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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 08:05

REPENSER L’ÉCOLE
POUR L’ÉPANOUISSEMENT DE L’INDIVIDU (2)

Une nouvelle pédagogie au service de l’Homme, de la société, de la fraternité et de la paix

Sans éducation, l’enfant est orphelin.
Proverbe français (dictionnaire des sentences et proverbes, 1892)

 

Tiéba (1)Pourquoi donc ces quatre disciplines principalement ?

Jacques (1) — Parce que ce sont celles qui permettent le mieux d'atteindre les objectifs et les finalités de la Nouvelle École.

D'abord l'histoire, la première des sciences, discipline de l'universel par excellence. Son enseignement dans le tronc commun, aura une vocation spécifique. L'histoire devra apparaître comme une des armes de la paix. Elle devra être enseignée comme telle avec cette fonction et cet objectif particuliers. Afin qu'elle remplisse efficacement la mission ainsi assignée, un soin tout spécial sera porté à la passerelle qui reliera l'histoire nationale à l'histoire universelle du tronc commun. Enseignée dans cette optique, l'histoire doit s'efforcer de mettre en évidence les erreurs ou les insuffisances de dialogue et de compréhension qui ont abouti aux guerres dans le passé, de mettre également en relief les vertus de la patience et l'avantage de connaître lautre dans ses qualités et ses faiblesses. Ainsi conçu, l'enseignement de l'histoire, c'est aussi l'apprentissage de l’amour et de ta tolérance. Amour du genre humain, compréhension des faiblesses d'autrui facilitée au préalable par la connaissance et l'amour de soi. Toute éducation devrait tendre vers cet objectif de paix qui amènerait à aimer et respecter l'autre dans ce qu'il est, tel qu'il est. On prendra soin de faire ressortir que dans la vie, il n'est ni utile ni opportun de vouloir chercher à prendre sa revanche à tous les coups reçus. Il faut savoir mettre certaines choses au compte des pertes et profits de la vie. Cela permet de prendre du recul et de mieux se ressourcer. Il est des gens qui ne sont pas nés pour être mauvais mais qui le sont devenus parce qu'on ne les a pas aimés. D'où l'importance de la famille et du rôle qu'elle doit être amenée à jouer dans la nouvelle pédagogie.

 

Le luxe est une affaire d’argent. L’élégance est une question d’éducation. (Sacha Guitry)

 

Éduquer l’enfant, c’est lui ouvrir les yeux sur le monde et sur lui-même

La vie m'apparaît comme une navigation longue, à vue, entre ombres et lumières, ordre et désordre, espoir et désespoir. Pour surmonter avec bonheur la fureur des flots et atténuer au mieux les effets du tangage, il est bon d'avoir repères et méthodes. L'histoire doit procurer les uns et les autres, les sciences naturelles également.

Il s'agit bien entendu d'abord de science de la nature, celle qui permet de percer les secrets de l'Univers en commençant par ceux de sa propre personne, et par extension, elle recouvre l'investigation qui permet une connaissance intime des phénomènes et l'invention. Ainsi comprise, cette science est le creuset des sciences. De même que l'histoire, son enseignement sera l'occasion de mettre l'accent sur la vertu première de toute recherche scientifique : l'honnêteté, qualité qu'on alliera à celles exigibles de tout inventeur. La science, l’invention et l’honnêteté doivent aller de pair.

Mais surtout à science, il faut allier amour... Ainsi la science permettra d'aller au cœur des phénomènes certes, mais aussi de s'explorer soi-même et d'explorer les autres, de s'aimer en aimant les autres, car cette éducation nouvelle évitera par tous les moyens de former des handicapés du cœur. La pédagogie de la Nouvelle École y pourvoira amplement car l'échec scolaire est imputable, pour plus de moitié, à un déficit d'affection provenant des familles, du milieu ou des systèmes d'apprentissage. Il faut accompagner plus de sciences par plus d'humanité. Lorsque je vois un élève dans une cour de récréation avec les deux oreilles bouchées par des écouteurs, je me dis qu'il y a une faille quelque part dans cette école. Se connaître, c'est connaître son fonctionnement. Le corps humain est le centre de tout. Par conséquent, le monde, l'Univers doit aussi pouvoir être exploré et connu à partir du corps de l’homme car connaître le corps humain, c’est connaître son anatomie, mais aussi ses réactions physiologiques, c'est-à-dire ses réactions à l'environnement, donc à l'Univers. C'est l'occasion d'établir également la relation entre la sensation, l'intellect et l'Univers.

 

Que sait-on précisément du cerveau humain ? De sa composition ? De son fonctionnement ? On parle de milliards de neurones certes, mais ensuite ?

A ce jour, on ne sait qu'à peine le cent millième de ce qu'il y aurait à savoir sur le cerveau, sur par exemple les rapports entre les structures et les fonctions. Si l'on apprenait à réfléchir, à chercher les moyens de mieux explorer cet organe en vue d'une meilleure connaissance de soi et des autres ? A ce propos, on prendra garde de ne pas tomber dans le scientisme à la Berthelot, incapable de parvenir à la dimension intérieure de l'homme. Il est sans doute un autre langage que le rationalisme scientifique absolu. Aucune voie, autre que la science pure, dès lors qu'elle permet cette connaissance intime de l'être humain ne doit être exclue. Ni le microscope, ni la lunette astronomique ne permettent de tout voir. Spinoza a fait état d'une connaissance du troisième genre, opposée à celle du deuxième genre qui porte sur les notions communes. L'intuition serait-elle une de ces voies ? En tout état de cause, l'être humain est un tout, une globalité, ce n'est jamais qu'un simple corps. En outre, faut-il préciser que l'homme ne sera jamais totalement transparent à lui-même ni aux autres ; il restera toujours en quelque point un mystère qui stimule la recherche souhaitable et évite la sclérose. Ce mystère est une nécessité. Il faut quelque part que l'homme reste pour l'homme une équation impossible. La transparence totale serait nudité absolue.

Dans nos sociétés contemporaines mécanisées, automatisées, informatisées à outrance, il faut arriver à créer et à cultiver la curiosité de soi et la curiosité de l'autre, non cette curiosité informatique des fichiers, mais la curiosité-générosité de l'âme qui conduise à l'ensemencement de l'homme par l'homme, c'est-à-dire l'enrichissement mutuel et généreux par le regard, par le contact, par le dialogue (la voix), par la communion avec l'autre.

Ainsi après le cerveau, il en est de même pour l'embryon et l'embryologie du développement des organes. Que sait-on dans l'absolu des cellules humaines, de leurs rapports les unes avec les autres ? Que sait-on de façon précise des gênes du développement à l'origine de toute une cascade de formation d'autres gênes et de transformation des cellules, les interactions entre les cellules ? Existe-t-il des gênes identiques chez toutes les espèces vivantes ?...

Du corps humain, on passera au corps social, en étudiant les cellules du corps social comme celles du corps humain. Ceci entre autres vertus permettrait de mieux cerner les anomalies et symptômes de ce corps : ses boursouflures et ses creux, ceux qui sont au centre et ceux qui sont à la périphérie... L'étude du corps social doit aboutir à celle de la nature humaine puis des nations, de leurs composantes, de leurs aspirations, de leurs forces et insuffisances. Dans l'enseignement de la Nouvelle École, les disciplines sont complémentaires. Bien entendu, la pédagogie ne manquera pas de souligner les limites de la science en tout domaine, car science doit aller de pair avec humilité. En revanche, elle veillera à cultiver chez les élèves l'esprit scientifique, l'interrogation sur le pourquoi et le comment de toute chose en toute circonstance... .

 

Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l’éducation. (Confucius)

 

Tiéba — Et l'art ?

