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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 16:06

LES AFRICAINES ET LE SYNDROME DE LA MELANINE

CAMPAGNE CONTRE LE BLANCHIMENT DE LA PEAU !


      20% des femmes noires originaires d'Afrique et des Antilles et rédisant à Paris se blanchissent la peau à l'aide de produits dangereux pour leur santé. 
           La campagne initiée par la mairie de Paris le 3 novembre 2009 avec ce slogan "séduire ... oui ! Se détruire ... non !" vient à point nommé (il est simplement significatif qu'une telle campagne soit lancée à Paris et non à Accra, à Lagos ou à Dakar).
           On peut aussi considérer qu'au lieu de porter sur les seuls dangers du blanchiment de la peau, elle rendrait un insigne service aux Africaines si elle pouvait mener celles-ci à une prise de conscience de leur beauté naturelle qui devient laideur sous les perruques blondes.
          Beaucoup d'Africaines vivant en France (ailleurs aussi) ont totalement manqué le rendez-vous de l'esthétique.
          L'argument avancé par le président du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), pour expliquer cette pratique du blanchiment de la peau, me paraît insuffisant, fort en dessous des réalités. Selon M. Patrick Lozès "si certaines Françaises se blanchissent la peau, c'est qu'il existe dans notre pays une forme de hiérarchie mélanique : les sondages montrent que les Noires sont deux fois plus victimes de discriminations que les métis."
          Certes. Mais il s'agit en l'occurrence, avant tout, d'une question de santé individuelle et publique. Ensuite, cela va évidemment au-delà de la peau et touche au plus profond du mental et du culturel. Ce n'est qu'un des aspects du complexe colonial.(1) A cet égard, que l'argument du président du CRAN est décalé ! M. Lozès a-t-il parcouru les rues des principales villes d'Afrique, celles du Ghana, du Nigeria ou du Sénégal ... ? Le phénomène du blanchiment de la peau étant apparu depuis bien longtemps dans ces pays.
          En plus du complexe ci-devant évoqué, certaines femmes africaines qui pratiquent le blanchiment,  sont motivées par le souci de séduire leurs hommes, qui, apparemment sont demandeurs. L'un des produits les plus utilisés à cette fin, et des plus nocifs, contenant de l'hydroquinone (interdit dans l'Union européenne et aux Etats-Unis dans les cosmétiques) est importé d'Afrique où curieusement aucune autorité politique  - à ma connaissance -  n'a songé à l'interdire.
          Cette pratique du blanchiment de la peau appartient à la même motivation que l'usage des perruques ou maquillages inappropriés. 
          Quelle gifle pour les théoriciens de la "Négritude", et surtout quel camouflet cinglant pour le poète sénégalais, Léopold Sedar Senghor, porte-flambeau de cette Négritude, chantre et promoteur impénitent des valeurs noires et de la beauté naturelle de la femme africaine !

   Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
[..]
Femme nue, femme obscure
Savane aux horizons purs,
Savane qui frémit aux caresses du vent de l'Est
[..]
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau"

          Hélas ! M. le Poète ; "femme noire", pour notre malheur, n'a plus ni forme ni peau !



(1) : Un prochain ouvrage abordera les racines du phénomène dans une analyse approfondie du complexe colonial.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 14:04

