LES OUBLIES DE LA MEMOIRE
27 Janvier 2008 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #HISTOIRE
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LES OUBLIES DE LA MEMOIRE
Ils furent nombreux ces Africains, Malgaches, Maghrébins, Indochinois qui ont versé leur sang pour la France, cette "Mère-Patrie" à la fois si proche et si lointaine.
Plus généralement, Français et Africains ont mêlé leur sang dans toutes les guerres de l'époque contemporaine où la France s'est trouvée engagée. Déjà dans la guerre de Crimée en 1854, celle du Mexique en 1862-1863 et surtout en 14-18 et 39-45. Ils y ont combattu loyalement, ont souffert, beaucoup y ont laissé leur vie ou leur santé.
Un ancien combattant africain de 14-18, Bakary Diallo rapporte un sentiment partagé alors par la plupart d'entre eux :
"Beaucoup parmi nous croient que nous ne sommes considérés que comme des chiens de chasse à lancer où besoin est".
Cet autre tirailleur du "Bataillon des Tirailleurs sénégalais Malafosse" précise en 1917 :
"Bataillon Malafosse n'a pas bon, jamais repos, toujours faire la guerre, toujours tuer Noirs".
Chiens de chasse, les soldats noirs furent aussi des cerbères promus à la garde des camps de réfugiés espagnols (à l'issue de la guerre civile espagnole à partir de 1939) dans le Sud de la France. Ils s'en sont acquittés avec un zèle tout particulier, au point que certains parmi eux de retour chez eux en Afrique, affirmèrent à leurs compatriotes avec aplomb que la Deuxième Guerre mondiale avait opposé les Français aux Espagnols et que ces derniers avaient été vaincus.
Ceci était une tradition de la France. Déjà lors de la Première Guerre mondiale, des Africains furent envoyés pour des missions de police et de maintien de l'ordre, en Allemagne, en Grèce, dans les Balkans ... Le zèle avec lequel ils exécutèrent ces missions contribua à leur forger une légende "noire" de brutalité, de cruauté et de sauvagerie encore en bien des mémoires dans ces pays.
La liste des Africains sacrifiés serait trop longue. De 1939 à 1945, 158 000 soldats africains furent recrutés ; 15 000 d'entre eux furent tués dans des combats ou exécutés par les Allemands. Au total, on estime le nombre de tués africains et malgaches à 25 000 dont 2000 dans les Forces françaises libres (FFL) et 7000 durant les combats de la Libération. 25 000 croupirent dans les prisons et les frontstalags allemands en France où ils furent condamnés aux travaux forcés dans des conditions de misère et de dénuement extrême.
Où sont-ils ces morts et ces sacrifiés dans la mémoire collective des Français ? Dans les manuels scolaires, dans les lieux de mémoire ?
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