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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 15:11

                                  
LES "IMMIGRES" FRANCAIS EN AFRIQUE AUX XVII ET XVIIIe SIECLES (1)


AU SENEGAL

          C'est un chapitre peu connu que l'histoire des Français établis sur les côtes d'Afrique entre le 17e et le 19e siècle et qui cependant ne manque pas de pittoresque. Des Français "acclimatés" tentent de s'affranchir des "lois" de leur nation. Se mêlant volontiers à la population autochtone, notamment les femmes, ils forment une société qui n'est pas encore la société "coloniale" au sens propre telle qu'elle le sera au 19e et 20e siècle. Avant ces siècles, les points d'attache des Français au Sénégal comme ailleurs en Afrique sont régis au nom de la France, par les Compagnies commerciales (Cie Royale d'Afrique, Cie du Sénégal, Cie de Guinée ...).
          Les Directeurs de ces Compagnies comme ceux des Comptoirs et forts ont pouvoir de justice et de police qu'ils exercent en terre africaine au nom de la France, sur la base des lois de la métropole auxquelles sont théoriquement soumis les résidents français. Mais comment enfermer dans les contours étroits des règles civiques et morales des hommes venus de si loin avides de liberté et grisés par le grand air et l'aventure facile.
          Les archives laissées par les diverses compagnies renferment de nombreux renseignements sur la conduite de ces Français et sur la vie qu'ils menaient au Sénégal (Archives nationales, Colonies C63 : Mémoire pour la Compagnie Royale du Sénégal). D'après les rapports de directeurs généraux, de directeurs particuliers, de gouverneurs ou d'inspecteurs en mission, ces Français faisaient preuve de "très peu de qualités morales et intellectuelles". Ils se signalaient plutôt, outre l'incivisme et le manque d'esprit patriotique, par certains "penchants" fréquemment signalés et condamnés : prévarication, malversations, incapacité professionnelle, esprit de cabale et déni de justice ... Telles sont les conclusions du Sieur Lacourbe lors de son inspection en 1685 et lors de sa prise de fonction au Sénégal, en 1688 en qualité de directeur, lesquelles conclusions seront confirmées plus tard par différents rapports d'inspection : ceux de Brüe en 1723, de Saint-Robert en 1725, de Le Juge en 1732, dont suivent quelques extraits.

      

           Je viens de révoquer tout à l'heure le garde-magasin des ustensiles et d'en charger le Sieur Lescure qui s'en acquittera mieux. Le garde-magasin des vivres qui avait été surpris le soir dans une faute y est retombé ce matin en abusant de l'eau-de-vie de la Compagnie. Je l'ai révoqué sur-le-champ. 
          [...]
          Véritable vice-roi, le Directeur général se laissait entraîner à des excès d'autoritarisme et à confondre ses décisions arbitraires avec l'expression de la justice. Et bien que les lettres patentes (lettres du roi) du 5 février 1726 aient établi une juridiction spéciale pour la colonie du Sénégal, il arrivait à certains de faire fi de la légalité. (Le Juge)

         

          Les commis aux écritures étaient peu au fait des règles de la comptabilité ; à quelques exceptions près, ce sont des ignorants fiéffés ... (Plumet)

         Enfin revanche de la civilisation africaine sur l'européenne, il arrivait que des Blancs, même des commis très haut placés, allassent consulter les sorciers noirs et y payassent leurs services avec des marchandises de la Compagnie. Je ne saurais passer sous silence les superstitions de M. Julien (ditrecteur de la Compagnie) les marabouts nègres à qui il faisait des présents ; sur les prédictions desquelles il comptait comme sur des vérités ... On sait que ces marabouts parmi les Nègres procurent des objets et des bois qui causent des maladies languissantes et souvent la mort. (Delcourt)

                Cette première impression de relâchement moral et de connivence avec la population locale ne tarda pas à se confirmer dans maints autres rapports pour aboutir à cette conclusion implacable :    

