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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:26

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CENTRAFRIQUE, LE CHAOS PERMANENT

 17

La France en terre de mission impossible ?

 

Au centre de l’Afrique

 

Afrique.jpg

 

Un condensé du mal africain.

Au pays de l’Empereur Bokassa

 

Centrafrique1.jpg

 Centrafrique

 

Bokassa1.jpg

L’Empereur du chaos, Bokassa Ier

 

Si la Centrafrique n’est pas l’Afrique, elle est néanmoins largement représentative de ce continent au double sens de la fragilité étatique, voire de l’inconsistance de l’État, et de la vacuité de l’indépendance émancipatrice. Elle fait en outre partie de ces États africains qui sont marqués d’une grave carence de la gouvernance.

 

Dans une Afrique à géométrie variable, trois catégories d’États apparaissent :

bouton 007Des États qui tentent, tant bien que mal (le plus souvent plutôt mal que bien), de sortir la tête du marais du sous-développement, avec des phases d’accélération, mais aussi de recul.

bouton 007Des pays qui nagent ou plutôt surnagent, avec une infinie peine, vers le rivage et la lumière.

bouton 007Enfin, des pays qui plongent totalement, immergés au plus profond du marais, ballottés et retournés, qui perdent pied, sans boussole ni gouvernail, et qui ne tiennent que par une béquille prêtée par des pays extérieurs au continent, ou sur le dos de ces derniers.

 

La Centrafrique fait partie de cette dernière catégorie. Pays dit « indépendant » depuis plus de 50 ans, en réalité terre de chaos permanent et d’un cercle vicieux perpétuel.

 

gif anime puces 042Une indépendance fictive, des pays vassalisés.

 

René Dumont prévenait déjà en 1962 :

« L’Afrique risque la vassalisation néocolonialiste… si elle continue dans cette voie. »

Cette prédiction est aujourd’hui avérée pour nombre d’États africains. Mais, si vassalisation il y a, à qui en incombe la responsabilité ? L’irresponsabilité inqualifiable et l’incompétence notoire, aggravées parfois par l’absence de l’élémentaire intégrité morale, font de ces États les jouets de qui veut s’en servir.

 

Car, où est l’État quand l’on se trouve dans l’incapacité intrinsèque de nourrir la population, de la soigner, d’assurer sa sécurité ?

A-t-on « pris » son indépendance pour se faire porter par l’ancien colonisateur et dormir indéfiniment sur son dos ?

Car la Centrafrique est bien (comme d’autres), ce gouffre sans fond qui absorbe tout et ne rend rien.

 

gif anime puces 042La France dans le guêpier centrafricain

 

les-emigres-de-l-interieur.jpg

Les émigrés de l’intérieur. Une errance sans fin.

 

bouton 007Que peut la France contre la haine qui anime les Centrafricains et les oppose les uns aux autres ?

bouton 007Que peut-elle faire pour inscrire au cœur et dans l’esprit des Centrafricains l’amour et le respect des uns pour les autres ?

bouton 007De quelle potion magique dispose-t-elle pour créer dans les esprits, indéfiniment, le sens de l’État et la culture du respect de la chose publique ? Celle du service public ?

 

la-marche-des-damnes.jpg

La marche des damnés, de nulle part vers nulle part.

 

Une des tâches prioritaires des Français (et des Européens en général), comme de tous ceux qui se penchent au chevet de ce grand malade chronique qu’est la Centrafrique, c’est d’amener ses dirigeants à prendre conscience de leurs responsabilités dans le chaos où baigne ce pays depuis si longtemps, c'est-à-dire, les former à la fonction et à la dignité de dirigeant d’État.

Combien d’interventions de la France dans ce pays depuis son indépendance ? Pour quels résultats ?

 

Si les Français veulent éviter à leur gouvernement (Oh ! certes il est quelque part quelques compensations ou intérêts matériels !) la condamnation à un éreintant travail de Sisyphe, il importe de revoir en profondeur leur pratique de l’aide au développement qui a prouvé son inefficacité. Il importe d’introduire d’autres méthodes, en s’éloignant d’un formalisme dogmatique, et d’un conformisme intellectuel qui ont fait leur temps.

