LE VIVRE ENSEMBLE, UN ACTE DE CIVILISATION

LE VIVRE ENSEMBLE, UN ACTE DE CIVILISATION


Les conditions du vivre ensemble heureux

Respect et reconnaissance de l’autre.

Respect des règles communes.

Respect de soi.
Ce n’est pas vivre côte à côte, ni en troupeau dans le même enclos. C’est vivre l’un avec l’autre, l’un pour tous et tous pour l’un.
Le respect est la première condition qui garantit un vivre ensemble heureux.
Le vivre ensemble s’apprend. Le vivre ensemble exige un effort constant de dépassement de soi, l’entrée en rapport avec l’autre, non par le numérique, mais par le contact physique ou spirituel, par le regard, l’attention, l’effort constant de présence à l’autre.
Mais il manquerait toujours un élément essentiel au vivre ensemble, s’il ne s’accompagnait du penser ensemble, d’agir ensemble, pour construire ensemble le présent et le futur par tous, pour tous.

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Aviateur, écrivain français, mort pour la France.

Pour Saint-Exupéry, « La civilisation, c’est le respect de l’autre »
Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matériels. Mais nous ne sommes pas un bétail à l'engrais. La prospérité et le confort ne sauraient suffire à nous combler. Pour nous qui fûmes élevés dans le culte du respect de l'homme, pèsent lourd les simples rencontres qui se changent parfois en fêtes merveilleuses...
Respect de l'homme ! Respect de l'homme !... Là est la pierre de touche ! Quand le Naziste [nazi] respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-même. Il refuse les contradictions créatrices, ruine tout espoir d'ascension, et fonde pour mille ans, en place d'un homme, le robot d'une termitière. L'ordre pour l'ordre châtre l'homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-même. La vie crée l'ordre, mais l'ordre ne crée pas la vie.

Il nous semble, à nous, bien au contraire, que notre ascension n'est pas achevée, que la vérité de demain se nourrit de l'erreur d'hier, et que les contradictions à surmonter sont le terreau même de notre croissance. Nous reconnaissons comme nôtres ceux-mêmes qui diffèrent de nous. Mais quelle étrange parenté ! elle se fonde sur l'avenir, non sur le passé. Sur le but non sur l'origine. Nous sommes l'un pour l'autre des pèlerins qui, le long des chemins divers, peinons vers le même rendez-vous.

Mais voici qu'aujourd'hui le respect de l'homme, condition de notre ascension, est en péril. Les craquements du monde moderne nous ont engagés dans les ténèbres. Les problèmes sont incohérents, les solutions contradictoires. La vérité d'hier est morte, celle de demain est encore à bâtir. Aucune synthèse valable n'est entrevue, et chacun d'entre nous ne détient qu'une parcelle de vérité. Faute d'évidence qui les impose, les religions politiques font appel à la violence. Et voici qu'à nous diviser sur les méthodes, nous risquons de ne plus reconnaître que nous nous hâtons vers le même but.

Le voyageur qui franchit sa montagne dans la direction d'une étoile, s'il se laisse trop absorber par ses problèmes d'escalade, risque d'oublier quelle étoile le guide. S'il n'agit plus que pour agir, il n'ira nulle part. La chaisière de cathédrale, à se préoccuper trop âprement de la location de ses chaises, risque d'oublier qu'elle sert un dieu. Ainsi, à m'enfermer dans quelque passion partisane, je risque d'oublier qu'une politique n'a de sens qu'à condition d'être au service d'une évidence spirituelle. Nous avons goûté, aux heures de miracle, une certaine qualité des relations humaines : là est pour nous la vérité.

Quelle que soit l'urgence de l'action, il nous est interdit d'oublier, faute de quoi cette action demeurera stérile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de l'homme. Pourquoi nous haïrions-nous à l'intérieur d'un même camp ? Aucun d'entre nous ne détient le monopole de la pureté d'intention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route qu'un autre a choisie. Je puis critiquer les démarches de sa raison. Les démarches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de l'Esprit, s'il peine vers la même étoile.

Respect de l'Homme ! Respect de l'Homme !... Si le respect de l'homme est fondé dans le cœur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le système social, politique ou économique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d'abord dans la substance [ce qui est permanent, essentiel]. Elle est d'abord, dans l'homme, désir aveugle d'une certaine chaleur. L'homme ensuite, d'erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.
Antoine de Saint-Exupéry «Lettre à un otage» © Ed. Gallimard

[L’auteur écrit à un ami juif arrêté en zone occupée et interné pendant la Deuxième Guerre mondiale, en 1941.]

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (5)

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (5)

Pourquoi une marche aussi longue et aussi difficile ?


La longue histoire de l’ostracisme anti-féminin en France.
Comment les femmes ont-elles pu passer inaperçues au siècle des Lumières ?
Paradoxalement, le siècle des Lumières n’a pu éclairer la condition féminine en France.
De même les philosophes du 18e siècle, qui ont eu comme ambition d’éclairer les individus et le monde, ni les théories et l’ardeur réformatrice des Révolutionnaires de 1789, proclamant les droits, les libertés, la justice pour tous, n’ont guère plaidé en faveur des femmes, de leur instruction et de leur citoyenneté.


Ostracisme culturel : les femmes exclues de l’école, de l’instruction
Les prédécesseurs des Révolutionnaires de 1789 : les philosophes du 18e siècle, inspirateurs idéologiques directs mais aussi les autorités politiques, religieuses ou intellectuelles, n’ont guère plaidé pour la scolarisation des filles. Pire, la plupart ont manifesté une farouche hostilité à cette scolarisation ; la seule éducation reconnue aux filles étant alors l’éducation « hors école », c’est-à-dire, la formation de la future épouse et mère à la bonne tenue du foyer et au service du mari.
Les philosophes des Lumières n’ont pas non plus brillé en ce domaine. Cependant, au 16e siècle, d’éminents esprits avaient pris position en faveur de la scolarisation des filles aux côtés des garçons.
Parmi tous ceux qui, du 16e au 17e siècle, ont agi (par l’écrit ou le prêche) pour propager l’éducation scolaire des filles, deux personnalités se détachent nettement par l’effort de persuasion et la diffusion de leurs idées et leurs initiatives.
En tout premier arrive Jean-Louis Vivès.

Jean-Louis Vivès, né à Valence (royaume de Valence) en1492, mort en Belgique en 1540, à 48 ans. Juif converti au catholicisme, il fut à la fois théologien, philosophe et pédagogue.

Jean-Louis Vivès, qui écrivait en latin, exerça une forte influence sur le milieu humaniste au 16e siècle, notamment par son livre De l’institution de la femme chrétienne (1523), traduit en langue vulgaire. Largement diffusé dans tout l’Occident, et qui eut un immense retentissement. Les enseignements de Vivès eurent également une influence sur Luther en Allemagne, qui, à la même époque exhortait les magistrats des villes allemandes à ouvrir partout des écoles pour les filles, le monde –écrit-il en 1524– a besoin d’hommes et de femmes capables… [Voir Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France de Gutenberg aux Lumières (1480-1789) (F. Lebrun, M. Venard, J. Queniart)]
Érasme, également acquis aux idées de Vivès, prêcha avec succès l’éducation scolaire des filles, en soulignant ses bienfaits, non seulement pour la femme, mais aussi pour les hommes, le pays et le monde entier.
On cherchera en vain des personnalités aussi ouvertes et décisives par la profondeur de leur pensée et la foi en la pertinence de l’éducation scolaire des femmes, parmi les philosophes du 18e siècle en France.
À l’inverse, les pourfendeurs de l’éducation des filles sont nombreux.

Voltaire (François Marie Arouet, dit) (1694-1778) est considéré comme l’incarnation de la philosophie des Lumières du 18e siècle (appelé aussi le siècle de Voltaire). Philosophe, conteur, essayiste, poète, historien…

Parmi eux, Voltaire, qui afficha une hostilité remarquée à l’éducation des filles, et d’une manière générale, à celle du peuple : Il n’est pas sain que le peuple reçoive l’éducation, affirmait-il.
Et pour La Chalotais, procureur général au parlement de Bretagne : Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus que ses occupations (Essai d’éducation nationale).
En cela, ces personnalités, opposées à l’éducation des filles et du peuple, s’opposaient à Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), ecclésiastique français.
Le philosophe Jean-Jacques Rousseau se montre lui aussi défavorable à l’instruction des filles et, d’une manière générale, à celle des enfants du peuple, mais pour des raisons opposées à celles de Voltaire. Pour lui, en effet, l’homme naît bon et pur, c’est la civilisation qui le corrompt et le rend méchant (l’instruction, c’est la civilisation ».
N’instruisez pas l’enfant des villageois, car il ne lui convient pas d’être instruit…
Ces prises de position des philosophes des Lumières contre l’instruction des femmes, ont-elles imprégné, voire déterminé, l’attitude des révolutionnaires de 1789, et celle de la République, à leur égard ?