          Ils étaient tombés dans une si grande corruption qu'il n'y en avait aucun, même les ecclésiatiques, qui ne se souille de toutes sortes d'excès. L'habitude en était si grande que les principaux, aussi bien que les habitants et les matelots, communiquaient aussi librement et aussi ouvertement avec les Négresses que si elles avaient été leurs légitimes femmes. C'était à qui ferait de plus belles productions et réjouissances dans cet infâme plaisir auquel on employait le plus beau et le plus précieux des marchandises de la Compagnie pour contenter et assouvir le luxe de ces impudiques. (Lacourbe)

          En conséquence, le premier soin que prit Lacourbe (nouveau directeur du comptoir) consista en des mesures urgentes, aussi radicales qu'impopulaires qui furent à l'origine de nombreuses frictions entre les "habitants" (les Français vivant au Sénégal) et le nouveau venu.

          La première de ces mesures porta sur la reconstruction de l'habitation de manière à la clore en la séparant ainsi des contacts avec les autochtones. Il s'en explique :

         
Je donnais tous mes soins à régler l'habitation. Je ne me contentais pas d'en bannir toutes les femmes du dehors ; mais pour empêcher que nos Blancs n'eussent aucun commerce avec les nouvelles chrétiennes, ni pareillement avec plusieurs marchandes qu'on est obligé de laisser coucher dans l'île parce qu'elles viennent de loin, je fis fermer la cour de l'habitation avec des palissades, et comme il n'y avait pas assez de chambres pour coucher les habitants, j'y fis apporter leurs cases faites de roseaux, et leur défendis sous peine d'une amende d'aller à celles des Négresses ; j'y fis faire aussi exactement la garde le jour et la nuit, tant pour notre sûreté que pour empêcher que personne ne couchât dehors ; je fis faire une cuisine pour tous les habitants, et les séparer par plats afin qu'ils n'eussent point besoin du secours des femmes et afin qu'ils ne prissent pas prétexte de donner leur linge à blanchir pour aller aux cases des Négresses, ou pour les faire venir dans les leurs.

           L'application de telles mesures suscita une vague de protestations de la part des Français qui reprochaient à Lacourbe d'avoir dérangé ainsi leur "ordinaire". L'intéressé lui-même en convint en ces termes :

          On ne saurait croire la peine que j'eus pour les réduire à leur devoir.

 

 

           Mais les employés et les soldats ne sont pas les seuls impliqués dans cette inconduite en Afrique, maints documents concernent également les dirigeants ou hauts cadres et plus étonnant encore des religieux, prêtres et aumôniers, comme on le verra dans un prochain article.


 

 



               N'hésitez pas à faire vos remarques ou à poser des questions.
 
 
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 18:13

"L'IMMIGRATION N'EST PAS UNE HISTOIRE SANS PAROLES"

Un livre original

          Original tout d'abord par sa texture qui mèle le présent, le passé et le futur.
          Original ensuite par ses auteurs. La synthèse de deux sensibilités différentes, deux perceptions d'un même phénomène.
          -Le fond : l'arrestation de 23 travailleurs maliens parfaitement intégrés dans la commune de Montfort-sur-Meu (5 000 habitants en Ille-et-Vilaine, Bretagne) munis de faux papiers mais avec un contrat de travail en bonne et due forme, sur réquisition de la préfecture à des fins de contrôle et d'expulsion. La réaction des habitants , leur stupéfaction suivie de leur indignation : réunions, pétition, manifestations, défilés (curé de la paroisse en tête) avec slogans "Liberez nos Maliens", "Rendez-nous nos Africains" ... Constitution d'un Collectif pour la défense de ces travailleurs arrêtés.

          Pourquoi un livre sur ce thème ?

