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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 08:23

LA NATURE HUMAINE (1)
CONSCIENCE DE SOI ET CONNAISSANCE DE SOI

Peut-on se connaître ?
Peut-on réellement connaître l’autre ?

 

L’Homme, un mystère complet, une énigme insondable ?
Pensées convergentes

Blaise Pascal (1623-1662)

 

Blaise Pascal (Clermont-Ferrand, 1623-Paris, 1662). Philosophe, savant, écrivain français, fut d’une précocité intellectuelle exceptionnelle.
À 16 ans, il écrit un traité sur les coniques.
À 19 ans il invente la machine d’arithmétique (la Pascaline).
À partir de 1646, il mène des travaux et entreprend une expérience sur l’existence du vide.
Puis à partir de cette date, s’enchaînent expériences, inventions et travaux de grande qualité : mathématiques, physique…
Ses pensées philosophiques, d’une grande nouveauté, complètent une œuvre aussi impressionnante que variée.
Ses « pensées » sont une mine digne d’un véritable génie.

« Il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie, et iI n'y a rien de plus Juste. » (Blaise Pascal) 

 

Théodule Ribot (1839-1916)

 

Théodule Ribot, (Guingamp, 1839-Paris, 1916), fut un psychologue et un philosophe français de grand renom. Agrégé de philosophie, enseigna à la Sorbonne après la soutenance d’un doctorat de psychologie, puis au Collège de France
Féru de novations variées, passionné par le métier d’enseignant, il fut également à l’origine de méthodes pédagogiques et didactiques toujours appréciées.
Décoré de la Légion d’honneur, il fut auteur d’une œuvre essentiellement consacrée à l’Humain, dans toutes ses dimensions…
Parmi sa riche production littéraire, trois ouvrages apparaissent comme des outils d’introspection et de connaissance l’autre d’un grand intérêt philosophique :

-les maladies de la mémoire
-les maladies de la volonté

-les maladies de  la personnalité

« La conscience ne nous révèle à chaque instant notre moi que sous un seul aspect, entre plusieurs possibles. (...)

Pour saisir la personnalité réelle, concrète et non une abstraction qui prend sa place, il ne s'agit pas de se renfermer dans sa conscience, les yeux clos, et de l'interroger obstinément ; il faut au contraire ouvrir les yeux et observer. L'enfant, le paysan, l'ouvrier, les millions de gens qui courent les rues ou les champs, (...), qui n'ont jamais lu de dissertations sur le moi et le non-moi, ni même une ligne de psychologie, ont chacun leur personnalité bien nette et à chaque instant l'affirment instinctivement. Depuis cette époque oubliée où leur moi s'est constitué, c'est-à-dire s'est formé comme un groupe cohérent au milieu des événements qui l'assaillent, ce groupe se maintient sans cesse, en se modifiant incessamment. Pour une grande part, il est composé d'états et d'actes presque automatiques qui constituent chez chacun le sentiment de son corps et la routine de la vie, qui servent de support à tout le reste, mais dont toute altération, même courte et partielle, est immédiatement sentie. Pour une bonne part encore, il est composé d'un ensemble de sensations, images, idées représentant le milieu habituel où l'on vit et se meut, avec les souvenirs qui s'y rattachent. Tout cela représente des états organisés, solidement liés entre eux, se suscitant les uns les autres, formant corps. (...)

La personnalité réelle s'affirme non par la réflexion, mais par les actes.

Voyons maintenant la personnalité factice ou artificielle. Lorsque le psychologue, par l'observation intérieure, essaye, comme il dit, de se saisir lui-même, il tente l'impossible. Au moment où il se met à la tâche, ou bien il s'en tient au présent, ce qui ne l'avance guère ; ou bien, étendant sa réflexion vers le passé, il s'affirme le même qu'il y a un an, dix ans ; il ne fait qu'exprimer savamment et laborieusement ce qu'un paysan sait aussi bien que lui. Avec l'observation intérieure, il ne peut saisir que des phénomènes fugitifs, et je ne sache pas qu'on ait rien répondu à ces remarques si justes de Hume : "Pour ma part, lorsque j'entre au plus intime de ce que j'appelle moi, je me heurte toujours à telle ou telle perception particulière de froid, de chaud, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de plaisir ou de peine. Je ne surprends jamais mon moi dépouillé de toute perception ; je n'observe jamais rien que la perception..."

Chercher par l'analyse à saisir un tout synthétique comme la personnalité ou, par une intuition de la conscience qui dure à peine quelques secondes, à embrasser un complexus comme le moi, c'est se poser un problème dont les données sont contradictoires. Aussi, en fait, les psychologues ont procédé autrement. Ils ont considéré les états de conscience comme accessoires et le lien qui les unit comme l'essentiel, et c'est ce mystérieux dessous qui, sous les noms d'unité, d'identité, de continuité est devenu le véritable moi. Il est clair cependant que nous n'avons plus ici qu'une abstraction ou, plus exactement, un schéma. A la personnalité réelle s'est substituée l'idée de la personnalité, ce qui est tout autre chose. Cette idée de la personnalité ressemble à tous les termes généraux formés de la même manière (sensibilité, volonté, etc.) ; mais elle ne ressemble pas plus à la personnalité réelle que le plan d'une ville à la ville elle-même.

En résumé, réfléchir sur son moi, c'est prendre une position artificielle qui en change la nature ; c'est substituer une représentation abstraite à une réalité. Le vrai moi est celui qui sent, pense, agit, sans se donner en spectacle à lui-même ; car, il est par nature, par définition, un sujet ; et, pour devenir un objet, il lui faut subir une réduction, une adaptation à l'optique mentale qui le transforme et le mutile. » (Th. RIBOT, Les maladies de la personnalité. Ed. Félix Alcan. 1907.)

 

Paul Valéry (1871-1945)
 

Paul Valéry (Sète, 1871- Paris, 1945), est un écrivain  français prolixe, auteur d’une œuvre fort riche.
De la poésie, il passe à l’art, à la musique, aux mathématiques, tout en s’intéressant à la philosophie, à la connaissance de soi et du monde. « Les carnets » sont un reflet de cet éclectisme caractéristique de son œuvre couronnée par des distinctions prestigieuses : Grand  officier de la Légion d’Honneur, Prix Louis-Barthou…

« Peut-être l'accroissement de la conscience de soi, l'observation constante de soi-même conduisent-ils à se trouver, à se rendre divers ? L'esprit se multiplie entre ses possibles, se détache à chaque instant de ce qu'il vient d'être, reçoit ce qu'il vient de dire, vole à l'opposite, se réplique et attend l'effet... se connaître n'est que se prévoir, se prévoir aboutit à jouer un rôle...
Il ne faut jamais oublier que dans l'observation que nous faisons de nous, il entre infiniment d'arbitraire. (...) Le vrai que l'on favorise se change par là insensiblement sous la plume dans le vrai qui est fait pour paraître vrai. Vérité et volonté de vérité forment ensemble un instable mélange où fermente une contradiction et d'où ne manque jamais de sortir une production falsifiée. » (Paul Valery. Variété II.)

« Nous ne pensons jamais que ce que nous pensons nous cache ce que nous sommes. » (Paul Valery, Monsieur Tesle.)

 

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