L’intelligence et l’esprit critique sur l’échafaud !
À partir de la promulgation de la Constitution de 1791, les femmes réagissent fortement au fait d’être écartées du droit de vote.
De fait, les femmes instruites, cultivées et critiques, ne furent pas bien vues par leurs homologues masculins. Cette fracture vient pour l’essentiel, de la volonté des hommes d’écarter les femmes des responsabilités politiques et de leur dénier les droits auxquels elles aspiraient, principalement le droit de vote.
La rupture devient antagonisme à partir de 1791, date de la promulgation de la 1ère Constitution, qui exclut les femmes du droit de vote. (Voir l’exception Condorcet : Article n°1)

Olympe de Gouges (1748-1793). Elle incarne la résistance face aux hommes pour l’égalité hommes-femmes. Inspiratrice incontestée des revendications des femmes pour leurs droits. Elle revendique le droit au divorce et dénonce la peine de mort, et naturellement, le droit des femmes à la politique, à égalité ave les hommes. La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle a droit aussi à prendre la parole à la tribune.

Elle fut de toutes les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes, les mêmes droits et les mêmes devoirs en toutes choses. Elle le paya de sa tête sur l’échafaud.
Personnalité d’une grande profondeur de pensée, elle fut jusqu’à sa mort en 1793, l’inspiratrice et la coordonnatrice du mouvement de résistance à la volonté des hommes de refuser leurs droits aux femmes et de les reléguer aux soins du foyer.
Elle fut notamment l’inspiratrice de la fameuse Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne de 1791, parodie de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
Comme elle, d’autres femmes de qualité menèrent à ses côtés le même combat pour l’égalité hommes-femmes, sans succès. On compte dans leur rang : Madame Rolland, Théroigne de Méricourt, Thérèse Cabarrus…
Si les femmes furent vaincues, n’obtenant ni le droit de vote, ni l’égalité hommes-femmes, elles n’abdiquèrent jamais leur volonté et leur détermination incarnées dans leur longue marche.
Et le combat continua, après les philosophes des Lumières qui leur refusèrent les lumières, et les révolutionnaires de 1789 qui leur refusèrent le droit à la citoyenneté.
Pouvaient-elles espérer mieux des républicains de la IIIe République, de 1879 à 1944 ?


L’ostracisme politique
De même que Louis XVI, perplexe et désorienté par la vague révolutionnaire qui embrasait Paris en 1789, s’exclamait : Mais, pourquoi les droits de l’homme ? de même les hommes de la IIIe République s’interrogèrent longtemps : Pourquoi le droit de vote aux femmes ?
Cette hostilité des hommes s’incarne dans un florilège des plus fournis, venant en particulier de parlementaires (députés et sénateurs) tout au long de la IIIe République.
Quelques spécimens éclairants :

Le philosophe Alfred Fouillé, juge incongrue la prétention des femmes au droit de vote : N’ajoutons pas le suffrage de l’incompétence à celui des incompétents. Ou les mains des femmes ne sont pas faites pour voter.

Pour l’écrivain Romain Rolland, la moyenne des hommes et des femmes sont incapables de juger des choses politiques. Elles dépassent infiniment leur capacité d’attention et de compréhension.

Le sénateur Armand Calmel déclare en 1932 : Nous sommes disposés à accorder aux femmes tout ce que leur sexe a le droit de demander, mais en dehors de la politique. Accorder le droit de vote aux femmes, c’est l’aventure. (Déclaration au Sénat, séance du 5 juillet 1932).

Quant au sénateur Émile Morlot, Maître des Requêtes au Conseil d’État, et député radical de 1896 à 1907, il exprime son opposition résolue au droit de vote de la femme en ces termes : Dès l’instant où on lui accorderait ce droit, elle oublierait fatalement ses devoirs d’épouse ; elle abandonnerait le foyer pour courir la tribune.
[…]
Ces arguments sont en tout point identiques à ceux utilisés jadis par les hommes de l’Antiquité gréco-romaine pour river la femme au foyer et aux tâches domestiques, en la privant du droit de vote. Encore que sous le règne de l’empereur romain Marc-Aurèle (1er siècle de notre ère) la condition féminine connut une amélioration certaine, grâce aux initiatives prises par cet empereur.


Pourquoi tant de résistance aux droits des femmes ?
Les hommes ont-ils peur des femmes ?
-peur de descendre de leur piédestal, ou quelques privilèges indus ?
-peur de la force de l’intuition, de l’intelligence et de l’humanité des femmes ?
L’hostilité des hommes au vote féminin fut manifeste pendant toute la durée de la IIIe République. C’est finalement la loi du 2 novembre 1945 qui accorda le droit de vote aux femmes ; et la loi du 27 octobre 1946 proclama l’égalité des hommes et des femmes dans tous les domaines.
Avec la loi de 1945, une étape essentielle est franchie : les femmes sont désormais reconnues comme citoyennes à part entière mais quelques bastilles fortement enkystées dans le cerveau de quelques hommes restent à prendre.


Autre paradoxe de la condition féminine en France
Les lois les plus emblématiques de la condition des femmes, promulguées à ce jour, ont été votées par des majorités d’hommes, dans une proportion écrasante des députés.

1945 : droit de vote aux femmes. Les députées femmes : 5, 6%

1967 : loi Neuwirth (contraception) : les femmes représentent 2,26% des députés à l’Assemblée.

1975 : loi Simone Veil (avortement) : les femmes représentent 1,64%.

2000, la loi de parité hommes/femmes : les députées femmes constituent 12,31 %.
Comment ces lois, essentielles dans la promotion de la condition féminine, ont-elles pu être votées dans des assemblées, où les femmes ne représentaient qu’une minorité insignifiante ?
En définitive la « longue marche des femmes » fut aussi portée par la marche implacable de l’Histoire. Certes. Mais, les femmes n’ont pas attendu les bras croisés. Le chemin a été long, et le fardeau du passé, lourd de préjugés et d’hostilité. Et, l’action des féministes a joué un rôle déterminant.
La longue marche des femmes ne fut pas vaine ; même si des « Bastilles », toujours enkystées dans le cerveau de quelques hommes, restent encore à prendre.

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (4)

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (4)

Pourquoi une marche aussi longue et aussi difficile ?

Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791)
Article 1er « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. »


Les femmes n’ont-elles pas fait autant que les hommes pour la Nation ?
Faut-il rappeler 1914 ?

L'appel aux femmes françaises de René Viviani (1914)
(Affiche placardée partout, dans les rues, dans toutes les villes et communes, y compris dans les plus petites bourgades)

Tout se passe comme si, après l’effort colossal consenti par les femmes au service de la patrie en danger, les hommes leur tenaient ce langage :
« Bon ! Très bien braves femmes ; vous avez bien travaillé. Vous avez donné le meilleur de vous-mêmes…
À présent que la guerre est finie et que la patrie est sauvée, rentrez chez vous, dans vos foyers. Et, comme avant 1914, n’en bougez plus. Occupez-vous aux soins de votre ménage, de vos enfants et de vos maris.
On ne veut plus vous voir dehors ! »


É-MAN-CI-PA-TION !
« Nous voulons nos droits.
Nous voulons travailler comme pendant la période de 1914-1918 : au foyer, mais aussi à l’extérieur dans les usines, les bureaux.
Nous voulons participer, de plein droit, à égalité avec les hommes, à la vie économique, politique et sociale de la nation
Et, avant tout, avoir le droit de vote. »

Les suffragettes à Paris en 1930

La fin d’une époque
La révolution intérieure des femmes
Le droit de vote, la citoyenneté…
La guerre, émancipatrice ?
Les femmes à l’assaut du passé, de la tradition et des structures sociales ancestrales. La Première Guerre mondiale constitue à cet égard, une auxiliaire, complice de la « longue marche des femmes », debout et en marche depuis 1789, pour leurs droits, pour l’égalité hommes-femmes.

« La femme qui touche l'allocation pour elle et ses enfants, dont le mari est sur le front, celle-là ne désire qu'une chose : que la guerre dure encore. Elle travaille ; avec son gain et son travail, elle est heureuse et libre comme elle ne l'a jamais été. Avant la guerre, son mari ne lui apportait pas son salaire ; il lui donnait parfois des coups. Aujourd'hui elle se pare de toilettes qu'elle n'aurait jamais osé porter avant ta guerre ; elle se donne des distractions, des plaisirs et se console facilement de l'absence du mari. Cette catégorie forme pléthore. » [Rapport du commissaire de police d’Avignon au préfet du Vaucluse, 25 septembre 1917. (Archives départementales du Vaucluse, 1M856)]


Révolution aussi dans les foyers ?
La remise en cause de l'ordinaire
« La femme et le héros
Ceux dont la femme a eu la charge de tout pendant quatre ans ont plus de mal à reprendre le train d'avant. Il leur faut de nouveau s'imposer à leur place. Et la femme a pris de telles habitudes, a tellement peiné nuit et jour qu'elle abandonne difficilement ses prérogatives. Quelques héros couverts de médailles n'arriveront jamais plus à commander. » (P. Jakez HÊLIAS. Le Cheval d'orgueil, Plon).
Et si, paradoxalement, le retard de la France en matière de promotion de la condition féminine provenait, pour une large part, de l’action des philosophes du 18e siècle et de celle des Révolutionnaires de 1789 ? (Voir prochain article).
Ne dit-on pas au contraire que « le moyen âge a libéré la femme ? »
Les femmes « se sont fait une place dans un monde hostile, parfois à la pointe de l’épée comme Jeanne d’Arc ? et bien d’autres chevaleresques », mais aussi grâce à une force de volonté peu commune.