          Nous, auteurs, avons voulu montrer qu'immigration et immigrés, c'est autre chose que des statistiques ou des chiffres, que ce ne sont pas non plus des notions abstraites.
          Il n'y a pas de problème de l'immigration. Il n'y a que certaines personnes qui en font un problème ou veulent qu'il en soit ainsi. Pourtant un Français sur quatre a une ascendance étrangère.
           L'immigration, c'est le besoin d'ailleurs. Qui n'a pas, un jour, éprouvé ce besoin ? L'homme est n migrant.
           Derrrière chaque immigré, il y a un monde, une histoire, des rêves, des souffrances, c'est-à-dire des vies.
          Notre but c'était de lever le rideau sur ce monde, sur ces vies et de faire entrendre ces rêves et ces souffrances, mais par la parole des immigrés, c'est-à-dire les intéressés eux-mêmes, afin de contribuer au débat et nourrir la réflexion sur le thème de l'immigration, vraisemblablement thème majeur du siècle qui commence.

          Nous avons voulu également nous servir de l'immédiateté de ces récits vivants à la première personne comme d'un "feu" pour réchauffer cette mémoire réfrigérée qu'est l'histoire des relations anciennes entre la France et l'Afrique.

          Au-delà de l'histoire des Maliens de Montfort, ce livre mène indubitablement à une introspection, une réflexion sur la société française, sur les rapports entre la France et l'Afrique, au-delà, entre le Nord et le Sud.

          Ce livre, c'est finalement un fragment d'histoire de France et d'histoire d'Afrique, autant qu'un instantané de la société française ... Le monde à travers le thème de l'immigration.
         C'est donc à la fois l'originalité et l'universalité réunies.
 

Editeur
                www.les-oiseaux-de-papier.com
          http://linacceptable.blog4ever.com/

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:59

 

 

 

 

 

 

 

"LA TRAITE DES NOIRS ET SES ACTEURS AFRICAINS" : POURQUOI UN LIVRE SUR CE SUJET ?

 

       

   Genèse d'une idée

 

         

          J'ai eu très tôt une vive curiosité pour le thème de l'esclavage et de la pratique esclavagiste, bien avant ma scolarisation et l'Université.

         D'abord pour l'esclavage traditionnel, pratiqué longtemps en Afrique avant l'arrivée des Européens. Mon père m'avait souvent parlé des 60 esclaves de son père, décrit leurs conditions de vie et leur place au sein de la famille. Jeune homme, j'ai côtoyé des personnes descendant de ces anciens esclaves familiaux, qui à leur tour, m'ont raconté la vie de leurs ancêtres. J'ai autant appris de ces personnes-là que de mon père.

          Puis, à l'Université de Dijon, nous avions en 2e année de faculté, au programme d'histoire moderne :

"les Amériques du début du 16e à la fin du 18e siècle", incluant le commerce triangulaire. Ma curiosité s'est alors muée en passion pour le thème de l'esclavage et la traite des Noirs. Cette curiosité se trouvait vivifiée par le lien que je cherchais à établir entre l'esclavage traditionnel pratiqué en Afrique et la traite européenne.

          Mes cours de faculté ne purent satisfaire cette curiosité alors décuplée. Mon professeur d'histoire moderne n'avait jamais de réponse à mes questions telles que :

- Quelle était la part exacte des Africains eux-mêmes dans le déroulement de la traite ?

- Etaient-ils libres de leurs actes ? En avaient-ils le choix? En étaient-ils conscients ?

- Comment procédaient-ils pour capturer des esclaves ? Qui étaient ces esclaves ?

- Quelles furent les conséquences pour les peuples d'Afrique qui se livraient à ce commerce, hier et aujourd'hui ?

- Quelles conséquences pour le continent et pour les Africains en général ?

          J'en fis donc le sujet de ma maîtrise d'histoire moderne. Et après l'Université, je continuai mes recherches partout où je pouvais, où des sources (écrites et orales) étaient disponibles. Ce qui m'amena à visiter maintes archives :

-Archives nationales

-Archives coloniales (Rue Oudinot)

- Archives de Vincennes, à Paris.

-Archives départementales et municipales : Bordeaux, Nantes, Saint-Malo parmi d'autres.

-Archives et sources orales en Afrique : Mali, Côte d'Ivoire, Togo, Bénin, Ghana, Sénégal.

- Ecrits divers, d'origines diverses : lieu et temps.

          Il s'agissait pour moi de répondre à des questions auxquelles je ne trouvais pas de réponse donc de satisfaire une curiosité purement intellectuelle, personnelle, sans autre intention. L'idée d'en faire la matière d'un livre, d'écrire un livre sur ce sujet ne m'est venue que très tardivement. Elle a pris corps dans mon esprit surtout après la conférence de Durban en Afrique du Sud : la "3e conférence des Nations unies contre le racisme", de début septembre 2001, au cours de laquelle des chefs d'Etat et des responsables politiques africains ont réclamé des "réparations" de la part des Occidentaux. Quelques arguments avancés à cet effet :

"Il faut tirer les leçons du passé et notamment de la traite des esclaves [...] Nous considérons par ailleurs que les responsables de la traite doivent assumer leurs responsabilités en payant des réparartions", ou encore :

"Les Allemands ont payé des réparations aux pays européens après la Première Guerre mondiale pour les crimes contre l'humanité (sic). Les Juifs ont reçu de l'argent pour les crimes contre eux durant la Seconde Guerre mondiale. Il y a beaucoup d'exemples de la sorte. Nous ne comprenons pas pourquoi il y a une hostilité à l'idée de réparation et de compensation pour l'Afrique [... ] Qu'y a-t-il de blasphématoire à cela ? Est-ce parce que les Africains ne le méritent pas ? Ou est-ce pour la difficulté de déterminer le montant ? Les Africains le méritent, c'est une affaire de principe..."

          Ces déclarations de Durban ajoutées à un certain nombre d'amalgames, entendus ou lus, dans la presse en Europe ou ailleurs, m'ont convaincu de tenter de porter à la connaissance du grand nombre les fruits de mes recherches et tout ce que j'ai pu glaner, appris et compris sur le sujet, ainsi que l'état de mes réflexions (qui ne sont pas terminées) car tout n'est pas beau dans l'histoire et toute histoire comporte ses ombres et ses lumières.

          Quel peuple, quelle nation n'a pas eu sa part des brûlures de l'histoire ?


 


Voir les sites suivants

           http://terra.rezo.net/article865.html

          http://www.clionautes.org/spip.php?article2156
         http://www.berg-international.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 15:37


Enfin l'Europe et l'Afrique, quelle histoire !

          L'ingérence dans les "affaires africaines" d'Etats européens, la destitution ou l'élimination de rois africains entre le XVIe et le XIXe siècle, mènent progressivement à l'occupation et à la colonisation du continent, lesquelles passent par débats et controverses, partout en Europe.
          Mais c'est indiscutablement en France que les archives sont les plus riches, que les débats comptent parmi les temps forts des joutes politiques des députés à la Chambre et dans l'opinion, dans le dernier tiers du XIXe siècle. C'est donc de la France qu'il s'agira ici.
          De la conquête coloniale à la décolonisation, de l'indigénat à la citoyenneté, bref de l'Afrique d'hier à celle d'aujourd'hui, les propos des pionniers de l'expansion française en Afrique, résonnent aujourd'hui bizarrement à l'oreille des Français et des Africains, à l'heure de l'invective sur les "bienfaits de la présence française en Afrique".
          Comment résister à la tentation d'exhumer quelques propos du genre, à commencer par ceux du grand poète et romancier, humaniste et  grand défendeur du droit, Victor Hugo qui dans un discours destiné à susciter l'adhésion à l'idéologie coloniale de gauche, prononcé le 18 mai 1879 (en présence de Victor Schoelcher, père de l'abolition de l'esclavage), s'esclamait :
          " [...] Cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie, déserte, c'est la sauvagerie. [...] Cet univers qui effrayait les Romains, attire les Français. [...] Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme, au XXe siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra.
          Allez, Peuple, emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! A qui ? A personne. [...] Dieu donne l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. [...] Prenez-la ;  non pour la  bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête mais pour la fraternité.
          Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ponts, faites des villes. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez, et que sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'Esprit divin s'affirme par la paix, et l'Esprit humain par la liberté. [...] Vive la République."

