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AUXILIAIRES COLONIAUX

17 Octobre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #HISTOIRE

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LE GARDE-CERCLE ET L’INTERPRETE L’INTERPRETE 

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          Pour atteindre ses objectifs, la colonisation ne s’est pas seulement servie des chefferies traditionnelles (voir article précédent). Elle a également fait des tout premiers « indigènes » formés par ses soins, le garde-cercle et l’interprète, le bras armé de sa politique.

          Le premier fonctionnaire africain que les populations noires ont connu fut le « garde-cercle » ; vint ensuite l'interprète. L'un et l'autre ont marqué profondément la conscience de l'Africain ; le premier par sa brutalité envers les populations et le second par son habileté à travestir les ordres et les propos du chef blanc à son seul profit et aux dépens des pauvres masses abruties et assujetties (1).

           Cet esprit, ce mauvais modèle semble être resté ; aucune éducation n'a pu l'extirper de la conscience ou du subconscient des Africains, pour la plupart desquels être fonctionnaire signifie avant tout s'enrichir, aux dépens des particuliers, mais aussi de l'État dont ils n'ont qu'un sens fort peu développé (ou dont ils n'ont pas du tout le sens). A cela s'ajoute cette fâcheuse tendance à vouloir exploiter l'ignorance des hommes, surtout des analphabètes, c'est-à-dire des plus faibles et des plus vulnérables dans la société moderne.

          Le garde-cercle et l'interprète sont en Afrique les premières catégories sociales directement issues de la présence du colonisateur ; à peu de distance, suivra la « caste » des commis. Le garde-cercle, personnage haut en couleur, à peine lettré le plus souvent, est le tout premier auxiliaire de l'administration coloniale ; reconnaissable de loin à sa fameuse chéchia rouge, son uniforme kaki à la culotte flottante et son gourdin à la hanche, ses pieds dansant dans d'énormes « godasses » et son sifflet pendant au flanc, ainsi que sa mine de dresseur de fauves, il est l'intermédiaire unique entre l'administrateur colonial, le Blanc, commandant de cercle (2), ou le chef de subdivision et les populations, celles de la brousse principalement. C'est lui qui est chargé de transmettre et de faire exécuter les ordres de ces chefs blancs. Pour cela, il va de village en village annoncer aux masses paysannes atterrées et terrorisées les volontés du maître blanc. Sa venue au village donne lieu à un branle-bas sans nom ; elle est rarement signe de bonheur, car c'est tantôt pour réclamer l'impôt auquel les masses ne sont pas habituées, tantôt pour réclamer des troupes pour l'armée coloniale ou pour les travaux forcés, ou tout simplement pour annoncer la tournée prochaine du commandant ou du chef de subdivision dans la région, à moins que ce ne soit pour distribuer des convocations destinées soit au chef du village, soit à d'autres habitants qui doivent alors se rendre au chef-lieu administratif.

          Dès son entrée dans le village, tous les habitants sont rassemblés illico par le soin du chef du village et tous écoutent terrifiés le garde exposer le motif de sa venue. Mais le plus pénible sans doute pour le paysan, c'est la présence même du garde-cercle, car il vit sur l'habitant, il vit du villageois, le rançonne, le menace de prison et de mort, lui extorque ses biens, dispose de sa femme et de ses filles, bref se livre à toutes sortes d'excès. Pour les populations, c'est l'autorité absolue et son pouvoir est sans limite à tel point que le paysan a deux souhaits fondamentaux dans l'année, souhaits qu'il exprime lors de sacrifices rituels offerts aux mânes des ancêtres et aux dieux du foyer ou du clan : le premier de ces souhaits est que la pluie tombe et que la récolte soit abondante ; le second, que le village ne reçoive pas la visite du garde-cercle. Les villages la reçoivent toujours à l'occasion de la venue du commandant qui arrive flanqué de l'interprète et suivi du garde.

          L'interprète « traduit » aux populations dans les langues africaines (il en parle généralement plusieurs) la volonté du commandant. Si ce dernier doit sévir, c'est le garde qui a la charge de donner la gifle, le coup de pied ou les coups de bâton. Si quelqu'un doit être arrêté et jeté en prison, c'est encore le garde qui se saisit de lui. Quant à l'interprète, son autorité ne pâlit en rien face à celle du garde. La seule différence, c'est que lui, on ne le voit qu'en compagnie de l'administrateur blanc. Relativement plus lettré que le garde, il est aussi mieux habillé. C'est lui qui traduit la pensée, les ordres et les volontés du maître, et il les traduit selon son humeur, ses goûts, mais toujours selon ses intérêts.

          Une anecdote significative : le commandant de cercle avait fait convoquer le chef d'un village situé à une soixantaine de kilomètres environ du chef-lieu administratif. Le motif de la convocation était de féliciter tout le village à travers son chef parce que, de tout le canton, c'était le seul village dont l'impôt avait été collecté et était parvenu complet au commandant avant le délai limite fixé, donc sans qu'il y ait eu besoin d'envoyer le garde faire les sommations d'usage ni sévir. Le commandant, pour manifester sa satisfaction, promettait aux habitants de ce village bons payeurs d'impôts un abattement sur les impôts de l'année suivante en guise de récompense et d'encouragement. L'interprète fit savoir au vieux chef de village quasiment à genoux et tremblant devant le commandant que ce dernier avait reçu leurs impôts, mais que dans leur précipitation et croyant bien faire, ils avaient commis des erreurs de calcul, vu qu'ils n'avaient pas dans tout le village de gens capables de lire, d'écrire et de faire des opérations et que pour cette raison sans doute il manquait le quart de la somme normalement due, et que le chef du village devait lui rapporter dans les six jours, sous peine de prison. Naturellement le messager qui apporterait cette somme devait s'adresser tout d'abord et nécessairement à lui, interprète, car il ne peut être question de se présenter devant le commandant sans être introduit par l'interprète et tous ceux qui viennent, à moins d'être expressément sollicités par le commandant, s'arrêtent à l'interprète qui transmet le cas échéant.

