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MIXITE CULTURELLE EN AFRIQUE, XVIIe-XVIIIe SIECLES

6 Juin 2009 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #HISTOIRE

            

 

LES MOEURS DE LA COTE AFRICAINE           SOUS L'INFLUENCE FRANÇAISE
                

              Déjà aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Français dans leurs écrits ou relations de voyages en Afrique se sont intéressés aux effets sur les populations autochtones du contact entre Européens et Africains. (Les influences sont multiformes : religion, architecture, alimentation, cuisine, habillement, sexualité ... Chacun de ces domaines nécessiterait plusieurs articles).
          La littérature sur ce thème des premiers contacts est abondante. En voici un bref aperçu.

           Le Père Labat (missionnaire et voyageur français, déjà cité dans des articles précédents) pense que les naturels d'Issiny sont devenus "civilisés" grâce à leurs contacts avec les Blancs, alors que les Vétères qui ne voient que les Nègres et rarement des Blancs sont plus "sauvages". Il affirme par ailleurs que le contact des Européens transforme de manière sensible la vie des Africains sur la côte occidentale "qui commencent à se faire construire des maisons rectangulaires, imitation des forts érigés par les Européens".  Et il ajoute : "Ils n'ont cependant pas encore jugé à propos de les couvrir de tuiles".

           Mais cela ne l'empêche point de souligner quelques aspects moins glorieux pour les Européens. Ainsi s'en prend-il aux Français résidant dans les comptoirs en Afrique dont la conduite selon lui portait atteinte à la moralité des Africains et réduisait à néant les efforts d'évangélisation entrepris parmi la population autochtone.

          "Le goût immodéré des indigènes pour l'alcool est imputable aux Européens qui ont introduit le commerce de l'eau-de-vie dans cette partie du monde."

          Pour lui, les Européens sont également responsables de la malhonnêteté des Africains et d'un certain nombre de pratiques tout aussi déplorables.
          Cependant, c'est surtout au XVIIIe siècle que des penseurs français portèrent les jugements sans doute les plus critiques sur la présence européenne en Afrique noire, présence qui, selon eux, comportait des aspects plutôt négatifs que positifs.

          "C'est ainsi que l'abbé Raynalj  jugeait les rapports entre Blancs et Noirs nuisibles à ces derniers. A ceux qui affirmaient que la côte africaine était, grâce à l'influence européenne, la région du continent la plus civilisée, il rétorquait qu'il y voyait, lui, la décadence la plus marquée. Les conquêtes militaires ou les richesses matérielles présentaient dans l'ensemble peu d'intérêt pour les Noirs ; seules - écrivait-il - les populations du littoral, touchées par les idées et les attitudes des Blancs avaient moralement dégénéré et étaient devenues belliqueuses et cupides. Selon lui, imposer à l'Afrique "nos institutions politiques et sociales" équivaudrait à remplacer une existence simple et idyllique par la tyrannie des conventions européennes."

          Et le religieux français de donner aux Africains en général le conseil suivant : 
          "Fuyez, malheureux hottentots, fuyez ! Enfoncez-vous dans vos forêts ... le tigre vous déchirera peut-être, mais il ne vous ôtera que la vie. L'autre vous ravira l'innoncence et la liberté."
          Jean-Jacques Rousseau est encore plus catégorique :
          "Si j'étais chef de quelqu'un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence où je ferai pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer et le premier citoyen qui tenterait d'en sortir  ...".
          C'est surtout chez les "Grands", les rois, les chefs et leur entourage immédiat que l'on peut le mieux prendre la mesure de l'influence française dans les régions de la côte ouest africaine. La cour des rois représente en particulier un de ces terrains privilégiés d'observation. C'est en effet à ces lieux que se destinaient de façon prioritaire les produits de France et bon nombre de rois africains essayaient d'imiter à leur manière la cour de Louis XIV, les présents que ce dernier offrait aux rois autochtones favorisant ce désir d'imiter.
          Le Père Labat rapporte que le roi du Cayor (Sénégal) avait demandé qu'on lui fît venir un lit de France à la mode et une cuirasse des plus belles : on lui apporta l'un et l'autre. Chez la plupart des rois africains, la chaise remplace l'estrade ou le trône ancestral, les tapis remplacent les nattes faites de fibres de palmiers ou de paille. Il arrivait même à certains rois africains de se servir d'articles européens comme insignes de leur souveraineté tel le roi Brak du Sénégal qui portait un globe autour du cou dont il ne se séparait point. De même le parasol ou l'ombrelle devient pratiquement sur toute la côte d'Afrique un attribut royal.
          Le Chevalier Des Marchais (déjà cité) présente comme suit l'habillement des "Grands" à Juda (Ouidah : Bénin actuel) :
           "L'habillement du Roi et des Grands est à peu près le même : certains ont des chapeaux à la française avec des plumes et une canne à la main ... les femmes ont sur les reins cinq ou six pagnes les uns sur les autres, dont la (sic) plus longue leur couvre la moitié des jambes et les autres vont toujours en diminuant, ce qui fait comme une jupe prétintaillée comme les femmes portaient ces années passées en France".
 

j(Abbé Guillaume Raynal : historien et philosophe français (1713-1796). Son principal ouvrage : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, publié en 1770, contient des attaques contre la politique des Etats colonisateurs, mais aussi contre le clergé et l'Inquisition. Son ouvrage fut interdit en France, et Raynal décrété d'arrestation par le Parlement, fut contraint à l'exil).

                                                                         



 

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