DES AFRICAINS A VERSAILLES

         
Les relations entre Français et Africains restent à écrire, pour l'essentiel, au-delà des rapports de nature strictement politique ou marchande.
          Il existe tout un pan ignoré, en tout cas fort peu abordé (rapports d'avant colonisation notamment). Ce "pan caché" gagnerait cependant à être davantage exploré et mis en lumière pour permettre une lecture plus conforme aux réalités des relations multiséculaires entre deux peuples à la fois si éloignés et si proches l'un de l'autre.
          Les contacts furent nombreux et de qualité entre les rois de France et les Africains. Ce sont ces rois de France qui frayèrent le chemin. Si Louis XIV n'innonve pas en ce domaine (Zaga-Christ, fils supposé du Négus d'Ethiopie, s'était rendu en France et fut reçu à la cour du roi), il fut incontestablement celui qui laissa le plus de témoignages et qui manifesta le plus grand intérêt au continent. Ce qui peut paraître contradictoire, avec la promulgation du "Code noir" par le roi en 1685 (1), pour un homme d'aujourd'hui mais qui était un progrès pour l'époque.
          Il est incontestable que le règne du Roi-Soleil enregistra le plus grand nombre de visiteurs africains parmi lesquels deux sont éminemment représentatifs parce que les mieux connus : Matéo Lopez, ambassadeur du roi d'Ardres en 1670 et Aniaba, prince supposé.
          L'ambassadeur Matéo Lopez fut reçu avec faste et solennité, avec tous les honneurs dus à son rang, non seulement par Louis XIV en personne, mais aussi par la Reine, le Dauphin, le Duc d'Orléans, ainsi que par les Grands du royaume. Il fut très fortement impressionné et par cette réception, et par les "merveilles de France", au point d'affirmer "qu'il ne fallait rien voir sous l'univers après avoir vu la France". Il fut honoré par le Roi qui manifesta à travers lui mille égards pour le souverain d'Ardres. Ce dernier avait fait présent à Louis XIV de deux javelines remises par son ambassadeur. Le présent que Louis XIV fit en retour au roi d'Ardres par le même émissaire, témoigne par sa valeur de l'importance qu'il accordait à ses relations avec ce roi : un riche fauteuil, le portrait encadré de Louis XIV, deux grands miroirs encadrés, huit tapisseries de Beauvais, différentes étoffes précieuses et brocarts.



          Quant à Aniaba, il fut sans aucun doute la personalité africaine la mieux reçue à la cour de Louis XIV (si l'on en croit les archives) et dont le souvenir est resté le plus vivace, à la fois comme symbole des rapports entre la France et l'Afrique, mais aussi de l'intérêt du roi pour ce continent, ainsi que du respect qu'il avait pour ses souverains. Arrivé à la cour de Louis XIV en 1688, les Français le traitèrent en prince, et comme tel, il fut baptisé en 1692, en grande pompe à Notre-Dame où il fut accompagné par Bossuet, précepteur du Dauphin.
          Louis XIV assista à la cérémonie en tant que parrain, et à cette occasion, lui donna son nom : Aniaba devint alors Louis Aniaba par la grâce du roi de France. Il servit ensuite dans l'armée du roi. Lous XIV le nomma capitaine dans la cavalerie française.
           En 1700 il résolut de retourner dans son pays d'où il établit une correspondance régulière avec le roi de France, son parrain, jusqu'à la mort de ce dernier.
           Mais la cour des rois de France ne recevait pas que des ambassadeurs ou des princes africains. Elle comprenait également parmi ses serviteurs, des domestiques noirs. Sous Louis XIV, plus précisément vers la fin du 17e siècle naissait en France la mode de la domesticité noire et surtout à partir du moment où de "nouveaux riches" des Antilles commencèrent à revenir s'établir en métropole. Les Noirs domestiques en France provenaient soit directement d'Afrique, soit des Antilles (mode plus ancienne au Portugal, en Espagne et en Italie où elle date du 16e siècle environ).

(1) En effet, il nous paraît étrange aujourd'hui que cette ordonnance (dont un certain nombre des dispostions étaient visiblement inspirées par l'Eglise) ait été considérée à l'époque comme apportant des progrès sensibles au sort de l'esclave en donnant notemment une existence légale et en limitant le pouvoir tout puissant de son maître. C'était la lecture qu'en faisait Louis XIV lui-même. De fait, le Code noir ne semble apporter aucun progrès par rapport aux pratiques habituelles les plus barbares qui puissent être imaginées. Il aura simplement conféré à l'esclave un statut intermédiaire entre les biens meubles et les hommes libres. 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 11:36