Au four et au moulin
Dans le droit médiéval, les biens des épouses sont, théoriquement, administrés par leurs maris. Mais dans toutes les couches de la société, les femmes peuvent assumer les tâches masculines de commandement.
[Miniature (Bruges, v. 1475) tirée du « Livre des prouffitz champestres et ruraulx », rédigé par Pier de Crescenzi en 1305.]

Au Moyen Âge, des femmes se sont aussi illustrées dans de nombreux domaines – contrairement à ce qui est souvent écrit ou dit – dans un monde masculin, généralement ignorant ou hostile. On vit des femmes médecins, conseillères de princes, régentes, chefs d’entreprises, gestionnaires…
Certaines exercèrent des fonctions hautement qualifiées dans le gouvernement d’État, comme Aliénor d’Aquitaine (1137-1204).
D’autres enfin se couvrirent de gloire littéraire, telle Christine de Pisan (1364-1431), philosophe et poétesse française, de naissance italienne ; ou Marie de France.
Le siècle des Lumières ferait-il pâle figure en matière de promotion de la condition féminine, comparé au Moyen Âge ?


2017 : État des lieux
Sont-elles aujourd’hui plus visibles dans la sphère publique ?
Les hommes leur font-ils plus de place en politique, dans le cercle des dirigeants économiques, administratifs… ?
Les femmes en capacité d’assurer des fonctions et charges dévolues aux hommes n’existent-elles pas, ou feint-on de ne pas les voir ?


Où en est-on en 2017 ?
S’agissant de la sphère législative, le constat est le même : les femmes sont toujours ultra minoritaires dans les assemblées législatives (Assemblée Nationale et Sénat) depuis 1945 ; ce qui constitue un particularisme de la politique en France, par rapport à d’autres pays d’Europe et d’ailleurs.
En fait de visibilité des femmes en général, en France, le baromètre qui vient d’être publié par Forbes France est particulièrement éloquent.
« Baromètre Forbes-Pressed : 16,9% de femmes dans le classement des 1 000 personnalités dont la presse a le plus parlé en 2017. 83,1% des personnes les plus médiatisées en 2017 sont donc des hommes. En cette fin d’année, Forbes France, en partenariat exclusif avec Pressed, la plate-forme n°1 de la presse française, propose un baromètre de la visibilité des femmes dans les médias. Sur quatre grandes thématiques, politique, culture, sport, et business, les femmes sont donc beaucoup moins citées que les hommes. En 2013, sur les 1000 personnalités dont la presse avait le plus parlé, 19,2% étaient des femmes.
16,9% de femmes parmi les 1 000 personnalités dont la presse a le plus parlé en 2017.
16,9%, ce qui fait donc 83,1% d’hommes. Et si les femmes sont bien moins présentes, elles ont encore moins la parole que les hommes : sur l’année 2017 dans la presse, elles totalisent 916 607 citations, quand les hommes ont pu s’épancher sur 5 322 450 citations.
16,9%. Un pourcentage en très légère augmentation par rapport à l’année dernière, 16,8%, après plusieurs années de baisse constante. Pour la 5ème année consécutive – et cette année en partenariat exclusif avec Forbes France - la plate-forme Pressed, qui archive en continue presse, télévision, radio et web, présente un état des lieux de la visibilité des femmes parmi les 1 000 personnalités les plus médiatisées en 2017, du 1er janvier au 12 décembre. »
Les moins visibles semblent être les femmes les plus douées en différents domaines, et dont les qualités et compétences sont les plus élevées.

Marie Marvingt (1875-1963)
Excellente sportive, aviatrice émérite, infirmière, maîtrisant 7 langues, dont l’espéranto, c’est la femme la plus titrée et la plus décorée de France, de la Légion d’honneur à la croix de guerre.

La biographie de Marie Marvingt est sommairement esquissée par le quotidien Ouest-France qui la qualifie de « fiancée du danger ». Qu’on en juge :
MARIE MARVINGT, « la fiancée du danger » oubliée
Aviation, cyclisme, natation, alpinisme… Marie Marvingt a accumulé les records au début du XXe siècle et les distinctions durant la Première Guerre mondiale. En 1908, elle courut même le Tour de France avec les hommes. Une biographie sortira bientôt aux États-Unis sur la femme « la plus décorée de France ».
« Je n'arrive pas à comprendre comment cette femme française a pu être à ce point oubliée », s'interroge l'écrivaine américaine Rosalie Maggio, dont la biographie sur Marie Marvingt sera publiée cette année aux États-Unis. Née en 1875 à Aurillac (Cantal), d'une famille originaire de Livarot (Calvados), morte en 1963 près de Nancy, elle « est la femme la plus décorée de France », assure Marcel Cordier, président du comité Marie-Marvingt. Trente-quatre distinctions à son actif dont la Croix de guerre 14-18, la médaille de la Reconnaissance française, les palmes académiques, la médaille d'or de l'Académie des sports...
En 1935, au moment de la recommander pour les insignes de chevalier de la Légion d'honneur, le ministère de l'Air rappelait qu'en août 1914, cette infirmière de formation surnommée la « fiancée du danger » et qui possédait son brevet de pilote d'avion, avait participé à deux bombardements de l'aérodrome allemand de Frescaty, près de Metz.
Les Unes et articles de journaux relatant ses exploits sportifs d'avant-guerre sont légion. Dans les années 1920, alors qu'elle était reçue par le maréchal Foch, l'aide de camp de ce dernier entra pour lui rappeler que l'heure pressait : il devait déjeuner avec une tête couronnée. Et Foch de répondre : « La reine de l'air ne peut-elle faire attendre un instant un souverain de la Terre ? » Sa notoriété avait alors traversé l'Atlantique. Au moment de sa mort, le Chicago Tribune écrivit qu'elle aura été « la femme la plus extraordinaire depuis Jeanne d'Arc ».
Après être montée aussi haut, comment cette notoriété a-t-elle pu connaître un tel trou d'air par la suite ? « Marie Marvingt a vécu jusqu'à 88 ans. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, à la fin de sa vie, certains en étaient venus à se méfier de tout ce qu'elle racontait. Tous ses exploits, c'était trop », avance comme première explication Rosalie Maggio.
Cyclisme, ski, natation, aviation, montgolfière, alpinisme... la sportswoman, comme la qualifiaient certains journalistes, était une touche-à-tout, initiée dès son plus jeune âge.
Une compétitrice au milieu des hommes
« À bicyclette, j'ai, comme tout le monde, quelques petites randonnées à mon actif », déclare-t-elle à un journaliste de Lecture pour tous, qui publie son portrait en 1913. Pour mémoire, le Tour de France 1908, remporté par Lucien Mazan dit Petit-Breton, fut long de 4 488 km (en quatorze étapes). Et sur les 162 hommes qui prirent le départ, trente-six seulement franchirent la ligne d'arrivée. Quant à Marie Marvingt, ayant participé hors course, « aucun document officiel ne certifie qu'elle a fait le Tour », déplore Rosalie Maggio, même si des livres l'attestent.
Elle fut encore la première femme à atteindre le sommet de la Dent du Géant (4 013 m), dans le massif du Mont-Blanc, en 1903 ; à traverser la mer du Nord en ballon entre Nancy et Southwold, en 1909 ; à établir le vol en avion le plus long, en novembre 1910 (53 minutes). Et ce, à une époque où une forte proportion de pilotes se tuaient à bord de leurs frêles oiseaux.
« L'autre explication à cet oubli est qu'il s'agit d'une femme et que les records féminins n'étaient pas autant considérés », avance Rosalie Maggio. Dans son étude sur Les Bourgeoises et la bicyclette à la Belle Époque, le chercheur Christopher Thompson rappelle que « la participation des femmes aux compétitions sportives » représentait « une menace pour les rapports sociaux » entre hommes et femmes.
Que pouvaient bien penser certains messieurs de Marie Marvingt, sportive endurcie, célibataire et sans enfant ? De cette femme qui pratiquait des sports non pas comme des loisirs, à la manière « des femmes de la moyenne et petite bourgeoisie », mas « à la recherche de l'exploit, de la performance », l’universitaire nancéenne Françoise Baron-Boilley ? « Melle Marvingt pratique sans doute également la peinture et connaît la philosophie, mais nous serions fort étonnés qu'elle sache faire cuire une omelette », écrivait à son sujet, en 1906, le journal Gil Blas.
Nombre d'articles sur elle, rédigés par des hommes, furent toutefois plus élogieux. Actuellement, le comité Marie-Marvingt s'évertue à réhabiliter sa mémoire. Une quarantaine de lieux en France portent son nom. La ville de Nantes, il y a quelques années, donna ainsi le nom de cette pionnière à l’une de ses rues. La « fiancée du danger » a retrouvé des prétendants. (Pierre Baudais, Ouest-France, 05/01/2018).

