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CULTURES AFRICAINES ET "MESURES"

16 Février 2008 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #CULTURE

   

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   Au cours d'une conférence, j'ai vu certains esprits se crisper parce que j'avais souligné que "mesures" et usage des instruments de mesure ne faisaient pas partie du quotidien de bien des personnes en Afrique subsaharienne.
  De fait, mesurer sa taille, évaluer son poids, voire enregistrer les éléments essentiels de son état civil : naissance, mariage ... ne comptaient pas dans les préoccupations des milieux traditionnels.
   D'aucuns, parmi mes contradicteurs, dont une jeune française, estimaient que ces traits culturels, ces mesures, parce qu'ils étaient propres à l'Occident, n'avaient aucune utilité en Afrique. 
    Or, le mètre, le
système décimal, n'appartiennent plus à une aire culturelle spécifique (même si on connaît le foyer précis de leur éclosion en Occident). Ils transcendent aujourd'hui les aires culturelles et géographiques. Tout comme l'usage de la monnaie ou l'écriture. 
   Après l'invention de
l'imprimerie, certains peuples l'ont refusée parce qu'étrangère à leur culture. Mais ils ne la boudèrent pas longtemps, ayant sans doute compris que la rejeter, c'était choisir de se mettre en marge de la marche du monde et du progrès.
    Le mètre, le gramme, la monnaie, sont de nos jours des éléments du
langage universel. Ce sont des outils de pénétration du monde qui permettent de communiquer avec les autres, d'échanger au sens noble du terme et d'être au centre du monde, sans renier ses valeurs positives. Cela dit, on peut aussi faire le choix de s'en passer, comme on peut faire le choix du troc ou celui de vivre dans des "réserves".
    L'Afrique ne se développera pas en ignorant les outils du langage universel.

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LES OUBLIES DE LA MEMOIRE

27 Janvier 2008 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #HISTOIRE

 


LES OUBLIES DE LA MEMOIRE

            Ils furent nombreux ces Africains, Malgaches, Maghrébins, Indochinois qui ont versé leur sang pour la France, cette "Mère-Patrie" à la fois si proche et si lointaine.
Plus généralement, Français et Africains ont mêlé leur sang dans toutes les
guerres de l'époque contemporaine où la France s'est trouvée engagée. Déjà dans la guerre de Crimée en 1854, celle du Mexique en 1862-1863 et surtout en 14-18 et 39-45. Ils y ont combattu loyalement, ont souffert, beaucoup y ont laissé leur vie ou leur santé.
        Un
ancien combattant africain de 14-18, Bakary Diallo rapporte un sentiment partagé alors par la plupart d'entre eux : 
"Beaucoup parmi nous croient que nous ne sommes considérés que comme des
chiens de chasse à lancer où besoin est". 
Cet autre tirailleur du "Bataillon des Tirailleurs sénégalais Malafosse" précise en 1917 :
        "
Bataillon Malafosse n'a pas bon, jamais repos, toujours faire la guerre, toujours tuer Noirs".
       Chiens de chasse, les soldats noirs furent aussi des cerbères promus à la garde des camps de réfugiés espagnols (à l'issue de la
guerre civile espagnole à partir de 1939) dans le Sud de la France. Ils s'en sont acquittés avec un zèle tout particulier, au point que certains parmi eux de retour chez eux en Afrique, affirmèrent à leurs compatriotes avec aplomb que la Deuxième Guerre mondiale avait opposé les Français aux Espagnols et que ces derniers avaient été vaincus.  
        Ceci était une tradition de la France. Déjà lors de la
Première Guerre mondiale, des Africains furent envoyés pour des missions de police et de maintien de l'ordre, en Allemagne, en Grèce, dans les Balkans ... Le zèle avec lequel ils exécutèrent ces missions contribua à leur forger une légende "noire" de brutalité, de cruauté et de sauvagerie encore en bien des mémoires dans ces pays.
La liste des Africains sacrifiés serait trop longue. De 1939 à 1945, 158 000 soldats africains furent recrutés ; 15 000 d'entre eux furent tués dans des combats ou exécutés par les Allemands. Au total, on estime le nombre de tués africains et malgaches à 25 000 dont 2000 dans les
Forces françaises libres (FFL) et 7000 durant les combats de la Libération. 25 000 croupirent dans les prisons et les frontstalags allemands en France où ils furent condamnés aux travaux forcés dans des conditions de misère et de dénuement extrême.
      Où sont-ils ces morts et ces sacrifiés dans la
mémoire collective des Français ? Dans les manuels scolaires, dans les lieux de mémoire ?
                                            

 

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MIGRATIONS INTERNATIONALES

9 Janvier 2008 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE

 

MIGRTATIONS.LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES ?

