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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 09:52

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LA FRANCE EN CENTRAFRIQUE : GRANDEUR ET SERVITUDE

 gif anime puces 858

 

Que diable allait-elle donc faire dans cette galère ?

 

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La galère sur un océan de haine

 

Quoi qu’elle fasse

 

La non intervention en Centrafrique à l’heure où le monde entier assiste au naufrage d’un pays, où l’État implose littéralement, un pays transformé en champ clos de carnage, théâtre de violences inouïes et de sanglante barbarie, en proie à la folie meurtrière d’un obscurantisme surgi du fond des âges, eut été considérée comme une dérobade coupable, par ceux-là mêmes qui lui font aujourd’hui le reproche de son intervention, trouvant le mobile de cette intervention dans la convoitise des ressources naturelles du pays.

 

 

Intervenir ou ne pas intervenir ?

 

La France avait-elle le choix ?

 

On peut toujours trouver un relent de colonialisme et une volonté de mettre la main sur les richesses naturelles à toute intervention de la France dans n’importe quel pays d’Afrique francophone. Ce jugement n’est certes pas dépourvu de tout fondement mais, c’est l’interprétation sans doute la plus facile, c’est-à-dire la plus commode, qui permet de s’exonérer de toute analyse approfondie visant à un degré minimal d’objectivité.

 

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Appel à la France à Bangui

 

Le plus difficile, par définition le moins commode, c’est l’effort intellectuel par lequel on s’efforce de pénétrer au cœur de l’événement pour une expertise critique étayée par une argumentation rigoureuse, prenant en compte ses dimensions multiples, en fonction du lieu et du contexte.

 

En Centrafrique, la France n’est pas en terre inconnue. Elle est toujours intervenue dans ce pays depuis son indépendance, et fut intimement associée à toutes les phases de son histoire politique agitée, depuis 1959. Aucun chef d’État centrafricain, élu ou parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, n’a pu se passer de l’appui et de l’onction de la France.

 

C’est sans doute pour cette raison que le président Bozizé, chassé du pouvoir en mars 2013 par les rebelles de la Séléka (rassemblement ou coalition en langue sango), avait sollicité en vain l’aide de la France (comme après son coup d’État en 2003, où celle-ci lui tendit la main et l’adouba).


Ayant signé en 2013 un important contrat avec la Chine qui permettait à celle-ci d’exploiter de nouveaux gisements pétroliers au nord, ainsi que sa participation au développement du pays (selon la volonté du président), d’aucuns y ont vu la raison du lâchage de Bozizé, mais aussi de l’intervention en cours, destinée entre autres à contrer cette entrée des Chinois sur sa « chasse gardée ».


Malgré tout, la décision d’intervenir en Centrafrique ne semble pas avoir été spontanée, ni réellement désirée, selon plusieurs éléments d’analyse. Elle s’est faite en 3 étapes, entre la prise de conscience et l’action concrète.


fleche 0261er temps : celui de l’attentisme. L’entrée des rebelles dans la capitale et la fuite du président Bozizé vers le Cameroun une fois entérinées, le gouvernement français par la voix du Quai d’Orsay, déclare avoir pris acte du changement intervenu et appelle au calme et au dialogue dans l’intérêt de ce pays.


fleche 0262e temps : la France déclare déplorer que ce changement soit survenu par la force et au mépris des institutions démocratiques et la suppression (ou suspension) de celles-ci.


fleche 0263e temps : face à l’appel pressant de plusieurs ONG étrangères, notamment de Human Rights Watch, mais aussi d’Églises, de personnalités africaines et françaises, surtout, confrontées aux images et récits de violences et d’exactions insoutenables, dans un chaos indescriptible et des populations à l’abandon, le président français décide d’entrer en action par l’envoi de troupes.


Fallait-il laisser un « génocide rwandais bis » se perpétrer en Centrafrique, musulmans massacrant chrétiens et chrétiens massacrant musulmans ?

 

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L’horreur. Femmes en détresse

 

 

Comment intervenir ?

 

Si le bien-fondé de l’intervention française ne peut être mis en doute, vu l’urgence humanitaire et la « responsabilité historique », c’est le comment de cette intervention qui peut légitimement interroger.

 

Fallait-il y aller seul ?

 

Une force internationale massive sous la bannière de l’ONU et le commandement (ou l’inspiration) de la France eût été souhaitable.

 

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Militaires français face à la haine et à la violence à Bangui

 

gif anime puces 577Que peut la France seule dans cet océan de haine et d’obscurantisme ? Face à ce trou béant, ce déficit criant d’État ?


gif anime puces 577Que peuvent les chars et les canons, quand c’est le cœur et le cerveau qu’il faut toucher pour éteindre la haine et activer la raison ?

 

La présence française en Centrafrique, au-delà de l’aspect purement militaire, constitue un véritable symbole : celui d’un renversement des rôles ou des valeurs. Les jeunes soldats français auraient-ils désormais vocation à remplacer les « vieux sages » africains, pour concilier et réconcilier, apaiser les tensions qui déchirent individus, familles et clans ?


