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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 16:29


L'EUROPE ET L'AFRIQUE, HIER ET AUJOURD'HUI


L'antériorité de certaines pratiques passe inaperçue. Et pourtant. Il est un lien continu dans les relations entre ces deux continents : l'ingérence des Européens dans la vie intérieure des Etats africains.
Les Etats africains contemporains ont souvent connu cette ingérence sous la forme de coups d'Etat dans lesquels sont généralement impliqués des pays étrangers. Principalement européens, mais aussi Etats-Unis, voire l'ex-URSS.
L'Afrique a connu 186 coups d'Etat de 1956 à 2001. A cet égard, il faut distinguer deux générations de coups d'Etat : ceux perpétrés avant 1989-1991 et ceux d'après.
Avant la guerre froide, des Etats étrangers (Europe et Etats-Unis) sont impliqués dans 99% des coups d'Etat qu'a connus le continent. Il s'agissait alors soit d'éviter qu'un pays africain bascule dans un camp ou dans l'autre (bloc de l'Ouest ou bloc de l'Est). Ou le plus souvent d'écarter un chef d'Etat qui avait cessé d'être docile, pour le remplacer par un autre jugé plus accommodant ou "fabriqué de toutes pièces", qu'on installait à la tête du pays sans aucun égard pour la population, en "service commandé". Chef d'Etat africain au service exclusif des intérêts d'un Etat européen.
Dans cet exercice les rôles étaient bien convenus suivant la ligne de partage décidée depuis la conférence de Berlin (zones d'influence) en 1885.
- Les Anglais s'occupaient des Etats anglophones (leurs anciennes colonies).
- Les Français  des Etats francophones.
- Les Portugais des Etats lusophones.
- Les Espagnols des Etats hispanophones.
- Les Belges dans leurs anciennes colonies.
- Les Etats-Unis s'occupaient de tous.

Cette ingérence des Européens dans les affaires africaines est bien antérieure au XIXe siècle. Elle ne fit qu'entériner une pratique connue depuis le XVIe siècle, inaugurée par les Portugais, au Congo (Kongo), et en Angola. Mais les Portugais furent suivis par bien d'autres. Suit un exemple français :


PROJET DE DESTITUTION DU ROI DAMEL [Sénégal]

 

« Il serait essentiel pour le bien du commerce de la Compagnie [française] que le royaume de Thin, dont Damel vient de faire la conquête fût possédé par un autre ; il ne serait plus à portée d'avoir communication avec les Anglais, puisque ces derniers ne peuvent pas passer Portudal suivant les termes du traité fait entre les deux Compagnies, au lieu que Damel maître de deux royaumes est en état de se passer de nous ; on pourrait parvenir à le chasser du pays de Thin en fournissant des armes et des munitions à son concurrent qui est très porté à recommencer la guerre s'il en avait les moyens. Cela supposé, on prendrait de bons tempéraments pour assurer le remboursement des armes qui auraient été faites pour cette entreprise... ». Signé par Le Juge, Directeur et Commandant des forts et Isles de Gorée. (4 juillet 1737).


D'autres exemples seront évoqués plus tard.


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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 14:52





AFRIQUE ET DEMOCRATIE : UN LONG CHEMIN



          L'esprit démocratique, la culture de démocratie, se heurte à des écueils lourds et profonds, tenant à une série de facteurs socioculturels. Le nier ne fait rien avancer.
          En tout premier lieu, le poids excessif du groupe sur l'individu (déjà mentionné ici mais combien important). Ensuite la tyrannie de l'âge. L'obéissance ou la soumission aveugle à l'aîné, simplement parce que c'est l'aîné. Certes. Le respect et la considération dus aux personnes âgées est une nécessité qui s'impose et une marque de civilisation (qui différencie de l'annimal) mais dans les justes proportions, sans idolâtrie ni abdication de sa conscience ou son libre arbitre, bref de sa faculté de jugement et de discernement.
          La solidarité familiale et celle du groupe, ce bien si précieux comporte cependant, parfois, un revers redouta-ble en Afrique. En niant l'individu, c'est-à-dire son existence,  par ricochet, la liberté et la responsabilité individuelles, on tue le moteur de la réalisation de soi. Sans cette liberté et la responsabilité de l'individu, il n'est pas d'épanouissement véritable ni progrès par l'effort de construction de soi. 
          En Afrique le groupe tue.
          Autre écueil. La place du chef dans la société et dans l'imaginaire des Africains est aussi un facteur de démobilisation mentale et d'inhibition contraire à l'esprit démocratique. Puisque le chef est "Chef", c'est-à-dire oint des cieux  -pense-t-on- il a tous les pouvoirs.
          Ainsi le Président de la République, chef de l'Etat, incarne tous les pouvoirs en sa personne : le pouvoir absolu. Son fils sera ipso facto président et chef de l'Etat à la mort de sont père, dans la plupart des cas. Il jouit aussi le plus souvent de l'impunité.
          Contrairement au principe et à l'éthique de la monarchie ou de la chefferie ailleurs, où le roi ne justifie son pouvoir que par l'obligation morale de protection et de justice envers son peuple. Dans les monarchies anciennes et modernes, le serment royal n'est pas dénué de sens. Le roi, en accédant au trône, prête serment devant ses sujets, jure fidélité à la nation, jure de défendre son peuple, de le protéger, de lui garantir paix et bonne justice, la main sur des reliques, sur la Bible ou la Constitution. Le Président de la République, dans les régimes républicains fait le même serment devant la nation.
          Ce faisant, le roi des monarchies modernes comme le président se lie au peuple par un contrat (à la fois politique et moral). Ce contrat est le fondement même du principe démocratique et du pouvoir des gouvernants, garant des libertés. Les révolutions avaient pour origine (et justification) dès le Moyent-Age (en Europe), la rupture de ce contrat par le souverain.
          C'est cette notion de contrat qu'il faut aujourd'hui inscrire dans la culture politique en Afrique. Le déni de droits et de justice frappe le progrès dans ses racines. Les gouvernants ont un problème de légitimité dès lors qu'ils ignorent leurs responsabilités à l'égard des citoyens et de la nation, et surtout quand ils considèrent que leurs droits sont supérieurs à leurs devoirs.
          Certes, les présidents africains font sans doute le même serment qu'ailleurs lors de leur investiture mais qui ne va guère parfois au-delà des mots, sans réelle conscience de l'engagement et la responsabilité que ces mots impliquent.  En Afrique, au temps de la traite des Noirs et de l'esclavage, c'est le  roi ou le chef qui vendait ses sujets aux étrangers sans avoir à rendre de comptes.
          Quelle place cette culture du chef ayant le droit de vie et de mort sur son peuple occupe-t-elle encore dans le subconscient de certains Africains ? Quelle est la part d'une telle culture aujourd'hui concernant les présidents africains ? Fonde-t-elle encore leur conception du pouvoir ?
          Or, il existe dans le plus profond de l'histoire de certains peuples africains des éléments très intéressants par rapport au respect des droits de l'individu, et la bonne gouvernance, qui peuvent aujourd'hui servir de ferments à l'éclosion d'une démocratie moderne et authentique.
          C'est à ces sources qu'il faut pouvoir puiser afin d'y retrouver les fondements de la régénération politique en Afrique.
 

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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 12:23

DEMOCRATIE ET ESPERANCE DE VIE ?

          J'ai lu récemment dans Courrier International N° 921, un article extrait d'un hebdomadaire africain d'opinion,  qui présentait  la démocratie selon l'opinion populaire. Curieuse perception !
           "La démocratie ne se mange pas ... Elle ne prémunit pas du paludisme. Elle ne rend pas plus attractif le riz local. Même si l'adulte de chez nous jouit du droit de vote, il n'en jouit en moyenne qu'une trentaine d'années. On vote et on meurt à 32 ans."
           Autrement dit, chez eux, les citoyens ont le droit de vote mais l'espérance de vie dans ce pays ne dépasse guère 32 ans ; comme s'il y avait là une antinomie entre démocratie et longue espérance de vie.
           Si l'espérance de vie est si faible dans certaines régions d'Afrique (en l'occurence au Zimbabwe car tel était le sujet de l'article), c'est sans doute aussi parce que ces Etats n'ont jamais connu de démocratie véritable. Précisément le cas du Zimbabwe, comme d'autres, en est l'incarnation.
           Dans ce pays, le déni de justice, de liberté et de sécurité a entraîné la faillite de l'économie. Avec une inflation à 1000% comment vit le peuple ? Bien sûr le peuple et non les membres du cercle dirigeant qui ne sont nullement concernés par un tel marasme économique. Ils peuvent tout et ont tout, y compris la liberté de massacrer impunément leurs concitoyens, sous prétexte d'élection.
           Si la démocratie sociale et politique est ainsi bafouée, l'espérance de vie, à la longue, ne sera plus de 32 ans mais de 18 ans !
          "La liberté et la propriété sont les fondements de l'abondance et de la bonne agriculture.[...] Je ne les ai vues florissantes que dans les pays où ces deux droits de l'homme étaient bien établis."  
          Avec un gouvernement aussi criminel, qui affame et tue ses populations, la notion d'espérance de vie a-t-elle encore un sens ? Les mots démocratie, élection, vote ont-ils un sens ?

