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25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 08:33

Édith SCHUSS, Chardon bleu
(https://edith-artiste-peintre-intuitive.com/)

ART ET TECHNIQUE

Que devons-nous à l’art ?

Pierre Francastel (1900-1970)

Pierre Francastel ((Paris, 1900 – 1970), un historien et critique d'art français est issu par son père, d'une famille d'artistes et de journalistes et par sa mère, d'une famille de la noblesse belge.
Études littéraires classiques à la Sorbonne et attaché au service d'architecture du château de Versailles.
Thèse de doctorat en 1930 sur la sculpture du domaine royal de Versailles.
Il fut aussi chroniqueur dans plusieurs revues et auteur de nombreux ouvrages.
Il est une figure majeure de l'histoire de l'art au XXᵉ siècle, considéré comme un des fondateurs de la sociologie de l'art.

Pierre Francastel fut un innovateur de talent dans le domaine de l’étude de l’art. Il est l’inventeur de la « sociologie historique comparative » Pour lui « l’art n’est pas seulement un pur plaisir esthétique, mais, une production sociale en relation étroite avec son environnement politique, social, religieux et scientifique ».
Ses nombreux ouvrages développent pour l’essentiel cette philosophie de l’art. Entre autres :

-Art et Sociologie
-Art et peinture
-Histoire de la peinture française
-Art et Technique…

Place de l’art dans la société

« Les développements du machinisme et l'industrialisation d'une part, les progrès des sciences spéculatives et appliquées d'autre part, ont abouti à une transformation complète de l'univers.
La question se pose donc de savoir quels sont les rapports nouveaux qui se sont établis dans la civilisation contemporaine entre les arts et les autres activités fondamentales, particulièrement les activités techniques, de l’homme.
La réponse habituellement donnée à cette question est assez curieuse. Les critiques et les historiens ont tendance à affirmer que l'art s'est séparé de l'humain. (...)

L'opposition de l'Art et de la Technique se résout dès qu'on constate que l'art est lui-même, dans une certaine mesure, une technique sur le double plan des activités opératoires et figuratives. Prétendant expliquer l'art en fonction de sa fidélité à la représentation du réel, les critiques et les historiens ont faussé les points de vue. On n'explique pas un langage en fonction des choses qu'il nomme ou des rapports d'idées qu'il exprime. Le but de l’art n'est pas de constituer un double maniable de l'univers ; il est, à la fois, de l'explorer et de l’informer d'une manière nouvelle. La pensée plastique qui existe à côté des pensées scientifique ou technique appartient, à la fois, au domaine de l'action et de l'imagination. L'art ne libère pas l'homme de toutes les contraintes, il ne lui offre pas le moyen d’appréhender et de traduire dans l'absolu des sensations, il constitue un mode de connaissance et d'expression mêlé à l’action. Il existe aussi dans l'ordre de l'imaginaire une fusion de la logique et du concret. A travers les images l'homme découvre, à la fois, l'univers et son besoin de l'organiser. Entre l'art et la technique il ne s'agit donc pas d'une opposition ni d'une identification globale. Le conflit surgit lorsqu'on prétend soustraire au réel l'ordre de l’imaginaire. C'est dans la technique que se rencontrent l'art et les autres activités spécifiques de l'homme. Le domaine de l'art, ce n'est pas l'absolu, mais le possible. Par l’art, les sociétés rendent le monde un peu plus commode ou un peu plus puissant et elles parviennent parfois à le soustraire aux régies de fer de la matière ou aux lois sociales et divines pour le rendre momentanément un peu plus humain. (...) »

L’art et la technique : opposition ou complémentarité dans l’évolution des sociétés ?

« Les artistes ne jouent pas dans une société un rôle d'isolés, indépendamment des techniciens et des penseurs. A la conception d'histoires séparées des différentes disciplines et des différentes activités humaines, il convient de substituer une conception enfin globale des capacités d’expression d'une société qui se modèle en s exprimant. L'art moderne n'a pas le caractère d’un jeu solitaire et gratuit. Adoptant un mode d'expression spécifique un homme ne se retranche pas de la communauté. Les artistes sont aussi des hommes qui créent des Objets. Ces objets peuvent être étudiés comme représentatifs de sensations et d'actions qui ne sont pas nécessairement contradictoires, avec les impressions et les structures qui permettent à d'autres catégories d'individus, dont le corps est formé dans le même milieu technique et naturel, de s’exprimer et de créer aussi des objets de civilisation. A travers l'objet d'art, il est légitime de rechercher des formes et des notions caractéristiques de l'homme entier d'aujourd'hui. L'art n'est pas le domaine des valeurs de refuge, ouvertes à l'homme qui craint la destinée. (...) »

L’art joue-t-il un rôle pacificateur des esprits ?

« Les produits de la pensée technique peuvent être objectivement confrontés avec ceux des pensées scientifique ou plastique dans un même système de compréhension. L'artiste qui compose un tableau ou qui élabore une sculpture produit des objets de civilisation qui, d’un certain point de vue, possèdent des caractères communs avec les œuvres issues de l'activité la plus spéculative, la plus expérimentale ou la plus mécanique de la société. Dans tous les cas il y a production de choses possédant une extériorité par rapport au producteur, utilisables par d'autres et à l'occasion desquelles se produisent des interférences de jugement et d'action. (...)

L'œuvre d'art est, en effet, un objet au sens le plus matériel, le plus concret du terme. Elle est, si l'on veut, une chose. Un tableau se situe dans notre entourage familier comme un meuble ; il se déplace, il se manie, il s'entretient, il s'échange, il s'altère. Il est réel, concret et utile au même titre qu'un ustensile quelconque de la vie courante. En même temps, les uns n'y voient qu'un signe d'éducation ou de richesse, mais les autres y voient, en outre, un ensemble d'éléments ou de signes suggestifs soit de méditation soit de signification qui tantôt conduisent au plaisir de la contemplation et tantôt engendrent des opinions immédiatement utilisables dans le comportement journalier. Par conséquent, l'œuvre d'art est le produit unique d'une activité qui se situe, à la fois, sur le plan des activités matérielles et des activités imaginaires d'un groupe social donné. Dans les deux cas, au surplus, elle possède un double caractère sociologique et individuel, au même titre que la personnalité de l'homme qui l'a produite. »  (Pierre FRANCASTEL, Art et technique, bib. Médiations)

Paul SCHUSS, Le Manoir en Hiver
(Lien : http://www.adagp.fr/fr/banque-images#/?q=cGF1bCBzY2h1c3M%3Dhttp://www.adagp.fr/fr/banque-images#/)

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