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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 09:38

UNE LANGUE POUR L’UNION SACRÉE

Petite anthologie du « français-tirailleur »

 

 Demba et Dupont

Taillé sur mesure

La Première Guerre mondiale fut l’occasion pour les Français de voir affluer en France une masse d’Africains, 170891, originaires d’Afrique occidentale française (AOF), recrutés sur place et incorporés dans l’armée française. L’immense majorité de ces soldats était analphabète, beaucoup venant directement de leur village de brousse qu’ils n’avaient jamais quitté.

Recrutement au village
Recrutement au village

...

Arrivés en France, de 1914 à 1918, il a fallu, avant de les envoyer au front, leur inculquer un minimum de français, afin qu’ils puissent ensuite se fondre dans l’armée, comprendre les ordres et consignes, et communiquer avec leurs camarades métropolitains. Une langue fut hâtivement créée à cette fin : le « français-tirailleur », plus tard appelé le « français-petit nègre » qui, popularisé par les tirailleurs de retour, connaîtra un énorme succès en Afrique, en influençant (aujourd’hui encore) le français parlé par beaucoup d’autochtones.

UNE LANGUE POUR L’UNION SACRÉE

...

Une grammaire exotique

Le français-tirailleur fut forgé à partir de quelques langues parlées en AOF, tout particulièrement le bambara appartenant au groupe malinké, majoritairement parlé au Mali.

Le manuel rédigé qui fut le premier support de ce français spécial, est un modèle du genre, riche de signification. Son auteur décréta d’autorité que l’article n’existe pas dans les langues parlées en AOF, que le genre est toujours masculin. Ainsi, une jument devient « un cheval-femme ».

La formule magique « y en a » doit toujours remplacer le verbe être : « tirailleur y en a bon, lui toujours obéir ».

« y en a » doit aussi remplacer le verbe avoir ainsi que les démonstratifs : « Moi y en a gagner cheval ».

Les possessifs, « sa », « notre », se substituent à « pour lui », « pour nous ».

Les verbes sont toujours conjugués à l’infinitif, parfois précédés d’une indication de temps, ce qui donne : « Encore trois jours, toi partir ».

Le féminin n’existe pas, ma tête devient « mon tête ».

Quant au pluriel, il valait mieux l’éviter, ou l’exprimer par le singulier précédé de « beaucoup », ou de « trop », prononcé « tro-pe », auquel on pouvait éventuellement ajouter le nombre, ainsi : « ça y en a moutons trois ».

 

C’est ce manuel qui servit de moyen d’apprentissage du français pour les soldats africains, français également appris avant d’être enseigné par des sous-officiers ou « maîtres de langue » métropolitains.

 

Cet enseignement fut lui aussi spécifique, indépendamment de la spécificité linguistique. Les leçons étaient des leçons à thèmes, axées sur la guerre, une véritable idéologie destinée à donner aux soldats africains l’image et l’idée qu’on souhaitait qu’ils retiennent et qui puissent modeler leur vision de cette guerre et de ses protagonistes, déterminer leur action.

 

Leçon 89 :

La France, pays de paix et de liberté, injustement attaquée

Tout le monde y en a content, aimer France, parce que France y en a pays bon,

Parce que France y en a courage beaucoup,

Parce que France y en a lutter contre Allemagne,

Y en a empêcher lui faire le monde esclaves,

Comme ça, monde y en a rester libre.

France seulement y en a lutter Allemagne commencement guerre,

France y en a perdu beaucoup soldats,

Y en a perdu beaucoup tirailleurs,

Mais y en a content quand même,

Parce qu’y en a donné liberté à tous,

Y en a donné liberté au Sénégal, [Sénégal : ici terme générique désignant l’AOF]

Y en a donné liberté Belgique, et tout le monde,

Aussi tout le monde y en a content lui.

Leçon 69 :

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle voulu la guerre ?

Allemagne y en a vouloir vaincre France,

Lui y en a travailler, y en a rien dire,

Y en a faire beaucoup canons,

Y en a faire beaucoup mitrailleuses,

Y en a faire tout ça avant guerre,

Parce que y en a vouloir manger France,

Y en a vouloir manger Sénégal [=Afrique]

Parce que Sénégal y en a France [=l’Afrique c’est la France]

Lui y en a vouloir faire tout ça esclaves pour lui,

Mais y en a travailler, y en a rien dire.

France, lui, y en a pas vouloir guerre,

Parce que France y en a pas vouloir faire canons comme Allemagne avant guerre.

Parce que France y en a bon beaucoup.

Alors, quand Allemagne y en a prêt complet,

Y en a envoyer soldats contre France,

Y en a déclarer guerre à France.

Revue de troupes noires

Leçon 70 :

Les buts de guerre de l’Allemagne

Toujours Allemagne y en a beaucoup orgueilleux, lui y en a jaloux.

Parce que France, Angleterre et pays alliés,

Y en a riche beaucoup,

Y en a colonies beaucoup.

Lui, y en a colonie un peu seulement,

Mais y en a orgueilleux,

Y en a vouloir être plus fort que tous,

Y en a vouloir être maître du monde entier,

Alors, lui, y en a préparer pendant 40 ans,

Y en a faire la guerre quand y en a prêt, complet,

Pour faire esclaves blancs et noirs, beaucoup.

Alors, tout le monde y en a lever contre lui,

Tout le monde y en a venir France pour faire bataille ;

Maintenant, y en a pas content pour ça,

Mais y en a trop tard,

Alliés y en a vouloir écraser Allemagne,

Comme ça paix y a toujours dans monde.

Si brigand y en a jeter contre ton case,

Toi, y en a faire quoi ?

Y en a appeler camarades et tout le monde y en a punir brigand.

1918, défilé de la victoire
1918, défilé de la victoire

...

Leçon 100 :

Quels avantages pour l’Afrique ?

Les leçons d’une guerre

Beaucoup tirailleurs y en a gagné citations,

Beaucoup y en a gagné Croix de Guerre,

Mais, y en a pas moyen écrire tout ici,

Parce que y en a beaucoup trop ;

Français, beaucoup aussi y en a gagner.

Français et Sénégalais [Africains] y en a bons soldats.

Y en a maintenant même chose frères,

Y en a fait bataillon ensemble,

Y en a blesser ensemble,

Sang sénégalais [Africains] y en mélangé sang français souvent.

France y en a oublier jamais ça.

Après victoire, France y en a content aider Sénégal,

Pour que Sénégal y en a être bien et heureux.

Interrogatoire

Ces leçons et cette pédagogie de la guerre ont-elles atteint leur objectif ?

Mieux qu’un discours, le loyalisme des combattants africains et leur adhésion sans réserve à la cause de la « mère-Patrie » ne s’illustrent-ils pas tout entier dans ce dialogue étonnant entre un officier allemand et un soldat africain capturé par l’ennemi avec d’autres soldats français, au cours d’un interrogatoire on ne peut plus orienté :

Toi, pas Français, toi nègre, pourquoi te battre ?

Madame la France, y en a même chose bon maman, y en a z’enfants blancs, y en a z’enfants noirs, y en a tout lé z’enfants défendre maman !

 

Madame la France
Madame la France

...

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:14

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

Des auxiliaires de la colonisation ou des nuisances pour l’image de la métropole ?

La présence de femmes françaises blanches dans les colonies d’Afrique fut l’objet d’un vif débat en France et aux colonies, du début à la fin de la colonisation.

Fallait-il admettre des Françaises dans les colonies tropicales d’Afrique, qu’il s’agisse de femmes seules ou d’épouses accompagnant leur conjoint agent de l’administration coloniale, ou opérant dans le privé : commerçant, exploitant forestier…

Dès le début de la colonisation au XIXe siècle et pour longtemps, l’accès aux colonies d’Afrique subsaharienne fut fermé aux femmes célibataires ou seules, ou sévèrement règlementé, tout comme aux hommes pauvres, non employés par l’administration, et ne justifiant pas d’un niveau de ressources jugé décent.

Les sœurs des missions (catholiques ou protestantes), celles des congrégations qui fondaient des écoles, des dispensaires ou des centres sociaux d’éducation de jeunes filles africaines, échappent à ce débat.

