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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:14

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

Des auxiliaires de la colonisation ou des nuisances pour l’image de la métropole ?

La présence de femmes françaises blanches dans les colonies d’Afrique fut l’objet d’un vif débat en France et aux colonies, du début à la fin de la colonisation.

Fallait-il admettre des Françaises dans les colonies tropicales d’Afrique, qu’il s’agisse de femmes seules ou d’épouses accompagnant leur conjoint agent de l’administration coloniale, ou opérant dans le privé : commerçant, exploitant forestier…

Dès le début de la colonisation au XIXe siècle et pour longtemps, l’accès aux colonies d’Afrique subsaharienne fut fermé aux femmes célibataires ou seules, ou sévèrement règlementé, tout comme aux hommes pauvres, non employés par l’administration, et ne justifiant pas d’un niveau de ressources jugé décent.

Les sœurs des missions (catholiques ou protestantes), celles des congrégations qui fondaient des écoles, des dispensaires ou des centres sociaux d’éducation de jeunes filles africaines, échappent à ce débat.

La question ne fut jamais véritablement tranchée et il y avait autant d’arguments favorables à cette présence (hormis celle de femmes célibataires) que d’arguments défavorables, marquant une opposition parfois farouche.

Il y eut, de la part de l’État, quelques textes, certes, mais sans réelle portée ni volonté semble-t-il, comme si les gouvernements successifs qui ont eu à se pencher sur cette question éprouvaient quelques difficultés à statuer en la matière.

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

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L’impératif démographique

La question démographique se posait à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en France, les gouvernants y étaient sans doute sensibles. En ces temps d’incertitude en Europe, la question était loin d’être secondaire, et le taux de natalité, dans des pays comme l’Allemagne, était regardé de près (la ligne bleue des Vosges oblige !) ; on comprend dès lors qu’en France, on se soucie du taux de natalité par rapport à celui des principales puissances du moment. La question lancinante posée était la suivante :

« La femme qui quitte la France pour aller vivre en pays tropical n’est-elle pas perdue pour la reproduction de la race française et de la race blanche ? »

 

Les services parfois reconnus qu’elle était susceptible de rendre à la France et aux autochtones, par sa présence aux colonies, pouvaient-ils compenser la perte d’enfants qu’elle aurait pu mettre au monde si elle était restée en métropole ?

 

Pour beaucoup, là résidait l’essentiel de l’argumentation en défaveur du départ des Françaises pour les colonies tropicales d’Afrique, la question ne se posant pas pour les colonies de peuplement d’Afrique du Nord, l’Algérie en particulier.

LES FEMMES FRANÇAISES DANS LES COLONIES D’AFRIQUE

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Aspect social

 

Les Françaises aux colonies rendaient d’éminents services à un double niveau.

 

      Vie privée

Tout d’abord, leur influence bienfaitrice sur leur époux était reconnue et appréciée en haut lieu comme au sein des partis dits coloniaux. Ainsi, la Française jouait de fait un rôle modérateur sur la conduite de son mari, sur lequel elle avait le plus souvent une réelle influence morale consistant généralement à le rappeler à une certaine tempérance par rapport à la consommation d’alcool ; en effet, pour certains, l’alcool était considéré comme un antidote facile contre les rigueurs du climat.

« Elle l’empêche presque toujours de sombrer dans l’alcoolisme ou dans l’opiomanie, comme il arrive à trop d’hommes sans foyer ; elle l’empêche surtout de contracter ces lamentables unions avec des femmes indigènes qui constituent, si elles se prolongent, une vraie déchéance morale… » lit-on dans un rapport d’inspection coloniale en Afrique française au tout début du XXe siècle.

 

L’inspecteur appartenait à un corps spécifique parmi le personnel de la colonisation et avait un rôle important.

Résidant en métropole, il se rendait régulièrement  en mission dans les colonies où il remplaçait de fait le ministre de tutelle qui, lui, ne se déplaçait pas. L’inspecteur colonial disposait d’un pouvoir d’investigation sans limite, mais non d’un pouvoir décisionnel. À l’issue de sa tournée, il présentait un rapport destiné au ministre des Colonies et aussi au Parlement (via le ministre), et donnait son avis sur une série de questions si on le lui demandait.

Éducatrice universelle

« La femme possédant quelques qualités qui, Dieu merci, ne sont point rares en France, jouera, en accompagnant son mari, un rôle salutaire, tant dans le modeste cadre de son intérieur que dans les milieux européens et indigènes qu’elle fréquentera, si bien que son influence ne tardera pas à avoir une répercussion sur l’atmosphère de la colonie tout entière. »

De fait, l’influence modératrice exercée par l’épouse sur son mari allait au-delà de la stricte sphère conjugale ou familiale, en agissant sur les méthodes de gouvernement de la colonie en son entier.

