Pour Marc Aurèle, en effet, comme pour nombres de philosophes grecs antiques, la vie de l’homme et la nature  sont inextricablement liés ; convaincu qu’il était que sans le bien-être de la plante, de l’animal, de la petite fourmi au plus massif des fauves … le bien-être de l’homme n’est que vain mot. Ainsi « le petit ruisseau qui serpente péniblement dans l’immensité de la forêt attire son attention et occupe son esprit. »

Des sages de l’Antiquité gréco-romaine aux Humanistes européens des XV et XVIe siècles, le goût et le respect de la Nature en héritage ?

Pensées pour moi-même ou les Pensées
Livre-monument, livre-énigme

Enfin, dernier acte de l’empereur Marc Aurèle, la rédaction d’un ouvrage atypique à bien des égards, car chargé de questions et d’énigmes non élucidées.
La seule certitude est que ce livre fut rédigé à la fin de sa vie, et qu’il recense les expériences personnelles de même que l’univers de valeurs de l’auteur : valeurs morales et civiques.

Un lire écrit en grec, par un empereur romain.

Livre-piège ?

En effet sa lecture et son contenu ont induit en erreur bien des historiens anciens et modernes qui ont crû voir dans cet ouvrage un simple recensement des souvenirs de son auteur.

Or, ce livre, bien qu’il porte en titre l’expression « moi-même », est en réalité une invitation de tous ses lecteurs à une sorte de « pèlerinage » en eux-mêmes, et en cela ce livre a un caractère et une destination universelle, c’est-à-dire conçu à l’intention de tous les Humains de tous les temps, de tous les lieux.

« Les Pensées sont donc un précieux document sur la vie philosophique de Marc Aurèle. Selon les recommandations des stoïciens, il s’efforce tout d’abord de se remémorer le but fondamental de la vie, l’accord avec la nature, c’est-à-dire avec la raison, sous ces trois modes : la raison intérieure au cosmos, la raison intérieure à la nature humaine, la raison intérieure à l’individu humain…

Marc Aurèle définit à plusieurs reprises ces trois aspects de la vie philosophique : critiquer nos propres représentations pour ne juger que conformément à la raison qui est en nous, agir avec justice à l’égard des autres hommes conformément à la raison immanente au corps social, acceptée avec amour les évènements que nous impose le destin, en nous conformant à la raison immanente au cosmos.

Les Pensées sont, pour une grande part, des variations sur ces trois thèmes fondamentaux. Mais on y trouve aussi d’autres exercices spirituels : examen de conscience, la préparation intérieure aux difficultés de la vie, la méditation des dogmes fondamentaux du stoïcisme, l’application de ces principes aux cas particuliers qui peuvent se rencontrer dans la vie de tous les jours.

Ce qui a fait le succès de l’œuvre de Marc Aurèle à travers les âges, c’est tout d’abord, précisément, son universalité : il s’agit d’un effort sans cesse renouvelé pour se libérer des préjugés courants, du point de vue égoïste et individuel et pour se replacer dans la perspective du cosmos et de la raison universelle. » (Encyclopédie Universalis)

« Sois comme un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser ; le promontoire demeure immobile, et dompte la fureur de l’onde qui bouillonne autour de lui. »  (Marc Aurèle)

 

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 09:14

PETITE VISITE DOMINICALE AUX SAGES DE LA ROME ANTIQUE DONT LA PENSÉE LUMINEUSE ÉCLAIRE TOUJOURS NOTRE CHEMIN (2)

CICÉRON : HUMANISME ET HUMANITÉ

La Famille Humaine

Cicéron (nom latin : Marcus Tullius Cicero), 106-43 av J.C.
Mort assassiné à 63 ans.

Homme politique, orateur hors paire, rhétoricien, écrivain romain, Cicéron est un des hommes publics les plus brillants de l’une des périodes les plus troublées de l’histoire de Rome : la charnière entre la fin de la République et la naissance de l’Empire. Chacun de ces deux systèmes politiques ayant ses partisans et ses adversaires.
Le tempérament de Cicéron le prédisposait (sans doute) à l’engagement politique dans l’un ou l’autre des deux camps.