                             UN MOT, DEUX VISIONS



          Qui ne voit d'emblée ce que recouvre le concept de "liberté" en Europe?
          Et en Afrique, quel contenu, quelle pratique ?
          En Europe, la liberté est surtout née et a pris corps face au carcan féodal du 11e et 19e siècle. C'est elle qui fut créatrice de l'économie et de la vie du capitalisme. Laisser l'individu libre, le laisser aller, le laisser faire, cette

revendication fut un des piliers du capitalisme naissant. Et l'égalité politique qui était réclamée était nécessaire pour mettre l'individu et ses biens éventuels à l'abri de l'arbitraire féodal. La liberté politique [qui en est le prolongement]
 fonde pour l'individu le droit de participer aux affaires de la Cité. Mais pour l'Occident, cette liberté doit s'étendre jusqu'au refus.

         
Ainsi, c'est dans la mesure où l'individu peut dire non sans risque, qu'il peut atteindre la plénitude de la liberté. Le refus est le point culminant où l'individu se réalise dans toute sa liberté ; le refus peut être absolu, catégorique.
          Non ! Je refuse ! Là réside sans doute la différence fondamentale entre les deux systèmes de valeurs.
          En Afrique, l'individu ne se réalise que dans le groupe. Il ne peut dire non au groupe, c'est-à-dire la famille (surtout la belle-famille qui le menacerait de reprendre sa fille, et pour lui le risque de perdre la face), à la famille élargie, au clan. Ce serait signer son acte de mort sociale. La conséquence immédiate du refus en effet, c'est l'ostracisme. Autrement dit, sans le groupe, point d'existence pour l'individu, point de salut. C'est le groupe qui fait l'individu et lui confère son identité.
          La relation individu-groupe est une question essentielle en Afrique. L'évolution constatée du fait de l'urbanisation galopante et de la mondialisation de l'information, qui rogne des pans entiers de la tradition, est loin de rendre cette question caduque.
          Mais la fusion de l'individu dans le groupe, dans la mesure où cela ne lui autorise ni autonomie de pensée et d'action, ni responsabilité directe de ses actes, est-elle favorable au développement de ses potatialités, de sa personnalité ?

(Tous les avis sont les bienvenus)
(A suivre)


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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 15:55

LA MYTHOLOGIE DU CHEF

          Le drame qui se joue en Guinée depuis le 28 septembre découle d'une culture politique qui n'est pas propre à ce pays ; elle est largement partagée en Afrique.
          Le culte du chef est bien une réalité dans ce continent où persiste un véritable mythe du chef qui, couplé à la conception qu'on se fait généralement de la politique, ne peut qu'engendrer de sanglantes épreuves de force.
          Dans l'imaginaire traditionnel, peu importe ce qu'il fait. Le chef reste le chef. C'est lui qui "a" et qui "peut", mais pas qui "doit". Au contraire, c'est celui "à qui on doit". Même élu, il est chef ou président par la "Grâce de Dieu" et non par le suffrage des citoyens.
          Par conséquent, s'opposer à lui est un sacrilège qui demande beaucoup de courage et d'abnégation. Toute opposition frontale s'apparente à un sacrifice de soi (de soi et des siens).
          Il n'empêche, ces opposants, ces victimes qui acceptent le martyre pour dire non ! ou ça suffit ! voilà l'espérance en Afrique.
          Au-delà du chef, c'est la culture politique elle-même qui reste à réviser. Changer de mentalité, à cet égard, pour intégrer dans les consciences que le chef est chef pour servir le peuple et non pour se servir du peuple. Pour donner au peuple et non s'enrichir aux dépens du peuple. Pour servir et donner à tout le peuple et non à sa famille ou à son clan. Cette "confession" d'un ancien chef d'Etat africain (du Burundi), Piere Buyoya, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en 1987, et qui, après quelques années passées à la tête du pays, a décidé de se retirer, après, pensait-il avoir mis celui-ci sur la bonne voie, celle qui mène à la démocratie, est un indice révélateur.