          Autre assertion de la même veine, du "grand homme" :
          "Quelle terre que cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire ! l'Afrique n'a pas d'histoire. [...] L'Afrique est obscure sans trop de rayons. Elle est couverte de ce qu'on pourrait appeler les ténèbres du soleil."
          Jean Jaurès fait implicitement écho à ces propos, en 1881 :
          "Quand nous prenons possession d'un pays, nous devons y amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu'on lui fera bon accueil, car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté. Nous pouvons dire à ces peuples sans les tromper [...] que là où la France est établie, on l'aime, que là où elle ne fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille plus, elle laisse derrière elle un long et doux crépuscule où les regards et les coeurs restent attachés."

          Qu'en pensent les Africains d'aujourd'hui ?
                                                     




(Pour d'autres exemples du XVIe au XIXe siècle : portugais, hollandais, anglais, voir ouvrage : La Traite des Noirs et ses acteurs africains, Editions Berg International, ) (cf blog : livres)

   

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 17:23
Projet d'élimination du roi Conco

(Toujours au Sénégal, ourdi par les responsables de la Compagnie française du Sénégal, contre un roi indocile et gênant, 24 juillet 1737, à Gorée)

"Les réflexions qu'on peut faire là-dessus ne peuvent être que tristes par les suites dangereuses que cette aventure doit avoir ; elle est d'autant plus déplorable qu'il n'a tenu qu'à un peu de précaution et de défiance qui aurait renversé tous les desseins de Conco ; on ne peut plus s'empêcher de lui donner le tort ni dissimuler un tel outrage. Nous sommes persuadés que la sûreté du commerce demande une vengeance d'éclat pour nous relever de tant d'affronts reçus et que ce sera le sentiment de la Compagnie. Mais comme il nous paraît de conséquence de la prendre cette basse saison et que nous ne pouvons recevoir à temps le ordres de la Compagnie, nous avons résolu de faire attaquer Conco par les Ormans, par les secours desquels nous tenterons de remettre Samba Guelaye sur le trône des Foules ; nous avons envoyé à cet effet un exprès en Galam nous avons donné ordre au Directeur de ce département de s’aboucher avec le chef des Ormans, le porter à chasser Conco du pays des Foules à guerre ouverte et placer son concurrent, au moyen de quoi il s'obligera de payer une somme aux Ormans dont ils seront convenus et que nous avons fixée à 3 000 livres, prix de France en armes, poudre, toile, ambre et autres marchandises qui seront portées dans la convention. Comme ce moyen nous paraît long et incertain, nous avons chargé le Directeur de Galam de proposer la tête de Conco à prix aux Ormans. Nous comptons beaucoup sur l'habileté du Sieur Sadon pour la réussite de cette négociation ; le point le plus difficile est d'obliger les Maures à se fier à notre parole car nous mandons au Conseil de Galam de ne faire d'autres avances que de 100 ou 200 livres de poudre au plus, mais de donner toutes autres assurances qu'il pourra.

De notre côté, nous pourrons peut-être engager Brack à faire des pillages dans le pays des Foules. Il est vrai qu'il nous en coûtera quelques avances d'armes et de poudre, mais qui n’iront jamais à plus d’une douzaine de fusils et de 100 barils de poudre ; les captifs que nous en retirerons nous indemniseront de ces armes ; au reste, nous devons courir les risques de ce petit prêt pour une affaire aussi importante pour nous que la mort ou l'exclusion de Conco. Ces différents ennemis que nous allons susciter à Conco, porteront peut-être les Foules à prendre le parti de Samba Guelaye, nous ne voyons point d'autres moyens de nous venger de Conco puisque nous ne pouvons le faire par nous-mêmes."

