MARIANNE, VICTIME, NON CONSENTANTE
11 Octobre 2006 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE
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LA CONDITION FEMININE EN FRANCE, HIER ET AUJOURD’HUI.
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Quelques chiffres et dates simples fixent d'emblée le cadre de l'évolution de la condition féminine en France.
1944 : le droit de vote et d'éligibilité est enfin accordé aux femmes de par la loi, longtemps après les Anglaises (1918), les Italiennes, les Américaines..., les Turques.
Mais après cet acquis décisif, qui aurait dû fort logiquement et implicitement faire tomber bien d'autres barrières érigées sur le chemin de la femme depuis Saint Augustin, certaines portes sont restées obstinément fermées. Il fallut ainsi attendre 1965 pour que la femme ait le droit d'exercer une profession, d'ouvrir un compte en banque, vendre des biens sans le consentement du mari, 1967 pour qu'elle ait droit à la contraception, 1970 pour que l'autorité parentale se substitue à l'autorité paternelle, 1975 pour qu'elle ait le droit de choisir avec le mari le lieu de résidence. C'est en 1979 enfin que le viol est jugé en cours d'Assises comme un crime. Il faudra attendre 1980 pour que la loi interdise aux employeurs de renvoyer une femme de son travail parce qu'elle est enceinte, 1983 pour que soit proclamée l'égalité professionnelle : à travail égal, salaire égal. Or le préambule de la Constitution de la IVe République stipule : La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme. Enfin la loi de parité est votée en 1999.
Entre temps, la femme a, armée de son courage, de son énergie et guidée par sa volonté, forcé bien d'autres barrières, se niant avec appétit vers les lieux de formation et de culture : lycées, facultés, y compris la faculté de médecine, les Grandes Ecoles et même ce lieu forclos : l'Académie française, citadelle imprenable pour la gent féminine depuis Richelieu ! Se pouvait-il qu'une femme pût être « immortelle ? »
Et ce, avec un appétit d'autant plus dévorant que les circonstances ne plaidaient guère en sa faveur nonobstant l'action résolue de quelques républicains convaincus de la fin du 19e siècle. L'accès des jeunes filles au baccalauréat autorisé seulement en 1862 restait encore un événement rare jusque dans le premier tiers du 20e siècle et l'enseignement secondaire des jeunes filles ne fut assimilé à celui des garçons qu'en 1924. Et que dire de l'accès des filles à l'Université !
Et les droits égaux à ceux de l'homme dans tous les domaines comme cela est formulé dans la Constitution ? Cela, à défaut d'être vérifié dans les salaires et l'accès aux postes de responsabilité administrative, le sera-t-il dans le domaine strictement politique, c'est-à-dire la gestion des affaires publiques à laquelle on accède par des mandats électifs ? Cette égalité se vérifie-t-elle dans la proportion de citoyennes à la tête des mairies comme à la tête des départements et régions de France ou encore dans la vie des formations politiques ? Et surtout au sein de la représentation nationale, à la Chambre des députés et au Sénat, cette égalité est-elle effective ?
Et le mérite ?
Afin d’écarter les femmes de l’accès aux mêmes qualifications que les hommes, les savants et érudits du 19e siècle (à la suite de ceux des siècles antérieurs) s’évertuèrent à distinguer les « sciences dures » des « sciences humides », les premières réservées exclusivement aux hommes, les secondes aux femmes.
Quand toutes les barrières furent rompues au début du 20e siècle et les lieux du savoir ouverts aux deux sexes, l’accès aux honneurs ainsi que les distinctions dus aux inventions et découvertes fut un autre mode de discrimination au détriment de la femme. L’histoire de Clara Haber en est un exemple édifiant.
Clara Haber, l'épouse du chimiste allemand Fritz Haber, l'inventeur du diabolique gaz de combat (le gaz moutarde) pendant la Première Guerre mondiale et qui fut aussi acteur dans la mise au point du tristement célèbre Zyklon B, utilisé dans les chambres d'extermination de la Seconde Guerre mondiale. Clara Haber, chimiste elle-même, guidée par son sens de la justice et son humanisme, mais aussi par sa sensibilité naturelle, usa de tous les moyens en son pouvoir pour dissuader son époux de poursuivre ses travaux et recherches qu'il destinait au service de la guerre, en vain. La séduction et la menace n'eurent aucun effet sur la détermination de son mari qui alla jusqu'au bout de sa logique avec les conséquences que l'on sait. De désespoir, elle se donna la mort.
Ironie de l'histoire, après le suicide de son épouse motivé par son impuissance à arrêter la mise au point par Haber des armes de destruction de la vie humaine, celui-ci obtint le prix Nobel de chimie. Son nom figure aujourd'hui dans toutes les encyclopédies du monde, pas celui de sa femme. Le premier mit la science au service du pouvoir de la guerre, la seconde voulut, toute sa vie, réserver la science au service exclusif de la beauté et de la paix du monde.
Il existe encore bien des Clara Haber méritantes et anonymes de par le vaste monde !
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