La championne sportive hors pair, oubliée ou cachée ?
En réalité, enfouie sciemment au fond des mémoires françaises par l’ostracisme des hommes, qui se verraient rabaissés ou humiliés en accordant crédit aux facultés éminentes d’une jeune femme ?
En 2017 comme en 1789 ou en 1914, la longue marche des femmes continue, car bien des bastilles qui encombrent le cerveau des hommes, restent encore à prendre.
Comment expliquer qu’en France, après tant d’années, de siècles de lutte des femmes pour l’égalité, on en soit encore là ?
La phrase fameuse de l’abbé Sieyès, définissant la place du Tiers État dans la société française à la veille de la Révolution de 1789, peut s’appliquer à bien des égards, à celle des femmes en de début de 21e siècle.
-Qu’est-ce que la femme dans la société française ?
-Tout.
-Qu’a-t-elle été jusqu’à présent dans la vie politique de notre nation ?
-Rien, ou peu de chose.
-Que demande-t-elle ?
-À devenir quelque chose.

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LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (3)

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (3)

Pourquoi une marche aussi longue et aussi difficile ?


Les paradoxes de la condition féminine en France

Paradoxe 1
La France, c’est la France : le pays des « Droits de l’Homme ».
Son credo : Promotion et progrès des droits humains et universalisme : « tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits ».
Or, depuis 1789, les Françaises n’ont cessé de réclamer, non pas des droits octroyés, mais leurs droits. Le code Napoléon de 1802 (depuis revu) constitue à cet égard un symbole de l’exclusion des femmes de ce droit à l’égalité.
Et pourtant. Quel autre pays, dans l’histoire, a autant brandi l’étendard de l’universalisme, comme un de ses identifiants les plus emblématiques ? Comment, dès lors, expliquer qu’en son sein persiste, depuis si longtemps, cette fracture béante entre hommes et femmes, s’agissant des droits, en maints domaines, dans la sphère publique, comme dans la sphère privée.
Comment justifier la place réservée aux femmes, cette partie la plus vive de la nation ?
Ôter les femmes de la société française, que reste-t-il ?
Ôter les femmes de la vie des Français, que leur reste-t-il ?
Quelle économie française, sans les mains et le cerveau des Françaises ?
Bref, quelle Nation française sans ses femmes ?

Paradoxe 2
Dans tous les épisodes de l’histoire du pays où la paix, la liberté, le droit à la vie ont été menacés, les femmes ont répondu présentes, aux côtés des hommes, parfois en les devançant.

L’épopée des femmes en 1789 pour la liberté, l’égalité, la justice, le droit au bonheur, est désormais connue (voir article précédent).
Et le rôle des femmes dans la Première Guerre mondiale (1914-1918) ?


Au Front et à l’Arrière ?

Au Front : les femmes au service de la France

Infirmières françaises au Front, 1914-1918

À l’Arrière

Femmes dans une usine de munitions
Dès le déclenchement de la guerre en 1914, l’État lance un vibrant appel aux femmes de France, les exhortant à sortir des foyers, à investir les usines, les bureaux, les champs… les hommes étant au Front.
L’Appel du Président du Conseil, René Viviani, est symbolique à cet égard.

L'appel aux femmes françaises de René Viviani (1914)
«Aux Femmes françaises,
La guerre a été déchaînée par l'Allemagne, malgré les efforts de la France, de la Russie, de l'Angleterre pour maintenir la paix. A l'appel de la Patrie, vos pères, vos fils, vos maris se sont levés et demain ils auront relevé le défi.
Le départ pour l'armée de tous ceux qui peuvent porter les armes, laisse les travaux des champs interrompus : la moisson est inachevée, le temps des vendanges est proche. Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation tout entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage, dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la patrie un plus grand service.
Ce n'est pas pour vous, c'est pour elle que je m'adresse à votre cœur.
Il faut sauvegarder votre subsistance, l'approvisionnement des populations urbaines et surtout l'approvisionnement de ceux qui défendent la frontière, avec l'indépendance du pays, la civilisation et le droit.
Debout, donc, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie ! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés !
Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! à l'action ! à l'œuvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde.
Vive la République Vive la France »

L'appel aux femmes françaises de René Viviani (1914)
(Affiche placardée partout, dans les rues, dans toutes les villes et communes, y compris dans les plus petites bourgades)

Les femmes se levèrent partout dans le pays et firent plus que ce qu’attendait d’elles le gouvernement : elles se mirent, sans rechigner, au service de la France. (Cet engagement massif cependant, ne leur permet toujours pas d’obtenir le droit de vote qu’elles réclament depuis 1791.)

Femme dans la Résistance française
(Simone Segouin, une résistante, près de Chartres, en août 1944)


1939-1945 : Au service de la France et des Français : le sacrifice de soi
La Résistance, à partir de la défaite de l’armée française en 1940, fut une autre occasion pour des Françaises, de s’illustrer par leur présence et leur apport au salut du pays. Certes moins nombreuses que les hommes, mais non moins vaillantes.
« Dans son histoire passée ou récente, la France ne manque pas de modèles féminins en tous points exemplaires dans l’action publique. Les femmes ont joué un rôle sans doute aussi important que celui des hommes dans les deux guerres mondiales. Elles ont soigné, consolé, pansé les blessures visibles et invisibles, combattu, résisté. De Lucie Aubrac à Marie-Claude Vaillant-Couturier, ou Germaine Tillon… la liste est bien fournie. S’agissant précisément des femmes dans la Résistance, le colonel Rol-Tanguy, grand résistant, déclarait en 1945 : "sans elles la moitié de notre travail aurait été impossible ". L’occupant le savait bien. Les femmes arrêtées furent traitées en conséquence : exécutions, déportations furent le sort réservé à la plupart d’entre elles comme aux hommes. À l’instar de Clara Haber, beaucoup de femmes, françaises et allemandes dont les manuels scolaires ignorent le nom, demeurent des oubliées des deux guerres mondiales. » [Clara Haber, épouse du chimiste allemand Fritz Haber, l’inventeur du fameux gaz de combat Zyklon B, utilisé pendant la 2e Guerre mondiale. Elle tenta par tous les moyens à sa disposition de dissuader son mari de mettre au pont cette arme de mort.] (Voir Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ?, L’Harmattan).

Qui oserait contester aujourd’hui, à ces deux célèbres Résistantes, Germaine Tillon et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, la place qu’elles occupent au Panthéon, aux côtés de Jean Moulin ?


Paradoxe 3
Comment, au pays des philosophes des Lumières, théoriciens intransigeants de la liberté individuelle, du droit de tous au bonheur, de l’abolition de toute forme de privilèges, pourfendeurs éloquents de l’inégalité et de l’arbitraire enfin, les hommes d’hier et d'aujourd’hui, leurs héritiers, peuvent-ils rester sourds et aveugles durant si longtemps, aux inégalités imposées aux femmes par rapport aux hommes ?

Paradoxe 4

Marianne, incarnation de la République, de sa devise : Liberté-Égalité-Fraternité, et de ses principes.

Marianne (la femme française) fut définitivement imposée par la IIIe République qui enjoint son affichage partout : dans les mairies, au fronton des édifices publics, sur les pièces de monnaie, les timbres…
Pourquoi a-t-on choisi l’effigie d’une femme pour incarner la République et ses valeurs ?
Pourquoi une femme et non un homme (ou une plante...), vu que les hommes s’évertuent depuis toujours à reléguer les femmes aux marges de la République ?
Comment, par ailleurs, justifier, en France, en ce 21e siècle, l’organisation de colloques, de séminaires sur le thème « la condition féminine en France », comme le séminaire du 18 novembre 1999, intitulé « les femmes dans la société française contemporaine » :la journée d'étude CNEF/ Conseil de L'Europe
A-t-on jamais organisé un séminaire sur le thème « la condition masculine dans la société contemporaine en France » ?
Pourquoi la marche des femmes françaises pour l’égalité hommes-femmes est-elle aussi longue et aussi difficile ?

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (2) 1789 : LE RÊVE BRISÉ

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (2)
1789 : LE RÊVE BRISÉ

Au commencement étaient la séparation et l’inégalité
La longue marche continue

Pour les femmes, sans doute encore plus que pour les hommes, la révolution de 1789 fut un rêve immense. Le rêve d’une transformation radicale de leurs conditions d’existence, l’événement qui devait briser à jamais les chaînes qui les maintenaient rivées à la servitude intérieure et à la loi toute puissante de l’homme : le père, le mari, ou, à défaut, à l’homme à la tête de la famille.
Comment leur participation pouvait-elle manquer à cette manifestation qui devait changer le pays, ses mœurs, ses traditions et décider de leur avenir ? Le rêve des femmes rejoignait celui des paysans, soumis à l’arbitraire du seigneur, aux corvées, à l’impôt injuste… Ils voyaient la Révolution comme l’occasion unique de se libérer de cette vie de misère.
Alors, rien d’étonnant à ce que les femmes et les paysans soient de toutes les luttes aux côtés des révolutionnaires dès 1789, voire avant.

