Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Recherche

12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:47

MB900439168

CENTRAFRIQUE, UNE LUEUR DANS LE BROUILLARD ?

 graphisme-3d-5

La fuite en avant ou la sortie du tunnel du chaos ?

 gif anime puces 286

 

Ainsi donc, à N’Djamena (capitale du Tchad), les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) réunis les 9 et 10 janvier, manifestent leur volonté de peser sur le cours des événements en Centrafrique. L’objectif de cette réunion : obtenir le retrait du président autoproclamé Michel Djotodia, chef de l’ex-mouvement rebelle Séléka.


Ce dernier déchu, la crise centrafricaine sera-t-elle pour autant résolue ? Il faut le souhaiter. Mais on peut légitimement en douter.


D’aucuns voient la diplomatie française à l’œuvre derrière ce sommet extraordinaire de N’Djamena, tout particulièrement la pression exercée sur le président tchadien Idriss Déby, par ailleurs président en exercice de la CEEAC, afin d’obtenir le départ de Djotodia, départ qui serait suivi dans l’année d’élections (présidentielle et législatives) en vue de donner une direction politique crédible au pays en évitant par la même occasion l’enlisement de la France dans le bourbier centrafricain.

 

doc1-Djotodia.jpg

Djotodia, président autoproclamé

 

fleche 235Des élections : Quand ? Comment ? Quel objectif ?

 

Deux questions préalables à tout projet de résolution de la crise centrafricaine s’imposent :


fleche 035Comment des relations naguère paisibles et harmonieuses entre ethnies, entre religions, ont-elles pu se dégrader aussi rapidement ? (Malgré le nombre important d’ethnies, plus de 90% de la population parlent une même langue locale, ce qui constitue une exception en Afrique subsaharienne).


De fait, un tel déchaînement de haine et un tel degré de barbarie, jamais vus dans ce pays, sont le signe probant d’une détérioration profonde de l’esprit national et de la volonté commune de vivre ensemble.

 

fleche 035Comment en est-on arrivé là ?

Après les causes, la seconde question porte sur les mesures et moyens de nature à renouer durablement les fils du lien social en donnant à l’État la consistance sans laquelle il n’est pas de paix sociale.


La métamorphose subite de populations d’un même pays, transformées en bêtes féroces se dévorant entre elles, mérite de tirer de cette crise toutes les leçons propres à favoriser le retour à l’existence normale d’un État et d’une nation, dans la paix et la stabilité. La presse s’en est largement fait l’écho :


« Depuis huit mois, les soudards de la Séléka ont méthodiquement mis à sac la Centrafrique et martyrisé son peuple… enlèvements nocturnes, assassinats ciblés, rafles de jeunes dans les quartiers réputés hostiles (c’est-à-dire non musulmans) de la capitale, rackets, pillages d’anthologie à l’échelle nationale, viols, expéditions punitives, razzias, jusque dans les villages frontaliers avec le Cameroun voisin… La liste des exactions auxquelles les miliciens tchadien, darfouriens et centrafricains de la Séléka se livrent sur ce territoire de non-droit, où il n’y a ni armée, ni police, ni gendarmerie, ni administration, est proprement effarante… » (Jeune Afrique, 24-30 novembre 2013)

 

Un ancien Premier ministre centrafricain affirme : « Un tel degré de sauvagerie, je n’ai jamais vu cela dans l’histoire de mon pays. »

Et le pire était à venir : le mois de décembre fut le plus meurtrier, celui qui connut les exactions les plus barbares : celles perpétrées par des musulmans rencontrant les exactions des milices d’autodéfense chrétiennes. La Centrafrique, depuis décembre 2013, se résume en quatre mots : chaos sanglant, anarchie absolue. C’est sur ces ruines qu’il s’agit de reconstruire l’État et la nation, au service exclusif d’une population profondément divisée et meurtrie.

 

fleche 235Une élection bâclée = Un président avant le prochain coup d’État ?

 

doc2-mosquee.jpg

Une mosquée pillée par des chrétiens à Bangui

 

gif anime puces 029Le préalable indispensable

 

Soigner des plaies physiques et morales, vives et profondes, réconcilier, parvenir à la paix, à défaut de l’oubli, recréer le sentiment d’appartenance à une même communauté liée par le même passé, ayant des aspirations communes, et une même volonté de vivre ensemble. Cet effort de réconciliation doit précéder tout projet d’élection. Pour aboutir, il devra prendre le temps nécessaire, car il s’agit de construire pour la durée.


Organiser des élections précipitées, sans ce préalable, reviendrait à cristalliser les fractures du moment : ethniques, religieuses, géographiques…, à refermer prématurément des plaies mal soignées, non guéries, des musulmans votant pour des musulmans, des chrétiens pour des candidats chrétiens, les ethnies du nord pour les candidats du nord, celles du sud pour les candidats du sud. On votera par conséquent pour une ethnie ou une religion, non pour l’avenir du pays, ni pour la personnalité la mieux à même de relever les immenses défis auxquels il est confronté. De telles élections sortiraient, non  une nation et un État  forts, mais un agrégat informe de communautés opposées les unes aux autres, n’ayant ni aspirations communes, ni volonté aucune de vivre ensemble.