Il est nécessaire, à cet égard, de déterminer avec les intéressés, les objectifs prioritaires, le développement étant l’unique finalité. Des objectifs, des impératifs, avec exigence de résultats sinon dévaluation, et pour le pays qui aide, et pour le pays bénéficiaire, et, nécessairement, en permanence, un droit de regard des citoyens du pays donateur comme de ceux du pays bénéficiaire.

 

Comment prendre au sérieux des responsables africains discourant à longueur de forums internationaux sur le développement quand, dans certains États, le taux d’alphabètes a chuté de 30% depuis les années 1970 ? Des pays où l’école est à l’abandon, les enseignants déconsidérés, prolétarisés voire clochardisés ?

Dans ce domaine aussi, il faut que les pays développés qui prétendent aider les pays africains à sortir du sous-développement, apportent la preuve de leur engagement, non dans le discours, mais dans la pratique, en ouvrant les yeux sur les réalités profondes des États et des peuples : penser juste, dire vrai, pour être efficaces.

En dernier ressort, la flamme du développement doit s’allumer dans la conscience des Africains, ou il n’y aura pas de développement.

 

« Il faut former les jeunes », affirme Mme Cinzia Catalfamo Akbaraly, présidente de la Fondation Akbaraly, qui lutte contre le cancer à Madagascar. Elle précise :

« On n’arrive pas à retenir les meilleurs.

L’Afrique n’arrive pas à former et éduquer correctement sa jeunesse. Il faut absolument insister sur ce terrain-là. Les jeunes qui veulent recevoir une éducation à haute valeur ajoutée vont en Europe, aux États-Unis… Et ils ne reviennent pas ! En Afrique, nous n’arrivons pas à les faire revenir ! »

 

gif anime puces 042Pourquoi partent-ils ?

 

bouton 007Pourquoi ne veulent-ils pas revenir ?

bouton 007Que faire pour qu’ils ne partent pas, ou pour qu’ils reviennent ?

Telles sont les questions primordiales à poser. Y répondre, c’est déjà faire une partie du chemin vers l’objectif à atteindre.

Enfin, mettre un terme aux propos lénifiants convenus à l’égard des dirigeants africains apparaît comme une absolue nécessité : tenir résolument le langage de la vérité et de la responsabilité. Le meilleur moyen d’aider l’Afrique, est que l’Afrique s’aide.

 

gif anime puces 042Et les Chinois ? Où sont-ils quand l’Afrique brûle ?

 

Il est une autre réalité qu’il faut oser aborder dès lors qu’il s’agit du présent et du futur de l’Afrique. C’est l’attitude des nouveaux partenaires du continent, qui l’envahissent littéralement du nord au sud, au détriment des partenaires historiques que sont les Européens. Il y a sûrement des raisons à cette fulgurante percée des uns et à l’élimination progressive des autres du jeu africain. Là n’est pas la question pour ce sujet. Sans émettre le moindre jugement de valeur, il s’agit ici d’énoncer un constat.

Depuis le début des années 2000, ces nouveaux partenaires, Chinois en tête, mais aussi Indiens, Japonais, Russes, Brésiliens… qui jouent des coudes pour se faire une place en Afrique, et déloger méthodiquement les anciens partenaires des Africains, se taillent la part du lion dans l’exploitation des ressources naturelles raflant au passage tous les marchés publics et appels d’offres, avec la bienveillance des dirigeants africains.

La « diplomatie du chéquier », que ces nouveaux venus pratiquent à merveille, envoûte littéralement bien des dirigeants du continent, qui s’empressent de leur dérouler le tapis rouge, sans conditions ni précautions.

 

Or, paradoxalement, la France, premier pays européen à pâtir durement de cette percée, perdant marchés et contrats, est la première à accourir pour éteindre l’incendie allumé par des Africains. Ceux qui sont à l’honneur et en grâce auprès des dirigeants africains, sont étonnamment absents. Ils se taisent et se terrent, quand la France monte au feu.

Ainsi, par une curieuse alchimie, ceux qui sont absents à la redistribution de cartes économiques sont aussi les pompiers les plus assidus et les plus dévoués.