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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 15:00

FAMINE EN AFRIQUE : LE COUPABLE ?

          L'Afrique ne s'en sortira jamais si elle n'inclut pas dans sa culture la vertu de la rétrospection et de la responsabilité. Ainsi, l'Afrique n'est responsable de rien : ni de sa misère, ni de ses difficultés économiques, voire politiques.
          Pour une fois cependant, s'agissant de la pénurie alimentaire dans ce continent, les responsabilités ne sont pas qu'africaines. Elles se situent à plusieurs niveaux dont suivent les principaux :
          - Niveau international. Les organisations financières internationales : FMI et Banque mondiale qui ont imposé aux Etats africains dès la fin des années 70 l'intensification de la pratique des cultures d'exportion afin d'honorer les dettes dont ils étaient redevables vis-à-vis des pays industrialsés, bailleurs de fonds, au détriment des cultures vivrières.
          - Les pays industrialisés eux-mêmes, Etats-Unis en tête, mais aussi Union européenne, qui subventionnent massivement leurs agriculteurs et excluent de ce fait les producteurs africains de la compétition internationale, confisquant à leur seul profit les avantages de la mondialisation. Ce qui entraîne l'inondation des marchés africains de produits importés à bas prix qui ruinent un peu plus les produits locaux et ôtent aux paysans africains le goût et la capacité de produire.
          - Tout de même. La responsabilité des dirigeants africains aussi qui ont fait preuve de cécité politique coupable ainsi que d'un manque de courage évident. 
     
          Si, à quelque chose malheur est bon, il faut espérer que deux leçons salutaires soient tirées des difficultés alimentaires actuelles par les Africains.
          1. Puisse cette crise réconcilier les Africains avec les produits locaux et leur en rendre le goût, en activant en eux créativité et inventivité.
          2. La conviction, pour les dirigeants surtout, qu'il ne saurait jamais y avoir de développement, pas plus en Afrique que nulle part ailleure au monde, sans progrès de l'agriculture, c'est-à-dire de la production nécessaire à l'alimentation correcte des populations.
          - Car des paysans anémiés ne peuvent produire pour se nourrir et nourrir leur pays.
          - Car des mères anémiées ne peuvent produire un lait de qualité pour la structuration et la consolidation physique et intellectuelle de leurs bébés.
         - Car des écoliers affamés ne peuvent assimiler dans les meilleures conditions les enseignements et apprentis-sages qui leur sont dispensés.

          Enfin, puissent les dirigeants africains s'inspirer de cette universelle leçon : c'est l'agriculture qui produit l'industrie. C'est lorsque les paysans produisent suffisamment pour se nourrir et dégager un surplus commercialisable que l'industrie se crée et s'épanouit.
          Partout, en Grande-Bretagne notamment, comme en France ou ailleurs, c'est ce processus qui mena à l'industrialisation. A cet égard, les premières industries dans ces pays, furent des industries agroalimentaires.

