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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 16:48





      AFRIQUE ET            DEMOCRATIE
Où en est-on ?


 

          Le Sommet France-Afrique est l'une des deux institutions (uniques au monde) incarnant la spécificité des rapports qui lient la France au continent africain ; la deuxième institution étant le Sommet de la francophonie, laquelle est élargie à d'autres nations francophonesdu monde même si le concept est né en Afrique francophone, à l'initiative de chefs d'Etat africains.
          Le Sommet France-Afrique fut inauguré sous le septennat du président Georges Pompidou en 1973. Depuis 1988, il se réunit tous les deux ans en alternance avec le Sommet de la francophonie.
          En 1990, le Sommet s'est réuni à La Baule. Celui-ci, qualifié d'historique, devait marquer  un tournant dans la politique de la France à l'égard de l'Afrique. En effet, soulignant le lien entre aide, démocratie et développement pour la première fois, le président François Mitterrand déclarait que l'aide française serait plus "tiède" pour les régimes autoritaires et "enthousiaste" envers ceux qui s'ouvriront à la démocratie. En d'autres termes, l'aide de la France à l'Afrique serait désormais liée aux progrès réalisés dans la démocratisation au sein des Etats.
          Des institutions internationales : Fonds Monétaire International (FMI), Banque mondiale et Union européenne même adoptèrent la même attitude à l'égard de l'Afrique en subordonnant l'aide à la pratique de la "bonne gouvernance". Ce sont les fameuses "conditionnalités". L'aide ne devait plus être octroyée sans conditions ni contrepartie.
          Est-ce un harsard ?
          1990 ! Le mur de Berlin n'est plus. Le bloc de l'Est vacille. C'est la fin de la guerre froide. Ceci signifie pour l'Afrique que ses gouvernants ne bénéficieront plus de cette "manne", l'aide sans contrepartie, assurée et garantie, déversée sous forme de pluies de devises sur la tête des dirigeants africains.
          Bloc de l'Est et bloc de l'Ouest, à qui mieux mieux, chacun tentant d'avoir le plus de fidèles possibles sous sa chapelle idéologique. Pour cela il suffisait d'arroser les responsables africains, au besoin, en les aidant à tenir à merci leurs populations. L'Afrique bénéficia longtemps de cette rente stratégique générée par la guerre froide.
          Après le sermon de La Baule et l'avènement de l'ère des "conditionnalités", plusieurs chefs d'Etat africains ont compris le message et savamment contourné son esprit. Démocratie, multipartisme, liberté d'expression ? Soit. Qu'à cela ne tienne. Il y aura bien multipartisme, naissance de multiples partis politiques, de même organisation d'élections dites libres, liberté de la presse...
          Mais, qu'est-ce qu'une démocratie sans droits de l'homme ? Le président organise volontiers des élections, mais à condition qu'il les remporte, à coup sûr. "Je ne permettrais jamais à l'opposition d'arriver au pouvoir", jure l'actuel président du Zimbabwe, profession de foi entonnée par l'armée et la police à sa solde.
          Qu'est-ce qu'une opposition sans droits ni moyens d'expression ?
          Qu'est-ce que la liberté de la presse si les directeurs de journaux et les journalistes sont baillonnés, arrêtés, enfermés, liquidés ?
          A croire que les élections sont le prétexte recherché pour massacrer et éliminer les opposants. Le Zimbabwe (où les résultats de l'élection présidentielle du 29 mars 2008 ne sont toujours pas publiés à ce jour, 25 avril 2008, la vérification des bulletins imposée par le chef de l'Etat se déroulant toujours dans son bureau) n'est malheureusement pas le seul à s'illustrer ainsi dans ce déni flagrant de démocratie. Il y eut le Kenya, mais aussi le Togo ou la Côte d'Ivoire.
          Ailleurs, la tendance c'est la monarchisation de la République, la Constitution étant "retouchée" perpétuellement afin de permettre l'élection à vie du président.
          Le coût payé par ce déni de démocratie est lourd. La frustration qu'il engendre parmi les populations est lourde de dangers pour l'esprit de nation et le progrès économique et social. Elle se traduit par la mauvaise gestion des affaires de l'Etat et le cycle désastreux : répression, régression.
          Quand un régime réprime le désir et les tentatives légitimes de ses citoyens de disposer des mécanismes de prise de décisions démocratiques, inscrits dans les textes officiels et les Institutions, il les pousse inéluctablement à la violence.
          Certes, des exemples contraires à la règle : Sénégal, Mali, Bénin ou Ghana autorisent l'espoir, mais ces expériences démocratiques, pour être confirmées, ont besoin de la caution du temps.








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