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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 07:14

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (2)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Louis l’Africain

En réalité la France ne fut pas la première nation d’Europe à frayer le chemin du continent africain. Les Français furent de loin devancés par les Portugais qui s’y implantèrent dès le 15e siècle.
Les Portugais furent suivis par les Hollandais, redoutables ennemis du Roi Soleil, puis par les Anglais.
De la fin du 16e au début du 17e siècle, les ressortissants des autres pays d’Europe ne pouvaient se rendre en Afrique noire, s’y déplacer et entreprendre des activités commerciales sans la permission des Portugais.
Pourtant, Louis XIV fut de tous les souverains d’Europe, celui qui eut l’impact le plus fort sur les peuples d’Afrique, et de tous, celui qui sut créer avec les souverains locaux, les relations les plus solides.

Colbert Jean-Baptiste (1619-1683)

C’est Colbert, principal ministre de Louis XIV, qui fut à l’origine de l’empire colonial français d’Afrique. En effet, il fit miroiter au roi les avantages considérables du commerce des esclaves, en rapport avec la mise en valeur des colonies françaises d’Amérique (Antilles).
Avant le début du règne de Louis XIV, les marins normands ont fondé des postes (ou comptoirs) pour leurs activités commerciales sur les côtes du Sénégal, de même que sur le fleuve du même nom, commerce essentiellement fondé alors sur l’ivoire, l’or, la gomme…
Des marins dieppois fondèrent un établissement à l’embouchure du fleuve Sénégal, en 1659, qu’ils baptisèrent Saint-Louis, en l’honneur du jeune roi Louis XIV né en 1638.

Saint-Louis du Sénégal

 

Mais cette suprématie portugaise fut battue en brèche, d’abord par les Hollandais, puis par les Anglais ,et enfin par les Français, sous Louis XIV, qui mena une action armée considérable afin de déloger les Hollandais de l’île de Gorée, portugaise depuis 1444.
Les Hollandais furent délogés à leur tour de cette île par les Français en 1677. Pendant les guerres napoléoniennes, les Anglais, à leur tour, occupèrent l’île de 1802 à 1804. Puis, l’île de Gorée revient à la France à la faveur de la paix d’Amiens à partir de 1817. Gorée est ainsi le symbolise vivant de la rivalité acharnée entre Européens, en Afrique, du temps de Louis XIV.
Si les Portugais exercèrent une suprématie sans partage sur le continent noir du 15e siècle au début du 16e, les Français, sous le règne de Louis XIV, à leur tour, exercèrent la même suprématie vers la fin du 17e siècle, avant de la céder aux Anglais, à l’extrême fin du XVIIIe, et au XIXe siècle.

 Gorée

Français et Africains
Regards croisés

«Le regard porté sur les Africains n'est guère homogène ; les opinions défavorables voisinent avec des appréciations à leur avantage. Parmi les auteurs de relation de voyage de cette dernière catégorie, figure Villault de Bellefond, envoyé spécial de la Compagnie des Indes Occidentales, qui eut, en cette qualité, l'avantage de voyager tout le long des côtes africaines. Séduit et admiratif, il écrit :
"C'est pourquoi je leur ai donné cette relation [aux Français], pour leur faire voir que ce pays n'est pas si mauvais qu'on le dépeint, mais au contraire qu'il est beau et bon [...]. C'est là véritablement que la demeure serait agréable : tout contribue à y faire couler doucement la vie : la beauté et bonté du pays, le naturel doux et traitable de ses habitants, le riz et autre chose pour la nourriture, le gain considérable et les lieux propres à bâtir."

Partout où il se trouve sur la côte d'Afrique, et à chaque étape c'est le même débordement d'enthousiasme pour ce continent. Ainsi présente-t-il la Côte-des-Dents :

"C'est une des plus belles terres que l'on voie aux Côtes de Guinée : les coteaux et les vallées y sont admirables, la roche des montagnes, qui est rouge, dans la nuance des verdures dont elles sont ombragées, forme un aspect des plus délicieux ; mais entre toutes ces places, celle du Grand-Drouin et du Rio-Saint-André sont les plus belles. [...]. Pour le Rio-Saint-André, c'est, de toute l'Afrique, le plus propres à bâtir. Le séjour d'Afrique serait préférable à l'Europe si tout y ressemblait à cette terre de laquelle relève Sierra Leone."

Ces sentiments d'admiration vont aussi aux hommes et aux femmes, à leur physique aussi bien qu'à leurs traits de caractère.

Un autre voyageur, un religieux, qui se rendit en Afrique avant Villault de Bellefond, fait preuve de compréhension, voire d'une certaine indulgence. Il constate chez les naturels du Sénégal une certaine "brutalité de vivre", contrastant selon lui avec "la politesse que l'on pratique parmi les Français". Mais il n'en tire aucune conclusion défavorable à l'égard de ces "hommes noirs"; il considère la civilité comme "un privilège accordé par Dieu aux Européens, et dont ils doivent lui rendre grâce."

Les voyageurs contemporains du Roi-Soleil ont émis des propos bruts et directs, le plus souvent produits de leurs observations et de leur intuition, sans idée préconçue ni théorie orientée, contrairement à ceux du 19e siècle qui, pour un grand nombre, ont traduit leurs observations et leurs impressions en jugement de valeur, théorisant sur la supériorité ou l'infériorité des races, reliant couleur de peau et civilisation. Ils ont ainsi conclu sur l'infériorité et l'incapacité des Noirs africains à évoluer ; d'où la nécessité de leur trouver un tuteur qui les prît en main pour leur faire gravir, par étapes, les marches escarpées de l'échelle de la Civilisation ; en un mot, les civiliser ; mission sacrée dont l'homme blanc s'assigna la tâche sur le continent africain.

Pour l'explorateur britannique David Livingstone, cependant : "Il est aussi malaisé de résumer les qualités et les aptitudes ou inaptitudes du Noir-type que celles du Blanc-type." Et surtout, écrit-il : "Le Noir d'Afrique n'est ni meilleur ni pire que la plupart des enfants des hommes."

Les Français dans le regard de l'Africain

Dans le regard de l'Africain, les Français, c'est d'abord le roi de France vu par les souverains africains et leur entourage, ainsi que par les Grands, les chefs du royaume. Pour tous, cela ne souffre aucun doute, Louis XIV est le plus grand monarque d'Europe et du monde. Un roi inégalé par sa puissance, sa fortune, sa beauté et sa magnificence.

Les représentants de la France en Afrique ont, d'une certaine manière, contribué à la construction de cette image dans l'esprit des souverains africains qui les recevaient. Ainsi, André Bruë, en visite chez le roi siratik, dit "qu'il était venu pour renouveler l'ancienne amitié qui avait été de temps immémorial entre la Compagnie royale d'Afrique et lui, que cette Compagnie qui avait pour protecteur le plus puissant roi du monde, estimait si fort son amitié".

Les rois africains ont tant de fois entendu parler, par les Français, de cette puissance inégalée du toi de France, qu'ils ont fini par faire leur cette affirmation et l'image d'un monarque à la puissance incommensurable. Ainsi, le roi Acassiny d'Issiny, comme on l'a vu dans sa lettre à Louis XIV transmise par le chevalier d'Amon, le qualifie de "plus grand Empereur de l'Univers".

 

Les rois africains firent preuve d'une grande curiosité à l'égard du roi de France, curiosité mêlée de respect, d'admiration, mais aussi de crainte. La plupart d'entre eux furent littéralement subjugués par la grandeur et la puissance supposées de leur homologue français et ne cessèrent de manifester à son égard une déférence marquée.

Nonobstant la propagande hollandaise, continue et insidieuse. qui fait des Français les derniers de l'Europe pour la richesse et la maîtrise du commerce, les rois africains ont une idée fixe, à laquelle ils se sont toujours tenus : le roi des Français est le roi le plus puissant, et la France est la meilleure nation d'Europe. Si les Français sont parfois réputés piètres commerçants, leurs produits sont toujours considérés comme les meilleurs.

 

Louis XIV et ses sujets ne sont pas admirés seulement pour la puissance de leurs armes et le rayonnement de la nation, mais aussi et surtout pour le bon goût et les délices de leurs marchandises, au premier rang desquelles se placent les liqueurs, et par-dessus tout l'eau-de-vie, prisées par les rois et leur entourage, par les chefs, les marchants et négociants. Les présents faits aux rois par Louis XIV sont la parfaite illustration de l'excellence des produits français. C'est donc avec les Français qu'il faut faire commerce ; c'est donc eux qu'il faut accueillir de préférence à toute autre nation d'Europe, et c'est eux qu'il faut admirer et imiter.

 

Mais c'est par cette puissance même et cette force d'attraction irrésistible que les Français inspirent également la méfiance. Dans le regard composite des Africains, deux sentiments dominent : l'admiration et la crainte ; cette dernière suscitant la méfiance.

Cette méfiance est d'abord le fait des rois. De nombreux exemples en sont rapportés dans les mémoires et rapports, tel le suivant, extrait du Journal d'André Bruë :

 

"Le roi du Cayor ayant exprimé avec insistance le souhait de voir un vaisseau français de près, Bruë voulut combler ce désir somme toute assez légitime venant de la part d'un souverain qui avait toujours fait commerce le plus fructueux avec la seule nation de France. Il fait amener un navire appareillant avec un déploiement inhabituel de pompes. Le roi Latir-Fal Soucabé, entouré de tous les dignitaires du royaume et des courtisans, se rendit sur le rivage pour contempler ce spectacle. Mais c'est seulement du rivage qu'il entendait jouir dudit spectacle. On fit faire quantité de mouvements à ce petit vaisseau ; et les Français s'étaient attendus que le roi monterait à bord. Mais, soit qu'il craignît la mer, ou, qu'ayant à se reprocher ses extorsions et ses violences [perpétrées si souvent aux dépens des Français], il appréhendait qu'ils ne le retinssent prisonnier, il n'osa se procurer cette satisfaction. "

 

Cet épisode n'est pas sans intérêt quant à la nature des relations des Français avec les Africains de la côte en ce 17e siècle finissant. Le commerce de traite constituant le ressort principal de ces rapports, comme tel, il nourrissait à la fois crainte et méfiance, non seulement du côté des rois, mais aussi des marchands d'esclaves et dans le peuple.

Cette méfiance de la part des rois et de la population semblait justifiée, car des sources relatent plusieurs cas où le roi et sa suite, invités à monter à bord d'un navire en signe d'amitié avec le capitaine, se sont retrouvés dans les chaînes au milieu d'autres esclaves, parfois vendus par les mêmes.

De simples marchands d'esclaves pouvaient être aussi victimes de ces mauvaises aventures, qui, à force de se répéter, finissaient par apparaître comme des risques du métier, qui entraient pour partie dans le regard que l'Africain portait sur le Blanc en général.

En définitive, le regard des Africains restait largement tributaire du contexte de l'époque des rencontres entre Français et autochtones, regard fait d'admiration profonde, de crainte et de méfiance. »  (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà  cité).