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 16:40


LA FAMINE

ORIGINES ET RESPONSABILITES

     
       La crise alimentaire que nous vivons aujourd'hui doit être une formidable leçon pour le monde et tout particulièrement pour les pays africains (plus exactement les responsables africains).
       Pour le monde : car le modèle de développement sur lequel s'est construit la modernisation des Etats industrialisés d'Europe et d'Amérique depuis la première révolution industrielle du début du XIXe siècle, conduira demain  - s'il n'est pas corrigé -  à une impasse certaine. Cette modernisation se fait, de toute évidence, aux dépens de la nature et de la santé psychique des humains. On massacre la nature et on soumet les esprits à la loi du profit ainsi qu'à la cadence infernale de la productivité ; toutes choses qui aliènent les consciences.
       Après avoir saigné les arbres, massacré les forêts, les poissons et les papillons, pollué les eaux, les airs et les terres, que fera l'homme ? Où vivra-t-il ? De quoi se nourrira-t-il ?
       Pour l'Afrique : Les Africains, en copiant servilement le modèle de développement occidental, se sont apparemment affranchis de toute réflexion salutaire sur un autre mode de développement possible. Ils se sont dispensés de toute recherche d'un modèle de développement inspiré de leurs cultures anciennes (respectueuses du vivant) et mariées avec le meilleur de l'Occident, celles strictement orientées vers l'épanouissement de l'être.
       Ainsi, en pensant Occident, en respirant Occident, en consommant Occident, en rêvant Occident, ils ne peuvent ni égaler cet Occident, ni promouvoir leurs propres valeurs. Ils importent désormais ce qu'ils consomment, au détriment de leurs cultures et productions traditionnelles dont ils ont perdu le goût. La responsabilité des dirigeants africains depuis les indépendances est écrasante. On a méprisé les paysans pour courir après une hypothétique insdustrialisation. Le résultat est un double échec. L'échec de l'agriculture entraînant l'échec de l'industrie.
     Conséquence : les Africains consomment ce qu'ils ne produisent pas et produisent ce qu'ils ne consomment pas. Ces mêmes responsables africains ont depuis toujours  - autre péché capital -  confondu industrialisation et développe-ment, économie et modernité, en oubliant l'essentiel : l'Humain.
  



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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 17:33


DE LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE : QUESTIONS SOUS-JACENTES


        
  Dans cette Afrique de 2008

  -  A quoi sert à un analphabète la proclamation des droits de la presse ?
  -  A quoi sert à un affamé le droit de vote ?
  - Que vaut la République ou la démocratie sans justice sociale?
 
    Puissent les dirigeants africains s'inspirer de cette vision positive de la démocratie : "L'exercice social et politique de la modestie", c'est-à-dire l'éthique politique et sociale, le sens de l'Etat et celui du devoir envers la nation.
   Puissent-ils également s'inspirer de ces propos du Prix Nobel de la paix (1950) Ralph Bunch :
"
Pour que la paix ait un sens pour la multitude des êtres humains qui n'ont connu que la souffrance  - en temps de paix comme en temps de guerre -  elle doit se traduire en pain ou en riz, en habitat stable, en santé et en éducation ainsi qu'en dignité humaine et en liberté."
   L'école de la modestie, de l'éthique politique et sociale devrait donc être ce passage obligé pour tout gouvernant africain, le premier des devoirs.






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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 17:41

 



UNE PEDAGOGIE NECESSAIRE

       
La récente élection présidentielle au Zimbabwe, cette caricature sanglante de la démocratie et du vote est hautement symbolique de l'usage du mot "vote" mais surtout de la perception de la politique en Afrique d'une manière générale.