Quand vous arrivez au pouvoir, vous avez derrière vous un groupe de personnes, une ethnie, des forces. Lorsque vous voudrez partir, vous prendrez cette décision seul et contre tous. Ceux-là qui vous ont aidé et servi, refuseront que vous partiez et menaceront même votre vie.

          Autrement dit, le pouvoir, c'est la propriété exclusive d'un homme, d'une famille, d'un clan. C'est cette idée de la politique qui doit changer pour que les mots "République", "Démocratie" aient un quelconque contenu en Afrique. Sinon ce continent demeurera encore longtemps cette pépinière riche de Dadis Camara, de Sékou Touré, de Lansana Conté et autres Amin Dada ... qui se succéderont sur le trône des "Républiques" d'Afrique.
                         

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 16:26

 A QUAND LA SORTIE DU TUNNEL ?

Le cas de la Guinée mérite réflexion. Cas symptomatique à plus d'un titre.
- la géographie : un pays outrageusement doté par la nature. Pays  aux  richesses fabuleuses où la population cependant croupit dans la pauvreté et de dénuement.
- l'histoire : la difficulté à se gouverner selon des principes démocratiques simples, qui respectent la personne et le droit.

Le 28 septembre 1958, la Guinée, par la voix de son leader Sékou Touré, à la tête du Parti démocratique de Guinée, dit non, avec véhémence et outrance, au nom de la liberté et de la dignité, à la proposition du Général de Gaulle de former "l'Union française" comprenant la France et ses anciennes colonies.
La Guinée fit le choix de l'indépendance, première colonie d'Afrique à sortir ainsi du giron de la France.
Sékou Touré, le premier et charismatique président, suscita, par cet acte héroïque face à la France, respect et admiration en Afrique et dans le monde.
Après 26 ans de "règne", il laissa à sa mort, un bilan des plus calamiteux :
- des milliers de morts, fusillés ou pendus,
- des millions de Guinéens contraints à l'exil,
- un pays exsangue, sans économie ni perspective,
- des Guinéens désemparés.
Dans la capitale Conakry, en 1984, les chèvres erraient dans les ministères vides et délabrés.
Le nouveau chef de l'Etat guinéen autoproclamé en 2008, transforma la fête nationale du 28 septembre 2009 en véritable carnage national : 157 morts recensés et 1253 blessés sous les balles de sa garde prétorienne.
La capitale guinéenne a été le théâtre des journées les plus sanglantes du dernier quart de siècle sur le continent africain. (Ouest-France, 29 septembre 2009).
Ce "capitaine-chef d'Etat", D. Camara, avait succédé à un "général-président", L. Conté, arrivé également au pouvoir par un coup de force, avant de mettre le pays en "coupe réglée" pendant 24 ans. Il eut en ligne de mire, durant cette période, ceux qu'il qualifiait de "droits de l'hommistes" et qu'il jurait d'exterminer totalement dans son pays. En la matière, il est loin d'apparaître comme une espèce rare en Afrique.
Comment expliquer que les dirigeants africains qui se sont gargarisés des mots  "liberté" et "démocratie" avant l'accession à l'indépendance, soient aujourd'hui dans l'incapacité de gouverner selon ces principes démocratiques qu'ils prônaient ?
Faut-il incriminer une certaine culture ancienne ou une main extérieure ? Sans doute les deux.

S'il a pu y avoir à la tête de la Guinée ce chef d'Etat autoproclamé en 2008, responsable de tant de morts et de blessés, en une seule journée en 2009, c'est qu'avant lui ce pays connut un chef d'Etat du nom de Sékou Touré qui régna en maître absolu pendant 26 ans, auquel succéda un général-président, Lansana Conté, arrivé au pouvoir à la faveur d'un putsch, et qui régna sans partage 24 ans durant.
Dadis Camara est le fils posthume de ses deux prédécesseurs. Il est né de la même culture politique, il agit et agira, mû par la même culture politique. Après lui, un autre ? De la même filiation ? Qui se nourrira de la même culture politique ?