 

La France n’est pas seulement le « gendarme de l’Afrique », elle est aussi le pompier régulier, à pied d’œuvre sur le continent. Et, à voir les foules massées le long des routes, les visages rayonnants des habitants acclamant les troupes françaises, la France apparaît aussi comme le « sauveur » attitré, en tout cas, le pompier qui sait éteindre l’incendie. Au-delà de profits escomptés en termes de rayonnement, il y a aussi chez elle, la réelle volonté de contrer partout sur le continent, la barbarie obscurantiste et d’en écarter le danger.

 

Au-secours.jpg

Le pompier français à l’œuvre

 

Le président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, également président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de L’Ouest (CEDEAO), semble en prendre conscience. Ne déclarait-il pas le 6 décembre à Paris :

« Quoi qu'on en dise,et malgré l’influence grandissante de la Chine, des États-Unis et du Brésil en Afrique, ces pays ne sont pas engagés chez nous sur le front de la défense et de la sécurité. Ils ne prennent pas les mêmes risques que la France. »

 

Certes ! Mais ils prennent tous les marchés et contrats au nez de la France.

Cette déclaration du président Ouattara a de quoi surprendre car, ce sont bien eux, dirigeants, qui ouvrent grandes les portes de leurs pays aux Chinois, Indiens, Brésiliens… qu’ils s’empressent d’installer et d’adouber. D’une part, parce que la « diplomatie du chéquier » opère des miracles, en produisant des retournements d’alliance spectaculaires, d’autre part, parce que les Chinois et autres, leur tiennent le langage qu’ils veulent bien entendre.

Aucune allusion concernant les droits de l’homme, la bonne gouvernance, et encore moins la démocratie !

 

gif anime puces 042La France aujourd’hui, et après ? Demain ?

 

Que faire ? Secouer le mammouth !

 

L’intervention militaire de la France en Centrafrique pour empêcher les Centrafricains de s’entre'égorger un temps, pour soigner quelques plaies et bosses, et nourrir les affamés, est louable au titre de l’humanitaire. Mais amènera-t-elle les Centrafricains en capacité de se prendre en charge aujourd’hui, de prendre en main leur destin, demain, et pour toujours ?

Car, l’Afrique est le remède de l’Afrique. Seuls le ressort intérieur, la volonté et l’effort permettront de mettre le pays en marche. Ce remède n’appartient qu’aux seuls Centrafricains.

Il serait temps pour les dirigeants africains en général, de sortir enfin de cette longue hibernation cérébrale, de cette longue maladie du sommeil, comme de cette pesante léthargie mentale, qui frappent les responsables du continent depuis plus de 50 ans.

 

De combien de Nelson Mandela le Ciel gratifiera-t-il encore l’Afrique ?

 

mammouth4.jpg

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commentaires

D
<br /> Article très interessant<br /> <br /> <br /> Pouvez vous nous expliquer votre vision de l'aide au développement et pourquoi cette tendance au non retour des étudiants africains dans leur pays.<br /> <br /> <br /> Quel role la diaspora africaine peut elle jouer dans la politique des différents pays d'Afrique et est t elle crédible.<br /> <br /> <br /> Amitiés. Diane<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> Diane <br />
Répondre
<br /> <br /> Merci pour toutes ces questions. quelques réponses brèves.<br /> <br /> <br /> -L'aide au développement : il faut en revoir les modalités en profondeur, exiger une évaluation permanente (société civile), pour plus<br /> d'efficacité...<br /> <br /> <br /> -Le non-retour : les causes sont multiples, aussi variées qu'il y a de cas : causes objectives et subjectives...<br /> <br /> <br /> Un certain climat créé : politique, social, économique, humain... est généralement cause de départ et empêchement au retour.<br /> <br /> <br /> -Diaspora, est-elle crédible ? Bonne question.<br /> <br /> <br /> En l'état actuel des choses, le septicisme s'impose.<br /> <br /> <br /> D'abord une prise de conscience est indispensable, une motivation, une volonté, une unité de vision de l'objectif ainsi qu'une rigoureuse organisation sont<br /> de nature à atteindre les objectifs...<br /> <br /> <br /> Pour plus de développement voir quelques articles du blog et mes ouvrages :<br /> <br /> <br /> -L'Afrique et l'aide, ou comment s'en sortir.<br /> <br /> <br /> -50 ans après, l'Afrique.<br /> <br /> <br /> Amitiés. TD<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />