CIVILISATION
14 Février 2009 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #CULTURE
CIVILISATION ou civilisations ?
Le catéchisme colonial belge au Congo
L'impact de la colonisation européenne (française, britannique, portugaise ...) sur la conscience africaine donne à penser parce que fondateur d'un malentendu historique qui n'est sans doute pas encore totalement dissipé.
Un article à portée morale et symbolique publié dans le magazine "la Voix du Congo" (mai-juin 1946) en donne la mesure.
Le paragraphe intitulé : Comment vivre sous l'oeil de nos dirigeants, incarne à lui seul le "formatage" de l'esprit africain voulu par le maître colonisateur. Qu'on en juge :
Nous nous trouvons au premier échelon de l'échelle qui monte vers la civilisation ; nous ne pouvons pas reculer et nous ne pouvons monter plus haut que si nos forces le permettent [...] D'un côté, nous devons nous garder de retomber au niveau indigène, à la vie indifférente et animale. Nous devons nous garder de rêves de grandeur, de devenir une caricature de civilisé si nous voulons éviter d'être méprisés et d'être ridiculisés par les Européens.
La simplicité et la modestie constituent les qualités d'un civilisé. Si nous voulons garder l'estime de nos dirigeants, nous devons donc rester simples et modestes.
Simples d'esprit aussi ?
A cette vision de soi, l'infériorité intériorisée par le colonisé, à cette conception de la Civilisation comme une échelle, mieux, une pyramide à plusieurs degrés - de l'inférieur au supérieur - inculquée aux Congolais du Congo belge comme à d'autres Africains colonisés, réagit André Gide en 1947 :
Si riche et si belle que soit notre civilisation, notre culture, nous devons enfin admettre qu'elle n'est pas la seule ; pas seuls nos façons de vivre, nos critères, nos cultes, nos credos et que, s'ils nous paraissent pourtant supérieurs, c'est beaucoup parce que nous avons été formés par eux. Un temps vient où les normes admises importunent, les cadastres et les limites des champs d'activité de l'esprit. On commence à percevoir des voix que l'on n'avait pas d'abord écoutées ; à comprendre que n'est pas nécessairement muet ce qui ne s'exprime pas dans notre langue ; et, sitôt qu'un peu d'attention succède à la surprise première, que ce qui diffère de nous, plus que ce qui nous rassemble, nous instruit.
[...]
Et pour découvrir que l'autre aurait, lui aussi, quelque chose à nous dire, pour qu'il nous parle, il importe d'abord de consentir à l'écouter.

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