          Ce complément supposé lui fut effectivement remis quatre jours après cette scène et il alla droit dans sa poche. Le commandant n'en sut strictement rien.

          Le plus souvent l'interprète et le garde-cercle sont de connivence. Il n'est certainement pas inintéressant d'évoquer ici très brièvement la manière dont se faisait la levée de l'impôt dans les colonies françaises. Le commandant envoyait dire au chef de chaque village que son village comptait tant d'âmes, tant de bovins, de caprins, d'ovins, de fusils, etc., et que le montant de l'impôt de l'année, pour tout le village, s'élevait à telle somme globalement et qu'il fallait payer avant telle date. Il appartenait alors au chef du village de faire la répartition de cette somme et la collecte avant la date fixée. Ceux des villageois qui n'arrivaient pas à payer leur quote-part avant le terme fatidique étaient exposés aux pires humiliations.

          La multiplication des abus dont se rendait coupable l’interprète finit par alerter l’administrateur qui sollicita la collaboration des missionnaires catholiques dont le premier souci était d’apprendre la langue des populations autochtones dès leurs premiers contacts avec elles. L’un de ces missionnaires établi au Soudan français (actuel Mali) témoigne en 1950 :

          « Les commandants de cercle ont compris le pari qu’ils pouvaient tirer de notre connaissance des langues africaines. Nous voyons celui de Ségou demander à un Père de contrôler les traductions de son interprète lors d’un gros procès politique. »

          Et le missionnaire explique ainsi cette démarche du commandant :

          « Les hommes de confiance du gouvernement (c’est-à-dire les interprètes), qui ont si souvent induit nos officiers en erreur par leurs fausses interprétations, nous redoutent davantage, ils voient que nous déjouons leurs projets, en étant experts dans leurs langues ». (3)

          Que faut-il en conclure ? Certainement bien des choses. Mais on pourrait simplement penser que si les administrateurs européens et leur suite qui venaient en Afrique s'étaient donné la peine d'apprendre les langues du pays (du moins les principales) où ils devaient exercer, cela aurait peut-être quelque peu changé la nature des rapports entre colonisateurs et colonisés et aurait peut-être même (on peut le supposer) donné à la colonisation un autre visage.

                                                                              (Source : L’Afrique malade d’elle-même, Tidiane Diakité)

 

(1) Toutes mes excuses respectueuses aux gardes et aux interprètes honnêtes ; mais, à la vérité, il ne dut pas y en avoir beaucoup.

(2) Circonscription administrative sous l'occupation coloniale : le cercle se situe hiérarchiquement au-dessus de la subdivision, mais les deux avaient à leur tête un administrateur français : commandant de cercle et chef de subdivision, tous les deux coiffés par le gouverneur du territoire.

(3) Les rapports entre l’administration civile et les missionnaires catholiques dans les colonies furent de tout temps caractérisés à la fois par la collaboration, voire la complicité, et les divergences ou heurts sur un certain nombre de sujets.

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FEMME AFRICAINE ET EMANCIPATION

10 Octobre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #SOCIETE

 

 Source : Jeune Afrique 4-10 mars 2007

 

 

          Pourquoi le pourcentage de femmes parlementaires est-il plus faible dans les Etats francophones d'Afrique ?

 

 

          Que la personne qui m'a posé cette question lors de ma conférence du 04-10-10, veuille trouver dans ces quelques lignes une partie de la réponse.

         

          La réponse à une telle question nécessite un bref rappel d'un aspect de la politique coloniale française. En effet, l'administration coloniale ferma les yeux sur la plupart des traditions et coutumes locales défavorables à la femme qui avaient cours dans les colonies. La seule coutume combattue - du moins en théorie - fut la pratique de l'esclavage. Le sort de la femme et le souci de son émancipation ne figurèrent pas dans les priorités affichées de la politique coloniale.

          Il faut à cet égard distinguer l'attitude de l'administration civile de celle des missionnaires catholiques. Les divergences, voire les heurts, entre civils et religieux furent nombreuses sur les questions touchant les coutumes et traditions des autochtones. Mais s'il est un point sur lequel ces divergences furent évidentes et permanentes, c'est bien sur le mariage et la liberté de choix de la femme, et d'autres pratiques comme la polygamie et le lévirat.

          La plupart des administrateurs coloniaux, pour ne pas dire tous, étaient bien conscients des abus que représentaient ces unions où la jeune fille, à peine nubile, était donnée contre son gré à un homme qui pouvait être son grand-père et qui avait déjà plusieurs épouses. Aucune mesure ne fut prise par le pouvoir colonial pour réformer ces pratiques. Cela peut paraître étonnant. Mais "les administrateurs sont bien conscients aussi qu'avec les parents les plus intéressés au maintien de ces coutumes sont les vieux notables... Or, nous savons combien l'adhésion de ces anciens est nécessaire pour que la société africaine conserve, avec la stabilité, les meilleures conditions de rendement économique" (Joseph Roger de Benoist).

          S'appuyer sur les chefs traditionnels pour s'imposer, en les flattant par le maintien de coutumes qui faisaient des femmes des "inférieures" soumises aux hommes, fut une politique constante du colonisateur. La liberté de la femme fut ainsi sacrifiée sur l'autel de la "paix coloniale" et de la rentabilité économique. Albert Sarraut le précisait dès 1920 : "Conserver et augmenter le capital humain pour pouvoir faire travailler et fructifier le capital argent".

          A la collusion entre l'intérêt de l'administration coloniale et celui des anciens s'opposa la mission catholique partout dans les colonies en s'appuyant sur la jeunesse, son éducation et sa formation afin de mener la lutte contre ces coutumes.

          La femme fut bien un des moyens de la politique coloniale. Il y eut le décret Mandel du 15 juin 1939 (Georges Mandel, ministre des colonies de 1938 à 1940) qui, en principe reconnaissait à la femme la liberté du choix de son époux. Mais ce décret, qui était le fruit d'une campagne menée par le gouvernement central devant l'opinion publique métropolitaine, ne fut jamais appliqué. Il n'eut donc aucun effet sur l'évolution souhaitable des mentalités.

          Par ailleurs, l'immense majorité des colonies françaises d'Afrique de l'Ouest étaient constituée de régions fortement islamisées, longtemps avant la colonisation. Or, dans ces régions, la tradition n'était pas à l'émancipation de la femme. C'est également là où le christianisme a eu peu d'impact sur les populations. Il se produisit ainsi la rencontre en ces lieux du poids des coutumes ancestrales et d'une certaine culture musulmane prônant la soumission de la femme à l'homme et sa minorisation à la fois dans la sphère privée et la sphère publique.

          De nombreuses  femmes sont encore aujourd'hui victimes de cette double hérédité.

          Le plus étonnant, est que cinq décennies après la fin de la colonisation une telle situation perdure dans la plupart des Etats souverains d'Afrique.

 

 

  

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FEMMES D'AFRIQUE

3 Octobre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #SOCIETE

 

 

ENTRE PASSE ET FUTUR    u16474841

 

 

          Bien souvent, la femme africaine est présentée comme l'archétype de la femme reléguée à l'arrière-cour des sociétés, sans droits ni libertés, sans voix, victime de toutes les injustices, soumise et accablée de toutes les tares.

          Si cet aspect s'offre souvent à l'observateur d'un jour, il faut aussi avouer que la femme africaine est diverse. Il conviendrait plutôt de voir les femmes en Afrique car, dans le détail, leurs situations, leurs statuts et leurs conditions sont aussi variés que les sociétés, les cultures et les traditions africaines.

           En outre, à la société traditionnelle se superpose de plus en plus une société nouvelle, qui laisse entrevoir un timide mouvement porteur de changement. Des brèches s'ouvrent deci, delà, dans la séculaire forteresse de la prééminence exclusive masculine. Grâce à la pression internationale pour une bonne gouvernance, le respect des droits et la démocratie, mais aussi à la suite d'événements douloureux ou tragiques comme le génocide du Rwanda (1) de 1994 et les luttes de libération (Mozambique, Zimbabwe, Afrique du Sud ...) dans lesquelles les femmes ont joué un rôle éminent, l'Afrique franchit progressivement le pas vers l'émancipation féminine.

  

          La carte ci-dessous est un reflet de l'entrée des femmes dans la sphère politique en Afrique.

 

 Source : Jeune Afrique 4-10 mars 2007.

 

           Cette carte vue de loin est assez flatteuse. Mais vue de près, elle appelle quelques nuances.

          - Sur 53 Etats, un seul est dirigé par une femme.

          - Les pays francophones ferment la marche pour le nombre de femmes au gouvernement comme pour le nombre de femmes parlementaires, avec un pourcentage entre 7 et 15, contre plus de 23% en moyenne pour les pays d'Afrique australe et orientale qui occupent le haut du podium, aussi bien pour le nombre de femmes au Parlement que dans la sphère économique.

           Parmi ces Etats, l'Afrique du Sud apparaît comme la championne toutes catégories. Elle compte 32,8% de parlementaires femmes, une vice-présidente, 9 ministres, 14 vice-ministres, une présidente de l'Assemblée nationale. Ce rang est aussi conforté par la promotion féminine dans la sphère économique. En effet, parmi les sociétés cotées en Bourse à Johannesburg, 8 ont une femme à la tête de leur conseil d'administration.

          En Afrique du Nord, la Tunisie occupe également un rang plus qu'honorable en ce domaine, non seulement dans cette région, mais sans doute dans tout le monde arabo-musulman. Quelques chiffres en apportent la démonstration.

          - La Tunisie compte 27,6% de femmes parlementaires contre 10,5% au Maroc, 7,7% en Algérie, 7,7% en Libye et 1,8% en Egypte.

          - Hors d'Afrique : Syrie=12,4%, Liban=3,1%, Yémen=0,3% et Oman=00%.

          Cette percée spectaculaire des Tunisiennes dans la sphère publique est le fait d'un volontarisme politique jamais démenti depuis l'indépendance du pays en 1956.

 

          En Afrique d'une manière générale cependant, la petite brèche ouverte dans les Parlements nationaux et dans les gouvernements par les femmes ne doit pas faire illusion. Ces quelques exemples heureux sont l'arbre qui cache la forêt de l'arriération de bien des mentalités par rapport au statut de la femme et des discriminations liées au sexe, dans des pays où les femmes constituent le gros des bataillons de l'analphabétisme (2)

 

           Le chemin de l'émancipation est encore long. Mais ces quelques lueurs au cœur des ténèbres autorisent l'espoir. Puisse l'exemple de la Tunisie et celui de l'Afrique du Sud inspirer le reste du continent, car si l'Afrique doit sortir un jour des ornières du sous-développement et rayonner, ce sera par les femmes, lesquelles restent en Afrique sans doute plus qu'ailleurs, promesse d'avenir. Plus de pouvoir et de considération pour les femmes, c'est plus de pouvoir pour l'Afrique, c'est-à-dire plus de progrès économique et social.

 ****

(1) Le Rwanda se classe au 1er rang mondial en 2010 pour le nombre de femmes députées : 56,3%, devant la Suède : 46,4%. A titre de comparaison, la France est à 18,9% pour les députées et 21,9% pour les sénatrices. La moyenne mondiale de femmes parlementaires étant de 19,3.

(2) 80 à 90% des femmes sont analphabètes dans de nombreux pays, et de nombreuses Africaines n'ont toujours pas la liberté du choix de leur conjoint.

 

 

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COLONISATION ET PERVERSION ECONOMIQUE

26 Septembre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #HISTOIRE

121UNE CECITE LOURDE DE CONSEQUENCES

  

          Le colonisateur (français, anglais, belge) n'a pas cherché à exclure les Africains des cultures spéculatives, bien au contraire. Il les a incités dans un premier temps à s'investir davantage dans ces cultures commerciales, puis les y a contraints par l'instauration de l'impôt en numéraire (contrairement à l'impôt en nature du tout début de la colonisation) et par la motivation de l'intérêt de plus en plus grandissant pour l'argent (seul moyen alors de payer l'impôt et de se procurer les produits européens).

Les objectifs furent largement atteints.

          Exemple : de 1896 à 1916, la production de cacao dans la colonie britannique de Gold Coast (actuel Ghana) passe de 400 à 72 000 tonnes, en valeur, de 27 000 à plus de 3 millions de livres sterling. En 1914, la Gold Coast devint le premier exportateur mondial de cacao, portée par la très forte demande de cacao en Europe et en Amérique du Nord. (1)

          Les innovateurs de la culture de cette plante étaient des travailleurs migrants qui ont rapporté des plants de cacao de la colonie portugaise de Fernando Po. L'important ici, c'est que ces agriculteurs migrants n'ont pas ajouté le cacao aux cultures traditionnelles. Ils n'ont fait que du cacao et ont entraîné les agriculteurs locaux à se spécialiser à leur tour dans les cultures industrielles pour gagner de l'argent. Les échanges par l'argent se substituant ainsi progressivement au traditionnel troc entre populations et entre régions.

          Le schéma est identique dans les colonies françaises où l'administration introduit la culture du cacao et le café en Côte d'Ivoire dès 1908. Même chose pour l'arachide au Sénégal (les Britanniques imposent également cette culture dans leur colonie de Gambie entre 1830 et 1840, comme substitut à la traite des esclaves après l'interdiction de cette pratique).

          La culture du coton est aussi introduite par la France et par la Grande Bretagne dans leurs colonies (Soudan français (actuel Mali) surtout dans la vallée du Niger et en Haute Volta (actuel Burkina Faso)). Les Belges font de même dans leurs colonies.

       Pour Albert Sarraut (le Président du Conseil français, 1933-1936), il s'agit d'un "véritable impératif", non seulement pour échapper à la dépendance à l'égard des fournisseurs anglais et américains, mais aussi pour garantir le service de l'industrie textile national.

          En Algérie, les Français développèrent la culture de la vigne. La viticulture devient ainsi le fondement économique de ce territoire : de 1923 à 1930 : de 180 à 271 000 hectares et à plus de 410 000 hectares en 1939. 7 millions d'hectolitres de vin en 1920 et plus de 18 millions en 1935. Cette expansion de la viticulture se fait non seulement au détriment des friches, mais aussi des terres céréalières qui reculent de plus de 80 000 hectares de 1926 à 1934.

          Là aussi se produit le déséquilibre d'une agriculture qui produit de plus en plus pour vendre et de moins en moins pour nourrir les populations. Ce déséquilibre caractérisera désormais l'agriculture en Afrique jusqu'à l'indépendance, la politique économique africaine étant commandée par les besoins et les exigences de l'économie des métropoles. Les conséquences sont connues.

          Cette politique portait déjà en germes l'insuffisance et les crises alimentaires que connaissent aujourd'hui nombre de pays africains. De même la dépendance économique vis-à-vis de l'Europe, puisque l'industrialisation dans les colonies fut négligée, voire sacrifiée au même titre que les cultures vivrières. Partout, les cultures spéculatives : cacao, café, coton, thé, bois... se développèrent aux dépens des cultures vivrières et de l'épanouissement alimentaire des populations.

          La Kenyane Wangari Maathai (prix Nobel de la paix 2004) constate les effets dans son pays et témoigne :

 

Lors d'un séminaire organisé par le NCWK [Conseil national des Femmes Kenyanes], une scientifique présenta une étude qu'elle avait menée sur les enfants de la province du Centre qui, concluait-elle, souffraient de maladies liées à des carences alimentaires. Ce fut pour moi un terrible choc : je connaissais très bien cette région pour y avoir vécu et c'était dans ma jeunesse l'une des plus fertiles du pays. Mais les temps avaient changé. Beaucoup de paysans avaient renoncé à leurs cultures vivrières et reconverti leurs terres en plantations de thé et de café pour répondre à la demande du marché international. Du coup, faute de produits de la ferme, les mères donnaient à leurs enfants des aliments transformés, tels le pain blanc, la farine de maïs ou le riz blanc, riches en hydrates de carbone mais relativement pauvres en vitamines, protéines et minéraux. Ces produits étaient d'autant plus séduisants qu'ils cuisaient plus vite que les céréales et tubercules de mon enfance et, du fait de la déforestation, on manquait maintenant de bois pour cuisiner. À défaut, les femmes glanaient dans les champs des combustibles bien moins efficaces, comme les rafles et les calots de maïs.

 […]

Ce discours me bouleversa. Dans ma jeunesse, les campagnes étaient riches et fertiles, nous ne connaissions pas la faim, les produits étaient sains et nourrissants, tout le monde rayonnait de santé. Nous avions du bois à profusion pour nourrir notre feu. Je me souvenais des premiers défrichages de nos forêts indigènes et des plantations commerciales, je savais que les agriculteurs avaient continué d'empiéter sur le domaine de l'arbre pour cultiver le thé et le café. Les pièces du puzzle se mettaient enfin en place et je voyais maintenant les conséquences catastrophiques de ces chambardements.

 

            Les responsables africains d'aujourd'hui, en 50 ans de souveraineté, n'ont-ils toujours pas pris conscience de cette aberration économique qui détruit la nature, appauvrit les hommes, en compromettant l'avenir ?

           Qu'attend-on pour réagir ? Le centième anniversaire des indépendances ?

         Qu'en sera-t-il alors de la terre et des hommes d'Afrique ?

  ***

(1) Le cacao est une plante d'origine américaine, introduite en Afrique, notamment en Gold Coast, entre 1870 et 1875.

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MAITRE OU ESCLAVE DU TEMPS ? (2)

19 Septembre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #PHILOSOPHIE

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papillon_040.gifLE TEMPS ET NOUS SELON SENEQUE150

  

Tout n'est, crois-moi, qu'incertitude, même pour les heureux. Nul ne doit rien se promettre de l'avenir. Même ce que l'on tient dans sa main s'échappe et cette heure-ci que nous serons bien fort, un malheur nous l'arrache. Le temps se déroule selon des lois immuables sans doute mais obscures. Et que m'importe les certitudes de la nature si je reste, moi, dans l'incertitude ?

              […]

              Et quelle bêtise de s'étonner de voir arriver un jour ce qui peut chaque jour arriver ! La borne d'arrivée se dresse là où la nécessité inexorable du destin l'a plantée, mais aucun de nous ne sait à combien elle se trouve. Façonnons donc notre âme comme si le terme ultime était atteint. Ne remettons rien à plus tard. Soyons quittes, chaque jour, avec la vie.

             Le défaut principal de la vie, c'est qu'elle est toujours inachevée et qu'on l'ajourne constamment. Celui qui chaque jour a mis la dernière main à sa vie n'a pas besoin du temps. Or c'est de ce besoin que naissent la peur et la faim de l'avenir qui nous dévorent l'âme. Rien de plus lamentable que de se demander à propos de ce qui vient : « Où cela va-t-il aboutir ? Combien me reste-t-il à vivre ? Et dans quelles conditions ? » Voilà ce qu'agite, dans des terreurs inextricables, un esprit qui manque de recul.

    

Y a-t-il un meilleur usage du temps ?

 

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COMMENT VIVRE SON TEMPS ? (1)

12 Septembre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #PHILOSOPHIE

petit oiseau 024LE TEMPS ET NOUS      Oiseaux-51.gif                      

  

Oui, c'est cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-même. Ton temps, jusqu'à présent, on te le prenait, on te le dérobait, il t'échappait. Récupère-le, et prends-en soin. La vérité, crois-moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en détourne une autre, et le reste nous coule entre les doigts. Mais il est encore plus blâmable de le perdre par négligence. Et, à bien y regarder, l'essentiel de la vie s'écoule à mal faire, une bonne partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu'il faudrait faire.

 

Tu peux me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui connaisse la valeur d'une journée, qui comprenne qu'il meurt chaque jour ? Notre erreur, c'est de voir la mort devant nous. Pour l'essentiel, elle est déjà passée. La part de notre vie qui est derrière nous appartient à la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta lettre : saisis-toi de chaque heure. Tu seras moins dépendant de demain si tu t'empares d'aujourd'hui. On remet la vie à plus tard. Pendant ce temps, elle passe.

 

Tout se trouve, Lucilius, hors de notre portée. Seul le temps est à nous. Ce bien fuyant, glissant, c'est la seule chose dont la nature nous ait rendus possesseurs : le premier venu nous l'enlève. Et la folie des mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, qui ne valent presque rien et qu'on peut facilement remplacer, chacun en reconnaît la dette, alors que personne ne s'estime en rien redevable du temps qu'on lui accorde, la seule chose qu'il ne peut pas nous rendre, fût-il le plus reconnaissant des hommes.

Sénèque, Apprendre à vivre. Lettres à Lucilius. Ed. Arléa, Paris

 

Réflexions d’un philosophe de l’Antiquité. (Sénèque : 4 av. J.C. – 65 ap J.C.).

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A méditer et à commenter 

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50 ANS D'INDEPENDANCE : LES LECONS DE L'HISTOIRE

5 Septembre 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #POLITIQUE

                           

 

 

 

L'AFRIQUE FACE A SON DESTIN

    

Le cinquantenaire de l'indépendance offrait à l'Afrique l'occasion d'un regard lucide non seulement sur la période 1960-2010, mais aussi sur le parcours entamé depuis les premiers contacts avec l'Europe au milieu du 19e siècle (en dehors du temps de la traite atlantique).