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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 16:08

               DES NUANCES NECESSAIRES

              Deux messages reçus me rappellent opportunément qu'il y a tout de même quelques rares voix féminines discordantes, au Mali, qui se sont exprimées en faveur du nouveau code de la famille (qui vient d'être renvoyé aux députés pour un second examen).
              Que c'est réconfortant !
              Mais leur voix est si faible et celle de la majorité est si forte !
              Fines gouttelettes dans la marée hurlante !
             N'empêche, même minoritaires, ces voix, heureuses exceptions, méritent admiration et respect. Gouttelettes si précieuses, parce que si rares !
            Je souhaite donc apporter la nuance nécessaire en citant quelques réactions de femmes, sans doute parmi d'autres (mais peut-être plus discrètes ? ).

           - Une  enseignante :  

 De nombreuses filles mariées à 10, 11 ou 12 ans sont décédées ces dernières années dans la région de Kayes. Le nouveau code permettra d'interdire ce genre de situation, car les coupables seront désormais punis et condamnés à une amende.

           - Une autre enseignante :

Le Mali n'est pas un Etat fort ni un pays de droit. Dans un pays où 51% de la population sont des femmes, il est lamentable de renvoyer un tel code qui protège les femmes, à la relecture ...

           - Une étudiante :


          Enfin Mme Sira Diop, la première bachelière du Mali, ancienne enseignante, ancienne présidente de l'Union Nationale des Femmes du Mali, continue, à 80 ans passés, à militer en faveur de l'émancipation des femmes et au sein d'associations diverses, nationales et internationales à caractère humanitaire comme SOS Village d'enfants ... Pour elle ce nouveau code constitueAvec ce code, je suis fière de mon pays. Il ne faut surtout pas le changer.
 une réelle avancée pour les femmes.

Les femmes vont mieux connaître leurs droits et avantages. Mais pour les femmes analphabètes, qui sont soumises à leur mari, on peut comprendre leurs réactions vis-à-vis de ce texte. Or celui-ci, s'il doit être promulgué, poussera les femmes à davantage s'émanciper et à prendre en main leur destin. Par exemple, le code stipule la séparation des biens entre conjoints en cas de monogamie ; ceci est une forme d'avancée. Avant, tout ce que la femme gagnait appartenait à son mari. Si un homme avait une dette envers sa femme, celle-ci était automatiquement annulée du fait de la coutume, et si c'était l'inverse, la femme restait redevable à son mari. Ces situations liées à la tradition minimisaient le statut de la femme ... Il faut que ce code passe ... Nous autres femmes, nous avons lutté pour ce code depuis les années 50 ...
J'ai l'impression que le Mali est un pays qui est en train d'être envahi par le fondamentalisme religieux venu des pays arabes.
                                           (interview accordée au "Journal du Mali" le 27 août 2009) 

               Mme Diop dans cette interview, met précisément le doigt sur la principale explication du rejet de ce texte par une majorité de femmes au Mali :
              - la coutume, la tradition,
              - l'influence de l'islam.
            
             A l'aliénation de la femme par certaines traditions s'ajoute celle due à une religion dont les hommes se sont servis pour asseoir leur domination sur la femme. En effet, la force de la tradition pèse lourdement sur la femme au Mali car "le propre de la coutume est de rendre  normales  des choses qui ne le sont pas" (Mark Twain). Quant à la religion, elle aussi marque fortement les esprits. Cette double aliénation en effet, rend toute ouverture difficile aux femmes, surtout analphabètes. Il est compréhensible dans ces conditions que les notions : égalité homme-femme, droit des femmes, émancipation de la femme ... aient si peu de  résonance au Mali.


                                                                                                                         
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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 12:51
LE DIALOGUE OU LE CHAOS ?

        Plusieurs semaines avant la réunion du G20 à Pittsburg aux Etats-Unis, des critiques systématiques et des protestations enflammées ont été entendues sur son inutilité, voire sa nocivité.
       Je ne suis pas de ceux qui pensent que les rencontres entre dirigeants du monde sont dénuées d'intérêt. Quel qu'en soit le résultat, ces rencontres donnent toujours matière à réflexion sur l'état du monde.