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 08:23

Louis XIV (1638-1715)

LOUIS XIV ET SES CONTEMPORAINS DANS LE REGARD DES PEUPLES DE LA CÔTE AFRICAINE (1)

Le fatalisme, puissant facteur de dissolution de la volonté et d’aliénation de l’esprit

Le Roi-Soleil

Louis XIV (1638-1715), règne personnel : 1661-1715.
Louis XIV et l’Afrique noire

 

Louis XIV, surnommé en France le « Roi-Soleil », ou le « Grand Roi », était connu et surnommé en Afrique le « plus grand Empereur de l'Univers».

Connu en Afrique sans doute autant qu’en Europe pour des raisons différentes, c’est bien Louis XIV qui a ouvert le chemin de l’Afrique noire, de même que ses portes aux Français de son temps.
Dans son palais séjournaient régulièrement de jeunes Africains qu’il avait adoptés et baptisés (tel le fameux Aniaba, premier capitaine noir de l’armée française, qui reçut du roi le commandement du régiment de Picardie où il brilla dans l’exercice de sa fonction).

Sans Louis XIV et sa « politique africaine », il n’y aurait certainement pas eu d’« Empire français d’Afrique », ni d’ « Afrique française », aux 19 et 20e siècles.
Les routes menant d’Europe à l’Afrique noire furent alors sillonnées par les « envoyés spéciaux » du roi dépêchés auprès de ses homologues africains, puis par les marchands et les voyageurs indépendants, de même que les aventuriers de tout acabit, les missionnaires aussi, ces derniers indissociables de la politique du roi, et son ambition  (non assouvie) d’évangéliser tout le continent. Enfin les explorateurs suivis des conquérants coloniaux de la IIIe République au XIXe siècle.

Les historiens français sont les grands absents de cette liste de Français sur les routes d’Afrique noire, sous Louis XIV et ses proches successeurs.
Il y eut très peu de spécialistes français de la « politique africaine » du Roi Soleil, qui manque par conséquent à l’historiographie française.

Mathéo, ambassadeur du roi d’Ardres

« Louis l’Africain »

Le regard porté par les Africains sur Louis XIV et ses contemporains détermine naturellement celui porté par les sujets du Grand roi sur le continent africain et ses peuples. Il s’agit par conséquent de « regards croisés », champ  plus vaste et plus riche de savoir.
Ce regard français est particulièrement acéré, incisif et fouineur, fouillant jusque dans les recoins de la vie des peuples et l’intimité des familles et des individus, des traditions et cultures.
Somme toute regard fourmillant de détails plus ou moins teintés de parti pris, du reste partagé, mais souvent judicieux et précieux.

 « Pour Lacroix, «  les habitants de la côte de Sierra Leone font débauche d'eau-de-vie et donnent tout ce qu'ils ont pour en avoir ».

Mais c'est surtout le couple qui retient le plus son attention.

Les plus riches, quelle que soit leur origine sociale, sont ceux qui disposent du plus grand nombre de biens sous forme de produits européens, et qui font des présents de cette nature ; ce sont aussi les plus considérés sur l'échelle sociale. Cela explique que la composition de la dot comporte une bonne part de produits européens dès le milieu du 17e  siècle, et cela ira en s'amplifiant tout au long du 18e.

 

"La dote consiste ordinairement en trois choses :

Quelques ornements, comme un collier de corail, des bagues, etc. ; quelques marchandises d'Europe, comme des habits et des étoffes ; et un coffre pour les enfermer.
Lorsqu'un homme s'éprend d'une femme, il envoie des présents à son père et à sa mère ; si ceux-ci acceptent les présents, le mariage se fait ; sinon, on renvoie [le prétendant]. Les pères font aussi souvent des présents à leur fille ; mais il n'est pas avantageux aux hommes de les recevoir ; parce que, si une femme ainsi riche conçoit de l'amour pour quelque autre que son mari, le pauvre homme n'ose pas s'en plaindre aux parents de sa femme et beaucoup moins la maltraiter. S'il le fait
on en vient d'abord à faire comparaison de ce qu'il a reçu de sa femme avec ce qu'il lui a donné. On lui reproche son ingratitude ; en un mot, qui est pauvre a toujours tort, en Guinée comme en France. Cependant, les filles riches, c'est-à-dire celles à qui leurs pères peuvent faire de grands présents, ne laissent pas d'être fort recherchées." »  (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013. (Prix Robert Cornevin, Académie Des Sciences d’Outre-mer).

« Quant à l'Afrique noire, le regard porté sur les peuples et les mœurs demeure contrasté, avec quelques convergences remarquées. La première porte sur le statut de la femme. Il apparaît de façon insistante, dans les différents récits et relations de voyage, que la condition de la femme est toujours inférieure à celle de l'homme (à quelque rares exceptions), au nord, en Sénégambie, comme au sud, en côte de Guinée.
Pour la première région, dans un chapitre dense, intitulé
Résumés des observations des premiers voyageurs du XVIIe siècle sur les usages dominants et les caractères communs aux différents peuples de la Sénégambie, la condition des femmes est ainsi décrite :
"
Le mari d'une femme adultère est en droit de la vendre comme esclave, ou de la chasser sans aucune indulgence, avec tous les enfants qu'il a d'elle. Entre les enfants, il est libre de retenir ceux qui sont assez grands pour lui rendre quelques services ; et, par la suite, il peut rappeler les autres, à mesure qu'ils deviennent capables de lui être utiles. Mais, si sa femme est enceinte au moment du crime, il est obligé, pour la vendre ou la répudier, d'attendre qu'elle soit délivrée.
Malgré la rigueur de ces lois, la plupart des nègres se trouvent honorés que les Blancs de quelque distinction daignent coucher avec leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles. Ils les offrent souvent aux principaux officiers des comptoirs.
" »

« Les travaux pénibles du ménage sont le lot des femmes.

"Non seulement elles préparent les aliments, mais elles sont chargées de la culture des graines et du tabac, de broyer le millet, de filer et sécher le coton, de fabriquer les étoffes, de fournir la maison d’eau et de bois, de prendre soin des bestiaux ; enfin, de tout ce qui appartient à l'autre sexe dans des régions mieux policées. Elles ne mangent jamais avec leurs maris. Tandis que les hommes passent leur temps dans une conversation oisive, ce sont les femmes qui veillent à les protéger des moustiques, à leur servir la pipe et le tabac.

Quoique cette subordination soit établie pour un long usage, un mari ne néglige rien pour l'entretenir. [...] Un mari fatigué d’une femme a toujours la liberté de s'en défaire. [...] Mais, si le roi fait présent d'une femme à quelque seigneur de sa cour, il n'y a pas de prétexte qui autorise le mari à l'abandonner, quoique le prince ait toujours le droit de la reprendre.

Entre les nègres mahométans, il y a des degrés de parenté qui ôtent la liberté de se marier. Un homme ne peut épouser deux sœurs. Le roi du Cayor, Latir-Fal Soucabé, qui avait violé cette loi, reçut en secret la censure et les reproches des marabouts. "

Enfin, la plupart des voyageurs français du temps de Louis XIV soulignent un autre trait, selon eux caractéristique des hommes comme des femmes de la côte africaine :

"Le travail ne surpasse jamais leurs besoins. Si leur pays n’était extrêmement fertile, ils seraient exposés tous les ans à la famine, et forcés de se vendre à ceux qui leur offriraient des aliments. Ils ont de l'aversion pour toute sorte d'exercices, excepté la danse et la conversation, dont ils ne se lassent jamais."

 

Un autre fait unanimement relevé par tous les voyageurs concerne la notion du temps, la mesure du temps, et tout particulièrement le calcul de l'âge individuel. Ce fut une réelle découverte et un objet d'étonnement qui transparaît dans tous les récits. Le premier réflexe des Français étant de questionner sur l'âge des personnes qu'ils rencontraient, jeunes et vieux, ils s'étonnaient toujours de voir la surprise des Africains devant cette question, comme si on la leur posait pour la première fois de leur vie :

"Quand on demande quel âge ont leurs enfants, ils répondent : il est né quand tel directeur est arrivé de France, ou quand il est reparti pour la France, ou encore quand il a beaucoup plu et que les récoltes ont été abondantes, quand la foudre est tombée sur le grand arbre au milieu du village."

Cette absence de sens précis de l'état civil des personnes constitua une véritable énigme pour les Français.
Si quelques aspects de la vie et des mœurs des sociétés africaines font l'unanimité chez les contemporains de Louis XIV voyageant ou séjournant en Afrique, de nombreuses contradictions sont également relevées. Ces contradictions témoignent de l'extrême diversité des peuples, des sociétés et des cultures. »
 
(Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa, 2013, déjà cité).

 

 

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 08:34

LU POUR VOUS
SUIVI DE :

POURQUOI L’AFRIQUE EST DERNIÈRE AUJOURD’HUI ET SERA TOUJOURS DERNIÈRE DEMAIN

« Regardons l’histoire de l’Afrique en face
De Kakou Ernest Tigori

En 1962, en pleine euphorie des indépendances, René Dumont affirmait "l'Afrique noire est mal partie", déclenchant l'ire et la censure des élites politiques et intellectuelles d'Afrique francophone. Pourtant, près de soixante ans plus tard, le constat ne contredit pas l'agronome français : l'Afrique noire n'arrive pas à produire un bien-être durable pour ses populations. Crises politiques, économiques, sociales et sanitaires rythment la vie des Subsahariens, causant un grand malheur pour des populations désespérées, comme en témoigne le vaste mouvement de migration vers l'Europe.

Les causes essentielles de ces crises, dont l'absence de sens de l'intérêt général des gouvernants, sont minimisées par la majorité des intellectuels africains jouissant d'une notoriété médiatique internationale. Ces derniers préfèrent la voie de l'accusation. L'Occident serait responsable de toutes les misères du monde noir, pour ses méfaits de  traite négrière, de colonisation, de néocolonialisme, d'égoïsme capitaliste, d'ingérence ou d'impérialisme arrogant. Mais ils oublient de s'intéresser aux raisons de la misère dans laquelle est plongé le continent : corruption globalisée, absence d'État  de droit, manipulations ethniques et manque de cohésion nationale, non-respect de la dignité humaine, etc.
Cette élite intellectuelle souscrit ainsi à un discours dans lequel l'Afrique n'est pas maîtresse de son destin et est donc infantilisée et déresponsabilisée. En plus d'être en grande partie basé sur des mensonges, celui-ci n'est pas propice au développement. Il installe les Subsahariens dans un complexe d'infériorité qui les empêche de prendre conscience de leurs forces. Ainsi, les masses africaines ont-elles besoin d'être désintoxiquées de la fausse histoire qui leur est servie depuis la décennie 1940.

 

Conscience noire

Désintoxiquer signifie avant tout donner les clés historiques qui permettent d'accéder à une connaissance dépassionnée du passé. C'est en se réappropriant leur histoire, en acceptant leurs responsabilités dans le commerce avec l'Occident, que les Africains pourront s'extraire de la léthargie intellectuelle. L'adage veut que "ceux qui ne se souviennent pas du passé [soient] condamnés à le revivre".

Depuis plus de soixante-dix ans, les peuples africain et européen ont été abreuvés de contre-vérités professées par les stratèges du communisme international triomphant d'après-guerre, au point d'être finalement coupés des réalités politiques africaines du XVe siècle à nos jours. Les partisans de Staline ont distillé les "mencomafnoire40" (mensonges communistes sur l'Afrique noire dans les années 1940), avec pour seul objectif de discréditer les grandes puissances et de prendre leur place.

