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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 12:46

Pourquoi tant de polémique et de malentendu ?

de Tidiane DIAKITE*

 

Si le thème de la traite des Noirs et de l’esclavage devient de nos jours un sujet de polémique et d’affrontements en France, c’est que ce qui devait être dit et fait ne l’a pas été au moment opportun. Il en va de même des vérités sur la colonisation.

La traite atlantique fut longtemps considérée comme un sujet tabou, à enfouir au plus profond des consciences. Or, ce sujet reste, qu’on le veuille ou non, un sujet d’histoire. La vérité historique ne peut s’accommoder indéfiniment de la culture du tabou.

Depuis quelques années, des villes françaises, qui furent pendant trois siècles des foyers actifs de la traite, telle Nantes (bientôt Bordeaux ?), ont pris le parti de faire face à cette réalité incontournable de leur passé. Ce qui les honore.

Si tous les protagonistes du commerce esclavagiste faisaient preuve du même courage et de la même lucidité, nous aboutirions à terme sinon à un consensus historique, du moins à une relative paix des consciences.

Si la traite fut indéniablement un crime parmi les plus odieux contre l’humanité, les criminels qui lui ont permis de naître et de culminer au summum de l’horreur sont à rechercher à la fois en Europe et en Afrique. Sans la complicité active et intéressée de chefs africains eux-mêmes, la traite n’aurait eu ni l’ampleur ni la durée qu’on lui connaît.

La mémoire de la traite doit être une mémoire partagée afin que ce triste épisode de l’histoire africaine ne reste pas dans les cœurs de ceux qui en furent les victimes, une blessure toujours à vif. Au-delà de l’Afrique, les traites négrières (occidentale et orientale) constituent une tache sur la page de l’histoire de l’Humanité.

Chaque protagoniste et chaque camp  - celui des acheteurs européens comme celui des vendeurs africains -  doit d’abord porter le regard au fond de sa propre conscience avant de le porter sur les autres. Seul moyen de tirer les leçons de ce passé commun afin de parvenir à une nécessaire réconciliation des esprits, en tournant ensemble, définitivement, une page douloureuse de l’histoire de l’humanité. 

 

* Auteur de « Les collaborateurs africains de la traite atlantique. XVe- XIXe siècle. Société des Ecrivains »  

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 12:22

  Le  CRAN ou ECRAN  ?

 

          

            Il est des « détails » qui mériteraient plus d'attention et d'interrogation parmi ce foisonnement infini des faits d'actualité. La création du « Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) » est de ceux-là.

            Le 26 novembre 2005, dans une salle de l'Assemblée nationale, les responsables d'une soixantaine d'associations de défense des droits des Africains et de collectifs Antillais ont lancé ce « conseil » d'un genre nouveau en France. Que l'Assemblée nationale soit le berceau de ce mouvement est en soi lourd de sens quant à l'état de la République et de la société française de nos jours.

            A mon sens, la création d'un tel mouvement dans ce pays est une erreur, une voie sans issue qui ne pourra qu'approfondir davantage le malaise, voire le mal-vivre à l'origine de cette initiative, laquelle s'apparente à un véritable suicide social. Son effet premier sera d'élargir le fossé entre les « Noirs » et les « Blancs », les premiers s'enferrant dans une fausse identité inhibitrice. La couleur de peau ne pouvant en aucune manière tenir lieu d'identité. Il conviendrait par conséquent de le dissoudre rapidement afin de pouvoir s'immerger dans la nation par des voies plus appropriées.

            Mais comment ne pas comprendre ses promoteurs ? Pour ces frères de « couleur », la coupe du mépris et des humiliations quotidiennes est sans doute pleine. Beaucoup de Noirs en France sont des concentrés de souffrances ambulants, des blessés permanents du coeur et de la mémoire. Comment ne pas comprendre la violence extrême de cette jeunesse à la mémoire confisquée et à l'avenir hypothéqué ? Ces adultes désarmés et dépouillés de l'essentiel : leur dignité ? Dès lors, ce cri surgi des profondeurs, longtemps étouffé, devient « CRAN », en réalité « écran », qui isole et appauvrit. Car au sortir de leur assemblée, les membres de cette « confédération noire » auront-ils à leur service exclusif, une administration noire, des commerces et des transports noirs, des hôtels et des écoles noirs... ? Ont-ils d'autres choix que le partage du quotidien, voulu ou contraint, avec tous les autres enfants de la République ?

