FRACTURE COLONIALE OU FRACTURE SOCIALE ?
19 Novembre 2006 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #SOCIETE
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LE REGARD COLONIAL OU L’ETERNEL POISON
Assimilation, francisation, union, association, communauté, sont autant de vœux pieux, autant de vocables creux, tout au long de la colonisation française en Afrique, qui sonnent comme autant d'idéaux inaccessibles.
Au terme de deux siècles de frottement mutuel, de côtoiement, de sang mêlé sur les fronts communs, jamais autant la distance séparant ces deux communautés française et africaine n'a été aussi importante. Elle est aussi grande au début du XXIe siècle qu'au début du XIXe, voire davantage encore. Jamais la méconnaissance, l'incompréhension, la méfiance, l'ignorance mutuelle n'ont été aussi profondes. Pourquoi tous ces idéaux initialement exprimés par les Français, tout particulièrement par les fondateurs de la IIIe République et assignés à la colonisation ont-ils si piteusement échoué, malgré l'école, malgré le service des armes, éternels creusets aux vertus unificatrices, lieux de rencontre, de brassage et de « modélisation » des consciences ? L'une des raisons essentielles est que ces rapports furent bâtis sur un péché originel : le regard colonial, ce regard qui crée et pérennise la distanciation, sème la défiance et la discorde ; ce regard est un poison fatal. Il se nourrit essentiellement de deux aliments spécifiques : les mots et les images, lesquels se cristallisent en stéréotypes à la vie dure.
La pérennité de l'impact des expositions humaines et des chansons exotiques se traduit dans cette frontière mentale entre « eux » et « nous », entre sauvages et civilisés, colonisés et colonisateurs. Ce mur n'a été détruit ni par les décolonisations, ni par la Déclaration universelle des droits de l'Homme, ni même par la mondialisation. C'est la frontière invisible, tapie dans le subconscient des uns et des autres et qui nécessite - pour l'abattre - une thérapie collective de longue durée. Il faut revisiter l'histoire en l'assainissant, en la débarrassant des brumes opaques qui obscurcissent les regards et entravent la communication, celle des idées et des hommes. Il faut déconstruire par la pédagogie et l’exemple, les préjugés et les stéréotypes. D'ici là persistera le regard colonial dans lequel est gravée en lettres indélébiles l'histoire de la colonisation, avec tout ce qu'elle véhicule, l'inégalité des races, les races supérieures et les races inférieures, le droit de dominer, le devoir de civiliser mais aussi quelques regrets de n'avoir pas assez dominé ou d'avoir trop dominé. Le regard colonial charrie tous les stéréotypes propres à sa nature. Ce regard figé juge et disqualifie d'office le colonisé non pas pour ce qu'il fait, mais pour ce qu'il est. En ce domaine l’essentiel reste à faire.
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