VISION FAUSSEE DE L'AFRIQUE (1)
28 Octobre 2007 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE
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LA PERENNITE DU QUIPROQUO
Il est assez consternant de constater combien les Français (en général) sont aujourd'hui ignorants des réalités africaines. Le pire, c'est sans doute de constater que les mêmes ne font aucun effort pour approcher et pénétrer ces réalités, et qu'ils parlent continuellement de ce qu'ils ignorent, sûrs de leur "science", apparemment en paix avec leur conscience.
Au terme de plus de trois siècles de frottement continu, de côtoiement suivi, de sang mélangé sur les champs de batailles, jamais la distance séparant Français et Africains n'a été aussi importante. Cette distance est aussi grande en ce début de 21e siècle qu'au début du 19e. Jamais la méconnaissance, l'ignorance mutuelle, la méfiance n'ont été aussi profondes. Ni la colonisation, ni l'école coloniale, ni même le service commun des armes ordinairement creuset aux vertus unificatrices, lieu de brassage des corps et des consciences.
Entre Français et Africains s'interpose un nuage opaque, un mur incontournable, fait des préjugés, stéréotypes et clichés surgis du fond des âges, tissés et compressés par les siècles et le temps.
La connaissance de l'Afrique par la plupart des Français d'aujourd'hui se limite aux théories d'ethnologues, d'anthropologues et de pseudoscientifiques de la deuxième moitié du 19e siècle qui reléguaient l'Afrique et les Africains aux marges obscures de l'Histoire, déniant aux derniers le droit à l'humaine condition. Ces théories ont toujours droit de cité encore de nos jours et semblent même jouir d'une inexplicable vigueur de jeunesse, sans doute revivifiées par la mémoire des images et des mots :
- la mémoire des expositions coloniales des années 20 et 30, avec leurs zoos humains qui dispensaient d'office de tout voyage en Afrique en servant aux Occidentaux le mets exotique africain à peu de frais. Les ingrédients de ce mets sont les Africains vêtus en singe et animalisés dans ces enclos du dimanche qui constituent toujours le fondement de l'imaginaire populaire de bien des Français.
- la mémoire des mots, ceux des politiques, de Mac-Mahon au ministre britannique J. Chamberlain, du républicain Jules Ferry même, au sujet impérial allemand Heinrich von Treisch.
Ces clichés et préjugés transcendent en France le classique clivage politique. Droite et gauche sont nourries à la même source et baignent dans la même culture. Le plus gênant sans doute, c'est le conditionnement des jeunes générations par ces vieilles cultures et ces vieux réflexes. Elles n'ont pas appris l'Afrique parce qu'on ne leur a pas enseigné l'Afrique authentique d'hier et d'aujourd'hui.
Dans ce malentendu perpétuel entre Français et Africains réside sans aucun doute l'une des explications de l'échec de la coopération et de l'aide à l'Afrique. Car comment aider efficacement ceux qu'on ne connaît pas et qu'on s'obstine à ne pas connaître ? C'est également là qu'il faut rechercher à mon sens l'une des causes des difficultés à intégrer des jeunes issus de l'immigration de sujets coloniaux.

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