Jacques — La pédagogie de la Nouvelle École associera intimement à l'histoire et à la science, l'enseignement des Arts. Ici, Arts s'entend au sens le plus large. Ainsi compris, les Arts c'est aussi la littérature, la poésie, la musique les arts plastiques, la danse à tous les niveaux (en association avec les sciences naturelles et l'éducation physique). Cet enseignement implique l’étude de tout ce qui possède la vertu d’épanouir le corps et l’esprit. À cela sera joint l'étude des hommes et des lieux repères de l'Humanité : poète, artiste, chorégraphe... Cela devra sauver l'homme de la rudesse du siècle, du fracas des machines et du vertige des images, en même temps qu'il permettra de développer la personnalité de chaque individu. L'art est une des voies de l'exploration de l'homme, un instrument privilégié de sondage de l'âme humaine. Il a aussi pour fonction d'épaissir le réel, de l'élargir, en l'enrichissant. En cela, l'art, comme la culture en général permet une dilatation de l'esprit, c'est-à-dire une densification de l'être. L'art, comme l'affirmait si judicieusement Jean Cocteau, n'est pas évasion, mais invasion ; invasion de l'être, donc précisément densification des sens et de l'esprit ; en cela, il participe aussi à la création ou recréation du monde.

L'initiation à la création sous toutes ses formes aura une place de choix dans la didactique des Arts qui doit aussi ménager un espace pour le rêve, car le rêve est création, c'est-à-dire également les jeux, la fête en tant que facteur d'équilibre individuel et de socialisation. « Une vie sans fête est comme une longue route sans auberge. » (Épicure)

Cette notion de création est essentielle. La création doit être l'aboutissement de tout apprentissage. La meilleure définition de l'être humain selon un éminent homme de sciences français, c'est l'aptitude à apprendre. On pourrait y ajouter l'aptitude à créer. Donc l'homme, c'est d'abord l'être social qui apprend et qui crée. Aucun animal ne peut créer les pyramides d’Égypte, la pénicilline, la Joconde, les Fleurs du Mal...

Cette didactique de la connaissance de soi et de la création illustrera les propos de Pic de la Mirandole selon qui Dieu appela Adam et lui dit :

« Je t'ai donné une raison et des facultés déterminées... Tu découvriras toi-même ta propre nature... Je t'ai créé libre. Je t'ai placé au centre de l'Univers pour que tu puisses découvrir ce qui existe».

Tiéba — En définitive tout se tient car l'éducation physique participe déjà aux Arts par la danse et la création, outre son domaine propre qui reste de modeler le corps et l'esprit, d'assurer l'harmonie de l'être.

 

L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. (Nelson Mandela)

 

Jacques — L'objectif global, c'est parvenir effectivement à l'eurythmie, en rapport avec l'environnement physique et humain.

L'enseignement fera également une place aux « héros positifs », les nouveaux héros : ceux qui ont pour vocation de sortir l'homme de la barbarie ou d'éviter qu'il y retourne. Ceux qui préservent notre cadre naturel de toutes les pollutions, qui plantent des arbres ou sauvent des animaux, ou qui soignent les blessures de l'homme et de la nature. Bref, les héros positifs sont les hommes et les femmes qui promeuvent la coopération internationale, sèment l'espérance dans les cœurs, chantent l'amour et la fraternité et non les prophètes de la désolation à la bouche écumante de haine, aux bras chargés des sinistres trophées de guerre.

L'objectif, c'est aussi que l'individu parvienne au sommet de lui-même en découvrant ses potentialités cachées et en exaltant au mieux ses facultés. Cela a déjà été dit : on n'est que ce qu'on a dans la tête.

Chaque individu est unique avec ses dons propres et ses capacités spécifiques. Et il existe autant de bonheurs que d'individus sur terre. Il s'agit pour chacun d'utiliser ce qui lui est propre, ce qui lui appartient, du mieux possible, en vue de se réaliser le mieux possible.

Tiéba — Oui, mais le sage a dit que le bonheur consiste à se contenter de ce que l'on a.

Jacques — Bien sûr, encore faut-il savoir ce que l'on a exactement.
Savoir et faire doivent constituer un programme infini, un programme de vie dans le cadre duquel chacun de nous doit se réaliser. Il s'agit de se battre, mais contre soi. Chacun de nous doit marcher vers son sommet, sans cesse marcher vers son « Everest ». ; Everest physique, intellectuel, moral. L'enseignement de la Nouvelle Ecole permettra justement à chacun de savoir distinguer son Everest. Pour les uns ce sera l'Everest, mais pour les autres l'Aconcagua ou le Mac Kinley, mais cela peut-être aussi le Kilimandjaro ou le Mont Blanc. Et la compétition, quelle qu'elle soit : scolaire, sportive, intellectuelle ou morale doit avoir pour objectif de permettre à chacun d'évaluer sa position personnelle par rapport à son Everest. Cette compétition n'est autre chose qu'un défi personnel, individuel. Dans cette marche, cette longue quête du sommet, quand on tombe, il faut se relever et repartir.

Ainsi, dans cette ascension, le point de départ n'est pas forcément le même pour tous. Certains partent du niveau de la mer, d'autres de la plaine ou de la vallée, mais aussi cela peut être du dessous du niveau de la mer à moins que ce ne soit la colline jouxtant le pied de la montagne. De même, le rythme de la marche est inégal, le viatique différent... En vertu de toutes ces données et tous ces paramètres, le sommet atteint n'est pas le même pour tous. Il y a deux sortes de marcheurs, d'une part ceux qui, la ligne d'arrivée franchie décrochent, se couchent et soufflent et d'autres qui, au contraire, une fois la ligne franchie, voient immédiatement une autre ligne se profiler à l'horizon. Pour ceux-là, le défi est permanent.

Mais on ne peut pas tout gagner dans la vie. On ne peut pas toujours gagner tout contre tous, ni relever tous les défis de la vie. D'où la nécessité de savoir perdre. Qui ne sait pas perdre ne mérite pas de gagner. Perdre, c'est comprendre le prix de la victoire et donner du goût à la victoire.

Même si l'on reste sur les flancs de la montagne, on en sort grandi. C'est l'essentiel. Il faut savoir reconnaître et respecter ses limites pour reconnaître et respecter celles d'autrui.

L'essentiel, c'est de comprendre que la vraie aventure est intérieure et que nous avons, au fond de nous-mêmes, notre propre Annapurna à vaincre, nos Himalaya à escalader... Cet effort vers les cimes, c'est tout simplement un élan vers l'accomplissement de soi.

 

Jusqu’au ciel, pierre à pierre, élevons notre mur.
(Victor Hugo)

 

Tiéba — Je perçois mieux à présent l'absolue nécessité des quatre disciplines fondamentales de la Nouvelle École. Ce sont elles qui, en permettant de modeler le corps et l'esprit favorisent cette marche, cette ascension vers notre Everest, vers le sommet de nous-mêmes. La connaissance apportée par les sciences naturelles vaut aussi pour les éléments naturels de la montagne ; la faune et la flore, les basses altitudes et leurs propriétés, les hautes altitudes et leurs caractéristiques, l'ubac et l'adret, les microclimats... L'éducation physique a garni les membres de muscles et la tête de dopants. Les Arts, avec l'éveil et l'acuité des sens, permettent la symbiose avec la nature, et l'histoire, de comprendre ce que fût la montagne dans la vie des humains, dans le passé et le présent, un lieu de passage et de vie qui relie les générations de par le monde. Par l'histoire, le passé doit irriguer le présent et dégager les voies du futur. Ainsi, dans la vallée comme au sommet de la montagne, l'élève ou l'ancien étudiant de la Nouvelle École reste parmi les siens : les hommes et la nature en harmonie avec le passé et le présent. (Tidiane Diakité, Dialogues impromptus à une voix. Archéologie d'une conscience).