1789 : action et détermination

Les femmes au devant du mouvement révolutionnaire
« Elles immobilisent les voitures au milieu des rues, entourent et gardent les magistrats [royaux] qui sont regroupés toute une nuit. En 1789, elles sont les premières à se rendre à Versailles, symbole du siège de la monarchie absolue [en octobre 1789] pour ramener de force le roi Louis XVI et sa femme Marie-Antoinette à Paris. »

5-6 octobre 1789 : la marche des femmes sur Versailles

Un acte éminemment politique
Contrairement à ce qui est souvent dit ou écrit, la marche des femmes sur Versailles n’est pas motivée par le seul besoin de pain. Il s’agit d’un acte politique conscient. Les femmes souhaitent faire prendre conscience au roi [qui devient alors un Français parmi d’autres] de la situation réelle du pays et de la population. Comment peut-il le faire s’il reste enfermé à Versailles, au milieu de courtisans qui lui cachent cette réalité, le flattent ou le conseillent mal ?
Les femmes entrent ainsi de plain pied dans l’arène politique et ne la quittent plus. Avant, comme après Versailles, elles sont de toutes les manifestations, de leur initiative ou en association avec des manifestants, initiées par les hommes, car c’est pour elles, la révolution de tout le peuple français, sans distinction de conditions ni de sexe.
Mais, les hommes ne l’entendent pas de cette oreille. Pour eux, la révolution est un acte politique. Or, les femmes n’ont rien à faire en politique, en dehors de leur foyer où elles doivent demeurer. La seule participation attendue d’elles, c’est de tenir leur foyer, faire des enfants qu’elles élèveront dans les principes de la Révolution.

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789
Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.
Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.
Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
Art. 5. La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.
Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.
Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Art. 12. La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Art. 13. Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.
Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.
Art. 16. Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.
Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.


Les premières fractures
Stupeur ! Ce texte fondamental, de régénération du pays, ne mentionne les femmes dans aucun de ses 17 articles ! Elles en sont profondément surprises et meurtries. Ne font- elles pas partie de la nation ? Elles se sentent rejetées par les hommes, méprisées. Même si mot « homme » revêt ici un sens générique, elles ne se retrouvent pas dans ce texte.
Les femmes demandent non pas qu’on leur donne des droits, mais qu’on leur rende leurs droits.
Quelques rares hommes cependant, parmi lesquels Mirabeau, dès le début du mouvement révolutionnaire, avaient souhaité que les femmes trouvent toute leur place aux côtés des hommes dans toutes les actions à mener.
Ainsi, pour Mirabeau : « Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution. »
D’autres vont encore plus loin et réclament l’égalité « pleine et entière » entre hommes et femmes. Parmi eux, Condorcet, pour qui « le principe d’égalité des droits, doit former le fondement de la Constitution ».
Mais ils étaient minoritaires, et le resteront.

La Constitution de 1791

Cette première Constitution de la France divise les Français en deux catégories de citoyens : ceux qui ont le droit de vote et ceux qui ne peuvent pas participer aux élections.
Ceux qui peuvent voter, sont ceux qui payent une somme d’argent (le cens) équivalent à la valeur de 3 journées de travail : ils sont dits citoyens actifs.
Les autres, ceux qui ne peuvent payer cette somme sont interdits de vote : ce sont les citoyens passifs. De même que les femmes qui sont interdites de vote car elles ne sont pas citoyennes.
Cette division des Français en citoyens actifs et passifs est supprimée par la Constitution de 1793 qui donne le droit de vote à tous les hommes de plus de 25 ans, sans conditions de ressources. [Mais cette Constitution ne fut jamais appliquée].


1789. La première Constitution du pays ne fait pas des femmes des citoyennes : considérées comme mineures elles ne peuvent voter.
La surprise et l’incompréhension des femmes sont d’autant plus grandes qu’elles avaient été associées à la rédaction des cahiers de doléances décidée par Louis XVI, dans toutes les paroisses, avant 1789 (même si elles ne peuvent, lors de ces séances, qu’exprimer leurs avis et leurs doléances, la rédaction effective était assurée par des hommes).
Autre traitement que les femmes considèrent comme un outrage, l’interdiction qui leur est faite d’accéder aux assemblées publiques politiques (la politique étant une affaire d’homme), seules à certains moments, selon les circonstances, quelques « tricoteuses » pouvaient être admises aux assemblées, mais sans pouvoir d’intervention, ni de décision.

DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE (1791 )
Extraits
PRÉAMBULE
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de la citoyenne :
Article 1 - La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à l’oppression.
Article 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme ; nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.
Article 4 - La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.
Article 5 - Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société ; tout ce qui n’est pas défendu par ces lois sages et divines ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.
Article 6 - La loi doit être l’expression de la volonté générale : toutes les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation ; elle doit être la même pour tous ; toutes les citoyennes et citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
Article 7 -Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la loi : les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.
Article 8 - La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nulle ne peut être punie qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée aux femmes.
Article 9 - Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi.
Article 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.
Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers leurs enfants. Toute citoyenne peut donc dire librement : je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans des cas déterminés par la loi.
Article 12 - La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est conférée.
Article 13 - Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions des femmes et des hommes sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles, elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.
Article 14 - Les citoyennes et citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique. Les citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’Administration publique et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôt.
Article 15 - La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.
Article 16 - Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. La constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction.
Article 17 - Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés : elles sont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.


La séparation : les femmes s’affirment
De guerre lasse, les femmes, menées par des personnalités féminines d’exception, (au premier rang desquelles, Olympe de Gouges dont il sera question dans le prochain article), élaborèrent la « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne ». De même elles créèrent des clubs féminins (lieux de débats et d’élaborations de projets politiques tout comme au sein des clubs masculins). Certains de ces clubs féminins s’ouvrirent aux hommes et devinrent ainsi mixtes.

Club de femmes sous la Révolution française
"Discours prononcé à la Société de Citoyennes Républicaines Révolutionnaires par les citoyennes de la section des Droits-de-1'Homme en lui donnant un guidon sur lequel est la Déclaration des Droits de l'Homme.
Votre Société est un des éléments du corps social, et ce n'est pas le moins essentiel ; la Liberté trouve ici une école nouvelle ; mères, épouses, enfants y viennent s'instruire, s'exciter mutuellement à la pratique des vertus sociales.
Vous avez rompu un des anneaux de la chaîne des préjugés, il n'existe plus pour vous celui qui, reléguant les femmes dans la sphère étroite de leurs ménages, faisait de la moitié des individus des êtres passifs et isolés.
Vous voulez tenir votre place dans l'ordre social, la neutralité vous offense, vous humilie. C'est en vain que l'on prétendait vous distraire des grands intérêts de la Patrie, ils ont remué vos âmes, et désormais, vous concourrez à l'utilité commune.
L'esprit public va croître plus sensiblement, les bonnes mœurs pourront renaître si les épouses des Sans-Culottes, jalouses de bien connaître leurs devoirs pour mieux les remplir, donnent aux petites maîtresses l'exemple d'une association dont le but salutaire est la vigilance et l'instruction.
Et pourquoi les femmes, douées de la faculté de sentir, et d'exprimer leurs pensées, verraient-elles leur exclusion aux affaires publiques ? La déclaration des droits est commune à l'un et à l'autre sexe et la différence consiste dans les devoirs ; il en est de publics, et il en est de privés. Les hommes sont particulièrement appelés à remplir les premiers, la nature elle-même indique la préférence ; elle a réparti chez eux une constitution robuste, la force des organes, tous les moyens capables de soutenir des travaux pénibles ; qu'aux armées, qu'au sénat, que dans les assemblées publiques, ils occupent préalablement les places, la raison, les convenances le veulent, il faut y céder.
Les femmes au contraire ont pour premières obligations des devoirs privés, les douces fonctions d'épouses et de mères leur sont confiées mille objets de détails qu'elles entraînent consument une forte partie de leurs temps, leurs loisirs sont moins fréquents ; néanmoins il est possible de concilier, ce qu'exige impérieusement la nature, ce que commande l'amour du bien public. Après avoir vaqué à des occupations indispensables, il est encore des instants, et les femmes citoyennes qui les consacrent dans les Sociétés fraternelles, à la surveillance, à l'instruction, ont la douce satisfaction de se voir doublement utiles. '
Citoyennes, les clameurs des petits esprits que les nouveautés étonnent, le bourdonnement des envieux veulent déjà mettre des entraves à votre institution, répondez par le mépris, et poursuivez courageusement votre tâche : la liberté sourit à vos louables préventions, elle en conçoit le plus favorable augure. Déjà elle vous vit sous sa bannière partager ses principes, vos missions apostoliques préparèrent la mémorable Révolution du 31 mai, au milieu de son dernier triomphe. Sentinelles vigilantes, placées à des postes importants, vous les occupiez avec fermeté, intrépidité. Votre mission était délicate, il y avait des bienséances à observer, et votre zèle qui sut se contenir dans de justes mesures facilita nos succès. Courage, persévérance, braves Républicaines, rendez plus fréquentes vos cours Patriotiques. »
Juin 1793


Les femmes assurent l’égalité en toutes choses
1789. Quel bilan pour les femmes ?
Au total, l’apport de la révolution de 1789 aux Françaises en ce qui concerne l’égalité hommes-femmes, fut des plus mitigés. Elles furent privées du droit de vote par la Constitution de 1791, comme par celle de 1793, au 19e siècle, par la Constitution de la Deuxième République qui, en 1848, établit le suffrage universel masculin. Les femmes sont toujours exclues du droit de vote jusqu’en 1944, après plus de deux siècles et demi de lutte acharnée.
Les paysans entre temps, ont obtenu le droit de vote depuis la Constitution de 1793. La Révolution, depuis le 4 août 1789, les a libérés des griffes des seigneurs, et en leur accordant le droit de vote, leur donna la possibilité d’accéder à la propriété de terres et au statut de citoyens propriétaires.

Femme-sans-culotte

NB : Les Constitutions se suivent avec la même caractéristique : l’exclusion des femmes des élections.
En 1799, sous le Consulat, le droit de vote est accordé à tous les hommes de plus de 21 ans domicilié pendant au moins un an sur le territoire...
Toutes les Constitutions, jusqu'au XXe siècle, fermeront la porte des bureaux de vote aux femmes.
LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (1)

LA LONGUE MARCHE DES FEMMES FRANÇAISES POUR L’ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES (1)

Pourquoi une marche aussi longue et aussi difficile ?


2017 : l’état des lieux. Quelques étapes marquantes de la longue marche.
Le juste prix
Comment opérer des brèches dans la vieille muraille protégeant les millénaires citadelles masculines ?
On ne dira jamais assez l’importance du rôle des Françaises lors des deux conflits mondiaux : 1914-1918 puis 1939-1945.
Il fallut cependant attendre 1944 malgré l’ardeur combattive des suffragettes au lendemain de la 1ère Guerre mondiale pour que les femmes puissent enfin obtenir le droit de vote.

Les suffragettes à Paris en 1930

D’autres citadelles fermées à double tour, à prendre.
Quelques chiffres et dates simples fixent d'emblée le cadre de l'évolution de la condition féminine en France.
1944 : le droit de vote et d'éligibilité est enfin accordé aux femmes de par la loi, longtemps après les Anglaises (1918), les Italiennes, les Américaines..., les femmes turques.

1er vote des femmes en France, 1945

D’autres étapes
Mais après cet acquis décisif, qui aurait dû fort logiquement et implicitement faire tomber bien d'autres barrières érigées sur le chemin de la femme depuis Saint-Augustin, certaines portes sont restées obstinément fermées. Il fallut ainsi attendre 1965 pour que la femme ait le droit d'exercer une profession, d'ouvrir un compte en banque, vendre des biens sans le consentement du mari, 1967 pour qu'elle ait droit à la contraception, 1970 pour que l'autorité parentale se substitue à l'autorité paternelle, 1975 pour qu'elle ait le droit de choisir avec le mari le lieu de résidence. Et surtout, le droit à la contraception, la révolution Veil.

C’est en 1979 enfin que le viol est jugé en cours d’Assises comme un crime. Il faudra attendre 1980 pour que la loi interdise aux employeurs de renvoyer une femme de son travail parce qu’elle est enceinte, 1983 pour que soit proclamé l’égalité professionnelle : à travail égal, salaire égal. Or, le préambule de la Constitution de la IVe République stipule : La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. Enfin, la loi de parité est votée en 1999.


Et la qualification ?
Les résultats sont éloquents. En 1980, les femmes représentent 51% des diplômés en France ; ce pourcentage grimpe à 55 en 1997. Dorénavant, il ira crescendo et plus aucune barrière ne résistera à leur soif de compétences. Les vieilles portes verrouillées des temples masculins cèdent les unes après les autres : Polytechnique, École de l'Air, Navale, École des Officiers... Des écoles d'ingénieurs sont sorties 1345 femmes diplômées en 1980 contre 4375 en 1997 ; des Écoles supérieures de Commerce, 1490 en 1980 et 9433 en 1998 !
Les qualifications acquises à l'école et à l'université où les jeunes femmes réussissent mieux que leurs camarades masculins, permettent aux femmes de repousser graduellement la frontière des compétences et des possibles. Les filles font désormais des études plus longues et s'illustrent par de meilleurs résultats aux examens que les garçons. Elles étaient 81,2% en 1998 à obtenir le diplôme du baccalauréat ; ils n'étaient que 76,5%. Et les étudiantes se défendent plus qu'honorablement dans des cursus de haut niveau. Il y a aujourd'hui 120 filles pour 100 garçons dans l'enseignement supérieur. Cette réussite scolaire se traduit sur le plan professionnel par le fait qu’un quart des femmes actives détiennent un diplôme supérieur au baccalauréat contre un cinquième des hommes actifs, qui sont souvent plus diplômés de l'enseignement professionnel : CAP, BEP. Dans certaines professions très qualifiées, les femmes sont presque à égalité avec les hommes. .[« Les femmes dans la société française contemporaine ». Intervention à la journée d’étude CNEF/Conseil de l’Europe, 18 novembre 1999].


Le strapontin aux femmes ?
Et pourtant ! De plus en plus actives (47,6% de la population active en 1998 contre 41,7% en 1980 ; près de 12 millions en 1999 contre 6,5 millions en 1960) et de plus en plus qualifiées, les femmes peinent à trouver leur place aux côtés des hommes dans les lieux de pouvoir et de décision dont elles demeurent toujours écartées. Autre paradoxe, elles constituent le plus gros bataillon des chômeurs et des travailleurs assujettis au temps partiel non désiré. De façon générale, plus la population active du pays se féminise, plus les femmes sont davantage que les hommes victimes de la dégradation des conditions de travail et d'une paupérisation invisible et insidieuse qui compromettent leur plein épanouissement, notamment du fait de certains horaires de travail et de la précarité de l'emploi. Elles constituent moins de la moitié des actifs (45%) mais plus de la moitié des chômeurs, 51%. Ce chômage touche tout particulièrement les femmes jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans s'élève à 22% pour les hommes et à 32% pour les femmes. Et lorsqu'elles sont au chômage elles sont nettement moins indemnisées que les hommes (selon Madame Margaret Mariani, sociologue au CNRS). Dans ces conditions la trappe à pauvreté frappe surtout les femmes isolées avec enfant ou vivant avec un conjoint chômeur. Quant aux salaires, d'une manière générale, un constat s'impose : l'égalité républicaine est loin d'être acquise. En 1998, les salaires des femmes étaient inférieurs de 13% en moyenne à ceux des hommes ; ce chiffre approche les 30% en 2003 ; l'écart se creuse donc de façon significative et se prolonge au-delà de la période active. En effet, selon les récentes études de l'INSEE, le montant moyen de la retraite était de 1126 euros en 2001, avec une forte inégalité entre les hommes qui perçoivent 1461 euros et les femmes, 848.
Quant à l'accès aux sphères supérieures de l’État et de la société, alors que s'estompe l'image traditionnelle de la division des tâches entre hommes et femmes, apparaissent de nouvelles lignes de partage, que certains auteurs ont appelées « les nouvelles frontières de l'inégalité. » Pour les femmes, la frontière la plus redoutable est celle des lieux de pouvoir, qu'il s'agisse du pouvoir dans ses dimensions économiques, politiques ou administratives.
Dans le monde de l'entreprise, c'est un véritable paternalisme qui prévaut. L'accès des femmes aux postes de direction est un phénomène marginal. Dans les 5000 premières entreprises françaises, les femmes ne représentent que 7% des cadres dirigeants. L'investissement réussi des femmes en termes de qualifications ne leur assure pas un accès identique aux différentes positions professionnelles.


Et l’esprit de la Constitution ?
Et les droits égaux à ceux de l'homme dans tous les domaines comme formulé dans la Constitution ? Cela, à défaut d'être vérifié dans les salaires et l'accès aux postes de responsabilité administrative, le sera-t-il dans le domaine strictement politique, c'est-à-dire la gestion des affaires publiques à laquelle on accède par des mandats électifs ? Cette égalité se vérifie-t-elle dans la proportion de citoyennes à la tête des mairies comme à la tête des départements et régions de France ou encore dans la vie des formations politiques ? Et surtout au sein de la représentation nationale, à la Chambre des députés et au Sénat, cette égalité est-elle effective ?
Le 28 juin 1999, le Parlement réuni en congrès à Versailles, modifie les articles 3 et 4 de la Constitution et déclare : La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives.
La loi sera votée le 6 juin 2000. En quoi cette foi dite « de parité » constitue-t-elle une promotion politique pour la femme, une avancée décisive pour la démocratie en France ? Si la nouvelle loi électorale a permis une entrée significative des femmes dans les conseils municipaux à l'issue des élections de 2001 (10,9% contre 7,5% en 1995), ainsi qu'au Sénat dans une moindre mesure, elle a, en revanche, fait la preuve de ses limites lors des élections législatives de juin 2002. Par ailleurs, concernant les mairies, la première appréciation positive doit être tempérée par le fait d'un écart, toujours persistant, entre le nombre de conseillères municipales et le nombre de celles qui accèdent à la fonction de maire, donc aux premiers postes de responsabilité dans la commune. Certes, la proportion de femmes maires en France qui n'était que de 1% en 1959 s'élève désormais à 7,5% en 1997, mais en la matière, la comparaison avec d'autres grands États démocratiques d'Europe et du monde n'est pas à l'avantage de la France. Dans les départements, le résultat n'est pas non plus très brillant, le nombre de conseillères générales restant limité, de 6,3% en 1998 à 9,8% en 2001.