 

doc3-ethnies.jpg

Le Nord et le Sud. 90 ethnies cohabitent

 

fleche 235Mali/Centrafrique, Serval/Sangaris, même opération ?

 

gif anime puces 029Une double différence

 

gif anime puces 042Sur le plan militaire et stratégique


Au Mali, l’ennemi était connu, identifié et localisé : les djihadistes apparentés à Al-Qaida, qui s’étaient installés dans le nord du Mali d’où ils menaçaient d’occuper le reste du pays, en défiant la communauté internationale, et en imposant leur loi obscurantiste aux habitants sous leur coupe. Il s’agissait alors de les déloger, de les combattre, de les neutraliser, avec des armes et une stratégie adaptées.

 

En Centrafrique, on ne connait pas l’ennemi en tant que tel. On ignore où il se trouve. Il est partout ! Dans les villes comme dans les campagnes, sur un territoire vaste comme la France, la Belgique et le Luxembourg réunies. Il s’agit de s’interposer entre des citoyens du même pays qui se massacrent, parce que de religions et d’ethnies différentes, qui se vouent une haine inexpiable, suscitée et entretenue par des politiques irresponsables, incompétents, indignes de leur charge.

Les militaires français sont entrés dans ce pays avec des chars des avions, des fusils, des armes sophistiquées pour s’interposer, pour réconcilier !

 

doc4aeroport.jpg

Aéroport de Bangui. Arrivée de soldats français.

 

gif anime puces 042Sur le plan administratif et politique

 

En Centrafrique, contrairement au Mali lors de l’opération Serval, il n’y a ni armée nationale (même embryonnaire), ni police, ni gendarmerie, ni archives administratives…

Les ministères sont fermés, pillés, vidés de leurs dossiers et mobilier. Tout a disparu dans les services et bâtiments publics. C’est l’État centrafricain même qui a disparu.

 

Au Mali, y compris au plus fort de la crise, (sauf dans la région occupée au nord), les bases et structures essentielles de l’État sont demeurées intactes, avec un gouvernement et une Assemblée nationale en service.


En Centrafrique, tout est à reconstruire ! Qui fera ce travail ? Pendant combien de temps ? Quelle élection possible dans l’immédiat ?

 

Il s’agira de recréer l’État, mais avant, de procéder au recensement de la population éparpillée, qu’il faudra regrouper, établir des listes électorales fiables, car « à la différence du Mali, le ministère de l’Intérieur en Centrafrique est une coquille vide et l’administration renouvelée sous le régime de transition au mieux incompétente, au pire inexistante.

Il faudra que l’Union africaine et l’ONU s’y substituent et valident le scrutin comme cette dernière l’a fait en Côte d’Ivoire. Une opération longue, lourde et coûteuse, dont on ne perçoit encore ni la mise en place, ni le financement. »

 

fleche 235Perspectives

 

Quels effets bénéfiques du sommet de N’Djamena peut-on escompter sans une étude approfondie et rigoureuse de tous ces préalables ? Sans la reconstruction méthodique de l’État et l’indispensable réconciliation des habitants de ce pays ? Sinon, de fâcheuses conséquences se profileraient à l’horizon, parmi lesquelles la persistance des tensions mais aussi une probable partition du pays entre un Nord musulman et un Sud chrétien et animiste (à l’image du Sud-Soudan dont on voit aujourd’hui même la triste réalité).

 

Michel Djotodia, à lui seul, ne fait pas la Séléka, mais en l’occurrence, il partage avec ses principaux lieutenants cette idéologie de la scission du pays.

 

« En privé, Djotodia et son entourage menacent depuis plusieurs mois de diviser le pays… Chaque fois que la communauté internationale durcit le ton, Djotodia répond : « partition ». Il faut dire que pour les Séléka, ce serait un moindre mal, qui leur permettrait tout de même de mettre la main sur les principales richesses du pays (pétrole et diamants notamment). Déjà depuis quelques mois, 2000 soldats, ex-rebelles sont retournés dans leur fief du Nord-est.

Devant ses interlocuteurs, le président de la transition, convaincu que la Centrafrique, le Tchad et le Soudan ne forment qu’un seul et même territoire arbitrairement divisé par les colons, n’hésite pas à convoquer des arguments historiques. » (Jeune Afrique, 22 décembre 2013 – 4 janvier 2014)

 

En raison de tous ces paramètres, l’avenir de la Centrafrique exige lucidité, vision, détermination et pragmatisme.

Et si, malgré tout, un nouveau chef d’État venait à être élu (ou désigné) sans délai, dans ces conditions, il serait indiqué qu’il soit, pour un temps à déterminer, sous la tutelle des Nations unies, auxquelles il devrait régulièrement rendre compte de sa gestion du pays, afin d’épargner à celui-ci d’autres chaos et drames, et pour préserver l’avenir.

Mais, en définitive,c'est aux Centrfricains de prendre leur destin en main. Si la France ou l'ONU peuvent apporter une assistance ponctuelle, elles n'ont pas vocation à porter ce pays à bout de bras continuellement

 

doc5adieuDjotodia.jpg

Adieu Djotodia ! Le départ.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires