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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 07:17

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VOYAGE EN COLONIE XIXe-XXe SIECLE

 

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Les temps premiers : conquête et pacification

 

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  Face à face

 

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La prise d’Alger (1835)

 

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« Pacification »

 

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La mission Marchand au Congo (1898)

 

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La conquête du Dahomey (1892)

 

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La campagne de Madagascar (1896)

 

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Contre l’expansion coloniale (1903)

 

gif anime puces 029La coloniale

 

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Médecin 

 

 

 

 

 

 

 

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Caporal

 

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  Lieutenant

 

 

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Tirailleur sénégalais

doc9c.jpg   Tirailleur sénégalais

 

 

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  Encadreur

de tirailleurs sénégalais

 

 

 

 

 

 

 

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Missionnaires au Congo (1905)

 

 

ligne 1 100

 

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 07:50

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INTERPRÉTATION DES CONSÉQUENCES DE LA CONFÉRENCE DE BERLIN (1884-1885) PAR UN BRITANNIQUE

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À CHACUN SA PART

 

doc3 partage de l'Afrique

gif anime puces 029La grande mêlée

 

Quand la « mêlée pour l'Afrique » a suivi l'Acte de Berlin en 1885, la pression populaire réclamant que la Grande-Bretagne exige sa part, fut irrésistible. Il existait un sentiment largement partagé selon lequel, quelle que soit la valeur de nos possessions, celles-ci seraient perdues si d'autres nations venaient à prendre le contrôle de leurs arrière-pays et y imposaient des tarifs douaniers exorbitants. L'instinct de la Nation reconnaissait ainsi que la pérennité des empires résidait dans leur extension. L'importance vitale du contrôle des richesses tropicales avait déjà été comprise par les nations d'Europe ; la France, l'Allemagne, l'Italie, laissant de côté de leurs ambitions européennes réclamaient de grandes colonies en Afrique.

 

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Quand la Grande-Bretagne prit part à la mêlée, elle reconnut volontiers les prétentions de l'Allemagne. Elle se tint à l'écart du Cameroun où pourtant, les chefs locaux avaient plus d'une fois réclamé sa protection. Elle renonça à réclamer des territoires qu'elle était en droit de revendiquer au Congo. (...). En Afrique orientale, elle se contenta d'une simple fraction du pays qu'offrait le sultan de Zanzibar.

 

La conférence de Berlin limita l'obligation d'une occupation effective aux seules côtes. Le délégué britannique avait bien proposé que cette disposition fût étendue à l'intérieur des terres mais il s'était heurté à une opposition générale, largement inspirée par les Français. (...). Le principe du « consentement volontaire des indigènes dont les terres aliénées » avait été défendu par le représentant américain et tacitement accepté par tous.

 

La conférence ayant refusé de traiter clairement le problème de l'acquisition des terres de l'intérieur, la théorie allemande de l'Hinterland fut progressivement acceptée. Ainsi, une puissance qui n'était installée que sur la côte pouvait prétendre bénéficier seule d'une zone d'influence politique illimitée dans l'intérieur. A l'évidence, aucune méthode ne pouvait être pire que celle-là pour créer des difficultés et le « sommet » fut atteint lorsque la France prétendit limiter les frontières du Nigéria sous prétexte que cette région constituait l'Hinterland de l'Algérie.

 

 

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gif anime puces 029De gré ou de force. Des frontières artificielles

 

Les puissances dans leur hâte de déterminer leurs « sphères d'influence » n'avaient pas toujours le temps de passer des traités avec les indigènes et elles estimaient qu'il était suffisant de le notifier aux autres pays en indiquant qu'il s'agissait de l'Hinterland de possessions déjà acquises. Elles étaient alors vaguement délimitées en fonction des longitudes et des latitudes sans tenir compte des limites entre tribus ou bien de la géographie. 

(F.D. Lugard, The dual mandate in British Tropical Africa, Londres 1922)

 

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L’Afrique subsaharienne en 1890

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 07:07

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LE CONGO ENTRE BELGES ET FRANÇAIS

 

 

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A partir de 1880, les explorations prirent une couleur politique et nationaliste plus affirmée. On y va avec le drapeau de sa nation en poche, dans l'espoir de le hisser sur des portions d'Afrique. L'action des explorateurs n'est plus un acte solitaire en marge des intérêts nationaux. L'explorateur se mue peu à peu en conquérant puis en colonisateur. La prise de possession de territoire devient désormais l'objectif et la priorité, et se fait au nom de sa nation. Chaque explorateur hisse son drapeau dans ces contrées lointaines. C'est désormais la course, la compétition, la rivalité entre les nations d'Europe partout en Afrique. C'est ainsi qu'entre l'explorateur français Brazza et son homologue britannique Stanley (passé au service du roi des Belges Léopold II) s'engagea une véritable course de vitesse pour découvrir l'embouchure du fleuve Congo, dans la zone équatoriale, course qui se transforma en lutte acharnée à l'arrivée. Le résultat de cette confrontation fut le partage des deux rives du fleuve en territoire français au nord et en territoire belge au sud (propriété du roi des Belges). Les capitales des deux futures colonies (et futurs Etats, Congo-Brazzaville et Congo-Zaïre) se situant de part et d'autre des rives du fleuve Congo.

 

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Brazzaville et Stanleyville

 

Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905). Italien ayant acquis !a nationalité française, avait remonté l'Ogoué. au Gabon, sans parvenir jusqu'au cours du Congo (1875-1878). Lorsqu'il apprit le succès de l'expédition de Stanley et les nouveaux projets formés par ce dernier, il demanda au ministre de la Marine, par une note de caractère impersonnel (1879), l'organisation d'une nouvelle mission. Il put ainsi gagner la rive droite du Congo, fonder Brazzaville et signer un traité de protectorat avec Makoko, souverain du pays Batéké ; c'est la ratification de cet accord qu'il demanda en 1882 dans un rapport au ministre de la Marine.

(Napoléon Ney, Conférences et lettres de P. Savorgnan De Brazza) 

 

gif anime puces 029La rive gauche

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Stanley au service de Léopold II

 

gif anime puces 029La rive droite

 

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Pierre Savorgnan de Brazza au service de la France

 

gif anime puces 029Lettre de Brazza au ministre de la Marine

 

Les dernières découvertes en Afrique nous ont appris que le Congo, barré dans son cours inférieur par des rapides et par des chutes, est navigable dans son cours supérieur pendant près de deux mille kilomètres sans compter la partie navigable que peuvent présenter neuf affluents qu'il reçoit dans cette région. L'embouchure du Congo n'appartient à aucune puissance européenne. Un peu au Sud se trouve la colonie portugaise d'Angola ; un peu au Nord la colonie française du Gabon...

 

Frappées des avantages commerciaux que présente cette grande artère, diverses nations cherchent à en prendre possession. Le gouvernement belge, en particulier, vient d'y envoyer Stanley avec un matériel considérable et des ressources illimitées. Seule la France, qui a plus de droits que toute autre puissance, et par la situation de sa colonie du Gabon, et par l'exploration officielle faite par un officier français, ne peut s'abstenir dans cette lutte pacifique. Il suffirait pour réserver nos droits, et sans engager l'avenir, d'aller planter le drapeau français à Stanley Pool avant que l'expédition belge n'ait pu le faire. Ce serait possible si. pendant que Stanley, obligé de se frayer une route dans un pays difficile, a sa marche ralentie par un matériel considérable et des impedimenta nombreux. M. de Brazza connaissant le pays partait de la colonie française sans bagages et arrivait par une marche rapide au-dessus des chutes du fleuve... 

 

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Fleuve Congo

 

gif anime puces 029Deux capitales de part et d’autre du fleuve

 

Deux drapeaux flottent actuellement sur le point le plus rapproché de l'Atlantique où le Congo intérieur commence à être navigable. Sur la rive droite, à Brazzaville, le pavillon français représente notre droit d'accès au Congo intérieur. En face de nous, à Stanley Pool, un pavillon inconnu, à l'abri d'une idée internationale d'humanité, de science et de civilisation, tend à inaugurer le monopole commercial d'une compagnie qui aspire à devenir souveraine et dont le mandataire agit déjà en souverain. C'est notre droit d'accès que nous ratifions en ratifiant le traité. En ne le ratifiant pas nous laissons le champ libre à la réalisation d’une neutralité de nom et d'un monopole de fait...

 

Brazzaville se trouve avoir-été occupée provisoirement pendant deux ans, par un sergent et trois matelots noirs français auxquels j'avais donné le droit d'arborer notre pavillon. N'ayant pas qualité pour traiter, c'est sous ma propre responsabilité, qu'en occupant Brazzaville, j'ai profité des bonnes dispositions de Makoko à l'égard de la France dont j’étais le représentant. N'ayant fait qu'accepter, sous bénéfice d'inventaire, une cession de territoire, j'ai l'honneur, Monsieur le .Ministre, de vous demander la ratification d'un traité par lequel une seule des parties contractantes (les chefs noirs) se trouve liée...

 

gif anime puces 029Cession de territoire à la France : une nouvelle colonie

 

Notre ratification n'aurait pas d'inconvénients :

 

bouton 0061- Le fait que ce traité a été maintenu par les indigènes et respecté par d'autres Etats, grâce à la seule présence de notre pavillon, est la preuve évidente que la ratification ne donnera point prise à des complications futures.

 

bouton 0062-Nos seuls concurrents ont implicitement reconnu nos droits de premiers occupants, en demandant à s'établir en face de nous.

 

bouton 0063- Aucune complication n'est à prévoir de la part des indigènes, puisque ce sont les avantages qu'ils espèrent tirer de notre présence qui les ont engagés à venir au devant de nous.

 

bouton 0064- La France et le Portugal étant par leurs colonies reconnues les seules nations à portée de cette contrée, il n'y a que ce dernier pays qui pourrait vouloir profiter de la situation géographique pour revendiquer ses droits d'accès au Congo intérieur par la rive Sud. Mais en donnant même la plus large interprétation à ces traités, tombés en désuétude depuis un siècle et demi, nous sommes à l'abri de ses prétentions...

 

bouton 0065- L'Angleterre, qui, depuis trois ans, a jeté les yeux sur le bassin du Congo et cherche, par ses missionnaires, à se créer des droits, n'a actuellement aucun intérêt commercial à défendre...

 

La ratification du traité aurait des avantages :

 

bouton 0071- En effet le traité nous permet de faire valoir sans contestation, dès maintenant et dans la suite, des droits de souveraineté effective sur ce point..

 

bouton 0072- Il nous ferait prendre position à l'une des extrémités de la voie qui est fatalement appelée à jouer un rôle considérable dans l'avenir, je veux parler de celle qui reliera l'Atlantique au Congo intérieur navigable...

 

Seul à bien connaître la situation privilégiée faite par les dernières découvertes à notre colonie du Gabon, je crus de mon premier devoir d'assurer à la France le bénéfice d'une priorité d'occupation qui sauvegarde ses droits, dans une contrée devenue l'objectif de toutes les nations*...

(Napoléon Ney, Conférences et lettres de P. Savorgnan De Brazza) 

 

* Le traité fut ratifié à l'unanimité par les Chambres et promulgué le 30 nov. 1882

 

NB : Il existait enre la France et la Belgique des accords datant de 1884 et 1908 conférant à la France un droit de préemption si le roi des Belges renonçait à sa souveraineté sur le Congo. La France a toujours rêvé de l'application de ces accords qui lui aurait permis de réunir les deux Congo sous sa bannière, rêve qui ne fut pas exhaussé.

 

casque colo

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 06:15

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L’EXPANSION COLONIALE EN AFRIQUE

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Les signes annonciateurs de la ruée et du partage. Léopold II de Belgique et le Congo

 

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gif anime puces 029Une conférence historique

 

Au mois de septembre 1876, une conférence géographique fut réunie à Bruxelles par le roi Léopold II de Belgique, qui voulait, à partir de cette réunion, créer les bases d’une vaste association connue sous le nom d’« association internationale africaine ».

 

Dans le discours d’ouverture, Léopold II expose les raisons qui, selon lui, doivent motiver l’engagement des principales nations européennes dans la conquête et l’occupation de l’Afrique.

 

gif anime puces 583ALLOCUTION DE LEOPOLD II A L'OUVERTURE DE LA CONFERENCE DE BRUXELLES 1876 

 

Messieurs, permettez-moi de vous remercier chaleureusement de l'aimable empressement avec lequel vous avez bien voulu vous rendre à mon invitation. Outre la satisfaction que j'aurai à entendre discuter ici les problèmes à la solution desquels nous nous intéressons, j'éprouve le plus vif plaisir à me rencontrer avec les hommes distingués dont j'ai suivi depuis des années les travaux et les valeureux efforts en faveur de la civilisation. 

 

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Léopold II, roi des Belges

 

gif anime puces 029Au nom de la civilisation, les amis de l’Humanité

 

Le sujet qui nous réunit aujourd'hui est de ceux qui méritent au premier chef d'occuper les amis de l'humanité. Ouvrir à la civilisation la seule partie du globe où elle n'ait point encore pénétré, percer les ténèbres qui enveloppent des populations entières, c'est, j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle de progrès ; et je suis heureux de constater combien le sentiment public est favorable à son accomplissement ; le courant public est avec nous.

 

Messieurs, parmi ceux qui ont le plus étudié l'Afrique, bon nombre t ont été amenés à penser qu'il y aurait avantage pour le but commun qu'ils poursuivent à ce que l'on pût se réunir et conférer en vue de régler la marche, de combiner les efforts, de tirer parti de toutes les ressources, d'éviter les doubles emplois.

 

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gif anime puces 029Le règlement à l’amiable de la question africaine

 

Il m'a paru que la Belgique, Etat central et neutre, serait un terrain bien choisi pour une semblable réunion et c'est ce qui m'a enhardi à vous appeler tous, ici, chez moi, dans la petite conférence que j'ai la grande satisfaction d'ouvrir aujourd'hui. Ai-je besoin de dire qu'en vous conviant à Bruxelles, je n'ai pas été guidé par des vues égoïstes ? Non, Messieurs, si la Belgique est petite, elle est heureuse et satisfaite de son sort ; je n'ai d'autre ambition que de la bien servir. Mais je n'irai pas jusqu'à affirmer que je serais insensible à l'honneur qui résulterait pour mon pays de ce qu'un progrès important dans une question qui marquera dans notre époque fût daté de Bruxelles. Je serais heureux que Bruxelles devînt en quelque sorte le quartier général de ce mouvement civilisateur.

 

Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pourrait entrer dans vos convenances de venir discuter et préciser en commun, avec l'autorité qui vous appartient, les voies à suivre, les moyens à employer pour planter définitivement l'étendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale ; de convenir de ce qu'il y aurait à faire pour intéresser le public à votre noble entreprise et pour l'amener à y apporter son obole. Car, Messieurs, dans les œuvres de ce genre, c'est le concours du grand nombre qui fait le succès, c'est la sympathie des masses qu'il faut solliciter et savoir obtenir.

 

De quelles ressources ne disposerait-on pas, en effet, si tous ceux pour lesquels un franc n'est rien ou peu de chose, consentaient à le verser à la caisse destinée à supprimer la traite dans l'intérieur de
l'Afrique ?

 

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gif anime puces 029Éradiquer la traite

 

De grands progrès ont déjà été accomplis, l'inconnu a été attaqué de bien des côtés ; et si ceux ici présents qui ont enrichi la         science de si importantes découvertes voulaient nous en tracer les points principaux, leur exposé serait pour tous un puissant encouragement.

Parmi les questions qui seraient encore à examiner, on a cité les suivantes :

 

1-Désignation précise des bases d'opération à acquérir, entre autres sur la côte de Zanzibar et près de l'embouchure du Congo, soit par conventions avec les chefs, soit par achats ou locations à régler avec les particuliers.

 

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gif anime puces 029Abolir l’esclavage interne

 

2-Désignation des routes à ouvrir successivement vers l'intérieur et des stations hospitalières, scientifiques et pacificatrices à organiser comme moyen d'abolir l'esclavage, d'établir la concorde entre les chefs, de leur procurer des arbitres justes, désintéressés, etc.

 

3-Création, l'œuvre étant bien définie, d'un comité international et central et des comités nationaux pour en poursuivre l'exécution chacun en ce qui le concerne, en exposer le but au public de tous les pays et faire au sentiment charitable un appel qu'aucune bonne cause ne lui a jamais adressé en vain.

 

Tels sont, Messieurs, divers points qui semblent mériter votre attention ; s'il en est d'autres, ils se dégageront de vos discussions et vous ne manquerez pas de les éclaircir.

 

 

Au fil des ans cependant, l’intérêt du roi des Belges se précise pour le territoire du Congo. Ce fut alors, en 1886, la création de l’État indépendant du Congo, propriété privée du roi, qui sera alimenté par les contributions personnelles du souverain et par des fonds d’emprunt. Léopold II se charge de tout ce qui se rapporte à la politique et à l’administration, ainsi que de la vie du nouvel État, laissant à d’autres, notamment à des compagnies privées, le soin de l’exploitation économique et du commerce. C’est alors qu’entre dans le jeu le privé avec les conséquences que l’on sait : cruautés inouïes, esclavage du travail forcé, abus et exactions de toute nature.

 

Mais, les intérêts du roi des Belges se heurtent à ceux d’autres nations, notamment des Français dans la région : le bassin du Congo.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 06:30

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RENCONTRES ET RÉACTIONS

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Les premiers contacts : prémices d’une ère nouvelle

 

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gif anime puces 029Au village, à l’ombre des cases

 

TROIS EXEMPLES DE REACTIONS AFRICAINES A LA DOMINATION COLONIALE. 