        La politique ou faire de la politique a un sens spécifiquement africain, tout particulièrement dans le cerveau des dirigeants africains. Des exceptions confirment cette règle. Mais en réalité, il en est si peu !
        Faire de la politique, c'est s'enrichir, c'est occuper le poste le mieux situé stratégiquement pour s'enrichir, en confondant les ressources de la nation avec ses intérêts propres, en subordonnant les premières aux seconds.
        Là réside la source de bien des maux dont souffre ce continent.
        Ce dont  l'Afrique a aussi besoin aujourd'hui, c'est d'une pédagogie de l'éthique en politique qui permettrait de replacer le terme dans son étymologie et ses objectifs premiers. Pourquoi ne pas l'enseigner à tous les niveaux d'apprentissage scolaire et universitaire ?
        La politique, c'est l'autre (ce sont les autres). Ce n'est pas le moyen de s'enrichir sur le dos du peuple, mais de servir ce même peuple  (chacune de ses composantes sans exception, particulièrement les plus faibles) en l'aidant à mieux vivre, à s'épanouir, dans la diginité, le respect de son intégrité et de sa conscience.
         La démocratie et le suffrage impliquent respect de l'autre et humilité. Confisquer le vote des citoyens à son profit, c'est pervertir l'esprit démocratique et violer la volonté et la conscience populaire. Ce qui constitue un crime contre la démocratie comme il s'en commet beaucoup en Afrique.
        Cette pédagogie doit aboutir à ancrer profondément dans les consciences :
        - que tous les êtres, quelqu'ils soient, ont des droits à la naissance.
        - que chaque être humain a droit à la liberté, à l'éducation, à la santé, à la sécurité : le droit dêtre heureux.
        - que la raison d'être de tout gouvernement, partant de toute politique, c'est la garantie de ces droits et le dévouement implicite à les inscrire dans l'action au quotidien.
        - que tout gouvernement qui ne se conformerait pas à ces prescriptions cesse d'être légitime.
        - bref que faire de la politique, ce n'est pas recevoir, mais donner (don de soi, de sa personne, de son temps, de son énergie, de ses facultés intellectuelles et morales, de sa conscience), se "sacrifier", sans autre contrepartie que le bonheur de servir et d'être utile. 






 
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 17:13

           

     

  Françafrique, panne d'Afrique ?


           Une nébuleuse opaque recouverte du manteau de la coopération.
           Qui coopère ? Avec qui ? Pourquoi et pour qui ?


          Pour avoir reconnu, avec lucidité et courage, ce qu'il nomme "le déficit de bonne gouvernancedans certains pays africains", le secrétaire d'Etat à la Coopération, M. Jean-Marie Bockel, vient d'être muté d'office au Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants, pour satisfaire certains chefs d'Etat africains qui avaient réagi avec véhémence auprès du gouvernement français, à cette "ingérence" inadmissible dans les "affaires africaines".
          En effet, de quoi se mêle-t-il ?
          Car la Françafrique, ce n'est ni la France, ni l'Afrique. C'est tout autre chose. Une construction atypique, une nébuleuse de réseaux occultes, de liens personnels, tissés au cours de décennies entre chefs d'Etat, dignitaires et oligarques africains et français, cercle fermé, verrouillé qui ne s'ouvre pas à qui veut.
          Qu'on est loin de l'esprit du discours de La Baule de 1990 !
          La Françafrique reste la Françafrique, parce que l'esprit et les pratiques qui l'ont fondée et qui la fécondent demeurent.
          Avant M. Bockel, il y eut M. Jean-Pierre Cot, ministre de la Coopération du président Mitterrand, autre victime expiatoire de la Françafrique, désavoué, et brutalement remercié, pour ses prises de position sur le caractère opaque et peu constructif de ces réseaux "françafriquins".
          Or, de tous les ministres français de la coopération, depuis le général de Gaulle et depuis qu'existe un ministère de la coopération en France, M. Jean-Pierre Cot est celui qui avait la vision la plus éclairée, la plus juste, sans doute la plus constructive des rapports entre la France et l'Afrique en général et de la coopération entre les deux pays en particulier. C'est celui qui avait le verbe vrai, en aucune façon entaché par quelque compromission que ce soit. Peut-être avait-il trop à coeur d'aider réellement l'Afrique, en lui permettant de tirer le meilleur profit possible de la coopération qui la liait à la France. Ce ministre, mieux que personne, avait perçu et diagnostiqué quelques unes des plaies chroniques qui rongent et étouffent l'Afrique depuis si longtemps. Il avait manifesté publiquement la nécessité d'y porter remède et voulait pour cela, placer l'homme au centre de la politique d'aide au développement, estimant que prétendre développer un Etat sans poser comme préalable à la réalisation de cet objectif, la libération des corps et des esprits, n'était que coupable hypocrisie.
            Or, précisément, certains parmi ces chefs d'Etat qui ont le plus vivement protesté contre cette  "ingérence" du ministre français dans les affaires africaines, sont la honte de l'Afrique et un obstacle à son progrès.        
          Après son éviction, désabusé, il confesse : "Je considérais le combat pour les droits de l'homme comme une composante de la politique étrangère française. Encore fallait-il lui donner un contenu : les déclarations de principe, les démarches individuelles, ne suffisaient pas à mes yeux. J'étais en particulier choqué par le discours dominant : n'en parlons pas et agissons discrètement." Discours qui justifie hier comme aujourd'hui, toutes les inerties. Celles qui caractérisent la Françafrique qui, en 2008 comme en 1990, jouit d'une constance inentamée.
          En Afrique, déni des droits de l'homme et de justice, se conjugue le plus souvent avec corruption, népotisme ou incompétence. Si la France se porte caution d'une telle réalité, la Françafrique restera ce qu'elle est.
          Alors
          Vive la Fançafrique
          Pour que périsse l'Afrique !

