L’AFRIQUE VICTIME DE SES DIRIGEANTS ②
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Le palais doré du prince-président
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Palais du président Robert Mugabé du Zimbabwe
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Palais du président Robert Mugabé du Zimbabwe
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Palais du président Robert Mugabé du Zimbabwe
"Pendant qu'on nous demande de l'aide pour aider son peuple qui meurt de faim, du manque de soins et de médicaments, lui [Mugabé] et sa famille vivent dans l'opulence !"
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Les affameurs
Malheureusement, le président du Zimbabwe est loin d’être le seul. Trouver un président africain qui soit le contraire du modèle zimbabwéen n’est pas chose aisée. Le système de prédation que ce dernier incarne n’est ni exceptionnel, ni nouveau.
Ailleurs aussi en Afrique
« Le président sud-africain épinglé par les juges
La Cour constitutionnelle a ordonné, hier, au président Zuma,' de rembourser l'argent dépensé pour sa résidence privée de Nkandla. L’équivalent de 20 millions d'euros avaient été prélevés sur les fonds publics pour doter sa propriété d'une piscine, d'un centre pour visiteurs, d'un enclos pour le bétail et d'un poulailler. L'opposition, l'Alliance démocratique en tête, a réclamé la démission du Président, déjà critiqué au sein de son parti, l'ANC, et menacé sur sa gauche. » (Ouest-France, 02/04/2016)
Lui, au moins, a dans son pays, des juges qui jugent.
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Le regard de l’épiscopat africain
« Afrique : les dirigeants corrompus visés par les évêques
Alors que s'achève un synode de trois semaines au Vatican, les évêques africains ont invité les dirigeants corrompus du continent élevés dans la religion catholique à "se repentir ou partir" parce qu'ils donnent une mauvaise image de l'Afrique et de leur religion.
Aucun nom n'a été donné, mais le président zimbabwéen, Robert Mugabé, semblait particulièrement visé. Les prélats ont, en outre, accusé les multinationales de commettre des "crimes contre l'humanité" en pillant sans vergogne les richesses du continent. » (Ouest-France, 24/10/2009)
Qui faut-il aider en Afrique ?
Faut-il arrêter l’aide ?
Faut-il que les peuples d’Afrique, les plus déshérités de la planète, soient privés de leur patrimoine, des immenses ressources naturelles de leur continent, qu’ils soient en outre exploités, brimés, bâillonnés par leurs dirigeants et en même temps privés de l’aide internationale qui leur est théoriquement destinée ?
Faut-il qu’ils subissent cette double peine ?
Du reste, fermer les vannes de l’aide internationale ne nuirait aucunement à ces dirigeants spoliateurs de leur pays et de leurs peuples. En quoi pourraient-ils en souffrir ?
Les milliards frauduleusement amassés dorment au chaud à l’étranger, loin de leur pays, dans des paradis fiscaux inaccessibles et dans les banques de pays occidentaux riches : Suisse, États-Unis, Royaume-Uni, France…
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(Ligue des Droits de l’Homme)
Palmarès révélateur
Au palmarès des biens mal acquis et mis en lieu sûr par des responsables politiques, l'Afrique occupe un rang des plus "honorables". La fortune de Mobutu Sese Seko s'élevait à sa mort à plus de 8 millions de dollars. En 2006, la dette de l'ex-Zaïre, son pays, à 15 millions de dollars.
Comment, dans ces conditions, accorder crédit aux discours sur le développement de leur pays par des responsables africains qui organisent eux-mêmes la fuite des capitaux destinés à enrichir les pays riches ? Et comment demander aux bailleurs de fonds de venir, avec enthousiasme, prêter ou annuler la dette de pays dont les dirigeants disposent à l'étranger des fortunes parmi les plus importantes au monde ? Sommes issues pour l'essentiel de la fraude, des détournements de l'aide publique, du pillage des ressources naturelles...
La première aide qu'on puisse apporter à l'Afrique, c'est d'arrêter son pillage, par ses ressortissants d'abord, et par ceux de l'extérieur ensuite. (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique)
L'ingérence extérieure au bénéfice exclusif du chef de l'État et de son clan, de surcroît contre les peuples, discrédite l'État et fragilise encore davantage les institutions censées le fonder. Cela montre à quel point le soutien accordé par les pays développés à des dictateurs corrompus est préjudiciable à la cohésion nationale (sans laquelle il n'est pas de développement), car il accentue le fossé déjà large entre gouvernants et gouvernés. Autre raison de faillite de l'aide.
Pour que l'Afrique se développe par elle-même, il faudrait qu'elle soit gouvernée par elle-même. Ce qui suppose la non-ingérence de l'extérieur ; il lui faut des responsables intègres. Si de bonnes volontés étrangères veulent concourir au développement du continent, il est pour cela quelques leçons simples à apprendre. (Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique)
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Plutôt que d’arrêter l’aide à l’Afrique, il faudrait pouvoir aider autrement, efficacement. Faire que l’aide profite aux Africains et au développement du continent, et non à ses dirigeants déjà bien riches et bien gros. Une aide intelligente et désintéressée qui ne crée ni dépendance vis-à-vis du pays qui la fournit, ni assistanat.
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Retrousser ses manches
En définitive, quoi qu’il en soit, si l’Afrique doit se développer un jour, c’est-à-dire briser ses chaînes, en un mot, se libérer de ses prédateurs de l’intérieur comme de l’extérieur, pour être en capacité de prendre enfin son destin en main, elle ne le fera que par elle-même.
En l’occurrence, c’est avec des idées et la volonté qu’on fait la révolution utile, celle qui fait avancer, non avec des billets de banque ou la main tendue.
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L’AFRIQUE VICTIME DE SES DIRIGEANTS ①
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L’AFRIQUE VICTIME DE SES DIRIGEANTS ①
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La démocratie prise en otage :
Entre coups d’État et manipulation de la Constitution
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Où chercher la démocratie sur ce continent ?
Une voix autorisée
« Une maladie africaine
Nous avons cru que la majorité des pays africains étaient en route pour la démocratie et que, dans cette voie, ils cheminaient d'un bon pas et enregistraient des progrès réels. Il nous faut déchanter.
Dans la plupart des pays de l'Union africaine (UA) – ils sont plus de cinquante ! – on a renoncé au coup d'État pour accéder au pouvoir.
Et l'on a opté pour les urnes.
Il ne se passe pas de mois sans qu'un pays ou l'autre organise chez lui des élections législatives ou présidentielles.
Il arrive même, comme en ce mois de mars, qu'il y ait simultanément plusieurs scrutins. Tout se passe comme si l'Afrique tout entière avait adhéré à cette formule magique : le pouvoir par les urnes.
Mais les élections africaines sont-elles transparentes et pluralistes ? Sont-elles propres et honnêtes ? Leurs résultats désignent-ils ceux que les électeurs ont voulus et rejettent-ils ceux qu'ils ont écartés ?
De moins en moins, parce que dans la majorité des pays, ces élections sont marquées par des irrégularités, et qu'au lieu de s'atténuer au fil des années le phénomène s'aggrave, tend à devenir la règle.
On s'adonne à la triche et au truquage à tous les stades : lors de l'établissement des listes, au moment du vote, et après, lors du dépouillement : l'emporte celui qui triche mieux que son ou ses concurrents.
S'il n'est pas porté remède à cette dégradation, l'Afrique et les Africains seront la risée du monde, et l’on en viendra à parler « d'élections à l'africaine ».
Des élections honnêtes et régulières ne suffisent pas à garantir qu'un régime soit démocratique. Mais elles sont le fondement de la démocratie et si ce fondement n'est pas là, s'il n'est pas solide, aucune construction démocratique n'est possible.
Deux catégories de politiciens sont responsables de cette maladie africaine :
1) Tout d'abord, et principalement, ceux qui sont déjà au pouvoir et s'y accrochent. Ils y tiennent plus qu'à la prunelle de leurs yeux et ne se voient pas sans ce pouvoir devenu pour eux une seconde nature.
Leurs proches et leurs entourages leur ont fait croire que, sans eux, le pays sombrerait dans le chaos.
Une éventuelle alternance est leur hantise : il convient donc de la conjurer, coûte que coûte.
2) Viennent ensuite ceux qui aspirent à les remplacer et s’en croient capables. Pour avoir une chance d’y parvenir, ils s’adonnent, eux aussi et tout autant, aux délices et au poison du truquage des élections.