                     POURQUOI ?

         - D'abord parce que je préfère le G20 au G8. Cet élargissement à d'autres pays est porteur de sens.
         - Parce que chaque fois que des dirigeants du monde se réunissent pour parler du monde, de ses plaies, de ses larmes et de ses espoirs, de son avenir, cela constitue toujours une avancée.
        Aucun sommet, aucune institution internationale ne peut résoudre d'un coup de baguette magique les contentieux du monde.
       - Parce qu'en matière de relations internationales, la main tendue vaut toujours mieux que le poing fermé.
      - Parce que, le pire pour toutes les nations du monde, petites ou grandes, c'est le silence dans lequel on s'ignore et qui ignore.
      - Parce qu'enfin, si l'on s'oppose au dialogue des nations, on aura le vide, c'est-à-dire le pire.

      D'aucuns protestent parce que les membres de ce G20 ne sont pas mandatés par leurs peuples. Mais ils ont été élus chez eux, normalement, c'est-à-dire démocratiquement, par leurs concitoyens. L'essentiel étant qu'ils représentent dignement à la fois leurs peuples et le monde et qu'à l'issue du sommet, ils en fassent un compte rendu honnête, en débattent démocratiquement et en tirent les leçons avec leurs peuples.
      Lors de la grande crise mondiale des années 30, toutes les nations du monde se sont tourné le dos, se murant dans leur égoïsme national, dans la tourmente économique, mijotant leur "petite cuisine" sous le "petit toit" de leur "petite chapelle" fermée, barricadée, regardant les autres comme des concurrentes, mieux, comme des ennemies à qui on ne parle pas, qu'on ne ragarde pas. On sait la suite.
      La crise se transforma en monstre hideux pour dévorer la paix et ensanglanter le monde.  Ce monstre s'étant nourri entre temps des silences, des égoïsmes, accoucha des totalitarismes qui à leur tour accouchèrent de la 2e Guerre mondiale.
 
Le silence détruit, le dialogue construit.






        
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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 16:35

 

Réflexions sur l'actualité de l'Afrique : plus de questions que de réponses.
Un exemple de confrontation d'idées avec des personnalités de divers horizons.
voir

http://pagesperso-orange.fr/ouestsante/Saint%20Ave%20Afrique.htm
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 16:07
LE MALI A REBOURS DE L'HISTOIRE ?

       Le nouveau code de la famille du Mali, voté par les députés le 13 août 2009, semble mettre tout le pays en émoi.
       Ce nouveau code, remplaçant celui en vigueur depuis 1962, accorde davantage de droits aux femmes :
       - L'âge légal du mariage des filles est relevé à 18 ans au lieu de 12 ans.
       -La "puissance paternelle" est remplacée par "l'autorité parentale".
       -"Les époux se doivent mutuellement fidélité, protection, secours et assistance".
       - Le mariage civil prime sur le mariage religieux
       ...
       Ce nouveau code supprime notamment un article de l'ancien code stipulant que "la femme doit obéissance et soumission à l'homme".

         Apparamment bien des Maliens, surtout des Maliennes rejettent non seulement ce texte en bloc mais surtout certains articles tels ceux concernant l'égalité homme/femme ou la notion même de "droits des femmes". Et pourtant, ce texte évite les questions fondamentales jugées tabou au Mali comme l'excision, la polygamie ou le lévirat.
       Deux catégories  de Maliens semblent particulièrement opposées à ce texte : les chefs religieux et les femmes.
       Certains ont demandé la dissolution de l'Assemblée nationale, d'autres ont menacé de mettre le feu à cette même Assemblée. Une violence, une virulence étonnante dans un pays qui se veut de droit.

Un florilège parmi les plus significatifs :

       -"Ce nouveau code est une trahison des fondements de la société malienne". (un homme)

       - "Dans un pays musulman comme le nôtre, 90% sont musulmans, le mariage ne doit pas être laïc mais plutôt religieux". (un professeur, un intellectuel)

       - " Le gouvernement n'a rien à voir dans nos foyers. Le nouveau code va remettre en cause les valeurs traditionnelles familiales qui fonctionnaient très bien jusqu'ici". (un employé de banque catholique)

       - "Le code va à l'encontre des principes religieux. Il n'y a pas un texte qui mette plus à l'aise les femmes que le Coran". (la présidente d'une association de femmes maliennes)

       - "Les femmes du Mali sont respectées par la coutume et la religion. Je vous invite à rejeter la culture étrangère, c'est-à-dire la culture européenne". (une femme)

       - "Il est normal de marier les filles à 12 et 13 ans, à cet âge, elles savent déjà beaucoup de choses. Cela c'est toujours fait au Mali". (une autre présidente d'association de femmes)

       - "Il ne peut pas y avoir deux chefs dans un même foyer. L'homme est le chef et la femme obéit d'après les traditions et Dieu". (une femme)

      - "La femme reste femme, l'homme reste homme. La civilisation occidentale est un péché". (une femme)
...

       Le Mali est-il un Etat théocratique ?
       Le Mali est-il une République islamique ?
       L'islam est-il religion d'Etat au Mali ?
       N'y a-t-il que des Musulmans au Mali ?
       Et les 10% qui ne sont pas musulmans ?
       Qu'est-ce que la laïcité au Mali ?


       Le Mali court un danger mortel si le caractère laïc de l'Etat n'est pas affirmé avec vigueur et rigueur.
     Le pire serait d'entretenir plus longtemps l'ambiguïté ou la confusion entre laïcité et théocratie. Une clarification s'impose afin de fixer avec précision la ligne de séparation entre les deux sphères : Etat public et religion.

Par ailleurs

       - Aucune tradition n'est immuable. Et de quelles traditions s'agit-il ? Il est des traditions qui élèvent la personne humaine dans sa dignité et d'autres qui la dégradent, la ravalent au rang d'esclave, voire d'animal. De quelles traditions parle-t-on ?
       - Aucune tradition n'est figée, indifférente à l'évolution de l'humanité, du progrès de la science et des techniques. Si  les traditions ancestrales étaient restées les mêmes, nous serions encore des Homo érectus.

De quelle identité malienne s'agit-il ?

       Chaque nation a son identité. Mais aucune identité n'est figée. C'est l'histoire et l'évolution qui font l'identité des peuples et des nations. Il s'agit de marcher dans le sens de l'évolution naturelle, c'est-à-dire dans le sens de l'histoire. C'est une logique implacable à laquelle aucune civilisation, aucun peuple, aucune nation n'échappe. Il faut donc réfléchir à l'identité malienne d'aujourd'hui.

Qu'est-ce que l'identité malienne aujourd'hui ?

           Est-ce la même qu'avant la pénétration de l'islam au Soudan sahélien du 9e au 15e siècle ? Ou celle du temps du royaume Bambara (Bamana) de Ségou dont les rois animistes ont farouchement combattu l'islam imposé par El Hadj Omar venu du Fouta Toro (Sénégal) au 19e siècle ? L'islam est une religion importée en Afrique comme le christianisme.
          L'identité malienne aujourd'hui ne doit-elle pas un peu ou beaucoup à chacune de ces phases de son histoire ? Ou l'identité malienne est-elle strictement la même que celle du temps de Soundiata Kéita et ses contomporains, tous animistes. Est-elle plus riche ou plus pauvre aujourd'hui ?
       Tout ce qui a changé depuis Soudiata Kéita au 13e siècle jusqu'au 21e siècle influe naturellement sur l'identité et les valeurs du Mali actuel. Les Maliens en sont-ils conscients ?

