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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 10:34

 

UN ÉCRIVAIN SOUCIEUX DE L’UNITÉ DE L’EUROPE
VICTOR HUGO

 

Victor Hugo (1802-1885)

 

¤ Lettre à l’armée russe

Cette lettre s’inscrit bien dans l’actualité ; presque deux siècles séparent l’invasion de la Pologne et de l’Ukraine ; et toujours une certaine sauvagerie de l’armée russe.

***

« Soldats russes, redevenez des hommes.
           
Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
           
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :

Si vous continuez cette guerre sauvage ; si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ; si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ; si, vous qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes ; si, à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême ou le choix vous est donné entre Petersburg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ; si, dans ce conflit décisif, vous méconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité ; si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ; si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ; si de votre malheur vous faites votre honte ; si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ; si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des droits, le droit à la patrie ; si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne, si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et vous soulèverez l’exécration du monde civilisé ! Les crimes de la force sont et restent des crimes ; l’horreur publique est une pénalité.

Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas.

Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n’est pas l’ennemi, c’est l’exemple. »

VICTOR HUGO.

Hauteville-House, 11 février 1863.

 

(Article paru le 11 février 1863 dans le journal La Presse.)

 

 

 

« Il vient une heure où la protestation ne suffit pas, après la philosophie, il faut l’action. » (Victor Hugo)

 

 

¤ Bref rappel de la vie de Victor Hugo

Victor Hugo, écrivain français, est né à Besançon en 1802 et mort à Paris en 1885.
        Fils d’un général d’Empire, il montre très tôt un goût prononcé pour les lettres (la littérature).

À ses débuts, très tôt, avant l’âge de 20 ans, il semble tenté par la rigueur classique et fait preuve d’un « certain conservatisme en politique », sensible dans ses premières œuvres :

-les Odes (1822).

-les Ballades (1826).

Mais, le jeune écrivain va vite vers d’autres formes littéraires, avant d’évoluer vers le romantisme qui semble plus convenir à son tempérament.

Cette évolution littéraire s’accompagne d’un pendant prononcé  pour la politique.

 

 

À partir de la publication des « Orientales », il fait de la liberté un élément indispensable de la création artistique (toutes les formes de l’Art)

 

Dès lors Victor Hugo, s’impose comme le chef de file du romantisme, surtout avec la représentation de sa pièce « Hernani »

À partir de 1831 il multiplie les recueils de poésie :

-Les feuilles d’Automne

-Les chants du crépuscule

-Les Voies intérieures

-Les Rayons et les Ombres

 

La gloire littéraire d’Hugo le pousse à se lancer dans la publication de romans historiques

-Notre-Dame de Paris

-Les Misérables

-Quatre-vingt-treize

-Les Travailleurs de la mer

 

À ces activités littéraires, il ajoute un autre penchant, la politique.

Louis-Philippe le nomme Pair de France (1845) en tant que Vicomte Hugo.

1848, il est élu député.

Mais opposé au coup d’État de 1851, il s’exile d’abord à Jersey puis Guernesey (où il écrit « Lettre à l’armée russe » en 1863.

Durant son exil (19 ans) il rédige une bonne partie de son immense œuvre (entre 1851 et 1870, date de la chute de Napoléon II.

Cette œuvre monumentale et diversifiée à souhait, fait sans doute de lui, l’écrivain français le plus lu de son temps, comme par la postérité.

Inspiré et prolixe jusqu’à la fin de sa vie, Hugo a fait montre d’un génie, d’un talent et d’une activité exceptionnels.

 

 

« Une guerre entre Européens est toujours une guerre civile. » (Victor Hugo)

 

Dans le ton de la « Lettre à l’armée russe », le poème « Amis, un dernier mot » que Victor Hugo publia en 1831.


Amis, un dernier mot ! —

 

[…]

 

Je hais l'oppression d'une haine profonde.
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier ;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,
La Grèce, notre mère, agonise éventrée ;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix ;
Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;
Quand Lisbonne, jadis belle et toujours en fête,
Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tête ;
Lorsqu'Albani gouverne au pays de Caton ;
Que Naples mange et dort ; lorsqu'avec son bâton,
Sceptre honteux et lourd que la peur divinise,
L'Autriche casse l'aile au lion de Venise ;
Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc ;
Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc ;
Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique ;
Quand Vienne tient Milan ; quand le lion Belgique,
Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon,
N'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;

Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte,
Viole Varsovie échevelée et morte,
Et, souillant son linceul, chaste et sacré lambeau,
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau ;
Alors, oh ! je maudis, dans leur cour, dans leur antre,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre
Je sens que le poète est leur juge ! je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants,
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois, qu'on aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir !
Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.

J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance,
Et les molles chansons, et le loisir serein,
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain !

 

 

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