            Cette même République a-t-elle rempli le contrat qui la lie à tous ses enfants ? Comment concilier la naissance d'une confédération de Noirs au sein de la République avec les valeurs fondatrices de celle-ci ? Bien des Français vivent encore dans la mentalité coloniale. Le regard qu'ils portent ainsi sur le Noir ou l'Arabe est celui du colonialiste au colonisé. Ce regard colonial, éternel poison corrosif, crée indubitablement la distance, en rongeant le tissu social et l'esprit de nation, celui de partage et de justice.

            C'est moins par racisme invétéré que par conservatisme mental que ceux désignés aujourd'hui par le vocable de « minorités visibles », tout particulièrement les colonisés et descendants d'anciens colonisés, sont mis en marge de la société. Le peuple français est l'un des plus conservateurs au monde. La mentalité française reste encore fortement imprégnée des réflexes de la société d'Ancien Régime, société d'ordres (noblesse, clergé, tiers état), hiérarchisée et inégalitaire. Les anciens colonisés y constituent une sous-catégorie spéciale : les sous-ordres, qui ne peuvent accéder aux ordres supérieurs quels que soient leurs talents et leurs mérites.

            La France se soucie-t-elle réellement de l'insertion effective de ses minorités dites visibles ?

            La banalisation en France de l'insidieuse expression « black, blanc, beur » n'est-elle pas en soi un indice révélateur de la dissolution de l'esprit de nation et de la notion même de « peuple français » ? Elle dissocie et stigmatise de la façon la moins valorisante les éléments constitutifs de la nation en « blanc, beur, black. » Ce dernier, de consonance anglo-saxonne est impropre à la culture française. Il imprègne le mental des jeunes Noirs, les éloignant ainsi de la culture originel du milieu dans lequel ils évoluent.

            Cette segmentation de la nation selon la couleur de peau s'inscrit insidieusement dans les consciences et les réflexes. Les seules couleurs reconnues et honorées comme telles doivent demeurer celles de l'emblème national : bleu, blanc, rouge.

            Le CRAN, comme « black, blanc, beur », demeure une plaie béante au flanc de la République.

Tidiane DIAKITE, professeur agrégé.

                                                                                   

                                                                      

 

[*] Voir ouvrage de l'auteur qui vient de paraître aux Editions L'Harmattan : France, que fais-tu de ta République ?

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 12:06

Par sa conception, son organisation et ses effets, la traite atlantique ou traite européenne fut un phénomène sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

          Commencée dans l'amateurisme et l'anonymat, la traite culmina, du XVe au XIXe siècle, dans une maîtrise et un raffinement qui accentuèrent d'autant la marque qu'elle imprima au continent africain.

          Si tous les peuples d'Afrique ne furent pas acteurs, la traite atlantique apparaît encore aujourd'hui comme une plaie mal refermée au flanc de tout un continent (de même que la colonisation du XIXe siècle qu'elle entraîna et dont elle fut le prétexte), comme un passé rebelle au temps, tant elle imprégna et continue d'imprégner les hommes et les cultures. Ce séisme multiséculaire ne cesse de troubler le présent de ses secousses souterraines.

            Qui est responsable?

            L'Europe ou l'Afrique?

            Les acheteurs ou les vendeurs?

           Si la dimension strictement africaine de la traite atlantique reste peu abordée, elle n'en constitue pas moins un des aspects essentiels constitutifs de son histoire.

          On ne peut faire l'économie d'un débat honnête, lequel doit éviter à quiconque de s'arroger le droit de porter une condamnation unilatérale, encore moins de réclamer une quelconque indemnisation. Il faut au contraire en tirer, pour tous, les leçons qui éclairent les rapports entre les « bourreaux » et les « victimes ».C'est à ce prix qu'on pourra refermer le livre de l'esclavage pour se tourner résolument vers l'avenir.

 

          Tidiane DIAKITE, professeur agrégé, originaire du Mali, fut très tôt sensible au phénomène de la traite atlantique dont il fit le thème de son mémoire de maîtrise universitaire.   


NB  : Quelques exemplaires sont encore disponibles exclusivement chez l'auteur.

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 11:19

Ou Comment s'en sortir ? 

 

Depuis son émergence de l'étau colonial, veut-on vraiment que l'Afrique sorte du marasme où l'ont plongée 40 années de programmes d’« aide » bilatérale et multilatérale ? Il est urgent de stopper cette machine infernale. 