Ils se font ainsi les complices de ceux à qui l’exercice du pouvoir donne infiniment plus de moyens dont ils usent et abusent.
Les uns et les autres ne pourraient pas continuer à polluer la politique de cette manière si l’opinion africaine tolérait moins de tels agissements ou, mieux, les rejetait et disqualifiait leurs auteurs.
Cette mansuétude à l’endroit des tricheurs les encourage à persévérer.
Fort heureusement pour la réputation de notre continent et pour l’avenir à long terme de la démocratie en Afrique, quelques pays, trop rares à mon goût, ont des dirigeants politiques qui respectent la Constitution, remettent leur mandat en jeu sans craindre l’alternance.
On reconnaît ces pays d’exception à des critères simples : les élections s’y tiennent à la date prévue, le gagnant n’abuse pas de sa victoire, le perdant admet sa défaite et les observateurs, nationaux ou étrangers, valident le scrutin.
Si l’on met de côté le Maroc, qui est une monarchie et, malheureusement, ne fait pas partie de l’UA [le Maroc a quitté l’OUA de l’époque, en novembre 1984], on trouve dans ce palmarès les pays suivants : Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Burkina Faso (depuis 2015), Cap-Vert, Centrafrique (depuis 2016), Côte d’Ivoire (depuis octobre 2015), Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Maurice, Namibie, Nigéria, Sao Tomé, Sénégal, Tunisie, Zambie.
Une quinzaine de pays, grands, moyens ou petits et qui rassemblent moins de la moitié de la population du continent. »
Jeune Afrique n° 2882 du 3 au 9 avril 2016. (Hebdomadaire international)
Ces quelques exemples cités comme exceptions à la règle commune du déni de démocratie (une quinzaine sur 54 États que compte de continent) doivent être salués pour le pas accompli vers la démocratie et comme porteurs d’espoir pour l’avenir.
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Quel espoir ? Quel salut ?
Mais, parmi ces heureuses exceptions, combien sont vierges de tout coup d’État ?
Combien sont prémunis contre tout coup d’État et toute tentative de coup d’État à l’avenir ?
Combien sont définitivement guéris du virus de la manipulation de la Constitution pour conserver le pouvoir indéfiniment ?
Sauf en de très rares pays, les élections débouchent, non sur une alternance facteur de paix civile, mais sur le carnage et la guerre civile, ou une fracture sociale durable.
Par ailleurs, les exemples ci-dessus cités comme guéris de la maladie du déni de démocratie, ont besoin de la durée, de la caution du temps pour être validés, car, ce qui manque le plus en Afrique (au nord comme au sud du Sahara), c’est la culture démocratique, laquelle s’acquiert, se consolide et mûrit.
Mais, comment faire éclore et consolider une telle culture sur le continent, si ceux qui ont pour mission de la promouvoir et en imprégner le peuple sont ceux-là mêmes qui s’évertuent à vouloir étouffer la gestation de la démocratie dans leur pays, en bâillonnant, massacrant et en poussant à l’exil ceux qui sont porteurs d’idées nouvelles et de volonté d’instaurer la démocratie ?
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« Démocratie », argument majeur de la revendication d’indépendance hier
« Cependant, c'est au nom de la liberté et de la démocratie que les anciennes colonies d'Afrique ont réclamé leur émancipation de la tutelle des puissances colonisatrices d'Europe. Considérant la démocratie comme un concept universel, dans son principe et ses applications, les élites africaines voulaient (ou prétendaient) imiter ceux qui les avaient colonisés : jouir de la démocratie et de ses bienfaits. C'est parce que ces élites estimaient que tel n'était pas le cas, et qu'il ne pouvait pas en être autrement tant que les peuples africains demeuraient "colonisés", qu'elles revendiquèrent la souveraineté politique. C'est aussi parce qu'elles estimaient, à juste titre, que la liberté, la justice, l'égalité, inhérentes à la démocratie, étaient la condition de l'épanouissement de tout peuple. Sans la liberté, la justice et la démocratie, les « citoyens » ne sont que des esclaves, des individus opprimés, régis par le mépris et la peur.
Un demi-siècle après leur accession à la souveraineté, l'heure est venue d'évaluer l’"état" de la démocratie dans ces nations. »
Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa.
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Des peuples pris en otage
« L'association incongrue des termes démocratie et coup d'État militaire apparaît ainsi comme une des spécificités de la culture politique africaine. Le coup d'État militaire perpétré le 18 février 2010 au Niger, pays dont le calendrier politique, depuis 1960, se résume à cinq coups d'Etat, en est une illustration. Dès le coup de force réussi, les militaires réunis au sein du "Conseil suprême" pour la restauration de la démocratie (CSRD) – joli nom pour une junte militaire ! – ont décidé la suspension de la Constitution et la dissolution de toutes les institutions du pays. Étrange conception de la démocratie !
Si la réalité démocratique se mesurait au nombre de partis politiques arborant l'étiquette démocratique, l'Afrique serait aujourd'hui la région du monde la plus démocratique. Aucun pays d'Europe ne compte autant de "partis démocratiques" que le plus petit des États africains.
La démocratie, c'est donner le choix d'avoir le choix. Ce privilège fut accordé à bien peu de "citoyens" africains en cinquante années d'indépendance, même si beaucoup y aspirent. En effet, l'aspiration des peuples africains à la démocratie semble rejoindre l'inflation de partis dénommés démocratiques. »
Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, Arléa.

CONDORCET, LES VOIES DU PROGRÈS HUMAIN
CONDORCET, LES VOIES DU PROGRÈS HUMAIN





Ni civilisés, ni sauvages, tous des hommes
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Condorcet (Marie jean Antoine de) (1743-1794)
Homme politique français
Auteur de nombreux écrits scientifiques et philosophiques
Collabore à l’encyclopédie
(Il repose au Panthéon)
Nos espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l'inégalité entre les nations ; les progrès de l'égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l'homme. Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un jour de l'état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains ? Cette distance immense qui sépare ces peuples de la servitude des nations soumises à des rois, de la barbarie des peuplades africaines, de l'ignorance des sauvages, doit-elle peu à peu s'évanouir ?
Y a-t-il, sur le globe, des contrées dont la nature ait condamné les habitants à ne jamais jouir de la liberté, à ne jamais exercer leur raison ?
Cette différence de lumières, de moyens ou de richesses, observée jusqu'à présent chez tous les peuples civilisés, entre les différentes classes qui composent chacun d'eux ; cette inégalité, que les premiers progrès de la société ont augmentée, et pour ainsi dire produite, tient-elle à la civilisation même, ou aux imperfections actuelles de l'art social ? Doit-elle continuellement s'affaiblir pour faire place à cette égalité de fait, dernier but de l'art social, qui, diminuant même les effets de la différence naturelle des facultés, ne laisse plus subsister qu'une inégalité utile à l'intérêt de tous, parce qu'elle favorisera les progrès de la civilisation, de l'instruction et de l'industrie, sans entraîner, ni dépendance, ni humiliation, ni appauvrissement ?
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L’art social, pour l’égalité et la justice
En un mot, les hommes approcheront-ils de cet état où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d'après leur propre raison dans les affaires communes de la vie, et la maintenir exempte de préjugés, pour bien connaître leurs droits et les exercer d'après leur opinion et leur conscience ; où tous pourront, par le développement de leurs facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins ; où, enfin, la stupidité et la misère ne seront plus que des accidents, et non l'état habituel d'une portion de la société ?
Enfin, l'espèce humaine doit-elle s'améliorer, soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et dans les arts, et par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particulier et de prospérité commune ; soit par des progrès dans les principes de conduite et dans la morale pratique ; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut être également la suite, ou de celui des instruments qui augmentent l'intensité ou dirigent l'emploi de ces facultés, ou même de celui de l'organisation naturelle ?
En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans l'expérience du passé, dans l'observation des progrès que les sciences, que la civilisation ont faits jusqu'ici, dans l'analyse de la marche de l'esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus forts de croire que la nature n'a mis aucun terme à nos espérances.
