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"IMMIGRES" FRANCAIS EN AFRIQUE AUX XVII ET XVIIIe SIECLES (2)

1 Mai 2009 , Rédigé par Tidiane Diakite Publié dans #HISTOIRE

                                             

LES "IMMIGRES" FRANCAIS EN AFRIQUE AUX XVII ET XVIIIe SIECLES (2)
 


Au Sénégal

          Afin de remédier à l'indiscipline et à "l'inconduite" des résidents, notamment les soldats, un certain nombre de mesures furent édictées depuis Paris. Une de ces mesures extraite d'un rapport de 1725 suggérait :

          Il serait à souhaiter que la Compagnie ne fît jamais embarquer sur des navires des officiers dont les familles veulent se débarrasser à cause de leur libertinage, non plus que dans cette concession du Sénégal, pour commis, où au lieu de se corriger, ils deviennent encore plus mauvais parce qu'ils se croient exempts de correction.

 

          Pourquoi au XVIIe et au XVIIIe siècle l'Afrique attirait-elle tant ces sujets des rois de France ? Un voyageur français au Sénégal, Raffanel, affirme :

         
Les Européens qui habitent le Sénégal vivent sur un îlot de sable ; sur un îlot de sable sans eaux, sans terre, sans arbres, sans gazon ; sur un îlot de sable baigné pendant sept mois par des eaux salées. Ils ne sont pas propritétaires du sol et ne veulent pas le devenir. Ils n'arrivent au Sénégal que pour s'y livrer à un trafic mesquin, et ils n'attendent, pour abandonner à jamais cette terre désolée que la réalisation d'une modeste fortune ; jour de bonheur qui ne luit pas pour tous, hélas ! Voilà l'existence de la population blanche du Sénégal.

         
Et pourtant tous s'accrochent à cette terre africaine et sont prêts à tout pour y demeurer tel le Directeur de la Compagnie du Sénégal, Julien Dubellay, lorsqu'il s'est agi de le relever de son poste en 1725. Il se barricada dans le fort, armé, ainsi que les employés afin d'en interdire l'accès à son remplaçant nommé par la Compagnie.
          Pour l'immense majorité en effet, "l'acclimatation" était telle que la pire des sanctions était celle qui condamnait au retour définitif en France. Ceux des employés qui furent par leur inconduite contraints de rentrer en France, revinrent au bout de quelques mois avec l'aval de quelque membre influent de la Compagnie. Le cas extrême fut sans doute celui où des Français (protestants) ont préféré abjurer leur religion plutôt que de retourner en France. Lacourbe faisant état d'une lettre que la Compagnie lui a adressée au cours de son séjour au Sénégal rapporte ceci :

 

          [..] Enfin, elle finissait sa lettre en me recommandant de renvoyer tous les gens de la religion [c'est-à-dire les protestants], suivant les ordres du Roy ou de faire abjuration. Le leur ayant fait savoir, il n'y en eut pas un qui n'aimait mieux abjurer que de retourner en France, tant ce pays-là a de charme pour les libertins.

          Lacourbe lui-même en prenant ses fonctions au Sénégal, lors de son premier contact avec la communauté française de la concession dresse ce portrait révélateur : 

 

          Tous les anciens commis et habitants qui étaient plongés dans une oisiveté inconcevable et dans une débauche et qui étaient accoutumés à la dissension et au désordre, sans aucune religion [...] vinrent me demander à s'en retourner en France, [car il les avait fortement réprimandés sur leur inconduite] ce que je leur accordais volontiers, ayant amené avec moi bon nombre de commis que je pouvais faire plus facilement à ma façon de vivre, je retins néanmoins les ouvriers qui m'étaient absolument nécessaires et leur augmentais leurs gages. [...] 

           Mais en réalité aucun d'eux ne souhaitait partir et ne partit, "tant ils étaient accoutumés à la manière de ce pays".



     N'hésitez pas à faire vos remarques ou à poser des questions.

 

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