Bien qu’issu d’une famille plébéienne(ou de la bourgeoisie, équivalent de tiers état de la France d’ancien Régime) et non de la noblesse comme la plupart des hommes politiques de son temps, il s’éleva au-dessus de sa condition sociale, à force de volonté, d’intelligence et de savoir-faire, jusqu’à se hisser au  plus sommet de la hiérarchie politique romaine en devenant sénateur.
Après de brillantes études de droit et une solide formation en rhétorique, il met à profit son talent d’avocat et son éloquence verbale. Sa carrière politique en fut sans doute bénéficiaire, en même temps qu’une telle situation crée généralement une cohorte de jaloux et d’opposants « naturels ».
« 
Cicéron est de ces humanistes qui ne mettent rien au dessus de la littérature. » dira de lui un de ses biographes. Certes, mais il est aussi de ces intellectuels qui ne rechignent pas à retrousser leurs manches pour descendre dans l’arène en vue de défendre « bec et ongles » leurs idées dès l’instant qu’ils sont persuadés que cela en vaut la peine.

Jules César (100-44 av J.C.)

L’homme de lettres, l’humaniste, ne peut en conséquence se tenir à l’écart du tumulte politique qui agite Rome et dont les principaux protagonistes, issus de la plus haute noblesse romaine ont nom : Jules César, Pompée, Catilina…
Cicéron ne peut demeurer à l’écart de la guerre qui oppose César à Pompée. Il se range au côté du futur vaincu : Pompée.
Sa carrière politique ne pourra s’en remettre.
Exilé de Rome, il rentre après avoir effectué son temps d’exil imposé par la loi. Puis dans le conflit qui l’oppose à Antoine, il est encore perdant et assassiné en 43 av J.C.
Mais sa prodigieuse production littéraire lui permet de briller autrement, et longtemps, en Europe, notamment au 19e siècle, puis partout dans le monde cultivé, de tout temps.

L'assassinat de Cicéron illustré dans De casibus virorum illustrium (France, XVe siècle)

Quel meilleur régime politique pour la Cité ?  ce demande Cicéron.

La République ou la Monarchie ?
La République, c’est la justice, le respect de tous les citoyens, l’intégrité absolue.

La Monarchie

« En lui-même en effet, le gouvernement royal non seulement n’a rien qui appelle la réprobation, mais ce pourrait, si je pouvais me satisfaire d’une forme simple, être celui que de beaucoup je préfèrerais aux autres formes simples, à condition qu’il observât son caractère véritable, c’est-à-dire que par le pouvoir perpétuel d’un seul, par son esprit de justice et sa sagesses, le salut, l’égalité et le repos des citoyens fussent assurés. […]
Voyez-vous maintenant comment un roi est devenu un despote et comment, par la faute d’un seul, la meilleure forme de gouvernement est devenue la pire. […] Sitôt en effet que ce roi s’est écarté de la justice dans la domination qu’il exerce, il devient un tyran, et l’on ne peut concevoir d’animal plus affreux, plus hideux, plus odieux aux hommes et aux dieux. » (De la République [51 av J.C.], livre II).

Loi naturelle, loi divine

« Il est une loi, la loi vraie, la droite raison, conforme à la Nature, présente en tous les êtres, toujours d'accord avec elle-même, éternelle, dont la voix nous prescrit nos devoirs, dont les menaces nous détournent du mal, loi dont l'homme de bien ne méconnaît jamais ni les prescriptions ni les défenses, et à laquelle seuls les méchants se montrent indifférents. Cette loi n'admet ni amendement ni dérogation ; l'abroger est impossible. Ni le Sénat ni le peuple n'ont le pouvoir de nous en affranchir (...) Elle est la même à Rome et à Athènes, la même aujourd'hui, la même demain.

C’est cette seule et même loi, éternelle, immuable, qui embrasse tous les peuples et tous les temps, car c'est aussi un seul et même Dieu, maître commun et souverain de tous les êtres, qui l'a conçue, méditée, fixée. Désobéir à cette loi, c'est mépriser la nature humaine, c'est s'infliger ainsi le plus terrible châtiment, quand même on échapperait à ce qu'on regarde comme des supplices. » (Cicéron, De la République)

 

Cicéron : pensées et actions du philosophe humaniste

La culture générale

« Pour le véritable orateur, tout ce qui fait partie de la vie humaine, pour autant qu'il y est engagé et qu'elle est la matière de son art, doit être étudié, écouté, lu, disputé, mis en question. Car l'éloquence est une des plus grandes vertus : certes, ces dernières sont toutes égales et pareilles, mais pourtant certaines plus que d'autres ont l'éclat de la beauté ; il en est ainsi de cette puissance qui, ayant embrassé la science du réel, développe si bien en paroles ce que l'esprit perçoit et décide, qu'elle peut, en pesant sur les auditeurs, les pousser où elle veut. Mais plus grande est cette force, plus elle doit être accompagnée de probité, et d'extrême prudence. Si nous donnons les richesses de la parole à des gens qui manquent de ces vertus, nous n'en aurons pas fait des orateurs, mais nous aurons livré des armes à des fous furieux. (De l’orateur)

Le rire et l’éloquence

« En ce qui concerne son domaine, et, pour ainsi parler, ses frontières, le ridicule consiste en une sorte de honte et de laideur. L'on rit seulement ou surtout de ce qui, sans être honteux soi-même, fait remarquer ou signale quelque honte. (...) Il appartient tout à fait à l'orateur d'exciter le rire : c'est que la bonne humeur même vaut de la bienveillance à celui qui l'a excitée ou bien que l'acuité d'esprit, souvent concentrée en un mot, excite toujours une surprise admirative, surtout dans une réponse, mais parfois aussi dans le harcèlement des attaques ; le ridicule brise aussi l'adversaire, le gêne, l'affaiblit, le terrifie, le réfute : il montre que l'orateur est cultivé, raffiné, de bon ton ; surtout, il adoucit et relâche tristesse et sévérité, et dissout par la plaisanterie et par le rire des motifs d'hostilité qu'il serait difficile d'amenuiser par l'argumentation (...) Ni la méchanceté insigne et jointe au crime, ni l'extrême misère ne se prêtent au rire. Les fripons réclament des blessures plus fortes que celles du rire ; l'on ne doit point se jouer des malheureux, à moins, par hasard, qu'ils ne se vantent ; surtout, il faut accorder beaucoup à l'attachement mutuel des hommes afin d'éviter des paroles imprudentes contre ceux qui sont aimés. » (Id)

Perfection de la nature

« Mais cette merveille incroyable que la nature a presque partout accomplie, apparaît aussi dans le langage : ce qui comporte en soi le plus d'utilité possède aussi la dignité, et même souvent le charme. C'est pour le salut et pour la conservation de tous les êtres que nous voyons le monde et l'univers ainsi constitués : un ciel sphérique, la terre au milieu, maintenue par la force et l'impulsion qui lui sont propres, la marche circulaire du soleil (...), la lune, selon qu'elle s'approche ou s'éloigne, recevant sa lumière (...). Ces êtres ont une telle vertu que le moindre changement détruirait leur cohérence, une telle beauté qu'on ne peut concevoir l'idée d'une vision plus parfaite. Reportez maintenant votre attention sur l'aspect et la figure des hommes, ou même des autres vivants. Vous trouverez qu'aucune partie du corps n'a été forgée sans quelque nécessité, et que sa beauté, dans l'ensemble, a été comme parfaite par l'art, non par le hasard. Que dire des arbres, dans lesquels le tronc, les branches, les feuilles ne servent qu'à maintenir et préserver la nature ? Nulle part, cependant, le charme n'est absent. Mais laissons la nature, voyons nos arts (...). Les colonnes soutiennent les temples et les portiques ; mais elles n'ont pas plus d'utilité que de noblesse. Le faîte illustre du Capitole, comme ceux des autres sanctuaires, a été bâti non par le charme, mais par la nécessité même. En effet, l'on avait d'abord cherché par quel moyen l'eau pourrait s'écouler des deux côtés du toit, et la noblesse du fronton a fait suite à son utilité, si bien que, même si le Capitole avait été bâti dans le ciel où il ne peut pleuvoir, il semble que, sans son fronton, la noblesse lui aurait fait défaut. Il en va de même dans toutes les parties du discours : l'utilité, la nécessité presque engendrent une certaine douceur mêlée de grâce... » ((Id)

L’éloquence parfaite unit toutes les formes de beauté

« Celui-là sera donc éloquent, répétons-le, qui pourra dire les petites choses sur un ton humble, les moyennes, sur un ton mesuré, les grandes avec gravité (...). Il n'y a aucune espèce de mérite oratoire qui ne soit dans mes discours, sinon dans sa perfection, au moins à titre d'essai et d'esquisse. Nous n'arrivons pas au but, mais nous voyons ce qui lui convient. Et nous ne parlons pas aujourd'hui de nous, mais de l'éloquence : là, nous sommes si loin d'admirer nos œuvres, nous sommes si difficiles et moroses que Démosthène lui-même ne nous satisfait pas ; pourtant il se dresse seul parmi tous dans tous les genres d'éloquence, mais il ne remplit pas toujours mes oreilles : si avide et si vaste est leur attente, qui toujours appelle quelque chose d'immense et d'infini... » (Id)

Le droit naturel

« Les hommes les plus savants ont trouvé bon de partir de la loi ; ils font bien, à mon avis, s'il est vrai, selon leur définition, que la loi est la raison suprême, inscrite dans la nature, qui ordonne ce qui doit être fait et interdit le contraire. Cette même raison, lorsque dans l'esprit humain elle a reçu affermissement et perfection, est la loi. C'est pourquoi ils pensent qu'elle est constituée par la prudence. (...) Mais puisque tout notre discours traite un sujet qui intéresse le peuple, il sera parfois nécessaire de s'exprimer de façon populaire et d'appeler loi le texte écrit qui fixe ce qu'il veut par une prescription ou une interdiction. Cependant, pour fonder le droit, nous partirons de cette loi suprême qui est née de tous temps, avant la constitution de la loi écrite, ou même des cités » (Des lois)

Cicéron consul

Un consul populaire

« J’ai déclaré dans le sénat que je me comporterais en consul populaire. Quoi de plus populaire que la paix dont semblent se réjouir non seulement les êtres animés, mais nos maisons et nos champs ? Quoi d’aussi populaire que la liberté ? Non seulement les hommes, mais les animaux eux-mêmes la préfèrent à tout. Quoi de plus populaire que le repos ? Il est si favorable qu’après nos ancêtres, après les hommes les plus courageux, vous avez estimé devoir affronter les plus grandes peines pour jouir enfin du repos – surtout s’il s’y joint le pouvoir et la dignité (…). Comment donc, citoyens, pourrais-je n’être pas populaire, quand je vois tous ces biens, la paix, à l’extérieur, la liberté, privilège de votre nom et de votre race, le repos à l’intérieur, enfin tout ce qui vous est précieux et cher, mis sous la sauvegarde et pour ainsi dire le patronage de mon consulat ? Car vous ne devez pas considérer comme populaire ni même utile cette largesse déjà annoncée, qu’on peut bien faire miroiter en paroles, mais qui est irréalisable à moins de ruiner les caisses publiques ; en vérité, on ne peut considérer comme populaires le bouleversement des tribunaux, l’impuissance de la justice, la restitution de biens des condamnés… » (Discours au peuple sur la loi agraire)

« Il faut respecter tous les hommes, les nobles et les autres. » (Cicéron)

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 07:14

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (3)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Reste une énigme non encore élucidée :
Pourquoi un tel attachement du Roi-Soleil à l’Afrique noire et à ses peuples, durant tout un règne ?
Pourquoi une telle amitié avec des souverains africains pendant si longtemps ?

Quel était son objectif ou ses ambitions sur le continent africain ?
S’arroger le monopole du juteux commerce des esclaves en boutant hors d’Afrique ses principaux adversaires européens qu’étaient les Hollandais et les Anglais ?
Et comme le lui suggérait son fidèle ministre Jean-Baptiste Colbert, attaquer ces concurrents et ennemis là où ils puisent l’essentiel de leurs forces économiques et militaires ?
Et pour atteindre ces buts, entrer dans la bonne grâce des rois africains en les comblant de présents et d’amabilités ?

Les hypothèses ne manquent pas, autant pendant le règne de Louis XIV que de nos jours.

Alors, pourquoi l’Afrique, pourquoi tant de sollicitude pour des rois africains qu’il n’a jamais rencontrés (excepté l’accueil des enfants de certains d’entre eux à la Cour du Roi ; l’exemple le plus marquant étant le séjour d’Aniaba dont Louis XIV assura l’éducation puis la formation militaire, et duquel il fit son filleul en lui donnant son nom (Louis, Louis Aniaba), avant de le faire baptiser par Bossuet, en grande pompe, et le nommer à la tête du régiment de Picardie).
Toute cette « amitié » à l’égard des souverains africains était-elle motivée (comme certains ont pu le penser) par le besoin d’esclaves (main-d’œuvre  servile) pour la mise en valeur des colonies françaises d’Amérique ?

Car Louis XIV avait à cœur, inspiré en cela par Colbert, d’interdire le commerce d’esclaves africains, à ses principaux rivaux, en tout premier lieu, à son ennemi le plus constant et le plus dangereux : les Hollandais ?
Le roi fut en effet, persuadé par Colbert que les Hollandais puisaient l’essentiel de leurs forces militaires et de leurs richesses, du commerce de traite des Noirs d’Afrique.

Tâche difficile mais à laquelle s’attela le roi.
Il commença par interdire l’approvisionnement en esclaves des colonies françaises, au grand dam des planteurs  nationaux des Antilles qui profitaient depuis toujours du dynamisme des marchands hollandais pour se pourvoir en main-d’œuvre noire à bon marché, évitant ainsi les aléas de ce commerce, les périodes de pénurie, de même que les multiples dangers de la longue traversée de l’Afrique  aux Antilles. Les Hollandais étaient réputés maîtres dans ce trafic, à la fois sur le continent africain, et dans  l’art de la traversée des mers sans  trop d’encombres.

Dans ce dessein, afin de parvenir à ses fins, Louis XIV mit sur pied une « Police des Mers », chargée d’arraisonner tous les navires étrangers transportant des esclaves vers les Antilles. La cargaison d’esclaves était déclarée de « bonne prise ». Les esclaves « libérés » étaient pris en charge et acheminés vers leur foyer en Afrique, aux soins et avec la bénédiction du roi de France.

Mais surtout, après le triomphe de l’armée de Louis XIV contre ses adversaires, Portugais, Hollandais et Anglais,sur le continent, pour les Africains, naturellement, le roi de France méritait plus que quiconque le titre de « plus Grand Empereur de l’Univers ».

Les présents réguliers provenant du Roi-Soleil, et acheminés par des émissaires, envoyés spéciaux du roi de France vers leurs destinataires africains, ses homologues, achevaient de consolider l’image du Grand Roi sur le continent et de faciliter le commerce d’esclaves à son profit.

Pour les Africains, l’excellence des armes françaises ne souffrait aucun doute, de même que la qualité et le goût des marchandises françaises de traite dont raffolaient les rois et dignitaires africains de la Côte, en particulier l’eau-de-vie en provenance de France, jugée par eux la meilleure au monde, même si, par ailleurs, les Français étaient jugés piètres commerçants par leurs partenaires africains (en comparaison des Hollandais et des Anglais). Pendant toute la période, l’eau de vie française a bénéficié d’une réputation d’excellence  (entretenue par  l’État français), ce qui fit le bonheur des viticulteurs bordelais, entre autres.

Mais, justifier l’intérêt pour l’Afrique, que Louis XIV manifesta tout son règne durant, par la seule volonté de se procurer des esclaves, n’est-il pas réducteur et quelque peu prosaïque ?

Pour au moins deux raisons :
D’abord parce que ce ne fut pas Louis XIV qui ouvrit la France à ce commerce, même s’il l’érigea en service d’État à partir de 1671. C’est bien Louis XIII qui, après avoir résisté longtemps à la demande des marchands français finit par se résoudre à accepter l’entrée de la France dans le commerce triangulaire longtemps après les Anglais, Hollandais et surtout Portugais.

L’argument par lequel les marchands français « convertirent » Louis XIII était que ce commerce était l’unique moyen de soustraire ces malheureux esclaves à un sort encore plus cruel : celui d’être « massacrés par leurs rois » ou condamnés à un sort encore moins enviable.
Mais, qu’au contraire, en les « transplantant dans les colonies françaises », non seulement on leur permettait d’échapper à un sort funeste, mais qu’on assurait par ce moyen la richesse de la France (grâce à celle de ses colonies d’Amérique) et surtout, en baptisant ces malheureux dans la foi chrétienne, on assurait le salut de leur âme dans l’au-delà. Louis XIII fut convaincu. Il autorisa les marchands et marins français à participer, à leur tour, à la traite des esclaves africains (au commerce triangulaire).