C’est le tempérament même de la femme —pensait-on alors— qui l’amène à influer instinctivement et positivement sur l’action des responsables de l’administration coloniale, et sur leurs rapports avec leurs sujets coloniaux.

 

      Vie publique

Ainsi, peut-on lire à ce sujet :

« Ayant presque toujours horreur de la violence, la femme empêche, par sa simple présence, bien des actes de brutalité ; elle inspire une modération et une réserve dont on ne se seraient pas départis, s’ils avaient eu son influence, les malheureux déséquilibrés qui créèrent jadis, par leurs excès, la néfaste légende des "tortionnaires coloniaux". »

 

L’action de la femme n’est pas seulement positive par les abus qu’elle empêche ; elle l’est également si l’Européen déraciné prend conscience qu’elle remplit une fonction sociale véritable vis-à-vis des indigènes, dans la mesure où elle sait s’employer intelligemment à « l’œuvre d’apprivoisement, qui est un des grands objectifs de la politique coloniale ».

 

En se faisant éducatrice, et des Européens, et des Africains, « sans affectation, elle exerce sur les indigènes de son entourage, une influence souvent plus efficace que celle de bien des administrateurs et bien des instituteurs. »

 

Mais, même utile aux colonies, la présence de la Française y est toujours soumise à cette question essentielle :

« La femme blanche peut-elle conserver sa santé sous les tropiques, et peut-elle y procréer et y élever ses enfants ? »

 

L’envers du décor

Une deuxième catégorie de femmes (d’épouses) vivant dans les colonies françaises d’Afrique, donne lieu à un autre tableau aux couleurs sans doute moins vives. On tombe du grenier à la cave.

Elles sont généralement qualifiées de « femmes légères » ou de « dévergondées », et semblent avoir posé quelques problèmes à l’administration coloniale. Les rapports ne sont pas particulièrement tendres à leur égard.

« Celles qui, incapables d’adaptation, et qui considèrent les indigènes avec mépris… ou avec trop d’amour, constituent un fléau qu’il ne faut en aucune façon tolérer dans les colonies… car, elles détruisent sûrement l’indispensable prestige de l’homme blanc sur l’homme de couleur. »

 

Ces deux types extrêmes de femmes aux colonies, « la femme apôtre, ayant l’âme d’un Livingstone, comme la femme médecin ou infirmière, dont l’action est si précieuse en Afrique du Nord, et, à l’autre bout de l’échelle morale, la femme vaine ou stupide qui, même sans être complètement dévergondée, s’exhibera, dévêtue, devant ses domestiques, sous prétexte qu’ "un Noir n’est pas un homme" ou au contraire, prendra plaisir à déchaîner parmi eux des passions déplorables et dangereuses ».

 

Ces deux catégories de femmes, l’éducatrice des hommes et la fantasque défrayant la chronique, ont rempli, en plus des rapports officiels, une partie de la littérature coloniale, de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle.

 

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commentaires

E
Merci beaucoup pour votre réponse! Quand vous mentionnez le cinéma, vous faitez appel à quels titres ou analyses?
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E
Bonjour, d'ou viennent les sources cités là-dessus? Merci.
Répondre
Merci pour l'information. Amitiés. TD
E
Voici, dans l'ouvrage par Fredrikson le développement sur le rôle du métissage dans la christianisation dans la première phase du colonialisme français: George Fredrikson, Mulatres et autres métis. Les attidues à l’égard du métissage aux Etats-Unis et en France depuis XVIII siècle <br /> Cordialement
Bonjour,<br /> Pour l'essentiel, voir l'ouvrage de Robert Doucet, Commentaires sur la colonisation, Paris, 1926. Mais aussi réminiscences de quelques lectures anciennes sur le sujet. TD
A
Dans une émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture,on affirmait que l'arrivée des femmes au Congo Belge avait tendu les relations...Le colon se masque d'une mission civilisatrice bienvaillante et refoule la réalité de ses actes malfaisants d'exploitation des terres et des corps. La présence de la femme blanche entre lui et le noir, l'oblige à redoubler de férocité pour affirmer sa virilité réduire le corps si peu vêtu, si sulfureux et fantasmé
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Naturellement, la littérature coloniale (XIXe-XXe siècles),s'est largement inspirée de ce fantasme du corps de la la femme "exotique",le cinéma également... <br /> T.D.
Oui. Il n'y a pas que le Congo belge, la situation est comparable dans d'autres colonies européennes d'Afrique. Le prétexte est le même, la réalité est autre...<br /> La présence de la femme blanche change en effet considérablement les rapports des colons et avec les Noirs et avec leur propre épouse...<br /> "Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître<br /> Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître..." (Baudelaire)