La question ne fut jamais véritablement tranchée et il y avait autant d’arguments favorables à cette présence (hormis celle de femmes célibataires) que d’arguments défavorables, marquant une opposition parfois farouche.

Il y eut, de la part de l’État, quelques textes, certes, mais sans réelle portée ni volonté semble-t-il, comme si les gouvernements successifs qui ont eu à se pencher sur cette question éprouvaient quelques difficultés à statuer en la matière.

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

...

L’impératif démographique

La question démographique se posait à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en France, les gouvernants y étaient sans doute sensibles. En ces temps d’incertitude en Europe, la question était loin d’être secondaire, et le taux de natalité, dans des pays comme l’Allemagne, était regardé de près (la ligne bleue des Vosges oblige !) ; on comprend dès lors qu’en France, on se soucie du taux de natalité par rapport à celui des principales puissances du moment. La question lancinante posée était la suivante :

« La femme qui quitte la France pour aller vivre en pays tropical n’est-elle pas perdue pour la reproduction de la race française et de la race blanche ? »

 

Les services parfois reconnus qu’elle était susceptible de rendre à la France et aux autochtones, par sa présence aux colonies, pouvaient-ils compenser la perte d’enfants qu’elle aurait pu mettre au monde si elle était restée en métropole ?

 

Pour beaucoup, là résidait l’essentiel de l’argumentation en défaveur du départ des Françaises pour les colonies tropicales d’Afrique, la question ne se posant pas pour les colonies de peuplement d’Afrique du Nord, l’Algérie en particulier.

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

...

Aspect social

 

Les Françaises aux colonies rendaient d’éminents services à un double niveau.

 

      Vie privée

Tout d’abord, leur influence bienfaitrice sur leur époux était reconnue et appréciée en haut lieu comme au sein des partis dits coloniaux. Ainsi, la Française jouait de fait un rôle modérateur sur la conduite de son mari, sur lequel elle avait le plus souvent une réelle influence morale consistant généralement à le rappeler à une certaine tempérance par rapport à la consommation d’alcool ; en effet, pour certains, l’alcool était considéré comme un antidote facile contre les rigueurs du climat.

« Elle l’empêche presque toujours de sombrer dans l’alcoolisme ou dans l’opiomanie, comme il arrive à trop d’hommes sans foyer ; elle l’empêche surtout de contracter ces lamentables unions avec des femmes indigènes qui constituent, si elles se prolongent, une vraie déchéance morale… » lit-on dans un rapport d’inspection coloniale en Afrique française au tout début du XXe siècle.

 

L’inspecteur appartenait à un corps spécifique parmi le personnel de la colonisation et avait un rôle important.

Résidant en métropole, il se rendait régulièrement  en mission dans les colonies où il remplaçait de fait le ministre de tutelle qui, lui, ne se déplaçait pas. L’inspecteur colonial disposait d’un pouvoir d’investigation sans limite, mais non d’un pouvoir décisionnel. À l’issue de sa tournée, il présentait un rapport destiné au ministre des Colonies et aussi au Parlement (via le ministre), et donnait son avis sur une série de questions si on le lui demandait.

Éducatrice universelle

« La femme possédant quelques qualités qui, Dieu merci, ne sont point rares en France, jouera, en accompagnant son mari, un rôle salutaire, tant dans le modeste cadre de son intérieur que dans les milieux européens et indigènes qu’elle fréquentera, si bien que son influence ne tardera pas à avoir une répercussion sur l’atmosphère de la colonie tout entière. »

De fait, l’influence modératrice exercée par l’épouse sur son mari allait au-delà de la stricte sphère conjugale ou familiale, en agissant sur les méthodes de gouvernement de la colonie en son entier.

C’est le tempérament même de la femme —pensait-on alors— qui l’amène à influer instinctivement et positivement sur l’action des responsables de l’administration coloniale, et sur leurs rapports avec leurs sujets coloniaux.

 

      Vie publique

Ainsi, peut-on lire à ce sujet :

« Ayant presque toujours horreur de la violence, la femme empêche, par sa simple présence, bien des actes de brutalité ; elle inspire une modération et une réserve dont on ne se seraient pas départis, s’ils avaient eu son influence, les malheureux déséquilibrés qui créèrent jadis, par leurs excès, la néfaste légende des "tortionnaires coloniaux". »

 

L’action de la femme n’est pas seulement positive par les abus qu’elle empêche ; elle l’est également si l’Européen déraciné prend conscience qu’elle remplit une fonction sociale véritable vis-à-vis des indigènes, dans la mesure où elle sait s’employer intelligemment à « l’œuvre d’apprivoisement, qui est un des grands objectifs de la politique coloniale ».

 

En se faisant éducatrice, et des Européens, et des Africains, « sans affectation, elle exerce sur les indigènes de son entourage, une influence souvent plus efficace que celle de bien des administrateurs et bien des instituteurs. »

 

Mais, même utile aux colonies, la présence de la Française y est toujours soumise à cette question essentielle :

« La femme blanche peut-elle conserver sa santé sous les tropiques, et peut-elle y procréer et y élever ses enfants ? »

 

L’envers du décor

Une deuxième catégorie de femmes (d’épouses) vivant dans les colonies françaises d’Afrique, donne lieu à un autre tableau aux couleurs sans doute moins vives. On tombe du grenier à la cave.

Elles sont généralement qualifiées de « femmes légères » ou de « dévergondées », et semblent avoir posé quelques problèmes à l’administration coloniale. Les rapports ne sont pas particulièrement tendres à leur égard.

« Celles qui, incapables d’adaptation, et qui considèrent les indigènes avec mépris… ou avec trop d’amour, constituent un fléau qu’il ne faut en aucune façon tolérer dans les colonies… car, elles détruisent sûrement l’indispensable prestige de l’homme blanc sur l’homme de couleur. »

 

Ces deux types extrêmes de femmes aux colonies, « la femme apôtre, ayant l’âme d’un Livingstone, comme la femme médecin ou infirmière, dont l’action est si précieuse en Afrique du Nord, et, à l’autre bout de l’échelle morale, la femme vaine ou stupide qui, même sans être complètement dévergondée, s’exhibera, dévêtue, devant ses domestiques, sous prétexte qu’ "un Noir n’est pas un homme" ou au contraire, prendra plaisir à déchaîner parmi eux des passions déplorables et dangereuses ».

 

Ces deux catégories de femmes, l’éducatrice des hommes et la fantasque défrayant la chronique, ont rempli, en plus des rapports officiels, une partie de la littérature coloniale, de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle.

 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 09:41

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AUX ORIGINES DE L’ABSOLUTISME EN FRANCE  

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Colbert, une volonté et une vision pour l’État et le roi

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gif anime puces 025La grandeur et la puissance de l’État.

Pour la gloire du roi

 

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Colbert (1619-1683)

 

Commis de banque passé au service de Mazarin qui en fit l’intendant de sa fortune personnelle, et l’utilisa pendant la Fronde comme intermédiaire entre la régente Anne d’Autriche et lui-même lorsqu’il se trouvait en exil, Colbert deviendra un des principaux piliers du règne de Louis XIV.

Peu avant sa mort, Mazarin le recommanda à ce dernier, auquel Colbert s’imposa très vite par l’étendue de ses compétences, sa force de travail et son acharnement à mener à bien tout ce qu’il croit bon pour la prospérité du royaume, la puissance de l’État et la gloire du roi. Sincèrement dévoué au roi et à l’État, il met à leur service son intelligence claire et méthodique, sa puissance de travail.

Si Louis XIV ne voulut pas de Premier ministre, de peur qu’il lui fasse de l’ombre, Colbert remplit amplement cette fonction sans le titre, en cumulant plusieurs charges importantes.

Devenu Contrôleur général des Finances après l’éviction de Fouquet, il cumula cette fonction avec deux secrétariats d’État dont celui de la Marine. Il fut ainsi, quinze ans durant, chargé de l’essentiel de la politique intérieure de la France.

 

Blason_Colbert-png

Blason de la famille Colbert

 

gif anime puces 025Le 3e grand artisan du centralisme et de l’absolutisme

 

Colbert parachève l’œuvre de Richelieu et de Mazarin, mène à la perfection la centralisation de l’État et l’affirmation de la toute puissance du roi. Louis XIV en sera la parfaite incarnation.