Ainsi, l'expérience coloniale qui unissait Européens et Africains depuis seulement quelques décennies s'est soudain retrouvée qualifiée d'exploitation avide de faibles Africains incapables de se défendre. Cruel destin, qui a voulu que le continent subisse ce que personne d'autre n'a affronté ! Pourtant, l'Afrique n'est pas condamnée au statut de spectatrice impuissante de sa propre histoire.

Il est nécessaire qu'émerge une "conscience noire" débarrassée de ces mensonges inoculés. Connaître son histoire, c'est savoir autant apprécier ses belles épopées que condamner ses heures sombres. C'est être en mesure de célébrer ses héros et de condamner ses rois fainéants, ses barons pillards ou ses élites trompeuses. Le récit univoque, où l'Europe doit être constamment présente dans le rôle néfaste, coupe l'Afrique de la réalité de son passé.

Oui, l'Afrique a été et est toujours l'objet de convoitises.

Oui, ses peuples ont été méprisés et réduits en esclavage.

Oui, le continent a dû faire face aux appétits aiguisés des puissances européennes.

Mais non, l'Afrique n'a pas été la seule à affronter ces "attaques".

Non, les Européens n'ont pas l'unique et l'entière responsabilité des crimes esclavagistes et du commerce d'êtres humains.

Non, les peuples du continent ne sont pas ignorants en matière de conquête territoriale, de lutte acharnée pour le contrôle de terres et de richesses, de vassalisation ou d'exploitation coloniale, qui n'ont pas que des effets néfastes. L'histoire passionnante des grandes entités politiques comme le Ghana, le Manding, le Songhaï, le Kongo ou le Zoulou en témoigne largement.

 

Effet pervers

Les récits qui font des Africains précoloniaux des oies blanches subjuguées par l'envahisseur tout-puissant ont un double effet pervers. Ils placent ces peuples hors de l'histoire de l'humanité en niant leur souveraineté longtemps conservée et leur capacité à concevoir puis à défendre leurs intérêts particuliers. Et ils les privent d'une grille de lecture sociétale et géopolitique des événements passés. Les Africains doivent retrouver la réalité qui inscrit leur histoire dans la grande chronologie universelle en vue de comprendre qu'ils n'ont pas l'exclusivité de la souffrance, et qui met à nu les parallèles évidents avec celles d'autres peuples. La vision de l'universalité des épreuves traversées par les uns ou les autres aidera le monde noir à "sortir" de l'émotion suscitée par l'empathie naturelle qu'il a pour les souffrances des siens.
Le lien est évident entre l'apprentissage d'une vision dépassionnée de l'histoire et le pragmatisme dont nous devons faire preuve aujourd'hui. Mais prenons garde aux fables enjolivées des historiens militants "afrocentristes", présentées comme l'histoire cachée que l'Africain doit se réapproprier. » 
(Jeune Afrique n°3054)

Kakou Ernest Tigori,
Écrivain ivoirien, auteur de l’Afrique à désintoxiquer, éd. Dualpha

Texte courageux, qui doit interroger tous ceux qui s’attachent à l’histoire de ce continent et cherchent une réponse au paradoxe africain de toujours : comment expliquer ce décalage entre les potentialités énormes de ce continent et sa place sur l’échiquier mondial.
Certes, on ne peut passer sous silence le fait que des Africains ignorent leur l’histoire, leur passé d’avant la colonisation, pendant et après celle-ci, mais surtout cette faillite monumentale que fut l’indépendance.

Pourquoi tant de difficultés à émerger ?
    Des tares multiples dont il faut sortir

Ces tares sont-elles imputables aux autres ?

  • À l’Occident ?
  • À la colonisation ?

Certainement pas. Mais pour l’essentiel, les Africains eux-mêmes ont une part non négligeable dans la situation actuelle du continent. Notamment le défaut d’humilité constaté chez certains qui les amène à refuser de voir l’évidence dès qu’il s’agit de faiblesses économiques, culturelles et politiques… qui les maintiennent dans l’état où ils sont aujourd’hui.
Ainsi, encore de nos jours, il se trouve des Africains qui refusent d’admettre le rôle joué par des Africains dans les traites négrières. L’incapacité à porter le regard sur soi, afin de prendre conscience de ses faiblesses et avancer, constitue un véritable handicap, qi condamne à revivre les errements  du passé.
Quand on croit tout savoir, on n’apprend plus. Et quand on n’apprend pas, on régresse.
Pour qui veut savoir, il est indispensable d’écouter ceux qui savent. Puis interroger et s’interroger.
Cet état d’esprit empêche effectivement beaucoup de se regarder et de regarder leur passé en face, avec ses forces et ses faiblesses, surtout de tirer les leçons de l’Histoire.

Mais de toutes les faiblesses constatées, la plus insidieuse est bien cette absence de solidarité entre Africains, hier comme aujourd’hui (de même que le refus du savoir moderne incarné dans l’instruction et la culture), comme on le voit dans cet extrait d’un  ouvrage  qui date des années 1980.

« On se heurte aux mêmes difficultés lorsqu'il faut téléphoner d'une capitale à une autre capitale d'Afrique. Pour appeler de Lomé (capitale du Togo) à Accra (capitale du Ghana), villes distantes de deux-cent-cinquante kilomètres environ, deux pays frontaliers, le premier francophone et le second anglophone, il faut passer par Paris ou Londres. Ces difficultés de communiquer font que l'Afrique reste après vingt-cinq ans de souveraineté politique plus compartimentée aujourd'hui que du temps de la colonisation.

 

Les voyages par la route ou le chemin de fer ne sont en rien plus faciles que la communication téléphonique. Les routes et voies ferrées disponibles sont celles qui ont été créées par le colonisateur : depuis les indépendances aucune nouvelle création n'est enregistrée nulle part qui puisse relier des États africains. Au contraire, la plupart de ces routes et chemins de fer légués par la colonisation deviennent de plus en plus dégradés et impraticables faute de soins et d'esprit de progrès.

 

A ces difficultés inhérentes à l'infrastructure s'ajoute le manque de support moral à l'unité, car les brimades perpétrées à l'encontre des "frères" africains, les tracasseries les plus humiliantes rencontrées par les Africains sur les routes d'Afrique sont un obstacle de taille à la réalisation de toute unité, obstacle autrement plus sérieux que celui de l'infrastructure. Il est ainsi infiniment plus facile pour un Africain de traverser toute l'Europe de bout en bout que d'aller d'un pays africain à un autre pays frontalier même muni de toutes les pièces et titres de voyage réglementaires. Ainsi, curieusement, les Africains restent aujourd'hui plus près des anciens colonisateurs étrangers que de leurs "frères" d'Afrique. Signe révélateur de la carence de l'Organisation de l'Unité Africaine et de la négation de ses idéaux, il est infiniment plus facile en 1985 de se rendre à Paris ou à Londres depuis l'Afrique que d'aller de la capitale d'un pays africain à celle du pays voisin et frontalier. Ainsi, le plus simple pour aller de Dakar à Bamako (capitales de pays frontaliers) ou de Lomé (capitale de pays francophone) à Accra (capitale de pays anglophone frontalier), c'est de passer par Paris et Londres et faire Dakar-Paris-Bamako et Lomé-Londres-Accra.

 

Le cas le plus symptomatique est celui du Zaïre et du Congo (anciennes colonies belge et française) dont les capitales respectives, Kinshasa et Brazzaville, se font face de part et d'autre du fleuve Zaïre (ou Congo). Il n'existe entre ces deux capitales à ce jour aucune possibilité de communiquer directement par téléphone. Ainsi pour appeler un correspondant à Kinshasa depuis Brazzaville, il faut passer par Paris puis Bruxelles ; de même pour appeler depuis Kinshasa un correspondant à Brazzaville, il faut faire l'opération inverse, qui consiste à passer par Bruxelles, puis Paris pour obtenir le correspondant de Brazzaville.

 

L'unité africaine demeure un beau mot, mais creux, vide de sens et qui souffre de l'incapacité intrinsèque des Africains à honorer les idéaux de l'unité. De grandes réunions, des colloques et conférences sont tenus périodiquement ou annuellement au niveau des chefs d'État africains, à grand renfort de discours, de bonnes résolutions, mais surtout de tam-tams. Résolutions qui s'envolent avec l'écho des tam-tams, sans le moindre impact sur la solution des vrais problèmes de l'Afrique. Tout se passe comme s'il manquait aux États africains l'esprit fédéraliste et le sens véritable de l'unité dans la diversité. Le comportement quotidien des Africains entre États comme entre individus dément de façon cinglante tous ces bons principes énoncés dans la charte de l'Organisation. Les rapports entre Africains sont un obstacle à l'unité, donc au développement de l'Afrique. Pour ce continent, l'économie ne suffit pas, l'Afrique doit s'organiser également sur le plan politique, culturel et celui de la défense. Quand on voit comment évolue le monde d'aujourd'hui, il n'est point besoin d'être devin ni expert pour constater qu'aucun pays d'Afrique noire n'est capable de s'en tirer tout seul. Comme le pense Aimé Césaire, en politique, un petit pas fait ensemble vaut mieux qu'un grand bond solitaire. Il est urgent de bâtir l'Afrique de la nécessité. Il s'agit de s'organiser non par des mots, mais par des faits, des actes, non pour des concerts de tam-tams, mais pour sauver l'Afrique.

 

Faut-il le redire, l'Afrique noire est le continent qui compte le plus de réfugiés au monde, quatre réfugiés sur cinq au monde sont africains. L'Afrique noire est aussi le continent où s'exerce le moins le devoir de solidarité qui semble parfois totalement ignoré des Africains. Sans reparler des expulsions, il y a le cas de la famine en Afrique, celui des victimes de la sécheresse. Combien d'États d'Afrique noire non victimes de ce fléau ont apporté un concours quelconque à l'endroit des pays sinistrés ? Les secours les plus conséquents sont ceux de pays extérieurs à l'Afrique noire. »   (Tidiane Diakité, L’Afrique malade d’elle-même, 1986).

Cette absence de solidarité est sans doute cause que le continent africain donne aujourd’hui l’impression de ne tirer de l’indépendance aucun bénéfice qui permette à ses peuples d’émerger. Une des conséquences palpables : l’Afrique, qui est précisément la région qui eut à payer le tribut le plus lourd de cette traite humaine, est aujourd’hui celle qui occupe la première place dans ce funeste trafic d’êtres humains, improprement nommé « esclavage moderne ».

INDÉPENDANCE !!!

Le devoir de solidarité ou l’esclavage perpétuel

Enfin, de tous les maux qui freinent la marche des peuples d’Afrique vers l’émergence pleine, c’est bel et bien l’absence de solidarité entre États et entre individus, à l’intérieur comme à l’extérieur du continent.
Comment par ailleurs aider dans ces conditions ces peuples à émerger ? 
 (Voir articles du blog « PRINCIPALES ENTRAVES À L’MERGENCE 1 à 7, septembre-octobre 2018)

Plutôt que d’offrir des devises, si on les aidait à prendre conscience d’eux-mêmes, afin qu’ils se sentent plus frères et amis ! Car la haine ne construit pas ; au contraire elle détruit celui qui la porte au cœur, comme celui qui en est victime. Les généreux « aidants » peuvent-ils aider les Africains à se reconnaître « frères et  amis » ? Le comble serait qu’ils s’allient aux uns contre les autres, et ainsi, juger sans savoir, et condamner sans connaître.
En définitive, qui pour aider les Africains à émerger, hors les Africains eux-mêmes ?

À cet égard, le beau titre de l’ouvrage du journaliste africain Serge Bilé : « Et si Dieu n’aimait pas les Noirs », m’inspire cette réponse, me permettant de répondre à la place de Dieu :

« Les Noirs s’aiment-ils ? »
« 
Aimez-vous les uns les autres, Dieu vous aimera tous !»

Et si cette animosité entre Africains les empêchait de tirer le meilleur profit de l’indépendance ?

Au contraire d’autres peuples qui, après avoir été vaincus et dominés, ont fini par briser leurs chaînes par la solidarité, la volonté qu’elle stimule, pour se hisser aux premiers rangs.

Le 19e siècle notamment en fournit la preuve : l’Allemagne et l’Italie par exemple (mais aussi L’Espagne, la Grèce, et d’autres), ont pris conscience que sans la solidarité entre elles, elles seraient longtemps maintenues sous la domination française lors des conquêtes napoléoniennes. Les peuples allemands, avant de se libérer ont dans un premier temps cherché les causes de leurs défaites face aux troupes françaises. Ils en ont tiré les leçons pour leur libération et leur émergence. Les Italiens ont fait de même, comme les Grecs, les Belges…

« Debout, Allemands ! »

« Debout hommes Allemands ! Que disparaissent entre vous toute différence, toute barrière ! Qu’un cœur fraternel, qu’un amour fraternel batte dans les artères du peuple allemand dans sa totalité !
Que tous soient prêts à servir avec confiance la patrie, en toute obéissance et toute humilité ! »
(E-M Arndt, L’Esprit du Temps, 1808.)

 

Partout, en Allemagne et aussi en Espagne, et ailleurs en Europe, c’est l’éveil du sentiment national. Des peuples jusque-là dominés, se réveillent, se prennent en charge.
Quelques exemples édifiants : les Allemands, galvanisés par les intellectuels, tout particulièrement les poètes, comme Fichte, sonnent la charge.
(Voir ci-dessous)

 

Le Discours à la nation allemande de Fichte (1807)

Je m'adresse aux Allemands en général, à tous les Allemands sans exception, je ne connais plus ces divisions malheureuses entre Allemands  qui ont amené notre désastre ; je parle pour les absents comme pour les présents et j'espère que ma voix arrivera jusqu'aux frontières les plus reculées de l'Allemagne. [...] Nous sommes des vaincus. Le combat par les armes est fini ; voici que va commencer le combat des principes [...]. Chacun, chaque individu est responsable devant la postérité, de la liberté et du salut de l'Allemagne. Nos ancêtres vous disent : « Nous avons résisté aux envahisseurs et les avons vaincus » ; vous, vous ne pouvez plus les vaincre avec les armes, la preuve en est faite : seul votre esprit peut encore résister et leur tenir tête. Si vous le faites, vous serez encore dignes de vos ancêtres.

Les étudiants allemands ne sont pas en reste :

 

L'exaltation nationale chez les étudiants allemands en 1817.

Le grand-duc de Weimar avait permis aux étudiants de la plus grande partie des universités protestantes de se réunir pour célébrer à la fameuse Wartburg [...] le double anniversaire de la bataille de Leipzig et de l'époque de la Réforme. [...]

Plus de huit cents étudiants et une trentaine de professeurs prirent part à cette orgie jacobine. Et le 18 au matin, la troupe défila deux à deux et prit le chemin de la Wartburg, en observant le plus grand ordre. Arrivés dans l'enceinte du château, [...] un jeune Westphalien prit la parole. Il rappela à ses camarades les efforts incroyables de la jeunesse allemande en 1813 et 1814 pour affranchir la patrie du joug de l'étranger. [...] Mais quel a été le dénouement de cette tragédie ? "Une réunion de despotes, au lieu d'accorder au peuple le fruit de ses travaux, a établi un système de brigandage et d'iniquités. Brisons les fers de l'Allemagne et jurons de mourir plutôt que de souffrir la tyrannie !"

[...] Les étudiants apportèrent une planche noire sur laquelle était attachée la collection des Actes du congrès de Vienne [...]. On alluma un grand feu, l'on détacha les ouvrages avec des fourches à fumier et le Congrès fut jeté dans les flammes aux cris de "Vive la liberté ! Périssent les tyrans et leurs perfides ministres !"

Lettre du comte de Bombelles, ambassadeur d'Autriche à Dresde, adressée à Metternich, le 27 octobre 1817.

Les exemples sont nombreux, dans le temps et dans l’espace, mais, dans l’Histoire, hier comme aujourd’hui ,et comme demain, pour tout,  peuple qui veut se développer, émerger, les seules armes à manier sont la solidarité et la volonté.
Toute aide, autre, quelle qu’en soit la provenance, peut comporter des effets contraires à l‘objectif visé, ou apparaître comme de véritables facteurs d’arriération.On n'aide pas n'importe qui,, n'importe comment.Vigilance et bon sens s'imposent. Il convient notamment d'éviter  la confusion entre  aide humanitaire et aide au développement,laquelle consiste logiquement à accompaagner les efforts d'un peuple pour sortir du sous-développement.

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 11:45

 

LE PANAFRICANISME, UN BEAU RÊVE MUTILÉ OU UNE UTOPIE IMPROBABLE ?

Quand les indépendances en Afrique sonnent le glas du rêve panafricain

L’Afrique, ce continent singulier

Toutes les rencontres panafricaines, du 1er congrès panafricain de Londres à la conférence d’Accra (capitale du Ghana) en 1958, ont eu trois messages prioritaires :

  • La solidarité entre les Africains.
  • La coopération.
  • La fraternité.

Pour tous, avant et après l’indépendance des colonies européennes d’Afrique, le message de l’union, ce devoir de solidarité, de fraternité et de coopération, demeurait l’unique ligne de conduite, voire l’unique objet de l’indépendance.

« Ne jamais aller à l’indépendance qui serait la « balkanisation » du continent."

L’Afrique (A.O.F. et A.E.F.) devait aller groupée en fédération dans un premier temps, avant la réalisation de l’unité complète du continent, c’est-à-dire la fusion des deux grandes fédérations créées par le colonisateur français, qui semblait ainsi (conscient ou non) rendre un insigne service au continent et à ses peuples.

Quelques leaders de poids, le ghanéen Kwamé Nkrumah, comme le malien Modibo Kéita, en avaient fait la condition d’une indépendance réussie. Sinon, prédisait Modibo Kéita, l’indépendance en ordre dispersée ferait des nouveaux États, des « objets creux, à la portée de tous ceux qui seraient tentés d’en faire des esclaves asservis ».

 Afrique, les indépendances

Échec de l’esprit panafricain

À la veille des indépendances (1955-1960) une querelle plus ou moins larvée, plus ou moins virulente oppose les premiers responsables africains, ceux qui devaient avoir la charge de diriger un État indépendant (le leur).
Les égoïsmes nationaux eurent le dernier mot, des pays riches ne voulant pas donner aux autres le moyen de leur développement. « 
On ne veut pas être la vache à lait. »
Ainsi, vola en éclats toute velléité d’unité pour aller groupés à l’indépendance. C’est désormais « 
chacun pour soi ».
La mise en place de l’« organisation de l’unité africaine » ne fit pas illusion longtemps.
Les frontières mises en place par le colonisateur, qui étaient vivement critiquées de tous, furent alors bénies par les partisans de la séparation.
À la veille de la proclamation de l’indépendance, en 1960, des responsables africains, partisans du maintien de ces frontières coloniales, protestèrent vivement contre ceux qui souhaitaient leur suppression. Les premiers allèrent jusqu’à solliciter l’arbitrage de l’ancien colonisateur, en l’occurrence, le gouvernement français, afin que ces frontière restent intangibles. Et ils eurent gain de cause.

Indépendants, mais colonisés ?
     Tares anciennes et tares nouvelles

Comme symbole de cette querelle de frontières, de l’indépendance à nos jours, des conflits frontaliers opposent des États africains.
De même des conflits appelés « conflits ethnique », que l’on croyait oubliés par la volonté du colonisateur, refirent surface, à l’extérieur comme à l’intérieur des nouveaux États indépendants.
C’est la solidarité africaine qui vole en éclats et avec elle, le mot Panafricanisme, tant et si bien que ce mot est devenu un « gros mot » pour un certain nombre de responsables africains.

Et l’Afrique reste la dernière des régions du monde dans toutes les statistiques de publication des pays ou régions du monde, en particulier dans les publications annuelles de l’I.D.H. Il en sera de même dans le futur, tant que les États africains continuent de rester divisés, à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, en marge du monde et de la modernité.
Malgré la mise en place d’une structure sensée rassembler l’Afrique : l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.), en 1963, remplacée en 2002 par l’Union africaine, qui a depuis, fourni mille preuves de sa carence, les Africains restent plus divisés que jamais, plus en 2020 qu’en 1960 ou 1970.
L’Afrique, dans sa globalité, demeure bien le continent le mieux pourvu en ressources naturelles, mais dernier. Ce ne sont pas les ressources naturelles qui créent la puissance, mais la solidarité et la coopération, l’éducation et la formation de la jeunesse, surtout, l’action intelligente et généreuse d’un État organisé, intègre, au service des populations, soucieux du bien-être de tous.

En ce début de 21e siècle, en quel domaine l’Afrique subsaharienne peut-elle se targuer d’être non seulement indépendante, mais décolonisée ?
Y compris dans le domaine culturel, sans évoquer la question linguistique, souvent remise en cause pendant la colonisation, à grands bruits, aujourd’hui considérée comme intangible. Aujourd’hui encore un artiste africain (peintre, sculpteur, musicien) pour être reconnu dans son pays, se voit obligé de faire le voyage de Paris pour être « adoubé » avant de retourner dans son pays, pour jouir à vie, de cette consécration obtenue grâce à son séjour dans l’ancienne métropole, bien que son pays natal soit indépendant depuis 60 ans.
Jusqu’à l’arrivée des moyens modernes de communication : internet, mobile… il était infiniment plus facile d’entrer en communication par téléphone avec n’importe quelle bourgade de France qu’avec la capitale de n’importe quel pays d’Afrique.

A-t-on mesuré le prix de l’indépendance, en étant bien conscient que la signature de l’acte d’indépendance n’est rien sans la décolonisation de l’esprit ? En Afrique, cette décolonisation, (c’est-à-dire la libération de l’esprit), reste à faire, condition sine qua non de l’émancipation collective et individuelle, de la construction de la nation libre, celle de l’État viable, bref, la voie sûre vers l’émergence.
À quelle condition l’indépendance aurait-elle pu rimer avec décolonisation des esprits ? Si seulement les premières élites et futurs responsables africains s’étaient donné la peine de penser le futur, le futur de l’Afrique indépendante dans tous les compartiments de la vie d’une nation libre et prospère, en ayant une idée claire de ce qu’il fallait innover, également des changements nécessaires à opérer à tous les échelons de la vie d’une nation. Mais, surtout, réfléchir penser à l’organisation de l’État, à ses responsabilités envers le peuple, aurait pu apparaitre comme une priorité et une nécessité de première importance, bref, un devoir politique, civique, et moral.

Deux questions fondamentales s’imposaient alors, la 1ère portant sur la colonisation :

  • Pourquoi et comment avons-nous été vaincus, dominés, colonisés par une poignée d’étrangers venus d’ailleurs ?
  • Et si c’était à refaire ?

Ceux qui nous ont vaincus, dominés, colonisés, auraient-ils pu le faire aujourd’hui ? A-t-on, aujourd’hui — aura-t-on demain — le moyen de résister, d’éviter cette domination, cette colonisation ? A-t-on appris la leçon du passé, celle toujours féconde de l’Histoire ?

Enfant-esclave dans une plantation de cacao

La solidarité ou l’assujettissement, l’esclavage.

La principale faiblesse de l’Afrique et des Africains par rapport aux autres peuples et aux autres régions du monde, c’est l’absence de solidarité entre États et entre individus, dans le passé comme dans le présent. C’est pour cette raison que nous avons été vaincus, dominés, assujettis hier.
À cet égard, la traite des Noirs n’aurait jamais pris cette dimension apocalyptique, si les Africains avaient été solidaires. De même qu’en ce début de 21e siècle, la mer Méditerranée ne serait pas devenue le plus grand cimetière de jeunes Africains, si les Africains faisaient preuve de solidarité et d’empathie envers leurs compatriotes.
Dans ces conditions comment aider ceux qui ne s’aident pas, qui ne sont pas solidaires et qui passent l’essentiel de leur temps à s’entre-dévorer, « fraternellement »

Ils se détestent encore plus fortement quand ils sont face à un Blanc.
Phénomène aussi ancien qu’inexplicable, un vrai mystère. Devant le Blanc, le Noir s’évertue à rabaisser son « frère » noir, afin de s’élever dans l’estime du Blanc.

Emmanuel Mounnier dans le compte rendu de son périple africain, paru sous le titre L'éveil de l'Afrique noire, (1948), présente quelques aspects de la société africaine, notamment les rapports entre les lettrés et les autres.

Il s’adresse à de jeunes instituteurs en ces termes :

« Il faudrait se souvenir à tout instant qu’il y a 2000 ans nos ancêtres, les Gaulois, étaient les nègres de César, des nègres un peu plus vêtus seulement, parce qu’il faisait froid, et qu’il n’y a pas 100 ans, ni nos grands-mères, ni nos grands-pères, pour la plupart, ne savaient lire. »

[…]

« Vous reprochez aux Blancs de vous mépriser, vous-mêmes avez le droit de mépriser les vôtres ? »

[…]

« J’ai longuement parlé à ces futurs instituteurs. On m’avait raconté ce qui est leur vie dans les villages. Quelques-uns vivent dans cette mystique admirable qui fut celle des instituteurs français il y a 75 ans.
Mais il s’en faut, hélas, que ce soit la règle. À ce premier degré de la culture où les voilà montés, ils peuvent être plein de vanité. C’est un phénomène qui n’a rien d’africain, rien de noir, on voit cela partout.
Mais tout ici devient plus grave. Ces jeunes moniteurs peuvent mépriser leurs frères de race. Il leur arrive de jouer au chef, au sultan, tout comme le garde du village…
 ».

De fait, la société indigène telle qu’elle a été pensée et organisée par le colonisateur (dans les colonies françaises en Afrique), continue de fonctionner quasiment sur les mêmes bases après les indépendances. Au sommet, les « Évolués », c’est-à-dire les lettrés, (devenus chefs d’État, responsables, administratifs…), à la base, les « non-évolués », les illettrés (paysans, artisans, … petits travailleurs manuels) méprisés par les premiers.

Quant à l’économie, elle conserve ses traits d’avant l’indépendance. C’est toujours une économie de « traite », c’est-à-dire : ils vendent les matières premières et importent les produits manufacturés.

Cela semble être aussi l’avis de Laurent Testot, l’éditorialiste de Sciences Humaines :

« Reste que son passé en a fait trop longtemps un continent de ténèbres, par les crimes qui s'y commirent. Après la longue nuit des traites négrières qui dépeuplèrent l'Afrique pour peupler de diaspora Amériques et archipels divers, prit place la parenthèse de la colonisation, quand, à la toute fin du 19e siècle, un continent entier passa aux mains d'un autre. L'Europe ne resta pas longtemps propriétaire des terres noires, mais l'événement légua un lourd passif, qui aujourd'hui encore obère l'économie du continent, l'imagination de ses élites, et mine les sociétés du monde par son héritage raciste.
C'est aussi parce qu'aujourd'hui l'Afrique rattrape son retard démographique, tout en tardant à mettre en place une économie pérenne qui ne reposerait pas sur la dilapidation de ses ressources, qu'elle inquiète. Elle doit de toute urgence se réinventer des futurs, les décliner de manière autonome, oser les défendre. Car elle sera demain au centre de toutes les attentions. Continent qui aura le moins contribué au réchauffement climatique, elle sera celui qui en souffrira le plus. 
»

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 13:16

LE PANAFRICANISME, UN BEAU RÊVE INACCESSIBLE ?

Des mots aux actes, un échec retentissant

Rappel d’un concept et d’un mouvement politique né hors d’Afrique, pour l’Afrique.
Le Panafricanisme fut, à l’origine, un mouvement initié par des Noirs américains (du Nord et du Sud). L’Antillais
Georges Padmore y joua un rôle de premier plan.
Les principaux inspirateurs du mouvement, qui laissèrent leur nom à la postérité sont :
W. E. Dubois, Marcus Garvey.

Marcus Garvey (1887-1940)

Marcus Garvey reste dans les mémoires, par son inlassable activité pour le respect et la dignité des Noirs. Ce natif de Jamaïque (alors colonie britannique), fit connaître le mouvement à l’échelle internationale, en militant sans répit pour la création des « États-Unis d’Afrique ». Cependant son objectif premier fut l’union de tous les Noirs du monde et le retour de tous en Afrique.
Ces activités multiples firent de lui, l’homme le plus recherché par le FBI. Il fut notamment expulsé des États-Unis vers la Jamaïque.
Malgré tout il continua ses activités et à faire parler de lui, de son île natale.

George Padmore (1903-1959)

L’inlassable militant africaniste
L’Afrique chevillée au corps

Natif de la Trinité, George Padmore (né Malcolm Ivan Meredith Nurse (1903-1959)) fut  sans aucun doute le plus actif, le plus inspiré des premiers militants panafricanistes. Journaliste, il se rendit aux États-Unis pour y poursuivre des études universitaires. Après l’obtention d’un diplôme de Droit il regagna son pays.
Son séjour aux États-Unis semble avoir fait de lui un « 
antiraciste convaincu » et qui agit en ce sens.
Afin de couvrir ses activités militantes, mais aussi pour éviter que sa famille soit inquiétée par la police américaine, il changea de nom et adopta celui de
George Padmore.
Il adhéra également au Parti communiste des États-Unis. L’une des principales activités de la police américaine était aussi la traque de ces militants communistes.
Padmore s’affilia en même temps à plusieurs associations antiségrégationnistes.
En 1934, il rompit avec le communisme et l’Union soviétique, liée, selon lui, à des puissances coloniales, notamment la France et la Grande-Bretagne, mais adhéra au Parti socialiste.

Cap sur l’Afrique

Padmore se rendit en Afrique, qu’il considère comme le terrain idéal de lutte contre l’impérialisme et le colonialisme où il y a tant à faire : indépendance des colonies et unification de l’Afrique notamment. En un mot, la réalisation du panafricanisme.
Au congrès panafricaniste de Manchester en 1945, il joua le 1er rôle. Il y rencontra d’anciens amis qu’il avait connus lors de ses études aux États-Unis : J
omo Kenyatta (futur président du Kenya) et surtout Kwamé Nkrumah (futur président du Ghana).
En 1957, lors de l’indépendance du Ghana,
K. Nkrumah invite Padmore aux cérémonies de l’indépendance et le nomme conseiller aux Affaires africaines. Padmore y déploie une énergie sans relâche, participe dès lors, à toutes les conférences et congrès organisés par les africanistes. Il prend des initiatives sur le plan social, culturel… conjointement à la lutte pour l’indépendance de toutes les colonies africaines.
Padmore joue un rôle éminent dans l’organisation et le déroulement de la « Conférence des États indépendants d’Afrique», invité par le président Nkrumah dans la perspective de la libération de toutes les colonies d’Afrique au début des années 1960. (En effet, depuis 1955, la loi Gaston Defferre invite les colonies qui le souhaitent à prendre leur indépendance.)
De plus
Padmore dénonce les religions, de même que les rivalités ethniques, selon lui « facteurs de division et de régression ».
Il meurt subitement en 1959, au moment même où il travaillait à un projet consistant à instituer une seule et même langue pour tous les peuples d’Afrique, ce qui selon lui, favoriserait l’unité du continent ainsi que son développement. Il eut droit à des obsèques nationales.

Kwamé Nkrumah (1909-1972)

Un panafricain de la première heure

Kwamé Nkrumah s’engagea très tôt dans le mouvement panafricanisme au contact des initiateurs sur le sol d’Amérique.
Dès son arrivée au pouvoir, après l’indépendance, il fit preuve d’une conscience inébranlable dans la nécessité de réaliser d’urgence l’unité du continent afin de parvenir à son développement et à son rayonnement.
Son objectif, mieux son obsession, c’est la réalisation de l’unité de l’Afrique. C’est pour lui la condition de la solidarité constructive entre tous les peuples du continent, l’unique moyen de parvenir au développement et au progrès.
L’occasion s’offrait avec la tenue de la Conférence des États africains indépendants qui se réunit à Accra, la capitale du pays, du 15 au 22 avril 1958. Au cours de cette rencontre, le président ghanéen, exhorte ses homologues à s’engager dans l’aide aux peuples encore sous la domination coloniale, afin de hâter leur libération. Il les exhorte également à bannir toute forme de violence dans les méthodes de gouvernement.
Pour donner l’exemple il accorda une aide multiforme précieuse au président du nouvel État de Guinée qui venait d’obtenir son indépendance de la France.
Peu après, il fonda, avec ce pays, une union fédérale à deux, à laquelle se joignit le Mali, sous le nom de « 
Union Ghana, Guinée, Mali ».

Une politique qui effraie par son audace ?

Le 24 février 1966, le président Nkrumah est renversé, victime d’un coup d’État, alors qu’il se trouve en Chine où il effectue un voyage officiel à l’invitation du président chinois.
Il décline l’aide proposée par des États amis du bloc de l’Est et refuse toute résistance par la violence.
Le président
Sékou Touré de Guinée l’invite à venir s’installer dans son pays et lui propose la « coprésidence » de la Guinée. Mais le désormais ancien président du Ghana décline poliment l’offre et se rend en exil en Roumanie où il décède le 24 avril 1972.
Selon certaine sources, sa chute aurait été décidée par les États-Unis qui ne l’aimaient pas, dit-on, par la C.I.A. Mais il était aussi honni par quelques chefs d’États africains qui l’accusaient de vouloir introduire le communisme en Afrique.

Quelques-unes de ses citations résument, seules, l’essentiel de sa vision de l’Afrique et de son futur :
« 
Il est clair que nous devons trouver une solution africaine à nos problèmes et qu’elle ne  peut être trouvée que dans l’unité africaine. Divisés, nous sommes faibles, unie, l’Afrique pourra devenir pour de bon l’une des plus grandes forces de ce monde. »

Modibo Keita : le Soudan français devient République du Mali

Si l’idéal des initiateurs et premiers acteurs du Mouvement africaniste ne fut pas atteint en Afrique, plus ou moins qu’ailleurs au monde, ce continent connut au moins quelques personnalités (natives de cette terre d’Afrique ou venues d’ailleurs) qui montrèrent, dans leur action politique, qu’ils partageaient cet idéal au service de la justice sociale, cet humanisme sans frontière.

Modibo Keita (1915-1977)

 

Modibo Kéita, comme plusieurs hommes politiques africains d’avant l’indépendance des colonies françaises, tel le président de Côte d’Ivoire, Houphouët Boigny, le président du Sénégal, du Niger… , était citoyen français — au moins depuis la Constitution de 1946 — et, à ce titre occupa des postes politiques à l’Assemblée française, dans des cabinets ministériels…
Modibo Keita fut donc, comme eux, Français avant 1960 et, à partir de cette date, homme politique du Soudan français, son pays natal.
Son action d’homme public se caractérise pour l’essentiel par cet idéal constant : l’unité de l’Afrique. Il fut de ceux qui étaient particulièrement attachés à cet objectif. Il accéda de façon régulière aux hautes charges politiques après la première partie de sa carrière en France.

Deux qualificatifs semblent le désigner : « Africaniste » et « Tiers-mondiste ». (Cela rappelle la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie engagés dans une guerre fratricide, appelée alors la « guerre des sables ».)
Membre fondateur parmi les plus actifs du premier parti appelé à devenir une émanation de l’assemblée de l’Afrique : le « 
Rassemblement Démocratique Africain » (RDA), fondé à Bamako en 1946.
Il milita activement pour la fondation de ce qu’il considérait comme un embryon et un pilier de l’unité du continent. La « 
Fédération du Mali » rassemblant au début 5 États, mais n’en fut que 2 : le Soudan français et le Sénégal. Puis des dissensions entre eux mirent prématurément fin à cette expérience de « fusion continentale ».
Modibo Keita trouva sans doute une consolation dans la proposition que lui fut alors son homologue ghanéen, Nkrumah, la formation d’une union, (qu’il croyait être le début de cette « unité africaine », tant rêvée). Avec le Ghana, la Guinée et le Mali, baptisée « Fédération Ghana, Guinée, Mali »

Une nouvelle république du Mali

Rentré à Bamako, la capitale, Keita prit l’initiative de changer le nom du pays, en abandonnant celui qui lui fut donné par le colonisateur au 19e siècle. Le Soudan français devient République du Mali. Il en prit la présidence de 1960 à 1968.
Ses réformes et son action politique, économique… ont-elles heurté des habitudes ? le point de rupture fut l’abandon du Franc CFA pour le Franc Malien, créé en 1967.

Modibo Keita fut renversé en novembre 1968 par une junte militaire, emprisonné dans le Nord du pays où il meurt en 1977.

À la disparition du Grand Homme de Bamako, les nouveaux maîtres du pays, ceux-là mêmes qui ont mis un terme prématurément à son pouvoir et à sa vie, annoncèrent sa mort de façon on ne peut plus sommaire : « Modibo Kéita, ancien instituteur à la retraite, est décédé des suites d’un œdème aigu des poumons. »

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 08:35

AFRIQUE, UN CONTINENT AU DESTIN SINGULIER.
IMAGES ET PENSÉES,

HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN  (1)

De la colonisation à la colonisation
Et l’indépendance ?

Un continent au destin fracassé, hier et aujourd’hui
Demain ?

La saignée douloureuse

          a - Des Temps Anciens                                

Caravane d’esclaves dans le désert saharien

 

          b - Temps Modernes                                 

                                                                       navire négrier

L’Afrique perd sa substance vive (cerveaux et bras valides) du 7e au 21e siècle par tous ses pores.

Au 21e siècle, la saignée douloureuse                         

À la merci des flots

Une jeunesse oubliée ou abandonnée à son sort, déshéritée, fuit son berceau pour un destin des plus qu’incertains.
Pourquoi partent-ils affronter sciemment, au pire la mort, sinon l’esclavages, le mépris ?.

Partent-ils de chez eux parce que leur pays, leur continent est trop riche en ressources naturelles ? cuivre, or, diamant, hydrocarbures, bois, uranium, cobalt, charbon, coltan… ?

Au contraire, étouffent-ils ?

De surcroît, l’Afrique est le seul continent dans l’Histoire, à connaître, sur une durée aussi longue, un tel destin de domination, d’assujettissement et d’exploitation.

Oubliés, proscrits, déshérités dans leur pays, les jeunes choisissent l’exil contraint.
Seuls au Monde ?

Non, ils ne sont pas seuls au monde : il existe encore des Anges, quoi qu’on dise

Des inconnus leur tendent les bras. Qui sont-ils ?                            

                                                               (Ouest France, 26/12/2019)   

Éprouvés, harassés et éloignés de leurs proches, les sauveteurs de SOS Méditerranée et de Médecins sans frontières se sont offert une courte veillée de Noël avant de reprendre la mer, dès hier matin, à bord de l’Océan Viking, pour secourir les migrants. (Ouest France, 26/12/2019)

 

Que signifient ces sourires ?
À quels dangers ont-ils échappé ?
Sont-ils plus en sûreté ici que là-bas ?

                                  

                         

                                  Sur l’Océan Viking, Noël a la saveur du devoir accompli (Ouest France, 26/12/2019)

Que seraient-ils devenus, ces damnés de la Terre, fuyant leur foyer natal, au péril de leur vie, sans ce navire, mais surtout le courage, l’humanité et le dévouement de ces héros sans nom ?
Sans SOS Méditerranée, Médecins sans frontières et cet admirable équipage, hommes et femmes, ces jeunes africains étaient voués au sort que bien d’autres avaient connu avant eux, au cours de leur aventure désespérée.
                            

                  

                                                                                                                                                 (Ouest France, 26/12/2019)

                     

                                               Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée (Ouest France, 26/12/2019)

        

 

   

 

 

  (Ouest France, 30/12/2019)

Peut-on éviter cette sempiternelle et lancinante question au vu de ces spectacles devenus si récurrents, si familiers ?
Pourquoi quittent-ils (fuient-ils) ce continent si riche potentiellement, si bien doté par la nature ? Que leur manque-t-il ?

« Une dotation généreuse

La chance de l'Afrique, c'est d'être prodigieusement dotée des produits bruts les plus recherchés actuellement sur le marché mondial. Le premier d'entre eux, le pétrole, permet au continent d'occuper une des toutes premières places parmi les principaux producteurs et exportateurs, avec 11 % de la production mondiale. L'Afrique détient 9,5 % des réserves mondiales de pétrole et 8 % de celles de gaz naturel. Ce qui en fait une région géostratégique de première importance. Ce pétrole est assez équitablement réparti entre les différentes régions du continent.
La prospection et l'exploitation des hydrocarbures favorisent de nombreux investissements qui justifient la présence ainsi que les activités de nombreuses sociétés pétrolières étrangères. La prospection pétrolière et gazière connaît ainsi un mouvement de hausse continue depuis le milieu des années 1990 ; la production suit la même courbe ascendante, celle de pétrole passant de 7,4 millions de barils en 1986, à plus de 10 millions en 2006, et celle du gaz de 80 millions à 162 millions 400 000 tonnes au cours de la même période.
La multiséculaire image d'une Afrique regorgeant de richesses, d'or et de diamants est à peine surfaite. Le fait que les Chinois voient actuellement ce continent comme un nouvel eldorado, et que les Européens et les Américains tentent de conserver leurs positions acquises ou d'y reprendre pied, que les Indiens, Coréens, Brésiliens ou Japonais participent activement à cette mêlée n'apporte-t-il pas la preuve de sa richesse et des immenses potentialités qu'elle recèle ?
D’autres ressources naturelles contribuent également à faire de ce continent une région de plus en plus courtisée par les principales puissances du monde. »
 
(Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa)

 

ET L’INDÉPENDANCE ?
Un continent majoritairement indépendant depuis les années 1960, mais toujours colonisé, pour l’essentiel.

                                                                                                                                                                                         (Atlas de l’Afrique, Les Editions du Jaguar)
                                                        Synthèse du passé et du présent de l’Afrique politique

 

  • Comment l’aider l’Afrique dans sa « volonté » ou sa « tentative » d’émerger ?
  • Qui peut et doit l’aider ?
  • Aider par la tête ?
             Ou
    Par les pieds ?

                                                                                      (Atlas de l’Afrique, Les Éditions du Jaguar)

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 08:47

ARTS, CULTURES ET CIVILISATIONS
L’ART, UNE LANGUE UNIVERSELLE, ICI ET AILLEURS

L’oralité dans nos cultures

Vincent Monteil

 

« Tout petit, j'écoutais le conte Khassonké de "Samba le lâche", que le courage de sa jeune femme oblige à surmonter sa peur. Je n'ai donc jamais pensé à mettre en doute l'existence et la valeur de la littérature orale africaine.

Et j'en doute moins que jamais, maintenant que je vis en Afrique noire, que je vais de Dakar à Lagos, ou d'Abidjan à Niamey. Partout, la pulsation sourde des tam-tams me transmet le rythme de la parole et du chant. Partout, la bouche d'ombre crée le verbe, aussi sûrement que la main sculpte le bois. Pourquoi si justement admirer l'art nègre, et négliger en même temps la voix qui sourd d'un masque d'ébène ? Pourquoi ce préjugé tenace, qui nous fait tenir pour bâtarde l'oralité ? N'y aurait-il de lettres qu'écrites ? Littéralement, bien sûr : mais pourquoi monter la garde au pied de la lettre ? Comme si tout le monde n'avait pas commencé par dire, par raconter, avant d'écrire ! Comme si notre constante — et trop souvent exclusive — référence classique, les anciens Grecs eux-mêmes, n'était pas passée par là ! Avant le IVe siècle de notre ère, les œuvres immortelles, l'"Iliade" et l'"Odyssée", ont circulé d'abord de bouche à oreille, et Homère n'était-il pas, à sa manière, comme une espèce de griot ?...

La littérature orale africaine, est vivante, parce qu'elle est orale et parce qu'elle est populaire. Elle est l'instrument et l'expression d'une culture, c'est-à-dire d'un humanisme, d'une mesure de l'homme. Elle nous apporte, à nous, hommes d'Europe, une source de vie, de fraîcheur et de rythme, d'intuition, d'accord de la terre et des hommes, une sagesse immémoriale et authentique. On parle toujours de ce que "la civilisation chrétienne occidentale" a pu donner, à l'Afrique, de techniques, de savoir et de pouvoir. Mais on oublie trop souvent que le courant n'est pas à sens unique : il y a échange perpétuel, entre le donner et le recevoir.

Il est temps, il est grand temps, de récolter, d'enregistrer, de fixer par l'écriture, de publier et de traduire les trésors de la littérature orale africaine. Il est temps que l'enseignement s'en empare,... »

Vincent Monteil, Soldat de fortune, Ed. Grasset.

Charles Vildrac

 

...sa beauté tendue au monde

La victoire vraie d'une race

Est dans sa beauté tendue au monde ;

Est dans le vouloir, la façon qu'elle a

D'aimer et d'élever sa vie ;

Dans le génie des artisans,

La patience des paysans,

L'enseignement des sages ;

Et dans l'art qui contient le sol et le ciel.

Charles Vildrac, Chants du Désespéré, Ed. Gallimard..

Dia Tidiane

 

Africain, écoute ta musique

Africain, mon frère, écoute ta musique.

Elle est la voix de tes dieux, celle de tes ancêtres, quand le soir au cours de nos veillées nos griots, après un moment de profond recueillement, jouent sur leur guitare l'air d'un Tara. Toute la brousse, en ce moment-là, frémit et se tait ; les arbres séculaires se souviennent du temps où encore des divinités innombrables veillaient sur la jeune et pure Afrique.

Africain, mon frère, écoute ta musique.

Dia Tidiane (Revue Europe)

 

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 14:48

 

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (3)

Aide internationale au développement
ou

Aide à la pérennisation du sous-développement en Afrique ?

Si, pour les pays étrangers riches et développés, l’attrait des ressources naturelles semble constituer le mobile unique de la ruée vers l’Afrique en ce début de 21e siècle, que doivent logiquement attendre les populations pauvres de ce continent ?
« Le monde se presse aux portes du continent. »
(
Le Bilan du Monde, édition 2019).

Cet afflux vers l’Afrique doit-il signifier pour ses habitants, un surcroît de pauvreté ou de misère ?
Il appartient, en toute logique, aux dirigeants des pays africains d’en fixer le cap en faveur des populations et des États. Ce sont eux qui doivent fixer les règles dont le respect scrupuleux fera que cette ruée permette à chacune des parties d’en tirer la juste répartition.

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin aujourd’hui ?
    Quelles sont les priorités en matière de bien-être des populations et de développement ?

Ces besoins devraient apparaître en toute clarté et être méthodiquement exposés lors des rencontres : des « Sommets » ou de visites de dirigeants étrangers par les responsables des États africains.
L’Afrique a-t-elle aujourd’hui besoin d’être nucléarisée, comme il fut indiqué lors du récent Sommet Russie-Afrique de Sotchi ?
Il est étonnant, à cet égard, que l’on n’ait aucune réponse claire venant des dirigeants du continent.
Ces  face à face devraient être l’occasion d’égrainer les besoins vitaux du continent africain qui sont quasiment les mêmes depuis les indépendances : santé, école, éducation, formation, infrastructures…
Qui peut, qui doit le faire en dehors des responsables africains ?
Lequel de ces pays développés, qui cherche à renforcer son développement et son niveau de richesse, a pu se hisser à ce niveau, en négligeant ces vecteurs essentiels du développement ?

L’illettrisme est une infirmité

Quel pays, en Europe, en Amérique, en Asie… a pu émerger et sortir du sous-développement en piétinant l’école, en foulant au pied l’éducation, et en ignorant la formation des jeunes et des adultes ?
C’est précisément à ce niveau que se situe aujourd’hui, la différence entre les pays développés et les pays africains en voie de développement.
Il est curieux d’entendre des responsables africains discourir à longueur d’année sur le développement, tout en ignorant les conditions indispensables qui mènent à l’émergence.
Cependant, on ne peut nier le fait que les États africains ont bénéficié, depuis leurs indépendance, d’une aide accordée par de nombreux États européens, américains et asiatique, au titre du développement.Malheureusement, cette aide internationale, bilatérale ou provenant d’organismes divers, à depuis toujours, souffert de quelques vices qui limitent singulièrement sa portée ou son efficacité réelle.Pire, l’exploitation effrénée des ressources naturelles de l’Afrique par ces mêmes puissances étrangères, amène à un autre paradoxe : ce sont les pays pauvres qui financent les pays riches !
(Voir blog,  
http://ti.diak.over-blog.com/article-afrique-aide-au-developpement-ou-au-sous-developpement-116470837.html ).

Jeunes migrants en perdition
Que de Mozart et d’Einstein qu’on assassine !

 

Pourquoi partent-ils ?

—Parce que leur pays est trop riche en ressources naturelles ?
—Parce que leur pays connaît un taux de croissance à 2 chiffres plusieurs années de suite ?

Où vont-ils ? Qui les attend ?
Sont-ils instruits, formés ? Par qui ? Comment ?

Les responsables de leur pays les voient-ils partir ?
Que font-ils pour les retenir ?
Les pays étrangers, riches et développés, qui sillonnent l’Afrique à la recherche de richesse et qui « aident l’Afrique à se développer », sont-ils informés de cette situation ? Que font-ils ? Que proposent-ils ?

Parmi ces déshérités qui fuient leur pays, des « bacheliers analphabètes » qui — si la chance leur sourit après la traversée de la mer, des dangers — pourront pour vivre un temps, ou longtemps, obtenir un emploi  d’ auxiliaire éboueur, dans une ville de France ou de Belgique.

Au-delà de l’aide matérielle que les pays développés accordent aux États africains, il est une autre forme d’aide, tout aussi précieuse pour le continent : c’est l’initiation à la « démocratie », dans la gestion des affaires du pays (la gestion saine), de même que la responsabilité individuelle et collective : l’apprentissage de la démocratie par le bas (la démocratie ne se limitant pas au seul vote).
À cette fin, les relations entre dirigeants étrangers et responsables africains, à l’extérieur comme à l’intérieur du continent, ne doivent plus apparaître comme un perpétuel « huis-clos » entre ces deux parties.
Toutes les décisions prises lors des « forums » réunissant dirigeants des pays développés et dirigeant africains, toutes les sommes octroyées pour l’aide, de même que tous les projets ou programmes de développement, doivent faire l’objet — par les soins du gouvernement — d’une large diffusion auprès de la population.
Le but étant que les citoyens  soient  informés, et sachent dans le détail, les démarches, les actions mises en œuvre pour que les objectifs soient atteints.

Si ces projets et programmes atteignent leurs objectifs, que ce soit précisé. Si, au contraire, c’est un échec, qu’ils en soient également informés et que chacun sache la raison et les conséquences éventuelles de cet échec : quelle leçon en tirer ? Quelle démarche de remédiation proposer ?

Cette façon de faire stimulera l’intérêt de la population pour la bonne gestion de la chose publique, condition de la bonne gouvernance.

Si par ailleurs l’illettrisme est une infirmité, l’Afrique est incontestablement le continent qui abrite le plus grand nombre d’infirmes au monde. En conséquence, le taux d’analphabètes est le plus élevé et celui de la scolarisation des enfants est le plus faible au monde.
Dans certains États (en Afrique de l’Ouest et Afrique sahélienne notamment), ces taux voisinent les 70% voire d’avantage.
Le taux de scolarisation fluctue entre 13 et 30% selon les États et les régions.

L’École !

Si quelques petits Africains ont, aujourd’hui, la chance de fouler la cour d’une école, c’est souvent grâce à la bienveillante sollicitude d’ONG, ou d’associations étrangères diverses. Mais ces âmes généreuses savent-elles ce qui y est enseigné et comment, ou s’en soucient-elles seulement ? Car une école, ce ne sont pas que des murs et des fenêtres, si luxueux et modernes soient-ils. L’école n’est pas non plus un lieu de dressage de petits d’humains, l’enseignement n’est pas non plus un dresseur de fauves, armé d’une chicotte ou de bâton, face à des enfants terrorisés.
L’école est au contraire le lieu de l’épanouissement individuel et collectif, celui de la formation rigoureuse et bienveillante, de la pensée libre, de l’indispensable esprit critique (sans lequel on demeure à jamais esclave de la pensée construite par d’autres, ainsi que du fatalisme).
école est enfin le lieu de la socialisation par excellence, de l’ouverture aux autres, au monde et à soi, bref, la formation d’êtres libres et pensants.
(Voir blog, article de mon blog : Afrique : principales entraves à l’émergence (7articles)).

Le développement naît du cerveau et de la volonté

En tout état de cause, l’Afrique ne sortira du sous-développement, il n’y aura émergence que par la seule volonté des Africains.

« Quand l'aide internationale mène au naufrage d'un continent.

L'épanouissement d'une société se mesure aussi à l'aune de sa santé et de son niveau d'éducation.

L'état de santé et le niveau culturel font ainsi partie des tous premiers éléments d'appréciation de l'épanouissement d'une population. Ce sont de loin les facteurs et les conditions du développement et apparaissent en tant que tels comme les axes prioritaires de l'action de tout État qui aspire à un développement véritable et à l'épanouissement de ses populations.

Depuis les années 1960, beaucoup de discours ont été entendus, beaucoup de colloques organisés sur les thèmes de la santé et de l'école en Afrique. Quel en est le bilan aujourd'hui ? Quelle incidence de l'aide internationale observe-t-on sur ces secteurs vitaux, tel qu'il est possible de l'évaluer ?

L'Afrique de l'an 2000 se porte-t-elle mieux que l'Afrique des années 1960 ? ». (Tidiane Diakité, L’Afrique et l’Aide ou comment s’en sortir ?, L’Harmattan, 2002).

Pour les bonnes volontés et les âmes charitables de l’extérieur (il y en a), qui se penchent généreusement au chevet du Grand malade africain, il est indispensable d’acquérir un minimum de « science », ou de connaissance des besoins et des réalités intimes de ceux qu’on veut aider dans leur marche vers l’émergence, ceux qu’on veut aider à parvenir au stade de l’autonomie dans les domaines vitaux de l’existence, afin qu’ils parviennent à la maîtrise de leur destin.

« Comment aider ?

Ceux qui ont l'épiderme sensible dès qu'on évoque les carences de l'Afrique et qui rendent l'Occident responsable de tous les malheurs de ce continent lui rendraient un insigne service en réagissant face à la saignée financière qu'il subit, à son pillage systématique et continu, ainsi qu'à la spoliation des peuples par les Africains eux-mêmes comme par les étrangers. L'Afrique n'est pas pauvre, on l'appauvrit.
Il n'est nullement question d'absoudre les pays étrangers qui organisent le pillage de l'Afrique ou y participent. Mais crier unilatéralement et continuellement haro sur ces derniers masque les responsabilités internes et retarde d'autant la recherche des moyens de juguler l'hémorragie. L'enjeu essentiel, c'est investir en Afrique l'argent produit en Afrique, valoriser les richesses qui y sont également produites, afin d'assurer les conditions du développement.
Il est une pratique peu abordée, s'agissant de l'aide au développement, et dont l'examen permettrait cependant de constater que les ressources financières de l'Afrique aident plutôt paradoxalement à la prospérité économique des pays développés. Il s'agit des sommes colossales, massivement investies en Europe et aux États-Unis par des Africains, chefs d’État, responsables politiques de tous rangs ou personnalités privées — sommes acquises honnêtement ou non. »
(Tidiane Diakité, 50 ans après l’Afrique, Arléa, 2011).

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 09:22

AFRIQUE, LA RUÉE DE NOUVEAUX ACTEURS
POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ? (1)

Qui vient ? Et pourquoi ?