Parité hommes-femmes ?

La parité hommes-femmes en politique
La création en 1995 de l’Observatoire de la parité chargé de recenser les inégalités entre les hommes et les femmes, quoique encourageante, n'en constitue pas moins un indicateur significatif de la place de la femme dans la société française ainsi que de l'état des mentalités en France, ce qui vaut ce trait d'humour dans un article paru dans l'Express (20/06/02) intitulé : Parité bien ordonnée... : Selon la loi, les partis politiques devaient proposer autant de femmes que d'hommes au suffrage des électeurs. À l'arrivée, elles ne représentent que 12,3% de l'Hémicycle. Cherchez l'erreur. 71 élues sur 577, soit 12,3% des sièges aux élections de 2002. 63 élues en 1997 soit 10,9% des sièges. (L'Allemagne comptait 181 députées à la même date). Or les femmes sont majoritaires dans l'électorat en France, 23 millions contre 20 millions d'hommes.
Des chiffres qui confirment la place de la France parmi les derniers États européens. En 1997, alors que le pourcentage des femmes parlementaires était de 40,4 en Suède, de 39,4 en Norvège, de 33,5 en Finlande, de 33 au Danemark, de 28,4 aux Pays-Bas et de 25,5 en Allemagne, il n'était que de 9 en France (mai 1997).
L'arithmétique peut-elle faire évoluer les mœurs ? s'interroge l'auteur de l'article de l'Express qui poursuit : Aux législatives de 2002, il y eut 38% de femmes candidates contre 22% en 1997, dont les trois quarts ont été battues. Peu de formations politiques ont investi les 50% de femmes, comme l'impose la loi, préférant braver la sanction financière plutôt que de s'y conformer. L'adage « mieux vaut un homme élu qu’une femme battue » semble toujours de mise ; le vote de la loi de parité n’y change rien. Certains partis ont rendu les femmes responsables de leur mauvais score au lendemain des élections.
Le déficit de candidatures féminines a été particulièrement observé dans les grands partis classiques. Pourquoi la main du législateur politique est-elle si légère en ce domaine ? Pourquoi ne pas faire porter la sanction financière sur le nombre d'élues plutôt que sur le nombre de candidates ?

Mais pour la longue marche des femmes de France, la roue de l’histoire tourne inexorablement, ce, en bien des domaines.
Les femmes constituaient 9% de l’armée en 2001 ; 15% en 2009 et selon certains analystes prévisionnistes, ce pourcentage sera porté à 17% en 2017. L’armée française est l’une des plus féminisée des pays occidentaux.
L’Assemblée nationale ne comptait que 33 femmes en 1945, soit 5,6% des députés. Elle comptait 155 femmes députées en 2012 et, en 2017, 224 sur 577 députés, soit 38,6%, un record historique.
Parallèlement, en 2017, la différence de salaire entre hommes/femmes est de 18,6% en défaveur des femmes (selon INSEE), et de 10% (selon le ministère du travail).
Surtout en 2017, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups d’un homme. En 2016, 123 femmes ont été victimes de violences perpétrées par des hommes.
Des Bastilles anachroniques sont encore à prendre.
Les femmes de France, sans fusil ni canon, armées de leur seule volonté, leur idéal de justice, d’égalité et de dignité, viendront sûrement à bout de tous ces obstacles semés sur leur chemin. Leur longue marche est ainsi loin de s’apparenter à un travail de Sisyphe.


Pour approfondir, voir Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ?, L’Harmattan.

AFRIQUE : LE CHANTIER

AFRIQUE : LE CHANTIER

Un continent à construire, économiquement, politiquement, humainement

Convois d’esclaves noirs traversant le désert (XI e siècle)

Des pays indépendants et libres ?
L’Afrique, continent de la servitude éternelle des Africains ?

« Qui a besoin d’un mineur ? C’est un mineur, un grand homme fort, il va creuser. » Des journalistes de CNN ont filmé une vente aux enchères d’êtres humains, en cachant leurs caméras, en Libye, non loin de la capitale, Tripoli. En l’espace de quelques minutes, ils ont assisté à la vente d’une douzaine de migrants, cédés par des passeurs pour des sommes allant de 500 à 700 dinars libyens (jusqu’à 435 euros). Ces « marchés aux esclaves » se dérouleraient une ou deux fois par mois. (Le Monde.fr)

La chaîne américaine CNN s’est rendue en Libye où elle a obtenu la preuve que des hommes sont vendus aux enchères comme esclaves.
C’est une enquête de longue haleine qu’a menée la chaîne américaine CNN. En août 2017, elle prend connaissance d’une vidéo tournée quelque part en Libye où l’on voit des Africains vendus aux enchères. « Huit cents », dit celui qui fait office de commissaire-priseur. « 900… 1 000… 1 100... » Vendu. Pour 1 200 dinars libyens - soit l’équivalent de 800 dollars. (Ouest-France.fr)

Afrique rime-t-elle définitivement avec esclavage ?
Comment peut-on être vendu aux enchères comme esclave en ce 21e siècle ?
Comment un État peut-il laisser vendre ses ressortissants comme des moutons ? Le fatalisme n’est pas de mise en la matière ; un homme est un homme, il n’est pas un mouton.
Dans quelle autre région du monde de tels marchés aux esclaves vendus aux enchères existent-ils ? Pourquoi l’Afrique ?
Quelle réaction des pays dont ces jeunes gens vendus comme esclaves sont originaires ?
Est-ce pour contempler de tels spectacles aujourd’hui que les pays dont ces jeunes sont ressortissants, se sont « libérés » du joug colonial ?


Qui dira le droit en Afrique ?
Ces malheureux enchaînés et vendus savent-ils qu’ils ont des droits ? Connaissent-ils les droits internationaux qui garantissent à tout être humain des droits naturels, civiques et civils ?
Le leur a-t-on enseigné ?


Pourquoi une Union africaine ?
Quel rôle, quelle responsabilité ?
Si les dirigeants africains dans leur ensemble sont en dessous de leurs responsabilités, qu’en est-il de
–La société civile ?
–les médias, la presse et les journalistes ?
–les intellectuels ?
–les syndicats ?
–les ONG ?
–et la commission pour les droits de l’Homme des Nations unies, car, de telles pratiques au 21e, en Afrique ou ailleurs, sont un outrage à la conscience humaine, à la morale universelle.
Pourtant contre ce qu’il qualifie d’« ingérences étrangères dans les affaires intérieures à l’Afrique », un chef d’État de l’Afrique de l’Ouest a déclaré récemment :
« Les crimes commis en Afrique et les questions de violation des droits humains doivent être traités en Afrique. Le linge sale se lave en famille. »
Certes. Mais où est la famille ?
Les jeunes Africains qui sont vendus aux enchères dans un autre État africain, ont-ils des dirigeants responsables de leurs familles et de leur liberté, leurs droits, leur vie ?
Du 16e au 19e siècle, c’est en Amérique qu’on vendait aux enchères les captifs noirs arrachés à l’Afrique. Aujourd’hui, en ce 21e siècle, naissant, les jeunes femmes et jeunes hommes razziés, sont vendus en Afrique.
À qui incombe la responsabilité de leur liberté et de leur vie ?
Ces jeunes Africains, injustement privés de leur liberté et de leurs droits naturels, qui doit les rechercher, les libérer et exiger que justice leur soit rendue ?
Les dirigeants africains (ceux des pays dont ces jeunes sont ressortissants, en particulier), se sentent-ils concernés par leur sort ? Qui, et où pour plaider leur cause ?
Où faut-il laver ce linge sale ?
Combien de crimes commis en Afrique, y compris parfois par des dirigeants africains ont-ils été jugés ?
Le linge sale africain, lavé en Afrique, n’est jamais propre.
Combien de chefs d’État africains tortionnaires de leurs peuples, lesquels sont réduits à la misère, et sont victimes d’exactions intolérables ont été jugés sur le sol africain ?
Hier, sous la colonisation, le colonisateur protégeait les Africains contre la traite esclavagiste et traquait les trafiquants d’esclaves (blancs ou noirs) pour abolir cette sinistre pratique (même si son œuvre fut incomplète).
Aujourd’hui, indépendants, les responsables africains laissent prospérer la traite des êtres humains et l’esclavage pratiqués sur le sol africain par des Africains ou leurs complices.
Jeunes d’Afrique, ouvrez les yeux, réagissez ! Vous n’êtes pas nés pour être esclaves, mais pour être acteurs du monde !


Levez la tête, Osez !

LE SENS DE LA VIE : LES AUTRES ET NOUS

LE SENS DE LA VIE : LES AUTRES ET NOUS

Qu’est-ce que le bonheur sans partage ?

Vivre, c’est communiquer, échanger, partager.
Ce qu’en pensent Lamennais et Gide.
Félicité Robert de Lamennais
Félicité Robert de Lamennais, prêtre, penseur, écrivain français (1782, Saint-Malo – 1854, Paris).


Que serait un peuple sans fraternité ?
Que serait un homme concentré uniquement en lui-même par l'égoïsme, ne nuisant à personne directement et ne servant non plus personne, ne songeant qu'à soi, ne vivant que pour soi ? Que serait un peuple composé d'individus sans liens, où nul ne compatirait aux maux d'autrui, ne se tiendrait obligé d'aider ses frères et de les secourir ; où tout échange de services, tout acte de miséricorde et de pitié ne serait qu'un calcul d'intérêt ; où la plainte de celui qui souffre, les gémissements de la douleur, le sanglot de la détresse, le cri de la faim s'exhaleraient dans les airs comme un vain bruit ; où rien ne se répandrait de chacun en tous et de tous en chacun, par une secrète impulsion de l'amour, qui ne sait pas ce que c'est que posséder, parce qu'il ne jouit que de ce qu'il donne ?
F. Lamennais, Le livre du Peuple, (1837).

André Gide
André Gide (1869-1951), écrivain français. Son œuvre est caractérisée par la passion de la liberté, la justice, surtout par la volonté d’engagement, et l’humanisme.


"J'ai besoin du bonheur de tous..."
Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur.
Tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive (...). Pour moi, j'ai pris en aversion toute possession exclusive : c'est de don qu'est fait mon bonheur, et la mort ne me retirera des mains pas grand-chose. Ce dont elle me privera le plus, c'est des biens épars, naturels, échappant à la prise et communs à tous ; d'eux surtout, je me suis soûlé. Quant au reste, je préfère le repas d'auberge à la table la mieux servie, le jardin public au plus beau parc enclos de murs, le livre que je ne crains pas d'emmener en promenade, à l'édition la plus rare, et, si je devais être seul à pouvoir contempler une œuvre d'art, plus elle serait belle, et plus l'emporterait sur la joie la tristesse.
Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux.
André Gide, Les Nouvelles Nourritures, Ed. Gallimard.

LES ANIMAUX, AUXILIAIRES "INFÉRIEURS" OU AMIS INCOMPRIS ? TOESCA ET ALAIN, REGARDS CROISÉS

LES ANIMAUX, AUXILIAIRES "INFÉRIEURS" OU AMIS INCOMPRIS ?
TOESCA ET ALAIN, REGARDS CROISÉS

Le regard de l’essayiste croise celui du philosophe

Maurice Toesca
Maurice Toesca, romancier et essayiste français (1904-1998), mena toute sa vie durant, une carrière dans la haute administration publique et une activité d’écrivain prolixe.
Il porta une attention particulière au sort des animaux dans la société humaine et leur consacra une partie de son œuvre. L’ouvrage "Histoire de bêtes" paru en 1929 constitue un condensé de son rapport aux animaux.

J'aime les bêtes
J'aime les hommes, donc j'aime les bêtes. Nous sommes les uns et les autres de la même étoffe ; mais, par un tour d'orgueil qui est propre à l'homme, celui-ci se croit un animal supérieur. Lamartine, plus sage, avait dit autrement, et très bien à mon avis :
Frère à quelque degré qu'ait voulu la Nature...
Certes, il parlait du chien qui bénéficie d'un rang privilégié dans la classification conformiste : il y a les animaux domestiques, les utiles, les féroces, les nuisibles. Tout cela relève d'un égocentrisme, dont l'homme a du mal à se dégager.
Moi, j'aime les bêtes, toutes les bêtes, parce qu'elles appartiennent à un monde mystérieux. Ranger les animaux en catégories ne nous apprend rien sur eux.
Les recherches, les observations des entomologistes, des biologistes nous permettent d'approcher de ce monde encore secret des bêtes. Chacune de leurs notations fragmentaires entrouvre sur lui une fenêtre étroite. Ainsi, ce que nous savons, ou croyons savoir à présent de la vie des abeilles nous donne à penser que ces insectes vivent en société, ont des débats collectifs, une organisation précise, bénéficient d'une sorte d'orientation professionnelle, etc... Longtemps, nous avons répété que les poissons étaient muets. Or, des appareils de détection des sons nous permettent presque d'affirmer qu'il n'en est rien : les poissons auraient aussi une voix ; on ne pourra plus dire : « Muet comme une carpe... »
On devrait rejeter la notion de bêtes nuisibles. L'homme, pas plus que les autres animaux, n'est une bête nuisible. Mais l'homme, comme tous les autres animaux, obéit aux terribles lois naturelles, qui font de nous ce que nous sommes.
Nous sommes très injustes : quand un animal nous est utile, nous le qualifions de bonne bête ; dès qu'il ne nous sert plus, ou dès qu'il contrarie nos goûts, nous le déclarons nuisible. Le lapin sur notre table, assaisonné, nous plaît ; dans les champs, il devient une plaie. On l'extermine. On en dirait autant d'autres bêtes domestiques ou sauvages...
Ne pas dire : « Soyons bons pour les animaux » ; mais simplement : « Ne soyons pas méchants avec les animaux. » Sans doute n'en demandent-ils pas davantage. Contrairement à nous, ils s'arrangent des difficultés de leur propre existence, semble-t-il. Je parle évidemment de ceux que nous n'avons pas soumis à nos décrets tyranniques. Quant aux bonnes manières qu'on a à leur égard, peut-être les exagère-t-on parfois. Mais excès de gentillesse vaut mieux que son contraire. Pour les autres, je réclame au moins la même absence de cruauté.
L'homme parce qu'il ne comprend pas les bêtes, et parce qu'il a la sensation de n'être pas compris par elles, a fait du mot « bête » un synonyme de stupide ou d'idiot. Ce n'est pas gentil de sa part ni très fin. Ce serait plutôt une marque de sottise, à mon avis. Le langage des animaux nous reste étranger. Et pourquoi notre langage humain devrait-il être compris par les bêtes ? Entre hommes, nous nous comprenons si mal, si peu, voire pas du tout. Face à face, un Chinois et un Occidental sont réduits à communiquer par gestes, avec toute la médiocrité de signification que cette méthode engendre. Mettez en face l'un de l'autre un épagneul et un pékinois, leur entretien ne souffrira pas d'une étrangeté dans les dialectes ; ces animaux bénéficient d'une sorte d'esperanto-chien ; les voilà plus avancés que nous !...
Les animaux sont presque tous méfiants à notre égard. Quel bilan de coups, d'attaques, de tortures injustifiées cela suppose ! La cruauté de l'homme finit par être connue chez les bêtes...
... Je supplie qu'on ait avec les bêtes les égards que l'on a pour des personnes que l'on aime. C'est beaucoup plus difficile de ne pas commettre de faute, me dira-t-on. Raison de plus pour être attentif, prudent, délicat. Une seule règle, celle qui domine les rapports de l'amitié ou de l'amour, — seul et même sentiment : être doux. La douceur ne fait jamais de mal à personne ; souvent elle fait grand bien.
Maurice Toesca, J’aime les bêtes, Ed. Albin Michel


L’élève et le maître : les bêtes comme source de réflexion et d’inspiration
Maurice Toesca fut l’élève du philosophe Alain qui, lui aussi porte un regard aigu sur les rapports homme-animal.

Alain (Émile Chartier dit), philosophe français, 1868-1951)
L'homme est-il l'esclave de l'animal ?
« Au Comité de la Ligue des droits du chien », il s'éleva un grand débat sur les droits de l'homme. « On peut se demander, dit le caniche, si l'état de domestication où nous voyons vivre l'homme depuis tant de siècles tient à une insuffisance réelle de sa nature ou bien à quelque violente spoliation dont le souvenir ne s'est point conservé. Certes, on n'a jamais vu un chien construire lui-même sa niche, ni préparer sa soupe, ni découper et faire rôtir la viande ; toujours l'homme s'est trouvé chargé de ces serviles travaux, jusqu'à ce point qu'on dirait presque qu'il les fait par plaisir. On peut même dire que, sans l'admirable instinct de son frère inférieur, jamais le chien n'aurait pensé à se nourrir de blé ou de betterave, jamais le chien n'aurait connu le pain ni le sucre. De temps immémorial nous prélevons sur ces provisions de l'homme ce qui nous est agréable, de la même manière que l'homme dépouille les abeilles, s'il faut en croire de patients observateurs. Seulement il faut reconnaître que l'industrie humaine l'emporte de loin sur celle des abeilles. L'homme fait miel et douceur de toutes choses ; et si fabriquer était la même chose que savoir, il faudrait dire que l'homme est bien savant. Toutefois cet esclavage où nous le tenons sans beaucoup de peine et quoiqu'il soit bien plus fort que nous, laisse supposer qu'il ne pense pas plus, en toutes ses inventions, que les abeilles quand elles font leur miel. L'esprit se perd en conjectures lorsqu'il vient à scruter ces étonnants travaux, ces immenses édifices, ce feu bienfaisant, ces tapis, ces lumières qui prolongent le jour, enfin tous ces biens dont nous jouissons paresseusement. Sont-ce des fruits d'une intelligence prise à ses propres pièges, ou bien faut-il dire que ces industries résultent de la structure merveilleuse de la main humaine, comme on l'a proposé ? Le fait est que l'espèce humaine travaille, pendant que le chien se repose, rêve et contemple.
Alain, Propos, Ed. Gallimard