       Ainsi les Français d'aujourd'hui qui n'ont plus la même identité ni les mêmes valeurs que les Gaulois des 1er et 2e siècles avant Jésus Christ, seraient-ils parmi les premières nations du monde sans tous ces apports successifs et les évolutions des traditions "ancestrales"?
Il en est de même pour l'Espagne des Ibères, celle des rois catholiques (15e siècle), de Franco ou d'aujourd'hui.
        Il en est de même pour la Chine des Ming, des Qing ou celle de Mao.
       On pourrait dire la même chose de tous les pays modernes d'aujourd'hui.
       L'Occident n'a strictement rien à y voir, l'Europe non plus : c'est une évolution naturelle de l'humanité.

Le Mali serait-il le seul pays au monde à stagner ?

        Concernant ce nouveau code de la famille, certains arguments avancés, pour justifier le renvoi du texte devant les députés, sont difficilement compréhensibles. D'aucuns pensent que le gouvernement a eu tort de parler de loi. "Le problème vient du fait que la question du code de la famille a été uniquement posée en terme de loi, alors même qu'on est dans un pays de dialogue et de négociation".
       La loi serait-elle incompatible avec le dialogue et la concertation ?
       Les Maliens seraient-ils le seul peuple du monde pour qui le mot "loi" serait banni, à éviter ? Les Maliens seraient-ils le seul peuple qui ne serait pas éduqué dans le sens et la compréhension de la loi ?

       D'autre part, en quoi les valeurs anciennes et fondamentales du Mali : courage, sens de la famille, entraide et solidarité, sens de l'honneur et de l'hospitalité, seraient-elles menacées par ce nouveau code de la famillel ?
       Le Mali peut-il vivre en vase clos, en marge du monde et de l'histoire ? Peut-il faire fi des valeurs et des conventions universelles qui créent une solidarité entre les peuples de la planète et participent de la Civilisation universelle ?

       Le Mali serait-il ce cas unique dans l'histoire où des femmes refusent leurs droits légitimes : ceux que la loi leur accorde, généreusement, sans lutte, ni sang versé ?  En revanche, il s'est vu dans l'histoire des esclaves qui refusent la liberté qu'on leur accorde, préférant la servitude perpétuelle. Mais ce sont des esclaves.






 
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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 16:59

                         

            DEMOCRATIE VIRTUELLE OU CARICATURE   DEMOCRATIQUE ?

Quand l'Afrique cessera-t-elle de s'offrir en spectacle au monde ?

          La récente élection présidentielle gabonaise (30/08/09) est significative à plus d'un titre :
          - C'est la triste et pitoyable démonstration que l'indépendance de certains Etats africains n'est que purement virtuelle. Il manque l'essentiel de ce qui fait une souveraineté politique incontestable.
          - La culture démocratique n'est pas encore une réalité en Afrique. Le mot ne fait pas la chose. Démocratie a un sens.
          - Il y a de l'espoir malgré tout que demain soit différent d'hier. La démocratie s'apprend. Cet apprentissage passe par plusieurs phases : du balbutiement au désordre et à la violence, de la violence à la maturité et enfin à la sérénité démocratique. Le chemin est et sera long en Afrique, très long.
           Les réactions indignées, les protestations et contestations, les violences même, sont autant de signes d'espoir. La démocratie ne se donne pas. Dans l'histoire, elle ne s'est jamais offerte sur un plateau doré. La démocratie est un combat individuel et collectif. C'est d'abord un combat contre soi-même, contre son égo, pour une ouverture à l'autre et aux autres, dans la recherche d'un destin commun meilleur qui respecte chacun et tous.
          Elle ne s'offre pas, elle se conquiert et s'obtient au prix d'efforts et de sacrifices plus ou moins coûteux, en sueur, en larmes, en sang ... hélas ! Cela s'impose afin de secouer les forces intérieures et extérieures qui pèsent encore sur l'Afrique et la maintiennent dans les soutes de l'Histoire. Il va falloir sortir des cases, parler, crier, hurler, agir, prendre des coups, bouger.

           Et la démocratie une fois conquise, il faut la nourrir, l'entretenir, la soigner, car elle n'est pas un corps inerte. Elle vit de la vigilance quotidienne des citoyens. Toujours fragile et constamment menacée, elle a toujours une épée de Damoclès sur la tête.

                                                                          

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