(1) L'auteur dédoublé en 2 personnages : Tieba et Jacques  qui entretiennent un  dialogue fécond.

 

L’éducation est plus qu’un métier ; c’est une mission qui consiste à aider une personne à reconnaître ce qu’elle a d’unique et d’irremplaçable, afin qu’elle grandisse et s’épanouisse. (Jean-Paul II)

 

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 08:39

REPENSER L’ÉCOLE
POUR L’ÉPANOUISSEMENT DE L’INDIVIDU (1)

Une nouvelle pédagogie au service de l’Homme, de la société, de la fraternité et de la paix

Éduquer un enfant, c’est sauver un homme. (V. Hugo)

 

Tiéba (1) — Pédagogie, c'est bien le mot ; pas seulement celle de la nature et le l'artisanat, mais de l'homme. Il faut inventer la Nouvelle École, l'école de l'Universel. La finalité première de cette école sera de réconcilier l'homme avec lui-même. Tous les objectifs secondaires, toute la méthodologie doivent concourir à faire que tous les chemins mènent à l'homme. Cette nouvelle pédagogie devra conférer à l'individu ce que j'appellerais « l'épaisseur de vie » ou la « densité humaine », qui serait comme un mur sécrété par notre âme, plus dur que le béton armé, plus résistant que la structure métallique et qui nous protégerait contre l'imparable. A quoi cela sert-il de circuler à bord d'une voiture blindée si l'on n'est pas soi-même blindé ? Il faut blinder le mental pour blinder le corps. Cette école de la solidarité et de la paix universelle, débarrassée de toute vision mercantiliste du monde, remplacée par une vision plus humaniste et plus confraternelle, devra poser à nouveau la question du bonheur de l'homme avec ce postulat de base qu'on ne peut être heureux tout seul, et qu'il n'y a de bonheur que collectif, mais sans esclavage du « moi » par rapport au « nous » et du « nous » par rapport au « moi ».

Réconcilier l'homme avec lui-même c'est aussi réconcilier l'homme avec la nature, son environnement. Tels sont quelques éléments du programme d'éducation et de formation de la Nouvelle École.

 

Jacques (1) — Si l'on pense surtout qu'à l'heure où ce monde, par la vertu des technologies de l'information, et celle de la révolution des communications sous toutes leurs formes, se réduit aux dimensions d'un « village planétaire », il serait indiqué de concevoir le civisme au niveau de ce « village ». Cette compénétration universelle, l'interconnexion de ce réseau-monde qui fait que « le battement d'ailes d'un papillon en Inde peut provoquer un tremblement de terre en Bretagne », impose à chaque habitant de notre planète l'observance d'un minimum de règles de conduite et de vie qui devraient constituer les éléments clefs de ce civisme planétaire. La « mondialisation » étant désormais un fait, autant bâtir un monde aux dimensions et à vocation humaines, un monde propre, sain et vivable, sans guerre ni drogue. Victor Hugo écrivait au XIXe siècle : « Tout l'univers frémit d'un atome qu'on touche ». Cela sera encore plus vrai et plus pertinent pour le siècle prochain. Le nucléaire par exemple pour ne citer que celui-là ne doit plus demeurer l'instrument secret d'un nationalisme borné. Tout ce qui relève du nucléaire doit être désormais traité à l'échelle internationale.

 

Une école et une pédagogie centrées sur l’épanouissement de l’Homme et le progrès humain

Je conçois donc cette Nouvelle Ecole comme placée au service exclusif de l'Humanité, de son bien-être, de son progrès, mais d'un progrès véritable qui ne soit pas une simple prééminence technicienne soutenue par l'esprit mercantiliste du profit. Son programme comporterait deux parties essentielles. La première partie constituerait une sorte de tronc commun au niveau duquel serait dispensé un enseignement universel, commun à toutes les nations du monde. Cette partie du programme, du tronc commun étant élaborée et suivie par une commission internationale permanente de spécialistes en didactique relevant de l'Organisation des Nations Unies et donc placée sous son égide. Les objectifs de ce programme porteront essentiellement sur l'éducation à la solidarité universelle, à la connaissance de soi et des autres, à l'environnement, à la paix, à la connaissance du destin commun des hommes, ces êtres fragiles condamnés à vivre ensemble sur une planète fragile... Elle devra avoir parmi ses objectifs, la prise de conscience de la complémentarité entre les humains, les nations, les compétences. Il faut savoir au-delà des différences rechercher les points communs à tous les hommes, l'essentiel : le destin commun de l'espèce humaine.

De même que la didactique, d'autres questions pourraient être traitées au niveau international telle que celle du chômage, car le monde est à soigner et à reconstruire après les affres du XXe siècle

 

Le grand défi du futur ne sera pas technique, mais humain. (Joël de Rosnay)

 

La conférence internationale de Stockholm (août 1996) a adopté un plan d'action mondial en vue de la répression de l'exploitation sexuelle des enfants de par le monde. Une convention internationale contre le trafic de drogue et le blanchiment de l'argent sale, celui généré par ce même trafic a été mise en place. Il existe de même une police internationale (Interpol) qui recherche et traque les auteurs de délits et crimes partout dans le monde. L'organisation internationale, O.N.U., n'a-t-elle pas ses soldats pour s'interposer ici, surveiller là et réprimer ailleurs ? Dans le même ordre de choses, un accord international en vigueur a pour objet l'arrêt définitif des essais nucléaires dans le monde...

Tous ces accords et conventions sont d'une grande opportunité pour la survie et le bien-être de l'humanité. Mais, pourquoi ne pas commencer par le commencement et traiter le mal à la source au moyen de la pédagogie, c'est-à-dire par l'école et l'éducation universelle, par la prévention universelle et non la répression universelle ? Si « éduquer un enfant, c'est sauver un homme », sauvons l'homme pour sauver l'humanité.

La deuxième partie du programme qui se greffera au tronc commun, avec des passerelles spécifiquement aménagées, sera du ressort exclusif de chaque nation. Elle tiendra donc compte de ses besoins spécifiques, notamment de ses besoins de développement, de son histoire, de sa culture, de ses valeurs, de son génie propre... Mais quoique nationale, elle devra s'efforcer en tout point de mettre en évidence le destin commun des hommes sur terre ainsi que la nécessité de la coopération internationale en tous domaines.

La Nouvelle École, à chaque niveau définira les objectifs, les finalités et les méthodes. Mais globalement, tout devant mener à l'Homme et tout devant être fait pour l'homme, quelques principes de base devront être d'emblée dégagés dont le premier est qu'il n'y a pas d'enseignement et d'éducation sans projet. Il s'agira là de prime abord de projet de société nouvelle par une éducation nouvelle. Faire que l'équilibre de la société repose sur l'équilibre de l'individu et que par voie de conséquence, l'équilibre du monde repose sur l'équilibre de chaque société qui le compose.

Dans la philosophie de la Nouvelle École, l'essentiel ce n'est pas l'instruction mais l'éducation, la formation à la vie ; ce n'est pas le diplôme, mais l'homme. A quoi cela servirait-il que 98% des jeunes d'une génération obtiennent leur baccalauréat si demain l'école était morte ? A quoi cela sert-il de multiplier le rendement du champ par cinquante si cela devait entraîner l'appauvrissement et la mort à terme du champ ?

 

Tiéba  L'une des faiblesses de l'enseignement dispensé dans nos écoles contemporaines vient justement du fait qu'objectifs et finalités sont souvent passés sous silence (ou presque). Pour cette Nouvelle École, l'adhésion à ces objectifs et finalités démocratiquement élaborés et leur connaissance devra constituer une nécessité absolue pour tout agent en charge de dispenser cet enseignement.