L’objectif prioritaire du ministre, auquel tout doit être subordonné, c’est bien la richesse et la puissance de l’État, condition de la grandeur et de la gloire du roi.

Élever le royaume de France au-dessus de tous les autres royaumes, passe par l’abaissement des autres royaumes d’Europe. Pour Colbert, l’augmentation de la puissance en argent, plus précisément en or, est l’unique moyen de parvenir à la prospérité et à la grandeur de l’État et d’assurer la gloire du roi.

Ces objectifs ambitieux nécessitent à la fois obéissance et soumission au roi, à l’intérieur et à l’extérieur, une guerre sans relâche contre les royaumes concurrents.

 

 

Grenadier-sous-Louis-XIV.jpg

Grenadier sous Louis XIV

 

gif anime puces 025La gloire par les armes

 

Pendant les 54 années de règne personnel de Louis XIV, la France connaît 29 années de guerre sans répit ! C’est que le roi aime la guerre et est avide de victoires, et pour Colbert, la guerre est un moyen de gagner des marchés, de conquérir des territoires, d’accumuler de l’or tout en affaiblissant les autres. Il invente ainsi une nouvelle forme de guerre : la guerre économique. La marine, dont Richelieu posa les fondements, inexistante sous Mazarin, prend une importance majeure sous l’impulsion de Colbert qui en fait un outil essentiel de conquête, de diplomatie et de commerce.

Il initie une politique coloniale active et agressive, appuyée sur la marine.

Les principaux ennemis de la France sont alors les Hollandais et les Anglais, puissances commerçantes et maritimes, par conséquent, ennemies naturelles, chacune d’elles prétendant exercer la suprématie économique et commerciale en Europe et dans le monde.

C’est notamment sous l’impulsion de Colbert que la France s’engagea pleinement dans le commerce d’esclaves noirs sur les côtes d’Afrique, trafic qu’il qualifiait de « commerce le plus avantageux de tous ». Il amena ainsi le roi à l’élever au rang de « service d’Etat » dès 1670 ; autre motif de confrontation longue et âpre avec les Hollandais et les Anglais, chacune des trois nations voulant s’assurer le monopole de ce commerce.


gif anime puces 543À l’intérieur : l’objectif de Colbert est atteint : le règne de Louis XIV voit l’apogée de l’absolutisme de droit divin.

 

Le-roi--lieutenant-de-Dieu-sur-terre.jpg

Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture sainte, paru en 1709.

Le roi, lieutenant de Dieu sur terre

 

gif anime puces 025Le triomphe de l’absolutisme.

La monarchie de droit divin.

 

Le-Roi-Soleil.jpg

Le Roi-Soleil

 

gif anime puces 543À l’extérieur : l’armée de Louis XIV, la plus nombreuse d’Europe (230 000 hommes en 1667 et 630 000 en 1714) et la plus puissante sur terre, en impose.

Cette puissance de feu permet à Louis XIV d’annexer des territoires, parmi lesquels l’Artois, l’Alsace, la Franche-Comté, le Roussillon… et d’agrandir ainsi le royaume.

 

gif anime puces 025Le coût social de l’absolutisme

 

Le poids des guerres, le faste royal, la politique de prestige, pèsent lourdement sur la vie du peuple, tout particulièrement sur les paysans soumis à des impôts de plus en plus lourds. Des jacqueries éclatent, vite écrasées par la puissance de l’État.

La masse des paysans sombre dans une affreuse misère. Beaucoup de fermiers sont hors d’état de payer leurs loyers. Quant aux manouvriers, ils sont décimés à chaque disette.

 

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La misère des paysans

 

gif anime puces 025Racines lointaines de l’embrasement révolutionnaire

 

Il est communément admis que les principaux théoriciens de la Révolution de 1789 furent les philosophes du XVIIIe siècle : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot…

Leurs idées et leur vision de la société ainsi que du mode de gouvernement seront les armes dont se serviront les révolutionnaires de 1789, au nom de la justice, de l’égalité, et des droits. Certes.

Cependant, plus d’un siècle avant, furent incontestablement semés les germes du mouvement révolutionnaire.

Faut-il à cet égard rappeler les revendications de l’aristocratie parlementaire de janvier 1647, puis de mars 1648, « pour servir le public et le particulier, et réformer les abus de l’État ». Dans 27 propositions adressées au roi, les parlementaires prétendaient donner une Constitution au pays et proposaient que « les impôts ne puissent plus être légalement perçus que s’ils ont été discutés et enregistrés, avec la liberté de suffrage par le Parlement de Paris ».

En outre, ils réclamaient « des garanties sérieuses en faveur de la liberté individuelle, la suppression des lettres de cachet… que toute personne arrêtée par ordre du roi soit interrogée dans les 24 heures ou relâchée… ».

Toutes doléances qui rappellent singulièrement celles contenues dans les cahiers de doléances rédigés en 1788-1789 par le peuple, principalement le tiers état, à la demande de Louis XVI.

Pour Richelieu, le peuple est comparable au mulet : plus il est chargé, plus il est docile et se tient tranquille, donc facile à manier. Autrement dit, plus le peuple est chargé d’impôts, plus il se soumet et se tait.

Cependant, quand la charge devient trop lourde à porter, il arrive que le mulet s’arrête, n’avance plus, ou plutôt cherche à renverser la charge qui l’accable.

Or, de Richelieu à Mazarin et à Colbert, le nombre considérable d’impôts, leur lourdeur et l’injustice qui les caractérisa, furent une constante.

« À bas les impiots ! » proclament les paysans du tiers état dans leurs cahiers de doléances.

 

Quant à Colbert, le dernier artisan de l’avènement de la monarchie absolue en France, la puissance de l’État et la gloire du roi avaient aussi d’autres dimensions que le fracas des armes et la loi du marché. Pour lui comme pour ses devanciers, Richelieu et Mazarin, l’essor des Arts et des Lettres, la vitalité culturelle, étaient aussi partie constitutive de la puissance, du rayonnement de la nation et, comme tels, participaient à la gloire du souverain. Aussi porta-t-il une attention particulière à l’essor culturel de la France.

 

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gif anime puces 025L’impulsion culturelle

 

Ainsi Colbert, ce travailleur acharné et méthodique, puisa dans l’art et les lettres, en parfaite complicité avec Louis XIV, l’inspiration d’une œuvre culturelle impressionnante dont suivent quelques éléments.

fleche 026l’Académie des inscriptions.

fleche 026l’Observatoire de Paris.

fleche 026la réorganisation du Jardin des Plantes.

fleche 026les Beaux-arts.

fleche 026La restauration de l’Académie de peinture.

fleche 026la création de l’Académie d’architecture et de musique.

fleche 026l’Académie de France à Rome.

fleche 026La création du cabinet des médailles…

 

Il n’est guère de grandes institutions culturelles, littéraires, artistiques, où l’on ne retrouve trace de son action ou son inspiration. En cela, il rejoint ses devanciers, Richelieu et Mazarin.

 

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Tombeau de Colbert

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 09:14

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AUX ORIGINES DE L’ABSOLUTISME EN FRANCE  

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L’État chevillé au corps : deux pionniers du centralisme de l’État français : Richelieu et Mazarin  

 

Mazarin

Le cardinal Mazarin (1602-1661)

 

gif anime puces 025Le favori de la reine. Un Premier ministre souple et zélé

 

À la mort de Louis XIII, son fils, le futur Louis XIV, a moins de 5 ans. Le testament du défunt roi confie la régence à la reine Anne d’Autriche, en plaçant cependant auprès d’elle un conseil qui doit décider de toutes les affaires du royaume, à la « pluralité des voix ».

Mais, Anne d’Autriche fit casser ce testament par le Parlement (si durement traité par Richelieu et qui voyait son heure venue de relever enfin la tête). Il laisse toute liberté à la régente « avec pourvoir pour la reine, de faire choix de telles personnes que bon lui semblerait pour délibérer sur les affaires qui leur seraient proposées ».