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La marche de l’esprit vers les sommets
Si nous jetons un coup d'œil sur l'état actuel du globe, nous verrons d'abord que, dans l'Europe, les principes de la constitution française sont déjà ceux de tous les hommes éclairés. Nous les y verrons trop répandus, et trop hautement professés, pour que les efforts des tyrans et des prêtres puissent les empêcher de pénétrer peu à peu jusqu'aux cabanes de leurs esclaves ; et ces principes y réveilleront bientôt un reste de bon sens, et cette sourde indignation que l'habitude de l'humiliation et de la terreur ne peut étouffer dans l'âme des opprimés.
En parcourant ensuite ces diverses nations, nous verrons dans chacune quels obstacles particuliers s'opposent à cette révolution, ou quelles dispositions la favorisent ; nous distinguerons celles où elle doit être doucement amenée par la sagesse peut-être déjà tardive de leurs gouvernements, et celles où, rendue plus violente par leur résistance, elle doit les entraîner eux-mêmes dans ses mouvements terribles et rapides.
Peut-on douter que la sagesse ou les divisions insensées des nations européennes, secondant les effets lents, mais infaillibles, des progrès de leurs colonies, ne produisent bientôt l'indépendance du nouveau monde ; et dès lors, la population européenne, prenant des accroissements rapides sur cet immense territoire, ne doit-elle pas civiliser ou faire disparaître, même sans conquête, les nations sauvages qui y occupent encore de vastes contrées ?
Parcourez l'histoire de nos entreprises, de nos établissements en Afrique ou en Asie, vous verrez nos monopoles de commerce, nos trahisons, notre mépris sanguinaire pour les hommes d'une autre couleur ou d'une autre croyance, l'insolence de nos usurpations, l'extravagant prosélytisme ou les intrigues de nos prêtres détruire ce sentiment de respect et de bienveillance que la supériorité de nos lumières et les avantages de notre commerce avaient d'abord obtenu.
Mais l'instant approche sans doute où, cessant de ne leur montrer que des corrupteurs ou des tyrans, nous deviendrons pour eux des instruments utiles, ou de généreux libérateurs.
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L’ère des hommes libres
Il arrivera donc, ce moment où le soleil n'éclairera plus, sur la terre, que des hommes libres, et ne reconnaissant d'autre maître que leur raison ; où les tyrans et les esclaves, les prêtres et leurs stupides ou hypocrites instruments n'existeront plus que dans l'histoire et sur les théâtres ; où l'on ne s'en occupera plus que pour plaindre leurs victimes et leurs dupes, pour s'entretenir, par l'horreur de leurs excès, dans une utile vigilance, pour savoir reconnaître et étouffer, sous le poids de la raison, les premiers germes de la superstition et de la tyrannie, si jamais ils osaient reparaître.
En parcourant l'histoire des sociétés, nous aurons eu l'occasion de faire voir que souvent il existe un grand intervalle entre les droits que la loi reconnaît dans les citoyens, et les droits dont ils ont une jouissance réelle ; entre l'égalité qui est établie par les institutions politiques, et celle qui existe entre les individus : nous aurons fait remarquer que cette différence a été une des principales causes de la destruction de la liberté dans les républiques anciennes, des orages qui les ont troublées, de la faiblesse qui les a livrées à des tyrans étrangers.
Ces différences ont trois causes principales : l'inégalité de richesse, l'inégalité d'état entre celui dont les moyens de subsistance, assurés pour lui-même, se transmettent à sa famille, et celui pour qui ces moyens sont dépendants de la durée de sa vie, ou plutôt de la partie de sa vie où il est capable de travail ; enfin, l'inégalité d'instruction.
Il faudra donc montrer que ces trois espèces d'inégalité réelle doivent diminuer continuellement, sans pourtant s'anéantir, car elles ont des causes naturelles et nécessaires, qu'il serait absurde et dangereux de vouloir détruire ; et l'on ne pourrait même tenter d'en faire disparaître entièrement les effets, sans ouvrir des sources d'inégalité plus fécondes, sans porter aux droits des hommes des atteintes plus directes et plus funestes.

L’égalité d’instruction, vecteur d’égalité
L'égalité d'instruction que l'on peut espérer d'atteindre, mais qui doit suffire, est celle qui exclut toute dépendance, ou forcée, ou volontaire. Nous montrerons, dans l'état actuel des connaissances humaines, les moyens faciles de parvenir à ce but, même pour ceux qui ne peuvent donner à l'étude qu'un petit nombre de leurs premières années, et, dans le reste de leur vie, quelques heures de loisir. Nous ferons voir que par un choix heureux, et des connaissances elles-mêmes, et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour l'économie domestique, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie et de ses facultés, pour connaître ses droits, les défendre et les exercer ; pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir les bien remplir, pour juger ses actions et celles des autres d'après ses propres lumières, et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent la nature humaine ; pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l'exercice de ses droits ; pour être en état de les choisir et de les surveiller, pour n'être plus la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie de craintes superstitieuses et d'espérances chimériques ; pour se défendre contre les préjugés avec les seules forces de sa raison ; enfin, pour échapper aux prestiges du charlatanisme, qui tendrait des pièges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver.
Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.
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SÉNÈQUE, LES VOIES DE LA TRANQUILLITÉ DE L’ÂME
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SÉNÈQUE, LES VOIES DE LA TRANQUILLITÉ DE L’ÂME
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Apprivoiser le mal par l’abnégation et la volonté

C'est bien, à mon sens, ce que veut dire Démocrite, quand il débute son traité par ces mots :
« Qui voudra vivre dans la tranquillité doit éviter d'avoir trop d'activités, publiques ou privées. »
Bien entendu, il fait référence ici aux activités inutiles : car s'il s'agit d'activités nécessaires, il faut, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique, s'y adonner largement, et même sans limite. En revanche, lorsqu’aucun devoir impérieux ne nous appelle, limitons notre activité.
Qui multiplie les activités, en effet, donne souvent à la Fortune un pouvoir sur sa propre personne ; or le plus sûr est d'avoir affaire à elle le moins possible, non sans toujours songer à elle en ne se faisant aucune illusion sur la confiance qu'on peut lui accorder. « Je prendrai la mer, si rien ne m'en empêche... » ; « Je deviendrai préteur, si rien ne s'y oppose... » ; « Je mènerai à bien cette affaire, si rien n'y fait obstacle... »
Voilà pourquoi nous affirmons1 qu'aucun malheur n'arrive au sage sans qu'il l'ait prévu : ce n'est pas aux malheurs qui s'abattent sur le reste des hommes que nous le soustrayons, mais à leurs erreurs. Tout ce qui se produit est conforme non à sa volonté, mais à ses prévisions. Or la première chose dont il ait conscience, c'est qu'un obstacle peut lui barrer l'accès au but qu'il s'était fixé. La douleur que provoque un espoir déçu est nécessairement moindre lorsqu'on ne s'est pas mis en tête qu'il serait de toute façon réalisé.

La hiérarchie des activités
Nous devons également nous montrer souples : ne nous accrochons pas trop obstinément aux buts que nous nous sommes fixés ; acceptons de bonne grâce le sort que le hasard nous attribue sans redouter un changement de projet ou de situation, pourvu que nous ne sombrions pas dans l'inconstance, vice le plus incompatible qui soit avec la quiétude. Car si l'obstination génère inévitablement l'anxiété et le malheur – puisque la Fortune lui arrache sans cesse quelque chose – bien plus pénible encore est l'inconstance, incapable de se contenir dans un espace donné. Ces deux penchants – ne pas pouvoir accepter le moindre changement et ne rien pouvoir supporter longtemps – sont les ennemis de la tranquillité.
En tout état de cause, il faut que notre âme fuie les biens extérieurs et se replie sur elle-même : qu'elle ne se fie qu'à elle-même, ne se réjouisse que d'elle-même, n'ait d'yeux que pour ses propres biens et se détourne autant que possible de ceux d'autrui. Qu'elle se consacre à elle-même sans être affectée par les dommages extérieurs et qu'elle accepte même l'adversité avec bienveillance.
Voici ce que répondit Zénon, notre maître2, lorsqu'on lui annonça que tous ses biens avaient été engloutis lors d'un naufrage : « La Fortune veut que je sois plus libre de me consacrer à la philosophie. » Quant au philosophe Théodore, comme il était menacé de mort par un tyran qui promettait de surcroît de le priver de sépulture3, il eut les mots suivants : « Tu as là de quoi te faire plaisir : te voici maître de quelques décilitres de sang ; quant à la sépulture, tu es bien naïf si tu imagines que j'attache de l'importance au fait de pourrir sur terre ou en dessous. »
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Deux ennemis de la tranquillité
Julius Canus, homme éminent s'il en est et qui, bien que né dans notre siècle, force l'admiration, avait eu une longue conversation avec Caligula. Après que ce Phalaris4 lui eut dit, au moment où il prenait congé, de ne pas se bercer de faux espoirs car il avait ordonné qu'on le mît à mort, il répondit : « Je te rends grâce, excellent prince. »
Je ne suis pas certain du sens de sa réponse ; plusieurs hypothèses me viennent à l'esprit. A-t-il voulu être injurieux et montrer que face à une telle cruauté, la mort était un bienfait ? A-t-il voulu par là reprocher au tyran sa folie ordinaire, qui obligeait à venir le remercier ceux dont on avait tué les enfants, tout comme ceux que l'on avait privés de leurs biens ? A-t-il enfin accepté la sentence de bonne grâce, comme une libération ? En tout état de cause, sa réponse témoigne d'une grande âme.
On dira peut-être qu'après cela Caligula aurait pu lui ordonner de vivre. Mais Canus n'eut pas cette crainte, car on savait que Caligula tenait parole lorsqu'il donnait de tels ordres. Me croiras-tu ? Il passa les dix jours qui s'écoulèrent jusqu'à son supplice sans laisser paraître la moindre inquiétude. Les paroles, les actions et l'état de tranquillité de ce grand homme dépassent la vraisemblance.
Il jouait aux échecs lorsque le centurion qui emmenait un groupe de condamnés à mort lui ordonna de se lever à son tour. Appelé à le suivre, il compta les points et dit à son partenaire : « Ne va pas mentir après ma mort et dire que tu as gagné ! » Puis il fit un signe au centurion et lui dit : « Tu seras témoin : je mène d'un point. » Crois-tu que Canus tenait à son jeu ? Il se jouait surtout de son bourreau.
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Caligula, Empereur romain (37-41 ap JC)
La grandeur d’âme
Ses amis étaient affligés à l'idée de perdre un tel homme. « Pourquoi cet abattement ? Vous vous demandez si l'âme est immortelle : moi, je vais le savoir sous peu. » Il ne cessa jamais, jusqu'à ses derniers instants, de chercher la vérité et de tirer de sa propre mort une occasion de réflexion philosophique.
Son philosophe attitré le suivait et l'on approchait de la hauteur où l'on sacrifiait chaque jour des victimes à Caligula, notre dieu. Comme il lui demandait : « À quoi penses-tu en ce moment, Canus ? Quel est ton état d'esprit ? », Canus répondit : « J'ai le projet d'observer, en cet instant très rapide, si l'âme sent qu'elle s'en va », et il promit que, s'il faisait une découverte, il reviendrait voir ses amis et leur révélerait la condition de l'âme.
Voilà bien la tranquillité en pleine tempête ! Voilà un homme digne de l'éternité, qui tire de sa propre mort une occasion de découvrir la vérité, qui, son dernier instant venu, interroge son âme en train de le quitter, qui ne s'instruit pas seulement jusqu'à la mort, mais aussi de la mort elle-même : personne n'a jamais philosophé aussi longtemps. Gardons-nous d'oublier ce grand homme, que l'on doit évoquer avec vénération : nous transmettrons ton nom à la postérité la plus lointaine, illustre victime, toi qui figures au premier plan parmi les crimes de Caligula !
Sénèque, La tranquillité de l’âme.


1. Nous, Stoïciens.
2. Zénon de Citium, fondateur du stoïcisme.
3. L’absence de sépulture était extrêmement grave dans l’Antiquité grecque et romaine, car, croyait-on, elle condamnait l’âme du défunt à errer éternellement sans jamais connaître la paix.
4. Phalaris, tyran célèbre pour sa cruauté. On qualifiait Phalaris de personne d’une extrême cruauté.
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LA FRANCOPHONIE, UNE FAMILLE PLANÉTAIRE AUX MILLE VISAGES
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LA FRANCOPHONIE, UNE FAMILLE PLANÉTAIRE AUX MILLE VISAGES
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Une construction originale pour une grande ambition
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Sémantique : francophonie et Francophonie
francophonie : avec une minuscule désigne les locuteurs de la langue française, comme langue maternelle ou langue d’administration.
Francophonie : avec une majuscule désigne l’Institution (Organisation) qui centralise et organise l’ensemble des pays francophones adhérents à l’Institution : Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)[Nouveau siècle : Paris 7e]
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Origines : L’idée et l’initiative de la Francophonie sont nées sur le continent africain, de « pères fondateurs » opiniâtres.
Autour des fonts baptismaux, trois chefs d’État africains :
l’ancien premier président tunisien Habib Bourguiba,
l’ancien président sénégalais et ancien académicien Léopold Sédar Senghor,
l’ancien président du Niger Hamani Diori.
Ce dernier fut cependant le tout premier initiateur ; c’est de son cerveau que sortit l’idée de la création d’un vaste ensemble de pays francophones fédérés autour d’objectifs précis. Il prit alors son bâton de pèlerin et fit le siège de ses pairs africains pour les convaincre du bien-fondé et de l’excellence de son projet.
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Habib Bourguiba
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Hamani Diori
Léopold Sédar Senghor
Si ces trois chefs d’État sont à l’origine de la création de la Francophonie, ce ne sont pas eux cependant qui ont inventé le terme de « francophonie », employé pour la première fois par le géographe français O. Reclus à la fin du XIXe siècle.
Si ces chefs d’État africains ne sont pas les inventeurs du mot, ce sont bien eux les initiateurs du concept nouveau par lequel on désigne le rassemblement actuel d’États francophones du monde entier autour de la France ; eux aussi qui ont joué un rôle de premier plan dans sa gestation et sa consolidation.
C’est donc tout naturellement que fut réunie à Niamey, capitale du Niger, du 17 au 20 février 1969, la première conférence intergouvernementale des pays francophones ; réunion qui vaudra plus tard à Niamey le label de berceau de la Francophonie.
Ce fut incontestablement un grand honneur pour le chef d’État nigérien, H. Diori, infatigable ambassadeur et chantre zélé de la cause francophone à travers le monde.
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Les trois pères fondateurs
Ils surent convaincre le président Georges Pompidou du bien- fondé de leur initiative, d’autant plus facilement que la France était appelée à jouer un rôle de première importance dans la vie et l’organisation de la nouvelle Institution, et que, lors de sa première réunion à Niamey, la proclamation de foi suivante entraîna l’adhésion rapide d’autres États francophones (Canada, Liban, Cambodge, Roumanie, Égypte, Vietnam…)
« L’usage d’une même langue, la participation à une même culture, ne fournissent pas seulement des conforts moraux, mais des moyens majeurs d’épanouissement, parce que de solidarité complémentaire. C’est pourquoi, de toutes les communautés humaines, celles qui se fondent sur la langue et la culture sont les plus puissantes et les plus durables. La raison en est profondément humaine. »
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Carte mondiale de la Francophonie
Une famille élargie du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest
De 21 membres en 1970, la Francophonie compte aujourd’hui 80 États (dont la majorité d’États africains) et 274 millions de locuteurs (54 membres à part entière, 23 observateurs, 3 associés)
D’aucuns voyaient dans l’Institution à ses débuts, un instrument de domination de la France aux dépens de ses anciennes colonies d’Afrique et d’Asie, un nouveau Cheval de Troie au service de « l’impérialisme français ». Mais, l’adhésion, au fur et à mesure, de nouveaux États qui ne furent pas jadis colonies françaises, atténua ce soupçon.
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Objectifs : pour le meilleur
L’Organisation se dota rapidement d’organismes de coopération nombreux, œuvrant dans plusieurs domaines ; de véritables outils de coopération culturelle, économique, avec des objectifs précis.
L’année 1970 vit l’émergence de la coopération multilatérale francophone et l’Agence de coopération intergouvernementale
Parmi les principaux objectifs :
Instaurer la démocratie
Favoriser la promotion des Droits de l’Homme
Promouvoir le dialogue des cultures et des civilisations
Renforcer la solidarité entre les États
Favoriser la paix
Promouvoir l’éducation et les droits de la femme
Développer la coopération économique…
Bref, mettre le français au service de la solidarité internationale, du développement, du rapprochement entre les peuples, de la paix, du dialogue permanent des cultures…
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Fonctionnement, les principaux organes
Le Sommet et le Secrétariat général
Depuis 1986, à l’initiative du président Mitterrand, un Sommet des chefs d’État et de gouvernement se réunit pour la première fois à Versailles, et désormais tous les deux ans, par roulement, dans un pays membre. C’est l’organe décisionnel le plus important de l’Organisation.
Le Secrétariat général et la Francophonie est la clé de voûte du système. A sa tête un Secrétaire général élu tous les quatre ans.
Michaëlle Jean est l’actuelle Secrétaire générale. D’origine haïtienne, elle fut gouverneur du Canada de 2005 à 2010. Première femme à la tête de la Francophonie, elle fut élue brillamment en novembre 2014, lors du 15e Sommet tenu à Dakar, succédant à l’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf.
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Michaëlle Jean
47 ans d’existence : bilan d'étape
Le verre à moitié plein ou à moitié vide ?
Voilà donc une famille dont les trois quarts des membres sont tous éclopés, ne peuvent se tenir debout même à l'aide de béquilles, cumulent toutes les pathologies du monde qui abrègent leur existence, tandis que les autres membres, une minorité, affichent une santé éblouissante, sont champions toutes catégories, cumulent les records de vitesse, de saut, de natation et, de surcroît, sont quasiment tous infirmiers, médecins qualifiés ou professeurs de médecine.
Curieuse famille dont la grande majorité est composée d'hommes, de femmes et d'enfants souffrant de carences nutritionnelles multiples, qui sont au seuil du minimum vital alimentaire, tandis que les autres – la minorité – sont victimes d'indigestion consécutive à une surabondance de nourriture et de graisse, et déversent à longueur de journée dans les rues et les caniveaux de leurs communes, les excédents de farine, fruits, viande, lait, vin.
Les premiers sont analphabètes, incultes, ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter, alors que les seconds raflent chaque année les prix d'excellence, toutes disciplines confondues : mathématiques, physique, chimie, médecine, lettres…
Quand les premiers sont en guenilles ou vont nus comme des vers, les autres sont champions mondiaux en textiles naturels, en synthétiques et autres prêt-à-porter, de haute couture et d'élégance vestimentaire.
D'un côté, dans la même famille, une nuit ténébreuse s'abat sur les uns, de l'autre, on vit de lumière, on crée la lumière, on est lumière.
Singulière famille enfin, que cette famille francophone unie autour de la même culture et bercée par la mélodie de la même langue, dont les membres cohabitent mais n'échangent pas, où la fracture béante devient mode d'existence et signe d'identité.
Communique-t-on réellement dans cette famille et en quelle langue ? Se comprend-on ?
(Tidiane Diakité, L’Afrique et l’Aide ou Comment s’en sortir , L’Harmattan, 2004).

LA ROCHEFOUCAULD : DU RAPPORT DES HOMMES AUX ANIMAUX
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LA ROCHEFOUCAULD : DU RAPPORT DES HOMMES AUX ANIMAUX
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Diversité et similitude des tempéraments et des actes
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François VI, duc de la Rochefoucauld (1613-1680)
Écrivain, moraliste et mémorialiste français
Il y a autant de diverses espèces d'hommes qu'il y a de diverses espèces d'animaux, et les hommes sont, à l'égard des autres hommes, ce que les différentes espèces d'animaux sont entre elles et à l'égard les unes des autres. Combien y-a-t-il d'hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents, les uns comme des tigres, toujours farouches et toujours cruels, d'autres comme des lions, en gardant quelque apparence de générosité, d'autres comme des ours, grossiers et avides, d'autres comme des loups, ravissants et impitoyables, d'autres comme des renards, qui vivent d'industrie, et dont le métier est de tromper !
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Ceux qui détruisent et ceux qui construisent
Combien y a-t-il d'hommes qui ont du rapport aux chiens ! Ils détruisent leur espèce ; ils chassent pour le plaisir de celui qui les nourrit ; les uns suivent toujours leur maître, les autres gardent sa maison. Il y a des lévriers d'attache, qui vivent de leur valeur, qui se destinent à la guerre, et qui ont de la noblesse dans leur courage ; il y a des dogues acharnés, qui n'ont de qualités que la fureur ; il y a des chiens, plus ou moins inutiles, qui aboient souvent, et qui mordent quelquefois, et il y a même des chiens de jardinier. Il y a des singes et des guenons qui plaisent par leurs manières, qui ont de l'esprit, et qui font toujours du mal. Il y a des paons qui n'ont que de la beauté, qui déplaisent par leur chant, et qui détruisent les lieux qu'ils habitent.
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Ceux qui se cachent et ceux qui se montrent
Il y a des oiseaux qui ne sont recommandables que par leur ramage ou par leurs couleurs. Combien de perroquets, qui parlent sans cesse, et qui n'entendent jamais ce qu'ils disent ; combien de pies et de corneilles, qui ne s'apprivoisent que pour dérober ; combien d'oiseaux de proie, qui ne vivent que de rapine ; combien d'espèces d'animaux paisibles et tranquilles, qui ne servent qu'à nourrir d'autres animaux !
Il y a des chats, toujours au guet, malicieux et infidèles, et qui font patte de velours ; il y a des vipères dont la langue est venimeuse, et dont le reste est utile ; il y a des araignées, des mouches, des punaises et des puces, qui sont toujours incommodes et insupportables ; il y a des crapauds, qui font horreur, et qui n'ont que du venin ; il y a des hiboux, qui craignent la lumière. Combien d'animaux qui vivent sous terre pour se conserver !
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Ceux qui parlent et n’agissent pas
Ceux qui agissent et ne parlent pas
Combien de chevaux, qu'on emploie à tant d'usages, et qu'on abandonne quand ils ne servent plus ; combien de bœufs, qui travaillent toute leur vie pour enrichir celui qui leur impose le joug ; de cigales, qui passent leur vie à chanter ; de lièvres, qui ont peur de tout ; de lapins, qui s'épouvantent et rassurent en un moment ; de pourceaux, qui vivent dans la crapule et dans l'ordure ; de canards privés, qui trahissent leurs semblables, et les attirent dans les filets, de corbeaux et de vautours, qui ne vivent que de pourriture et de corps morts ! Combien d'oiseaux passagers, qui vont si souvent d'un bout du monde à l'autre, et qui s'exposent à tant de périls, pour chercher à vivre ! Combien d'hirondelles, qui suivent toujours le beau temps ; de hannetons, inconsidérés et sans dessein ; de papillons, qui cherchent le feu qui les brûle ! Combien d'abeilles, qui respectent leur chef, et qui se maintiennent avec tant de règle et d'industrie ! Combien de frelons, vagabonds et fainéants, qui cherchent à s'établir aux dépens des abeilles ! Combien de fourmis, dont la prévoyance et l'économie soulagent tous leurs besoins ! Combien de crocodiles, qui feignent de se plaindre pour dévorer ceux qui sont touchés de leur plainte ! Et combien d'animaux qui sont assujettis parce qu'ils ignorent leur force !
Toutes ces qualités se trouvent dans l'homme, et il exerce, à l'égard des autres hommes, tout ce que les animaux dont on vient de parler exercent entre eux.
La Rochefoucauld, Réflexions et sentences.

L’IMAGE DU NOIR EN OCCIDENT DU MOYEN ÂGE AU XXe SIÈCLE
L’IMAGE DU NOIR EN OCCIDENT DU MOYEN ÂGE AU XXe SIÈCLE, CONTINUITÉ ET RUPTURES
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UNE ÉVOLUTION AU COURS DES SIÈCLES , AU GRÉ DES CIRCONSTANCES
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Exorde :
- Comment les Français (les Européens en général) se comportent-ils face à l’altérité, à la différence de couleur de peau et de culture ?
- Leur comportement est-il dicté par l’ignorance, la peur ou la volonté de rejet ?
Petite anecdote savoureuse
Entre ignorance et peur
Rapportée par Jean Devisse
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Jean Devisse, professeur à l’université Paris I, directeur au Centre d’Études historiques et juridiques Malher (Paris I), rapporteur général du Comité Scientifique de l’UNESCO pour la rédaction d’une histoire générale de l’Afrique. Médiéviste et africaniste, il se consacre à l’étude de l’Afrique où il enseigne à partir de 1958.
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Jean Devisse :
« En 1961, j’emmène en France des étudiants de Dakar (Sénégal). Nous arrivons à la basilique Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand. La billetterie est tenue par une vieille paysanne auvergnate, habillée tout de noir, dont on ne voit que la figure. Elle est entièrement cachée dans ses vêtements. Elle me voit entrer, et me fait un grand sourire. Elle voit derrière moi un Noir ; son sourire se fige ; un deuxième Noir ; non seulement elle n’a plus du tout de sourire, mais elle commence à être saisie de panique. Un troisième Noir, elle s’en va.
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Nous et les autres
À la fin de la visite, blottie à l’extérieur dans un recoin de l’entrée, elle me dit : "Monsieur, j’ai eu peur tout à l’heure : vous savez, quand je vous ai vu entrer, vous, vous aviez l’air comme tout le monde, mais, derrière, j’ai cru voir le Diable."
Voilà une femme qui n’avait aucune raison d’être raciste, d’avoir une position raciste inégalitaire, et qui, cependant a eu peur de l’autre par ignorance, à cause de ce poids des préjugés héréditaires, transmis par la matrice sociale.
Ce jour-là, je crois que nous avons fait un tout petit pas en avant, car on a tenu à expliquer toute une série de choses — les étudiants l’ont fait très volontiers — et, à la fin, après les avoir attentivement écoutés, elle est venue leur serrer la main, ce qui, pour elle, était quelque chose d’impensable au départ : c’était plutôt le danger de voir sa main prise par le Diable, et elle, entraînée en Enfer. »
L’attitude des Européens face au Noir procède-t-elle d’une ignorance volontaire ou d’une ignorance subie ?
L’ignorance subie, on peut y remédier facilement.
L’ignorance volontaire est irrémédiable.
Les préjugés dorment, mais ne meurent pas.
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LA ROCHEFOUCAULD : MAXIMES POUR UNE SOCIÉTÉ VIVABLE
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LA ROCHEFOUCAULD : MAXIMES POUR UNE SOCIÉTÉ VIVABLE
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Le bien-vivre ensemble : esprit, intelligence, tact.
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François VI, duc de la Rochefoucauld (1613-1680)
Écrivain, moraliste et mémorialiste français
Mon dessein n'est pas de parler de l'amitié en parlant de la société ; bien qu'elles aient quelque rapport, elles sont néanmoins très différentes : la première a plus d'élévation et de dignité, et le plus grand mérite de l'autre, c'est de lui ressembler. Je ne parlerai donc présentement que du commerce particulier que les honnêtes gens doivent avoir ensemble.
Il serait inutile de dire combien la société est nécessaire aux hommes : tous la désirent et tous la cherchent, mais peu se servent des moyens de la rendre agréable et de la faire durer. Chacun veut trouver son plaisir et ses avantages aux dépens des autres ; on se préfère toujours à ceux avec qui on se propose de vivre, et on leur fait presque toujours sentir cette préférence ; c'est ce qui trouble et qui détruit la société. Il faudrait du moins savoir cacher ce désir de préférence, puisqu'il est trop naturel en nous pour nous en pouvoir défaire ; il faudrait faire son plaisir et celui des autres, ménager leur amour-propre, et ne le blesser jamais.
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Intelligence, respect
L'esprit a beaucoup de part à un si grand ouvrage, mais il ne suffit pas seul pour nous conduire dans les divers chemins qu'il faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne maintiendrait pas longtemps la société, si elle n'était réglée et soutenue par le bon sens, par l'humeur, et par des égards qui doivent être entre les personnes qui veulent vivre ensemble. S'il arrive quelquefois que des gens opposés d'humeur et d'esprit paraissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons étrangères, qui ne durent pas longtemps. On peut être aussi en société avec des personnes sur qui nous avons de la supériorité par la naissance ou par des qualités personnelles ; mais ceux qui ont cet avantage n'en doivent pas abuser ; ils doivent rarement le faire sentir, et ne s'en servir que pour instruire les autres ; ils doivent les faire apercevoir qu'ils ont besoin d'être conduits, et les mener par raison, en s'accommodant autant qu'il est possible à leurs sentiments et à leurs intérêts.
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Liberté, respect : ingrédients utiles
Pour rendre la société commode, il faut que chacun conserve sa liberté : il faut se voir, ou ne se voir point, sans sujétion, se divertir ensemble, et même s'ennuyer ensemble ; il faut se pouvoir séparer, sans que cette séparation apporte de changement ; il faut se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s'exposer à embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder. Il faut contribuer, autant qu'on le peut, au divertissement des personnes avec qui on veut vivre ; mais il ne faut pas être toujours chargé du soin d'y contribuer. La complaisance est nécessaire dans la société, mais elle doit avoir des bornes : elle devient une servitude quand elle est excessive ; il faut du moins qu'elle paraisse libre, et qu'en suivant le sentiment de nos amis, ils soient persuadés que c'est le nôtre aussi que nous suivons.
Il faut être facile à excuser nos amis, quand leurs défauts sont nés avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités ; il faut souvent éviter de leur faire voir qu'on les ait remarqués et qu'on en soit choqué, et on doit essayer de faire en sorte qu'ils puissent s'en apercevoir eux-mêmes, pour leur laisser le mérite de s'en corriger.
Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire dans le commerce des honnêtes gens ; elle leur fait entendre raillerie, et elle les empêche d'être choqués et de choquer les autres par de certaines façons de parler trop sèches et trop dures, qui échappent souvent sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur.
Le commerce des honnêtes gens ne peut subsister sans une certaine sorte de confiance ; elle doit être commune entre eux ; il faut que chacun ait un air de sûreté et de discrétion qui ne donne jamais lieu de craindre qu'on puisse rien dire par imprudence.
Il faut de la variété dans l'esprit : ceux qui n'ont que d'une sorte d'esprit ne peuvent plaire longtemps. On peut prendre des routes diverses, n'avoir pas les mêmes vues ni les mêmes talents, pourvu qu'on aide au plaisir de la société, et qu'on y observe la même justesse que les différentes voix et les divers instruments doivent observer dans la musique.
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Savoir partager le meilleur et le pire
Comme il est malaisé que plusieurs personnes puissent avoir les mêmes intérêts, il est nécessaire au moins, pour la douceur de la société, qu'ils n'en aient pas de contraires. On doit aller au-devant de ce qui peut plaire à ses amis, chercher les moyens de leur être utile, leur épargner des chagrins, leur faire voir qu'on les partage avec eux quand on ne peut les détourner, les effacer insensiblement sans prétendre de les arracher tout d'un coup, et mettre en la place des objets agréables, ou du moins qui les occupent. On peut leur parler des choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant qu'ils le permettent, et on y doit garder beaucoup de mesure ; il y a de la politesse, et quelquefois même de l'humanité, à ne pas entrer trop avant dans les replis de leur cœur ; ils ont souvent de la peine à laisser voir tout ce qu'ils en connaissent, et ils en ont encore davantage quand on pénètre ce qu'ils ne connaissent pas. Bien que le commerce que les honnêtes gens ont ensemble leur donne de la familiarité, et leur fournisse un nombre infini de sujets de se parler sincèrement, personne presque n'a assez de docilité et de bon sens pour bien recevoir plusieurs avis qui sont nécessaires pour maintenir la société : on veut être averti jusqu'à un certain point, mais on ne veut pas l'être en toutes choses, et on craint de savoir toutes sortes de vérités.
Comme on doit garder des distances pour voir les objets, il en faut garder aussi pour la société : chacun a son point de vue, d'où il veut être regardé ; on a raison, le plus souvent, de ne vouloir pas être éclairé de trop près, et il n'y a presque point d'homme qui veuille, en toutes choses, se laisser voir tel qu'il est.
La Rochefoucauld, Réflexions diverses.
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ALAIN : LE RIRE ET LE SOURIRE. CONVULSION ET DÉTENTE
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ALAIN : LE RIRE ET LE SOURIRE.
CONVULSION ET DÉTENTE

De l’extérieur à l’intérieur de soi
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Alain
(Émile Chartier dit), philosophe français, 1868-1951)
Le sourire : enfance, aisance, beauté
Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours de l'inquiétude dans le rire, quoique aussitôt calmée ; mais dans le sourire tout se détend, sans aucune inquiétude ni défense. On peut donc dire que l'enfant sourit mieux encore à sa mère que sa mère ne lui sourit ; ainsi l'enfance est toujours la plus belle. Mais dans tout sourire il y a de l'enfance ; c'est un oubli et un recommencement. Tous les muscles prennent leur repos et leur aisance, principalement ces muscles puissants des joues et des mâchoires, si naturellement contractés dans la colère, et déjà dans l'attention. Le sourire ne fait pas attention ; les yeux embrassent tout autour de leur centre. En même temps la respiration et le cœur travaillent largement et sans gêne, d'où cette couleur de vie et cet air de santé.
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Le sourire déride et rassure
Comme la défiance éveille la défiance, ainsi le sourire appelle le sourire ; il rassure l'autre sur soi et toutes choses autour. C'est pourquoi ceux qui sont heureux disent bien que tout leur sourit. Et l'on peut, d'un sourire, guérir les peines de quelqu'un qu'on ne connaît pas. C'est pourquoi le sourire est l'arme du sage, contre ses propres passions et contre celles d'autrui. Il les touche là dans leur centre et dans leur force, qui n'est jamais dans les idées ni dans les événements, mais dans cette colère armée qui ne peut sourire. La vertu de l'esprit, en toutes choses, est d'écarter les passions par un choix et une disposition des paroles qui donnent à chaque chose sa juste importance, et, rendant petites les petites, laissent les grandes en leur proportion sans étonner. J'ai assez montré les dangers d'une conversation libre pour que l'on comprenne qu'elle ne se sauve point sans esprit. Mais il y a de l'esprit, au sens le plus profond, dans le sourire même ; car c'est le dernier effet de la sottise, et le plus caché, de s'étonner beaucoup de ce que l'on a soi-même circonscrit et mis à distance de vue ; l'idolâtrie est toute dans cette peur ; au lieu que le Dieu sourit à son image. Ce mouvement achève la forme et la détache ; ainsi toute grandeur s'achève en aisance, avec un surcroît de force prête. Le trait, c'est la récompense.
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Le sourire : ouverture, accueil, pont vers l’autre.
Le rire : arme et baume, sucré ou acide.
Le rire est convulsif ; en quoi il ressemble au sanglot ; mais l'allure de la pensée y est tout opposée ; car dans le sanglot c'est la pensée qui tend, au lieu que dans le rire elle détend ; seulement, si la surprise a été forte, la détente se fait en désordre, avec des retours de surprise. N'oublions pas ces secousses des épaules qui sont le mouvement du rire. L'effet naturel de la surprise est cette préparation soudaine qui gonfle la poitrine et élève les épaules. Si le jugement méprise, les épaules retombent aussitôt. Le haussement d'épaules est comme un rire élémentaire. Pour que le rire secoue les épaules, il faut donc une apparence d'importance qui frappe malgré tout, de sorte que l'on ne puisse s'empêcher, rassuré, de s'inquiéter, mais aussi qu'on ne manque pas, inquiété, de se rassurer. L'art de faire rire est de maintenir cette apparence, mais sans aucun doute pour le jugement. Le ridicule est dans une majesté bien imitée, mais qui ne peut tromper. C'est pourquoi on peut rire du terrible, si l'on se met au-dessus, ou de l'horrible, ou du tendre, enfin de tout. Mais s'il n'y a point une apparence de théâtre, j'entends parfaitement expressive, il n'y aura point de rire. Au reste on peut rire et surtout sourire volontairement ; et comme ces mouvements sont les plus puissants contre les passions, je dirais même que le sourire est la plus haute marque du vouloir, et, comme on l'a presque dit, le propre de la raison.
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Le rire, élément de théâtre ?
Il y a pourtant dans le rire convulsif quelque chose de mécanique, comme on sait. Il faut croire qu'une détente brusque émeut encore d'autres muscles, et va souvent jusqu'à une autre contracture qui ne peut durer, et dont on se repose par un mouvement inverse, sans pouvoir retrouver l'équilibre. C'est ce qui arrive dans le rire de surprise ; et l'on sait que l'on fait bien rire les enfants et même les hommes par de petites attaques sans conséquence, mais vives et répétées. De même un certain genre d'esprit peut faire rire sans montrer le ridicule, par l'art de donner de l'importance à des paroles qui n'en ont point du tout, surtout avec vivacité et sans que l'on puisse prévoir. Tel est le badinage ; et les passions sont assez redoutables par le sérieux pour que le badinage mérite encore ce beau nom d'esprit. Ce sens étendu est comme un avertissement. L'esprit veille et sauve, quand il ne peut mieux, comme ces génies tracassiers des légendes qui renversent la marmite.
Alain, Éléments de philosophie.
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LES RELATIONS FRANCE-AFRIQUE APRÈS LOUIS XIV
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LES RELATIONS FRANCE-AFRIQUE APRÈS LOUIS XIV
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Sous Louis XV et Louis XVI, ruptures et permanences
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Louis XIV (1638-1715)
France, royaume des Francs. Terre de liberté
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Louis XV (1710-1774)
Louis XIV et ses successeurs immédiats n’ont pas les mêmes rapports à l’Afrique et aux Africains. Le changement fut très net dès la mort du Roi-Soleil en 1715.
Le premier signe en fut la disparition des rapports personnels noués par le roi de France avec les rois de la côte africaine. Puis, la diminution du nombre d’ambassadeurs et d’émissaires entre la France et ces royaumes africains, de même que celle de la présence de Noirs ou d’Africains à la cour du roi à Versailles. La correspondance cessa quasiment entre le roi de France et les rois du continent noir.
Bref, les relations entre le roi de France et les rois africains, sans changer véritablement de nature, ne sont plus empreints de cette familiarité et cette attention que Louis XIV avait su entretenir avec ses homologues, combinant à la fois l’art de la séduction et la fermeté à leur égard.
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Permanences
Le commerce constitue le principal support des rapports entre la France et l’Afrique, sous Louis XIV comme sous le règne de ses successeurs, en premier lieu le commerce des esclaves que Louis XIV éleva au rang de « service d’État », et que ses successeurs menèrent à son apogée au 18e siècle.
Les voies ouvertes par Louis XIV en ce domaine furent élargies par Louis XV et Louis XVI.
Ruptures
Elles furent nombreuses, à commencer par l’attitude des nations européennes concurrentes de la France sur les côtes africaines. La disparition de Louis XIV dont l’ambition fut d’étendre son hégémonie sur ce continent en rabaissant, voire en éliminant ses rivaux, entraîna l’enhardissement de ces derniers, tout particulièrement les Hollandais et les Anglais. La mort du Roi-Soleil fut pour eux une véritable délivrance. Tous entreprirent de battre en brèche la « légende dorée » de la France en Afrique que Louis XIV avait su entretenir avec constance.
Les Hollandais, eux, font répandre partout sur la côte, par des émissaires africains formés et rétribués à cette fin, des informations mensongères, notamment que la France n'avait plus ni roi, ni navires de guerre ou de commerce ni marchandises désormais....

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Suprématie anglaise
Les Anglais s’enhardirent jusqu’à attaquer et occuper Saint-Louis du Sénégal (de 1758 à 1779), cité symbole de la présence française en Afrique, première implantation durable de la France sur le continent, fondée par des marins normands, et baptisée Saint-Louis en hommage au jeune Louis XIV alors âgé de 5 ans. Outrage suprême !
Les marchands français d’Afrique sentirent rapidement la différence dans leurs rapports avec ces concurrents. Le document suivant en est une illustration.
« Nous avions encore un comptoir à Bintam. [...] Le traité de 1763 n'ayant fait aucune mention de la rivière de Gambie, les Anglais l'ont interprété comme ils l'ont voulu et ont prétendu que nous devions nous en tenir à notre comptoir d'Albreda. M. Poncet de La Rivière, nommé gouverneur de Gorée à sa reprise de possession, est le seul qui ait voulu faire quelques tentatives contre les Anglais, mais il a été désapprouvé et, depuis, on a successivement mandé aux différents commandants que le roi voulait qu'on évitât toute espèce de querelle avec les Anglais, et que celui qui troublerait l'union alors existante en répondrait sur sa tête. »
Le même mémoire poursuit :
« Les successeurs de M. Poncet, en suivant les mêmes principes, auraient pu au moins rendre compte des pertes que nous venions de faire, mais, sans intelligence et sans énergie, ils ont laissé les Anglais maîtres absolus des dépendances de cette rivière : ils ont même souffert beaucoup d'humiliations dont il est inutile de donner ici les détails... »
De fait, la suprématie anglaise qui s'installait alors sur la côte africaine à l'orée du XVIIIe siècle, ira crescendo jusqu'au XIXe. (Tidiane Diakité, Louis XIV et l’Afrique noire, Arléa)
Cependant, c’est dans le domaine des rapports humains que le changement fut le plus spectaculaire et le plus rapidement perceptible. Louis XIV, son règne durant, marqua ostensiblement son attachement au continent et à ses habitants, malgré son engagement dans le commerce de traite. Il le manifesta par son attitude et l’exprima souvent :
« Nous tenons à faire comprendre à cette nation notre estime ». Il ordonna « de faire connaître aux naturels d’Afrique avec combien d’équité et de justice on les veut gouverner et que l’on ne fait aucune différence entre eux et les naturels français. »
Ou encore :
« Octroyons aux esclaves affranchis établis dans notre royaume, les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ; voulons que le mérite d’une liberté acquise produise en eux, tant pour leur personne que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets. »
Et, en cela il se conformait strictement aux prescriptions de l’Édit de Louis le Hutin, du 3 juillet 1315, dont les termes étaient sans équivoque :
« Selon le droit de nature, chacun doit naître franc... Considérant que notre royaume est dit et nommé le royaume des Francs, et voulant que la chose en vérité soit accordant au nom et que la condition des gens amende de nous... »
En conséquence, personne ne pouvait, en royaume de France, être lié à personne par « les liens de la servitude ancienne et primitive ». En ce domaine également, le règne de Louis XIV représente une exception, par rapport aux règnes suivants, comme étant celui où le gouvernement s'efforce de respecter l'esprit et la lettre de l'Édit de 1315.
La règle fixée par cet édit guida l’attitude de Louis XIV à l’égard des Noirs résidant sur le sol de France. Il faisait à l’époque, paradoxalement, la différence entre le statut des individus dans les colonies françaises d’Amérique, et celui de ceux vivant en métropole. Pour lui, dans les colonies : Noirs esclaves ; en métropole : Noirs libres. D’où sa philosophie du « Code Noir ».
Autrement dit, les Noirs des colonies ne peuvent retrouver la liberté que lorsqu’ils se rendent en métropole, car le sol de France rend libre, selon l’esprit de l’Édit de 1315.
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Autres temps, autres mœurs
Louis XIV, disparu en 1715, tout cela changea rapidement. Dès 1716, le gouvernement de Louis XV promulgua un édit interdisant la présence des Noirs en métropole, et instituant une « Police des Noirs ». Suivront une série de mesures préconisant le retour aux Antilles de ceux résidant en France. Louis XVI lui emboîta le pas, en décrétant à partir de 1777, une répression vigoureuse contre les Noirs et interdisant les mariages entre Noirs et Blancs.
Le Conseil Royal de la Marine fit valoir la nécessité de maintenir le statut d'esclave et de refuser la liberté aux esclaves, comme à tout Noir résidant en France, d'où l'Édit de 1716. Ce fut alors le point de départ d'un processus qui ira se renforçant, se durcissant sans cesse, en s'étendant peu à peu tout au long du 18e siècle, à tous les Noirs, esclaves transportés des colonies françaises d'Amérique, ou Noirs tout frais débarquant des côtes africaines.
L’Édit de 1777, de tous le plus répressif, instaura la création de « dépôts de Noirs » dans les principaux ports de l’Atlantique (Brest en fut le principal centre), où sont regroupés les Noirs arrêtés dans le pays en vue de leur expédition aux Antilles, et interdisant, à titre définitif, l’entrée du royaume à tous les Noirs et « gens de couleurs », quels que soient leur provenance et leur statut. Les excès dans la répression et l’exécution rigoureuse de l’Édit de 1777, souleva protestations et réactions hostiles dans le royaume.
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L’opposition au roi
Au fur et à mesure de la radicalisation de ces mesures royales et la brutalité de la police des Noirs, au fil des ans, des opposants exigèrent des exceptions ou dérogations en faveur de certaines catégories de personnes de couleur, notamment celles résidant en France avant les édits royaux, celles exerçant un métier dont elles vivent honnêtement, ou un métier d’utilité publique, de même que les personnes mariées avec une Française ou un Français…
C’est alors qu’il fut créé trois statuts correspondant à trois catégories de Noirs en France :
la 1ère catégorie formée par les esclaves qui devaient obligatoirement être en compagnie d’un maître et enregistré par ce dernier.
la 2e catégorie concerne les Noirs libres résidant en France avant la déclaration royale de 1777, et qui devaient être munis d’un certificat renouvelable tous les ans.
la 3e catégorie enfin, les Africains ou Noirs transportés en France avant ou après l’Édit de 1777, et qui devaient être désignés par une nouvelle appellation, créée spécifiquement à cet effet : celle de « Francs-Noirs ».
Cette nouvelle classification ne fut d’aucune utilité, car beaucoup de Noirs y échappaient ; de ce fait, la confusion demeurait malgré tout, d’où une vigueur nouvelle pour les opposants aux mesures royales.
Il se créa alors un peu partout dans le royaume, ce qu’on qualifierait de « poches de résistance » à l’application stricte de ces mesures.
Les opposants les plus véhéments se trouvaient paradoxalement dans les rangs de la grande noblesse, ceux de la haute bourgeoisie, c’est-à-dire les couches les plus favorisées, mais aussi de l’Église, de même que quelques associations philanthropiques comme « les Amis des Noirs ». Certains parlements provinciaux dont le Parlement de Bretagne, résistèrent également à l’enregistrement des édits royaux.
Le premier témoignage de cette résistance des « Grands » est celui d’un subdélégué de Bretagne qui porte comme suit à la connaissance de son supérieur hiérarchique, l’Intendant de province, les difficultés auxquelles il se heurte dans sa circonscription.
« Monseigneur
J'ai l'honneur de vous faire passer l'Etat concernant les Nègres et les Négresses ;
Il ne s'en trouve dans mon Département que deux qui jouissent de la plus grande liberté depuis qu'ils sont en France chez le Sieur Pichot de Guerdifier qui leur accorde la faveur même de les admettre à sa table, quelque compagnie qu'il ait.
Vous trouverez, Monseigneur ci-joint une attestation de M. le Duc de Penthièvre qui fait défense de les inquiéter en aucune façon, les regardant comme entièrement libres.
Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Ollivier Despréville
Au Faou le 6 Janvier 1777.»
[Rappelons que sous Louis XIV, à la cour du roi, un "petit noir" mangeait à la table de Madame Mancini, et que cela ne soulevait la moindre indignation.]
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L’Église dans la résistance
Ces mesures vont plus loin ; afin de mieux contrôler l'application effective de l'interdiction des mariages de Noirs, il fut décidé de rendre obligatoire partout dans le royaume, les déclarations de grossesses du fait de Noirs. Ces déclarations nombreuses au début, diminuent au fur et à mesure que se durcit la législation concernant les Noirs, soit que cette législation a été suivie, appliquée, soit que les personnes concernées par de telles déclarations évitent de procéder à ces formalités de peur de représailles. On note parallèlement, dans la même période, un accroissement du nombre d'enfants abandonnés, fruits de telles grossesses, et d'amours prohibées, de même qu'une augmentation d'accouchements clandestins, au point que des arrêts du Conseil du roi faisaient défense « aux chirurgiens et matrones » de donner asile dans leurs maisons aux « filles et femmes grosses », lesquels chirurgiens et matrones étaient également tenus par les mêmes règlements, de donner « les noms et demeures des filles ou femmes grosses. »
Ces mesures furent sévèrement jugées par l’Église dont les curés avaient également reçu l’ordre royal de ne plus célébrer les mariages entre Noirs et Blancs (ni célébrations de mariages, ni baptêmes d’enfants de couples mixtes).
Une véritable épreuve de force s’engagea ainsi entre d’un côté la police et la justice royales, de l’autre la grande noblesse, la haute bourgeoisie, l’Église, épreuve de force qui persista jusqu’à la révolution de 1789.
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Pour approfondir :
T. Diakité, la France et l’Afrique noire. De Louis XIV à Louis-Philippe. Les fondements d’une relation ambiguë. (À paraître).
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