  

1- Les arrière-arrière-grands-parents : La génération précoloniale.

Avant ces contacts, comment vivaient ces générations de l'âge précolonial, c'est-à-dire nos arrière-arrière-grands-parents ?

- Comment évoluaient-ils dans leur environnement ?

- Comment se gouvernaient-ils ?

 

2- Les arrière-grands-parents : la génération des premiers contacts avec les Européens : 1840-1890.

Ceux qui vécurent le temps des explorateurs et des missionnaires européens.

- Quels échanges ?

- Quelle fut la nature et les effets de ces échanges ?

- Quelle fut la nature de ces contacts en général, leur impact ?

 

3- La génération de la période coloniale : 1890-1960.

- Comment est-on passé de l'exploration à la colonisation, c'est-à-dire de l'indépendance à la dépendance ? Comment cela a-t-il été possible ?

- Quels échanges, quels changements ?

Au nom du Progrès, notion importée par le colonisateur, l'univers africain subit une métamorphose quasi complète qui n'épargna aucun élément, ni sous terre, ni sur terre. La flore et la faune reflétèrent les premières marques de cette transformation profonde : un big-bang à l'échelle du continent.

Les territoires et les terres furent ratissés, mesurés, découpés et orientés vers la production... au nom de cette divinité : le Progrès.

Les hommes et les femmes subirent les mêmes effets dans leur corps et leur esprit. L'Eglise et l'école imprimèrent les mêmes marques sur le physique et le mental. Les traditions millénaires s'effritèrent, des langues ancestrales périclitèrent, leur usage restreint ou interdit en certains lieux, bientôt oublié de beaucoup.

Les arts ancestraux, les croyances anciennes suivirent le même sort... Les statuettes en bois ou en bronze perdirent leurs fonctions sacrées.

 

4- La génération post-coloniale : depuis 1960.

Ceux de cette génération sont le produit conscient ou inconscient de ce basculement de tout un continent, de cette formidable mutation accélérée de la nature et des hommes.

Il appartient à cette génération postcoloniale de mener une réflexion sur ce parcours imposé depuis leurs arrière-arrière-grands-parents, jusqu'à eux et leurs enfants. Réflexion utile, enrichissante et surtout nécessaire à la pensée et à l'action.

Les Africains de 2010 vivent-ils mieux que ceux de 1840 ?

Qu'est-ce que l'Afrique a gagné de 1840 à 1960 dans ce face à face avec l'Europe ?

Qu'a-t-elle perdu ?

Ce qu'elle a gagné vaut-il ce qu'elle a perdu ?

Comment capitaliser l'histoire, le passé au bénéfice du futur ?

 

Le cinquantenaire de l'indépendance aurait pu constituer, au-delà des fêtes, des flonflons et des feux d'artifice, l'occasion pour l'Afrique de porter le regard sur elle-même, l'occasion d'une réflexion sereine, profonde et constructive sur le passé et l'avenir (ce qui n'est en rien antinomique de la fête et des réjouissances qui sont légitimes).

Pourquoi l'Afrique a-t-elle capitulé au 19e siècle face à l'Europe ? Quelle était la force de cette dernière et par quelle faiblesse l'Afrique a-t-elle péché ? Que lui a-t-il manqué pour tenir tête à l'Europe ? Quelles armes lui ont-elles fait défaut ?

 

Et si c'était à refaire ?

 

L'Afrique sortirait-elle vainqueur d'une nouvelle confrontation ou serait-elle à nouveau vaincue ? Qu'est-ce qui aurait amené sa victoire ou au contraire provoqué sa défaite ?

 

Un indice (parmi d'autres) à partir duquel une réflexion pourrait être menée.

Le cinquantenaire aurait pu être aussi pour les Africains l'occasion de montrer au monde ce qu'ils ont appris des leçons de l'histoire, ce qu'ils savent faire et ce qu'ils ont fait depuis 50 ans qu'ils sont souverains, bref, montrer que l'Afrique d'aujourd'hui n'est pas celle de la période coloniale, et bien marquer la différence en tout : politique, économique, social... une sorte d'exposition coloniale de Vincennes (1931) à rebours.

 

Qui a conçu et monté les spectacles des manifestations de la commémoration des indépendances à Libreville au Gabon, à Brazzaville au Congo... ?

Combien d'entreprises nationales africaines sont à l'origine de la conception et de l'organisation de la cérémonie de la fête nationale ?  

Combien ont créé, produit et fourni le matériel ainsi que les matériaux utilisés ? Ces matériaux sont-ils produits en Afrique par des Africains ?

Combien de pays parmi ceux qui ont fêté l'anniversaire de leur indépendance (ou qui s'apprêtent à le faire) sont les maîtres d'oeuvre des cérémonies de la célébration ?

Pour le Gabon,  45 tonnes de matériel furent transportées de France et utilisés sur place par des dizaines de techniciens français ; même chose à Brazzaville au Congo. Ce qui rapporta plus de 603 millions d'europs de chiffre d'affaires à la société française impliquée, au frais des pays organisateurs.

En République Démocratique du Congo, les 800 000 pagnes nécessaires au déroulement de la cérémonie furent importés de Chine...

Dans tous ces pays, l'affichage du cinquantenaire et les documents publicitaires sont pour l'essentiel l'oeuvre d'entreprises étrangères, européennes et chinoises. Est-ce parce que l'Afrique manque de talents et de compétences en son sein ou parce que ces talents et ces compétences ne sont ni sollicités ni utilisés ?