Russafrique
(Jeune Afrique, n°3057 du 11 au 24 août 2019)

Le sommet Russie-Afrique, un symbole chargé de sens

Image ci-dessus insolite :
Les Russes viennent chasser sur les terres naguère chasse gardée des Occidentaux, principalement Britanniques et Français, qui semblent avoir déserté, de gré ou de force, ce qui fut hier, leurs plates-bandes consacrées, aujourd’hui piétinées par de nouveaux arrivants qui masquent à peine leur intérêt pour ce continent.
Mais, avant le Sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, en Russie, il y en eut d’autres. Ainsi le Sommet Japon-Afrique, qui a suivi le Sommet Turquie-Afrique, lequel fut précédé par les sommets Israël-Afrique, Inde-Afrique, de même que le Sommet Brésil-Afrique du temps du Président Lula.

Que viennent chercher les Russes en Afrique en ce début de 20e siècle ?

« La Russie a une image positive en Afrique. Elle est en concurrence avec les Occidentaux pour la crédibilité de ses informations.

[…]

Il semble que les informations estampillées "Russie" rencontrent un vif succès. Commentaire du chercheur français : "La Russie jouit sur le continent d'une image positive [qui la] place en concurrence avec les pays occidentaux, en particulier l'ancienne puissance coloniale française, pour la crédibilité et la popularité des informations qu'elle produit." »  Jeune Afrique, n°3057 du 11 au 24 août 2019)

Par ailleurs, et surtout

« En Russie les ressources du sous-sol ne sont pas inépuisables. Or l’Afrique regorge d’hydrocarbures et métaux… » (Idem)

Chine-Afrique
(
Jeune Afrique, n°3055 du 28 juillet au 3 août 2019)

La Chine en Afrique
     Gagnant-gagnant ?

La Chine est pionnière dans l’ouverture à l’Afrique et l’intérêt pour ce continent où elle a fait une entrée fracassante à la fin des années 1980 et où elle semble solidement installée désormais.
Après avoir pris la place des premiers occupants : Français et Britanniques, elle se heurte désormais aux nouveaux arrivants parmi lesquels les États-Unis, comme rapporté par « 
Le Bilan du Monde, Le Monde, hors série, édition 2019 » sous le titre :

« Le Monde se presse aux portes du continent

Certains dirigeants africains commencent à savoir tirer profit de la multiplication des acteurs qui se disputent le contrôle des routes commerciales et des ressources naturelles d'une région carrefour.

Le sourire éclatant du nouveau premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed : voilà le visage symbolique du changement intervenu en Afrique en 2018. A peine élu à la tête du deuxième pays le plus peuplé du continent (qui devrait compter près de 200 millions d'habitants en 2050), l'ex-militaire a opéré une "révolution", selon Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'université Bjorknes d'Oslo. Une révolution destinée à faire la paix avec ses voisins, restaurer l'Ethiopie dans son rôle de puissance régionale, mais aussi articuler le décollage de l'économie nationale avec un décollage de toute la partie orientale du continent. »

[…]

« La planète se presse aux portes de l'Afrique, de ses chefs d'Etat, de ses mines et de ses ports. A l'échelle du continent, cette "ruée" s'est faite plus rude. 2018 a aussi été l'année où la Russie a entamé une montée en puissance de son influence sur le continent, ancrée au Soudan, puis en Centrafrique, et avec des visées sur d'autres pays, notamment l'Angola. Cette intensification de la compétition s'étend à l'ensemble du continent, même dans sa partie la plus en retrait de ces transformations, en Afrique centrale. »

Une compétition qui en rappelle d’autres où les nations, engagées dans une compétition sans merci en Afrique ou ailleurs, faisaient courir de grands risques à la paix du monde.

Ainsi, selon la même publication :

« L'Afrique est aussi un terrain de compétition militaire. Les Etats-Unis, comme l'a révélé une enquête du magazine d'investigation américain en ligne Intercept, disposent désormais de 34 sites d'implantation sur le continent, parfois de simples locaux hébergés dans des bases locales. »

(Jeune Afrique, n°3055 du 28 juillet au 3 août 2019)

Si toutes ces puissances affichent leur volonté de profiter des ressources du continent africain, tout en promettant une coopération où chaque partie sera gagnante, peu ou prou, on ne peut s’empêcher de penser à ceux qui sont conviés à ces Sommets : les dirigeants africains, mais surtout de savoir ce que ces rencontres internationales apportent à un continent qui offre ce paradoxe connu de tout temps : « le paradoxe africain ».

Sur le sous-sol le plus outrageusement doté par la nature, vivent des hommes et des femmes parmi les plus pauvres de la planète.

Les nations initiatrices et organisatrices de ces Sommets le savent-elles ? Que proposent-elles pour tirer ces pays d’Afrique du sous-développement en accompagnant leur marche vers le bien-être par l’exploitation et l’utilisation de ces ressources aux fins d’un développement endogène ?

Ce « paradoxe africain » caractéristique de nombre d’États de ce continent est illustré comme suit dans L’Afrique en 2019, Jeune Afrique n°3024H du 23 décembre au 12 janvier 2019 :

« Alors que son sous-sol, le plus riche d’Afrique, était pillé, l’oligarchie congolaise s’enrichissait scandaleusement. Et laissait la population –près de 100 millions de personnes – dans la misère, et le pays sans infrastructures.
Résultat : les citoyens de la riche RDC ont un revenu par habitant parmi les plus faibles du monde. »

Si tant de pays étrangers accourent en ce début de 21e siècle, poussés par leurs intérêts et par les ressources naturelles du contient africain, voient-ils, constatent-ils ce paradoxe africain ? Quel remède proposent-ils ?

(Annick Le Douget, Juges, Esclaves et Négriers en Basse-Bretagne, 1750-1850. L’émergence de la conscience abolitionniste.)

Quel gain, quel dividende pour l’Afrique et ses populations ?

Afin de sortir du trou dans lequel l’histoire les a précipités depuis le 16e siècle, il incombe aux Africains d’aujourd’hui de rechercher les moyen de valoriser les fabuleuses richesses matérielles dont la nature a doté ce continent.

Pour ce faire, il faut sans doute réfléchir pour agir et réagir ; sans doute danser un peu moins et penser un peu plus.

L’Afrique est coutumière de ces ruées vers ses richesses. En effet, elle connut en particulier deux ruées qui ont changé à jamais le cours de son histoire : la première, du 16e au 17e siècle, où des puissances étrangères venaient arracher à leur sol natal des hommes et des femmes, dans la force de l’âge, pour la mise en valeur des plantations du Nouveau Monde. Cette première ruée (la mondialisation avant l’heure) aboutit au « partage » de l’Afrique, à l’initiative du chancelier allemand Bismarck, en 1885.

La seconde ruée fut l’œuvre de l’Europe en quête de terres nouvelles et de débouchés commerciaux : ce fut la colonisation, la domination et l’exploitation de l’Afrique jusqu’au milieu du 20e siècle.

NB : détail non dénué de sens : alors que le fameux partage de l’Afrique de 1885 était décidé et organisé par les seules puissances européennes de l’époque, parmi les nations organisatrices des sommets autour de l’Afrique, en ce début de 21e siècle, figurent des nations asiatiques.

(L’Histoire, numéro spécial 302S)

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 08:18

1789 : FRANCE, LE GRAND BASCULEMENT :
DE LA MONARCHIE ABSOLUE DE DROIT DIVIN
À LA RÉPUBLIQUE

Des Temps ancien aux Temps nouveaux
La métamorphose de la France, en deux temps et deux mouvements

En mots et en images

 

L’Ancien Temps

Le Roi-soleil

 

 

 

 

La hiérarchie sociale : les Trois Ordres : Noblesse – Clergé – Tiers-état
Hiérarchie héréditaire : on naît Noble ou Roturier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le paysan paie la redevance due à son seigneur

 

 

 

 

 

Les rois représentants de Dieu sur terre

 

Premier Temps – Premier Mouvement
Les Lumières : les Idées nouvelles
       La force des Idées, le pouvoir de la Pensée
    
Les premiers Acteurs du Premier Mouvement, de la première secousse : les philosophes français du XVIIIe siècle

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
« La volonté générale peut seule diriger les forces de l’État. Le peuple soumis aux lois en doit être l’auteur. La puissance législative appartient au peuple, et ne peut appartenir qu’à lui. » (Le Contrat social, 1762)
« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité et même à ses devoirs…Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme. »  (Le Contrat social, 1762)

 

Voltaire (1694-1778)
En France, un noble méprise souverainement un négociant. Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État : le seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, et qui se donne des airs de grandeur, ou un négociant qui enrichit son pays, donne des ordres au Caire, et contribue au bonheur du monde.» (Lettres philosophiques, 1734)

« L'Angleterre est le pays des sectes. Un Anglais, comme homme libre, va au Ciel par le Chemin qui lui plaît. S'il n'y avait en Angleterre qu'une religion, le despotisme serait à craindre ; s'il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente et elles vivent en paix, heureuses. » (Lettres philosophiques, 1734)

« La nature dit à tous les hommes : "Puisque vous êtes faibles, secourez-vous ; puisque vous êtes ignorants, éclairez-vous et supportez-vous. Quand il n'y aurait qu'un seul homme d'un avis contraire, vous devriez lui pardonner; car c'est moi qui le fais penser comme il pense."» (Traité de la tolérance, 1763)

 

Montesquieu (1689-1755)
 « Il y a dans chaque État, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice et la puissance de juger. Lorsque le pouvoir législatif est réuni au pouvoir exécutif, dans la ou les mêmes personnes, il n'y a pas de liberté : on peut craindre que le même monarque ou la même assemblée ne fasse des lois tyranniques pour les appliquer tyranniquement. Chez les Turcs, où les trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme. » (De l’Esprit des lois, 1748)

« Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle doit être loi parce qu’elle est juste » (De l’Esprit des lois, 1748)

 

Diderot (1747-1765)
« Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. Le prince tient de ses sujets mêmes l'autorité qu'il a sur eux, et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l'État. Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation. » (article, Autorité politique de l’Encyclopédie)

 

Jaucourt(Louis, Chevalier de )(1704-1779)
« Le premier état que l'homme acquiert par la nature, et qu'on estime le plus précieux de tous les biens qu'il puisse posséder, est l'état de liberté ; il ne peut ni s'échanger contre un autre ni se vendre, ni se perdre; car naturellement tous les hommes naissent libres, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas soumis à la puissance d'un maître, et que personne n'a sur eux un droit de propriété. En vertu de cet état, tous les hommes tiennent de la nature même de pouvoir faire ce que bon leur semble, et de disposer à leur gré de leurs actions et de leurs biens, pourvu qu'ils n'agissent pas contre les lois du gouvernement auquel ils sont soumis. »

 

Le Deuxième Temps : 1789 : L’Ouragan
La puissance des Armes

À la Bastille !

 

 

Les principaux acteurs du Deuxième Mouvement

 

Robespierre (1758-1794)

Danton (1759-1794)

 

Brissot (1754-1793)

 

Sans-culotte

 

femme-sans-culotte

 À Versailles !

Marche des femmes sur Versailles, 5-6/10/1789

 

 

Aux Tuileries !

 

 

 

 

 

 


(musée de la Révolution française)

 

"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."

 

La République

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