 

Anne d'Autriche

Anne d’Autriche

 

Cependant, contre toute attente et au grand dam du Parlement et des Grands du royaume, Anne d’Autriche porte son choix sur Jules Mazarin (issu d’une ancienne famille de Sicile, installée à Rome), ami de Richelieu honni naguère de ces mêmes Grands et parlementaires, et duquel elle fit son Premier ministre. Là réside la source d’un long conflit opposant le cardinal à ces coriaces adversaires.


Anne d'A & Mazarin

Anne d’Autriche et Mazarin

 

gif anime puces 025L’entente cordiale

Entre la régente et son Premier ministre, c’est l’entente parfaite. Régnant en maître sur l’esprit et le cœur de la reine, Mazarin est bien plus maître de la France que ne l’a jamais été Richelieu.

Le jeune Louis XIV lui voue par l’entremise de sa mère, déférence et soumission.

Négligeant l’éducation livresque du jeune roi, Mazarin s’occupe, en revanche, au plus haut point, et avec un soin particulier, de son éducation politique ; là est sans doute le secret de sa puissance.

Mazarin procède, comme jadis Richelieu, à la mise au pas du Parlement et des Grands, ce qui va de pair avec l’affirmation de l’autorité de l’État, c’est-à-dire celle du roi.

Mais l’opposition au cardinal est puissante. Elle s’incarne dans un mouvement très complexe de contestation : la Fronde, terme qui désigne une période de troubles et de guerre civile s’étendant de 1648 à 1652, pendant la minorité de Louis XIV, l’enjeu étant le partage du pouvoir, une lutte sans merci entre le projet de monarchie absolue et la volonté des Grands et du Parlement d’obtenir une partie du pouvoir, et décider de la conduite des affaires du pays.

D’autre part, les impôts, toujours plus divers et plus lourds, nourrissent le ressentiment du peuple à l’égard du cardinal.

L’opposition à la personne de Mazarin et à sa politique alimente ainsi cette guerre civile et explique sa durée et son âpreté.

Souple, mais tenace dans ses convictions, très ambitieux, le cardinal subit sans se troubler, les pires affronts ; avide de biens matériels et de profits juteux pour lui-même et pour sa nombreuse famille, il se constitue une immense fortune et marie ses nièces dans les plus grandes familles du royaume.

Fin diplomate, Mazarin a su mettre ses qualités au service du roi et triompher de la Fronde comme des ennemis de l’extérieur. Malgré tout, son impopularité reste grande dans le pays.

Les nombreuses chansons qu’inspire l’hostilité à sa personne et à sa politique disent assez cette immense impopularité.

 

gif anime puces 025Les Mazarinades, expression d’une impopularité


gif anime puces 583Une « MAZARINADE »


Adieu donc, pauvre Mazarin…

Adieu, peste du carnaval.

Adieu, beau, mais méchant cheval.

Adieu, l’oncle aux Mazarinettes (1)

Adieu, cause de nos ruines…

Adieu, l’abbé à vingt chapitres. (2)

 

Adieu, seigneur à mille titres. (2)

Adieu, des ministres le chef.

Adieu, gouvernail de la nef.

Adieu, timon de ma brouette.

Adieu, ma plaisante chouette

Adieu, l’esprit de fourberie.

 

Par un blocus depuis deux mois,

Par la cherté de la farine,

Par la crainte de la famine,

Par la perte de nos trafics,

Par la réforme des tarifs,

Dont nous gardons le souvenir…

 

Enfin par toutes nos misères

Allez sans jamais revenir.

 

(1)Allusion aux nièces du cardinal.

(2)Mazarin cumulait de nombreux « bénéfices » ecclésiastiques, ainsi que les titres des terres nobles qu’il avait achetées.

 

(Texte composé après la première fuite de Mazarin, lors de la Fronde du Parlement, 1648. La deuxième fuite a lieu en 1651, lors de la Fronde des Princes.)

 

Si l’image du cardinal subit longtemps les affres de la Fronde, Louis XIV, en revanche, en tira la leçon qui guidera la pratique future de son métier de roi. En accédant au pouvoir personnel en 1661 (date de la mort de Mazarin), il prit la résolution de contenir les parlements, d’écarter la noblesse de la politique et de faire de la monarchie absolue de principe, une monarchie personnelle, où le roi, par son Conseil, administre directement le royaume et impose l’obéissance à tous ses sujets, au premier rang desquels les nobles et les parlementaires. Louis XIV définit ainsi lui-même sa politique et la philosophie  de son action.

 

Le pouvoir absolu selon Louis XIV

Le pouvoir absolu selon Louis XIV

 

gif anime puces 025La marche vers l’absolutisme

Mazarin lui en a sans doute facilité la tâche par les leçons et préceptes prodigués au jeune roi. Comme Richelieu (qui créa les intendants, « l’œil et l’oreille du roi en sa province » (ancêtres des actuels préfets), il fit de ces intendants un instrument du pouvoir royal et de sa centralisation, après les avoir rétablis.

La création des intendants par Richelieu fut en effet une véritable révolution dans l’administration des provinces. Mazarin profita de cet outil exceptionnel de surveillance étroite du royaume, support incontestable de la centralisation et de l’absolutisme.

  

 

 

gif anime puces 025Le cardinal promoteur de la culture

 

Mais, le cardinal Premier ministre ne fut pas un simple manœuvrier au service du roi ; il imprima aussi sa marque sur l’histoire du pays par l’attention constante portée aux Arts et aux Lettres ainsi qu’au raffinement culturel.

 

La-Mazarine.jpg

La Mazarine

 

En cela le cardinal fut aussi l’émule de son éminent devancier.

Il s’illustra de façon ostensible comme protecteur des lettres, accorda une pension à des écrivains, Descartes entre autres, même pendant la retraite de celui-ci en Hollande.

fleche 026Il créa une magnifique bibliothèque : la « Mazarine » pour « la commodité des gens de Lettres et du savoir ».

fleche 026Il fonda le collège des Quatre Nations (actuel Palais de l’Institut), destiné à recevoir les élèves de l’Université appartenant aux provinces espagnole, italienne, allemande et flamande, nouvellement réunies au royaume de France.

Le cardinal avait un goût prononcé pour les arts et se plaisait à collectionner merveilles et curiosités.

Il fit venir d’Italie un grand nombre de tableaux, mais aussi des acteurs, des machinistes, qui introduisirent l’opéra en France.

fleche 026Il fonda en 1655, l’Académie de peinture et de sculpture.

fleche 026Il fonda l’Académie des Sciences de Paris.

 

Avant sa mort, le 9 mars 1661, il prit soin de présenter à Louis XIV, son collaborateur Jean-Baptiste Colbert, qui sera lui aussi un favori de grand talent, un commis hors norme, autre pilier de l’absolutisme au service du roi et de l’État.

 

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Le tombeau de Mazarin

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 08:31

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AUX ORIGINES DE L’ABSOLUTISME EN France  

lys 

L’État chevillé au corps :

deux pionniers du centralisme de l’État français :

Richelieu et Mazarin   

 

Les cardinaux de Richelieu et Mazarin ne manquèrent pas de détracteurs, de leur vivant, mais aussi après leur disparition de la scène politique, à leur mort.

Leurs détracteurs ne manquent pas d’arguments ni d’inspiration. Il s’agit ici de porter un éclairage succinct sur une des facettes des deux personnages : la prééminence de l’État et le culte de la puissance royale, mais aussi leur action en faveur de la culture.

 

Richelieu

Richelieu (1585-1642)

 

gif anime puces 025Le cardinal de fer : le canon et l’épée

En 1624, Richelieu devient le Premier ministre de Louis XIII. Il conçoit une philosophie de l’action politique qu’il s’efforce de mettre immédiatement en œuvre.

La pensée de Richelieu est fondée avant tout sur l’idée que la puissance est la seule chose nécessaire à l’État. Le roi ne peut et ne doit supporter aucune opposition et doit réunir entre ses mains tous les instruments de la puissance, dont l’armée et les finances.

Pour accomplir sa mission politique, le pouvoir royal exige d’être absolu, c’est-à-dire délivré de toute obligation et sans aucune limite.

Le roi ne doit reconnaître comme seule limite à son action que la raison d’État, à savoir que l’intérêt de l’État prime sur tout le reste.

La conception politique de Richelieu qui guide son action d’homme d’État pourrait se résumer en ces quelques mots : « soumettre tout le monde à la puissance du Roi, accroître la puissance de celui-ci, au-dedans et au dehors du royaume ». Ces mots constituent la ligne directrice de l’action du cardinal Premier ministre, dont il ne déviera en aucune manière, quels que soient le poids de l’opposition (parlementaire et nobiliaire) et les difficultés de la tâche.

 

fleche 035Son programme politique se décline en quatre points :

gif anime puces 577 Ruiner le parti protestant.

 

siège de La Rochelle

Siège de La Rochelle (1627-1628)

 

gif anime puces 577 Rabaisser l’orgueil des Grands.

 

*programme de Richelieu

Le programme politique de Richelieu (testament)

 

exécution du comte de Chalais

Exécution du comte de Chalais, un Grand du royaume (1626)

 

Aucun Grand, si puissant soit-il, ne peut espérer échapper à la rigueur de la justice du ministre cardinal dès lors qu’il est soupçonné d’atteinte au pouvoir du roi et à la dignité de la charge.

Bien des Grands l’apprirent à leurs dépens et, parmi eux, l’un des premiers dignitaires du royaume, le duc de Montmorency, filleul d’Henri IV et gouverneur du Languedoc.

 

Exécution du duc de Montmorency

 

gif anime puces 577 Contraindre tous les sujets à l’obéissance.

Un des moyens de contraindre le peuple à l’obéissance était la soumission à l’impôt. Pour Richelieu, l’impôt à un double rôle : celui de fournir des ressources à l’État et celui de tenir le peuple dans l’obéissance. Il aimait souvent comparer le peuple à un mulet « qui se gâte par un long repos, plus que par le travail ».

gif anime puces 577 Faire du roi de France le souverain le plus puissant d’Europe.

 

C’est précisément ce dernier point qui justifie sa politique économique, sa conception de la diplomatie française, et naturellement les guerres. Richelieu est ainsi l’initiateur d’une politique coloniale systématique : conquête de la Martinique, de la Guadeloupe…, début d’installation au Canada, au Sénégal, à Madagascar. Il crée une marine de commerce appuyée par une marine de guerre, en relation avec la création des premières grandes compagnies maritimes de commerce à privilèges, qui posent les jalons du premier empire colonial français.

 

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Installation de l’Académie française par Richelieu, 1635

 

gif anime puces 025En habit de lumière. L’Académie française

Le cardinal de fer n’a pas eu que le goût de l’épée et de la puissance ; il a eu aussi celui des Arts et des Lettres. Plusieurs institutions et établissements culturels de France, de nos jours, datent de son ministère, de sa volonté et de son inspiration.

fleche 026 L’Académie française en 1635, destinée à « gouverner » la langue et à régler le goût littéraire.

fleche 026 La reconstruction de la Sorbonne où sera installé son tombeau.

fleche 026 La construction du collège du Plessis et le « Palais-cardinal » (Palais-Royal).

fleche 026L’imprimerie royale.

fleche 026 Le Jardin des plantes, pour l’instruction des étudiants en médecine.

fleche 026 Il montre pour la première fois une grande déférence pour les écrivains, pensionne des savants, des peintres et des poètes, dont Corneille. Le Cid date de 1636, et le Discours de la Méthode de Descartes, de 1637.

fleche 026 L’amélioration de la poste qui, avant lui, était réservée au courrier du roi. Désormais la poste est ouverte aux courriers privés, ceux du peuple.

 

gif anime puces 025D’un cardinal à l’autre

 

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 Richelieu et Mazarin 

 

Le cardinal ministre s’éteint en 1642, non sans avoir présenté et recommandé au roi un autre cardinal, Jules Mazarin, italien d’origine, son disciple et le dépositaire de ses pensées. Louis XIII meurt six mois après son Premier ministre, ouvrant ainsi la voie à Mazarin.

 

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Le tombeau de Richelieu

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 08:49

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1918-1920. DÉMOBILISATION. TIRAILLEURS AFRICAINS, LE RETOUR

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Une nouvelle catégorie sociale : entre deux mondes

 

gif anime puces 028L’administration coloniale et l’ancien combattant « indigène »

Dans toutes les colonies françaises, en Afrique subsaharienne comme en Algérie, l’administration redoutait la démobilisation des sujets coloniaux, et ce bien avant la fin de la guerre.

gif anime puces 849 Comment se comporteraient-ils ?

gif anime puces 849 Auraient-ils la prétention de se mesurer à leurs maîtres ?

gif anime puces 849Auraient-ils l'audace de juger, de critiquer, de se plaindre ?

gif anime puces 849De revendiquer ?

 

De fait, cette démobilisation ne fut ni aussi massive, ni aussi immédiate que prévu. Beaucoup de tirailleurs ne sont pas rentrés au pays, et sont restés mobilisés notamment par l'occupation de la Rhénanie, puis au Levant ou ailleurs, au service de la France.

 

Ceux qui sont rentrés à partir de 1919 reviennent effectivement avec des habitudes nouvelles et un état d'esprit nouveau. Pouvait-il en être autrement ? Ces hommes sont doublement marqués, par la guerre d'abord puis par le contact et l'expérience de la Métropole qu'ils ont découverte pour la première fois de leur existence. Le grand souhait de l'administration coloniale, c'est que ces hommes, rentrés au logis originel, soient rapidement « réabsorbés » par leur milieu. Mais une analyse fine de leurs réactions à leur retour doit prendre en compte un certain nombre de facteurs parmi lesquels, en premier lieu, le mode et les conditions de leur recrutement dans l'armée française. Comment ils ont été « livrés » aux Blancs et sacrifiés ; car, être recruté, être déclaré apte, bon pour le service des armes signifiait dans la mentalité collective africaine, l'octroi d'un biller simple, sans retour. De ce fait, ceux qui sont partis étaient pour la plupart des marginaux, des captifs ou des gêneurs dont la société a pu ainsi se débarrasser à bon compte. Or ces hommes reviennent au village non seulement auréolés du prestige du combattant, mais aussi avec une série d'avantages matériels et de privilèges civiques. Le plus significatif est aussi qu'ils soient rentrés bardés de quelques certitudes, sommaires certes, mais révélatrices d'un choc mental, expression d'un passé, du vécu immédiat et du présent.

 

La prime de démobilisation offerte par la France, plus ou moins conséquente selon les années de service mais aussi le nombre et l'importance des campagnes constitue la première marque distinctive qui sépare « l'Ancien Combattant » du reste de la population. Cette prime, même réduite à sa plus simple expression fait de l'ancien soldat un homme à part, un « possédant ». Ils font donc incontestablement figure de « privilégiés » au sein de leur communauté. Les mieux nantis à cet égard sont sans aucun doute les militaires de carrière qui rentrent après quinze années de service, bénéficiant ainsi d'une pension régulière. Le deuxième facteur à prendre en compte dans l'attitude des démobilisés vis-à-vis de leur milieu originel et de l'administration coloniale réside dans ces avantages acquis. Leur réinsertion devait être facilitée par la création d'emplois réservés, notamment dans le chemin de fer qui se développait dans les colonies françaises au lendemain de la Première Guerre mondiale, également des postes administratifs sous-qualifiants. Mais seule une minorité d'anciens combattants vont en bénéficier effectivement car il fallait savoir lire et écrire le français. Les plus qualifiés parmi les lettrés occupent des postes de prestige, tout particulièrement celui d’interprète si envié ! Les moins qualifiés trouvent tout de même parfois des emplois à leur mesure comme celui de garde-cercle vers lequel beaucoup vont se tourner, de planton ou gardien des édifices officiels pour lesquels il n'était guère indispensable d'être expert en français.

Dans l'ensemble, cette minorité constituera une couche sociale nouvelle, celle de petits fonctionnaires africains subalternes qui seront des agents de l'acculturation, capables de se muer à l'occasion en agents de contestation —le fait que plus de 80% de ces mobilisés soient analphabètes a singulièrement limité la portée de cette acculturation.

 

vieux soldat

 

gif anime puces 028Citoyen ou sujet?

Ces démobilisés coloniaux, quoique réputés frondeurs sont restés loyaux dans l'ensemble vis-à-vis de l'administration coloniale à laquelle ils fournissaient auxiliaires et agents bénévoles. Ainsi, les premières victimes du retour des anciens combattants furent non point l'administration coloniale, mais les autorités traditionnelles et l'ordre traditionnel dans son ensemble. Beaucoup d'anciens soldats, pour échapper à l'ancienne tutelle, tenteront de devenir chefs eux-mêmes. Quasiment tous, grâce à leur prime de démobilisation ou à leur pension ainsi qu’à l'aura que cela confère, purent passer outre les conventions sociales ancestrales, s'affranchir de la pression morale des aînés, des anciens, se marier sans tenir compte de la volonté et des intérêts du clan ou du lignage, ou des anciens maîtres pour ceux qui étaient de condition servile (ou tentèrent de le faire). Nombre d'entre eux, notamment les anciens captifs ne souhaitaient pas retourner dans leur village, soit qu'ils ne souhaitaient pas retrouver leur ancien statut, soit qu'ils avaient acquis de nouvelles habitudes de vie qui les poussaient à s'installer dans les villes. Ce fut surtout le cas des militaires de carrière. La morphologie et la toponymie de certaines villes d'Afrique en portent la marque. De nouveaux quartiers surgirent de terre, expression d'une nouvelle sociologie. C'est le cas de Quinzambougou (traduction du bambara : quartier des quinze ans de carrière)dans la périphérie de Bamako au Mali créé au début des années 1920-1930). Ces anciens combattants s'installèrent donc en ville où ils tentèrent d'occuper des emplois correspondant aux spécialités et compétences acquises dans l'armée en plus des emplois subalternes offerts par l'administration coloniale.

Pour ceux qui ont purement intégré leur communauté d'origine, la vie fut souvent émaillée de heurts multiples et incessants avec les Anciens et les coutumes.

 

Père et enfants

 

gif anime puces 028Et en Algérie ?

À leur retour, la situation des anciens combattants fut pratiquement identique à celle de leurs frères d’armes d’Afrique subsaharienne.

Le cas de l'Algérie est magistralement exposé dans la passionnante thèse de G. Meynier (l'Algérie révélée : la Guerre de 1914-1918 et le premier quart du XXe siècle. Thèse de Doctorat d'Etat). Si l’on se réfère aux travaux de G. Meynier, deux phases sont à distinguer relativement au traitement réservé aux Algériens musulmans.

La première phase est celle de la période de feu, c'est-à-dire celle du déroulement de la guerre où les hostilités mobilisent les bras et les esprits. Quant à la seconde, elle correspond à l'après-guerre, à la période où les combattants algériens de retour dans leur foyer font face au quotidien de leur sort. D'entrée de jeu, G. Meynier tente de cerner le profil juste de la société coloniale d'Algérie.

De cet édifice colonial qu'est l'Algérie d'alors, vitrine de la réussite exemplaire de l'œuvre coloniale française, il extrait les « Européens d'Algérie » qui « donnent l'impression de camper dans l'apparente tranquillité des causes et des acquêts indiscutables », avant de s'interroger : « Qu'y a-t-il au de là de la façade des bonnes consciences, des certitudes et des rodomontades ? Un peuple de petits blancs racistes, passéistes et inconscients, qui seraient voués à saboter le généreux projet d'une France appelée par son génie universel à la digestion de tous les peuples ? Ou bien l'expression périphérique d'un pouvoir central que volens, nolens, ils représenteraient sur le terrain ? Enfants monstrueux et dévoyés de la République Française ou première ligne objective du Front impérial ? En face d'eux, séparés d'eux par une barrière rigoureuse qui révèle sur place la domination coloniale globale, la société civile algérienne... Quelques décennies ont passé depuis que s'est close l'ère des grandes insurrections du XIXe siècle. Apparemment les Algériens sont absolument soumis ».

C'est dans ce contexte que survient la guerre et la mobilisation des sujets coloniaux algériens. A la veille de cette Première Guerre mondiale, « l'idéologie coloniale française reste encore fortement imprégnée d'idéal assimilateur ». Pour Meynier, ce terme est ambigu car manque d'uniformité de sens selon qu'il est employé par les « réactionnaires » ou par les « intellectuels libéraux » de la Revue Indigène et du Temps.

Pour le premier courant, « assimiler les indigènes en Algérie revient à faire dépendre l'évolution de leur statut de leur capacité de s'adapter aux mœurs et à la civilisation française... En revanche, pour les intellectuels libéraux, le postulat est inversé : l'adaptation des Algériens aux normes françaises se fait d'autant mieux que la France leur donne des gages de sa bonne volonté assimilatrice ; il convient donc par exemple de hâter leur entrée dans la cité française, au moins par une élite qui aurait déjà bien fait la preuve de ses structures mentales françaises. Les deux composantes —conservatrice et libérale— se rencontrant donc dans ce jacobinisme colonial français ».

La guerre favorise-t-elle cette assimilation apparemment souhaitée par les deux pôles majeurs de la France coloniale d'alors, c'est-à-dire à l'unanimité ? Pendant et après la guerre, plusieurs postes d'observation privilégiés s'offrent à nous. Tout d'abord, le niveau d'observation qui porte sur les rapports entre officiers français et soldats algériens. A ce niveau, deux témoignages s'affrontent : celui des propagandistes officiels et officieux de l'assimilation qui affirment que « Toutes ces troupes ont combattu héroïquement ». A ce témoignage s'oppose celui plus direct, le vécu d'Algériens ayant connu le front comme le lieutenant Boukabouya, auteur de L'Islam dans l'armée française où il affirme que les Maghrébins enrégimentés ne combattent que contraints et forcés. Maltraités et méprisés par les officiers français assure-t-il, ils sont en état de rébellion latente et en permanence candidats comme lui à la désertion.

Un autre poste d'observation se situe au niveau de l'accueil réservé aux Algériens combattants par la population civile métropolitaine, principalement l'accueil des blessés au front admis dans les différentes unités de soin réparties sur le territoire. A cet égard, « Toutes les interviews d'anciens tirailleurs ont confirmé la chaleur de l'accueil qui a dû susciter de réelles reconnaissances, d'autant plus qu'il tranchait sur le contexte répressif colonial d'Algérie... Au début de la guerre, de nombreux tirailleurs blessés et convalescents sont hébergés dans des familles françaises. Beaucoup en ont gardé un souvenir ému ». Certains de ces souvenirs d'Algériens rapportés par Meynier tranchent par l'émotion qu'ils suscitent mais surtout par leur spontanéité, leur poignante sincérité et leur densité humaine.

Au total, l’ancien tirailleur indigène, quel que soit son degré de possession ou de maîtrise de la langue, peut être légitimement considéré comme un vecteur potentiel de culture française dans son milieu, en Algérie comme en Afrique subsaharienne.

 

Demba & Dupont

 

gif anime puces 028L’Armée, instrument d’assimilation ?

On peut se demander à présent quel rôle a joué l'armée dans l'assimilation des sujets coloniaux, c'est-à-dire dans l'acculturation, mieux, dans l’octroi du statut de citoyens égaux en droits et en devoirs. On peut même aller plus loin et se demander si l'armée n'a pas, dans certains cas, exacerbé les différences, creusé les distances, et s'il ne faut pas rechercher ainsi derrière les barrières coloniales le cheminement des nationalismes.

La réponse est ambivalente. S'il est vrai que l'armée a été porteuse d'une espérance d'assimilation, la réalité en ce domaine n'est pas à la hauteur de cette espérance car, une telle réalisation ne pouvait que passer par la promotion sociale et politique sinon de la masse des Africains combattants, du moins des cadres africains engagés dans l'armée française. Ici, le vœu exprimé par le général Mangin qui souhaitait qu'il y ait des officiers africains s'est heurté à une partie de l'état-major, en particulier aux cadres de l'armée d'Algérie. Cependant, le même général prenait soin de dissocier engagement dans l’armée et obtention de la citoyenneté. En dépit des promesses d'avant-guerre, les bénéficiaires de ces promotions congrues furent des fils de chefs traditionnels (extrêmement rares dans l'armée) qui devenaient des « officiers à titre provisoire » ou à « titre indigène.» Mais beaucoup de médailles furent distribuées, et un certain nombre de combattants furent élevés au grade de sergent.

 

soldats

 

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 07:05

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POURQUOI DES COLONIES ?

 

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L’épidémie coloniale au XIXe siècle :

la course aux territoires exotiques

 

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gif anime puces 029Justifications : les dits et les non-dits

 

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Jules Ferry

 

Je dis que cette politique coloniale est un système [...] ; qu'il repose sur une triple base, économique, humanitaire, et politique [...].

 

1 — Au point de vue économique, pourquoi des colonies ?

La forme première de la colonisation, c'est celle qui offre un asile et du travail au surcroît des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. Mais il y a une autre forme de colonisation : c'est celle qui s'adapte aux peuples qui ont ou bien un superflu de capitaux ou bien un excédent de produits.

 

[...] Un pays qui laisse échapper un large flot d'émigration n'est pas un pays heureux, un pays riche, et ce n'est pas un reproche à faire à la France, [...] que de remarquer qu'elle est de tous les pays de l'Europe celui qui a le moins d'émigrants. Mais il n'y a pas que cet intérêt dans la colonisation. Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux [...].

 

[...] Je dis que la France, qui a toujours regorgé de capitaux et en a exporté des quantités considérables à l'étranger [...] a intérêt à considérer ce côté de la question coloniale.

 

Mais, messieurs, il y a un autre côté plus important de cette question [...]. La question coloniale, c'est, pour les pays voués par la nature même de leur industrie à une grande exportation, comme la nôtre, la question même des débouchés [...].

Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d'une colonie, c'est la création d'un débouché. Il suffit que le lien colonial subsiste entre la mère patrie qui produit et les colonies qu'elle a fondées, pour que la prédominance économique accompagne la prédominance politique [...].

 

[…]

 

Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures [...].

 

3 — La vraie question, Messieurs, la question qu'il faut poser, et poser dans des termes clairs, c'est celle-ci : est-ce que le recueillement qui s'impose aux nations éprouvées par des grands malheurs doit se résoudre en abdication ? Et parce qu'une politique détestable, visionnaire et aveugle, a jeté la France où vous savez, est-ce que les gouvernements qui ont hérité de cette situation malheureuse se condamneront à ne plus avoir aucune politique européenne ? Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure, qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d'eux ; est-ce qu'ils laisseront aller les choses ; est-ce qu'ils laisseront d'autres que nous s'établir en Tunisie, d'autres que nous faire la police à l'embouchure du Fleuve Rouge [...]. Est-ce qu'ils laisseront d'autres se disputer les régions de l'Afrique équatoriale ? Laisseront-ils aussi régler par d'autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises ? Je sais, Messieurs, que cette théorie existe ; je sais qu'elle est professée par des esprits sincères, qui considèrent que la France ne doit avoir désormais qu'une politique exclusivement continentale. [...]

Messieurs, dans l'Europe telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d'une population incessamment croissante, dans une Europe, ou plutôt dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement ou d'abstention, c'est tout simplement le grand chemin de la décadence ! Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l'activité qu'elles développent [...].

Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième et au quatrième.

Jules Ferry, Discours devant les députés, 28 juillet 1885.

 

gif anime puces 029Faire adhérer les Français à l’expansion coloniale

 

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Hubert Lyautey

 

Aimer nos colonies. On ne peut faire connaître nos colonies sans en même temps les faire aimer. L'histoire de leur fondation, celle de leur développement, des perspectives de leur avenir sont autant d'éléments de l'histoire de France elle-même qui doit toucher le cœur de tous les Français. Le devoir colonial est devenu une forme du devoir civique et patriotique. Aimer la France, c'est aimer la plus grande France, celle qui n'est pas enfermée dans ses frontières, mais qui rayonne dans toutes les parties du monde. Ces immenses domaines d'outre-mer ont besoin d'hommes —de cerveaux, de cœurs et d'énergies— pour les mettre en valeur. La tâche n'offre pas que des profits. Elle exige du dévouement, de l'abnégation, de l'esprit de sacrifice. Or, notre faible natalité, ainsi que l'agrément de l'existence dans un des pays les plus favorisés du monde sont un obstacle à l'expatriation. Pour trouver des coloniaux, il faut éveiller des enthousiasmes.

MARÉCHAL LYAUTEY, 1929.

 

gif anime puces 029Et les autres ?

 

gif anime puces 581Point de vue britannique selon Chamberlain, ministre britannique des colonies.

 

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Joseph Chamberlain

 

Joseph CHAMBERLAIN, homme politique anglais (1839-1914). Ce manufacturier de Birmingham devint maire de sa ville, député, puis secrétaire au Colonial Office de 1886 à 1903 ; craignant en particulier la concurrence de l’industrie allemande, Chamberlain était partisan d'un système de préférence coloniale : l’Angleterre et ses colonies formeraient un ensemble économique dans lequel le libre échange serait maintenu ; mais il serait protégé contre la concurrence des produits étrangers par le rétablissement des droits de douane.

 

bouton 006Autre argument

 

« Une nation est comme un individu : elle a des devoirs à remplir et nous ne pouvons plus déserter nos devoirs envers tant de peuples remis à notre tutelle... C’est notre domination qui, seule, peut assurer la paix, la sécurité et la richesse à tant de malheureux qui, jamais auparavant ne connurent ces bienfaits. Et c'est en achevant cette œuvre civilisatrice que nous remplirons notre mission nationale, pour l'éternel profit des peuples à l'ombre de notre sceptre impérial. »

Chamberlain devant la Chambre des Communes, 1886.

 

gif anime puces 581Bismarck, le chancelier allemand, revendique le droit de son pays à coloniser.

 

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Otto von Bismarck

 

L’Allemagne, occupée à faire son unité et à établir sa domination sur le centre de l'Europe, a tardé à se lancer dans la politique coloniale. Vers 1880, elle commence à remettre en cause le partage du monde, qui lui semble bien trop favorable aux Français et aux Anglais. Alors est élaboré la doctrine de « l'espèce vital ».

 

« Un peuple a besoin de terre pour son activité, de terre pour son alimentation. Aucun peuple n'en a autant besoin que le peuple allemand qui se multiplie si rapidement, et dont le vieil habitat est devenu dangereusement étroit. Si nous n’acquérons pas bientôt de nouveaux territoires, nous irons inévitablement à une effrayante catastrophe. Que ce soit au Brésil, en Sibérie, en Anatolie ou dans le sud de l'Afrique, peu importe, pourvu que nous puissions de nouveau nous mouvoir en toute liberté et fraîche énergie, pourvu que nous puissions à nouveau offrir à nos enfants de la lumière et de l'air d'excellente qualité en quantité abondante.

 

Ce qu'il faut à l'Allemagne, ce sont donc non des colonies de peuplement, mais des colonies d'exploitation, dans lesquelles puisse s'employer l’énergie active des jeunes gens des classes moyennes et qui fournissent de larges débouchés aux produits de l'industrie germanique ». 

 

gif anime puces 581Et l’Italie ?

 

N’a-t-elle pas droit à sa part ?

Elle réclame depuis le début des années 1880, un partage « équitable » du gâteau africain. Avec la France, de 1880 aux années trente, aussi bien au sujet de la Tunisie que de l’Ethiopie, de l’Erythrée ou de la Somalie, la preuve est faite qu’entre nations d’Europe, il existe une autre voie que celle de la canonnière pour régler les différends coloniaux, du moins avant la Deuxième Guerre mondiale, mais, de quelle façon !

 

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Benito Mussolini

 

Actes signés le 7 janvier 1935

par le Chef du gouvernement italien

et le Ministre des Affaires étrangères de France

 

I

Déclaration générale

 

Le ministre des Affaires étrangères de la République française et le chef du gouvernement italien :

 

Considérant que les conventions en date de ce jour ont assuré le règlement des principales questions que les accords antérieurs laissaient pendantes entre eux, et notamment de toutes questions relatives à l'application de l'article 13 de l'accord de Londres du 26 avril 1915 ; 

Considérant que les questions litigieuses qui pourraient surgir à l'avenir entre leurs gouvernements trouveront leur issue soit par la voie des pourparlers diplomatiques, soit par les procédures établies par le pacte de la Société des Nations, le statut de la Cour permanente de justice internationale et l'acte général d'arbitrage ;

Déclarent la détermination de leurs gouvernements de développer l'amitié traditionnelle qui unit les deux nations et de collaborer, dans un esprit de mutuelle confiance, au maintien de la paix générale.

En vue de cette collaboration, ils procéderont entre eux à toutes les consultations qu'exigeraient les circonstances.

 

Fait en double exemplaire.

 

Rome, le 7 janvier 1935.

 

Pierre Laval                                                    Mussolini.

 

 

ligne 1 040

 

Frontières entre l'Erythrée

et la Côte française des Somalis

 

Article 4

 

Le tracé suivant sera substitué à la délimitation établie entre l'Érythrée et la Côte française des Somalis par les protocoles de Rome en date des 24 janvier 1900 et 10 juillet 1901 :

- de Der Éloua sur le détroit de Bab-El-Mandeb une ligne droite rejoignant l'Oued Weima immédiatement en aval de Daadato.

Ce tracé est indiqué sur la carte n° 2 jointe au présent traité.

 

Article 5

 

Des commissaires spéciaux, délégués à cet effet par les deux gouvernements, procéderont sur les lieux, d'après les données énoncées à l'article précédent, à une démarcation effective. Ils soumettront aux deux gouvernements, en même temps que le résultat de leurs travaux, un projet d'accord sur les dispositions à prendre pour assurer d'une manière efficace la police dans la zone frontière et pour y régler l'utilisation des pâturages et des points d'eau par les populations indigènes.

 

Article 6

 

La France reconnaît la souveraineté de l'Italie sur l'île de Doumeirah et les îlots sans nom adjacents à cette île.

 

Article 7

 

Le présent traité sera ratifié et les ratifications seront échangées à Rome dans le plus bref délai possible. Il entrera en vigueur le jour de l'échange des ratifications.

En foi de quoi, les plénipotentiaires susnommés ont signé le présent traité, établi en double exemplaire, et y ont apposé leurs cachets.

Fait à Rome, le 7 janvier 1935.

 

Pierre Laval                                             Mussolini.

 

 

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 07:54

afrique1

AUTOUR DE L’IDÉE COLONIALE, OPINIONS ET DÉBATS

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Années trente, apogée du système colonial

 

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La plus grande France

 

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Les années trente sont un moment particulier dans l’histoire de la colonisation contemporaine, celle qui prend ses racines dans le premier tiers du XIXe siècle.

 

Pour toutes les puissances coloniales, la Grande-Bretagne, comme la France, les années trente sont incontestablement la période faste de la colonisation. Les colonies sont partout dans la vie quotidienne : de l’alimentation (la banane s’est imposée et sa consommation augmente en flèche d’année en année), à la culture populaire, de la littérature au cinéma et à la publicité. La fiction aussi s’empare de la thématique coloniale…

 

C’est le temps du colonialisme populaire et exotique. L’Afrique se taille une place de choix dans cette mode exotique et accapare une partie des medias.

 

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C’est dans ce contexte que survient l’exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, précédée de celle de Wimbley à Londres en 1924-1925.

 

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gif anime puces 029Tous à Vincennes !

 

 

L’exposition de Vincennes connut un succès inégalé dans ce genre de manifestation depuis le XIXe siècle, détrônant ainsi celle de Wimbley, alors considérée comme la plus importante de tous les temps.

 

Vincennes, c’est l’apothéose. 8 millions d’entrées en à peine quelques mois et en six mois, 33 millions d’entrées ! Un afflux de visiteurs venant de toute l’Europe et même d’Asie.

 

Vincennes se voulait la vitrine de la colonisation française. L’exposition devait justifier le bien-fondé de cette colonisation et souligner son excellence, son apport à la nation et aux peuples colonisés.

 

Vincennes c’est l’apothéose de l’empire colonial français, le reflet de la « plus grande France ».

 

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gif anime puces 029Un combat d’arrière-garde ?

 

Mais Vincennes, c’est aussi pour les opposants à la colonisation, l’occasion de s’exprimer et de se faire connaître. De nombreux mouvements anticolonialistes, parmi lesquels les surréalistes, ont voulu saisir cette opportunité de développer une contre-propagande coloniale en organisant ce qu’ils nommèrent une « contre-exposition de Vincennes », qui connut peu de succès : moins de 5000 entrées en tout, et qui se voulait une libre tribune pour dénoncer les méfaits du colonialisme.

 

Néanmoins cet événement considéré comme mineur en 1931 permit une prise de conscience à l’origine d’un autre regard sur la colonisation, qui se manifestera avec plus d’ampleur au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

 

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La réaction du surréaliste belge Albert Valentin, s’inscrit dans ce mouvement.

 

« Le surréaliste belge Albert Valentin se dresse contre les commémorations, les anniversaires d'événements historiques condamnables à ses yeux. Il s'en prend à l'Exposition coloniale qui doit avoir lieu à Vincennes quelques mois plus tard.

Nous assisterons donc à l'apothéose du massacre organisé ; de la chicote ; du trafic de la peau ; du travail forcé ; de la persuasion par la drogue, l'alcool et les balles ; de la mainmise sur l'or, l'étain, le coton, le caoutchouc, le pétrole. Soit. J'espère qu'on ne négligera pas de faire la part belle au rôle des missions religieuses, dans la très large mesure où il a contribué à l'abêtissement irrémédiable et à la corruption de plusieurs peuplades sauvages. Car en quelque lieu de la terre qu'il soit possible d'exercer impunément un brigandage profitable, on peut être assuré de rencontrer Dieu et ses ministres. Pourtant, en dépit de lui, en dépit d'eux, il ne semble plus que les choses aillent toutes seules, en ce moment. Elles vont même plutôt mal, plutôt bien en Chine, en Indochine, en Egypte. Et ces histoires-là, quoi qu'il se produise, ne sont pas de celles qui finiront en chansons. »

Le Surréalisme au service de la révolution, n° 1, 1930.

 

 

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 07:08

 

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PROPAGANDE COLONIALE

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Les Belges au Congo

 

fleuve Congo

Fleuve Congo

 

gif anime puces 029Le Congo à l’arrivée des Belges

 

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Tintin au Congo

 

« Les Belges, en pénétrant au Congo, se trouvaient en pleine barbarie. La guerre était quasi permanente entre les tribus ; l'anthropophagie sévissait dans la presque totalité du Haut-Congo ; les traitants arabes terrorisaient les régions orientales. Des usages incompatibles avec les premiers principes de notre civilisation étaient de pratique courante : des sacrifices humains, des ordalies sous forme d'épreuve du poison, des exécutions barbares et des mutilations pour des fautes, à nos yeux souvent légères ou même imaginaires, telles que des faits de sorcellerie. Des despotes, dont le pouvoir n'avait d'autre rival que celui du sorcier, disposaient arbitrairement des biens et de la vie de leurs sujets. Les Belges sont venus ; ils ont occupé et pacifié le territoire, supprimé la traite et l'esclavage, organisé la justice, construit des routes, des chemins de ter, des lignes télégraphiques, lancé des bateaux sur les rivières, ouvert des écoles, enseigné les métiers, créé des stations agricoles, bâti des hôpitaux. »

(A. Major Cayen, Au service de la colonie, Bruxelles, 1939.)

 

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 07:26

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EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS 1830-1962

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En colonie, mythes et exotisme

 

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Les Algériennes, peinture orientaliste (XIXe siècle)

 

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Exposition coloniale. Paris, Champ de Mars, 1900.

 

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Exposition coloniale nationale. Marseille, 1922.

 

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Exposition coloniale internationale. Paris, Vincennes, 1931.

 

gif anime puces 029Au service de la France

 

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Pour la plus grande France

 

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Le drapeau français hissé à Fachoda (1898)

 

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Régiment de l’Armée d’Afrique (1891)

 

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189 000 tirailleurs sénégalais dans la Première Guerre mondiale

 

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Médecine et exotisme

 

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Air France dans le ciel africain (1950). Tradition et modernité.

 

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Les ressources de l’empire colonial

 

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La France et son Empire

 

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