 

Les migrations voulues ou forcées sont sans doute l'un des signes les plus tangibles de la mondialisation, mieux, de la globalisation.

La planète entière se rétrécit de siècle en siècle, voire d'année en année, en un "village mondial" où les destins humains se croisent et sont de plus en plus inextricablement mêlés.

Les produits, les capitaux, les modes, les informations, les technologies ... passent les frontières, sous-tendent et activent les flux humains. Entre la demande et l'offre, les migrations aussi, deviennent mondiales. Les migrants économiques sont aspirés par un marché de l'emploi devenu lui aussi global.

En 1965, on comptait 75 millions de migrants à travers le monde ; en 2 000, ils seraient 160 millions. Et encore il ne s'agit là que de chiffres officiels. Les migrants non comptabilisés dans ces statistiques officielles sont sans doute aussi nombreux.

Et contrairement à ce qu'une certaine actualité peut laisser penser, ces migrants ne sont pas constitués de réfugiés politiques ou de déplacés de guerre, mais d'hommes et de femmes à la recherche d'un emploi, d'une meilleure formation, pour mieux vivre ; des hommes et des femmes en quête de la "sécurité de vie".

Cette réalité devrait inciter à plus de profondeur dans l'analyse des causes et de pertinence dans la recherche des solutions.

Toute solutions pour être viable, ne peut être que globale, inspirée par le souci de la préservation des droits humains et par la satisfaction des besoins fondamentaux.

Pourquoi des hommes et des femmes se déracinent-ils parfois au péril de leur vie ?

L'être humain a, en effet, une tendance innée : la recherche d'un mieux-être. La carte du monde actuel, la carte des Etats ou celle des peuples est le reflet de cette réalité. Pourquoi partent-ils ?

- Ils partent pour mieux revenir.

- Ils partent pour vivre.

- Ils partent pour être.

Les nations, les organisations internationales, les gouvernements ont un devoir impérieux en ce début de XXIe siècle : l'invention du possible - défi du siècle - pour faire du phénomène migratoire un facteur de paix, d'épanouissement de ceux qui partent et de ceux qui reçoivent.

 

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REGENERATION

25 Novembre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #PHILOSOPHIE

L'HOMME NOUVEAU

    La Révolution française de 1789 voulait faire table rase et faire renaître le monde à partir de l'An 1 (1792-1793).

    Staline, au nom de la révolution bolchévique de 1917, voulait créer "l'Homme nouveau", beau, fort, sain ...

    Hitler voulait la "race pure" qui écraserait toutes les autres au nom de la "pureté aryenne".

    Que de crimes !

    Comment promouvoir "l'Homme nouveau" ?

    Pour Anatole France "la folie de la Révolution fut de vouloir instituer la vertu sur Terre. Quand on veut rendre les hommes bons et sages, libres, modérés, généreux, on est amené fatalement à vouloir les tuer tous."

   Comment parvenir à la "régénération de l'Humanité" ? 

                                                         A méditer.

 

 

 

 

 

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VISION FAUSSEE DE L'AFRIQUE 2

4 Novembre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE

 

 

La pérennité du quiproquo (suite)

 

    Les idées reçues, les préjugés et les clichés ne circulent pas au hasard. Ils ont le plus souvent des fondements historiques.

    La période de l'après-guerre, des années 20 aux années 30 peut être considérée comme le temps de l'enracinement de certains de ces stéréotypes, ces produits devenus la marque distinctive des Africains en France.

    Dès l'arrivée des premiers soldats coloniaux en métropole en 1914-1915, il fallut leur donner l'outil de leur intégration rapide dans l'armée. Il s'agissait alors de donner à ces combattants, analphabètes pour la plupart, les rudiments de la langue française pour pouvoir communiquer avec leurs chefs, recevoir et exécuter les commandements nécessaires à l'efficacité de leurs actions militaires.

    Des pseudo-linguistes se disant spécialistes des langues africaines se chargèrent de déterminer le français qu'il convenait d'enseigner aux Africains. Des manuels furent hâtivement élaborés à cette fin, "véritables chefs-d'oeuvre" d'imagination et d'opportunisme linguistique. L'auteur anonyme d'un de ces manuels édité en 1916, affirme avec aplomb que l'article n'existe pas dans les langues parlées par les populations des territoires français d'Afrique occidentale (d'où était originaire l'écrasante majorité de ces soldats africains), que le genre féminin y est également inconnu (seul le masculin existait). Par conséquent le féminin se décline par l'opposé au masculin : exemple : la jument se traduit par "cheval-femme", la chienne devient "chien-femme" ... Ma tête devient "mon tête", ma jambe "mon jambe".

    De même, selon les règles de cette fameuse grammaire africaine, seul l'infinitif existe, le verbe ne se conjugue pas. De ce fait la formule magique pour compenser les carences de la "grammaire africaine" est "y en a". Ainsi C'est un bon tirailleur se dit "tirailleur, y en a bon".

    Le pronom il n'existant pas non plus, C'est un bon tirailleur, il obéit toujours devient "tirailleur, y en a bon, lui toujours obéir".

    Le verbe avoir est remplacé par "y en a". Exemple : "Moi y en a gagner cheval" (signifie "j'ai un cheval).

    Les possessifs sa, notre, leur... n'existant pas non plus votre, notre ... deviennent "pour lui, pour nous..." ; ainsi sa tête se traduit par "tête pour lui".

    Et surtout, parce que la "grammaire africaine" ignore les temps, selon ce spécialiste, tous les verbes infinitifs doivent toujours être précédés d'une indication de temps afin de situer l'action. Ce qui donne par exemple "encore trois jours et moi partir", "chef moi y en a dire, moi partir demain", "toi pas voir moi hier ?"

    Le pluriel étant également inconnu, il faut l'éviter à tout prix dans la conversation. Et si son emploi se révèle indispensable, il faut passer par le singulier auquel on accole "beaucoup, trop ou trop beaucoup". Ainsi il y a trois chevaux donne "ça y en a cheval trois".

    Et pour compter il est nécessaire de se servir des mains, des pieds et des doigts. Pour exprimer 20 il faut placer les deux mains jointes près des deux pieds joints et d'autres contorsions du corps pour exprimer : 12, 15, 25 ...

   Ce vocabulaire et cette grammaire sur mesure, ce langage de tirailleur baptisé "petit nègre" finit par être adopté par tous dans le milieu militaire, soldats, cadres militaires et civils au service de l'armée.

    En dehors de l'armée ce langage permettait   difficilement aux soldats africains de se faire comprendre par la population civile, suscitant rires et quolibets. En revanche il fit les délices des publicitaires de l'époque comme par exemple le fameux "y a bon banania".

    Malheureusement, après la guerre, les Africains de retour chez eux, les écoles faisant cruellement défaut, ce "français tirailleur" finit par s'imposer à toutes les populations d'Afrique occidentale. Ce langage "petit nègre" constitua par la suite le seul langage utilisé par certains Français pour s'adresser aux Africains en Afrique (voir en France encore de nos jours).  Ce "petit nègre" chargé de connotations multiples, ne rapproche pas. Il ne permet ni aux Français de comprendre les Africains, ni aux Africains de se faire comprendre des Français. Il crée la distance et la différence entre ceux qui ont vocation à se rencontrer par les liens de l'histoire et de la géographie comme par les besoins du présent.  Cette sous-culture imposée aux Africains par le biais de la langue ne permet ni compréhension ni intégration.

    Certains "spécialistes de l'Afrique" nuisent ainsi considérablement aux rapports entre Français et Africains par la "qualité" de leurs connaissances de l'Afrique et de ses peuples.

 

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VISION FAUSSEE DE L'AFRIQUE (1)

28 Octobre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE

  1. LA PERENNITE DU QUIPROQUO

   Il est assez consternant de constater combien les Français (en général) sont aujourd'hui ignorants des réalités africaines. Le pire, c'est sans doute de constater que les mêmes ne font aucun effort pour approcher et pénétrer ces réalités, et qu'ils parlent continuellement de ce qu'ils ignorent, sûrs de leur "science", apparemment en paix avec leur conscience.

    Au terme de plus de trois siècles de frottement continu, de côtoiement suivi, de sang mélangé sur les champs de batailles, jamais la distance séparant Français et Africains n'a été aussi importante. Cette distance est aussi grande en ce début de 21e siècle qu'au début du 19e. Jamais la méconnaissance, l'ignorance mutuelle, la méfiance n'ont été aussi profondes. Ni la colonisation, ni l'école coloniale, ni même le service commun des armes ordinairement creuset aux vertus unificatrices, lieu de brassage des corps et des consciences.

   Entre Français et Africains s'interpose un nuage opaque, un mur incontournable, fait des préjugés, stéréotypes et clichés surgis du fond des âges, tissés et compressés par les siècles et le temps.

    La connaissance de l'Afrique par la plupart des Français d'aujourd'hui se limite aux théories d'ethnologues, d'anthropologues et de pseudoscientifiques de la deuxième moitié du 19e siècle qui reléguaient l'Afrique et les Africains aux marges obscures de l'Histoire, déniant aux derniers le droit à l'humaine condition. Ces théories ont toujours droit de cité encore de nos jours et semblent même jouir d'une inexplicable vigueur de jeunesse, sans doute revivifiées par la mémoire des images et des mots :

    - la mémoire des expositions coloniales des années 20 et 30, avec leurs zoos humains qui dispensaient d'office de tout voyage en Afrique en servant aux Occidentaux le mets exotique africain à peu de frais. Les ingrédients de ce mets sont les Africains vêtus en singe et animalisés dans ces enclos du dimanche qui constituent toujours le fondement de l'imaginaire populaire de bien des Français.

    - la mémoire des mots, ceux des politiques, de Mac-Mahon au ministre britannique J. Chamberlain, du républicain Jules Ferry même, au sujet impérial allemand Heinrich von Treisch.

    Ces clichés et préjugés transcendent en France le classique clivage politique. Droite et gauche sont nourries à la même source et baignent dans la même culture. Le plus gênant sans doute, c'est le conditionnement des jeunes générations par ces vieilles cultures et ces vieux réflexes. Elles n'ont pas appris l'Afrique parce qu'on ne leur a pas enseigné l'Afrique authentique d'hier et d'aujourd'hui. 

    Dans ce malentendu perpétuel entre Français et Africains réside sans aucun doute l'une des explications de l'échec de la coopération et de l'aide à l'Afrique. Car comment aider efficacement ceux qu'on ne connaît pas et qu'on s'obstine à ne pas connaître ? C'est également là qu'il faut rechercher à mon sens l'une des causes des difficultés à intégrer des jeunes issus de l'immigration de sujets coloniaux.

 

 

 

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ESPRIT DE MESURE

13 Octobre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #AFRIQUE

 

Un facteur évident de progrès technique

    L'enseignement dispensé par les écoles africaines doit accorder une mention toute spécifique autant au souci de la "mesure juste" qu'aux valeurs d'humanisme et de rencontre des cultures.

    Le concours des Européens, concours honnête, sans préjugés ni arrière-pensées mercantiles se révèle indispensable, parce que justement cet esprit européen contemporain appartient au patrimoine universel en tant que produit de l'héritage gréco-romain fait d'esprit de mesure, de précision, d'harmonie créatrice. L'esthétisme, le sens du perfectionnement en découlent. La mesure juste, précise est nécessaire pour éviter par exemple l'effondrement du pont qu'on construit ou le naufrage du bateau prévu pour transporter 300 passagers mais où s'entassent 3000 personnes.

    Cette mesure juste est autant nécessaire au petit marchand africain qui ne tient ni comptabilité ni budget, qu'au maçon qui élève ses murs sans mesure ni projections. De même cet esprit de mesure permettra au paysan de savoir la quantité de céréales ou de tubercules produite dans l'année, de connaître le rendement de son champ afin de comparer les productions des différentes années, de s'interroger sur les raisons des baisses de rendement afin d'envisager les solutions qui s'imposent en vue d'une amélioration. Le calcul et la mesure sont également nécessaires au guérisseur traditionnel africain pour le dosage de ses prescriptions en fonction de l'âge, mais aussi du poids de ses patients.

    L'esprit de progrès est inséparable de l'esprit de mesure. Les hiéroglyphes, les idéogrammes, puis l'écriture sont d'abord nés du besoin de mesurer, d'ordonner, de classer, de clarifier.