 

Jacques — La connaissance précise de ces principes, objectifs et finalités devra naturellement constituer un pan important de la formation des futurs enseignants. Le métier d'enseignant est un métier qui s'apprend chaque jour, un métier où il faut donc savoir s'adapter sans cesse ; s'adapter à son travail, s'adapter à sa classe, à la société, à l'environnement. La formation des enseignants doit permettre de fournir à chacun les outils les mieux appropriés à cette adaptation permanente sur le double plan professionnel et mental. L'enseignant de la Nouvelle École doit être un « sage-homme ».

Former. la tête, le coeur, les bras et les jambes.
      Former l’Homme total

L'élève sera plus que jamais au centre de la pédagogie. Celle-ci devra donc tendre à lui donner la capacité d'être lui-même : forger sa personnalité, développer son jugement et ses facultés d'adaptation dans un siècle de « comptables » et de robots.

Afin d'atteindre ce but, l'idéal serait que chaque enseignement ne s'organise que sous forme de séminaires en petits groupes, en petites unités, où l'on se parle, s'écoute, s'entend, se voit, se sent. Une place sera accordée au travail d'équipes en vue du brassage des élèves, des niveaux, des compétences avec pour mots d'ordre entraide, solidarité, complémentarité. La connaissance de soi, devra faciliter la connaissance des autres, de même que la connaissance de son pays facilitera la connaissance d'autres pays et d'autres phénomènes. Cet enseignement doit être à tous les niveaux une initiation à soi et aux autres, donc à la socialisation des enfants, indispensable pour créer les conditions favorables à l'acquisition et à la consolidation des connaissances. Au-delà de l'acquisition des connaissances, apprendre à vivre en société évitera que les enfants (comme cela se constate parfois du fait de la démission de nombre de familles) ne soient jetés dans un océan sans balises, sans repères. L'océan de la vie plus que tout autre, a besoin de balises et repères. Être en ordre en soi, avec soi et avec les autres, c'est essentiel.

L'enseignant sera donc aussi éducateur. Un enseignant, quelle que soit la discipline enseignée, à quelque niveau qu'il enseigne, s'il n'est pas en même temps professeur de morale c'est-à-dire formateur par l'exemple, n'est pas un enseignant. Il est indispensable de donner des cadres à l'enfant, d'établir des règles du jeu (sans l'étouffer). Ces cadres et règles fixés tout au long du parcours scolaire sont une condition de l'autonomie du futur adulte. Sans eux, l'adulte sans repères se noie dans l'océan de la vie. C'est plus tard, le recul ou la distance critique par rapport à ces règles qui permet à l'adulte de forger son propre jugement et de l'adapter à son chemin de vie. Éduquer, c'est aussi frustrer parfois. Sans morale et sans interdits fondateurs, la société est en danger car la barbarie n'est pas loin.

Au total, l'enseignement de la Nouvelle École fera découvrir à l'enfant, au terme de sa formation le secret de la vie, cette force vive qu'on a en-soi et qui permet de se connaître, de se situer dans le monde, cette force vive intérieure qui lui permettra enfin de mieux vivre dans ce monde, aujourd'hui et demain, car le XXe siècle (comme le XXIe) est rempli de merveilles, mais aussi de dangers. Il s'agit de faire que l'individu profite au maximum de ces richesses et évite au maximum ces dangers, tout ceci reposant sur la foi en l'homme (autre finalité majeure des programmes d'enseignement de la Nouvelle École). La meilleure éducation dans cette conception doit donc consister à conforter cette croyance en l'homme. Croire en l'homme se révèle difficile en certaines circonstances, mais il faut arriver à croire en l'homme, même si cela est parfois moins aisé que croire en Dieu. L'une des raisons des difficultés de l'école classique actuelle réside également dans la dépréciation et l'affaissement du rôle éducateur des familles. Cependant, l'école ne peut remplir pleinement sa mission d'éducation et de formation en dehors des familles ; d'où la lourdeur excessive de ses responsabilités, de ses charges matérielles et morales.

 

Celui qui connaît l’autre est sage, celui qui se connaît lui-même est éclairé. (Lao Zi)

 

Mais l'état actuel du monde et des sociétés impose cette charge écrasante à l'institution scolaire qui demeure le dernier pilier d'équilibre, la dernière rampe de sécurité protégeant les sociétés contemporaines du gouffre absolu. Aussi, la coopération institutionnalisée, ouverte et confiante entre les familles et l'école constituera-t-elle l'un des volets essentiels de la mission éducatrice de la Nouvelle École. La famille ne doit pas défaire le soir ce que l'école a fait le jour. Le cadre familial ne doit pas démolir ce que le cadre scolaire a bâti la veille à force de patience, de pertinence et d'amour. Cette coopération institutionnalisée entre l'école et la famille (aux niveaux élémentaire et secondaire) sera concrétisée par la création au sein de l'établissement d'un service spécifique chargé du suivi des relations école-famille. La fonction assurée par les titulaires de ce service sera distincte de celle du traditionnel Conseiller Principal d'Éducation, ce dernier se consacrant à la discipline interne, au domaine intérieur sera néanmoins en étroite collaboration avec les titulaires du domaine extérieur, les deux services se complétant pour une prise en charge affective, morale, matérielle et pédagogique de l'élève.

Cette éducation devra également enseigner, avec l'art de l'observation, celui de la patience, et apprendre à l'élève que celui qui gagnera n'est pas forcément le plus fort ou le plus rapide, mais le plus patient. La pratique de la patience est une thérapie pour les nerfs, l'une des voies du bien-être, voire du bonheur ; de même que le respect de la nature est indissociable du respect de l'autre. L'une des grâces de ce vingtième siècle finissant, c'est d'avoir découvert la nécessité de préserver la nature et notre planète dans les conditions maximales de santé et de pureté. C'est en un mot d'avoir découvert que l'univers a une histoire. La Nouvelle École devra amplifier cette prise de conscience en incluant l'étude et la protection de la nature à tous les niveaux et stades de son enseignement. Dans le cadre de ses programmes précisément, quatre disciplines devront figurer à tous les niveaux avec une progression allant de l'école élémentaire au niveau supérieur et dans toutes les filières : scientifique, littéraire, technique, commerciale ou technologique ; ces quatre disciplines sont : l'histoire-éducation civique, les sciences naturelles, les Arts et l'éducation sportive. Ce qui signifie qu'après le baccalauréat, un élève qui veut se spécialiser en mathématiques ou en physique sera tenu de suivre dans son cursus, l'enseignement de ces quatre disciplines, tout cela devant à ce niveau être modulé par rapport à la discipline principale de spécialisation. Il en va de même pour un élève qui désire se spécialiser en lettres modernes, en langues ou en économie après l'obtention du baccalauréat.  (Tidiane Diakité, Dialogues impromptus à une voix. Archéologie d'une conscience).

(1) L'auteur dédoublé en 2 personnages : Tieba et Jacques  qui entretiennent un  dialogue fécond.

 

Celui qui ne fait rien pour les autres ne fait rien pour lui-même. (Goethe)

 

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 09:44

HYMNE À LA VIEILLESSE

« NOS VIEUX... »

 

Un beau poème trouvé sur internet.
Personne ne peut échapper au cycle de la vie : on naît, on vit, on meurt.
D’abord on est enfant, adulte,  puis vient la vieillesse et la mort.
Malgré tout la vie est belle et mérite d’être vécue.

 

« NOS VIEUX...

Ils ont dans le regard, les yeux chargés d’histoire.
Nos vieux sans le vouloir, ils sont notre mémoire.
Ils ne se plaignent pas, ils en ont trop connu.
Ils revivent en silence tout ce qu’ils ont vécu...
Les vieux, eux, ont connu parfois plusieurs guerres.
S’ils en ont survécu, il fallait tout refaire !