 

Il faut que l'Afrique s'ausculte enfin elle-même : elle en a les moyens et les compétences. Diagnostiquer le mal et en conséquence mettre sur pied un protocole de guérison et un traitement à long terme ne nécessite qu'une volonté politique de la part des élites africaines. Elles pourraient alors s'appuyer sur le génie et l'énergie inextinguible des populations pour rétablir le train Afrique sur ses rails et lui permettre de redémarrer. 

 

Sinon, le champ de ruines qu'est l'Afrique actuelle pourrait très vite se transformer en champ de mines et l'Occident sera dans l'impossibilité de se barricader plus longtemps face à « l'invasion de la misère du monde ».  

L'auteur passe en revue les diverses facettes de l'Aide et propose une stratégie de sortie de la crise structurelle. 

 


Tidiane DIAKITE
est originaire du Mali. Professeur agrégé et docteur en histoire, il exerce en France après avoir enseigné en Afrique.  

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 10:31

                                   

               Si la jeunesse est l'avenir du monde,  la jeunesse africaine mérite qu'on lui tende la main.   

        Que fait l'Afrique pour sa jeunesse ?   

        Que fait le monde et surtout l'Europe pour les jeunes d'Afrique  en cette ère de mondialisation ?    

       Cette jeunesse sera-t-elle donc condamnée à n'avoir comme seule perspective  que l'immigration clandestine vers l'Europe, avec son corollaire : la certitude  au mieux d'être exploitée dans les ateliers clandestins souterrains de Paris ou  de Rome par les négriers modernes « des sous-sols » ; au pire de servir de proie  aux requins ou de mourir asphyxiés dans les cales de navires de fortune ou au fond de camions plombés ?   

         La jeunesse d'Afrique cumule tous les handicaps. A la faillite politique des aînés  s'ajoute le poids de structures sociales et culturelles sclérosantes. Or l'évolution  est au prix de cette remise en cause.  

            C'est à cet éveil qu'il faut convier la jeunesse africaine elle-même, mais aussi  toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté en Europe notamment.  

         L'aide internationale à l'Afrique sous sa forme actuelle est-elle adaptée aux  besoins réels de ce continent ?   

         Pourquoi l'Afrique sombre-t-elle quand l'Asie ou l'Amérique latine émergent ? 

 

 

Tidiane DIAKITE se définit volontiers comme un rescapé du Styx.   

 

       Né au Mali dans une famille de paysans, il est aujourd'hui professeur agrégé de l'Université, docteur en histoire et exerce en France après avoir enseigné plusieurs années en Afrique. Sa riche expérience du terrain ainsi que sa double culture enrichissent ses propos en faveur de la jeunesse africaine

 

 

 

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25 mai 2006 4 25 /05 /mai /2006 14:57

                                                   La France douterait-elle d'elle-même ? 

  
                                                  
 

 


     Comment ce merveilleux pays est-il aujourd'hui devenu cette nation aux fractures multiples en danger d'implosion ? 

 

     Les Français doivent apprendre à se regarder, se parler et croire en leur destin. Le désarroi actuel, ce « mal-vivre » de la société française provient pour une bonne part de la méconnaissance de l'histoire de France et des leçons qu'elle est censée prodiguer.  L'école, le civisme, en France, sont en crise profonde. Le nier serait suicidaire. Les réhabiliter et sauver la République exige le concours de tous. La République ne peut vivre en dehors des citoyens. Comment faire de la France une démocratie moderne et apaisée ?   

 

     La rénovation de la pratique politique s'impose à cet égard comme une voie prioritaire. Le défi pour les responsables politiques est double : conforter la cohésion nationale et assurer le rayonnement extérieur de la France qui n'est elle-même que lorsqu'elle parle le langage de l'Universel au nom de l'Universel. Son génie ne s'épanouit pleinement qu'au contact de l'autre. La grandeur de la France est désormais conditionnée à sa capacité d'ouverture au souffle du Monde. Toute son histoire l'y prépare.


 Tidiane DIAKITE est originaire du Mali. Professeur agrégé d'histoire, il nous livre ici, en observateur attentif et averti, sa vision humaniste de la France.  

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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 13:20

Une réflexion sur l’école de nos jours  

160 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans qualification ni diplôme. Un véritable gâchis !

     Qui en est responsable ?

-     les enseignants ?

- les responsables hiérarchiques : chefs d’établissement, inspecteurs, Administration ? Le système porte-t-il en son sein les germes de l’échec et du gâchis ? Et les parents ? Le fardeau de l’échec scolaire est mal partagé.

A force d’accumulation de textes et de réformes, mal pensés et mal digérés, le système éducatif français est devenu cette lourde machine sans âme, empêtrée dans ses contradictions sans nom, incapable de se rénover sainement afin de préparer la nation et sa jeunesse aux réalités et aux défis du XXIe siècle.

Les non-dits de l’échec scolaire sont autant de facteurs de blocages et de régression. Les révéler au grand jour en donnant aux enseignants la place et la considération qu’ils méritent devient une urgence, condition du renouveau et du progrès de l’école.

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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 10:52

 

 Le professeur est mort, vive le prof 

 

 

L'échec scolaire en France n'est pas le fruit du hasard et n'a rien d'une fatalité. 

Ce livre permet une radioscopie de l'école, sans fard, en révélant les blocages qui la minent de l'intérieur ainsi que les responsabilités à tous les niveaux du système.

A force d'accumulation de textes et de réformes mal pensés et mal digérés, le système éducatif français est devenu cette lourde machine sans âme, empêtrée dans ses contradictions sans nom, incapable de se rénover sainement afin de préparer la nation et sa jeunesse aux réalités et aux défis du XXIe siècle. 

Au terme d'un diagnostic précis et sans concession, l'ouvrage débouche sur une série de propositions destinées à sauver l'école et ses enseignants.

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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 10:30

 

Le Professeur est mort, vive le prof   

 

L'Education nationale, c'est près du quart du budget de la nation, soit 1700 euros par an et par habitant.

Pour quel résultat ?

Une école de moins en moins égalitaire, menacée de ghettoïsation accélérée que désertent de plus en plus les valeurs fondatrices de la République.

Un élève sur sept entrant en 6e ne sait pas lire et gravira les échelons de la 6e à la 3e sans savoir lire correctement.

La mutation profonde qui caractérise l'école en France depuis 30 ans s'accompagne aussi de celle de l'enseignant. Insensiblement, le professeur cède le pas au «prof», démuni, dégradé, aux repères brouillés dans une société qui l'observe et le juge.

Qui est responsable de l'échec scolaire ? Les profs, les chefs d'établissement, les inspecteurs ou les parents d'élèves ?

Les non-dits de l'échec scolaire constituent autant de blocages vecteurs de crises et d'échec.

L'école a plus que jamais besoin d'une action forte, lucide et courageuse.


                       
                   

     http://www.editions-harmattan.fr





 

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12 mai 2006 5 12 /05 /mai /2006 20:52
 
Le mal, pour les pays d'Afrique, c'est la flatterie de la part de pays plus avancés qui ignorent ou feignent d'ignorer certaines réalités. La France, en particulier, à qui un si long commerce de l'Afrique noire aurait dû permettre d'être au fait de certaines réalités intimes du continent, se complaît - soit par souci de ménager son image auprès des Africains, soit par ignorance coupable - dans une attitude qu'on ne peut guère qualifier d'attitude de vérité à l'égard de l'Afrique. Cette attitude se résume par des flatteries continuelles ; on parle alors de sérieux dans des pays où il existe tout sauf le sérieux ; on qualifie de courageux un peuple qui consacre le plus clair de son temps à danser, à boire et à mendier.

"Dans tous les pays d'Afrique où j'ai servi, j'ai écrit soit au ministre de la Fonction publique, soit au ministre de l'Education nationale, le plus souvent aux deux à la fois, pour leur demander de me recevoir afin que leur parle leur parle de mon expérience, en leur dressant un tableau des revers que j'ai pu constater dans les services administratifs ainsi que dans les écoles. Si une seule de ces "personnalités" avait daigné me recevoir (ou seulement me répondre) me donnant ainsi l'occasion de m'exprimer, l'idée d'écrire ces lignes ne me serait certainement pas venue.
"Le dialogue démocratique, libre et confiant est difficile, voire impossible en Afrique noire. A défaut d'un tel dialogue, il ne reste plus qu'à déballer le linge sale sur la place publique. Susciter la réflexion et favoriser ainsi l'introspection constructive sont les buts assignés à ces propos, car, pour le présent et pour l'avenir de l'Afrique, j'estime que toutes les vérités sont urgentes à dire."


Tidiane DIAKITE est originaire du Mali. Titulaire d'un doctorat d'histoire, il a enseigné plusieurs années en Afrique.
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