 

 

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AFRIQUE ENSEIGNEE

22 Septembre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #PRESENTATION DES LIVRES

 

   L'ouvrage ci-dessous est un ouvrage collectif dirigé par Vincent Marie et Nicole Lucas (responsable département d'histoire-géographie, IUFM, Rennes), auquel j'ai participé.

    Le chapitre que j'ai traité s'intitule : L'Afrique subsaharienne : les écueils de l'industrialisation.

                             Tidiane Diakité

 

 

4e de couverture

  Sous la direction de Vincent Marie et Nicole Lucas

 L'Afrique enseignée

 Territoire(s), identité(s), culture(s)

 Les enseignants et de fait leurs élèves sont aujourd'hui trop souvent prisonniers d'une image misérabiliste et colonialiste du continent africain. C'est pourquoi les pistes de réflexion abordées dans cet ouvrage s'attacheront à présenter une autre Afrique riche de sa diversité et de sa culture.

     L'Afrique enseignée dans ce projet se veut sans occulter les problèmes inhérents à ce continent prendre en considération le fait qu'aujourd'hui elle apparaît comme un territoire en pleine mutation.

     Dans le cadre des programmes d'enseignement du primaire à l'Université, les notions de territoire(s), de culture(s) et d'identité(s) à la lumière de l'Histoire et de la Géographie seront privilégiées pour combattre les préjugés et les clichés qui alimentent l'image d'une Afrique en retard.

 

         Présentation du chapitre L'Afrique subsaharienne : les écueils de l'industrialisation

 

      Entre surmédiatisation de faits exceptionnels et stéréotypes, la réalité africaine est à peine perceptible par les "non-initiés". Entre angélisme impénitent - tout le monde il est beau, tout le monde il est bon - et afropessimisme forcené (Afrique, la damnation perpétuelle), comment expliquer à nos élèves et à nos étudiants ainsi qu'au public curieux, l'Afrique de ces années 2000, sa place dans le palmarès mondial ?

      Surtout, comment rendre compte du retard pris par ce continent dans son développement matériel, comparé aux autres régions du monde, tout en prouvant que l'Afrique d'aujourd'hui ne se définit pas uniquement au travers des famines, des guerres, des génocides ou des épidémies, du sida en particulier.

      Cet article, comme l'ensemble de ce livre, fruit de la réflexion, de l'expérience d'enseignants français et africains avertis, propose des clés pour pénétrer cette Afrique objective et réfléchie.

    Tidiane Diakité  
 

 

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REGARDS CROISES

8 Septembre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #DEVELOPPEMENT

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Comparaison

    Beaucoup d'observateurs tentent une comparaison entre l'Afrique et l'Asie. Ces deux morceaux du Vieux monde sont-ils comparables ? Il s'agit surtout de savoir pourquoi certains Etats d'Asie qui furent jadis colonisés à l'instar de la quasi-totalité des Etats du continent africain ont relevé ou sont en train de relever le défi du développement avec art et maîtrise au point d'apparaître comme de véritables dangers pour leurs anciens colonisateurs. Une telle comparaison n'a rien d'un non-sens : les colonisateurs de ces pays d'Afrique et d'Asie furent les mêmes : Anglais, Français, Portugais ... Les méthodes de colonisation furent quasiment les mêmes. Les décolonisations se firent à peu près aux mêmes époques.

    Comment donc expliquer que l'Asie monte et que l'Afrique piétine ? Que la Corée, Singapour, la Thaïlande, l'Inde ... sans parler du Japon, n'aient pas leurs pareils en Afrique ?

    Ces deux parties du monde, les peuples, les anciens colonisés d'Asie et ceux d'Afrique n'ont sans doute pas eu la même vision du colonisateur, n'ont pas tiré le même parti de la colonisation. Tous ont certes eu en commun une égale admiration, voire une fascination devant la science, la puissance, le savoir-faire du colonisateur européen et, corrélativement éprouvèrent un égal sentiment d'impuissance face à la volonté dominatrice de l' "homme blanc". C'est fort de ce constat que ce dernier proclama l'excellence de sa culture et de sa civilisation ainsi que leur prééminence de fait.

    Cependant, différence tout aussi fondamentale, les peuples d'Asie et d'Afrique ne réagirent pas de façon uniforme. Les Asiatiques ont su, parmi tout ce que charriait l'Occident chez eux, faire un tri minutieux et pertinent entre ce qui était adoptable et profitable à leur vie et ce qui ne l'était pas.