 

 

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 16:29


L'EUROPE ET L'AFRIQUE, HIER ET AUJOURD'HUI


L'antériorité de certaines pratiques passe inaperçue. Et pourtant. Il est un lien continu dans les relations entre ces deux continents : l'ingérence des Européens dans la vie intérieure des Etats africains.
Les Etats africains contemporains ont souvent connu cette ingérence sous la forme de coups d'Etat dans lesquels sont généralement impliqués des pays étrangers. Principalement européens, mais aussi Etats-Unis, voire l'ex-URSS.
L'Afrique a connu 186 coups d'Etat de 1956 à 2001. A cet égard, il faut distinguer deux générations de coups d'Etat : ceux perpétrés avant 1989-1991 et ceux d'après.
Avant la guerre froide, des Etats étrangers (Europe et Etats-Unis) sont impliqués dans 99% des coups d'Etat qu'a connus le continent. Il s'agissait alors soit d'éviter qu'un pays africain bascule dans un camp ou dans l'autre (bloc de l'Ouest ou bloc de l'Est). Ou le plus souvent d'écarter un chef d'Etat qui avait cessé d'être docile, pour le remplacer par un autre jugé plus accommodant ou "fabriqué de toutes pièces", qu'on installait à la tête du pays sans aucun égard pour la population, en "service commandé". Chef d'Etat africain au service exclusif des intérêts d'un Etat européen.
Dans cet exercice les rôles étaient bien convenus suivant la ligne de partage décidée depuis la conférence de Berlin (zones d'influence) en 1885.
- Les Anglais s'occupaient des Etats anglophones (leurs anciennes colonies).
- Les Français  des Etats francophones.
- Les Portugais des Etats lusophones.
- Les Espagnols des Etats hispanophones.
- Les Belges dans leurs anciennes colonies.
- Les Etats-Unis s'occupaient de tous.

Cette ingérence des Européens dans les affaires africaines est bien antérieure au XIXe siècle. Elle ne fit qu'entériner une pratique connue depuis le XVIe siècle, inaugurée par les Portugais, au Congo (Kongo), et en Angola. Mais les Portugais furent suivis par bien d'autres. Suit un exemple français :


PROJET DE DESTITUTION DU ROI DAMEL [Sénégal]

 

« Il serait essentiel pour le bien du commerce de la Compagnie [française] que le royaume de Thin, dont Damel vient de faire la conquête fût possédé par un autre ; il ne serait plus à portée d'avoir communication avec les Anglais, puisque ces derniers ne peuvent pas passer Portudal suivant les termes du traité fait entre les deux Compagnies, au lieu que Damel maître de deux royaumes est en état de se passer de nous ; on pourrait parvenir à le chasser du pays de Thin en fournissant des armes et des munitions à son concurrent qui est très porté à recommencer la guerre s'il en avait les moyens. Cela supposé, on prendrait de bons tempéraments pour assurer le remboursement des armes qui auraient été faites pour cette entreprise... ». Signé par Le Juge, Directeur et Commandant des forts et Isles de Gorée. (4 juillet 1737).


D'autres exemples seront évoqués plus tard.


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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 18:12

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LES OUBLIES DE LA MEMOIRE

            Ils furent nombreux ces Africains, Malgaches, Maghrébins, Indochinois qui ont versé leur sang pour la France, cette "Mère-Patrie" à la fois si proche et si lointaine.
Plus généralement, Français et Africains ont mêlé leur sang dans toutes les guerres de l'époque contemporaine où la France s'est trouvée engagée. Déjà dans la guerre de Crimée en 1854, celle du Mexique en 1862-1863 et surtout en 14-18 et 39-45. Ils y ont combattu loyalement, ont souffert, beaucoup y ont laissé leur vie ou leur santé.
        Un ancien combattant africain de 14-18, Bakary Diallo rapporte un sentiment partagé alors par la plupart d'entre eux : 
"Beaucoup parmi nous croient que nous ne sommes considérés que comme des chiens de chasse à lancer où besoin est". 
Cet autre tirailleur du "Bataillon des Tirailleurs sénégalais Malafosse" précise en 1917 :
        "Bataillon Malafosse n'a pas bon, jamais repos, toujours faire la guerre, toujours tuer Noirs".
       Chiens de chasse, les soldats noirs furent aussi des cérbères promus à la garde des camps de réfugiés espagnols (à l'issue de la guerre civile espagnole à partir de 1939) dans le Sud de la France. Ils s'en sont acquittés avec un zèle tout particulier, au point que certains parmi eux de retour chez eux en Afrique, affirmèrent à leurs compatriotes avec aplomb que la Deuxième Guerre mondiale avait opposé les Français aux Espagnols et que ces derniers avaient été vaincus.  
        Ceci était une tradition de la France. Déjà lors de la Première Guerre mondiale, des Africains furent envoyés pour des missions de police et de maintien de l'ordre, en Allemagne, en Grèce, dans les Balkans ... Le zèle avec lequel ils exécutèrent ces missions contribua à leur forger une légende "noire" de brutalité, de cruauté et de sauvagerie encore en bien des mémoires dans ces pays.
La liste des Africains sacrifiés serait trop longue. De 1939 à 1945, 158 000 soldats africains furent recrutés ; 15 000 d'entre eux furent tués dans des combats ou exécutés par les Allemands. Au total, on estime le nombre de tués africains et malgaches à 25 000 dont 2000 dans les Forces françaises libres (FFL) et 7000 duranrt les combats de la Libération. 25 000 croupirent dans les prisons et les frontstalags allemands en France où ils furent condamnés aux travaux forcés dans des conditions de misère et de dénument extrême.
      Où sont-ils ces morts et ces sacrifiés dans la mémoire collective des Français ? Dans les manuels scolaires, dans les lieux de mémoire ?


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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 17:15

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Eau-de-vie, élément de diplomatie

 

   Ce détail est sans doute peu connu. Les rapports entre les monarques, rois, princes européens et les rois africains ont été très nombreux du 16e à la fin du 18e siècle.

       De tous, c'est Louis XIV qui eut les relations les plus étroites, les plus suivies avec les rois africains.  C'est lui qui eut le plus d'échanges : de correspondances, de cadeaux de toutes natures, d'ambassadeurs. Il reçut notamment des fils de rois africains à Versailles où ses derniers séjournèrent parfois plusieurs années.

 

    Mais il est surtout un petit détail assez piquant. Certains rois de la côte africaine étaient friands d'eau-de-vie française. Curieusement c'est par l'entremise des Hollandais  - les pires ennemis de Louis XIV -  que l'eau-de-vie française fut connue et popularisée en Afrique et ... en France !

    En effet, paradoxalement, ce sont les Hollandais qui ont donné le goût de l'eau-de-vie française aux populations côtières africaines, de même que ce sont eux qui ont popularisé la consommation de l'eau-de-vie et relancé son commerce en France même au 17e siècle. Ce produit était alors considéré avant tout comme substance médicinale depuis le Moyen Age.  Les Hollandais en firent un produit de consommation courante en France d'abord, en Afrique ensuite en l'incluant dans la ration ordinaire de leurs matelots qui voguaient sur les côtes africaines tout en pourchassant les navires français qu'ils voulaient éliminer du commerce avec l'Afrique.

C'est donc par ces derniers que les Africains firent la connaissance de l'eau-de-vie. Et lorsqu'ils surent que ce produit était français d'origine et de provenance, ceci contribua sans aucun doute à renforcer davantage auprès d'eux et dans leur imaginaire, le prestige de la France, donc de son roi, Louis XIV.

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