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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 09:26

oeil3

UNE CULTURE D’ANCIEN RÉGIME (2)

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Pour ceux « d’en haut » comme pour ceux « d’en bas », rénover la politique

 

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Pour l’égalité sociale, la justice et la liberté

 

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La prise de la Bastille

 

gif anime puces 251La République. Comment va-t-elle ?  

 

Défiance

Selon la récente enquête (janvier 2014) réalisée par le Centre de recherche politique de Sciences-Po, associé au CNRS, 87% des Français interrogés expriment leur défiance vis-à-vis de leurs responsables politiques, toutes tendances confondues.

 

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Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

 

gif anime puces 251Une pratique politique à rénover 

 

D'emblée, il serait à espérer que la notion de contrat social guide les rapports entre les Français et leurs responsables politiques.


La politique, c'est l'art de chercher à résoudre les problèmes des citoyens dans la Cité. Ce n'est pas un concours d'exhibitionnisme. Cet art est tact, mesure et réalisme. Les partis et les hommes politiques sont indispensables à la mise en œuvre de cet art. Rien ne peut ou ne doit les remplacer, surtout pas Internet ou la télévision. Rien ne doit non plus compliquer leur mission au-delà du possible. L'une des tâches prioritaires des dirigeants de ce pays devrait consister à éduquer les Français au réalisme, en y étant éduqués eux-mêmes. Ceci est affaire de pédagogie. Bien des circonstances ont démontré le décalage entre les dirigeants politiques français et le pays réel. Mais les citoyens ne doivent pas être non plus en décalage avec les réalités incontournables. L'opposition systématique à toute idée de réforme, y compris les plus indispensables pour moderniser les structures sociales et politiques du pays ne peut être signe de maturité démocratique. Toute société organisée possède ses propres règles de fonctionnement ainsi que ses modes de régulation interne. Et toute société soucieuse de progrès doit procéder, périodiquement à un ajustement de ces règles aux besoins internes dans un environnement mondial qui évolue sans cesse. Faire l'économie de cet effort en vue de cette adaptation nécessaire c'est se condamner à plus ou moins brève échéance à perdre des acquis qu’on voudrait définitifs et à s'exposer ainsi à de graves déconvenues. Le tout réside, pour les responsables politiques, dans l'art de présenter ce travail de réforme avec pédagogie, ainsi que dans leur capacité à le mettre en œuvre ; il y va de la disponibilité des citoyens à le comprendre et à se convaincre que la réforme est nécessaire pour chacun individuellement et, pour tous, collectivement. Or, la France est un pays de réclamations et de protestations ; il s'agit d'en faire également un pays de propositions et de réformes consenties, où on apprend à ne pas tout attendre des hommes politiques, et à ne pas tout leur imputer, où chaque citoyen doit apprendre à faire son propre examen de conscience. Les responsables politiques sont avant tout des hommes et des femmes comme tout le monde ; mais, ils ont en plus une responsabilité écrasante, quels que soient leur niveau et leur sphère d'action : maire, conseiller général, député, chef de l'Etat... Ils doivent mériter compréhension, soutien et respect. Leur discrédit fragilise la nation, car il constitue une atteinte portée à la démocratie et aux valeurs de la République. Les hommes politiques ne peuvent être tenus pour responsables de tout. Les slogans tous pourris ou tous pareils sont réducteurs et sont l'expression d'une paresse mentale et d'une absence d'esprit critique constructif. Un effort de jugement, d'objectivité et de discernement doit être légitimement exigible des citoyens.

 

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Rouget de Lisle

 

gif anime puces 251L’indispensable pédagogie du consensus  

 

Comment des responsables de la vie publique constamment vilipendés peuvent-ils assurer l'indispensable cohésion sociale dans un esprit serein, en vue de bâtir une nation forte ? En ces temps de mondialisation et de remue-ménage généralisé propices à la perte de repères nationaux et mondiaux, il est plus que jamais nécessaire de faire preuve de discernement et d'esprit de responsabilité dans le jugement porté sur ceux qui sont en charge de la nation et qui, pour la plupart, font tout de même honnêtement ce qu'ils peuvent. Ceci n'excluant en rien la vigilance des citoyens à leur égard.


Il existe une différence de culture entre la France et les pays anglo-saxons en ce qui concerne les rapports du citoyen à l'Etat. Les Français apparaissent comme passifs, attendant tout de l'Etat, s'y abandonnant totalement en abdiquant leurs responsabilités parfois les plus élémentaires. Et quand l'Etat accorde des droits au citoyen, celui-ci a tendance à penser qu'ils sont sans contrepartie, au contraire des Anglo-saxons. Ici, les gens sont rarement contents, mais ne s'impliquent pas pour autant. Ils se plaignent constamment, en toutes circonstances, parfois même lorsqu'ils ont tort, et rendent les autres responsables de tout. Mieux, plus on a tort, plus fort on crie et revendique. Or, dans la Cité, on doit se sentir tous responsables de ce qui se fait comme de ce qui ne se fait pas. La République, c'est le dévouement des citoyens, selon Platon, après s'y agrègent les idées de liberté, égalité, justice, solidarité.


Le poids de l'opinion publique, sa place de plus en plus centrale dans le fonctionnement des démocraties modernes ne peuvent être désormais ignorés des responsables nationaux. Cette opinion publique constitue, plus que les médias (qui contribuent en partie à la former), le véritable quatrième pouvoir sans lequel aucune réforme ne saurait avoir ni profondeur, ni durée. Il faut donc, d'une manière ou d'une autre, l'associer aux réformes indispensables par l'information, l'explication et la pédagogie. D'une manière générale, en France, il s'agit moins de réinventer la droite ou la gauche que de réinventer la politique et le civisme. Ce qui est en cause précisément, c'est la manière de faire de la politique.

 

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Par manière de faire de la politique il faut entendre le regard porté par les responsables publics sur les citoyens et la société française. Il faut savoir passer de la délégation totale du pouvoir à la participation effective à celui-ci. Il incombe aux politiques d'éduquer les citoyens de manière qu’ils puissent percevoir la France comme un immeuble dont chacun d’eux est le gardien en même temps que l'usager.


En France aujourd'hui, les maîtres mots devraient être réformer, rénover la pratique politique. On ne réforme pas par des coups de pied ni par le mépris, mais par le dialogue, c'est-à-dire la pédagogie de la communication. Réformer, dans un vieux pays comme la France, nourri de droits de l'homme intégrés de façon parfois approximative ou unilatérale (sans contrepartie), pétri de culture individualiste, c'est pratiquer avec tact et intelligence l'art d'éduquer et de communiquer. Cet art requiert attention à l'autre, sens du dialogue et patience. Le pire c'est de ne pas réformer. Si la France est le pays des révolutions par excellence, c'est sans doute aussi parce qu'elle n'est pas celui des réformes librement consenties, faute de pédagogie sociale de la part de ses dirigeants. 

 

gif anime puces 251Informer, communiquer, expliquer pour mieux réformer  

 

C'est le refus de réformes de l'entourage de Louis XVI qui entraîna l'embrasement généralisé de 1789. L'incapacité de réformer débouche sur cette cassure appelée révolution ; cette cassure signifie aussi blessures. Si le canon est le support de la révolution, le dialogue est le moteur de la réforme. Certes il n'est pas infondé qu'une même société connaisse à la fois la révolution et la réforme mais, les meilleures révolutions sont celles qui se produisent dans les esprits. Transparence et pédagogie doivent être les fils conducteurs de l'action politique. On ne peut réformer non plus en suivant servilement l'opinion publique. La politique ne consiste pas à faire rêver les citoyens, mais à essayer de résoudre les problèmes de leur existence. Certes, il importe de respecter l'inclination du peuple mais sans la flatter ni la suivre aveuglément. L'action des politiques et des dirigeants doit contribuer à orienter précisément cette opinion publique, à l'encadrer et non à la subir. Gouverner, c'est bien entendu, être près du peuple, savoir l'écouter, savoir mettre les mots sur ses peines et ses joies et surtout ne pas faire de vaines promesses, mais agir. Or, en France, on sait faire des discours, mais l'on ne sait pas se parler ; surtout à ceux « d’en bas ». Or, plus les citoyens sont au bas de l'échelle sociale, moins ils sont sensibles aux discours, et plus ils ont besoin que leur parole aussi compte, qu'on les écoute pour les entendre. La démocratie ne se réduit pas aux élections ; c'est aussi un dialogue, un échange permanent entre le sommet et la base, entre la base et le sommet, verticalement,  mais aussi horizontalement, entre citoyens. Et surtout, gouverner ne peut se réduire à manier des chiffres, des courbes ou des statistiques. Il faut écouter, expliquer, tendre la main, pour créer l'espérance. Il s'agit de réinventer à chaque instant une nouvelle aspiration collective, un projet commun dans lequel chaque citoyen, quels que soient son statut social et ses moyens, puisse se reconnaître. Diriger, c'est avoir de l'ambition et une vision pour le peuple, savoir réinventer l'avenir, montrer le chemin, dire comment suivre et comment avancer vers l'horizon commun. Le politique doit être au sein de la Cité et de la nation, cette lumière qui scintille, éclaire, attire, et qui met en marche. Il doit se donner comme ambition et comme vocation d'être un repère dans la nation. Apporter la démonstration au quotidien qu'un ministre est avant tout un serviteur du peuple, non un privilégié désincarné et intouchable. Ceux qui sollicitent le suffrage des citoyens devraient en prendre l'engagement. En France, on assimile encore le préfet de la République à l'intendant de Louis XIV ! Les hommes politiques devraient par ailleurs s'efforcer, avant tout, d'être eux-mêmes, de conjuguer authenticité et humilité, en veillant à ne pas se laisser envahir par les images et les artifices médiatiques. A cet égard, il serait souhaitable qu'ils se passent de conseillers en communication, et qu'ils puissent rédiger eux-mêmes leurs discours politiques et publics. L'action des conseillers en communication, en masquant leur personnalité propre, les rend moins naturels en les éloignant du peuple et de ses réalités, en privilégiant l'enveloppe par rapport au contenu.

 

gif anime puces 251De nouvelles mœurs politiques pour gouverner autrement 

 

Il est plus que jamais nécessaire dans ce pays de concevoir la politique autrement afin de gouverner autrement. L'heure n'est plus aux mœurs et aux pratiques obsolètes du XIXe siècle. L'évolution des techniques de communication et d'information, celle des mentalités, de même que la mondialisation et l'extrême complexité des problèmes posés aux Etats et à leurs dirigeants impliquent une nouvelle vision des choses, de nouvelles structures et de nouveaux modes d'action. La politique politicienne à courte vue, tout comme la politique-spectacle doivent céder le pas à une politique citoyenne et responsable. La culture de tribu et de clan, le réflexe d'affrontements stériles et mesquins doivent être bannis en politique au profit d'une culture d'ouverture, de concertation dans l'intérêt supérieur du pays et des citoyens. Cela vaut aussi bien pour les hommes politiques que pour les partenaires sociaux et l'ensemble des forces vives de la nation. Il est fondamental que subsiste le pluralisme politique, que différents partis politiques opposés sur leurs idées s'affrontent pour que vive la démocratie. Mais sur certains sujets majeurs qui engagent l'image et le destin du pays, les principales forces sociales et politiques doivent pouvoir se rassembler sans état d'âme dans une union sacrée implicite. Il y va de la grandeur et du rayonnement de la France.


Il est indispensable et urgent de mettre définitivement hors-la-loi dans notre pays cette conception rétrograde et pernicieuse qui fait de la politique une question de pures manœuvres tacticiennes subalternes, de menées obscures et souterraines autour d'intérêts strictement partisans et égoïstes. La politique doit être désormais menée dans la clarté, au service des citoyens et de la nation. Changer de mœurs politiques implique également de changer de vocabulaire. Il ne s'agira plus de ne parler aux citoyens qu'en période électorale, pour engager le combat, mener la bataille et gagner les élections, mais de parler au quotidien pour gagner la bataille du quotidien des citoyens et celle de la paix du monde. Il ne doit plus s'agir de dire nous voulons le faire parce que nos électeurs nous demandent de le faire, mais nous voulons le faire parce que c’est bon pour la France et les Français.


Lorsque l'essentiel des propos de nos hommes d'Etat se résume aux petites phrases hachées menu et à leur exégèse, quand leur action n'est déterminée que par les sondages de popularité, et leurs commentaires, que l'essentiel de leur énergie se consume dans les tentatives d'étouffement des affaires et la fouille des poubelles de leurs adversaires politiques, que reste-t-il pour la République ? Lorsque la pêche aux voix électorales, les petites querelles subalternes deviennent l'unique préoccupation de ceux qui tiennent entre leurs mains le destin de la nation, il y a là un état de choses qui ne peut que déboucher sur l'abaissement de la conscience civique du peuple et l'affaissement de la nation. 

 

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