    Ils ont su à merveille distinguer le bon grain de l'ivraie et se sont de ce fait réorganisés en conséquence, une fois l'indépendance acquise. Ce tri essentiel pour eux déboucha sur l'élaboration d'une nouvelle éthique résolument tournée vers le futur, mais tissée du meilleur de l'apport occidental, greffé au meilleur des traditions ancestrales millénaires.

    Ce couplage fut explosif dans le sens de la modernité, voire du progrès (quand ce mot n'est pas synonyme de disqualification humaine et de pollution) et propulsa le Japon et ses suivants (les "petits dragons") vers les sommets du développement économique, la maîtrise de la technologie moderne, faisant d'eux, par là même, des acteurs incontournables sur la scène économique et politique du 21e siècle.

    Certes l'Asie n'est pas pour les Africains un exemple à imiter, mais un exemple à méditer.

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AFRIQUE PASSE ET PRESENT

20 Août 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE

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Pourquoi l'Afrique peine-t-elle à émerger ?

  

Parmi les raisons externes et internes, fort nombreuses qui expliquent le décrochage de l'Afrique par rapport à d'autres régions du monde, et son état actuel, quelques traits culturels qui sont un verrou puissant au progrès.

   Tout d'abord, le poids excessif du groupe qui ne laisse aucune autonomie de pensée et d'action à l'individu.

   L'individu n'existe pas. Il n'a ni liberté, ni droit, ni sentiments personnels par rapport au groupe. Il est ignoré, écrasé. Les notions de liberté, de droit de l'individu, celles de responsabilité individuelle n'existent pas non plus. Ceci constitue un grave dévoiement de l'idéal salutaire et si noble de solidarité et de sens de la communauté.

   Tout le monde doit suivre le schéma commun et passer par le même moule, sous peine d'être condamné sans réserve, voire banni. L'individu doit s'oublier totalement au profit du groupe.

Il est nécessaire d'opérer sinon une inversion, du moins un réajustement de ces valeurs en maintenant un équilibre individu-groupe et mettre le premier avec sa liberté et sa responsabilité non pas à la marge mais au centre du groupe.

   L'individu avec sa liberté et sa responsabilité, c'est l'individu qui se bat pour exister, pour créer, innover, inventer à partir de ses propres sentiments, ses propres sensations et sa propre expérience. Le conflit de générations qui se vit actuellement en Afrique est avant tout un conflit de cultures. Parmi les valeurs sociales traditionnelles africaines vient en tête la primauté du groupe (on est ce que le groupe veut qu'on soit et rien d'autre ; on fait ce que le groupe veut que l'on fasse, et rien d'autre), suivent le respect de la hiérarchie de l'âge (l'aîné a toujours raison, quoi qu'il fasse), l'obéissance, la politesse, l'entraide, le courage ...

   Compte tenu de ce tableau des valeurs, la réussite au sens traditionnel, c'est l'intégration au groupe, voire la soumission inconditionnelle au groupe. Par conséquent, la réussite comme ambition de se réaliser en tant qu'individu autonome grâce aux études et à la formation, est en contradiction avec ce critère traditionnel de la réussite.

   Pour les jeunes actuellement, tout particulièrement les jeunes filles, réussir, c'est faire des études, se former, obtenir un emploi en vue de s'émanciper. Ce qui les différencie de leurs mères dont le sort ou l'avenir était exclusivement lié au bon vouloir des parents, des "Anciens" c'est-à-dire du groupe et selon la coutume.

   Mais l'inverse aussi est constaté de plus en plus. Pour une certaine jeunesse, l'idéal dans la vie c'est avoir de belles villas et de belles voitures. On est considéré comme une personne digne de ce nom que lorsqu'on a ses villas et ses belles voitures. La question qu'on pose alors à celui qu'on rencontre n'est pas "Où en es-tu ? Comment vis-tu ? Qu'as-tu fait de ton talent ? Mais : Combien de villas ?" 

   Et lorsqu'on a ses villas, on vit de ses rentes. On ne réfléchit plus en dehors de ce qui est purement matériel, on ne crée, ni n'innove, ni n'invente. La réussite s'arrête là.

   Incontestablement certaines structures sociales et familiales constituent un obstacle au progrès individuel et collectif en Afrique.

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[Voir mon livre : L'Afrique et l'aide ou Comment s'en sortir, chez L'Harmattan]

 

 

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