Autre raison de l’attachement de Louis XIV au continent africain, selon des sources d’archives, et des témoignages, il aimait affirmer qu’il avait « toujours eu de l’estime et du respect pour les peuples d’Afrique » (voir Mémoires de Louis XIV).

Un autre aspect caractéristique du règne de Louis XIV : le refus de l’introduction d’esclaves en France. Tout esclave « foulant le sol de France, est déclaré immédiatement libre », car « la France est le pays des Francs », conformément à l’édit de Louis X le Hutin (roi de France de 1314 à 1356).
Louis XIV se conforma scrupuleusement à cette doctrine tout le long de son règne. Il fit aussi libérer plus d’une fois, les esclaves noirs au service de riches planteurs français des Antilles, de retour au pays pour les vacances ou pour affaires.

Note : Il est bon de préciser que les gains tirés de ce commerce d’esclaves n’allaient pas dans les caisses du roi mais dans celles des Compagnies et de leurs actionnaires, puis dans celles des marchands particuliers qui ont insisté auprès du roi pour que le commerce des esclaves soit ouvert à tous. Ils obtinrent gain de cause vers la fin du règne de Louis XIV. En revanche, l’État prélevait des taxes, et sur les gains de Compagnies, et sur les activités des marchands privés engagés individuellement dans ce trafic.

Roi d'Ardres (actuel Bénin)

« Comme l'a si bien montré Véronika Gorog-Karady, l'ensemble de ces croyances peut se ramener à trois thèmes principaux :

- le Blanc : divinité aquatique ;

- le Blanc : revenant (métamorphose des morts) ;

- le Blanc : source de richesse matérielles inépuisables.

 

A ces thèmes, on peut ajouter celui du diable.

Le premier thème (le Blanc, divinité aquatique) est celui qui lie la nature du Blanc aux forces surnaturelles. Cette nature prend ainsi des  aspects fort variés et, en général, pour les peuples côtiers, le Blanc est d'abord une divinité aquatique, qui, le plus souvent vient de l'eau de mer, à moins qu'elle ne sorte d'un fleuve. Ce "génie des eaux" peut être bienfaisant ou maléfique. Il est de tradition chez la plupart des peuples côtiers de rendre un culte aux divinités aquatiques. Ainsi, pour les peuples de Juda, la mer est la deuxième des principales divinités après le serpent, et tout ce qui vient de la mer est chargé de symboles divins. Le caractère étrange des navires à bord desquels arrivèrent les premiers Européens ajoute au mystère de leur être et explique la crainte, voire parfois la terreur, qu'ils inspirèrent aux autochtones. Aussi, pour la plupart d'entre eux, la première réaction a-t-elle été la fuite, car le Blanc, qu'il soit dieu, messager de dieu, porteur de bien-être ou diable dispensateur de maléfices, reste un être entouré de mystère parce que au-dessus de la norme, donc supérieur en bien ou en mal. »

« L'auteur anonyme du 18e siècle, déjà cité, présente en ces termes les rapports entre les Français et les Africains sur la côte du Bénin, dans un chapitre intitulé "Royaume du Bénin 1702" :
"Sans aimer les Européens, ils sont forcés de les regarder comme supérieurs à eux par leurs découvertes, leurs arts et leurs connaissances. Lire et écrire sont pour eux une merveille qu'ils ne peuvent imiter et que leurs dieux leur ont refusée."
 

La croyance des Africains de ce pays qui attribue aux Européens la richesse intellectuelle, celle du savoir, et aux autochtones la richesse matérielle trouve son fondement dans la légende suivante, rapportée par le même auteur et à travers laquelle il apparaît que, d'une certaine manière, le regard porté sur le Blanc se réfléchit sur le Noir lui-même.

" Ils disent à ce sujet que, lorsque le grand Être, dont ils ont une idée confuse, eut créé le monde, il fit des hommes noirs et des hommes blancs. Les premiers étaient ses créatures favorites, les objets de sa complaisance ; il les fit venir devant lui et leur dit : « Mes enfants chéris, je veux vous rendre heureux, mais il faut que vous le méritiez. Parmi les biens que je puis vous accorder, il y en a de deux espèces, choisissez entre les richesses et les connaissances : voilà de l'or d’un côté, voilà de l'autre le talent de lire et d'écrire. Les Nègres avides se jetèrent sur l'or qui frappait leurs yeux. les Blancs, plus curieux, considérèrent le livre et la plume. Dieu fut fâché que ses créatures favorites eussent fait un si mauvais choix. Il voulut les punir, et les condamna à être les esclaves des Blancs."