Où est donc passée la légendaire « sagesse africaine » ? Est-elle partie en fumée ou était-elle fumée ?

 

Où sont les Africains ?

 

Dès l’arrivée au pouvoir et l’installation par la force des nouvelles autorités issues de la rébellion, en mars 2013, la première réaction africaine fut celle de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), dont la Centrafrique est membre. Au cours d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la sous-région, réunis pour la circonstance, dans la capitale du Tchad, N’Djamena, il fut décidé d’entériner le fait accompli à Bangui. Ce soutien tacite fut assorti de conditions dictées au nouveau pouvoir, parmi lesquelles la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation d’élections « démocratiques et transparentes » dans un délai de 18 mois.

 

Cacophonie ?

 

Dans le même temps, l’Union africaine réagissait et condamnait vigoureusement le coup d’État de la rébellion en Centrafrique. Mieux, elle décidait d’isoler totalement les nouvelles autorités, en commençant par exclure le pays de la CEEAC. Elle demanda à toutes les organisations internationales de faire de même : ONU, Union européenne… Elle les invita à prendre des sanctions à l’encontre des principaux chefs de la Séléka, à commencer par le premier d’entre eux, le président autoproclamé Djotodia : gel des avoirs, restrictions des déplacements…


De toute manière, le rétablissement de l’État et de l’ordre en Centrafrique ne peuvent venir ni des responsables politiques, ni des forces armées africains. Le salut du pays est ailleurs.

 

Et l’Europe ?

 

Les Européens ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Centrafrique. D’une manière générale, la réponse de la communauté internationale, principalement de l’Union européenne, demeure jusque là minimale. L’Allemagne, la Pologne, la Lettonie… ont-elles le même rapport à l’Afrique que la France ? Ont-elles la même mémoire de l’histoire ?

 

D’aucuns, parmi les États européens, reprochent à la France de s’être engagée seule en Centrafrique, sans les prévenir, et de vouloir les mettre devant le fait accompli en sollicitant leur participation.


Quoi qu’il en soit, la situation actuelle de ce pays dépasse le simple huis-clos de la France avec son ancienne colonie. L’État centrafricain totalement effondré, le vide créé serait vite comblé par ceux que peu d’États d’Europe souhaiteraient voir à leur porte : un terrain conquis par les djihadistes et les adeptes de tous les trafics… Ceux qui sont chassés du Nord-Mali y afflueraient, s’y installeraient en maîtres, en y rencontrant d’autres qui renforceraient leur pouvoir. Et ce nouveau sanctuaire de tous les dangers, créé et conforté, serait une menace pour l’Afrique, mais aussi pour l’Europe et le monde.


Vu sous cet aspect, la France, ce Don Quichotte impénitent, œuvre aussi en Centrafrique, seule, pour la paix mondiale.

 

Un conflit interne, religieux et ethnique ?

 

À l’origine non ! Un conflit né de l’incurie et de l’inconscience de politiques centrafricains qui instrumentalisent la religion et l’ethnie pour suppléer leurs carences. La défaillance de la gouvernance et la faillite de l’État portent en germes toutes les dérives et tous les drames imaginables.


Si ce pays a toujours été une terre de révoltes et de rébellions, ces mouvements sociaux ou politiques furent toujours dirigés contre des gouvernants brutaux, incompétents et inaptes à la fonction d’homme d’État. Jamais par le passé des fractions de la population de ce pays, où religions et ethnies ont toujours vécu en bonne intelligence, ne s’affrontèrent pour motif religieux ou ethnique. La mauvaise gouvernance corrompt cette harmonie sociale, compromettant gravement l’avenir du pays.

 

Comment éteindre le feu ?

Perspectives et solutions

 

Court terme, moyen terme, long terme

 

etoile 108Court terme :


 

gif anime puces 601D’abord mettre le pays sous tutelle internationale, sous mandat des Nations unies, avec pour objectif : traiter le mal en profondeur : mettre un terme aux violences et exactions, grâce à la mise sur pied d’une force issue des l’ONU.


gif anime puces 601La deuxième urgence sera la création d’une administration digne de ce nom : police, gendarmerie, justice, toutes choses totalement disparues depuis mars 2013.

Reconstruire hôpitaux, dispensaires, services municipaux, écoles, service d’état civil, poste… bref, les bases fondamentales de l’administration.


gif anime puces 601Troisième urgence enfin, former les cadres nationaux indispensables à l’administration et à l’État. Entreprendre une œuvre de pédagogie civique : réconcilier ethnies et religions.


 

etoile 108Moyen terme :


Construire ou « reconstruire » l’État, créer et mettre à jour fiches électorales, budget, douanes, service fiscal… former et sensibiliser au sens de l’État, au réflexe du service d’État, au respect du bien public…

 


etoile 108Long terme :


Celui de la renaissance de l’État et de la nation. Il sera fonction des constructions opérées par le court et le moyen terme, et permettra de les compléter et les parfaire, par le fonctionnement normal de l’État au service de tous, et la formation d’un gouvernement issu d’élections authentiquement démocratiques, lequel sera animé par des hommes et des femmes formés, intègres, compétents et dévoués.

 

 arbre 

 

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