                 

 

 

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 16:48





      AFRIQUE ET            DEMOCRATIE
Où en est-on ?


 

          Le Sommet France-Afrique est l'une des deux institutions (uniques au monde) incarnant la spécificité des rapports qui lient la France au continent africain ; la deuxième institution étant le Sommet de la francophonie, laquelle est élargie à d'autres nations francophonesdu monde même si le concept est né en Afrique francophone, à l'initiative de chefs d'Etat africains.
          Le Sommet France-Afrique fut inauguré sous le septennat du président Georges Pompidou en 1973. Depuis 1988, il se réunit tous les deux ans en alternance avec le Sommet de la francophonie.
          En 1990, le Sommet s'est réuni à La Baule. Celui-ci, qualifié d'historique, devait marquer  un tournant dans la politique de la France à l'égard de l'Afrique. En effet, soulignant le lien entre aide, démocratie et développement pour la première fois, le président François Mitterrand déclarait que l'aide française serait plus "tiède" pour les régimes autoritaires et "enthousiaste" envers ceux qui s'ouvriront à la démocratie. En d'autres termes, l'aide de la France à l'Afrique serait désormais liée aux progrès réalisés dans la démocratisation au sein des Etats.
          Des institutions internationales : Fonds Monétaire International (FMI), Banque mondiale et Union européenne même adoptèrent la même attitude à l'égard de l'Afrique en subordonnant l'aide à la pratique de la "bonne gouvernance". Ce sont les fameuses "conditionnalités". L'aide ne devait plus être octroyée sans conditions ni contrepartie.
          Est-ce un harsard ?
          1990 ! Le mur de Berlin n'est plus. Le bloc de l'Est vacille. C'est la fin de la guerre froide. Ceci signifie pour l'Afrique que ses gouvernants ne bénéficieront plus de cette "manne", l'aide sans contrepartie, assurée et garantie, déversée sous forme de pluies de devises sur la tête des dirigeants africains.
          Bloc de l'Est et bloc de l'Ouest, à qui mieux mieux, chacun tentant d'avoir le plus de fidèles possibles sous sa chapelle idéologique. Pour cela il suffisait d'arroser les responsables africains, au besoin, en les aidant à tenir à merci leurs populations. L'Afrique bénéficia longtemps de cette rente stratégique générée par la guerre froide.
          Après le sermon de La Baule et l'avènement de l'ère des "conditionnalités", plusieurs chefs d'Etat africains ont compris le message et savamment contourné son esprit. Démocratie, multipartisme, liberté d'expression ? Soit. Qu'à cela ne tienne. Il y aura bien multipartisme, naissance de multiples partis politiques, de même organisation d'élections dites libres, liberté de la presse...
          Mais, qu'est-ce qu'une démocratie sans droits de l'homme ? Le président organise volontiers des élections, mais à condition qu'il les remporte, à coup sûr. "Je ne permettrais jamais à l'opposition d'arriver au pouvoir", jure l'actuel président du Zimbabwe, profession de foi entonnée par l'armée et la police à sa solde.
          Qu'est-ce qu'une opposition sans droits ni moyens d'expression ?
          Qu'est-ce que la liberté de la presse si les directeurs de journaux et les journalistes sont baillonnés, arrêtés, enfermés, liquidés ?
          A croire que les élections sont le prétexte recherché pour massacrer et éliminer les opposants. Le Zimbabwe (où les résultats de l'élection présidentielle du 29 mars 2008 ne sont toujours pas publiés à ce jour, 25 avril 2008, la vérification des bulletins imposée par le chef de l'Etat se déroulant toujours dans son bureau) n'est malheureusement pas le seul à s'illustrer ainsi dans ce déni flagrant de démocratie. Il y eut le Kenya, mais aussi le Togo ou la Côte d'Ivoire.
          Ailleurs, la tendance c'est la monarchisation de la République, la Constitution étant "retouchée" perpétuellement afin de permettre l'élection à vie du président.
          Le coût payé par ce déni de démocratie est lourd. La frustration qu'il engendre parmi les populations est lourde de dangers pour l'esprit de nation et le progrès économique et social. Elle se traduit par la mauvaise gestion des affaires de l'Etat et le cycle désastreux : répression, régression.
          Quand un régime réprime le désir et les tentatives légitimes de ses citoyens de disposer des mécanismes de prise de décisions démocratiques, inscrits dans les textes officiels et les Institutions, il les pousse inéluctablement à la violence.
          Certes, des exemples contraires à la règle : Sénégal, Mali, Bénin ou Ghana autorisent l'espoir, mais ces expériences démocratiques, pour être confirmées, ont besoin de la caution du temps.








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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 17:01

 




              




UN CHEMIN LONG ET CAHOTIQUE


          Les femmes africaines, longtemps victimes, n'entendent pas demeurer les éternelles oubliées de l'histoire. Timidement, elles lèvent la tête. Maints indices attestent d'une prise de conscience et d'une volonté d'exister, non plus dans l'ombre, mais au grand jour : le droit d'être comme tout le monde et de faire comme tout le monde.
          A travers des associations féminines, de véritables "forums" s'ouvrent un peu partout en Afrique, dont beaucoup sont initiés et animés par de jeunes femmes, tel le "Cercle des théologiennes africaines engagées". Ce mouvement s'attaque à certains interdits, notamment les violences faites aux femmes au nom de la tradition. L'une des responsables de ce mouvement présente ainsi ses objectifs :
          "Non seulement nous voulons interpeller nos congénères femmes à ne pas se laisser instrumentaliser par la société et la religion, mais également nous nous adressons à nos institutions. Nous devons reconnaître que les structures sociales sont créées par des êtres humains et, par conséquent, peuvent être bouleversées, réorganisées ou abandonnées si elles ne donnent pas satisfaction".
          Et, dans une lettre symbolique à ses ancêtres, elle plaide pour une gestion intelligente de la tradition en ces termes :
          "Ô mes ancêtres, je suis convaincue que nos différents héritages : l'africain, le chrétien, et aussi l'islamique, ont quelque chose à nous dire. Même ce que nous pouvons hériter de l'Occident peut être mis à contribution dans un sens positif. Mais, si le passé a quelque chose à nous dire, il n'a rien à nous imposer".
          Dans un continent où, dans de nombreuses cultures, on considère que la place de la femme se réduit au foyer et aux échelles inférieures de la société, la tâche de celles qui, aujourd'hui, tentent de secouer les inerties mentales et de se forger une carrière politique n'est que plus ardue. Pourtant, partout en Afrique, le nombre de ces combattantes de l'arène politique s'étoffe d'année en année : elles sont députées, ambassadrices, ministres ...
          Dans ce domaine de la promotion politique de la femme, les pays d'Afrique australe (anglophones et lusophones) ont une nette avance sur les Etats d'Afrique de l'Ouest et du Centre francophones : 24% de députées en moyenne dans les parlements nationaux pour les premiers contre à peine 11% pour les seconds.
          D'une manière générale, si bien des contrées et des cultures en Afrique confinent encore la femme dans un rôle subalterne et dans un statut d'éternelle mineure, un vent nouveau semble se lever. Certes , le chemin est encore long et l'égalité homme-femme en Afrique est loin d'être une réalité et ne le sera sans doute probablement pas avant longtemps. Les principales embûches sur le chemin sont surtout la pauvreté et le sous-développement dont les femmes sont les premières victimes. Cependant, partout on constate l'émergence de forces latentes. On sent d'imperceptibles indices qui permettent de détecter un mouvement de fond, comme une prémisse de l'éclosion de cultures nouvelles portées par les femmes.
          Tout ceci donne le sentiment d'une certaine désintégration sociale et culturelle, d'un écroulement général du passé, mais qui, en même temps, ouvre la voie à quelque chose de nouveau. C'est la conjonction de ces "résistances" douces mais actives qui suscite l'espoir.

                                           
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