L'indépendance a-t-elle permis à l'Afrique de forger ses propres armes ? Est-elle armée pour faire désormais bonne figure face à l'Europe et face au monde ? De quelles armes dispose-t-elle aujourd'hui qui lui ont manqué au 19e siècle : armes matérielles, intellectuelles, culturelles, morales ? Les Africains sont-ils aujourd'hui plus qu'hier maîtres de leur destin ?

Quest-ce que le Progrès pour les Africains en 2010 ? 

 

 

 

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TAPIS ROUGE A LA MAISON BLANCHE

29 Août 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #POLITIQUE

005.gifLA JEUNESSE AFRICAINE A L'HONNEUR A WASHINGTON

***

          Le président Obama a commémoré le 50e anniversaire des indépendances africaines d'une manière originale.

          Au lieu d'inviter les chefs d'Etat africains concernés, il a jeté son dévolu sur la jeunesse africaine et la société civile.

            Pendant que les premiers assistaient en invités d'honneur au défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées, la seconde foulait, le 3 août, le tapis rouge de la Maison Blanche : 115 jeunes, filles et garçons, jeunes journalistes, étudiants, entrepreneurs, militants des droits de l'homme et de l'écologie..., venus de 46 pays africains, "invités d'honneur" du président américain. Que leur a-t-il dit ?

             "Vous représentez une vision différente, une vision dynamique [...] c'est à vous, jeunes, pétris de talents et d'imagination qu'incombera la tâche de construire l'Afrique au cours des 50 prochaines années. Au 21e siècle, ce ne sont pas des géants comme un Nkrumah [1er président du Ghana de 1957 à 1966] et Kenyetta [1er président du Kenya de 1963 à 1978] qui détermineront l'avenir de l'Afrique, ce sont les jeunes..."

              Puis, le président américain a fait allusion au passé et au présent pour mieux définir les chemins de l'avenir, tout en tirant à boulets rouges sur quelques dirigeants africains actuels, qui, après avoir milité au nom de la démocratie pour accéder au pouvoir, se sont dit : "Je suis un si bon dirigeant qu'il est de l'intérêt du peuple que je reste indéfiniment au pouvoir."

             Au cours de l'unique voyage qu'il a effectué en Afrique, depuis son élection, plus précisément au Ghana, dans un discours retentissant, le président Obama avait fait la leçon à ses homologues africains : 

              "L'avenir de l'Afrique appartient aux Africains eux-mêmes. Si tragique que soit l'histoire, il est possible de la surmonter. Respectez les règles de bonne gouvernance, luttez contre la tyrannie, la corruption et les guerres.

              L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions."

               Beaucoup de dirigeants africains n'ont pas apprécié. Ces propos, il les a réitérés aux jeunes réunis autour de lui à la Maison Blanche le 3 août.

               Pour le président Obama, il ne s'agit pas de plaire ou de déplaire, mais de dire et faire ce qui lui semble salutaire pour l'Afrique. Il ne s'agit pas de jouer les uns contre les autres, ni les jeunes contre les anciens, mais de rechercher la voie du salut pour tous. Il a surtout compris que la jeunesse était porteuse d'avenir.

              D'aucuns voient dans son geste un calcul politique : "Aider à constituer entre jeunes leaders américains et africains des réseaux qui conduiront à l'instauration de partenariats durables... et pourquoi pas à "se mettre dans la poche" de futurs leaders de partis ou d'Etats africains."

             Son ministre des Affaires étrangères, Madame Hilary Clinton, précise : "Nous sommes à la recherche de dirigeants qui savent que le fait de donner plus de pouvoir aux citoyens est dans l'intérêt de tous."

                  Peut-on les en blâmer si telle est la motivation ?

           En tout cas, les jeunes Africains, les premiers surpris, ont apprécié cet honneur qui leur est fait. "On a fait des milliers de kilomètres pour rencontrer le président des Etats-Unis, alors que beaucoup parmi nous n'ont encore jamais rencontré, ni même approché leur propre président" affirme l'un des invités.

             Faire prendre conscience aux jeunes Africains qu'ils sont le moteur du développement de leur continent, et les initier aux conditions de la bonne gouvernance, est en soi digne de compliment.

             C'est de toute évidence un geste inédit. Quelle en sera la portée demain, des deux côtés de l'Atlantique ?

 

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FEMMES ET ENFANTS : QUELLE PLACE ?

22 Août 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #AFRIQUE

 

110 F 3841485 NhxpnvvoXvcOIEBV25hX14COGGLt0dFD     LES OUBLIES DE LA FETE110 F 3841485 NhxpnvvoXvcOIEBV25hX14COGGLt0dFD

                LU POUR VOUS

 

 

Les femmes et les enfants en dernier!

 

S'IL EST UNE CHOSE dont beaucoup de nos chefs ont horreur, c'est que l'on trouble leurs retrouvailles au sommet avec nos petites angoisses subalternes de citoyens ordinaires. La Commission de l'Union africaine (UA) a ainsi eu l'idée saugrenue, étrange et déplacée de décréter que le fléau de la mortalité maternelle et infantile sur le continent serait le thème officiel du dernier sommet de Kampala. Pire qu'une erreur de casting : une faute de goût. « Maternité et enfance ? Mais nous ne sommes pas l'Unicef ! » s'est étranglé le colonel Kaddafi. Résultat : le débat sur ce sujet – un vrai pensum – a été expédié en une demi-après-midi par des chefs d'État pour la plupart étourdis et somnolents. Quant aux journalistes, poursuivis par les attachés de presse des ONG tentant désespérément de les sensibiliser à leur cause, ils n'y ont consacré qu'une petite poignée de dépêches destinées aux poubelles des rédactions. C'est qu'un sommet de l'UA, voyez-vous, ne s'occupe que des choses sérieuses...

 Jean Ping, président de la Commission de l'Union, autrement dit le coupable, aurait dû le savoir. La mortalité infantile et maternelle, sans doute le plus grave de tous les dossiers de santé publique du continent, est une chose futile, indigne du syndicat qui nous gouverne.

 Les 265 000 femmes et les 4,5 millions d'enfants morts chaque année faute de soins périnatals ne pèsent rien à côté du débat sur l'utilité d'un néo-NEPAD. Le fait que la moitié des décès de ce type dans le monde surviennent en Afrique, qui ne représente pourtant que 12 % de la population de notre planète, ne doit interpeller personne, si ce n'est ces petits piments d'ONG. Les 25 à 27 dollars annuels que les gouvernements africains dépensent en moyenne pour la santé de chacun de leurs habitants (contre 1250 en Europe) sont largement suffisants pour qu'on ne leur en fasse pas grief. Quant au palmarès des pays du continent qui respectent les Objectifs du millénaire en la matière (consacrer 15 % de leur budget à la santé) et qui se résume à 3... 3 sur 53 (Rwanda, Tanzanie, Liberia), sa simple évocation relève de la malveillance et de la volonté de distraire leurs Excellences du seul dossier qui compte : l'inculpation de l'un des leurs par la Cour pénale internationale.

 Non, décidément, un sommet de l'UA n'est pas une conférence de l'Unicef, comme dirait Kaddafi, lequel doit sans doute penser que la santé maternelle et infantile c'est juste bon à occuper les premières dames. Dans le fond, le colonel n'a pas tort. L'Unicef, elle, est utile...

                        (Source : Jeune Afrique, 1 au 7 août 2010)

 

 Que vive l’UNICEF !

 

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ENFANTS MARTYRS

15 Août 2010 , Rédigé par TIDIAK Publié dans #AFRIQUE

 

 

 

COMMENT LES SAUVER DE L'OBSCURANTISME ?

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   Comment peut-on être à la fois enfant et sorcier ?

 

Et pourtant !

 

Il est un phénomène qui prend de l'ampleur depuis environ deux décennies et qui s'ajoute aux maux qui accablent l'enfance en Afrique : celui des "enfants sorciers".

L'UNICEF tente d'alerter la conscience internationale sur ce sujet qui n'est connu nulle part ailleurs avec autant d'acuité qu'en Afrique subsaharienne. Dans un rapport daté de juin 2010, cet organisme dénonce le sort réservé aux enfants accusés de sorcellerie dans certaines régions d'Afrique.

 

 

La situation préoccupante des « enfants-sorciers »

 

L'Unicef dénonce, dans un rapport, les violences et les maltraitances que subissent les enfants accusés de sorcellerie en Afrique de l'ouest et du centre.

 

En Centrafrique, une petite fille prétendue sorcière a été mortellement brûlée. Dans ce même pays, des médecins traditionnels incisent, avec un couteau non-stérilisé, l'abdomen des enfants accusés de sorcellerie. Ils amputent un morceau d'intestin, symbole du mal qui les possède. Les enfants sont ainsi « nettoyés ».

A Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), 20 000 enfants se retrouvent à la rue, abandonnés par leur famille après avoir été accusés de sorcellerie. Les « enfants-sorciers » sont de plus en plus nombreux, notamment au Bénin, Cameroun, Gabon, Nigéria, Libéria, Centrafrique et RDC.

Une fois incriminés, ils sont stigmatisés à vie. Une mise en cause qui touche surtout les orphelins, les handicapés physiques (ce qui inclut ceux qui ont les yeux rouges, ventre ballonné, grosse tête) ou mentaux. Et même les enfants têtus, agressifs, paresseux ou solitaires, selon le rapport de l'Unicef.

 

« Pasteurs-prophètes »

 

« Les pressions économiques, les conflits, la pauvreté, l'urbanisation, l'affaiblissement des communautés ou encore le sida sont autant de facteurs qui contribuent à cette augmentation récente, explique Joachim Theis, conseiller régional à l'Unicef pour la protection des enfants en Afrique de l'ouest et du centre. Un grand nombre d'accusations vient des familles elles-mêmes. On force les enfants à admettre qu'ils sont sorciers. Et pour cela on utilise la violence. »

Au Nigéria, l'ONG Stepping Stones aide à la réinsertion de ces enfants accusés de sorcellerie. Le centre accueille 200 jeunes. « Certains arrivent chez nous avec des maladies, des blessures, des problèmes psychologiques. Il y a beaucoup de cas de violences corporelles. Récemment, on a eu un enfant à qui on avait jeté de l'eau chaude au visage », rapporte Sam Itauma, de Stepping Stones.

Une chasse aux sorciers juteuse pour certains pasteurs, notamment des églises indépendantes, prophétiques et pentecôtistes, qui ont fait de l'exorcisation et de la délivrance un business. Les « pasteurs-prophètes » administrent alors des « traitements spirituels » de manière violente (isolation et privation de nourriture, notamment).

« Un pasteur m'a brûlé le corps avec des bougies. Dans une autre église on m'a versé dans les yeux de la sève tirée d'un arbre. Cela piquait très fort », témoigne une fillette, vivant à Kinshasa. En Angola, onze églises ont été fermées à cause d'abus de pasteurs.

 

 

Les enfants accusés d’être des sorciers

subissent discriminations et violences.

 

(Ouest-France, 19/07/2010)

 

 

 

Que font les autorités ?

 

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