 

Et l'auteur ajouta : "D'après cette tradition, ils sont fermement persuadés qu'il n'y a que l'or dans leur pays, et qu'aucun Nègre ne saura jamais lire ni écrire. Ils ont cependant quelques exemples du contraire."

 

Une autre version de ce thème est rapportée par Labat, d'après des confidences d'Africains :

"Des trois enfants de Noé, l'un était blanc, l'autre basané, et le troisième noir ; leurs femmes étaient de la couleur de leurs maris. Noé étant mort, ses trois enfants s'assemblèrent pour faire le partage des biens qu'il avait laissés. Ces biens consistaient en or, argent, pierreries, ivoire, toiles, étoffes, pagnes, chevaux, chameaux, bœufs, moutons et autres bestiaux.  Il y avait aussi des armes, des meubles, des grains, du tabac, des pipes et autres choses semblables. On mit en ordre toutes ces choses, et l'on remit le partage au lendemain, parce qu'il était trop tard ce jour-là. Les trois frères soupèrent ensemble et de bonne amitié, burent et fumèrent, et se couchèrent ; mais ils ne dormirent pas tous également. Le blanc, qui était bien plus vigilant que les deux autres, se leva doucement et, prenant tout ce qu'il y avait de meilleur, comme l'or, l'argent, les pierreries, l'ivoire et les meules les plus précieux, les chargea sur les meilleurs chevaux et s'enfuit au pays où l'on voit encore aujourd'hui que les Blancs sont établis.

Le maure, s'étant éveillé quelque temps après le départ de son frère blanc, et ne le trouvant plus, ni les meilleurs effets de leur commune concession, se hâta de s'emparer des chameaux, des chevaux, des bœufs, des tapis et autres meules qu'il put charger sur ces animaux, et se retira dans le pays où il avait résolu de fixer sa demeure.

Le nègre, comme le plus paresseux, ne s'éveilla que le dernier, et fort tard, et il fut bien étonné de ne plus voir ses frères et de trouver la maison vide, à exception de quelques pagnes, de quelques pipes, du tabac, du miel et du coton que ses frères avaient méprisés. Il vit bien qu'il était dupé et qu'il lui serait impossible de se faire rendre raison par ses frères, quand même il saurait l'endroit où ils s'étaient retirés.

Dans ces pensées affligeantes, il se mit à fumer et à penser à ce qu'il lui convenait de faire dans la situation où il se trouvait. Il crut que le meilleur parti qu'il pouvait prendre était d'attendre avec patience que les occasions se présentassent d'user de représailles et de s'emparer de tout ce qui pouvait tomber sous ses mains, en échange des biens que ses frères lui avaient enlevés ; c'est ce qu'il pratiqua exactement tant qu'il vécut et que ses enfants et leurs descendants pratiquent encore aujourd'hui."

 

Et Labat d'ajouter :

"Cette histoire sert merveilleusement bien selon eux [les Noirs] à excuser l'inclination que tous les nègres ont au larcin, et même le justifier quand on les prend sur le fait. "

 

Cette croyance en la supériorité technique du Blanc ira se renforçant au fil du siècle, se doublant de la croyance en sa science. Ce dernier aspect est attesté par Dominique Lamiral, voyageur français qui séjourna au Sénégal de 1779 à 1789 :

"La confiance qu'ils ont dans la science des blancs les porte à croire que ces derniers possèdent des remèdes assez puissants pour ranimer les vieillards, et rétablir l'équilibre entre leurs forces et leurs désirs. Plusieurs d'entre eux se plaignirent à Lamiral de l'inégalité qu'ils trouvaient entre les premières et les derniers et lui promirent de l'or et des esclaves s'ils parvenaient à la faire cesser. Notre voyageur les laissa dans cette croyance, et leur fit présent de quelques drogues aphrodisiaques, qui n'eurent qu'une faible influence sur eux quoiqu'elles eussent suffi pour tuer dix blancs. " (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà cité).

Pour en savoir plus voir Tidiane Diakité, Louis XIV et l'Afrique noire, Arléa. Prix de l'Académie des Sciences d'Outre-mer ,2013

 

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