Un à un, ils sont partis, les êtres les plus chers.
Un vieux a moins d'amis, quand il les enterre.
Ils ont connu le temps où l’on prenait le temps,
Le temps de se parler le dimanche après messe.
Pas besoin de tout croire, c’était juste une adresse.
Où l’on prenait le temps d’être ensemble un moment.
Ils ont connu l’époque où le plus important
Était de réparer ce qui s'était cassé.

Quand ils se sont mariés, ils se l'étaient jurés.
Même dans la tempête, de ne pas s’abandonner.
Nos vieux, s’ils s’aiment encore, c’est beaucoup de tendresse.
C’est une main sur la joue qui se pose en caresse.
Ils ont dans le regard, les mots qu’on ne dit pas.
Le vide qu’il y aura quand l’autre s’en ira...
Un vieux c’est merveilleux, si on le laisse dire.
On voit briller ses yeux, de tous ses souvenirs...
Il a croqué la vie, la regarde aujourd’hui !
Mais nous transmet aussi ce qu’il en a appris.

Souvent ils râlent c’est vrai, parfois sont incompris.
Pourtant ça ne coûte rien, une porte que l’on tient.
Un vieux ça pleure aussi, de trop de solitude.
Avec des lendemains, remplis d’incertitudes.
Pourtant c’est beau un vieux, quand on passe le voir.
Il y a dans son regard tellement de choses à revoir.
Nos vieux c’est le passé, c’est aussi l’avenir.
...Il ne faut pas oublier… qu’un jour on va aussi vieillir... »

                      Pascal Auteur  (https://www.facebook.com/liberetoideteschaines/posts/3582017878550449/ )

 

 

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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 09:32

 

 

CHÈRES LECTRICES ET CHERS LECTEURS DU BLOG

 

 

JE VOUS SOUHAITE

UNE BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2021

SURTOUT UNE BONNE SANTÉ

ET UN MORAL D'ACIER

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 08:44

PAUL VALÉRY, SCRUTATEUR AVISÉ DU XXe SIÈCLE

Regard sur le monde actuel

Paul Valéry (1871-1945)

Paul Valéry (Sète, 1871- Paris, 1945) est un écrivain  français prolixe, auteur d’une œuvre fort riche.

De la poésie, il passe à l’art, à la musique, aux mathématiques, tout en s’intéressant à la philosophie, à la connaissance de soi et du monde. « Les carnets » sont un reflet de cet éclectisme caractéristique de son œuvre couronnée par des distinctions prestigieuses : Grand  officier de la Légion d’Honneur, Prix Louis-Barthou…

Paul Valéry, écrivain engagé (en politique et au sein d’associations de bienfaisance) fut Résistant pendant l’Occupation lors de la 2e Guerre mondiale. Il fut marqué par l’occupation du pays et de la capitale, qui porta préjudice à sa carrière.

Ses essais traduisent ses inquiétudes sur la pérennité de la civilisation et sur le progrès « machiniste » et matériel en général, mais surtout sur l’avenir de l’Homme.

« La liberté est une sensation. Cela se respire. L'idée que nous sommes libres dilate l'avenir du moment. Elle fait s'éployer à l'extrême dans nos poitrines je ne sais quelles ailes intérieures dont la force d'enlèvement enivrant nous porte. Par une ample, fraîche, profonde prise de souffle à la source universelle où nous puisons de quoi vivre un instant de plus, tout l'être délivré est envahi d'une renaissance délicieuse de ses volontés authentiques. Il se possède. Il fait jouer en lui tous les ressorts de ses espoirs et de ses projets. Il recouvre l'intégrité de sa parole. Il peut parler à tous comme il parlait à soi. Il ressent tout le prix de ses pas qui ne trouvent plus de barrières ni de consignes sur leurs voies, et il regarde en souriant de braves femmes qui se hâtent et s'efforcent d'exploiter, à coups de petites scies, une hideuse forêt de chevaux de frise pour en faire de simples bûches.

Tout cet appareil de défense brisé, broyé, vidé, ces débris de casemates vaines, ces chars disloqués, percés et que l'on dépèce, ces édifices criblés de coups, blessés par les explosions, entamés par le feu, imposent l'idée d'une puissance extraordinaire, surgie de la vie même, contre laquelle les obstacles calculés à loisir, les prévisions les plus minutieuses, l'armement le plus redoutable aux mains des hommes les plus déterminés, le béton, les engins automatiques, les défilés souterrains, et tout ce que la volonté la plus dure sait imaginer et créer pour maîtriser une révolte, ne peuvent prévaloir. Nous avons vu et vécu ce que peut faire une immense et illustre ville qui veut respirer. Et voici que ce mot si vague, l’ ÂME, prend un sens admirable.

 

Nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles. (Paul Valéry)

 

Mais, par le fait même qu'il se ressaisit, l'esprit retrouve tous ses droits et les exerce contre ce moment même qui les lui rend. Il n'est point de douceur de vivre ou de revivre qui le doive enchaîner. Il faut bien que se ranime en lui sa loi supérieure, qui est de ne pas s'abandonner à l'instant et de ne pas se livrer tout à sa joie. Il faut aussi qu'il se garde des effets de choc ou d'éblouissement que produisent sur l'intelligence les événements énormes. Les événements ne sont que l'écume des choses. Les réflexions que l'ont fait sur eux sont fallacieuses, et les prétendues leçons qu'on tire de ces faits éclatants sont arbitraires et non sans danger. Nous savons ce que nous ont coûté, en 1940 comme en 1914, les « enseignements » des guerres précédentes. Il suffît, du reste, de songer à l'infinité des coïncidences que tout « événement » compose pour se convaincre qu'il n'y a pas à raisonner sur eux ; ceux qui en raisonnent ne peuvent le faire que moyennant des simplifications grossières et les analogies verbales et superficielles qu'elles permettent.

Mais l’esprit, aujourd’hui, doit préserver toute sa lucidité. Si l’intelligence française possède les vertus de clarté que l’on dit, jamais occasion plus pressante de l’exercer ne lui a été offerte. Il s’agit d’essayer de concevoir une ère toute nouvelle. Nous voici devant un désordre universel d’images et de questions. Il va se produire une quantité de situations et de problèmes tout inédits, en présence desquels presque tout ce que le passé nous apprend est plus à redouter qu’à méditer. C’est d’une analyse approfondie du présent qu’il faut partir, non pour prévoir les événements sur lesquels, ou sur les conséquences desquels, on se trompe toujours, mais pour préparer, disposer ou créer ce qu’il faut pour parer aux événements, leur résister, les utiliser. Les ressources des organismes contre les surprises et les brusques variations du milieu sont d’un grand exemple. »

Je ne puis développer à présent ces considérations à peine indiquées et me borne à répéter ce que j’ai dit assez souvent : Prenons garde d’entrer dans l’avenir à reculons... C’est pourquoi je n’aime pas trop que l’on parle de reconstruire la France : c’est construire une France que j’aimerais que l’on voulût. »  ( PAUL VALÉRY, Regards sur le monde actuel et autres essais, Folio essais.)                                   

 

Les nations ont le sort qu’elles se font. Rien d’heureux ne leur vient du hasard.
(Paul Valéry)

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 07:32

MÉDITONS

RENÉ PHILOMBÉ,
L’HOMME QUI TE RESSEMBLE

René Philombé (1930-2001)

René Philombé (pseudonyme de Philippe Louis Ombédé) (1930-2001)) est un écrivain camerounais, auteur d’une œuvre monumentale qui touche à tous les genres littéraires. Il fut à la fois romancier, poète, essayiste, dramaturge, journaliste…
Il semble que la littérature lui ait plus rapporté que la politique dans laquelle il s’était aussi engagé.
À cheval entre deux cultures, littérature française et mouvement de la négritude, il est à la fois nationaliste et marxiste.
Son œuvre d’une infinie variété est le reflet à la fois de sa vie et de son regard sur les hommes, aussi bien dans son pays qu’en Europe et dans le monde.

Cette œuvre si riche fut couronnée par des prix littéraires :
—prix du meilleur conte du Comité d’expression culturelle de la France d’outre-mer.
—prix Mottart de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.
—prix Fonlon Nichols de l’African Literature Association.

Parmi cette œuvre immense quelques titres qui reflètent la richesse de la pensée de l’auteur, de son expérience des hommes.

Araignée disgraciée.
Lettres de ma cambuse.
La Voix des poètes camerounais.
Petites gouttes de chant pour créer l’homme.
Les trouble-fêtes d’Africapolis.
Le livre camerounais et ses auteurs.

En définitive, son œuvre s’assimile à un regard affuté sur la vie, les hommes et le monde.

« L'homme qui te ressemble »

J'ai frappé à ta porte
j'ai frappé à ton cœur
pour avoir bon lit
pour avoir bon feu
pourquoi me repousser?
Ouvre-moi mon frère !..
.

Pourquoi me demander
si je suis d'Afrique
si je suis d'Amérique
si je suis d'Asie
si je suis d'Europe ?
Ouvre-moi mon frère !.
..

 

Pourquoi me demander
la longueur de mon nez
l'épaisseur de ma bouche
la couleur de ma peau
et le nom de mes dieux
Ouvre-moi mon frère !
...

Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un jaune
je ne suis pas un blanc

mais je ne suis qu'un homme
Ouvre-moi mon frère !...

 

      Ouvre-moi ta porte
Ouvre-moi ton cœur
car je suis un homme
l'homme de tous les temps
l'homme de tous les cieux
l'homme qui te ressemble 

                                    René PHILOMBÉ, Petites Gouttes de chant pour créer l'homme

 

 

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 10:04

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (3)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

La singularité de sa forte personnalité fut soulignée par ses contemporains mais surtout par ses biographes des temps passés, comme de nos jours. Cela lui valut sans doute incompréhension, voire opposition ou forte animosité, mais, à l’inverse, chez d’autres, une forte adhésion à sa pensée, sa philosophie, sa vision des autres…

 

Érasme lui-même a su tisser des réseaux vivants, dynamiques, s’attacher des correspondants qui ont fidèlement servi sa cause, y compris au sein de l’institution ecclésiastique et théologique.

Il sut cependant se tenir à bonne distance entre les adulateurs zélés et les dogmatiques non moins zélés et garder jusqu’à la fin de sa vie cette neutralité respectueuses de tous, et surtout de sa ligne principale de conduite. En effet, il s’est toujours voulu au service de toute l’Humanité, quelles que soient les impatiences et les incompréhensions. Fidèle à ses convictions, il le demeura jusqu’au bout.

 

 

La fidélité à ses principes comme règle de vie

Un des traits de caractère parmi les plus remarqués chez Érasme, c‘est le refus de toute compromission quoi qu’il lui en coûte.
C’est sans doute ce trait de caractère qui l’amène à refuser la toge de cardinal que lui offre le Pape Paul III (1535).
Il n’y a rien d’étonnant à ces refus opposés au Pape, car la pensée d’Érasme reste effectivement l’une des plus singulières à plus d’un titre

Pour lui, en effet, l’homme c’est l’Homme Universel. « L’Homme Universel » formule maintes fois employée dans ses écrits et lors de ses conférences. Ceci signifiait pour lui, dans sa philosophie, comme dans son mode de vie, que l’homme où qu’il soit est relié à tous les hommes de tous les temps.

Sa pensée, par conséquent, dépasse le christianisme (bien qu’il soit chrétien lui-même), dépasse l’Europe pour prendre la mesure du monde.
L’Universel est son lieu de prédilection. Dans ces conditions, comment tenir dans les limites d’un dogme ?

 

 

 

Une vision universelle de l’homme et des choses

Luther dira plus tard de lui :

« Les choses de ce monde ont pour lui plus d’importance que les choses divines. »

Cette singularité d’Érasme, presque en toute chose, se justifie-t-elle dans l’époque précise (elle aussi si singulière — Oh combien !) par rapport à celle qui a précédé et celle qui va suivre la vie d’Érasme ?

Né en 1469 et mort en 1536, l’essentiel de sa vie se situe dans la période de la naissance et l’épanouissement de la Renaissance italienne et européenne, celle de l’Humanisme triomphant, qui rompt avec l’ancien système de pensée et de conception de l’humanité.

Mais, la Renaissance, c’est surtout une période de bouillonnement intellectuel et culturel sans précédent en Europe.

 

 

La revanche de l’individu sur le collectif et l’anonymat

Ce bouillonnement culturel, qui libère la pensée de l’individu, correspond également à un bouleversement social, politique…
C’est véritablement une période de transition qui ne cède en rien à celle que nous traversons : une période de transition, de chamboulement.
La période où a vécu Érasme correspond précisément à cette époque de bouillonnement qui, en plus, a vu s’élargir la place de l’Europe dans le monde.
En effet, l’élan pris par ce continent sur le reste du monde, ira s’amplifiant, pour culminer au 19e siècle, avec la « révolution industrielle », la colonisation pour quelques-unes des principales puissances européennes dans la deuxième moitié du 19e siècle.
Cette marche de l’Europe vers le reste du monde est ponctuée de dates mémorables.

 

L’Europe technicienne à l’assaut du monde

En même temps, partout sur le continent européen, les idées nouvelles fleurissent, bousculant les vieilles pensées, les vieilles cultures…

—1486 : Bartholomé Diaz est le premier Européen à atteindre le Cap de Bonne Espérance.
—1492 : Christophe Colomb atteint les îles américaines.
—1497 : Jean Cabot longe les côtes du Labrador et de Terre-Neuve.
—1498 : Vasco de Gama ouvre la route des Indes.
—1500 : Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil.
—1522 : Fernand de Magellan, pour la première fois, a accompli le tour du monde.

 

 

 

Certes, Érasme n’a pas de part directe dans ces voyages de découvertes extraordinaires pour l’époque, mais comment ne pas partir de sa vision de l’Europe et du monde, de sa lutte incessante et acharnée pour libérer l’esprit des hommes, afin de laisser libre cours aux possibilités inouïes que chaque homme recèle.

Par ailleurs, s’il fallait chercher l’actualité de la pensée d’Érasme à la fin du 20e et au début du 21e siècle, des similitudes ne manqueraient certainement pas. Entre autres exemples, l’intérêt marqué pour la liberté de l’esprit, pour l’instruction par l’école, la condition des femmes, la recherche en médecine pour venir à bout d’épidémies ou pandémies…

 

 

John Colet (1467-1579)

Un legs immense
L’Universalisme

John Colet, un homme d'Église anglais, est un pionnier reconnu de la pédagogie, ne s’était sans doute pas trompé quand il prophétisait : « Érasme ne périra jamais ».
On pourrait ajouter que les idées d’Érasme n’ont jamais été aussi actuelles qu’en ce 21
e siècle.
Son œuvre désormais patrimoine de l’humanité est immense.

Érasme a beaucoup écrit et beaucoup publié : livres, correspondance (des milliers de lettres), colloques et conférences… chacun de ses livres, lettres et textes de conférences ou de colloques constitue pour la postérité une preuve palpable de son humanisme.

Quelques titres :

L’éloge de la folie.
Les adages .

Colloques.
Éloge de la médecine.

….

Il faut, dit Érasme, que l’idéal patriotique cède la place parce que trop étroit, à l’idéal européen puis international. « Le monde entier en notre patrie à tous ». Jusqu’à son dernier souffle il resta fidèle à son image, sa pensée, sa philosophie, sa conception de la religion. À cet égard, la dernière flèche qu’il décocha peu avant sa mort, fut destinée non à la religion ,,mais au fanatisme religieux qu’il n’a cessé de combattre tout au long de sa vie : « O ! Dieu ! Que d’instincts bestiaux se déchaînent en ton nom ! »

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 09:00

 

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (2)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

Tout « prince des Humanistes » qu’il fût, Érasme n’eut pas que des admirateurs dans la vie, il eut des adversaires des plus tenaces, pour deux raisons principalement.

Les opposants les plus tenaces sont ceux qui n’ont jamais compris ni toléré son attitude de neutralité lors de la Réforme. Il faut se souvenir qu’Érasme, au terme de sa formation religieuse, fut ordonné prêtre. Même s’il obtint du Pape la dispense de porter la soutane, il reste aux yeux de ses contemporains catholiques, un des leurs. Qu’il n’intervienne pas lors de la scission pour les aider à l’emporter définitivement sur les « Protestants » reste pour eux une trahison.

Sa culture, ses qualités multiples, son autorité naturelle qui s’imposait à tous, faisaient en effet de lui la personnalité idoine pour l’emporter définitivement et sûrement sur ces « fauteurs de trouble » dans la foi catholique.
De même, ces « fauteurs de trouble », les Protestants, comptaient beaucoup sur les lumières d’Érasme, et le considéraient naturellement comme l’un des leurs.

Ni  les catholiques ni les protestants ne lui pardonnèrent ce qu’ils considéraient comme une trahison.

Érasme était lui-même conscient de sa position entre les deux partis, mais, avait les arguments appropriés pour

 

à la fois les comprendre et ne pas se ranger derrière eux. Il voulait avant tout rester fidèle à lui-même, à sa vision de la religion, à sa philosophie, de même qu’au mode d’existence qu’il avait choisi et auquel il resta fidèle jusqu’à sa mort.

Un homme de conviction
    Fidélité à la foi intérieure, à l’Homme, comme moyen d’accomplir sa mission pour le bien de tous

Selon ses biographes et ses écrits, le jeune humaniste s’est senti heurté à la fois dans ses aspirations et ses convictions profondes, ainsi que par la discipline monastique dont il gardera toute sa vie un souvenir honni.
Sa seule consolation, c’est, faute de vocation religieuse établie, de trouver dans le monastère où il fut formé à sa vie de futur ecclésiastique, la meilleure bibliothèque classique du pays.

Rien n’indique par ailleurs qu’il fut d’une piété ardente durant ses années de vie monastique. Il semble, d’après des lettres, que ce soit plutôt les beaux arts, la littérature latine et la peinture qui l’aient particulièrement occupé et séduit. Quoiqu’il en soit, il ne semble pas s’être totalement détaché malgré tout de l’objet principal de son entrée dans ce monastère, puisqu’il fut ordonné prêtre par l’évêque d’Utrecht, en 1492.

La première des fidélités c’est la fidélité à soi, à ses convictions

 

La dispense du port de la soutane fut vécue, semble-t-il, par Érasme comme une « véritable délivrance… on ne le vit plus dans ses habits sacerdotaux qu’à de rares occasions. »

Il faut parfois faire un effort pour se rappeler que cet homme à l’esprit libre et ouvert, à la plume acérée mais impartiale, appartient à l’état ecclésiastique.
Précisément, ce caractère libre, impartial, parut singulier à ceux qui lui reprochaient d’avoir « lâché son camp » face aux Protestants.

Cependant, quelques qualificatifs relevés au hasard, permettent de mesurer la sympathie quasi universelle et l’aura de sa personnalité, de même que la fascination exercée par Érasme sur le plus grand nombre de ses contemporains toute sa vie durant :

« Érasme, la personnification de la sagesse. », écrit un biographe.

Un autre écrit :

« Érasme, Doctor universalis »
« Érasme … prince des Sciences. »

Ou encore :

« Incomparable »
« Phoenix Doctorum »
« La Pythie de l’Occident »
« L’Homme universel »

Les raisons du consensus, du plébiscite

Faut-il rechercher dans son action, sa pensée et sa philosophie, les raisons de l’apothéose quasi unanimement reconnue du personnage ?

Les biographes d’Érasme sont unanimes sur le regard porté sur le personnage. Le trait sur lequel tous ont insisté de façon récurrente, c’est, avant tout, son goût des études, et aussi sa fidélité à ses idées qu’il croit au service de l’Humanité entière.
Pour presque tous ses biographes, Érasme « fut le premier grand intellectuel de dimension européenne et la personnalisation de toutes les aspirations spirituelles les plus profondes de son siècle. »

Il est qualifié de « premier véritable penseur et écrivain vivant de son œuvre et de son savoir, dont la renommée et l’importance dans le "combat des idées" préfigurent celle des philosophes du 18e siècle. »
D’aucuns établissent une filiation d’esprit avec quelques philosophes des Lumières, principalement J.J. Rousseaux, Diderot, et surtout Voltaire.

Tous, sans exception, consacrent de longs passages à sa rigueur morale, sa sensibilité humaniste, laquelle le porte spontanément vers les autres.

Le savoir et le cœur aux sources de l’Humanisme

Toute sa vie, Érasme se montre intraitable dans le combat contre le fanatisme religieux et l’intolérance sous toutes ses formes, dans la religion comme dans la vie de tous les jours.
En matière de religion, il prône le retour aux textes des Anciens et à une Bible sans mystères, définitivement dépouillée de ses scories qui sont source de malentendus liés aux interprétations des textes.

Ce qui caractérise le mieux Érasme, c’est le refus de toute compromission, particulièrement dans le domaine de la connaissance des textes et la pratique de la religion.

Enfin, Érasme est la première personnalité d’influence européenne à s’engager résolument en faveur de l’éducation pour tous les enfants, quelles que soient leurs conditions et leur origine sociale, et à plaider pour la condition des femmes.

Enfin Érasme s’est préoccupé de bien des questions d’ordre social comme d’ordre religieux, qui, sans doute lui valurent aussi quelques inimitiés fortes, telles que le mariage des prêtres, de même que ses réactions au sujet de maladies sexuellement transmissibles. Il chercha à attirer l’attention des autorités religieuses et civiles sur le danger que la propagation de ces maladies pourrait représenter dans le futur, si l’on n'y prenait garde (apparemment sans  beaucoup de succès).

 

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 08:20

ÉRASME : CITOYEN DU MONDE AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, DE LA CULTURE, DE LA PAIX (1)

Didier Érasme (1469 -1536)

Qui est Érasme ?

 

Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus) est un humaniste hollandais d’expression latine. Il est né à Rotterdam vers 1469 et mort à Bâle en 1536.
De « naissance obscure » disait-on à l’époque, Érasme connaît une enfance et une jeunesse sombre. Pour ses contemporains il n’a ni patrie, ni famille réelles. Il est sans origines en quelque sorte.
Ce nom qu’on lui connaît, Érasmus Roterodamus, il ne le tient ni d’un père, ni d’un ancêtre. C’est un nom d’emprunt qu’il s’est donné lui-même.

La date précise de sa naissance et les circonstances qui accompagnent celle-ci, sont entourées d’un profond mystère.
Est-on sûr qu’il est né en 1469 ? Des sources avancent 1466, d’autres 1467... Érasme lui-même est tenu pour responsable, en partie, de ce mystère. Plutôt effacé, taciturne, il se confiait encore moins, ce qui multipliait sans doute les rumeurs et épaississait le mystère concernant ses origines.

Erasmus serait né d’un prêtre et de la fille d’un médecin.
Ce qui semble acquis, est que cet enfant illégitime perd ses parents biologiques très tôt. Confié à des tuteurs, Érasme n’a que 17 ans quand ceux-ci se débarrassent de lui.
D’abord scolarisé dans une école tenue par les Frères de la vie commune, il entre, à 20 ans, au couvent des chanoines augustins de Steyn.

 

 

Un homme qui se donne un nom, une mission et un destin

Qu’importe ! S’il n’est guère bavard, Érasme sait ce qu’il veut. Il se destine en fait à une « mission » planétaire, au service de l’Humanité entière.
Mais, comment remplir une telle mission avec la tête et le cœur vides ?
Érasme, après ses premières études à l’école des Frères de la vie commune à Deventer, l’un des premiers foyers de l’Humanisme, aux Pays-Bas, entre au couvent des Augustins où il prononce ses premiers vœux.

Cependant, la vie monastique ne l’attire guère. Il consacrera désormais son temps à l’étude approfondie des Anciens et des Écritures.

Une bourse lui permet de poursuivre ses études à Paris, au collège Montaigu, puis précepteur au service d'un riche anglais, il part pour l’Angleterre où il rencontre des personnages influents de l’époque, en particulier Thomas More, dont il deviendra l’ami.
Commence alors pour Érasme des voyages, des rencontres, débats et confrontations d’idées partout en Europe. Sa vie devient une vie d’errance, consacrée à l’étude, à la réflexion sur tous les sujets : religieux, profanes, sur la morale, la paix…

« Je souhaite être un citoyen du Monde, appartenir à tous, ou plutôt, rester un étranger pour tous » écrit-il.

Il poursuivra jusqu’à sa mort, une vie errante à travers l’Europe, sans se fixer définitivement nulle part.
Tous cherchent à se l’attacher, aussi bien l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas…, en vain.

À l’apogée de sa vie, son souhait est amplement exaucé ; il devient véritablement un humaniste érudit, au service du monde.
Mais, Érasme est, au fond, un grand solitaire, néanmoins jouant le rôle de conseiller et partenaire de tous.

Quand éclate, au sein de l’Église, la grave crise qui devait aboutir à la scission et à la naissance du protestantisme, il saura faire preuve d’une neutralité aussi étonnante que respectueuse des deux camps : catholique et protestant, alors que toute l’Europe chrétienne attend de lui sa position face à ces évènements.

À la question d’un responsable de l’Église catholique : « De quel parti êtes-vous ? », il répond : « Mon parti, c’est l’Homme. »

 

 

Neutralité bienveillante, respect de tous comme voie vers la paix des consciences ?

La demande faite au pape de le dispenser de porter de la soutane, au terme de ses études théologiques, était-elle un indice de cette « philosophie de vie » ?
En tout cas, cela semble parfaitement convenir à la manière de vivre qu’il avait souhaitée et qui lui avait tant réussi.

En effet, à l’apogée de sa vie, Érasme est considéré, en Europe, comme le « Prince des Humanistes ».

 

 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 07:49

L’ESCLAVAGE DES NOIRS DANS LE REGARD DE DEUX PHILOSOPHES DES LUMIÈRES
MONTESQUIEU ET CONDORCET

L’ironie ou le sérieux comme arme pour ridiculiser les arguments des partisans de l’esclavage

Montesquieu (1689-1755)

Un noble de bonne famille au service de la justice, de la liberté et de l’égalité pour tous
Montesquieu

Né au Château de la Brède ; au sud de Bordeaux, en 1689, Charles-Louis de Secondat, qui sera baron de la Brède de Montesquieu, appartient à la noblesse de robe.
Il meut à Paris en 1755, après une carrière bien emplie de philosophe et de politique français.

Passionné par la science et les expériences scientifiques au départ, il s’oriente peu à peu, mais résolument vers la philosophie avec un engagement sans réserve pour la bonne gouvernance, c’est-à-dire un mode de gouvernance basé sur la loi, non sur l’absolutisme et la corruption.

Il fut ainsi l’un des principaux philosophes des Lumières et penseur du 18e siècle aux côtés de Voltaire, Diderot, Rousseau …

Pourfendeur de l’ancien système de gouvernement (Ancien Régime), il fut le principal initiateur des révolutionnaires de 1789, et des fondements de la République de même que de ses principales lois.

Son œuvre, immense et variée (De l’esprit des lois, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence…), commence par la critique acerbe des mœurs et coutumes françaises de son temps, y compris l’absolutisme monarchique, copieusement raillée dans « Un Persan à Paris ». ou « Comment peut-on être Persan ? »

Une bombe à démolir l’ancien monde : l’esprit des lois

Véritable arme de démolition de l’aristocratie, la monarchie, le despotisme
Montesquieu est surtout connu et célèbre pour avoir inspiré la séparation des pouvoirs, devenu la principale caractéristique des régimes démocratiques :

—pouvoir législatif dont le rôle est de voter les lois.
—pouvoir exécutif dont le rôle est d’appliquer ces lois.
—pouvoir judiciaire dont le rôle est de vérifier, contrôler, l’exécution de ces lois.

Montesquieu sait aussi, mieux que quiconque, démolir les pratiques solidement ancrées dans le temps, avec une ironie mordante, sans doute aussi efficace que les armes de destruction.
L’exemple le plus parlant et le plus achevé en la matière est incarné dans la lutte contre l’esclavage, l’esclavage des Noirs, qu’il considère comme un crime odieux.

« Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les Nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on n'en faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un maître très sage, ait mis une âme, surtout une bonne âme, dans un corps tout noir.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les Nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains ; car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié? »   (Montesquieu «L'esprit des lois» (Livre XV, ch. V.))

 

Condorcet (1743-1794)

Condorcet (Marie-Antoine Nicolas de Caritat, marquis de), 1743-1794, philosophe, mathématicien et homme politique français.

À 16 ans, il soutient une thèse d’analyse mathématique et publie un essai remarqué sur le calcul intégral…
Ses travaux scientifiques lui valent l’entrée à l’académie des sciences en 1769. Mais c’est par ses réflexions philosophiques, son attachement pour l’égalité sociale, la justice et la liberté de l’individu qui lui valent de figurer aux côtés des Montesquieu, Voltaire, Rousseau… comme l’un des plus célèbres philosophes des Lumières.

En effet, Condorcet a consacré l’essentiel de ses activités au combat pour la reconnaissance à tous les humains des droits inaliénables. Pour lui l’égalité sociale et l’émancipation de l’individu ne peuvent s’obtenir que par l’éducation.
L’inégalité la plus criante étant pour lui l’inégalité face à l’éducation ; d’où son combat acharné pour l’éducation de tous.

Œuvres importantes : Réflexions sur la jurisprudence universelle, Collaboration à la partie Mathématiques de l'Encyclopédie méthodique, Sur l'admission des femmes au droit de cité, Cinq Mémoires sur l'instruction publique, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain…

Les réflexions de Condorcet, ses luttes et surtout son profond humanisme le portent naturellement à s’opposer de toutes ses forces aux partisans de l’esclavage. Il est donc aux côtés de ceux qui se battent contre ce trafic odieux : le commerce des esclaves.

À l’opposé de Montesquieu, passé maître dans l’art de l’ironie mordante, Condorcet pourfend les mêmes adversaires avec l’honnêteté d’un moraliste.

« Réduire un homme à l'esclavage, l'acheter, le vendre, le retenir dans la servitude, ce sont de véritables crimes, et des crimes pires que le vol... Comme ces crimes ont toujours été ceux des plus forts, et le vol celui des plus faibles, nous trouvons toutes les questions sur le vol résolues d'avance et suivant de bons principes, tandis que (le crime de l'esclavage) n'a pas même de nom dans les livres...

La prospérité du commerce, la richesse nationale ne peuvent être mises en balance avec la justice. L'intérêt de puissance et de richesse d'une nation doit disparaître devant le droit d'un seul homme, autrement il n'y a plus de différence entre une société réglée et une horde de voleurs... »  (Condorcet, Réflexions sur le travail des Nègres. )

                                                                                  

  

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