 

bouton 006Un chef kikuyu (ethnie du Kenya) décrit l'arrivée d'un administrateur britannique au début du XXème siècle.

 

Un homme aux joues roses vint un jour à notre conseil. Il venait de loin, d'un endroit où les gens habitent dans des maisons de pierre et où ils ont leur propre conseil. Il s'assit au milieu de nous et nous parla du roi des « joues roses » qui était un grand roi qui vivait dans un pays au-delà des mers. « Ce roi est maintenant le vôtre » dit-il, « et toutes ces terres lui appartiennent », il ajouta ensuite qu'on pouvait continuer à y vivre étant donné qu'il était notre père et que nous étions ses fils. Ces nouvelles étaient étonnantes car cette terre était bien la nôtre ; nous n'avions pas de roi et nous élisions notre conseil qui faisait nos lois. Nos aînés tentèrent patiemment d'expliquer cela à « joues roses » qui écouta. A la fin, il déclara : « Nous savons tout cela mais ce que je vous ai dit est un fait : vous avez dorénavant un roi et dans la ville appelée Nairobi, il y a un conseil et un gouvernement qui agissent au nom du roi et ses lois sont les lois... » (A plague for Europeans, Penguin, Londres)

 

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gif anime puces 029Poème annonciateur

 

bouton 006Poème ( en arabe) du nord de la Gold Coast (actuel Ghana, ancienne colonie britannique), vers 1900

 

...Un soleil de désastre s'est levé dans l'ouest

Eblouissant les hommes et les endroits peuplés

Pour parler clair, je parle de la catastrophe des chrétiens

La calamité chrétienne est venue sur nous

Comme un nuage de poussière

Au début, ils sont venus pacifiquement

Avec des discours mielleux

 

« Nous sommes venus faire du commerce » disaient-ils

« Pour changer les croyances des gens

« Pour faire cesser l'oppression et le vol

« Pour nettoyer et balayer la corruption. »

 

Aucun d'entre nous ne comprit leurs raisons

Et maintenant, nous sommes leurs inférieurs

Ils nous ont trompés avec des petits cadeaux

Et ils nous ont nourris de mets savoureux

Mais ils viennent de changer de mélodie.

(The struggie for power, Logman, Londres.

 

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L’explorateur Paul Crampel au Congo en 1891

 

gif anime puces 029Les temps nouveaux

 

bouton 006Un chef du sud du Tanganyika ( actuelle Tanzanie), répond à l'administrateur allemand de Lindi qui lui a ordonné de se rendre sur la côte (1890).

 

J'ai lu votre lettre mais je ne vois aucune raison qui me contraindrait à vous obéir, je préférerai mourir. Je n'ai aucune relation avec vous et je ne me souviens pas que vous m’ayez donné quoi que ce soit. Je cherche une raison qui pousserait à vous obéir et je n'en trouve aucune. Si c'est une question d'amitié, je ne refuserai jamais mais je ne serai jamais votre sujet. Je ne tomberai jamais à vos pieds car vous êtes tout comme moi une créature de Dieu. Je suis le « sultan » de mon peuple et vous êtes le « sultan » du vôtre. Je ne vous demande pas de m'obéir car je sais que vous êtes un homme libre. Depuis que je suis ici, je n'ai jamais mis les pieds sur la côte ; irais-je maintenant parce que vous me l'ordonnez ? Je ne viendrai pas, si vous êtes assez fort, venez me chercher.

(Deutschland, Zanzibar, Ost-Afrika. Geschichte einer Deutschen Kolonialeroberung, 1884-1890. Berlin)

 

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 07:20

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LA BRETAGNE AUX QUATRE VENTS

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Bretons ici et ailleurs

 

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Les témoignages relatifs à l'accueil des opprimés de la Deuxième Guerre mondiale comme ceux de la Première, plaident en faveur de la Bretagne. Mais, cette main généreusement tendue aux éprouvés, aux prisonniers de guerre africains, comme aux fugitifs persécutés, de toutes origines ne viendrait-elle pas de périodes encore plus anciennes ?

 

S'il apparaît dès juin 1940, lors de la débâcle « que s'il y avait bien un endroit où il fallait se réfugier, c'était la Bretagne », beaucoup l'avaient déjà compris, sans doute longtemps avant. Serait-on venu en Bretagne si tant de Bretons n'avaient pas ouvert hier les routes du monde ?

 

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Découvreurs et administrateurs

 

Du Malouin Jacques Cartier au Quimpérois Yves de Kerguelen, du Brestois Victor Segalen à cet autre Malouin, Pierre Louis Moreau de Maupertuis, ce dernier à la tête d'une expédition pour mesurer la courbure de la terre (tout un symbole !), la liste des Bretons découvreurs et explorateurs du monde est très longue. L'Afrique aussi y eut sa part. Bien des épisodes de l'histoire de ce continent ont quelques liens avec des Bretons. L'un des plus connus est sans doute le Malouin Léopold Auguste Protêt, capitaine, puis amiral français (Saint-Servan 1808-Chang-Hai 1862). Nommé gouverneur du Sénégal de 1850 à 1854, puis à la tête de la division navale d'Afrique occidentale, il prend possession le 5 mai 1857, au nom de la France, du territoire de Dakar où il crée aussitôt un port et une base navale. C'est en effet à cette date « que le pavillon français a été, pour la première fois, hissé sur le village de Dakar. » C'est, assure Jacques Charpy (Rennais, historien de la fondation de Dakar), à compter de cette date que « débutait l'extraordinaire histoire de ce village sans ambition, devenu en un siècle, une cité, un port, une capitale. »

 

Par son génie extraordinaire, il bâtit la nouvelle ville et lui conféra les fondements de son rayonnement futur : capitale, siège du gouvernement général de l'Afrique occidentale. Première métropole d'Afrique subsaharienne par son rayonnement économique et culturel, Dakar fut un des moteurs de l'expansion de la France en Afrique. Parmi les noms des plus distingués, figurant dans le lexique général des fondateurs et des commandants de Dakar ainsi que celui des personnalités ayant marqué la colonie du Sénégal, établis par Charpy[1], on relève ceux de nombreux Bretons :

 

bouton 007Louis-Edouard Bouet-Willaumez, né à Brest en 1808, gouverneur du Sénégal de 1842 à 1844, puis du Gabon.

 

bouton 007Dagorne, capitaine de Frégate, commandant particulier de Gorée du 24 juin 1836 au 14 avril 1845.

 

bouton 007Jean René Fleuriot de Langle, né en 1809, Finistérien, il participa à la conquête de l'Algérie en 1830, mais surtout, il s'engagea activement dans la lutte contre la traite des Noirs le long des côtes d'Afrique de l'Ouest avant d'entreprendre une mission d'exploration et de découverte de l'intérieur du continent.

 

bouton 007Jean-Baptiste Montagniés de la Roque, né en 1793 à Lorient, capitaine de vaisseau, gouverneur du Sénégal en 1841.

 

bouton 007Jean-Baptiste Bouvet de Lozier, né à Saint-Malo en 1705, fut gouverneur de l'Ile-de-France (île Maurice) et de l'Ile-Bourbon (île de la Réunion) de 1750 à 1763.

 

bouton 007Paul-Marie Rapanel, né à Rennes en 1782, fut lieutenant général en Afrique en 1822 et gouverneur général (par intérim) de l'Algérie en 1836.

 

Jacques Cartier, découvreur du Canada, ou François Pyrard, marchand lavallois qui, « parti de Saint-Malo en 1601 en compagnie d'associés malouins et vitréens gagna l'océan Indien » ou encore le Malouin Mahé de la Bourdonnais (1699-1753) qui finit gouverneur de l'Île-de-France et de l'île Bourbon. Des intellectuels, scientifiques, savants, artistes bretons, tous prirent le large pour rencontrer, échanger sous d'autres cieux. Le peintre et dessinateur André Coppalle, né à Bourg-des-Comptes (Ille-et-Vilaine) s'installa à la cour du roi de Madagascar Radama Ier, dont il fut un familier et le portraitiste.

 

Bien d'autres noms d'aventuriers, de conquérants, de marchands ou d'administrateurs complètent ce vaste tableau de ces Bretons « Aux Quatre Vents », du XVIe au XIXe siècle. 

 

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Sur les routes du monde

 

De même apparaissent des noms de Bretons qui, sans être administrateurs coloniaux ou capitaines en mission sur les côtes d'Afrique, n'en ont pas moins marqué ce continent d'une forte empreinte, pour le meilleur et parfois pour le pire. Parmi eux, Jean-Marie Lamennais, né en 1780 à Saint-Malo, fondateur de l'institution chrétienne de Ploërmel, à l'origine des premières écoles françaises implantées au Sénégal et vouées à l'instruction des petits Sénégalais.

 

Enfin, parmi bien d'autres Bretons, une personnalité sans lien direct avec l'Afrique, mais auteur d'une lettre qui ne manque pas d'intérêt :

 

Alexandre Brethel né à Douarnenez, pharmacien et planteur installé au Brésil, adressa à son oncle François Gouziel une lettre datée du 6 février 1868. Même si le Brésil n'appartient pas au continent africain, cette lettre constitue une bonne synthèse du mythe entourant la France et les Français sur tous les continents du globe, du XVIIe au XIXe siècle. Elle aurait pu tout aussi bien provenir d'un ressortissant français vivant à Gorée au Sénégal ou à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire :

 

« Le Brésilien estime le Français surtout parce qu'il est de bonne foi, qu'il est gai et communicatif. Il sait que l'étranger est une riche acquisition pour le pays, parce qu'il y vient avec de l'expérience acquise et avec du courage. Il aime au-dessus de tout la France, parce que la France est une nation de cœur qui a versé son sang sur toutes les parties du monde pour le triomphe d'idées généreuses et non comme l'Anglais pour de l'argent. Il n'aime pas le Portugais qui est âpre au gain, avare, grossier et qui lui rappelle de douloureux souvenirs de domination. Il a peu de sympathie pour l'Anglais, l'Allemand qui forme des centres de réunion l'un pour exploiter les mines, l'autre pour former des colonies ; là, ils vivent comme dans la mère patrie et se grisent, l'un buvant du gin, l'autre de la bière. Et si quelques-uns d'entre eux s'égarent dans l'intérieur, c'est pour parler un brésilien impossible avec un accent comme s'ils avaient des osselets dans la gorge. Ils n'aiment pas l'Italien qu'ils regardent comme des fauteurs de troubles domestiques avec leurs idées de liberté qu'ils insinuent aux esclaves. Ils n'estiment pas le Chinois qui, d'ailleurs, vient très mal représenté par quelques malheureux qui remplissent les rôles les plus subalternes de la vie.

 

Le Français, seul, il l'aime. Vous trouvez d'ailleurs le Français partout, il est niché sur les hautes montagnes du Mato-Grosso, il est roi en Auricanie et même Dieu dans une tribu indienne. Le Français voyage à dos de bœuf dans les provinces du nord, à dos de mulet dans les provinces du centre, et il galope sur un cheval à demi-sauvage dans les vastes plaines des provinces du Sud.

 

Le Français est tout, il est Dieu, roi, ministre, homme de guerre, homme de loi, docteur ès rébus notis et ignotis, perruquier, danseur de corde, il est grand buveur, grand rieur, grand conteur ; le Français est tout et grand en tout. Et comme je l'ai dit, il se glisse partout. » 

 

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Missionnaires bretons : l’appel de l’Afrique

 

Mais la Bretagne fut aussi terre de mission, une grande région de départ des missionnaires français vers les différents continents. Et l'histoire générale des relations entre la France et l'Afrique est marquée par l’action des missionnaires, ce continent ayant été une des principales destinations de ces derniers, tout au long du XIXe et de la première moitié du XXe siècle.

 

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Déconvenues et dévouement

 

Pour ces hommes et ces femmes engagés en Afrique, les dures déconvenues de toute nature accompagnaient cette œuvre missionnaire. Ils l'acceptaient comme une donnée inhérente à la nature de cet engagement. Des dix Pères Blancs massacrés en Afrique, quatre étaient Bretons. Le Père Ducasse, un Nantais, un des tout premiers missionnaires envoyés dans la région des Grands Lacs, et qui se dévouait à l'éducation de jeunes Africains arrachés à l'esclavage, eut le corps criblé de flèches par une bande d'esclavagistes en 1881.

 

Mais rien ne put arrêter ces hommes et ces femmes dans leur élan quasi mystique où le désir et la volonté d'action au service des autres puisaient au plus profond d'eux-mêmes des forces sans cesse renouvelées.

 

Quelques noms de personnalités ou d'institutions religieuses qui ont marqué l'action missionnaire des Bretons en Afrique sont connus et souvent cités. Le Père J.-M. Coquard (1886-1933) de Loire-Atlantique arriva au Nigeria dans l'agglomération d'Abeokuta qui bénéficia rapidement de ses talents de médecin chirurgien et d'habile organisateur. Il la dota de plusieurs dispensaires, d'un hôpital, d'une maternité et d'une léproserie. Cette ville lui manifesta sa reconnaissance en lui élevant une statue.

 

Monseigneur Hippolyte Bazin, né à Saint-Aubin du Cormier (Ille-et-Vilaine), était depuis une dizaine d'années, Supérieur du grand Scolasticat de Carthage lorsqu'en 1901, il fut nommé vicaire apostolique du Soudan français (le Mali actuel), mission qu'il accomplit jusqu'en 1910.

 

Un autre missionnaire breton, le Père Pichaud (1869-1902), envoyé au Dahomey (actuel Bénin) fut « un grand défricheur ». Entre autres réalisations pour le service des habitants, il créa un grand orphelinat agricole à Zagnonado ; il fit planter un grand nombre d'arbres à caoutchouc et les 15 000 premiers cacaoyers de la colonie. Et, toujours selon les informations du Père Joseph Michel, il importa aussi au Dahomey des manguiers, des plants d'ananas, des vanilliers et plusieurs espèces de bananiers. Plus au Sud, les Frères de Ploërmel s'installaient en 1900 dans un internat fondé à Libreville au Gabon.

 

Le Père Francis Augiais, né à Saint Père en Retz, en Loire-Atlantique, fut également missionnaire au Dahomey pendant vingt-quatre ans. Et, précise Joseph Michel, autant que cela est possible à un Européen, il se fit africain parmi les Africains et fut un grand éducateur. Mais, plus que d'autres Européens, il sut voir que les Dahoméens avaient des traditions plus que respectables et un art de grande valeur « que, par des conférences, des expositions et des films, il fit connaître en France et en Belgique ». En 1928, il fut élu provincial par ses confrères français. Il adressa au Bureau International du Travail (BIT) à Genève, un rapport sur le travail forcé en AOF ; rapport publié par la Revue apologétique en août 1929.

 

Ce rapport déplut au gouvernement français au point qu'au cours d'un entretien avec le Père Chabert, à l'époque supérieur général des Missions Africaines, le Président de la République, Gaston Doumergue, s'étonna qu'un missionnaire français ait pu traîner sa patrie devant une instance internationale. Les conséquences de cette initiative du missionnaire ne tardèrent pas. Après trois années de provincialat, le Père Augiais fut rétrogradé comme professeur de sixième et cinquième dans une petite école apostolique des Landes avant de retrouver ses fonctions et son titre de provincial en 1934. Les Dahoméens qui étaient eux conscients de l'utilité de son œuvre, mais surtout du respect et de la grande proximité qui les liaient au religieux français, en signe de reconnaissance, l'élurent député à l'Assemblée constituante (les habitants des territoires d'outre-mer ayant obtenu le droit de suffrage au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale). Sa mort survenue peu de temps après son entrée au Palais Bourbon « fut une immense perte tant pour l'Église que pour l'Afrique ».

 

Les religieuses, de toutes obédiences ne furent pas en reste. Sœur Marie Dédier (1859-1929) arriva au Congo français en 1893 après une dizaine d'années d'apostolat au Sénégal. Elle y exerça ses activités d'infirmière et d'enseignante, mais elle s'occupa aussi de « l'œuvre des fiancées : 2867 jeunes filles passèrent par ses mains ; elle put marier 1532 d'entre elles ». Parallèlement « à l'œuvre des fiancées de Brazzaville, où il y avait d'ordinaire 110 internes, elle joignit une école fréquentée par 180 fillettes de 12 à 17 ans, appartenant à 16 tribus ». Puis toujours au Congo, ce fut l'orphelinat du Père Augouard (dont il sera question plus loin) pour jeunes métisses.

 

En 1927, le gouvernement français décerna à Sœur Marie Dédier la Croix de la Légion d'Honneur pour son œuvre auprès des populations autochtones du Congo et de l'Afrique en général.

 

Ces Bretons missionnaires, dans leur ensemble, hommes et femmes, contribuèrent de façon décisive à tisser des liens profonds entre la Bretagne et l'Afrique, à travers les siècles et les vicissitudes de l'histoire passée et présente.

 

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Mgr Augouard (1852-1921)

au Congo en 1905

 

Mœurs et coutumes étranges !

 

Enfin, de tous ces noms de missionnaires en Afrique émerge celui du Père Prosper Augouard qui, quoique Poitevin de naissance, fit son noviciat en Bretagne avant d'être nommé prêtre en 1876, et fut Breton d'adoption. Il ne serait pas de mon point de vue excessif d'affirmer qu'après la foi, l'Afrique fut sa vocation. Mais, peut-être que ces deux vocations se rejoignaient intimement en lui pour n'en faire qu'une en définitive.

 

Le Père Augouard fut d'abord évêque de l'Oubangui (l'actuelle République Centrafricaine) où il arriva en 1890. Au Congo Brazzaville ensuite où il fut nommé, il fit bâtir plusieurs missions dont la mission Saint-Joseph de Linzolo, puis celle de Saint-Paul de Kassaï au confluent des fleuves Kassaï et Congo.[2] 

 

En 1871, le gouvernement français avait décidé d'abandonner le Gabon, colonie jugée trop lointaine et trop onéreuse. Ce sont les missionnaires catholiques français qui prirent la relève, s'accrochèrent fermement, y investirent, l'organisèrent jusqu'au retour officiel de la France en cette terre d'Afrique. Ils maintinrent ainsi seuls la présence française dans cette possession.

 

L'une des occupations principales, parmi beaucoup d'autres, du Père Augouard fut le rachat de jeunes enfants esclaves à leurs propriétaires africains pour les instruire. Par ailleurs, ses rapports et les cartes qu'il dressa du Congo « aidèrent Jules Ferry à obtenir en février 1885 à la conférence de Berlin, la reconnaissance de fait de la nouvelle colonie française du Congo ». Comment s'étonner dès lors que la Bretagne apparaisse aujourd'hui encore pour des Congolais comme une autre Patrie ?

 

Outre le rachat de petits enfants esclaves pour en faire des écoliers, les former pour en faire des hommes et des femmes libres capables de se suffire à eux-mêmes, le Père Augouard, après avoir fondé plusieurs missions, s'évertua à lutter contre les épidémies et la polygamie. Quelques épisodes croustillants ponctuent l'ensemble de son action et son engagement pour ces causes. Le rappel de quelques-uns de ces épisodes n'est pas sans intérêt, tel qu'il apparaît dans l'ouvrage cité (L’Appel de l'Afrique).

 

Un soir de 1898, alors qu'il venait d'accoster sur le fleuve Oubangui pour faire du bois, « à peine le bateau amarré qu'un homme sauta à bord. L'évêque accourut :

 

-Que viens-tu faire ici ?

-Mon chef veut me manger.

-Je comprends que ça ne te plaise pas. Mais ton maître va venir te réclamer.

-Oh ! Tu t'arrangeras avec lui. J'y suis et j'y reste.

-Mais, s'il me fait palabre ? S'il me fait la guerre ?

-Oh ! Tu seras bien plus fort.

 

Cinq minutes plus tard, le chef surgit :

 

-Tu as mon esclave

-Pardon. Tu vois à l'avant du bateau le pavillon de la mission et à l'arrière, le drapeau de la France ? Ici, c'est la terre française, il n'y a pas d'esclaves.

 

Le chef redescendit furieux. »[3] 

 

Le Père Augouard n'était pas seulement sauveur des enfants et des jeunes adultes de l'asservissement par la pratique de l'esclavage encore en vigueur dans cette partie de l'Afrique en cette fin de XIXe siècle. Il eut aussi à se battre contre une autre pratique d'asservissement : la polygamie ainsi que rapporté dans L’Appel de l'Afrique.

 

«Succédant aux esclaves, des jeunes filles se réfugiaient maintenant dans les missions pour échapper aux vieillards polygames et se marier à de jeunes chrétiens. »

 

Commentant cet épisode, Alain Frerejean et Charles-Armand Klein constatent « À une époque où trop de fonctionnaires coloniaux pactisaient avec l'esclavagisme des sociétés concessionnaires[4], l'équipe de Mgr Augouard incarnait les valeurs de la République. »

 

(Voir : Tidiane Diakité, L’immigration n’est pas une histoire sans paroles, Les oiseaux de Papier, 2008)

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[1] Ce n'est sans doute pas un hasard si le Rennais Jacques Charpy, fondateur et administrateur des Archives de l'AOF à Dakar, fut l'invité d'honneur du gouvernement sénégalais aux dernières cérémonies de commémoration (en 2007) du 200e anniversaire de la fondation de la ville de Dakar.

 

[2] Alain Frerejean et Charles-Armand Klein, l' Appel de l'Afrique, les pionniers de l'Empire colonial français, Perrin, 2002.

[3] id

[4] Les sociétés concessionnaires étaient des sociétés privées qui, installées dans les colonies, exploitaient ces dernières avec un cahier des charges ; grâce à des concessions accordées par la métropole. Les abus constatés surtout en Afrique centrale et équatoriale, amenèrent l’Etat à mettre fin à ce système.

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 10:11

001-CALEXIS DE TOCQUEVILLE : DE LA RÉVOLUTION ET DES RÉVOLUTIONNAIRES

 

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A chacun sa révolution et ses révolutionnaires

 

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 La Liberté incarnée

 


gif anime puces 025Après la Révolution française : réactions et réflexions

 

1789, c’est sans doute un des moments majeurs de l’Histoire, et pour la France, une accélération sans précédent de l’histoire nationale, l’acte fondateur de la France moderne et le creuset de la nation française.


Un mouvement puissant et créateur, un événement sans précédent, passionnant et fondateur, que ses acteurs ont voulu universel, par ses idéaux et ses acquis. Un ébranlement systémique, aux effets planétaires, passés et présents.


Le regard d’Alexis de Tocqueville fait partie de ces réactions, à froid, qui suscitent réflexions, peut-être réactions et débats, en tout cas méditation.

 

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 Alexis de Tocqueville

 


gif anime puces 0251789 : la Révolution enchantée !

 

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 La prise de la Bastille


gif anime puces 025Des révolutionnaires d’une espèce inconnue, avec ou sans culottes

 

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 Les sans-culottes autour de l'arbre de la Liberté


« Si les Français qui firent la Révolution étaient plus incrédules que nous en fait de religion, il leur restait du moins une croyance admirable qui nous manque : ils croyaient en eux-mêmes. Ils ne doutaient pas de leur perfectibilité, de la puissance de l'homme; ils se passionnaient volontiers pour sa gloire, ils avaient foi dans sa vertu. Ils mettaient dans leurs propres forces cette confiance orgueilleuse qui mène souvent à l'erreur, mais sans laquelle un peuple n'est capable que de servir ; ils ne doutaient point qu'ils ne fussent appelés à transformer la société et à régénérer notre espèce. Ces sentiments et ces passions étaient devenus pour eux comme une sorte de religion nouvelle, qui produisant quelques-uns des grands effets qu'on a vu les religions produire, les arrachait à l'égoïsme individuel, les poussait jusqu'à l'héroïsme et au dévouement, et les rendait souvent comme insensibles à tous ces petits biens qui nous possèdent. »

 

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« J'ai beaucoup étudié l'histoire, et j'ose affirmer que je n'y ai jamais rencontré de révolution où l'on ait pu voir au début, dans un aussi grand nombre d'hommes, un patriotisme plus sincère, plus de désintéressement, plus de vraie grandeur. La nation y montra le principal défaut, mais aussi la principale qualité qu'a la jeunesse, l'inexpérience et la générosité.


Et pourtant l'irréligion produisit alors un mal public immense.


Dans la plupart des grandes révolutions politiques qui avaient paru jusque-là dans le monde, ceux qui attaquaient les lois établies avaient respecté les croyances, et, dans la plupart des révolutions religieuses, ceux qui attaquaient la religion n'avaient pas entrepris du même coup de changer la nature et l'ordre de tous les pouvoirs et d'abolir de fond en comble l'ancienne constitution du gouvernement. Il y avait donc toujours eu dans les plus grands ébranlements des sociétés un point qui restait solide.


Mais, dans la révolution française, les lois religieuses ayant été abolies en même temps que les lois civiles étaient renversées, l'esprit humain perdit entièrement son assiette; il ne sut plus à quoi se retenir ni où s'arrêter, et l'on vit apparaître des révolutionnaires d'une espèce inconnue, qui portèrent l'audace jusqu'à la folie, qu'aucune nouveauté ne put surprendre, aucun scrupule ralentir, et qui n'hésitèrent jamais devant l'exécution d'un dessein. Et il ne faut pas croire que ces êtres nouveaux aient été la création isolée et éphémère d'un moment, destinée à passer avec lui; ils ont formé depuis, une race qui s'est perpétuée et répandue dans toutes les parties civilisées de la terre, qui partout a conservé la même physionomie, les mêmes passions, le même caractère. Nous l'avons trouvée dans le monde en naissant; elle est encore sous nos yeux. »

 

 

gif anime puces 025Deux passions principales

 

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 République, liberté, égalité


« Ceux qui ont étudié attentivement, en lisant ce livre, « la France au XVIIIe siècle », ont pu voir naître et se développer dans son sein deux passions principales, qui n'ont point été contemporaines et n'ont pas toujours tendu au même but.


L'une, plus profonde et venant de plus loin, est la haine violente et inextinguible de l'inégalité. Celle-ci était née et s'était nourrie de la vue de cette inégalité même, et elle poussait depuis longtemps les Français, avec une force continue et irrésistible, à vouloir détruire jusque dans leurs fondements tout ce qui restait des institutions du moyen âge, et, le terrain vidé, à y bâtir une société où les hommes fussent aussi semblables et les conditions aussi égales que l'humanité le comporte.


L'autre, plus récente et moins enracinée, les portait à vouloir vivre non seulement égaux, mais libres.


Vers la fin de l'ancien régime, ces deux passions sont aussi sincères et paraissent aussi vives l'une que l'autre. A l'entrée de la Révolution, elles se rencontrent; elles se mêlent alors et se confondent un moment, s'échauffent l'une l'autre dans le contact, et enflamment enfin à la fois tout le cœur de la France. C'est 89, temps d'inexpérience sans doute, mais de générosité, d'enthousiasme, de virilité et de grandeur, temps d'immortelle mémoire, vers lequel se tourneront avec admiration et avec respect les regards des hommes, quand ceux qui l'ont vu et nous-mêmes auront disparu depuis longtemps. Alors les Français furent assez fiers de leur cause et d'eux-mêmes pour croire qu'ils pouvaient être égaux dans la liberté. Au milieu des institutions démocratiques, ils placèrent donc partout des institutions libres. Non seulement ils réduisirent en poussière cette législation surannée qui divisait les hommes en castes, en corporations, en classes, et rendaient leurs droits plus inégaux encore que leurs conditions, mais ils brisèrent d’un seul coup ces autres lois, œuvres plus récentes du pouvoir royal qui avaient ôté à la nation la libre jouissance d'elle-même, et avaient placé à côté de chaque Français le gouvernement, pour être son précepteur, son tuteur, et, au besoin, son oppresseur. Avec le gouvernement absolu la centralisation tomba (...)


A plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu'à nos jours, on voit la passion de la liberté s’éteindrepuis renaître, puis s'éteindre encore, et puis encore renaître ; ainsi fera-t-elle longtemps, toujours inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant ce même temps, la passion pour l’égalité occupe toujours le fond des cœurs dont elle s'est emparée la première ; elle s'y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers ; tandis que l'une change sans cesse d'aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l'autre est toujours la même, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permettent de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner. »


gif anime puces 601Charles Alexis Clérel de Tocqueville, écrivain et homme politique français, Paris, 1805, Cannes, 1859.

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 08:21

 

 

001-CDu petit comptoir français à la capitale de l’Afrique occidentale française


 

Carte st louis

 

gif anime puces 601Première cité française d’Afrique

 

Saint-Louis, la plus ancienne ville européenne d’Afrique de l’Ouest, fut fondée en 1659 par des Français qui lui donnèrent le nom de Louis XIV, roi de France. Elle fut capitale de la colonie du Sénégal, puis de l’Afrique occidentale française, statut qu’elle perdit en 1957 au profit de Dakar. Véritable tête de pont, c’est de Saint-Louis que la France essaimera sur le reste du Sénégal d’abord, puis sur toute l’Afrique de l’Ouest.

 

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Saint-Louis au XIXe siècle 

 


gif anime puces 601Une « francité » à toute épreuve

 

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Le fil ainsi noué avec la France ne fut jamais rompu, malgré les vicissitudes de l’histoire, qui firent basculer plus d’une fois la petite colonie dans le giron anglais au gré des guerres entre les deux nations, et des victoires sur la France. (de 1757 à 1779, puis de 1809 à 1814). Car les Britanniques ont toujours convoité le site de Saint-Louis, qu’ils ne réussiront jamais à conserver définitivement, grâce à l’opiniâtreté de Louis XIV et ses successeurs depuis le XVIIe siècle.

 

Mais, même sous la domination anglaise l’âme des Saint-Louisiens demeura française, et de tout temps, comme ils l’affirmaient, « le sang français coule dans nos veines », ils ne se virent que Français. Preuve de cet attachement à la France, durant les différents épisodes de l’occupation anglaise, les Saint-Louisiens ne voulurent jamais se soumettre entièrement aux lois de l’occupant. Ils exigèrent et obtinrent des concessions à cet égard, notamment celles qui leur permettaient de garder leurs « coutumes françaises ». Ces concessions accordées furent pour les Anglais le prix de leur domination.

 

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Une signare

 


Cet ancrage des Saint-Louisiens à la France se matérialise par le métissage biologique et culturel tout au long des siècles, incarné dans des célébrités du monde scientifique et artistique tels le grand philosophe Gaston Berger, (dont la grand-mère, Fatou Diagne, native de Gorée), et son fils, le célèbre chorégraphe, Maurice Berger, alias Maurice Béjart.

 

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  Maurice Béjart

 

 

Mais, quelle meilleure preuve de cette « francité » que les cahiers de doléances des Saint-Louisiens, envoyés aux Etats généraux réunis par Louis XVI à Versailles en mai 1789 ? La ville comptait alors un peu plus de 6000 habitants : blancs (progressivement établis depuis le XVIIe siècle), noirs libres, esclaves, et surtout métis. Ces derniers règneront longtemps sur Saint-Louis, économiquement et politiquement.

 

gif anime puces 601De Saint-Louis à Versailles

 

004.gifSÉNÉGAL, CAHIER DE DOLÉANCES

 

Doléances des habitants de Saint-Louis-du-Sénégal,

 

Saint-Louis-du-Sénégal, 15 avril 1789

 

« Très humbles doléances et remontrances des habitants du Sénégal aux citoyens français tenant les États-Généraux.

 

« Messieurs,

 

« Le roi vous a assemblés pour entendre, par votre bouche, les doléances de ses peuples, et pout s'aider de vos conseils et de vos lumières, afin d'assurer à jamais la liberté et le bonheur de ses sujets. Aucuns ne sont indifférents à ses sollicitudes paternelles. Ceux qui habitent les bords fortunés de la Seine, ceux qui font fleurir les Iles atlantiques, ceux qui habitent les beaux climats de l'Inde, ainsi que ceux qui gémissent sur les bords arides du Niger, tous sont également chers à son cœur magnanime.

 

« Daignez, messieurs, lui faire entendre la voix timide et plaintive des malheureux habitants du Sénégal, courbés sous le joug insupportable du despotisme affreux d'une Compagnie privilégiée.

 

« […]

 

« Nègres ou mulâtres, nous sommes tous français puisque c'est le sang des Français qui coule dans nos veines ou dans celles de nos neveux. Cette origine nous enorgueillit et élève nos âmes ! Aussi, aucun peuple n'a montré plus de patriotisme et de courage ! Lorsqu'en 1757 le Sénégal fut lâchement rendu aux Anglais, nous voulions le défendre malgré les chefs de la Colonie et, lorsque nous fûmes forcés de subir la loi du vainqueur (ou plutôt de l'acheteur), nous stipulâmes, par une capitulation particulière, que jamais nous ne pourrions être obligés de porter les armes contre nos pères les Français.

 

« Nous avons regardé comme le plus beau jour de notre existence celui où, en 1779, nous jouîmes du plaisir de voir flotter la bannière française sur le port de Saint-Louis. Nous accueillîmes les Français comme nos libérateurs, comme nos frères.

 

« Les premiers vaisseaux qui parurent dans notre rivière furent ceux de la Compagnie de la Guyane. Nous tremblâmes pour notre liberté. Déjà, depuis trois ans, nos frères de Gorée étaient les victimes de son despotisme, et ils se regardèrent comme heureux quand les Anglais vinrent les en soustraire en s'emparant de cette île, mais cet échec, quelques autres pertes et l'inconduite de cette Compagnie nous sauvèrent des atteintes de son monopole jusqu'en 1785.

 

« […]

 

« Toutes ces circonstances ne peuvent qu'influer beaucoup sur les habitants de l'île Saint-Louis [Saint-Louis du Sénégal], qui sont les agents nécessaires de toutes les opérations du commerce, soit comme interprètes, soit comme courtiers ou traiteurs. Les habitants pilotent les vaisseaux et traitent les esclaves, manœuvrent ou traînent à bras ces mêmes navires, parce que les équipages blancs sont insuffisants et qu'ils ne pouvaient pas résister à un travail aussi dur dans un climat de feu.

 

« […]

 

« Depuis l'établissement de la Compagnie, nous sommes dans une disette presque continuelle de millet, qui est le blé de la colonie, parce que la Compagnie, sans caractère, sans vigueur, laisse obstruer tous les canaux qui fournissent à notre subsistance. Les rois, les princes maures ou nègres peuvent l'insulter, la provoquer impunément, jamais elle ne fait le moindre effort pour les réprimer.

 

« Les habitants du Sénégal ne sont pas les seules victimes que le privilège immole à la Compagnie. Le commerce et les manufactures de France en éprouvent aussi les malheureux effets.

 

« Du monopole de la Compagnie naît un autre monopole. Elle fait tout ses armements et tous ses retours au Hâvre. Là, un petit nombre de marchands, favorisés, font d'avance des traités avec la Compagnie pour accaparer toute la gomme qui doit arriver, même souvent celle qui n'est pas encore récoltée ; ces marchands font ensuite une loi très dure aux fabricants ou aux particuliers à qui il n'en faut que des petites parties. Ce même monopole empêche les étrangers [les commerçants anglais] d'en venir acheter en France : ils aiment mieux courir les risques de la faire traiter à Portendic (important marché de gomme arabique sur la côte mauritanienne).

 

« Si au contraire le commerce était libre, la concurrence, étant plus grande au Sénégal, serait moindre à Portendic. Et, comme de la concurrence des blancs naît celle des Arabes, la gomme serait meilleur marché au Sénégal, tous les ports de France participeraient à ce commerce, la gomme se trouverait plus à portée des manufactures dans toutes les parties du royaume. Le fabricant ne serait plus rançonné par les accapareurs, et les fabriques n'en souffriraient pas. Et s'il y avait un excédent de gomme, elle serait vendue avec avantage aux étrangers.

 

« Et nous, pauvres habitants, nous ne serions pas réduits à réclamer les bontés de la Compagnie pour obtenir d'elle, en les payant chèrement, une paire de souliers, une chemise ou un chapeau, et nous ne serions pas dans le cas, comme nous sommes, d'aller nus-pieds et nue-tête quand leurs magasins se trouvent vides de ces choses usuelles qui sont pour nous d'une absolue nécessité.

 

« N'est-ce pas une horreur que notre vie, notre liberté soient entre les mains de la Compagnie ? N'a-t-elle pas le pouvoir de nous réduire à la famine si elle le veut ? Hélas ! Sa négligence, son peu de prévoyance ne nous y mettent-elles pas tous les jours ? N'est-ce pas une inhumanité de donner une pareille extension à des privilèges abusifs et vexatoires ? Si cependant le gouvernement les regardait comme un mal nécessaire, ne peut-on pas (ou plutôt ne doit-on pas) les restreindre aux articles qui servent à la traite de la gomme et des noirs seulement ?

 

« Mais nous avons démontré ci-dessus pour des raisons invincibles, fondées sur la plus exacte vérité, qu'en aucun sens les privilèges ne peuvent être utiles : ils sont les destructeurs du commerce au lieu d'en être les conservateurs. C'est comme si, pour rendre une terre fertile, on enlevait les bras qui la défrichent, et qu'on l'arrosât avec de l'eau-forte.

 

« La garnison et tout ce qui tient à l'administration civile et militaire est à la solde de la Compagnie. N'est-ce pas un nouvel abus qui donne à la Compagnie une influence si grande qu'elle nous expose sans cesse à toutes les vexations de son directeur sans qu'il existe pour ainsi dire entre elle et nous aucun juge ?

 

« Dieu seul peut prévoir jusqu'à quel point peut se porter la tyrannie de nos oppresseurs d'ici à l'extinction du privilège, si les généreux citoyens français, tenant les états généraux ne daignent porter un œil de pitié sur l'infortune des malheureux habitants du Sénégal, et intéresser à leur sort la bonté d'un roi juste, qui ne veut régner que sur des peuples libres et heureux !

 

« Nous n'avons encore qu'esquissé une petite partie de notre situation déplorable et des entraves du monopole.

« Jusqu'en 1787, nous avions toujours espéré que les faveurs de la Cour pour la Compagnie ne s'étendraient pas plus loin que le privilège de la gomme. Dans l'intérieur de la Colonie, le long du cours du fleuve, la France n'a point à craindre la concurrence ni la rivalité des Anglais. [...] Ainsi notre étonnement fut-il extrême quand nous vîmes publier le privilège exclusif de la traite des noirs dans toute l'étendue du fleuve jusqu'à Galam [région de Bakel]. Ce fut un jour de deuil et de consternation dans tout le pays ! La nature elle-même sembla prendre part à notre sort. Le soleil, dont les rayons bienfaisants ne s'obscurcissent jamais dans nos climats, fut presque invisible pendant trois mois. [...] Les larmes ont fait place à l'enjouement !...

 

« La traite des noirs est celle où nous avons généralement le plus de part, parce que nous avons des bateaux et des esclaves matelots que nous envoyons jusques à Galam traiter des noirs, que nous vendons ensuite à des marchands européens au Sénégal, avec un léger profit. Nous y traitons à bon compte du riz, du millet, du beurre, du tabac et toute sorte d'ustensiles de ménage dont nous nous approvisionnons pour le restant de l'année. Les gens du pays nous recevaient bien, nous ne payions que des droits très modiques aux princes riverains. Mais depuis le privilège, les choses sont bien changées, nous sommes à la fois à la merci des vexations de ces princes et de celles de la Compagnie. Nous payons des droits énormes et nos bateaux sont pillés parce que, disent-ils, tout ce que nous traitons est pour le compte de la Compagnie, et que nous, nous sommes les captifs de la Compagnie.

 

[...]

 

« Quel est donc notre crime ? De quoi sommes-nous donc coupables envers la mère patrie pour qu'elle nous livre ainsi, sans pitié, au glaive d'un privilège vexatoire ?

 

« La moindre résistance de notre part aux efforts du despotisme de la Compagnie est traitée par elle de rébellion. Elle croit avoir le droit de tout oser impunément, par ce qu'elle en a le pouvoir. Elle voudrait nous faire travailler pour rien. Nous avons cru au contraire qu'il était juste qu'elle augmentât le salaire de nos laptots (matelots noirs), parce qu'elle en emploie moins que le commerce libre, et qu'il ne faut pas moins que nous vivions comme s'ils étaient tous occupés. On nous ôte nos ressources pour gagner notre vie, il faut donc que quelqu'un nous nourrisse ! Qui fait les bénéfices doit supporter les charges ! »

 Ce premier cahier fut suivi d’un complément où

les Saint-Louisiens réclamaient entre autres doléances, le remplacement du gouverneur par une autorité civile et la représentation des habitants de Saint-Louis à l’Assemblée nationale proclamée le 17 juin 1789, par le Tiers état à Versailles, devenue Assemblée nationale constituante depuis le 9 juillet, chargée de donner une Constitution à la France.

 

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Ainsi, sous le règne de Louis XVI, chaque catégorie sociale, en métropole comme à Saint-Louis du Sénégal, avait ses « doléances » propres. Les Saint-Louisiens de 1789 ne supportaient plus les abus de la Compagnie royale à privilèges qui les exploitait, tout comme les paysans de France ne supportaient plus les droits et privilèges seigneuriaux, la servitude et la lourdeur des impôts.

 

Tous ces cahiers ici et là-bas, étaient à égalité, chargés d’espoir et de confiance dans la mansuétude et la bienveillance paternelle du roi de France.

 

Saint-Louis du Sénégal reste bien en définitive aussi l’œuvre de Louis XIV.

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 10:06

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Quand Louis XIV en imposait aux rois africains de la côte


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Le préjugé favorable dont les Français bénéficiaient sur la côte africaine, et surtout l’attachement profond, à la fois intéressé et quasi irrationnel  que témoignaient les rois africains à la personne de Louis XIV, constituèrent des facteurs d’ancrage de la France sur ce continent sous son règne. Cet attachement à la France et aux Français avait pour corollaire des tensions persistantes, d’une part entre  la France et les autres nations européennes présentes sur la côte africaine, tout particulièrement Anglais et Hollandais, ces derniers étant de tous les plus irréductibles ennemis et,d’autre part, entre les souverains locaux et ces autres nationalités.

 

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 Louis XIV


bouton 007La France au premier rang

 

Ainsi, la hiérarchie des nations européennes tacitement établie réservait toujours la première place à la France lors des cérémonies officielles. Ce protocole fut immuable durant tout le règne de Louis XIV. Ce fut le cas lors du couronnement du roi de Juda en janvier 1725, une dizaine d’années après la mort du Roi-Soleil.


"Le roi était assis sur son trône ; à sa gauche, ses femmes étaient assises par terre ; à sa droite, assis sur des fauteuils, les Européens, au premier rang desquels se tenait, à quelques pouces du roi, le représentant de la France en la personne de M. Derigouin, directeur du Comptoir de Juda. Auprès de lui, le chevalier Des Marchais, voyageur et navigateur français à la côte d'Afrique. Au deuxième rang, les principaux officiers français du comptoir de Juda. Au troisième rang, se trouvait le directeur du comptoir anglais, auprès duquel se tenait le directeur hollandais. Tous ces Européens étaient assis et couverts. Enfin, au quatrième et dernier rang, le directeur portugais et les officiers du comptoir de cette nation étaient debout et découverts."


Labat affirme que, « dans toutes les cérémonies où les nations européennes se trouvent, le pavillon de France a le rang d'honneur et marche toujours le premier »

 

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 Couronnement du roi de Juda


Le jugement rendu par le roi d’Ardres (Bénin) en mars 1696, destiné à arbitrer un conflit de préséance entre le représentant hollandais dans ce royaume et son homologue français est révélateur de la place spécifique de la France parmi les autres nations européennes dans l’imaginaire des Africains.

 

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 Roi d'Ardres


En 1696, la querelle de préséance qui opposa le commis hollandais au principal commis du directeur du Comptoir français d'Ardres, le sieur Manage, semble confirmer cette assertion. Tous deux étant convoqués au palais du roi de ce pays en vue d'une tentative de règlement à l'amiable d'un différend, le représentant de la nation française « se contenta de dire que, si le Hollandais se mettait en devoir de le précéder, il lui passerait son épée au travers du corps ». Le litige, qui portait sur l'ordre d'arrivée des deux adversaires ainsi que sur la position de chacun d'eux à la droite ou à la gauche du souverain africain, fut tranché par ce dernier qui, faisant fi du long discours du Hollandais plaidant « l'ancienneté de l'établissement du commerce hollandais dans le royaume » , accorda le droit de préséance au sujet du roi de France, non sans avoir cependant reconnu le bien-fondé des arguments du Hollandais, en ajoutant : « C'est à vos maîtres à régler les préséances et l'avantage des pavillons ; c'est à eux que vous devez vous adresser. » Puis il conclut sous forme de sentence :


« Cependant, quoique l'avantage de l'ancienneté de l'établissement des Hollandais sur mes terres leur y dût faire avoir toutes sortes de préférences, et qu'il semble qu'un nouveau venu ne doit pas les contester à celui qui en est en possession depuis longtemps, néanmoins, les grandes choses que j'ai apprises de la puissance et de la personne du roi de France, aussi bien que de la grandeur de ses Etats, me font résoudre à ôter plutôt ce qui semble appartenir de droit au commis des Hollandais, que de me mettre au hasard de rien faire qui puisse blesser tant soit peu la dignité d'un si grand monarque. »

 

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bouton 007Les rois, maîtres de leur justice, arbitres des différends entre Européens

 

Au-delà des jugements impliquant directement des Français, d’une manière générale, les souverains africains ne voyaient pas toujours d'un bon œil les rivalités, dans leur pays, entre nations européennes, dès lors que ces rivalités tournaient au conflit armé. De même que les Français recherchaient un certain équilibre dans leurs rapports avec les chefs autochtones, et entre chefs autochtones, de même ceux-ci, de peur de voir le commerce perturbé par des actes de guerre entre Européens, souhaitaient la paix entre ces nations et cherchaient même parfois à l'imposer. Ainsi le roi de Juda, en septembre 1714, craignant que les querelles en Europe ne nuisent au trafic des Européens chez lui, réunit tous les Européens dans son palais « et leur dit qu'il ne voulait plus entendre parler de leurs différends chez lui ».


Ce qui déplut souverainement aux Anglais, Hollandais et Portugais, qui, ligués contre la France, s'acharnaient à ruiner son commerce. Le roi intima à ces puissances de conclure immédiatement « une paix ferme et durable dans l'étendue de son royaume, à la rade et même à la vue de la rade ». Et il leur fit signer un traité dont un article stipulait que, « si aucun refuse de le signer et de l'exécuter dans tous les points, il déclare qu'il le fera sortir de ses Etats avec tous ses gens, sans espérance d'y revenir jamais, et il en jure par le grand serpent ».


Ce type de « contrat » forcé avait souvent cours sur la côte d'Afrique. Dix ans auparavant, en 1704, le roi de Juda Amar [Amor ?] en avait signé un semblable avec les Européens ; traité dont il veilla à contrôler l'exécution scrupuleuse, et dont le dernier article stipulait « qu'en temps de guerre en Europe aucun navire ne partira de la rade en même temps qu'un autre, mais vingt-quatre heures après ; en cas que l'on contrevienne à cet article, le directeur de la nation contrevenante paiera dix captifs mâles au roi. »


Il se confirme ainsi qu’au XVIIe siècle, les souverains africains avaient la pleine maîtrise de leur terre et de leur diplomatie, y compris vis-à-vis des Européens.

 

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Voir Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa.


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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 07:55

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Le Temps des colonies en images et en chansons (2)

 

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Si la période de l’entre-deux-guerres est généralement présentée comme l’apogée de l’empire colonial français, ce n’est sans doute pas sans raison. L’exotisme envahit le quotidien des Français. Cela se voit aussi bien dans le domaine alimentaire que dans la littérature, le cinéma et les chansons.


Parmi les produits exotiques, la banane fait une entrée remarquée dans l’alimentation, tout au long des années trente : 8 000 tonnes consommées en 1930, 91 000 en 1939 !

 

La fiction coloniale : une nouveauté

 

La fiction s’empare aussi du thème de l’exotisme et contribue à diffuser le mythe colonial dans la culture ambiante. C’est l’apogée du roman colonial. Les frères Jean et Jérôme Tharaut  s’y illustrent : Le Passant d’Ethiopie, Marrakech ou les saveurs de l’Atlas, La Randonnée de Samba Diouf


Le thème favori, c’est incontestablement celui des amours entre hommes blancs et femmes indigènes, parfois l’inverse. Ainsi, André Demaison,  dans: La Femme et l’Homme nu, met en scène les amours entre un homme noir et une femme blanche…

 

Les colonies, tout particulièrement le continent africain, inspire également les cinéastes.


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Sur un total de 1350 films sortis dans les salles en France entre 1930 et 1940, l’histoire de 53 d’entre eux se déroule en Afrique noire et de 47 au Maghreb.


La chanson coloniale suit la même tendance.

 

Chansonniers de l’exotisme

 

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Saigon

 

Refrain

 

Saigon,

Dans un grand soleil d'or,

C'est le plus joli port

Dans le plus beau décor.

Saigon,

C'est l'escale d'amour

Où l'on vient quelques jours

Et l'on reste toujours.

Car les garçons savent si bien murmurer je t'aime

Et les mousmées ont dans leurs yeux bridés des poèmes.

Saigon,

Dans tes vertes maisons

Naît une floraison

D'amour et de chanson

 

I

 

Ying,

C'est un joli prénom chinois,

C'est aussi pour moi

Ying

Un beau souvenir parfumé,

Longtemps rêvé

Car dans un pouss'pouss' un soir d'été

Je lui ai volé un doux baiser

 

2e refrain

 

Saigon,

Dans un grand soleil d'or

C'est le plus joli port

Dans le plus beau décor.

Saigon,

Dans tes vertes maisons.

Naît une floraison

D'amour et de chansons.

Car les garçons savent si bien murmurer, je t'aime,

Et les mousmées ont dans leurs yeux bridés des poèmes.

Saigon,

C'est l'escale d'amour

Où l'on vient quelques jours

Et l'on reste toujours.

                                      Jean-Louis Marlotte, Ed. Paul Beuscher-Arpège

 

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Cependant, malgré cette vogue coloniale et exotique, nonobstant ces publications, films et chansons, les Français n’ont guère qu’une connaissance superficielle, voire nulle, sinon caricaturale des colonies et de la réalité de la vie de leurs habitants. L’explorateur et député, Gabriel Bonvalot, spécialiste des questions coloniales sous la IIIe République, en est conscient et le regrette.

 

Une connaissance déficiente


« Quant à la partie éclairée de notre nation, qui prétend avoir le souci de la chose publique, elle soupçonne à peine l’existence d’une question coloniale. De même que le reste de nos compatriotes, elle ignore presque tout ce qui concerne nos lointaines possessions, et, jusqu’à nouvel ordre, elle paraît se complaire dans son ignorance, écrit-il.

Les Français ne daignent pas lire les ouvrages où les questions coloniales sont abordées. Que l’auteur ait pris le ton sérieux ou la forme plaisante, on s’en détourne, et il prêche dans le désert. La presse semble s’appliquer à entretenir cette indifférence, car elle ne souffle un mot de ce qui se passe sur nos territoires d’outre-mer.

Ceux-ci représentent pourtant au moins 10 à 12 fois la superficie de la mère-patrie. »

 

Les films, les ouvrages et les chansons auraient pu effectivement constituer un outil incomparable de vulgarisation de la réalité de la vie dans les colonies. Il n’en fut rien. Ils semblent au contraire avoir contribué à créer et amplifier les stéréotypes et images déformées, les plus défavorables aux colonisés, particulièrement aux Noirs, ce qui ne sera pas sans effets sur les rapports futurs entre Français et colonisés (ou anciens colonisés).

 

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